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Full text of "Bibliothèque de l'École des chartes"

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Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur, 


BIBLIOTHÈQUE 

DE    L'ÉCOLE 


DES  CHARTES 


REVUE    D'ÉRUDITION, 


CONSACREE   SPÉCIALEMENT  A   L'ÉTUDE   DU   MOYEN-AGE. 


XXXIII. 

ANNÉE   1872. 


PARIS 

LIBRAIRIE     d'Alphonse     PICARD, 

RUE     BONAPARTE,     82. 

^872 


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i33 


MÉMOIRE 


SUR   LES 


INSTITUTIONS    DE   CHARLES   VII 


OUVRAGE  DE  FEU  M.  VALLET  (DE  VIRIVILLE), 

COURONNÉ  PAR  l'ACADÉMIE  DES  SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES 
(concours  du  PRIX  BORDIN,  ANNEE  1862). 


INTRODUCTION. 

«  Rechercher,  à  l'aide  des  documents  publiés  et  inédits,  les 
changements  introduits  ou  tentés  sous  le  règne  de  Charles  VII, 
soit  dans  les  conseils  du  roi  et  la  conduite  générale  des  affaires, 
soit  dans  l'établissement  des  impôts  et' l'état  de  l'administration, 
soit  dans  la  formation  et  l'organisation  de  l'armée,  soit  dans  les 
rapports  de  l'Eglise  avec  l'Etat,  et  assigner  la  part  qu'ont  prise 
à  ces  diverses  mesures  la  noblesse,  le  clergé  et  le  tiers-état.  » 

Tel  est  le  sujet  de  prix  proposé  par  l'Académie  des  sciences 
morales  et  politiques,  section  d'histoire  générale  et  philosophique, 
pour  le  concours  de  1862.  Cette  question  est  une  des  plus  inté- 
ressantes qui  se  rattachent  à  nos  annales.  Le  sujet  nous  paraît 
être  aussi  l'un  de  ceux  dont  l'élaboration  peut  le  plus  favorable- 
ment contribuer  au  perfectionnement  de  notre  histoire.  Les 
Séances  et  travaux àeY Acdiàèvcàe  (1860,  6*^  livraison,  p.  459), 
nous  ont  appris  de  quelle  main  émane  le  programme.  Cette  révé- 
lation directe,  à  la  rigueur,  n'était  point  nécessaire.  Aux  termes 
lumineux  et  précis  du  programme,  l'auteur  ou  le  rédacteur  se 
trahissait  déjà.  On  pouvait  facilement  y  reconnaître  le  juge 
exercé,  qui,  en  signalant  une  lacune  historique,  l'avait  lui-même 
sondée  dans  tous  les  sens. 


Le  rédacteur  du  programme,  c'est-à-dire  ses  écrits  ont  été 
le  premier  guide  auquel  nous  nous  sommes  confié  pour  nous 
orienter  en  présence  du  sujet  que  nous  voulions  traiter  et  pour 
placer  ce  sujet  dans  la  position  générale  qui  lui  convient.  Le  mé- 
moire de  M.  Mignet  sur  la  formation  territoriale  et 2'iolitique 
de  la  France  établit,  en  quelque  sorte  philosophiquement,  dans 
l'étendue  de  nos  annales,  la  longitude  et  la  latitude  du  règne  de 
Charles  VII,  au  point  de  vue  qui  est  le  nôtre.  Un  autre  publi- 
ciste  éminent  caractérise  ainsi  cette  période  :  «  Le  xv*^  siècle,  dit 
M.  de  Barante,  fut  l'agonie  convulsiveet  sanglante  de  la  grande 
féodalité,  l'enfantement  d'une  constitution  monarchique,  qui  ne 
prit  son  caractère  et  son  assiette  que  sous  François  F'".  »  Cet 
aperçu,  déposé  en  quelque  sorte  fortuitement  dans  un  écrit  où  l'on 
n'irait  pas  le  chercher  ^  nous  semble  aussi  remarquable  par  sa 
justesse  que  par  sa  profondeur.  On  pourrait,  je  crois,  sans  perdre 
de  vue  la  vérité,  le  générahser  encore  davantage.  Lorsque  le 
règne  de  Charles  VII,  ou  mieux  lorsque  son  époque  sera  plus 
profondément  fouillée  et  mieux  connue,  l'importance  historique 
de  cette  phase  de  transition  s'élèvera  ou  s'accroîtra,  si  je  ne  me 
trompe,  dans  l'estime  publique.  Les  faits  historiques,  les  institu- 
tions, les  entreprises  philosophiques  et  littéraires,  celles  de  la 
navigation  et  de  l'industrie,  les  œuvres  de  l'art  enfin,  apparaî- 
tront sous  un  jour  nouveau  et  plus  étendu.  L'observation  de 
l'illustre  auteur  de  l'Histoire  des  ducs  de  Bourgogne,  ne  s'appli- 
quera plus  seulement  aux  institutions  civiles  de  Charles  VII  et 
aux  traditions  administratives  ou  monarchiques  fondées  par  ce 
prince.  On  verra  en  un  mot  que  la  date  de  ce  grand  mouvement, 
salué  par  tout  le  monde  sous  le  nom  de  Renaissance,  doit  être 
déplacée  du  point  chronologique  où  la  fixent  aujourd'hui  les  doc- 
trines historiques  courantes.  Alors  on  reportera  cette  date  non 
plus  vers  la  fin,  mais  vers  le  commencement  du  xv°  siècle. 

Des  études  antérieures  auxquelles  je  m'étais  livré  sur  cette 
période,  m'ont  rendu  particulièrement  sensible  à  l'appel  public  de 
l'Académie.  Je  n'ai  pas  su  résister  au  charme  du  programme,  et 
j'ai  cédé  à  cette  attraction,  sans  trop  calculer,  peut-être,  si  la 
voix  que  j'ai  cru  entendre  me  conduirait  au  port  ou  à  l'écueil. 

La  méthode  que  j'ai  suivie  est  très-simple.  J'ai  divisé  le  pro- 
gramme en  autant  de  parties  séparées  que  la  question  dans  son 

1.  Mélanges  littéraires  (analyse  du  Jouvencel),  1835,  in-S",  l.  2,  p.  147. 


ensemble,  contient  de  membres  distincts.  J'ai  fait  de  chacun  de 
ces  points  le  sujet  d'une  étude  spéciale  et  d'un  chapitre  séparé. 
J'ai  traité  de  la  sorte  et  successivement  chacun  des  aspects  indi- 
qués et  j'ai  tenté  de  fournir  à  tour  de  rôle  la  solution  demandée. 
Lorsque  des  points  plus  particuliers  m'ont  paru  dignes  d'être 
envisagés  à  part,  j'ai  subdivisé  les  chapitres.  Ainsi,  le  chapitre  II 
m'a  fourni  des  embranchements  multiples.  J'ai  rencontré  sur 
ma  route  une  question  accessoire,  d'une  importance  réelle  et  qui 
a  déjà  fixé  l'attention  de  l'Académie  :  celle  des  États  généraux  et 
provinciaux.  Au  heu  de  tourner  cette  difficulté,  je  l'ai  abordée  de 
front  sans  toutefois  m'écarter  trop  longtemps  de  la  voie  princi- 
pale. L'Académie  jugera  si  les  documents  nouveaux  que  j'ai 
apportés  fournissent  quelque  lumière  utile  à  ce  point  accessoire 
en  lui-même,  et  à  la  question  qui  fait  l'objet  du  concours. 

J'ai  cru  devoir  joindre  aux  cinq  chapitres  dans  lesquels  j'ai  eu 
pour  but  d'épuiser  successivement  les  éléments  du  programme, 
un  appendice  intitulé  :  Pièces  justificatives,  7iotes  et  dévelop- 
pements^. Mes  recherches  sur  le  règne  de  Charles  VII  m'ont 
enrichi  d'un  nombre  considérable  de  faits  et  de  documents  iné- 
dits. J'ai  à  cet  égard  usé  largement  de  la  licence  et  même  de  l'in- 
vitation qui  m'étaient  ouvertes  par  les  arbitres  du  concours.  Il 
m'a  semblé  toutefois  qu'il  était  de  bon  goût  de  ne  pas  déployer 
outre  mesure  l'appareil  de  l'érudition.  L'Académie  à  laquelle  je 
dois  en  ce  jour  l'hospitalité  du  tournoi,  n' est-pas  celle  des  Inscrip- 
tions et  belles-lettres.  Je  me  suis  donc  borné  à  des  indications  ou 
à  de  courtes  analyses.  Ces  garants  suffiront,  je  l'espère,  quant  à 
présent,  pour  constater  l'existence  des  sources  que  j'ai  invoquées. 
Le  cas  échéant,  ils  permettront  même  à  mes  doctes  juges  d'y 
recourir  pour  me  contrôler. 

Si  le  travail  que  je  soumets  à  l'appréciation  de  l'illustre  com- 
pagnie obtenait  ses  suffrages,  peut-être,  encouragé  par  ce  succès, 
tenterais-je  pour  ces  feuilles  l'épreuve  et  le  grand  jour  de  la 
publicité?  Mon  dessein  serait,  en  ce  cas,  d'agrandir  quelque  peu 
le  cadre,  et  d'y  joindre  un  petit  nombre  de  chapitres  qui  n'ont 


1.  Cette  portion  du  travail  de  M.  Vallet  de  Viriville  était  restée  à  l'état  d'ébauche 
tant  sur  la  minute  que  sur  la  copie  déposée  à  l'Institut.  Nous  avons  dû  la  laisser 
de  côté.  A  part  ce  retranchement,  nous  publions  le  mémoire  de  notre  regretté 
confrère  tel  qu'il  a  été  soumis  à  l'Académie,  et  sans  employer  les  notes  qu'il 
avait  réunies  en  vue  d'une  refonte  de  son  travail.  (Note  du  Comité  de  rédaction.) 


point  trouvé  et  qui  ne  devaient  point  trouver  place  dans  le  pro- 
gramme offert  aux  concurrents.  Ce  travail  pourrait  alors  être 
intitulé  Essai  historique  et  critique  sur  les  institutions  de 
Charles  VIL  Le  court  espace  d'une  année  franche  m'a  étroi- 
tement suffi  pour  réunir  mes  matériaux,  les  coordonner  et  rédi- 
ger les  chapitres  qui  vont  suivre.  Si  j'imprimais  mon  travail,  je 
transcrirais  in  extenso  ces  pièces  justiiîcatives.  J'en  ferais  le 
texte  et  j'y  ajouterais  les  développements  nécessaires.  Bien  loin 
de  laisser  ces  actes  dans  l'état  imparfait  où  ils  se  présentent  pro- 
visoirement, je  saisirais  avec  empressement  une  occasion,  qui  me 
semble  opportune,  de  joindre  au  discours  un  genre  de  documents 
que  tout  historien  sérieux  tient  en  haute  estime,  et  qui,  néan- 
moins, obtient  difficilement  l'accès  du  public. 

Décembre  1861. 


CHAPITRE  P'. 

Changements  introduits  ou  tentés  dans  les  conseils  du  roi 
et  la  conduite  générale  des  affaires. 

Ce  que  l'on  peut  appeler  «  les  conseils  du  Roi,  »  en  d'autres 
termes,  les  corps  constitués  qui,  du  temps  de  Charles  VII,  prési- 
dèrent à  «  la  conduite  générale  des  affaires,  »  consistaient  (après 
la  personne  rovale,  en  qui  résidait  l'autorité  someraine)  dans 
les  institutions  ci-après  énumérées  : 

\  ^  Le  Conseil  privé,  ou  grand  Conseil  ; 

2°  Les  grands  officiers,  ou  grandes  charges  de  la  couronne  ; 

3°  La  chancellerie  de  France  ; 

4°  Les  cours  souveraines  :  parlement,  comptes,  aides,  mon- 
naies. 

Sous  le  règne  de  Charles  VII,  un  changement,  une  modifica- 
tion notable  s'introduit  au  sein  des  conseils  du  Roi  et^  par  là, 
dans  la  conduite  générale  des  affaires.  La  modification  qui  carac- 
térise ce  règne,  aux  yeux  de  l'historien,  est  celle  qui  affecta  la 
composition  personnelle  de  ces  divers  corps. 

Le  présent  chapitre,  destiné  à  justifier  cette  proposition,  offrira 
donc  une  étude  historique  et  succincte,  sur  le  personnel  de  la 


haute  administration  à  cette  époque.  Dans  les  développements  qui 
vont  suivre,  nous  observerons  l'ordre  même  de  la  précédente 
énumération.  Nous  allons  consacrer  à  chacune  de  ces  quatre  ins- 
titutions un  paragraphe  spécial.  Ces  quatres  notices,  plus  ou 
moins  étendues,  seront  successivement  dessinées  au  même  point 
de  vue. 

§  P^  —  Grand  Conseil. 

Sous  Charles  VII,  l'assemblée  qui  délibérait  sur  les  plus  hautes 
affaires  du  royaume,  s'ouvrit,  dans  une  proportion  croissante  ou 
progressive,  à  cette  partie  de  la  société  que  nous  appelons  au- 
jourd'hui la  classe  moyenne  et  qui  se  nommait  alors  le  tiers 
état. 

Cette  remarque  n'a  point  échappé  k  nos  divers  historiens  mo- 
dernes. Il  nous  appartient  spécialement  d'en  faire  ressortir  la  vé- 
rité. Les  documents  historiques  permettent  de  communiquer  jus- 
qu'à un  certain  point  à  cette  démonstration,  le  genre  d'évidence 
et  de  précision  qui  appartient  aux  sciences  mathématiques.  Nous 
essayerons  donc  de  mettre  ce  fait  en  lumière  par  le  moyen  de 
deux  tableaux  comparés,  construits  l'un  et  l'autre  sous  la  forme 
de  résumé  statistique.  Le  premier  de  ces  tableaux  montrera 
l'état  des  choses  sous  le  règne  du  prince  à  qui  Charles  VII  suc- 
céda sur  le  trône.  Le  second  représentera  l'état  correspondant 
sous  le  règne  de  Charles  VII. 

Mais  avant  d'offrir  au  lecteur  ce  double  relevé,  nous  devons 
expliquer  en  quelques  mots  la  méthode  qui  nous  a  guidé  pour  le 
dresser  et  indiquer  les  sources  où  nous  avons  recueilli  les  élé- 
ments dont  il  se  compose. 

Les  actes  les  plus  importants  du  gouvernement  de  Charles  VI 
se  trouvent  groupés,  par  ordre  chronologique,  dans  le  Recueil 
des  ordonnances  des  rois  de  France.  De  date  en  date,,  la  for- 
mule finale  de  ces  édits  nous  présente  les  noms  des  conseillers  de 
la  couronne  en  présence  desquels  le  diplôme  que  l'on  examine 
a  été  délibéré.  Nous  avons  pris  pour  premier  objet  de  comparai- 
son une  période  déterminée  du  règne  de  Qiarles  VI.  Cette  pé- 
riode embrasse  une  durée  de  quinze  années,  dont  l'étendue  nous 
paraît  suffisante.  Elle  commence  à  1403  et  finit  en  1418.  Le  pou- 
voir royal,  à  cette  dernière  époque,  usurpé  par  le  duc  de  Bour- 
gogne, puis  bientôt  par  les  Anglais,  commence,  d'un  autre  côté, 
à  être  revendiqué,  concurremment,  par  Charles  dauphin,  lieu- 


tenant  général,  puis  i-égent,  puis  enfin  roi  sous  le  nom  de  Charles 
VIL 

En  dépouillant  attentivement  les  quatre  ou  cinq  volumes  des 
Ordonnances  qui  correspondent  à  ladite  période,  on  obtient  pour 
résultat  une  centaine  et  plus  de  noms  divers,  appartenant  à  des 
conseillers  qui  ont  souscrit  ces  nombreux  diplômes.  Nous  avons 
d'abord  éliminé  la  moitié  environ  de  cette  liste  comprenant  des 
personnages  dont  le  nom  ou  l'intervention  n'apparaît  qu'une 
fois,  ou  accidentellement,  dans  ces  actes.  Nous  avons  conservé 
l'autre  moitié  de  la  liste  composée  de  60  noms.  Cette  seconde 
moitié  ou  résidu,  nous  paraît  offrir  la  nomenclature  complète 
des  principaux  conseillers  de  Charles  VI,  de  1403  à  1418. 

Pour  ce  qui  est  du  règne  de  Charles  VII,  nous  avons  eu  re- 
cours au  mémoire  intitulé  Charles  VII  et  ses  conseillers  1403- 
1461,  par  M.  Vallet  de  Viriville^.  Ce  relevé,  beaucoup  plus 
étendu  que  le  premier,  dans  son  ensemble,  comprend  environ 
280  conseillers.  Il  embrasse  non-seulement  le  règne,  mais  la  car- 
rière entière  de  ce  prince.  En  appliquant  les  mêmes  principes  à 
cette  liste,  c'est-à-dire  en  éliminant  les  conseillers  les  "plus 
rares  et  les  moins  importants,  nous  avons  réduit  également  ce 
deuxième  relevé  à  un  total  de  soixante  noms.  De  même  aussi, 
nous  considérons  cette,  dernière  nomenclature  comme  un  état 
complet  des  principaux  conseillers  de  Cliarles  VII. 

TABLEAU  COMPARATIF  DES  PRINCIPAUX  CONSEILLERS 
DE  CHARLES  VI  (1403-^/^8)  ET  DE  CHARLES  VII  (U48-U64). 

CHARLES  VI. 

PRINCES  ET  PRINCESSES. 

1  La  reine  Isabeau  de  Bavière. 

2  Louis,  duc  de  Guyenne,  +  1415. 

3  Charles  de  France,  dauphin  (Charles  VII). 

4  Louis  II,  roi  de  Sicile,  duc  d'Anjou,  f  1417. 

5  Charles,  roi  de  Navarre,  f  1425. 

6  Jacques  de  Bourbon,  comte  de  la  Marche. 

1.  Paris,  Dumoulin,  1857,  iu-8».  L'auteur  de  cet  opuscule,  indépendamment 
des  Ordonnances,  a  mis  à  conlribuUon  une  multiludc  d'actes  inédits. 


7  Jean,  duc  de  Berry,  f  1416. 

8  Philippe  le  Hardi,  duc  de  Bourgogne,  f  1404. 

9  Jean-sans-Peur,  id.,  f  1419. 

10  Philippe-le-Bon,  comte  de  Charolais  (1413-1418). 

11  Louis,  duc  d'Orléans,  1 1407. 

12  Charles,  id.,  prisonnier,  1415. 

13  Louis  II,  duc  de  Bourbon,  +  1410. 

14  Jean,  id. 

15  Jean  VI,  duc  de  Bretagne. 

16  Louis  de  Bavière,  frère  de  la  reine. 

17  Jean,  comte  puis  duc  d'Àlençon. 

18  Cliarles  d'Artois,  comte  d'Eu. 

19  Louis  de  Bourbon,  comte  de  Vendôme. 

20  Jacques  de  Bourbon,  sire  de  Préaux. 

21  Pierre  de  Navarre,  comte  de  Mortain. 

22  Philippe  d'Orléans,  comte  de  Vertus. 

23  Charles  d'Albret,  connétable. 

24  Bernard  VII  d'Armagnac,  id. 

25  Antoine  de  Bourgogne,  duc  de  Brabant. 

26  Philippe  de  Bourgogne,  comte  deRéthel  et  de  Nevers. 

27  Le  marquis  de  Pont,  prince  lorrain. 

28  Jean  de  Châlon,  prince  d'Orange. 

29  Guillaume  de  Bavière,  comte  de  Hainaut. 

30  Le  cardinal  de  Bar  (etc.  etc.) 

NOBLES   d'ancienne    CHEVALERIE. 

31  Walerand  de  Luxembourg,  comte  de  Saint-Paul. 

32  Regnauld  d'Angennes. 

33  Pierre  d'Aumont,  porte-oriflamme. 

34  Le  Galois  d'Aunoy. 

35  Jean  de  ChambriUac. 

36  Antoine  de  Craon. 

37  Jean  de  Hangest. 

38  Gui  le  Boutilier. 

39  Charles  de  Savoisy. 

40  Guillaume  de  Melun,  comte  de  TancarvOle. 

ROBE    ET    TIERS-ÉTAT. 

41  Jean  d'Armagnac,  archevêque  d'Auch. 

42  Nicolas  du  Bosc,  évêque  de  Bayeux. 


i2 

43  Hardouin  de  Bueil,  êvèque  d'Angers. 

44  Jean  de  Montaigu,  archevêque  de  Sens. 

45  Gérard  de  Montaigu,  évoque  de  Paris. 

46  Jean  de  Montaigu,  grand  maître. 

47  P.  Fresnel,  évéqiie  de  Meaux  et  Lisieux. 

48  Itier  de  Marti'euil,  évoque  de  Poitiers. 

49  Jean  de  Tlioisy,  évêque  de  Tuurnay. 

50  Ph.  de  Moulins,  évêque  de  Noyon. 

51  Pierre  l'Orfèvre,  chancelier  du  duc  d'Orléans. 

52  Guillaume  Cousinot,  id. 

53  Arnaud  de  Corbie,  chancelier  de  France. 
•  54  Henri  de  Marie,  id. 

55  J.  J.  des  Ursins,  chancelier  de  Guyenne. 

56  Jean  de  Norry,  archevêque  de  Sens. 

57  Pierre  de  Lesclat,  conseiller. 

58  Eus  tache  de  l'Aistre,  conseiller. 

59  Jean  Davy,  bailli  de  Rouen. 

60  Michel  de  Lallier,  bourgeois  de  Paris,  maitre  des  comptes, 

etc. 

CHARLES  VII. 

PRINCES    ET   PRINCESSES. 

1  Yolande  d'Aragon,  mère  delà  reine. 

2  Charles  de  France,  dernier  fils  du  roi. 

3  Charles  d'Anjou,  beau-frère  du  roi. 

4  René  d'Anjou,  id. 

5  Jean  II,  duc  de  Bourbon. 

6  Charles,  successeur. 

7  Charles,  duc  d'Orléans. 

8  Jean,  bâtard  d'Orléans,  comte  de  Dunois. 

9  Charles,  sire  d'Albret. 

10  François,  duc  de  Bretagne. 

NOBLES   d'ancienne    CHEVALERIE. 

11  Béraud,  dauphin  d'Auvergne. 

12  Antoine  d'Aubusson,  sire  de  Monteil. 

13  Arnald  Guilhem,  sieur  de  Barbazan. 

14  Bertrand  de  Beauvau,  sieur  de  Précigny. 

15  Le  maréchal  de  Boussac. 


43 

16  Pierre  de  Brézé,  comte  deMaulévrier. 

17  Jean  de  Bueil. 

18  Prègent  de  Coëtivy. 

19  Louis  de  Culant. 

20  Le  maréchal  de  Jaloignes. 

21  Poton  deSaintrailles. 

22  Théodore  de  Valperga  (piémontais). 

23  Le  comte  de  Biican  (écossais). 

24  Bern.  d'Armagnac,  comte  de  la  Marche. 

25  Le  maréchal  de  la  Fayette. 

26  Pierre  de  Giac. 

27  Charles  de  Poitiers. 

28  Beaudoin  de  Champagne,  sire  de  Thucé. 

29  Jean  de  Comborn,  vicomte  deTreignac. 

30  Comte  de  Villars-Vauvert. 

ROBE    ET    TIERS-ÉTAT. 

31  La  Piicelle  d'Orléans. 

32  Jacques  Cœur. 

33  Cousinot  de  Montreuil. 

34  Jean  Bureau. 

35  Gaspard  Bureau. 

36  Robert  le  Maçon. 

37  Gouge  de  Charpaignes,  év.  de  Clermont. 

38  Jean  Bernard,  arch.  de  Tours. 

39  JeanBarbin. 

40  Régnier  de  Bouligny. 

41  Guillaume  de  Champeaux. 

42  Adam  de  Cambray,  premier  président. 

43  Jean  Chevrot,  évêque  de  Tournai. 

44  H.  de  Combarel,  évêque  de  Poitiers. 

45  Jean  Dauvet,  procureur  général, 

46  Denis  du  Feurre. 

47  D.  du  Moulin,  arch.  de  Toulouse. 

48  Etienne  Chevalier. 

49  Jean  Hardouyn,  trésorier. 

50  G.J.  des Ursins,  chancelier. 

51  J.  Le  Boursier,  trésorier  de  France. 

52  Jean  Le  Picard,  id. 

53  Jean  Louvet,  président  de  Provence. 


u 

54  Guillaume  de  Lucé,  évêque  de  Maillesais. 

55  Robert  de  Rouvres,  évêque  de  Maguelonne. 

56  Simon  Charles,   président  des  comptes. 

57  Pierre  d'Oriole,  trésorier. 

58  Jean  Tudert,  doyen  de  Paris. 

59  Jean  Rabateau. 

00  Alain  Chartier,  poète,  secrétaire  du  roi. 

RÉSUMÉ  GÉNÉRAL. 

CONSEILLERS  DE  CHARLES  VI  :  CONSEILLERS  DE  CHARLES  VII  : 

Princes  et  princesses.   .   .     30     10 

Nobles  d'ancn<^  chevalerie.     10     20 

Robe  et  tiers-état  ....     20 30 

60  60 


Nous  avons  omis  dans  cette  double  liste  certains  personnages 
qui  auraient  pu  y  figurer  des  deux  côtés.  Tels  sont,  par  exemple, 
R.  de  Chartres,  T.  Duchàtel,  G.  de  la  Trimouille,  Jean  deTorsay 
et  d'autres.  Ces  noms,  ainsi  répétés,  se  seraient  en  quelque  sorte 
annulés  mutuellement.  Rs  auraient  surchargé,  sans  profit,  notre 
tableau.  Nous  leur  avons  substitué  des  personnages  qui  ne  se 
trouvent  pas  dans  les  mêmes  conditions,  c'est-à-dire  des  conseil- 
lers propres  à  l'un  des  deux  règnes. 

L'ordre,  comme  le  choix  des  individus  qui  remplissent  cette 
nomenclature,  n'est  point  une  œuvre  arbitraire,  ainsi  qu'on  pour- 
rait le  croire,  et  composée  à  plaisir.  L'un  et  l'autre  sont  le  pro- 
duit, à  peu  près  rigoureux,  que  nous  amène  le  dépouillement 
historique  dont  nous  avons  fait  connaître  les  éléments.  La 
critique ,  par  conséquent ,  est  en  mesure  de  contrôler  notre 
assertion. 

J'avouerai  toutefois  une  exception  volontaire  que  j'ai  faite  à 
l'emploi  de  cette  méthode.  Cette  exception  s'applique  à  la  PuceUe 
d'Orléans,  qui,  dans  notre  tableau,  ouvre  pour  Charles  VII  la 
série  des  conseillers  du  tiers-étât.  Charles  VII,  une  seule  fois, 
l'admit  officiellement  au  conseil  royal.  Ce  fut  en  juillet  1429, 
au  siège  devant  Troyes.  Plût  à  Dieu  que  Charles  VII  eût  suivi 
plus  souvent  et  avec  plus  d'abandon  les  avis  de  la  conseillère 


15 

inspirée.  Celle-ci,  au  contraire  et  mallieureiisement,  périt  vic- 
time de  jalousies  à  jamais  déplorables  et  auxquelles  elle  fut  indi- 
gnement sacrifiée.  Cependant,  et  quelque  sévère  que  soit  à  cet 
égard  le  jugement  que  l'on  porte  sur  le  roi  de  France,  on 
peut  dire  que,  pour  lui-même,  ce  sacrifice  d'une  victime  inno- 
cente ne  demeura  point  stérile.  Ses  yeux  s'ouvrirent  tardivement 
sur  cette  grande  faute  de  ses  premières  années,  mais  ils  s'ou- 
vrirent. L'héroïque  initiative  de  Jeanne  fut  une  révélation 
de  ce  que  le  tiers-état  renfermait  de  dévouement,  d'intelligence, 
jusque  dans  ses  couches  les  plus  profondes.  Au  prix  de  l'abandon 
et  du  martyre,  Jeanne  contribua  aussi  h  frayer  la  route  qui, 
après  l'héroïne,  devait  amener  le  tiers-état  sur  la  scène  de  la 
politique  et  de  l'histoire.  Tels  sont  les  motifs  qui  m'ont  paru 
justifier  l'exception  dont  j'ai  parlé. 

Au  surplus,  les  documents  historiques  permettent  de  vérifier, 
sous  une  autre  forme  et  par  d'autres  moyens,  les  conclusions 
qui  résultent  de  notre  tableau  onomastique.  Dès  le  jour,  pour 
ainsi  dire,  où  l'antagonisme  des  deux  partis  :  Armagnac  et 
Bourgogne,  se  dessina  dans  l'arène,  la  différeiice,  que  nous 
avons  voulu  faire  ressortir,  de  ces  deux  tableaux,  frappa  les 
esprits  et  fut  publiquement  signalée.  Déjà,  dans  son  manifeste  du 
25  avril  1417,  Jean-sans-Peur  jetait  à  ses  adversaires  ce  re- 
proche :  «  Comme  ja  piéça,  dit-il,  eussions  trouvé  la  disposition 
de  la  noble  chose  publique  de  ce  royaume  dissipée  et  despouillée 
par  gens  de  2)etit  estât,  incognus  de  lignage,  qui  n'ont  entendu 
qu'à  eux  allier  ;  etc.  ^  »  Ce  même  document,  dans  une  antithèse 
affectée,  oppose  à  ces  vils  conseillers  de  la  couronne  ceux  du 
parti  de  Bourgogne,  «  attenant  à  la  noble  génération  du  roi,  » 
et  qui  ne  comptent,  parmi  eux,  que  des  gens  de  grande  naissance. 
En  1418,  lorsque  le  dauphin  s'exila  volontairement  de  la  capi- 
tale, pour  n'y  plus  rentrer,  les  mêmes  arguments,  les  mêmes 
reproches  sur  l'obscurité  de  son  entourage  lui  furent  de  nouveau 
adressés,  au  nom  même  de  la  reine,  et  le  trouvèrent  opiniâtre- 
ment insensible.  Plus  tard,  en  1440,  la  Praguerie,  cette  sédi- 
tion de  la  féodalité  qui  se  sentait  frappée,  ne  justifia  par  aucun 
autre  prétexte  son  audacieuse  levée  de  boucliers. 

Enfin,  ce  grief  se  retrouve  encore  au  fond  d'un  incident 
funeste  et  des  plus  graves,  qui  marqua  les  dernières  années  de 

1.  Godefroy,  Charles  VI,  p.  679. 


Charles  yil.  Jean,  duc  d'Alençon,  fut  au  nombre  des  grands 
seigneurs  éconduits  par  suite  de  cette  transformation  survenue 
dans  le  conseil.  Le  duc  Jean,  prince  du  sang  royal,  avait  rendu 
au  trône  d'incontestables  services.  II  s'aveuglait  en  outre,  avec 
la  complaisance  de  l'amour-propre,  sur  ses  facultés  ou  son  mé- 
rite intellectuels,  qui  paraissent  avoir  été,  en  effet,  très-infé- 
rieurs à  son  zèle  et  à  ses  prétentions.  Jean,  duc  d'Alençon, 
indigné  de  se  voir  préférer  des  hommes  sans  naissance,  en 
conserva  contre  le  roi  un  ressentiment  que  rien  ne  déracina  de 
son  cœur.  Non  content  de  se  rallier,  l'un  des  premiers,  à  la  Pra- 
guerie,  lui  .seul,  à  seize  ans  de  là,  en  pleine  paix  et  après 
l'affranchissement  complet  du  territoire,  il  ose  conspirer  avec  les 
Anglais.  Jean  appela  de  nouveau  ces  étrangers  dans  nos  ports, 
en  promettant.de  leur  livrer  par  trahison  le  royaume.  Que  l'on 
ouvre  la  relation  de  ce  fameux  procès,  ou  la  chronique  domestique 
de  Cagny,  annaliste  et  confident  de  ce  prince,  et  l'on  verra  que 
toute  la  rancune  du  duc  avait  pour  unique  cause  ou  origine  celle 
que  nous  venons  d'indiquer. 

§  II.  —  Grands   officiers  de  la  couronne. 

Les  grands  officiers  de  la  couronne  étaient  d'abord  de  véritables 
ministres  et  en  portaient  le  titre  :  Ministeriales  domini  régis. 
Mais,  surtout  depuis  saint  Louis,  qui  organisa  les  six  grands 
offices  de  l'hôtel,  dans  un  cadre  domestique,  cet  état  de  choses 
avait  subi  de  graves  modifications.  Sous  Charles  VII,  les  grandes 
charges  ne  conféraient  plus,  de  droit,  aux  titulaires  l'entrée  du 
conseil.  Plusieurs  de  ces  offices,  tout  intérieurs,  n'entraînaient 
aucun  acte  d'administration  générale.  Les  grandes  charges 
s'étaient  multiphées,  en  perdant  de  leur  importance  politique. 
Nous  en  comptons  dix-sept  au  temps  de  Charles  VIP.  Ce  prince, 
en  prenant  possession  du  gouvernement,  trouva  des  titulaires 

1.  Grandes  charges  sous  Philippe-Auguste  :  1°  chancelier,  2°  sénéchal,  3°  bou- 
teiller,  4°  connétable,  5"  chambrier.  Gravides  charges  sous  Charles  VII:  i"  chan- 
celier, 2°  connétable,  3"  maréchaux,  4°  amiral,  5°  grand  maître  des  arbalétriers 
(commandant  général  de  l'infanterie),  C"  grand  maître  de  lartillerie,  7°  confes- 
seur du  roi  (plus  tard  grand  aumônier),  8°  grand  maître  de  l'hôtel,  9»  grand 
(•hambrier,  lOo  grand  chambellan,  11°  grand  écuyer,  12''  grand  échanson,  13° 
grand  pannetier,  14°  grand  veneur,  15°  grand  fauconnier,  16"  grand  queu\  ou 
cuisinier,  17"  grand  maître  des  eaux  et  forêts. 


nantis  de  la  plupart  de  ces  emplois.  Mais  la  captivité  d'Azincourt, 
les  événements  de  1418,  et  enfin  les  extinctions  mirent  en  sa 
main  quelques-uns  de  ces  offices.  Bientôt  le  roi  devint  trop 
pauvre  pour  subvenir  aux  riches  émoluments  de  ces  places  de 
cour.  On  peut  distinguer,  parmi  ces  diverses  fonctions,  celles  qui, 
aux  yeux  du  roi,  constituaient  des  postes  utiles,  nécessaires, . 
politiques,  et  celles  qui  n'importaient  en  quelque  sorte  qu'au 
luxe  de  la  monarchie.  Le  chancelier  présidait  à  l'expédition  de 
toutes  les  affaires  administratives.  Le  connétable,  les  maréchaux, 
l'amiral,  les  grands  maîtres  des  arbalétriers  et  de  l'artillerie, 
représentaient  la  force  militaire.  Ces  six  fonctionnaires  peuvent 
être  rangés  dans  la  première  catégorie.  Cliarles  VII,  à  travers 
les  influences  variables  qui  dominèrent  successivement  son  esprit, 
paraît  avoir  mis  principalement  son  étude  à  remplir  sans  discon- 
tinuité ces  offices.  Les  noms  des  titulaires  sont  encore,  en  général, 
un  témoignage  du  soin  qu'il  mit  à  en  pourvoir  les  sujets  les 
plus  capables.  Il  y  introduisit,  à  l'occasion,  des  hommes  exclusi- 
vement distingués  par  leur  valeur  personnelle,  sans  acception 
de  la  naissance.  On  peut  citer  à  cet  égard  les  deux  frères 
Bureau,  grands-maîtres  de  l'artiUerie,  qui,  par  leur  aptitude 
spéciale,  créèrent,  pour  ainsi  dire,  chez  nous  cette  arme,  au 
moment  où  l'artillerie  allait  transformer  l'art  de  la  guerre.  Il 
faut  joindre  ici  le  nom  d'un  digne  et  saint  homme,  Gérard 
Machet,  personnage  trop  peu  connu,  qui,  sous  le  titre  de  con- 
fesseur du  roi,  remplit  les  fonctions  affectées  plus  tard  au  grand 
aumônier.  Machet  était  le  fils  d'un  bourgeois  de  Blois.  Il 
eut  pour  successeur  Jean  d'Auxy,  docteur  célèbre ,  issu,  comme 
le  précédent,  d'une  obscure  origine  et  qui  s'éleva,  comme  lui,  par 
un  mérite  réel. 

Charles  YI  n'avait  que  deux  maréchaux  de  France.  Le  nombre 
en  fat  porté  à  trois  sous  Charles  VII,  et  fut  maintenu  pour  sub- 
venir à  ses  grandes  nécessités  militaires. 

Les  dix  autres  offices  semblent  avoir  formé,  aux  yeux  mêmes 
du  prince,  une  deuxième  catégorie.  On  vit  plus  d'une  fois  ces 
hauts  emplois  désertés  par  les  titulaires  eux-mêmes,  lorsque  la 
détresse  du  roi  ne  lui  permit  plus  de  les  rétribuer.  D'avides 
courtisans  s'en  disputèrent  aussi  les  provisions,  comme  des 
créances  à  faire  valoir.  Plusieurs  étaient  des  espèces  de  fiefs, 
demeurés,  non  pas  en  droit  mais  en  fait,  comme  héréditaires 
dans  de  grandes  maisons.  Nous  citerons,  comme  exemples,  les 


^8 

Linières,  grands  queux  ;  les  La  Châtre,  grands  fauconniers  ;  les 
ducs  de  Bourbon,  grands  chambriers  de  France. 

Charles  VII,  à  l'égard  de  ces  grands  officiers,  de  ces  grands 
seigneurs,  paraît  avoir  observé  la  même  ligne  de  conduite  qu'il 
suivit  en  général  vis-à-vis  des  princes  ses  parents.  Dès  que  la 
prospérité  remit  à  flot  son  trésor,  il  leur  prodigua  les  titres,  les 
pensions,  les  gros  traitements.  Mais  lorsque  ces  princes  ne  lui 
paraissaient  pas  dignes  de  sa  confiance,  il  leur  refusa  l'influence 
et  l'action.  Il  réserva  l'action  et  l'influence  à  des  capacités 
naturelles  ou  éprouvées,  qui  lui  valurent  le  titre  de  Charles  le 
bien  servi. 

Quant  aux  charges  de  cour  de  la  seconde  catégorie,  si  le  roi 
les  maintint,  c'est,  vraisemblablement,  qu'il  ne  tînt  pas  à  lui  de 
les  réduire.  L'historien  de  ces  fonctionnaires  s'exprime  ainsi  dans 
la  savante  monographie  qu'il  leur  a  consacrée.  «  On  apprend 
des  titres  de  Bourbon,  dit  le  P.  AnselmeS  que  le  roi  Charles  YII, 
pour  le  soulagement  de  son  peuple,  révoqua  toutes  les  commis- 
sions de  grand  bouteillier,  de  grand  2^c<'nnetier  et  autres 
offices,  par  lettres  du  29  mars  1449.  »  (1450  nouveau  style). 

§  III.  —  Chancellerie. 

Au  xv''  siècle,  le  chancelier  de  France  réunissait  dans  sa  main 
tout  le  travail  administratif  du  gouvernement.  La  monarchie 
n'avait  pas  d'autres  bureaux  que  la  chancellerie.  Le  chancelier 
de  France,  premier  ministre,  visait  et  scellait  tous  les  actes 
émanés  du  conseil.  Ces  actes  étaient  exclusivement  rédigés  par 
ses  agents  et  sous  sa  responsabilité-.  Les  mêmes  agents  remphs- 
saient  auprès  du  roi  directement  un  office  analogue.  Ils  portaient 
le  titre  de  notaires  et  de  secrétaires  du  roi.  Les  membres  du 
conseil,  tels  que  le  connétable,  trésorier,  etc.,  présidaient  à  des 
services  actifs,  mais  non  à  des  départements  ministériels.  Cette 
répartition  ne  commença  de  paraître,  avec  la  création  des  minis- 
tères, que  sous  François  P'"  ^.  Pour  suivre  les  affaires  adminis- 
tratives, pour  entretenir  la  correspondance,  notamment  avec  les 

1.  Article  d'Anloinc  de  Chabaimes,  grand  panneiier.  Voy.  Liste  chronologique 
des  grands  officiers  de  la  couronne  sous  Cliarles  VII,  dans  Charles  VU  et  ses 
conseillers,  p.  33  et  suiv. 

2.  De  là  ceUe  formule  finale:  Foîw(<;'est-à-dire  le  chancelier)  et  autres {mam- 
bres  du  conseil),  présents. 

3.  Voyez  ci-dessus,  p.  G. 


d9 

puissances  étrangères,  Charles  VII  employait  ses  notaires  ou 
secrétaires  du  roi.  Un  même  secrétaire  recevait  dans  ses  attribu- 
tions, telle  ou  telle  brandie  d'administration,  tels  ou  tels  pays 
étrangers.  Ce  secrétaire,  désormais,  soit  avec  le  chancelier  et 
sous  ses  ordres,  pour  les  affaires  du  conseil,  soit  directement  avec 
le  roi,  traitait,  rapportait  et  expédiait  toutes  les  affaires  de  ce 
genre,  ou  de  cette  catégorie  ^.  Ces  mêmes  fonctionnaires,  du  xv" 
au  xvi"  siècle  prirent  le  titre  de  secrétaires  d'Etat.  Puis  les 
départements  ayant  été  étabhs,  ils  devinrent,  au  xvii*^  siècle, 
ministres  secrétaires  dfEtat,  ou  nos  ministres  à  portefeuilles 
des  temps  modernes. 

Les  notaires  et  secrétaires  du  roi,  sous  Charles  VII,  étaient 
donc,  dans  une  situation  moins  haute  et  moins  à  découvert,  de 
véritables  ministres,  chargés  de  traiter  les  plus  grandes  affaires. 
On  peut  joindre  aux  notaires  et  secrétaires  du  roi  les  maîtres 
des  requêtes  qui  suivaient  la  cour,  ou  maîtres  des  requêtes  de 
l'hôtel.  Ceux-ci  instruisaient  et  rapportaient,  soit  au  parlement, 
soit  au  conseil,  les  affaires  d'administration  intérieure  et  surtout 
judiciaires.  Les  notaires  du  roi  et  les  maîtres  des  requêtes  for- 
maient un  double  séminaire  que  l'on  pourrait,  sans  trop  d'inexac- 
titude, comparer  au  Conseil  d'État-  de  la  monarchie  actuelle. 
Charles  VII  peupla  cette  pépinière  administrative  et  politique  de 
jeunes  sujets,  qu'il  prit,  suivant  une  tradition  déjà  établie,  dans 
le  tiers-état.  Ces  jeunes  gens  devinrent  les  ambassadeurs,  les 
financiers,  les  hommes  d'État  qui  marquèrent  le  plus  dans  l'his- 
toire de  ce  règne.  Robert  Mallière,  Jean  Tudert,  Simon  Charles, 
Jean  le  Picart,  Etienne  Chevalier,  Cousinot  de  Montreuil,  etc., 
etc.,  furent  d'abord  secrétaires  du  roi  ou  maîtres  des  requêtes. 


1.  On  peut  \érifler  celle  remarque,  pour  les  acles  du  conseil,  en  étudiant 
l'ordre  suivi  quant  à  la  signature  des  ordonnances.  La  Bibliothèque  nationale 
possède  dans  les  fonds  Dupuy,  Baiuze,  Fontanieu,  et  d'autres,  des  lots  de  pièces 
non  déposées  au  Trésor  des  chartes,  et  qui  servaient  de  matériaux  au  travail 
administratif.  Tels  sont  notamment  les  recueils  de  Baiuze  9037,  7,  et  9987,  3. 
Ces  documents  originaux  sont  revêtus  uniformément  au  dos  d'une  signature. 
C'est  celle  du  secrétaire  du  roi  qui,  du  temps  de  Charles  VII,  avait  reçu  en 
main  ces  papiers.  Les  mêmes  signatures  se  retrouvent  sur  des  pièces  analogues 
déposées  aux  layettes  du  Trésor  des  chartes.  On  peu1  encore  vérifler  ces  observa- 
tions dans  les  mss.  fr.  5,024,  5,053,  5,909  de  la  Bibliothèque  nationale;  ms.  7  de 
la  préfecture  à  Troyes,  etc.  Ce  sont  des  recueils  de  protocoles  à  l'usage  des  no- 
taires de  Charles  VIL  Voyez  aussi  Camusat,  Meslanges  historiques,  1619,  in  8% 
f"  45  et  s. 

2.  Maîtres  des  requêtes  et  auditeurs. 


20 

§  IV.  —  Cours  souveraines. 

Le  parlement,  sous  Charles  VII,  ainsi  que  les  autres  cours 
souveraines,  contribua  puissamment,  par  l'ensemble  de  ses  actes, 
à  fo^idreles  diverses  classes  delà  société  dans  une  sorte  d'unité 
sous  l'empire  commun  de  la  loi.  Mais  nous  ne  devons  étudier  ici 
que  la  composition  personnelle  de  ces  cours.  Or  les  développe- 
ments qui  précèdent  nous  permettront,  sur  ce  point,  d'être  bref. 

Le  parlement,  sous  Charles  VII,  était  une  institution  déjà  fixée. 
II  se  recrutait  à  peu  près  héréditairement  dans  nos  familles  j^rtr- 
lementaires.  Le  roi  n'intervenait  guère  que  pour  nommer  les 
sujets  promits  ou  commis  à  telle  délégation.  Les  principes  que 
nous  avons  signalés  se  montrent  et  se  vérifient  de  nouveau  dans 
les  choix  que  fit  Charles  VII  pour  composer  les  rangs  de  ses 
cours  souveraines.  Ainsi,  par  exemple,  le  nom  si  célèbre  de 
Jacques  Cœur  se  rattache  au  souvenir  des  monnaies.  La 
chambre  ou  cour  des  comptes  semble  avoir  été  de  la  part  du  roi, 
pour  sa  composition  personnelle,  l'objet  d'une  sollicitude  toute 
spéciale.  Là,  se  retrouvent  encore  les  noms  de  Jacques  Cœur, 
des  frères  Bureau,  d'Etienne  Chevalier,  etc.,  etc.;  tous  sortis  du 
tiers-état  ;  l'élite  des  hommes  qui  servirent  à  cette  époque  le  roi 
et  le  roj^aume. 

Ainsi  donc  :  élimination  volontaire  des  princes,  des  seigneurs, 
substitution  à  ces  personnages  de  conseillers  qui  ne  se  recomman- 
daient plus  tout  d'abord  par  l'aristocratie  du  sang;  voilà,  si  je  ne 
me  trompe,  un  double  fait  acquis  à  l'histoire  et  qui  s'appuie  sur 
divers  genres  de  preuves.  Ce  changement  se  développe,  il  s'affer- 
mit en  quelque  sorte  avec  le  développement  du  règne  lui-même. 

On  se  tromperait  toutefois  gravement  à  nos  yeux,  si  l'on  vou- 
lait célébrer,  dans  ce  progrès  (quelque  élogequ'il  mérite),  le  fï'uit 
d'un  système  préconçu. 

Ce  changement,  œuvre  à  la  fois  de  la  sagesse  du  prince  et  de 
la  nécessité,  s'imposa,  si  je  ne  m'abuse,  dans  le  principe,  au 
jeune  dauphin,  par  la  force  même  des  choseSo  Le  désastre  d'Azin- 
court,  en  1415,  avait  moissonné  plus  que  «  la  fleur  »  de  l'aris- 
tocratie française.  La  noblesse,  en  masse,  avait  pris  part  à  cette 
funeste  journée.  Là  se  trouvait,  pour  ainsi  dire,  réuni  tout  ce  que 
la  monarchie,  même  dans  son  propre  sang,  comptait  d'hommes 
de  marque  et  capables  de  l'assister  soit  de  leur  épée,  soit  de  leur 
conseil.  Jean-sans-Peur  et  les  Bourguignons,  déjà  complices  de 


2i 

l'invasion  anglaise,  se  conrliiisirent  prudemment  dans  cette 
périlleuse  rencontre.  Les  champions  de  la  cause  Armagnac  en 
supportèrent  tout  le  poids,  de  même  qu'ils  avaient  pris  l'initiative 
et  la  téméraire  conduite  de  ce  fait  d'armes.  Henri  V  emmena 
prisonniers  en  Angleterre,  avec  Charles  duc  d'Orléans  (que  déjà 
son  frère  avait  précédé),  les  divers  princes  ou  grands  seigneurs 
à  qui  le  jeune  prince  aurait  pu  s'adresser  pour  en  faire  les  auxi- 
liaires ou  les  conseillers  de  son  gouvernement. 

Sous  le  règne  de  Charles  YI,  on  aperçoit  dans- le  conseil  su- 
prême et  jusque  sur  les  marches  du  trône,  deux  ordres  de  person- 
nages Lien  distincts.  Par  suite  de  l'état  de  santé  où  se  trouvait  le 
monarque,  le  sceptre  échappait  à  ses  mains.  Ce  pouvoir,  comme 
chacun  sait,  fut  disputé  par  ses  proches  parents.  De  là  les  fac- 
tions rivales  qui  désolèrent  cette  période.  Les  princes  d'Orléans 
et  de  Bourgogne,  respectivement  suivis  de  leurs  pairs  ou  alliés, 
se  partageaient  l'Etat  et  le  Conseil.  Mais  au-dessous  d'eux  se 
rencontraient  des  hommes  d'une  toute  autre  origine.  Les  uns, 
comme  les  Montaigu,  les  Raguier,  avaient  dû  leur  fortune,  leur 
haute  position,  leur  titre  de  conseiller  royal  à  la  faveur  person- 
nelle'de  Charles  VI  et  de  la  reine.  Ils  s'y  étaient  maintenus  avec 
souplesse,  en  naviguant  au  milieu  des  partis.  D'aittres,  comme 
les  Cousinot,  etc.,  hommes  d'une  valeur  morale  beaucoup  plus 
haute,  avaient  été  appelés  à  ce  titre  par  la  confiance  des  chefs, 
({ui,  dans  leur  propre  intérêt,  avaient  su  discerner  leur  mérite. 

Charles  de  France,  en  arrivant  aux  affaires,  suivit  d'abord  ces 
errements.  Il  imita  ses  antagonistes.  Après  la  catastrophe  d'Azin- 
court, Charles  appelle  à  son  aide,  en  remplacement  dusire  d'Albret, 
le  plus  grand  baron  qui  fût  alors  en  vue  sur  la  scène  politique.  Ber- 
nard d'Armagnac  (à  peine  français),  réunit  à  la  fois  dans  sa  main 
le  suprême  gouvernement  et  l'épée  du  royaume.  Mais  les  ducs 
d'Orléans,  de  Bourbon,  d'Angoulême,  etc.,  entraînés  à  Londres 
et  jusqu'aux  frontières  écossaises  par  le  victorieux  Henri  Y,  n'é- 
taient plus  libres  de  répondre  à  un  semblable  appel.  Les  rangs 
de  la  noblesse  proprement  dite  avaient  été  pareillement  éclaircis. 

Le  prince  Charles,  en  de  telles  conjectures,  s'entoura,  par  force 
majeure,  de  conseillers  issus  de  rangs  plus  humbles.  Ses  yeux 
s'ouvrirent  ensuite  peu*  à  peu  à  la  lumière  des  faits.  Les  discordes 
et  les  rivahtés  des  prmces  avaient,  sous  Charles  YL  arrosé  la 
France  de  sang  et  l'avaient  couverte  de  ruines.  Une  fois  l'An- 
glais maître  d'un  pouvoir  usurpé,  les  princes  et  les  nobles  man- 


22 

quèront  à  Charles  VII  pour  relever  sa  couronne.  Après  de  longs 
et  douloureux  tâtonnements,  il  s'aperçut  que  l'aide  efficace,  que 
la  fécondité  des  ressources  lui  venaient  du  tiers-état.  Le  roi  écouta 
la  voix  de  l'intérêt  qui  s(^  confondait  avec  celle  de  la  raison  et  de 
l'expérience.  Il  réduisit  aloi's  en  principe  ou  en  système  un 
mode  d'action  que  la  force  des  choses  lui  avait  primitivement  im- 
posé. 

Nous  venons  de  montrer  l'influence  de  ce  principe  dans  les 
choix  que  fit  le  prince  et  dans  le  personnel  de  ses  conseils.  Nous 
allons  maintenant  l'étudier  dans  les  faits  et  dans  la  conduite  gé- 
nérale des  affaires. 


CHAPITRE  II. 

Etablissonent  des  impots.  —  Etat  de  l'administration. 

Ces  deux  objets  sont  réunis  dans  la  question  posée  par 
l'Académie.  Ils  se  rattachent  en  effet  l'un  à  l'autre  par  une 
étroite  connexité  dans  l'histoire.  Le  même  chapitre  réunira  aussi 
les  développrements  de  notre  réponse  à  cette  double  question. 
Nous  traiterons  toutefois  l'un  et  l'autre  point  d'une  manière 
distincte. 

§  P"".  —  Etablissement  des  impôts. 

Au  XV  siècle,  un  type  idéal,  en  fait  d'administration  souve- 
raine ou  de  gestion  financière,  dominait  les  esprits.  Ce  modèle 
consistait  à  équihbrer  les  dépenses  ordinaires  du  royaume  avec 
ses  ressources  ordinaires.  On  appelait  ainsi  les  produits  des 
monnaies,  ceux  des  mutations  de  fief,  ceux  des  chàtellenies, 
bailliages,  prévotés,  etc.;  en  un  mot,  les  revenus  du  domaine 
ou  de  la  suzeraineté.  En  temps  de  paix  et  de  prospérité,  ce  budget 
devait  se  balancer.  Quelques  circonstances  extraordinaires 
étaient  même  prévues  par  cette  espèce  de  code  financier  des 
idées  reçues  et  de  l'opinion  publique.  Ainsi  le- roi  pouvait  marier 
une  fille,  armer  un  fiJs  chevalier  ;  il  pouvait  avoir  à  soutenir  une 
juste  guerre.  En  pareil  cas,  le  roi  s'adreSsait  légitimement  à  ses 
sujets  et  leur  demandait  une  aide  ou  contribution  spéciale.  Mais 
cette  levée  accidentelle  de  deniers  devait  cesser  avec  la  cause  qui 
l'avait  déterminée. 


23 

Elle  était  essentiellement  bénévole  de  la  part  des  sujets,  qui, 
moyennant  les  abonnements  et  les  progrès  moraux  de  la  légis- 
lation, ne  se  reconnaissaient  plus  au  XV'^  siècle,  vis-à-vis  de  la 
royauté,  ni  en  droit  ni  en  fait,  taillahles  et  corvéables  à  merci  ^ . 
C'est  pourquoi  les  aides,  tailles  et  autres  contributions  devaient 
être  en  principe,  et  chaque  fois,  consenties  par  les  populations. 
Aussi  portaient-elles  les  noms  caractéristiques  de  dons  volon- 
taires ou  gratuits.  Lorsque  des  circonstances  majeures  contrai- 
gnaient le  roi  à  invoquer  ce  secours,  il  déployait  à  cet  effet  un 
appareil  également  solennel.  Le  prince  convoquait  alors  l'as- 
semblée des  trois  ordres  (clergé,  nol^lesse,  tiers-état),  ou  Utats- 
gènérauœ  du  royaume.  Tel   est  l'ordre   qu'inaugura,   dit-on, 
Philippe-le-Bel,  au  commencement  du  XIV  siècle,  et  que  moti- 
vèrent ses  graves  démêlés  avec  Boniface  YIIL    L'assemblée  de 
1302  fut  la  première  où  figure  le  tiers-état,  qui,  suivant  la 
parole  de  Sieyès,  devait  un  jour  être  tout  ;  elle  est  du  moins  la 
première  qu'ait  enregistrée  l'histoire.  Les  états  de  1302  ouvrirent 
la  série  de  ces  grands  conciles  nationaux,  qui  se  termine  par 
celui  de  1789. 

Lorsque  le  gouvernement  s'écartait  de  ces  principes,  il  encou- 
rait la  réprobation  universelle.  C'est  ce  qui  arriva  notamment 
sous  le  règne  de  Charles  VI,  surtout  durant  la  seconde  et  la  plus 
désastreuse  partie  de  ce  règne.  Il  fallut  à  Louis,  duc  d'Orléans, 
toute  sa  témérité  juvénile  ;  il  fallut  à  Isabeau  de  Bavière  son 
entraînement  insensé  ;  il  fallut  à  l'un  et  à  l'autre  le  caractère 
royal  dont  ils  étaient  revêtus,  pour  braver  impunément  le  cour- 
roux populaire.  Mais  le  Ciel  même,  aux  yeux  du  peuple  chrétien, 
se  chargea  de  leur  faire  sentir  tout  le  poids  de  la  responsabilité 
qu'ils  avaient  assumée.  En  1405,  au  rapport  du  religieux  de 
Saint-Denis,  historiographe  de  la  couronne,  un  orage  effroyable 

les  surprit  tous  deux  dans  la  forêt  de  Saint-Germain «  Et  y 

»  eut  gens  notables  et  catholiques  qui  advertirent  la  reine  et  le 
»*duc  d'Orléans  que  c'estoit  exemple  divin  et  punition  divine,  et 
»  qu'ils  estoient  taillez  que  de  brief  leur  mescherroit,  s'ils  ne 
»  faisoient  cesser  les  aides,  et  qu'ilz  payassent  leurs  debtes 

l  Par  suite  des  transformations  économiques  de  la  société,  la  servitude  était 
devenue  onéreuse  non-seulement  aux  serfs  mais  au  roi.  Charles  VII  se  fonde  pu- 
bliquement sur  ce  motif,  dans  ses  lettres  données  à  Gergeau  en  mai  1430,  pour 
l'aflranchissemenl  de  ses  hommes  de  pôle,  à  Mehun-sur-Yèvre.  Voy.  Ordon- 
nances, XI  II,  154. 


o 


»  aux  marcliands,  qui  leur  avoient  livré  leurs  marchandises  '.  » 

Avant  et  après  le  meurtre  de  Louis,  duc  d'Orléans,  Jean-sans- 
Peur  exploita  d'abord,  avec  un  plein  succès,  ce  thème  populaire 
de  récrimination,  qu'il  invoqua  sans  cesse  et  sans  réserve  contre 
son  adversaire.  En  1417  et  années  suivantes,  ses  émissaires 
allaient  çà  et  là,  proclamant  au  nom  de  Jean-sans-Peur  l'abo- 
lition immédiate  de  toutes  les  tailles  et  subsides  autres  que  la 
abelle  du  sel.  A  cette  annonce,  les  barrières  des  villes  s'abais-, 
saient  comme  par  enchantement,  et  les  cités  enthousiasmées 
s'empressaient  d'arborer  la  bannière  de  Bourgogne. 

Cependant,  dès  le  mois  de  novembre  1417,  le  duc  de  Bour- 
gogne, après  trois  mois  de  conquêtes,  se  trouvait  financièrement 
aux  abois;  et  ce,  au  début  d'une  campagne.  En  cette  conjoncture, 
Jean  négocia  péniblement  un  emprunt  ;  mais  ses  bonnes-villes 
elles-mêmes  ne  le  souscrivirent  qu'avec  peine,  dans  son  propre 
duché.  Isabelle,  àTroyes,  pays  du  domaine  et  non  (V états,  c'est- 
à-dire  sans  privilège,  prescrivit  de  lever  sur  la  ville,  «  attendu 
la  nécessité,  »  une  aide  de  deux  mille  livres.  La  ville  réclama 
et  n' octroya  que  mille  livres.  Paris,  en  1417,  sous  le  comte  d'Ar- 
magnac, avait  payé  quatre  impositions  et  défrayé  le  royaume. 
En  octobre  1418,  Paris  bourguignon  payait,  sous  Jean-sans- 
Peur,  une  nouvelle  aide  extraordinaire  sur  les  vins^. 

Ainsi  s'évanouissaient  bien  vite,  et  tombaient  dans  l'oubli,  les 
solennelles  protestations  du  duc  de  Bourgogne. 

Charles  VII,  ou  le  prince  Charles,  en  matière  de  contribu- 
tions, ne  s'astreignit  pas  aux  maximes  libérales  imprudemment 
émises  par  le  duc  de  Bourgogne.  Sous  l'empire  de  la  nécessité,  il 


I.  J.  des  IJrsins,  dans  Godefroy,  Charles  VI,  \i.  173.  En  I4'20,  Jean  VI,  duc 
de  Bretagne,  futarrtMésur  le  pont  de  la  Troubarde  par  son  cousin  de  Penthièvre. 
Se  voyant  dans  le  plus  pressant  péril,  il  invoqua  tous  les  saints,  promit  son  pe- 
sant d'or  à  N.-D.  des  Cannes  de  Nantes,  son  pesant  d'argent  à  Sl-Yve  de  Tré- 
guier.  Il  voua  le  grand  pèlerinage  du  saint  Séi)ulcre,  et  promit  enfin  de  ne  plus 
frapper  sur  ses  sujets  aucun  subside.  D.  Morice,  Histoire  de  Bretagne,  t.  I,  p. 
■180. 

1.  D. Plancher, //w/oire  de  Bourgogne,  L  III,  p.  479,  480.  Archives  municipales 
de  Troyes.  Religieux  de  Saint-Denis,  1.  VI,  p.  150.  Ordonnances,  t.  x,  p.  48"2. 
lù'libien,  Histoire  de  Paris,  t.  II,  p.  793.  Monstrelet,  éd.  dArcq,  l.  III,  p.  "293. — 
1418,  septembre,  2ï:  le  droit  du  roi  prélevé  sur  le  vin  en  détail,  au  nom  de 
Charles  VI  (c'est-à-dire  du  duc  de  Bourgogne),  à  Chàlons-sur-Marne,  est  élevé 
du  8"  au  6"  ad  valorem  (Éd.  de  Barthélémy,  Histoire  de  Chdlons,  p.  75,  175); 
li'2!,  juillet,  23  :  nouvelle  aggravation  du  même  impôt  (ibid.,  p.  182). 


25 

imita  bien  quelquefois  la  conduite  de  son  émule  :  il  abolit  momen- 
tanément, çà  et  là,  quelques  aides  locales.  Mais  ce  prince  n'agit 
ainsi  que  contraint  et  forcé.  Charles  ménagea  les  principes.  En 
effet,  les  ressources  ordinaires  et  extraordinaires  qui  lui  res- 
taient ne  suffisaient  pas,  même  totalisées,  pour  subvenir  à  sa 
croissante  détresse.  Il  y  a  des  lettres  de  ce  prince,  données  à 
Montrichard  le  9  juillet  1418.  Cet  acte  nous  apprend  d'une 
part  que  le  lieutenant-général,  expulsé  de  la  capitale,  avait 
frappé  sur  le  royaume  une  aide  extraordinaire.  Nous  y  voyons  en 
même  temps  que  le  régent  exempta  volontairement  de  cette  aide 
la  province  d'Auvergne.  Ainsi,  le  jeune  gouverneur  devait  re- 
noncer pour  l'impôt  h  une  province  de  la  partie  de  ses  états  qui, 
seule,  reconnaissait  alors  son  autorité.  Une  autre  ordonnance, 
rendue  à  Loches  le  12  octobre  1419,  nous  fait  voir  que  le  prince 
affermait  ses  monnaies  pour  un  prix  ou  revenu  annuel  de 
2,160,000  livres  1. 

Un  peu  plus  tard,  Henri  V  substitua  sa  propre  usurpation  de 
la  couronne  à  l'usurpation  qu'en  avait  faite  Jean-sans-Peur.  Le 
conquérant  anglais  entendait  nourrir  la  guerre  par  la  guerre, 
et  défrayer  de  tout  point  sa  conquête  à  l'aide  des  ressources  du 
pays  conquis.  Mais  la  France  apauvrie  ne  répondit  point  à  cette 
espérance.  Donc,  pendant  que  notre  patrie  était  livrée,  comme 
une  proie,  au  triple  fléau  de  cette  guerre,  chacun  des  trois  com- 
pétiteurs, Cliarles  VIT,  Jean-sans-Peur,  Henri  V,  éprouvait  dans 
ses  finances  une  égale  pénurie.  A  ce  mal  commun,  cliacun  d'eux 
essaya  d'appliquer  un  identique  remède.  Jean-sans-Peur  publia 
de  Montlhéry  son  manifeste  du  8  octobre  1417,  au  moment  où 
il  s'emparait  du  pouvoir.  Par  cet  acte,  il  convoqua  les  états  du 
royaume,  pour  se  réunir  autour  de  lui  le  20  du  même  mois  -.  La 
future  convocation  des  états-généraux  fut  une  des  clauses  stipu- 
lées ^  par  le  fameux  traité  de  Troyes  (mai  1420).  Enfin,  le  roi 
Charles  Vil  ne  manqua  pas,  ainsi  qu'on  le  verra  bientôt,  de  re- 


1 .  Ordonnances^  x,  455  ;  xi,  23  et  suiv.  Tenir  compte,  pour  estimer  res  deux 
millions,  de  l'altération  où  étaient  tombées  les  espèces.  Les  monnaies,  à  cette 
époque,  constituaient  le  principal  revenu  du  prince  Charles  (Le  Blanc,  Traité 
des  monnaies,  1690.  in-4'',  p.  7i). 

2.  Monsirelet,  ib.  p.  217.  Cette  réunion  n'eut  pas  lieu  à  li  date  prescrite.  Mais 
en  1418  le  duc  assembla,  pour  se  procurer  des  fonds,  les  états  de  Picardie  {ib., 
249). 

3.  Ib.,  p.  398. 


20 

courir,  pour  sa  part,  à  cette  ressource,  à  cet  expédient  légal,  que 
lui  suggéraient  les  traditions  de  la  monarchie. 

Le  cours  même  de  notre  sujet  nous  amène,  par  cette  voie,  à 
parler  des  assemblées  délibérantes  ou  législatives  de  la  France 
au  moyen-âge,  spécialement  en  matière  d'impôt  ou  de  tinances. 
Ces  assemblées  ne  sont  autres  que  les  Etats  généraux  oiipro- 
vinciaiLT.  L'histoire  de  ces  instituti(ms  offre  en  elle-même  un 
très-vif  intérêt.  L'Académie,  à  plus  d'une  reprise,  dans  son  zèle 
pour  les  progrès  de  notre  histoire  morale  et  politique,  a  témoigné 
de  la  sollicitude  que  lui  inspire  cette  double  question.  Des  ouvrages 
instructils  et  rec()nunandablcs,lesuns  inspirés  par  l'Académie  ou 
couronnés  de  ses  suffrages,  les  autres  dus  aux  lumières  de  ses 
membres,  sont  les  résultats  sensibles  et  les  monuments  de  cette 
préoccupation.  Mais  mi  pareil  sujet  n'est  point  de  ceux  qui 
s'épuisent  du  premier  coup.  Longtemps  encore,  celui-ci  doit 
rester  à  l'étude  avant  d'atteindre  à  sa  perfection.  Sans  sortir  du 
programme  imposé  au  présent  concours,  peut-être,  à  cette  occa- 
sion, pourrai-je  fournir  ici,  en  même  temps,  quelques  faits  nou- 
veaux qui  se  rapportent  à  cette  matière,  adjacente  ou  connexe. 
Ces  considérations  me  déterminent  à  traiter  de  ces  assemblées 
dans  un  paragraphe  spécial^. 

§A. — Des  États-généraux  et  provinciaux  sous  Charles  Vil 
(considérés  principalement  au  point  de  vue  de  Y  établissement 
des  impôts). 

Les  divers  auteurs  qui  ont  traité  cette  matière  n'ont  pu  s'en- 
tendre encore  d'une  manière  claire  et  précise,  sur  la  définition 
même  de  ces  mots  :  états  généraux,  états  j^^^ovinciaux.  La 
distinction  des  termes  paraît  évidente  au  premier  abord.  Mais 

1.  Thib:uideau,  Jlistoire  des  états  (jénéraux,  elc,  1813,  >  vol.  in  8".  Uathery, 
Histoire  des  états  généraux,  etc.,  1845,  in-8".  Boullée,  Histoire  complète  des 
états  généraux  de  1302  à  161G,  1845,  2  vol.  in-8".  Amédée  Thioiry,  lîapport  à 
l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques  sur  le  concours  relatif  aux  états 
généraux;  (Séances  et  travaux,  im\M  1844").  Etude  sur  l'histoire,  l'organisation 
et  l'administration  comparées  des  états  provinciaux  aux  diverses  époques  de  la 
monarchie  jusqu'en  1789;  par  M.  C.  Laferricre  {Séances  et  travaux,  juillet  1860 
et  cahiers  suiv.).  —  On  pcul  consulter  aussi:  Notice  sur  les  pays  d'états  i)arM. 
Taillandier;  Annuaire  de  la  socidé  de  l'histoire  de  France,  1852,  p.  170  et  s. 
Beugnol,  Chronologie,  elc,  citée  à  la  page  suivante. 


27 

elle  s'obscurcit  lorsqu'on  les  rapproche  des  faits  historiques. 
Ainsi,  les  états  de  Languedoil,  et  les  états  de  Languedoc,  qui 
s'assemblèrent  par  occasion,  chacun  de  leur  côté,  réunissaient, 
les  uns  et  les  autres,  respectivement,  dans  leur  sein,  des  députés 
de  plusieurs  provinces.  Or,  les  états  de  Languedoc,  géné- 
ralement, ne  s'occupèrent  jamais  que  d'intérêts  partiels  ou 
d'affaires  provinciales.  La  même  observation  ne  saurait  justement 
s'adresser  aux  états  de  Languedoil,  qui,  plus  d'une  fois,  à  eux 
seuls,  servirent  d'états  généraux  à  la  monarchie  ^ .  Cette  remar- 
que est  particulièrement  applicable  et  plausible,  en  ce  qui 
concerne  le  règne  de  Charles  VIL  attendu  l'état  du  territoire, 
partagé  entre  les  diverses  puissances  belligérantes.  Aussi  cher- 
cherait-on vainement ,  dans  les  différents  ouvrages  qui  ont  été 
publiés  sur  ce  sujet,  depuis  Savaron,  ou  depuis  Mayer  et  Barrois 
jusqu'à  nos  jours,  une  liste  U7îi forme  et  surtout  complète  de  ces 
assemblées. 

Pour  nous,  au  point  de  vue  particulier  qui  est  le  nôtre,  cette 
difficulté  de  distinction  n'offre  point  la  même  gravité.  Il  nous 
convient,  au  contraire,  de  réunir  préalablement  dans  un  groupe 
commun  les  parlements  financiers,  soit  généraux  soit  provin- 
ciaux. Nous  commencerons  par  dresser  une  liste  purement  chro- 
nologique de  ces  diverses  assemblées  durant  la  péi'iode  qui  nous 
occupe.  Pour  plus  de  clarté,  chaque  article  sera  précédé  d'un 
signe  conventionnel  destiné  à  signaler  du  premier  coup-d'œil 
l'autorité  politique  qui  prescrivit  la  convocation.  Nous  désigne- 
rons par  la  lettre  F  les  assemblées  qui  obéirent  au  gouvernement 
français,  ou  de  Charles  VIL  La  lettre  B  signifiera  l'autorité 
bourguignonne,  et  enfin  la  lettre  A  celle  du  roi  d'Angleterre. 
Chaque  article  contiendra,  dans  un  énoncé  méthodique,  les  no- 
tions les  plus  essentielles  que  nous  avons  pu  recueillir  sur  cha- 
cune de  ces  assemblées.  Il  sera  suivi  par  l'indication  de  la  source 
historique  où  nous  aurons  puisé.  Nous  distinguerons,  en  outre, 
les  états  généraux  français  par  un  astérisque  :  *. 

Asseynblées    des   trois  ordres ,   convoquées  du  temps  de 
Charles  VII pour  le  vote  de  subsides. 

B.   1418,   avril.   Etats  de  Picardie,  Artois  et  autres  lieux. 


1.  Voy.  Chronologie  des  étais  généraux  par  M.  le  comte  Beugnot,  del'Instilut, 
Annuaire  de  la  société  de  l'histoire  de  France,  de  1840.  L'opinion  alléguée,  p.  96. 


28 

réunis  à  Arras  (Monstrelet,  édition  d'Arcq,  t.  IIL  p.  249  et  s. 
Voy.  ci-dessus,  page  25). 

F.  1418,  septembre.  Assiette  faite  au  diocèse  d'Agde,  de  l'aide 
votée  par  les  trois  états  du  Languedoc  (Direction  générale  des 
Archives,  K  carton  690) . 

B.  1419.  Les  députés  choisis  pour  assister  aux  états  généraux 
ne  purent  s'y  rendre  (Ed.  de  Barthélémy,  Histoire  de  Chùlons- 
sur-Mavne,  1854,  8°,  p.  176). 

F.  1420,  mars  17  et  jours  suivants.  Les  états  de  Languedoc, 
assemblés  à  Garcassonne,  votent  en  faveur  du  régent  un  don 
de  200  mille  francs  pour  son  avènement  dans  le  pays.  D,  Vais- 
sète,  Hist.  du  Languedoc  (t.  IV,  in-f«,  liv.  XXXIV,  ch. 
XIII). 

A.  1420,  décembre  6.  Assemblée  des  trois  états  enl'hôtel  royal 
de  Saint  Paul,  à  Paris.  Emprunt  forcé.  Le  gouvernement  anglais 
rétabht  toutes  les  tailles,  aides  et  gabelles  [Licre  noir,  archives 
de  la  Préfecture  de  police,  f*'  137.  Ordonnances,  tome XI, 
p.  109). 

A.  1421,  janvier.  Les  trois  états  de  Normandie,  réunis  à 
Rouen,  votent  400  mille  livres  tournois  (Gh.  de  Beaurepaire,  les 
Etats  de  Normandie  sous  la  domination  anglaise,  1859, 
in-8",  p.  15). 

F.  1421,  avril  22.  Le  chapitre  de  Marmoutier  (près  Tours) 
décide  qu'il  enverra  des  députés  à  l'assemblée  des  trois  états, 
convoquée  à  Glermont  en  Auvergne  par  le  Dauphin  (Ms.  Baluze, 
77,  f.  347). 

F.  1422,  décembre  16.  Les  trois  états  de  Poitou,  assemblés  à 
S.  Maixent,  accordent  au  roi  Gharles  VII  un  don  de  30  mille 
hvres  pendant  trois  années  (Darsy,  Gamaches  et  ses  seigneurs, 
Amiens,  1854,  in-8%  p.  128.  Gf.  Mayer,  IX,  130,  et  Rathery, 
p.  126). 

*  F.  1423,  janvier  12,  Bourges.  Les  états-généraux  votent 
des  subsides  (Archives  de  Tours.  Ms.  Fontanieu  113.  Cabinet 
histoîHque,  1859:  Gatalogue,  p.  103.  Ordonîiances,  XUl, 
14). 

A.  —  Janvier-février,  Vernon  ;  états  deNorniandie  ;  première 
session;  votent  50  mille  livres  (Beaurepaire,  Ihid .,  p.  17). 

F.  —  Mai.  Les  états  de  Languedoc,  à  Garcassonne,  accordent 
au  roi  une  aide  de  200  mille  livres,  à  condition  d'abolir  la  faible 
monnaie  (Vaissète,  liv.  34,  ch.  27.  Voy.  ms.  Ir.  5053,  f"  188). 


29 


À.  1423,  juillet,  Vernon  ;  états  de  Normandie,  2"  session, 
votent  60  mille  1.  t.  (Beaurepaire,  p.  29). 

F.  —  Août,  14  à  21,  Selles  en  Kerry;  les  trois  états,  réunis 
en  présence  du  roi,  votent  un  subside  de  200  mille  livres  (K.  K. 
56,  f  49). 

A.  —Décembre,  Caen;  états  de  Normandie,  3'  session,  votent 
200  mille  1.  t.  (Ms.  4485  fr.,  f°  1  V;  Beaurepaire,  p.  20). 

F. —Décembre,  13,  Chinon;  aide  octroyée  au  roi  [parles 
états  de  Touraine?J  pour  trois  ans  (KK.  244,  feuillet  volant 
annexéauf  23.  ValletdeViriville,  Histoire  de  Charles  Vil 
et  de  son  époque,  t.  I,  p.  388). 

F.  1424,  mars  16,  Selles  en  Berry.  Les  états  de  Languedoc, 
en  présence  du  roi,  lui  donnent  un  subside  de  un  million  de  livres 
(KK.  56,  f  49.  KK,  244,  P  23.  D.  Vaissète,  liv.  34,  ch.  27). 

F.  —  Mai,  Montpellier;  états  de  Languedoc;  150  mille  livres 
(D.  Yaissète,  liv.  34,  ch.  30). 

F.  —  ]Mai  environ.  Aide  de  14  mille  florins  accordés  par  les 
trois  états  du  Dauphiné  (Ms.  Fontanieu  113.  Ms.  894  de  Gai- 
gnières,  f  133). 

F.  —  Juin  environ.  Les  états  de  Saintonge  accordent  une 
aideauroi(KK56,  foeTv"). 

F.  _  Septembre.  Les  états  de  Yelay,  Gévaudan  et  Vivarais, 
s'assemblent  à    Soyon    sur  le  Rhône   (D.    Vaissète,   liv.   34, 

chap.  31). 

A.  B.  —  Octobre.  Etats  de  France  et  de  Normandie  à  Paris  . 
240  mille  livres  (Ms.  4770  s.  fr.;  Beaurepaire,  p.  23;  Stevenson, 
HenH  VI,  p.  22). 

F.  —  Novembre,  1.  Poitiers  ;  le  roi  présent.  «  Impôt  et  assiette 
mis  sur  les  gens  du  pays  et  ressort  du  Poitou,  montant  à  la 
somme  de  50  mille  livres,  octroyée  par  les  gens  des  trois  estats.  » 
(Original,  ms.  Gaignières,  649,  5,  f  36.) 

*  F.  —  Décembre  19.  Etats  d'Espaly  en  Auvergne  :  150  mille 
livres  (KK.  56,  f'  68,  87,  v".  D.  Vaissète,  hv.  34,  ch.  33). 

A.  1425.  Paris.  Etats  de  Normandie:  160  mille  livres  (Beaur. 
p.  26). 

F.  —  Mars,  15.  Le  roi  distribue  1200  florins  à  l'abbe  de  St- 
Antoine  et  autres  personnages  qui  s'étaient  entremis  récemment 
à  la  tenue  des  étatsdu  Dauphiné  (Ms.  Gaignières,  n"  649,  2,  pièce 
nbis). 

F.  —  Octobre.  Etats  de  Languedoil,  à  Poitiers  ;  le  roi  présent  ; 


30 

votent  450  mille  livres  (Cabinet  des  titres,  dossier  Giac.  Ms.fr. 
5024,  f°  125,  vo). 

*  F,  —  Novembre.  États  généraux  à  INIebun  ;  le  roi  présent  : 
votent  260  mille  livres  (D.  Vaissète,  liv.  34,  ch.  36.  Cf.  Mayer, 
IX,  126  ;  Katiiery,  p.  126). 

F.  1426.  Aide  votée  par  les  états  du  Languedoc  à  Toulouse 
(Savaron,  Chronologie  des  États-Généraux,  p.  49.  Répété  : 
Mayer,  I,  xlix). 

A.  —  Septembre.  Etats  de  Normandie,  Mantes;  120  mille 
livres  (Beaurep.  27.  Catalogue  Joursanvault,  t.  2,  p.  226, 
n"  3395). 

A.  1427.  Etats  de  Normandie  à  Rouen  :  120  mille  livres 
(Beaurep.  27). 

*  F.  —  Septembre.  Le  roi  tient  k  Chinon  les  états  généraux, 
qui  lui  accordent  500  mille  livres  pour  la  guerre  (Vaissète,  liv. 
34,  ch.  45). 

A.  1428,  juin.  États  de  Normandie,  première  session  :  60 
mille  livres  (Beaurep.  30). 

A.  —  Septembre;  2«  session;  180  mille  livres  (Ib.  p.  33. 
Stevenson,  W«r 5  of  Henri  VI,  t.  1,  p.  32). 

*  F.  —  Octobre.  États  généraux  à  Chinon  :  500  mille  livres 
(Ms.  Fontanieu,  115.  D.  Vaissète,  liv.  34,  ch.  45). 

F.  1429,  septembre.  Les  états  de  Languedoc  à  Carcassonne 
votent  une  ..  'de.  La  quote-part  du  diocèse  de  Maguelonne  s'élève 
à  170  mille  florins  (Cabinet  des  titres,  dossier  La  Trimoille). 

A.  —  Novembre,  Etats  de  Normandie  :  140  mille  livres 
(Beaurep.  p.  39). 

?  F.  —  Etats  des  trois  ordres?  ^ 

F.  1430.  Assemblée  des  trois  états  de  Champagne  à  Châlons 
(Boutiot,  Guerre  des  Anglais,  etc.  Paris  et  Troyes,  1861,  in-8", 
p.  13). 

A.  —  Mars,  Rouen  ;  états  de  Normandie,  première  session  : 
70  mille  livres  (Beaurep.  p.  40). 

F.—  Mars,  Sully.  Les  trois  états  de  Languedoc  accordent  au 

l.  Dans  un  acte  royal  et  authentique  du  G  décembre  1429,  il  est  question  de 
«  conseillers  et  réformateurs  dernièrement  ordonnez-  en  nos  irais  estais,  sur  le 
faicl  des  faultes  et  abus  commis  au  faict  de  nos  monnoyes.  Ms  S.  G.  fr.,  u"  572, 
p.  804.  Cette  mention  se  rapporte  évidemment,  soit  aux  états  de  Chinon  (octobre 
1428),  soit  à  une  nouvelle  assemblée,  tenue  en  1429.  La  première  hypothèse  est 
plus  vraisemblable. 


31 

roi,  présent,  150  mille  livres  pour  les  dépenses  du  sacre  et  pour 
la  guerre  (Ms.  1147  s.  fr.  Ms.  Fontanieu,  115). 

A.  1430,  août,  Rouen  ;  états  de  Normandie,  2"^  session  :  120 
raille  livres.  (Beaurep.  40.  Quiclierat,  Procès  de  la  Pucelle, 
V,  179). 

F.  1430,  décembre,  Chinon.  Etats  des  trois  ordres  réunis  de- 
vers le  roi  (Ms.  4767,  f  39  v°). 

A.  1431,  mars,  Rouen  et  Caen;  états  de  Normandie;  T'^  ses- 
sion: 60  miUe  livres  (Beaurep.  p.  41). 

A.  —Juin,  Rouen,  2*^  session  :  150  mille  1.  (Ibid.  42). 
F.  _  Septembre  15,  Tours  ;  assemblée  des  trois  états.  Quote- 
part  du  Poitou  :  10  mille  1.  (Ms.  Fontanieu  115.Varin,  Archives 
de  Reims,  t.  7.  p.  751). 

A.  —  Octobre,  Rouen;  états  de  Normandie,  3*"  session  :  200 
mille  1.  (Beaurep.  p.  43). 

F.  1432,  mars,  aide  de  47  mille  1.  «  mis  sus  »  en  Poitou  (Ar- 
chives des  Deux-Sèvres;  communication  de  rarcliiviste,M. S. Luce). 
A.  —  Mai,  27.  Subsides  accordés  par  les  états  de  Normandie; 
1''*'  session  (Ms.  Fontanieu  116). 

A.  —  Septembre,  Bayeux;  2''  session  :  80  mille  1.  (Beaurep., 
p.  44). 

A.  —  Novembre,  3^  session  :  200  mille  1.  {ibid.) 
F.  —  Décembre,  15.  Lettre  du  roi  aux  bourgeois  de  Reims. 
Ils  doivent  envoyer  des  députés  à  une  assemblée  des  trois  états 
convoquée  en  la  ville  de  Poitiers  (Varin,  Archives  de  Reims,  t. 
7,  p.  570). 

F.  1433.  Assiette,  pour  le  diocèse  de  Lombez,  de  l'aide  votée 
par  les  trois  états  de  Languedoc  (K.  690). 

F.  _  Septembre  et  octobre.  Tours  ;  aide  votée  au  roi  par  les 
trois  états  {Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1859,  4<^  série, 
t.  V.,  p.  510.  Jean  Chartier,  in-16,  t.  I,  p.  171). 

A.  —  Décembre,  Caen;  états  de  Normandie:  200  mille  1. 
(Beaurep.  45). 

*  F.  1434,  avril,  Vienne  :  F  états  généraux;  2°  assemblée 
des  trois  états  du  Languedoc.  Cette  dernière  assemblée  vote  170 
mille  moutons  d'or  (D.  Vaissàte,  liv.  34,  ch.  64). 

?i  F.  —  Septembre,  7.  Vienne,  assemblée  des  trois  états  du 
Languedoc  (Vaissète,  ib.) 

1.  Celte  réunion,  selon  Vaissète,  eut  lieu  en  présence  du  roi.  Ici  le  savant  his- 


32 

A.  —  Septembre,  20.  Vernon;  états  de  Normandie  :  314  mille 
I.  (Beaurep.  40). 

F.  1435,  mai,  Beziers;  états  du  Languedoc;  185  mille  mou- 
tons d'or  (Vaissète,  ib.  K.  K.  648,  f"  164.  Ms.  Gaignières  649. 
5,  i°  39.  Catalogue  Joursanvault,  t.  2,  p.  60,  n»  2,454). 

A'. Bayeux;  états  de  Normandie,  l'"'-  session.  43  mille 

1.  (Beaurep.  48). 

A.  —  Décembre,  Rouen  ;  2°  session  :  180  mille  1.  {Ihid.)  • 

A.  1436,  février,  Vernon.  Etats  de  Normandie,  1'*^  session, 
30  mille  1.  (Beaur.  58). 

A  —  Août,  Caen,  2"  session  :  80  mille  1.  {Ihid.) 

A  —  Décembre,  Caen,  3'  session  :  190  mille  1.  {Ih.,  p.  60). 

l'\  1437,  janvier  1  à  14,  Reims,  états  de  Champagne  ;  votent 
des  subsides.  Commissaires  sur  place  à  Chàlons  (Ed.  de  Barthé- 
lémy, Histoire  de  Chàlons-sur-Marne,  p.  185). 

A  —  Etats  de  Normandie.  Une  imposition  d'office  et  deux 
subsides  votés  ;  le  premier  au  mois  d'août  à  Caen  et  à  Pont-de- 
l'Arche  :  80  mille  1.;  l'autre  en  décembre  à  Rouen,  de  300  mille 
1.  (Beaurep.  p.  63,  65). 

F.  1438,  mars.  Le  roi,  à  Saint- Jean-d'Angely,  réunit  les  trois 
états  du  pays  (Saintonge,  Aunis  et  gouvernement  de  la  Rochelle). 
11  lève  une  contribution  (Ms.  Gaignières  649.  5,  T  42). 

F.  —  Octobre,  12;  lettres  de  Charles  VIL  II  fait  don  aux  ha- 
bitants de  Pontgibaud  en  Auvergne,  d'une  somme  de  deux  cents 
livres  à  diminuer  de  la  taxe  à  laquelle  ils  seront  imposés  dans 
celle  de  200  mille  1.,  ordonnée  sur  le  pays  de  Languedoil.  (Ms. 
Gaignières,  649.  5,  f  26). 

A.  —  Octobre,  Pont-de-l' Arche  et  Bayeux,  états  de  Norman- 
die :  80  mille  1.  (Beaurepaire,  p.  67). 

A.  1439,  mars.  Rouen;  états  de  Normandie,  L'"  session:  200 
mille  1.  (Beaur.,  p.  68). 

F.  — Mai.  Etats  du  Dauphiné  à  S.  Symphorien  d'Auzon  :  30 
miUe  florins  (K.  687,  n"  2). 

A.  —  Octobre,  Caen;  états  de  Normandie,  2"  session  :  80  mille 
1.  (Beaur.  p.  71). 

lorien  est  évidemment  dans  l'erreur.  Le  7  septembre  143'i,  Cbarles  VII  résidait 
à  Tours.  De  plus,  il  ne  nous  parait  i)as  vraisemblable  que  les  états  de  Langue- 
doc se  soient  réunis  une  seconde  fois  dans  la  même  année,  et  à  Vienne,  hors  de 
la  i)rovinre.  Nous  reproduisons  donc  cette  indication  pour  mémoire  e(  sous 
toute  réserve. 


33 

*  F  —  Novembre  2.  Etats  généraux  d'Orléans.  Ordonnances, 
XIII,  306  etc. 

De  1420  à  1436,  la  capitale  et  le  nord  de  la  France  furent  oc- 
cupés par  les  Anglais.  Durant  le  cours  de  cette  période  on  voit 
les  deux  gouvernements,  français  et  anglais,  comme  à  l'envi,  s'a- 
dresser aux  assemblées  délibérantes  pour  obtenir  d'elles  une 
sanction  publique  de  leur  domination  ou  de  leurs  actes  et  le  vote 
des  contributions. 

Durant  cette  période,  ces  assemblées,  soit  locales  o\x  provin- 
ciales, soit  générales,  pour  chacun  des  deux  gouvernements, 
se  réunissent  à  des  intervalles  très-rapprochés.  L'administration 
du  conquérant,  à  cet  égard,  semble  avoir  donné  un  exemple  que 
dut  à  son  tour  subir  le  gouvernement  de  Charles  VII.  Henri  V, 
en  effet,  trouvait  dans  cette  institution  une  image  réduite  du 
parlement  d'Angleterre.  Politique  nOn  moins  habile  qu'homme 
de  guerre,  Henri  V  était  bien  supérieur  comme  capacité  admi- 
nistrative, au  prince  légitime  et  à  son  entourage.  Henri  Y  fit 
peser  sur  les  populations  soumises  à  son  pouvoir,  une  autorité 
savante,  régulière,  un  joug  prudent  et  mesuré. 

Si  l'on  étudie  sous  la  lettre  F  la  série  des  faits  qui  se  rapportent 
au  gouvernement  de  Charles  VII,  il  faut  d'abord  établir  une  pre- 
mière distinction.  Le  Languedoc,  le  Dauphiné  et  autres  pays 
d'états,  votaient  annuellement  leurs  impôts.  C'étaient  là,  pour 
ces  provinces,  des  prérogatives  essentielles  et  qu'elles  conservèrent 
pour  ainsi  dire  de  tout  temps.  Il  faut  donc  éliminer  ces  articles. 
Nous  devons  ensuite  retrancher  les  simples  mentions  ou  annonces 
de  convocation,  qui  ne  furent  pas  toujours  suivies  d'effet.  Il 
convient  d'écarter  enfin  les  indications  vagues  et  douteuses. 
Ainsi  réduite,  la  liste  des  états-généraux  bien  constatés  pour 
nous,  se  borne  au  résumé  qui  va  suivre  : 

1°  1423  janvier,  12,  Bourges. 

2'  1424,  décembre,  19,  Espaly. 

3°  j425,  novembre,  Mehun. 

4°  1427,  septembre,  Chinon. 

5°  1428,  octobre,  ib. 

6''  1434,  avril.  Vienne. 

2°  1439,  novembre,  Orléans. 

Soit,  de  1420  à  1439,  sept  assemblées  pour  20  ans,  ou  envi- 
ron une  assemblée  tous  les  trois  ans.  Dans  la  même  période,  les 

3 


34 

états-généraux,  sous  le  gouvernement  anglais,  sont  en  principe 
conA'Oqués  annuellement.  Bien  plus,  ces  convocations  se  multi- 
plient jusqu'à  se  répéter  deux  et  trois  fois  dans  la  même  année. 
Telle  est  la  première  remarque  qui  résulte  de  cette  comparaison. 

Aux  états-généraux  de  1420,  le  gouvernement  anglais  débuta 
par  soumettre  aux  membres  de  cette  assemblée  les  plus  graves 
sujets  de  délibération  :  translation  de  la  couronne  d'une  dynastie 
à  une  autre  ;  établissement  de  nouveaux  impôts.  La  réunion  eut 
lieu  en  présence  du  conseil  d'Angleterre,  qui  exposa  la  situation 
et  les  demandes  du  gouvernement.  «  Après  quoi,  ceux  qui  estoient 
envoyés  comme  par  les  trois  estats  se  retirèrent  à  part.  Puis, 
parla  bouche  de  l'un  d'eux  fut  dit  qu'ils  estoient  prêts  et  appa- 
reillés de  faire  tout  ce  qu'il  plairoit  au  roy  et  à  son  conseil  d'or- 
donner. »  Seule  l'université,  comprise  dans  les  taxes  nouvelles, 
revendiqua  ses  immunités.  Mais  ses  orateurs  furent  repoussés  de 
manière  à  décourager  une  fois  pour  toutes  les  réclamants^. 

Tant  que  dura  l'occupation,  les  états-généraux  furent  cons- 
tamment et  régulièrement  convoqués,  soit  à  Paris,  soit  à  Rouen, 
soit  en  quelque  lieu  de  la  France  anglaise.  Généralement,  le 
gouvernement  britannique  y  rencontra  toujours  l'obéissance  fa- 
cile qui  vient  d'être  signalée.  Le  clergé  normand  paraît  avoir 
exercé  au  sein  de  ces  assemblées  une  influence  prépondérante. 
Intéressé  par  ses  richesses  au  maintien  de  l'ordre  et  du  statu  quo, 
ménagé,  choyé  par  le  conquérant,  il  donna  l'exemple  de  la  sou- 
mission et  de  l'indifférence  politique.  Lorsque  peu  à  peu  l'esprit 
national  et  patriotique  se  fit  jour  ;  lorsque  du  sein  même  de  cette 
province,  Cantepie  et  d'autres  se  levèrent  pour  secouer  le  joug 
étranger,  ce  ne  furent  point  les  états  qui  servirent  d'organes  à 
de  telles  manifestations. 

Essaj^ons  maintenant  d'apprécier  le  mécanisme  et  le  jeu  de 
cette  institution  entre  les  mains  de  Charles  VIIJ 

Deux  mobiles  principaux  furent,  selon  toute  apparence,  pour 
ce  prince  les  véritables  guides  qui  le  conduisirent  à  employer  cet 
expédient  politique  en  matière  d'impôt.  Ces  deux  mobiles  sont  : 
la  nécessité  d'abord,  puis  l'exemple  ou  la  concurrence  du  gou- 
vernement anglais,  qui  créa  pour  Charles  VII,  à  cet  égard, 
comme  une  seconde  nécessité.  Nous  savons  peu  de  chose  touchant 


1.  Ursins,  dans  Godefroy,  Charles  VI,  page  385.  Du  Houlay,  Historia  universi- 
tatis  Paris.,  t.  V,  p.  344. 


35 

les  premiers  états-généraux  de  Charles  VII.  Sous  la  date  du  22 
avril  1421  (époque  de  la  régence),  nous  avons  signalé  une  con- 
vocation qui  paraît  n'avoir  pas  été  suivie  d'effet.  Ce  genre  d'é- 
chec se  renouvela  fréquemment  sous  le  règne  de  Charles. 

Quelques  renseignements  sont  parvenus  jusqu'à  nous  sur  les 
états  de  Mehun  :  novembre  1425.  La  collection  Mayer  (si  indi- 
geste et  néanmoins  si  précieuse),  contient,  entre  autres  pièces  de 
ce  genre,  un  document  sans  indication  d'origine  et  sans  date  que 
l'éditeur  classe  à  1426,  mais  qui  doit  se  rapporter  aux  états  de 
Mehun,  1425 1. 

Les  députés,  dans  ce  document,  protestent  de  leur  dévouement 
absolu  au  roi.  «  Ils  accordent  et  consentent  que  le  roi,  sans  at- 
tendre autre  assemblée  ne  congrégation  des  états,  pour  ce  que 
aisément  ne  se  peuvent  assembler,  puisse  faire  tout  ce  que  ordre 
de  justice  comporte...  promettant...  dès  maintenant  pour  lors  et 
dès  lors  pour  maintenant,  de  servir  et  aider  le  roi  touchant  ces 
matières  et  de  vivre  et  mourir  avec  lui...  Tous  ensemble,  pour 
eux  et  pour  les  absens, . .  offrent  leurs  corps,  leurs  biens  et  tout 
ce  qu'ils  pourront  finer...  envers  et  contre  tous,  sans  nul  excep- 
ter, jusqu'à  la  mort  inclusivement.  » 

Nous  apprenons,  toutefois,  que,  dans  cette  même  assemblée, 
un  grave  conseiller  de  la  couronne  fit  entendre  d'autres  paroles. 
«Le  roy,  dit  Cousinot  de  Montreuil,  l'un  des  principaux  chroni- 
queurs de  l'époque,  «  fît  une  fois  assembler  ses  trois  estats  à  Me- 
hun-sur-Yèvre  (ce  n'estoit  que  pour  avoir  argent),  sous  umbre 
défaire  cesser  les  pilleries  et  roberies,  qui  estoient  bien  grandes 
et  trop  destructives  du  peuple  et  du  royaume.  Et  y  eut  des  gens 
des  bonnes  villes  qui  furent  contens  d'aider  au  roy,  mais  que  pre- 
mièrement on  veît  les  choses  disposées  à  oster  les  pilleries  ;  et 
non  autrement.  Et  entre  les  autres,  il  y  avoit  un  évesque  nom- 
mé Hugues  CombereP,  qui  soustint  fort  cette  opinion.  Et  pour 
abréger,  fut  conclue  une  taille.  Et  quand  le  roi  fut  dans  sa  cham- 
bre, ledit  Giac  (premier  ministre  ou  favori  du  roi),  s'en  va  dire 
que  qui  l'en  croiroit,  on  jetteroit  ledit  Comberel  en  la  rivière 
avec  les  autres  qui  avaient  esté  de  son  opinion"^.  » 

Deux  ans  plus  tard,  en  1427,  nouvelle  session  des  états-géné- 


1.  IX,  146. 

2.  H.  de  Comberel,  évêque  de  Poitiers. 

3.  Édition  elzévirienne,  1859,  in- 16,  p.  237. 


36 

raux.  Cependant,  le  royaume,  aux  mains  des  fovoris,  penchait 
vers  sa  ruine.  La  conquête  de  l'Anglais  allait  s'étendant  toujours 
et  cernait  dans  un  cercle  de  plus  en  plus  étroit  le  roi  de  Bourges. 
A  la  guerre  civile  se  mêlait  la  discorde  des  princes  et  des  fami- 
liers. Dans  de  telles  circonstances,  le  connêtal)le  de  Richemont, 
éloigné  du  roi  par  des  intrigues  de  cour,  s'allia  au  comte  de  Cler- 
mont  et  autres  mécontents.  Sous  les  auspices  de  la  reine  Yolande, 
les  confédérés  adressèrent  et  firent  parvenir,  vraisemblablement 
jusqu'aux  yeux  du  roi,  un  mémoire  sans  date  et  inédit,  dont  la 
copie,  anonyme,  manuscrite  et  contemporaine,  s'est  toutefois  con- 
servée dans  nos  archives  \ 

Pour  remède  à  la  grave  situation  du  trône,  les  auteurs  du  mé- 
moire proposent  une  nouvelle  assemblée  «  des  trois  estats  repré- 
sentant le  corps  publique  du  dit  royaume,  affin  que,  par  le  bon 
conseil  du  cliief  (tête)  et  corps  ensemble,  par  la  grâce  du  S.  Es- 
prit, laquelle  reluist  en  toute  congrégacion  faite  au  nom  de  Dieu 
et  plus  èficacement  en  une  générale  congrégacion  qu'en  une  pe- 
tite, puissions  parvenir  et  brief\-ement  à  la  fin  que  dessus.  »  Ces 
conseillers,  au  reste,  ne  se  dissimulent  pas  les  défectuosités  qui 
jusque-là  ont  frappé  d'une  stérilité  relative  les  réunions  du  même 
genre.  «  Quant  au  fait  du  conseil  des  trois  états  (poursuivent-ils) 
semblent  nécessaires  les  manières  de  sûreté  qui  s'ensuivent: 
1°  sûreté  de  le  tenir;  2°  sûreté  des  chemins  pour  venir  au  dit 
conseil,  jour  et  lieu  ;  3°  sûreté  contre  toute  oppression  et  violence 
durant  le  dit  conseil,  avec  toute  liberté  à  chacun  de  dire  tout  ce 
que  bon  lui  semblera  à  la  fin  que  dessus  ;  4"  sûreté  de  garder, 
tenir  et  observer  inviolablement  ce  que  dit  et  conclut  sera  par  le 
roy  et  les  dits  trois  états.  »  Ici  le  mémoire,  auquel  je  dois  ren- 
voyer le  lecteur,  propose  diverses  mesures  propres  à  garantir 
cette  quadruple  hberté,  que  les  auteurs  proclament  indispen- 
sable. 

Peu  de  temps  après,  le  roi  eut  en  efiet  recours  à  la  voie  propo- 
sée. Les  obstacles  prévus  se  manifestèrent  avec  toute  l'intensité 
que  les  auteurs  du  mémoire  avaient  judicieusement  signalée. 
Charles  VII,  par  lettres  du  8  janvier  1428,  prescrit  aux  états- 
généraux  de  se  réunir  dans  un  délai  de  siœ  mois,  le  18  juillet 


1.  Direction  générale,  P  1388.  La  diUe  que  nous  croyons  pouvoir  attribuer  à 
ce  document  se  limile  par  divers  synchronismes,  entre  le  1"'  et  le  20  no- 
vembre 1427. 


37 

suivant,  à  Tours.  Cependant,  les  députés  ne  se  rendirent  point  à 
cet  appel.  Le  roi  lança  de  Bourges,  le  22  juillet,  un  nouveau 
mandement,  dans  lequel  il  se  plaint  de  ce  que  ses  ordres  sont 
demeurés  inexécutés.  Il  ajourne  la  réunion  à  Tours,  10  septembre, 
«  pour  tout  délai.  »  L'assemblée  toutefois  n'eut  réellement  lieu 
qu'en  octobre,  à  Chinon^. 

A  cette  époque,  les  Anglais  assiégeaient  Orléans.  La  France 
touchait  à  l'une  des  crises  les  plus  mémorables  de  ses  annales. 
Ce  ne  furent  point  les  états  de  Chinon  qui  régénérèrent  le  triste 
gouvernement  de  Charles  VII  et  qui  sauvèrent  le  pays  d'un  im- 
minent péril.  Leur  utihté  se  borna,  comme  on  l'a  dit,  à  voter  500 
mille  livres. 

Jean  Jouvenelou  Juvénal  des  Ursins,  avocat-général  du  roi  au 
parlement  de  Poitiers,  puis  évèque  de  Beauvais,  pair  de  France, 
etc.,  rapporte  ce  qui  suit.  J.  des  Ursins,  auteur  de  cet  écrit,  s'a- 
dresse (sans  doute  fictivement)  au  roi  et  lui  tient  ce  langage  :  «  En 
1430,  dit-il,  environ  Noël,  vous  étiez  à  Chinon.  Les  gens  des 
trois  états  de  par  de  ça,  c'est  à  savoir  :  Reims,  Laon,  Chàlons, 
Beauvais,  Senlis,  Troyes,  Sens,  Melun,  Montargis  et  autres,  se 
rendirent  auprès  de  vous.  Les  plaintes  du  pauvre  peuple  vous 
furent  humblement  exposées  par  la  bouche  d'un  gentilhomme  de 
Senlis,  en  vous  remontrant  comment  dussiez  faire  justice.  Mais 
tout  le  confort  qu'ils  eurent  fut  que  aucuns  de  vos  gens  disoient 
en  vostre  présence  qu'il  (le  gentilhomme)  estoit  un  très-mauvais 
fol  et  que  on  le  devoit  jeter  à  la  rivière'-. 

En  1431,  une  assemblée  des  trois  états  se  réunit  à  Tours,  au 
mois  de  septembre.  Deux  mois  plus  tard,  du  12  au  17  novembre, 
des  commissaires  royaux  arrivaient  à  Troyes  en  Champagne. 
Cette  province,  d'après  toutes  les  vraisemblances,  n'avait  point 
député  à  l'assemblée  de  Tours.  Suivant  l'antique  usage,  en  effet, 
ces  commissaires  vinrent  sur  place  réclamer,  dans  la  capitale  de 
la  Champagne,  la  concession  et  la  levée  des  deniers  royaux.  A 
ce  sujet,  des  pourparlers  s'établirent  entre  la  ville  et  les  délégués 
de  la  couronne,  qui  furent  accueilhs  avec  beaucoup  de  tiédeur.  Le 
subside  à  la  perception  duquel  tendait  leur  mission,  ne  fut  ac- 


1.  Mss.  de  Dom  de  Vie,  n"  89,  f"  11  à  74.  D.  Vaissète,  liv.  34,  chapp.  44, 
45.  MéiiHid,  Histoire  de  Nîmes,  1752,  in-4°,  t.  3,  preuves,  p.  224.  Cf.  Ralhery, 
p.  310. 

2.  Ms.  4767,  f  39  v".  Cf.  ci-dessus  p.  35,  noie  3. 


38 

cordé  que  réduit,   après  une  longue  et  pénible  négociation  '. 

Charles  VIT,  le  4  avril  1433,  rendit  une  ordonnance  par  la- 
quelle, attendu  l'insuffisance  du  revenu  et  des  aides,  il  frappe 
un  impôt  extraordinaire  de  10  deniers  tournois  sur  chaque  quin- 
tal de  sel  qui  se  vendra  dans  les  greniers  du  Languedoc  (pays 
d'états).  Cet  impôt,  levé  pour  l'entretien  delà  maison  de  la  reine, 
devait  courir  de  la  Saint-Jean-Baptiste  (24  juin  1433),  au  terme 
correspondant  de  Tannée  suivante.  Sous  la  forme  d'un  incident 
de  cour  assez  fréquent  durant  cette  période,  un  événement  poli- 
tique des  plus  considérables  eut  lieu  au  mois  de  juin  de  la  même 
année.  Ce  fut  l'enlèvement  de  la  Trémouille,  ministre  jusqu'alors 
tout  puissant,  et  la  retraite  de  ce  favori.  Cet  incident  servit  de 
thème  à  une  nouvelle  réunion  des  états.  L'assemblée  convoquée 
d'abord  à  Blois,  mais  sans  résultat,  se  réunit  à  Tours  aux  mois 
de  septembre  et  octobre  ^ 

La  Champagne  ne  députa  point  à  la  réunion.  Cette  province 
avait  été  rendue  par  la  Pucelle  à  la  France.  En  1430,  Troyes 
s'empressa  de  s'adresser  au  nouveau  lieutenant  du  roi,  le  sire  de 
Barbazan,  pour  lui  ofirir  les  témoignages  de  son  zèle.  Cette  ville 
provoqua,  de  son  côté,  la  tenue  des  états  de  la  province  et  ne 
manqua  pas  d'envoyer  ses  députés  à  leur  session,  qui  eut  lieu  la 
même  année  à  Chàlons,  sous  la  présidence  du  gouverneur.  Mais 
la  Champagne,  ou  du  moins  la  ville  de  Troyes,  son  antique  capi- 
tale, ne  suivit  pas  la  même  ligne  de  conduite  à  l'égard  des  états 
du  royaume.  On  a  dit  ce  qui  se  passa  dans  cette  cité  en  1431. 

Lors  des  états  de  1433,  la  ville  de  Troyes  avait  accrédité  à 
Tours,  devers  le  roi,  des  procureurs  ou  mandataires  spéciaux 
chargés  de  traiter  les  intérêts  courants  de  sa  municipalité.  Le 
conseil  de  ville  interdit  à  ces  messagers  de  comparaître  aim  états 
comme  députés.  Au  mois  de  septembre,  il  écrivit  particulièrement 
au  roi  pour  s'excuser,  au  sujet  de  cette  volontaire  abstention^. 

Le  traité  d'Arras,  signé  le  21  septembre  1435,  fut,  comme  on 
le  sait,  le  prélude  et  le  signe  avant-coureur  de  l'affranchisse- 
ment du  royaume.  Huit  mois  plus  tard  (avril  1436),  Paris  était 
rendu  à  la  dynastie  des  Valois.  Charles  VII,  ou  son  gouverne- 

1.  Archives  de  Troyes.  Bouliot,  Guerre  des  Anglais,  1861,  in  8°,  p.  37  et  sui- 
vantes. 

1.  Cabinet  des  titres,  dossier  Noyers.  Mayer,  IX,  156.  J.  Cliartier,  éd.  elzévi- 
rienne,  t.  I,  p.  171.  Ms.  fr.  5,038,  f'  'i. 

3.  Bouliot,  Guerre  des  Anglais,  p.  13  et  40. 


i 


39 

ment,  n'attendait  que  ce  grand  fait,  pour  se  délivrer  d'une  en- 
trave importune.  La  question  des  aides,  évidemment,  fut  de 
celles,  qui,  dans  les  négociations  ou  préliminaires  de  la  paix, 
avaient  dû  être  traitées  et  résolues  d'un  commun  accord,  entre  le 
duc  de  Bourgogne  et  le  roi  de  France.  Aussitôt  que  la  paix  d' Ar- 
ras  eut  été  notifiée  en  Picardie,  les  aides  y  reparurent,  et  cette 
restauration  fit  éclater  immédiatement  à  Amiens  une  tentative 
d'insurrection  ' . 

Peu  de  temps  après,  Charles  Vil  publia  l'édit  important  qui  a 
pour  titre  :  «  Instructions  et  ordonnances  faites  et  advisées  par 
le  roi  nostre  sire  et  les  seigneurs  de  son  sang  et  grand  conseil, 
sur  la  manière  de  levé)"  et  gouverner  le  fait  des  aides-  qui  sou- 
loient^  avoir  cours  pour  la  guerre,  lesquels  le  roy  nostre  dit  s"^, 
depuis  son  partement  de  Paris  (1418)  abatit,  et,  du  consente- 
ment des  trois  estats  de  son  obéissance,  a  remis  sus,  le  28*" 
jour  defebvrier  1435  (1436  n.  s.).  »  Suit  un  règlement  sur  la 
perception  :  1°  du  sou  pour  livre  de  toute  marchandise  ;  2°  du 
huitième  du  vin.  Le  17  juillet  1436,  Charles  VII  rétablit  à  Reims 
(et  probablement  dans  toute  la  Champagne)  les  aides  abolies  par 
Jean  sans  Peur,  sous  le  règne  de  Charles  VI.  Le  9  septembre  sui- 
vant, «  lettres  qui  ordonnent  la  levée  d'une  aide  sur  le  vin  cueilU 
en  la  prévôté,  vicomte  et  élection  de  Paris,  pour  soudoyer  les 
gens  de  guerre  et  pour  autres  affaires  du  roi  en  ce  pays"*.  » 

En  1437  cet  exemple  semble,  à  son  tour,  imité  par  le  gouver- 
nement anglais,  qui,  refoulé  en  Normandie,  y  lève  d'office  un 
subside.  Dans  le  cours  de  la  même  année,  le  roi  Cliarles  étend  à 
tous  les  pays  de  son  obéissance  l'imposition  de  douze  deniers  ou 
sou  pour  livre,  et  du  huitième  sur  le  vin  en  détail  vendu  par  tout 

1.  Monstrelel,  éd.  d'Arcfi,  l.  V,  p.  194. 

2.  Dans  les  élals  soumis  à  Charles  VII  la  juridiction  des  aides  avait  été  réta- 
blie à  Poitiers  par  ordonnance  du  22  octobre  1425.  Ordonnances,  XIII,  106.  Ms. 
Gaignières  649,  5,  f"  23. 

3.  Solebant. 

4.  Ms.  La  Ravalière,  Champagne,  t.  35,  p.  179,  180.  Ordonnances,  XIII,  211, 
227.  Ms.  Brienne,  197,  f"  352,  3.  Un  arrêt  du  parlement  de  Paris  fut  rendu,  le  14 
mai  1437,  à  la  requête  du  connétable  et  du  chancelier.  Cet  arrêt  met  à  la  dispo- 
sition du  connétable,  pour  payer  les  gens  de  guerre  et  attendu  la  nécessité,  les 
sommes  déposées  àu\  greffes  de  la  Cour  à  litres  de  consignations  (Déplorable 
expédient  déjà  employé  par  le  gouvernement  bourguignon).  11  est  dit  que  ces 
dépôts  seraient  rétablis  ou  réintégrés  des  premiers  deniers  que  produiraient  les 
aides  {Ordonn.,  ibid.,  préface,  p.  xxvij). 


40 

le  royaume.  Un  acte  déjà  cité,  du  12  octobre  1438,  nous  montre 
le  Languedoc  également  imposé  d'office  ou  arbitrairement  par 
la  couronne  ^ . 

L'année  1439  et  les  états  d'Orléans  terminent  ce  tableau 
chronologique.  En  mai  1439,  le  roi  se  trouvait  à  Vienne  (Dau- 
phiné)  où  il  avait  convoqué  les  états  de  cette  province  pour  le  12 
du  même  mois.  Mais  la  peste  était  à  Vienne.  Le  roi  se  transporta 
en  conséquence  à  Lyon  et  manda  les  états  dans  cette  ville.  Réu- 
nis à  Saint-Symphorien  (Dauphiné),  les  représentants  de  la  pro- 
vince délibérèrent  sur  cet  incident.  Deux  députés  se  rendirent  à 
Lyon  près  du  roi.  Ils  lui  représentèrent  que  les  états  du  Dauphiné, 
■aux  termes  de  leurs  privilèges,  n'étaient  tenus  de  s'assembler 
que  dans  les  limites  territoriales  de  la  province.  Sur  cette  ou- 
verture, le  roi  consentit  à  ce  que  l'assemblée  eût  lieu  à  Saint- 
Symphorien.  Après  divers  messages  et  pourparlers,  les  états  de 
Saint-Symphorien  accordèrent  au  roi  trente  mille  florins,  mais 
en  stipulant  diverses  conditions  expresses ,  les  unes  préalables 
par  rapport  au  vote,  et  les  autres  relatives  à  l'emploi  de  cette 
somme*. 

Deux  auteurs,  à  ma  connaissance,  nous  instruisent  de  ce  qui  se 
passa  lors  des  états-généraux  tenus  à  Orléans  en  1439.  L'un  est 
Berry  le  Hérault,  premier  roi  d'armes  et  chroniqueur  de  France. 
Cet  historien  n'a  que  des  éloges  pour  l'ordre  suivi  en  cette  cir- 
constance. Il  vante  l'affabilité  du  roi,  son  facile  accès,  sa  condes- 
cendance à  écouter  les  mandataires  du  pays  et  les  ambassadeurs 
des  hauts  barons.  Ace  tableau,  sans  doute  flatté,  il  y  a  une  ombre 
sévère.  Ecoutons  de  nouveau  J.  des  Ursins,  évêque  de  Beauvais, 
conseiller  du  roi,  député  de  Paris  à  ces  mêmes  états,  témoin  ocu- 
laire et  auriculaire.  «  L'année  dernière,  dit-il,  dans  un  écrit 
déjà  cité  et  daté  de  1440,  —  l'année  dernière,  vous  avez  ordonné 
tenir  les  trois  estais  à  Paris  ;  auquel  lieu  vous  ordonnastes  que 
on  allast  à  Orléans  et  en  ce  on  vous  obéit.  Mais  à  peine  ont-ils 
eu  vostre  présence.  Car,  seulement  à  l'entrée,  c'est  assavoir  à 
faire  la  proposition,  et  à  l'issue  faire  la  responce,  à  grand  peine 
avez-vous  monstre  vostre  face;  et  s'ils  entroient  en  vostre  cham- 
bre pour  vous  faire  aucunes  requêtes,  vous  vous  boutiez  en  un 


1.  Ms  Gaignières,  649,  5,  f"  26  el  42.  Voyez  ci-dessus,  page  32,  A  1437,  et  F 
1438,  mars  30,  octobre  12. 

2.  Archives  nationales,  K  687,  n»  2. 


4^ 

petit  retrait  (cabinet),  et  fermoit  on  l'huis,  atîu  qu'on  ne  parlast  à 
vous.  Ils  furent  à  Orléans  près  d'un  mois  avant  que  leur  fissiez 
exposer  la  cause — '■  » 

On  sait  les  importantes  résolutions  qui  furent  l'œuvre  de  cette 
assemblée.  L'ordonnance  d'Orléans,  2  novembre  1439,  est  un 
des  beaux  monuments  de  l'administration  royale.  On  y  voit  po- 
sées et  assises  d'une  main  ferme,  les  bases  de  la  loi  qui  allait  en- 
fin mettre  un  terme  au  brigandage  public  et  constituer  l'armée 
nationale.  Nous  aurons  à  revenir  avec  toute  notre  attention  sur 
cette  grande  réforme,  sur  cette  institution  dans  un  chapitre  spé- 
cial. En  ce  moment,  l'ordonnance  du  2  novembre,  couronnement 
des  états  de  1439,  doit  nous  apparaître  exclusivement  au  point 
de  vue  des  impôts. 

L'ordonnance  du  2  novembre  (art.  36,  37,  41),  interdit  aux 
seigneurs  les  exactions  de  toutes  sortes,  les  tailles  arbitraires  que 
les  barons,  dans  ces  temps  de  désordre,  et  à  l'imitation  de  la  cou- 
ronne, avaient  imposées  sm'  leurs  terres,  en  outre  des  taxes  féo- 
dales anciennes  et  accoutumées.  Désormais  la  taille  et  les  aides, 
comme  les  autres  droits  royaux,  deviennent  les  attributs  exclu- 
sifs de  la  monarchie-.  Voilà  ce  que  dit  explicitement  l'ordon- 
nance de  1439.  Mais  elle  est  plus  remarquable  encore  par  ce 
qu'elle  omet  de  dire  et  par  certains  principes  qu'elle  suppose 
établis.  Cette  allusion  s'applique  à  deux  grands  faits  qui  cons- 
tituent ce  que  nous  appellerons  la  réforme  de  1439  : 

1°  Etablissement  d'un  impôt  définitif  et  permanent  ; 

2"  Suppression  du  pouvoir,  attribué  jusque-là  aux  états-géné- 
raux, d'autoriser  la  levée  de  cet  impôt. 

Ce  double  changement,  constaté  par  tous  les  historiens,  a 
néanmoins  donné  lieu  à  des  obscurités,  à  des  doutes  d'interpréta- 
tion que  nous  allons  tenter  d'èclaircir.  Chacun  s'accorde  à  consi- 
dérer l'ordonnance  du  2  novembre  1439,  comme  le  texte  même 
et  l'acte  ou  instrument  légal  de  cette  réforme.  Cependant,  un  au- 
teur moderne  fait  observer,  ce  qui  est  constant,  que  l'ordonnance 

1.  Chronique  de  Berrj,  dans Godefroy,  C/tor?es  VII,  p.  404,  405.  Ms.  fr.  4767, 
f"  38.  Cf.  Loltin,  Essais  sur  Orléans,  l.  288.  —  Deux  députés  avaient  été  nommés 
à  Chàlons-sur-Marne  pour  représenter  cette  ville  aux  étals  d'Orléans.  Simon  des 
Abbés,  l'un  d'eux,  s'excusa  sur  le  danger  des  chemins.  Le  second  député  se  nom- 
mail  Jean  Cœur-de-Roy.  Siraou  des  Abbés  fut  remplacé  par  Guillaume  Noisette 
(Barthélémy,  Histoire  de  Chdlons,  p.  186). 

i.  Ordonnances,  XIII,  306. 


/.2 

ne  parle  pas  des  états-généraux,  ni  de  tailles  permanentes.  De  son 
coté,  Philippe  de  (^omniynes,  dans  un  passage  souvent  cité,  dit 
que  Charles  Vil  fut  le  premier  qui  osa  établir  les  aides  perma- 
nentes, sans  le  conseyitemeni  des  états  K 

Il  suffit,  pour  dissiper  tout  malentendu  à  cet  égard,  de  se  re- 
porter attentivement  à  l'historique  ci-dessus  exposé  de  la  ques- 
tion. Dans  les  annales  de  la  monarcliie ,  les  états-généraux  nous 
apparaissent  surtout  comme  des  expédients  politiques  imposés 
aux  rois  par  la  nécessité,  comme  un  remède  à  des  désastres  ou  à 
des  ditticultés  exceptionnelles.  La  royauté  n'employait  pas,  sans 
hésitation,  cette  ressource  extrême  et  dont  la  seule  annonce  ac- 
cusait une  situation  critique.  Elle  répugnait  naturellement  à  con- 
voquer ces  comices  solennels  dans  lesquels  on  voyait,  en  quelque 
sorte,  les  rôles  s'intervertir  :  la  monarchie  tendre  la  main  pour 
recevoir  des  subsides,  implorer  des  conseils  et  parfois  essuyer 
des  échecs  ou  des  remontrances.  Cette  question  des  états-géné- 
raux fut  certainement  un  des  points  délicats  et  difficiles  qu'eu- 
rent à  résoudre  les  politiques  préposés  au  gouvernement  de  la 
France  sous  le  règne  de  Charles  VII.  Ce  monarque  et  ses  con- 
seillers subirent  les  états-généraux,  tant  qu'ils  ne  purent  s'en  dis- 
penser. Mais  les  états  eux-mêmes  poussèrent,  on  peut  le  dire,  le 
zèle  jusqu'au  suicide  jmr  dévoueraent,  ou  du  moins  à  l'offre 
indirecte  d'un  tel  sacrifice.  On  se  rappelle  les  expressions  qu'em- 
ployaient en  1425  les  députés  de  Mehun  :  «  dès  maintenant  pour 
lors  et  dès  lors  pour  maintenant...,  etc.-.  »  Aussi,  dans  l'instruc- 
tion de  1436  ^  le  roi  n'hésite-t-il  pas  à  dire  qu'il  a  rétabh  les 
aides  du  consentement  des  états. 

Or  l'histoire,  il  est  vrai,  ne  nous  a  conservé  la  trace  d'aucune 
assemblée  qui,  en  1435-1436,  ait  autorisé  une  pareille  mesure,  et 
nous  nous  expliquerions  difficilement  qu'une  telle  assemblée  n'eût 
pas  laissé  le  moindre  vestige  de  son  existence.  Mais  nous 
sommes  beaucoup  plus  disposé  à  penser  qu'il  s'agit  ici  d'un  con- 
sentement  tacite,  consentement,  d'ailleurs,   qui  nous  semble 

1.  Dansin,  Histoire  du  gouvernement   de   la    France  pendant  le  règne  de 
Charles  VII,  Paris,  1858,  in-8°,  p.  55.  Mémoires  de  Commynes,  livre  VI,  cha- 
pitre 6.  Cf.  Discours  au  roi  (1581).  Ms.  Minimes,  31,  f°   48  v,  53  \°.  Ordon 
nances,  XIII,  préface,  p.  xxvij  el  Ixxxij.  Laferrière,  Séances  et  travaux,  1860, 
p.  129,  etc. 

2.  Voyez  ci-dessus,  p.  35. 

3.  Ci-dessus,  p.  39. 


43 

très-logiquement  et  très-loyalement  s'appuyer  sur  les  protesta- 
tions explicites,  réitérées,  dont  nous  avons  reproduit  quelques 
témoignages.  Après  l'évasive  déclaration  de  1436,  qu'avaient 
à  faire  les  rédacteurs  de  l'édit  de  1439?  Ils  avaient,  touchant  ce 
point  délicat,  à  garder  le  silence.  En  se  taisant  avec  habileté,  Us 
ont  employé  les  paroles  de  cet  édit  à  enregistrer  des  faits 
accomplis  et  â  décréter  de  nouveaux  résultats  qu'ils  voulaient 
atteindre  ^ 

Le  témoignage  de  Commynes  ne  contredit  pas  l'explication  qui 
précède.  L'historien  de  Louis  XI  a  certainement  voulu  dire  que 
Charles  VII,  vers  1439,  se  dispensa  de  demander,  pour  l'ave- 
nir, le  consentement  des  états  en  matière  d'impôts.  Suspension 
du  vote  ou  de  l'autorité  des  états,  —  établissement  d'une  taille 
permanente,  —  établissement  d'une  armée  ou  force  publique, 
également  permanente,  —  sont  d'ailleurs  trois  termes  qui  se  rat- 
tachent l'un  à  l'autre,  logiquement  et  chronologiquement,  par 
un  lien  étroit  et  indissoluble.  Or  l'article  26  de  l'ordonnance  du 
2  novembre  1439  décrète  cette  institution  de  l'armée  royale  dans 
des  mots  encore  voilés,  mais  d'un  sens  précis  et  incontestable. 

A  ces  trois  termes,  nous  croyons  pouvoir  en  ajouter  un  qua- 
trième, et  nous  aurons  ainsi  relaté  une  nouvelle  réforme,  un  nou- 
veau changement  administratif  qui  fut  l'œuvre  de  Charles  VIL 
Nous  voulons  parler  de  la  réforme  des  monnaies. 

Un  écrivain  spécial  et  des  plus  autorisés  s'exprime  ainsi  à  cet 
égard  :  «  Charles  VII,  dit-il,  dans  la  grande  nécessité  de  ses  af- 
faires, poussa  l'affaiblissement  si  loin  et  leva  un  si  gros  droit  sur 
les  monnoies,  qu'Q  retenoit  les  trois  quarts  du  marc  d'argent 
pour  son  droit  de  seigneuriage  et  pour  les  frais  de  la  fabrication. 


1.  En  1441,  les  barons,  ligués  à  Nevers,  représentèrent  au  roi  «  comment  les 
tailles  et  impositions  se  doivent  mettre  sus  et  imposer  et  appeler  les  seigneuries 
et  les  états  du  royaume.  »  Le  roi  répond:  «  Les  aides  ont  été  mises  sur  les  sei- 
gneuries (populations  des  seigneuries),  de  leur  consentement.  Et  n'est  jà  nul 
besoin  d'assembler  les  trois  estais  pour  mettre  sur  lesd.  tailles;  car  ce  n'est  que 
charge  et  dépense  au  pauvre  peuple,  qui  a  à  payer  les  frais  de  ceux  qui  y  vien- 
nent ;  et  ont  requis  plusieurs  notables  seigneurs  dudit  pays,  qu'on  cessât  de 
lelle  convocation  faire.  Et  pour  cette  cause  sont  contents  qu'on  envoie  la  com- 
mission aux  élus,  selon  le  bon  plaisir  du  roi.  »  (Monstrelet,  éd.  du  Panthéon, 
p.  827-8).  Dans  le  même  sens,  H.  Baude  parle  de  tailles  et  crues  de  tailles  im- 
posées, postérieurement  à  1456,  «  du  vouloir  et  consentement  des  gens  des 
trois  états.  »  (J.  Chartier,  t.  lll.  p.  137.) 


44 

Il  prenoit  encore  une  plus  grosse  traicte  ^  sur  le  marc  d'or.  Ce 
prince  ayant  chassé  l'Anglois  hors  du  royaume-,  commença  à  y 
rétablir  l'ordre  par  le  règlement  des  monnoies.  J'ai  trouvé  dans 
un  ancien  manuscrit,  qui  est  environ  de  ce  temps-là,  que  le  peuple, 
se  ressouvenant  de  l'incommodité  et  des  dommages  infinis  qu'il 
a  voit  reçus  de  l'affaiblissement  des  monnoies,  et  du  fréquent 
changement  du  prix  du  marc  d'or  et  d'argent,  pria  le  roy  de 
quitter  ce  droit,  consentant  qu'il  imposât  les  tailles  et  les 
aides^,  ce  qui  leur  fut  accordé.  Le  roy  se  réserva  seulement  un 
droit  de  seigneuriage  fort  petit,  qui  fut  destiné  au  payement  des 
officiers  de  la  monnoye,  et  aux  frais  de  la  fabrication.  Un  ancien 
.registre  de  la  monnoye,  qui  paraît  avoir  été  fait  sous  le  règne  de 
Charles  VII,  dit  que  oncques  puis  que  le  roy  mit  les  tailles  des 
possessions,  des  monnoy es  ne  lui  chalut  plus  ^.  Par  là  on  voit, 
ajoute  en  terminant  notre  auteur,  que  l'imposition  fixe  des  tailles 
et  des  aides  fut  substituée  à  la  place  d'un  ancien  tribut  infiniment 
plus  incommode  ^.  » 

Les  développements  dans  lesquels  nous  venons  d'entrer  expli- 
quent suffisamment,  si  je  ne  me  trompe,  cette  espèce  d'échange 
utile,  qui  s'opéra  sous  Charles  VII.  Nous  y  voyons  en  premier  lieu 
ce  roi  doter  le  pays  d'une  armée  soumise  à  un  seul  chef,  chef  de  la 
nation  même,  et  créant  en  faveur  du  pays  entier  la  première  des 
garanties:  celle  de  la  sécurité  publique.  Nous  le  voyons  encore 
délivrer  ses  sujets  de  toutes  les  exactions  seigneuriales  et  arbi- 
traires. Nous  le  voyons  enfin  renoncer  aux  profits  désastreux 
qu'il  demandait  jadis  à  l'altération  des  monnaies.  —  Puis,  en  re- 
tour et  d'une  autre  part,  le  pays  consent  à  l'institution  d'impôts 
permanents  et  renonce  à  l'initiative  ou  à  la  sanction  légale  qu'il 
possédait,  antique  attribut  des  états-généraux^. 


1.  Traite,  droit. 

2.  Pour  être  tout  à  fait  précis,  il  faut,  je  crois,  entendre  ici  :  hors  de  la  capi- 
tale, c'est-à-dire  en  1436. 

3.  Voyez  ci-dessus  p.  28  :  F  1423  mai. 

4.  Depuis  que  le  roi  eut  mis  la  taille  sur  ses  possessions  (sur  les  terres  de  son 
obéissance),  il  ne  se  soucia  plus  de  demander  aux  monnaies  un  produit  forcé. 

5.  Le  Blanc,  Traite  des  monnoijes,  p.  76,  77;  299  et  suiv.  La  réforme  des 
monnaies  coïncida,  selon  le  même  auteur,  avec  la  gestion  de  Jaccpies  Cœur,  qui 
fut  préposé  à  la  monnaie  de  Paris  des  1436.  Voy.  P.  Clément,  Jacques  Cœur  et 
Charles  VII,  1. 1,  p.  85  et  suiv. 

6.  «  En  supprimant,  dit  avec  raison  un  écrivain  couronné  par  l'Académie,  en 
supprimant  le  vote  des  étals  pour  lever  la    taille  dans  toute  l'étendue  du  do- 


45 

Ainsi  se  trouve  résolu,  k  notre  sens,  touchant  ce  point  de  fait, 
l'un  des  problèmes  que  présentait  notre  programme.  Nous  croi- 
rions, toutefois,  ne  pas  répondre  convenablement  aux  vues  éle- 
vées de  l'Académie,  si,  avant  de  quitter  le  paragraphe  des  états 
généraux,  nous  ne  tentions  pas  de  jeter  sur  cette  intéressante 
question  un  dernier  regard  plus  étendu  et  plus  général. 

La  France  au  xv'^  siècle  n'en  était  plus  aux  premiers  débuts 
ni  à  ses  premiers  essais  quant  à  la  pratique  des  assemblées  parle- 
mentaires. En  Angleterre,  à  cette  époque,  le  Parlement  pousse 
dans  le  sol  politique  de  vigoureuses  racines^  et  devient  ce  qu'il  est 
demeuré  depuis  :  l'institution  fondamentale  de  l'Etat.  Chez  nous,  à 
la  même  date,  un  conquérant  anglais  envahit  le  territoire  natio- 
nal. Il  trouve  debout  les  assemblées  délibérantes.  Il  respecte  cette 
institution;  il  l'appelle  à  fonctionner,  à  exercer  ses  droits;  et,  jus- 
qu'au dernier  jour  de  l'occupation,  l'usurpateur  compte  loyalement 
avec  les  privilèges  des  états.  Le  prince  légitime,  bien  loin  de  là,  les 
subit  à  regret  et  s'empresse,  aussitôt  qu'il  le  peut,  de  s'en  affran- 
chir. Le  pays  lui-même,  sous  ce  rapport,  abdique,  pour  ainsi  dire. 
Les  états  devenus  presque  annuels  semblaient  prêts  à  s'implanter 
en  France  comme  en  Angleterre.  Mais  à  cette  époque  même  les 
états,  au  contraire,  s'interrompent  et  désormais  ils  n'apparais- 
sent plus  dans  notre  histoire  qu'isolément,  sans  suite  et  à  de  longs 
intervalles. 

Un  pareil  fait,  un  tel  contraste  assurément  est  assez  notable 
pour  qu'on  cherche  à  s'en  rendre  compte.  Les  états-généraux, 
tenus  sous  Phihppe-le-Bel  et  sous  le  roi  Jean,  figurent  lionora- 
blement  dans  nos  annales.  Serait-ce  qu'au  temps  de  Charles  VII 
la  nation  eût  dégénéré  ?  Serait-ce,  à  n'envisager  que  l'amour  du 
bien  public  et  la  capacité,  serait-ce  que  les  Etienne  Marcel,  les 
Robert  Le  Coq,  les  Demarest  et  tant  d'autres,  n'eussent  enfanté 
que  des  héritiers  impuissants  et  indignes?  serait-ce  enfin  qu'en 
ces  temps  d'extrême  calamité,  le  tiers-état  spécialement,  eût 
laissé  dépérir  entre  ses  mains  les  vieilles  traditions  de  zèle  pour 
l'intérêt  général,  les  lumières  et  le  sens  politique? 

On  pourrait  être  tenté  de  le  croire  en  considérant  le  rôle  plus 

maine,  on  ne  fit  aussi  que  convertir  en  règle  un  usage  de  plus    en  plus  com- 
mun. »  Dareste,  Histoire  de  V administration,  t.  II,  p.  58. 

1.  L'affermissement  des  communes  au  sein  du  parlement  anglais  et  l'extension 
de  ses  prérogatives  appartiennent  au  xv°  siècle.  Voyez  Benj.  Williams,  Gesta, 
Henrici  F',  préface,  p.  XXIX  (Lond.  1850,  in-S"). 


/.6 

que  modeste  et  par  trop  effacé  que  jouèrent,  dans  les  états-géné- 
raux de  Charles  VII,  quelques-uns  des  acteurs  ci-dessus  mis  en 
scène.  Au  lieu  de  ces  hardiesses  du  xiV  siècle  et  des  fiers  carac- 
tères qui  marquent  cette  époque,  les  vestiges  qui  nous  sont  restés 
des  états-généraux  assemblés  sous  Charles  VII,  nous  offrent,  il 
est  vrai,  un  tout  autre  spectacle.  Les  documents  sommaires  et 
confus  du  xv''  siècle  ne  nous  montrent,  dans  les  députés  de  cette 
seconde  période,  qu'une  foule  anonyme,  quasi-muette,  se  bor- 
nant à  voter  en  silence,  et  sous  le  coup  d'une  évidente  intimida- 
tion, des  subsides  écrasants  et  sans  cesse  renouvelés. Ou  bien.s'ils 
ouvrent  la  bouche,  c'est  pour  faire  entendre  l'expression  d'un 
dévouement  à  la  fois  absolu  et  banal,  c'est  pour  répéter  des  pro- 
testations qui  manquent  constamment  de  mesure  et  de  dignité'. 

Quelque  gravité  que  puissent  avoir  de  pareils  symptômes,  nous 
croyons  qu'on  jugerait  mal  le  tiers-état  du  xv'=  siècle,  si  l'on  s'en 
rapportait  uniquement  à  ces  indices.  Les  états-généraux  de  1420 
à  1436  fonctionnèrent  sous  l'empire  de  circonstances  spéciales  et 
funestes.  Une  sorte  de  démoralisation  générale  régnait  dans  le 
pays.  Les  assemblées  parlementaires  des  deux  grands  partis  qui 
divisaient  la  France,  subirent  de  part  et  d'autre  un  joug  égale- 
ment tyrannique.  Au  nord,  sous  Henri  V  et  Henri  VI,  le  joug 
delà  domination  étrangère  ;  au  midi  de  la  Loire,  sous  Charles  VII, 
le  joug  des  Giac,  des  Beaulieu,  des  La  TrimouiUe,  le  joug  des 
favoris.  Ce  sont  là  des  effets  locaux  et  passagers  provenant  d'une 
cause  éphémère. 

Si  l'on  veut  juger  le  tiers-état  du  xv*^  siècle,  il  est  un  premier 
document  bien  mémorable  et  que  nous  alléguerons  tout  d'abord. 
Nous  voulons  parler  de  la  grande  ordonnance  dite  cahochienne 
et  qui  porte  la  date  de  juin  1413.  Cet  édit,  par  suite  de  vicissitudes 
politiques,  fut  bientôt  rapporté.  Cependant  tous  nos  historiens, 
nos  plus  graves  jurisconsultes  ne  l'en  ont  pas  moins  unanimement 
admiré.  Rien  de  plus  vaste,  de  plus  sage  et  de  plus  lumineux 
ne  s'était  vu  depuis  les  états  de  Philippe-le-Bel  et  du  roi  Jean.  Cet 
édit,  ou  ce  programme  politique,  contient  en  germe  toutes  les 
réformes  que  Charles  VII  tenta  ou  accomplit  laborieusement  dans 
le  cours  de  son  règne.  Or  cet  édit  fut  l'œuvre  des  Chaperons- 
Blancs,  c'est-à-dire  des  bourgeois,  docteurs,  etc.,  en  un  mot  du 
tiers-état  de  la  capitale.  Le  sens  politique  et  les  grandes  tradi- 

l.  Voyez  ci-dessus,  p.  34  et  suiv. 


47 

tions  n'étaient  donc  point  mortes  au  sein  de  ce  corps.  Peu  d'an- 
nées après  cette  date  et  dans  la  période  même  que  nous  étudions 
en  ce  moment,  la  Pucelle,  sortie  du  tiers-état,  apparut  comme 
une  glorieuse  personnification  de  cet  ordre;  ce  fut  enfin,  on  le  sait, 
par  les  mains  et  avec  le  notable  concours  du  tiers-état  que 
Charles  VII  réalisa  l'œuvre  de  son  règne. 

Si  donc  les  assemblées  parlementaires  ne  réussirent  pas  à  s'ac- 
climater et  à  s'implanter  dans  le  sol  français  comme  eUes  le  firent 
sur  le  sol  britannique,  il  convient,  ce  nous  semble,  de  diriger  les 
regards  d'un  autre  côté,  pour  trouver  les  raisons  de  cette  diffé- 
rence. Le  Parlement  anglais,  comme  le  Parlement  français  du 
moyen-âge,  est  sorti  de  la  cour  du  roi  ou  cour  des  pairs,  tempo- 
rels et  spirituels,  instituée  par  le  conquérant,  Guillaume  de 
Normandie.  En  Angleterre,  le  tiers-état,  mandé  de  bonne  heure 
à  la  barre  de  cette  cour,  y  eut  un  accès  qu'il  conserva.  Le  tiers- 
état  délégué  périodiquement  par  les  communes,  entra  dans  ce 
grand  corps  avec  sa  place  et  ses  attributs  particuliers.  Il  vota 
les  subsides  et  représenta  les  intérêts  de  la  classe  moyenne  ou 
populaire.  Les  états  généraux  y  demeurèrent  inconnus  ^ 

Chez  nous,  l'institution  du  parlementsuivit  une  autre  destinée; 
mais  la  différence,  quelque  grande  quelle  soit,  ne  fut  point  aussi 
absolue  qu'elle  pourrait  le  paraître.  Le  Parlement  de  Paris  et  par 
suite  les  Parlements  français  admirent  également  dans  leur  sein  : 
1"  la  haute  noblesse  (cour  des  pairs  et  nominations  royales  prises 
dans  l'aristocratie)  ;  2°  le  clergé  (conseillers  clercs  dans  toutes 
les  chambres  et  toutes  les  juridictions)  ;  3°  et  enfin  le  tiers-état 
qui  fournit  aux  parlements  la  majorité  de  leurs  membres.  Les 
états-généraux  qui  subsistèrent  dans  leur  mode  intermittent 
furent,  en  outre,  des  représentations  plus  spéciales  de  la  nation 
consultées.  Nous  rappellerons  en  dernier  lieu  que  le  Parlement 
français,  ainsi  que  le  Parlement  anglais,  se  considérait  comme 
une  institution  fondamentale  de  l'Etat,  émanée  il  est  vrai  de  la 
monarchie,  mais  indépendante  et  inviolable  à  l'instar  de  la  cou- 
ronne. Notre  parlement  se  regardait  encore  comme  l'héritier  des 
antiques  placites  et  comme  le  représentant  de  la  nation.  Il  reven- 
diqua enfin,  avec  un  zèle  fécond  en  orages  mémorables,  le  princi- 
pal attribut  des  communes  anglaises  et  des  états  du  moyen-âge  : 
celui  de  consentir  et  de  valider  l'impôt. 

1.  Il  n'en  fut  pas  de  même  en  Ecosse  qui,  au  xv*  siècle,  avait  des  états-géné- 
raux. 


48 

Mais  c'est  assez  m'étendre  sur  un  terrain  limitrophe  par  rap- 
port à  celui  qui  m'est  tracé.  Je  m'empresse  de  revenir  aux  termes 
précis  des  questions  posées  par  l'Académie  pour  le  présent  con- 
cours. 

§  II.  —  Administration  financière. 

«  Cliarles  VII,  a  dit  un  judicieux  critique,  fut  du  petit  nombre 
des  princes  qui  s'améliorèrent  sur  le  trône  ^  »  On  a  vu  plus 
d'une  lois,  en  effet,  des  princes,  des  ministres,  apporter  dans  la 
pratique  des  affaires  le  fruit  de  leurs  méditations,  ou  le  don  d'une 
sagacité  naturelle.  On  a  vu  ces  politiques  faire  succéder  ainsi  le 
bien  au  mal  et  la  réforme  aux  abus.  Charles  VII  eut  un  mérite 
plus  rare.  C'est  à  l'école  des  abus  et  de  l'adversité  qu'il  forma  sa 
pénible  instruction.  Quels  que  soient  les  vices  que  l'histoire  lui 
reproche  d'avoir  conservés,  il  commença  par  se  réformer  lui- 
même.  Le  règne  de  ce  prince  offre  à  l'observateur  deux  périodes 
bien  distinctes  :  la  première,  où  il  marcha  de  fautes  en  fautes  ;  la 
seconde,  employée  à  les  réparer. 

Charles  VII,  avant  même  de  monter  sur  le  trône,  fut  atteint, 
au  milieu  de  la  pompe  du  pouvoir  et  du  luxe  qui  semble  en  être 
inséparable,  par  les  douloureuses  étreintes  du  besoin  et  de  la  pau- 
vreté. Ce  spectacle  de  l'indigence  qui  vint  en  quelque  sorte  iro- 
niquement s'attacjuer  au  prince,  puis  au  roi,  frappa  vivement 
l'imagination  des  contemporains.  L'histoire  nous  a  conservé  des 
traces  notables  ou  touchantes  et  des  témoignages  bien  connus  de 
cette  détresse.  Mais  ce  que  l'on  sait  moins,  c'est  le  mode  d'admi- 
nistration que  suivit  Charles  VII  en  ces  temps  d'infortune. 

Le  26  novembre  1421,  le  fils  de  Charles  VI  n'était  encore  que 
Dauphin.  Pour  subvenir  aux  nécessités  de  la  guerre  il  prescrivit 
l'engagement  de  ses  revenus  en  Dauphiné  jusqu'à  concurrence  de 
six  mille  écus  d'or.  A  cette  époque  déjà  les  fournisseurs  du  ré- 
gent, mal  payés  de  leurs  livraisons,  refusaient  de  lui  confier 
davantage  à  crédit  les  denrées  d'une  nécessité  usuelle.  En  juin 
1422,  Charles  devait  au  chapitre  de  Bourges  2,423  liv.  tourn. 
en  poisson,  ou  nourriture  maigre,  avancées  par  le  chapitre  pour 
le  service  quotidien  de  la  bouche  du  prince.  Vers  le  même  temps, 
Charles  VIT  célébrait  ses  propres  noces  à  Bourges,  avec  des 
tapisseries  empruntées  !  Au  mois  d'avril  1424,  Charles  VII  avait 
pour  banquier  ou  préteur  de  fonds  un  certain  François  Surrat, 

1.  .1.  Quicherat,  Aperçus  nouveaux  sur  la  Pucelle,  1850,  in-8%  p.  24. 


49 

marchand  de  Genève.  Cet  étranger  avait  dû  être  initié  aux 
desseins  politiques  du  prince  et  s'était  vu  affilier  à  une  conspira- 
tion ourdie  en  Bourgogne  par  Odette  de  Champdivers.  Il  fallut 
ensuite  recourir  aux  emprunts  forcés.  L'un  des  protocoles  de 
notaires  mentionnés  ci-dessus  nous  a  conservé  la  formule  des 
actes  qui  se  libellaient  à  cette  fin  :  Le  roi  «  nomme  commissaires 
pour  requérir,  tant  par  voie  amiable  que  aussi  de  sommation,  se 
mestier  est,  toutes  les  personnes  de...  (tel  pays),  escripts  et 
dénommez  en  certain  rolle  de  la  date  du  jour  d'uy,  signé  de  nostre 
main  et  scellé  de  nostre  scel  secret,  qu'ils  nous  prestent  et  aident 
les  sommes  de  deniers  contenues  au  dit  rolle,  etc.  »  L'acte  du 
26  novembre  ouvrit  la  voie  désastreuse  des  aliénations.  Les  me- 
sures de  ce  genre  ne  tardèrent  pas  à  se  multiplier  de  plus  en  plus, 
lorsque  le  lieutenant  général  eut  ceint  la  couronne.  Ces  ruineuses 
hypothèques  s'étendirent  alors  à  toutes  les  parties  du  territoire 
ou  domaine  royal  ^ . 

Au  xv''  siècle  le  prêt  sur  gage  était,  comme  mesure  de  crédit, 
une  opération  usuelle.  Le  18  février  1423,  Charles  VII  engagea 
pour  l'acquit  d'une  créance  le  principal  diamant  de  sa  couronne 
royale,  nommé  le  miroir.  Ses  familiers,  ses  ministres  lui  avan- 
çaient, par  voie  d'emprunt,  les  sommes  destinées  à  subvenir  quoti- 
diennement aux  dépenses  ou  aux  besoins  les  plus  urgents  .Le  5  avril 
1423,  Charles  VII  donne  deux  cents  livres  à  Lubin  Raguier, 
queux  du  roi  ou  écuyer  de  cuisine  :  celui-ci  avait  «  prêté,  par  l'or- 
donnance des  chancelier  et  conseillers  du  roi,  la  somme  de  miUe 
livres  pour  les  gens  d'armes  qui  sont  devant  Baugency.  »  Le  8 
janvier  1433,  G.  Charrier,  receveur  général,  délivre  quittance  à 
Adam  de  Cambray,  président  au  Parlement,  de  deux  cents  livres 
par  lui  prêtées  au  roi  et  remboursables  par  la  cession,  engagée 
au  prêteur,  d'un  pré,  sis  aux  portes  de  la  Rochelle.  Par  lettres 
du  2  mars  suivant,  le  roi  octroyé  à  Denis  de  ChaiUy,  chevaher, 
son  bailli  de  Meaux,  la  ville  de  Crécy-en-Brie,  avec  ses  revenus, 
en  garantie  de  2,000  liv.  tourn.  avancées  par  le  chevalier  pour 
le  ravitaillement  de  Lagny^. 

1.  J.  Chartier,  iu-lG,  t.  III,  p.  316,  321,  325.  Ordonnances,  XI,  141,  159,  etc. 
Bibliot.  de  l'École  des  chartes,  2"  série,  l.  III,  p.  136.  Ms.  français  6,763,  f"  24. 
D.  Plancher,  t.  IV,  p.  89.  Ms.  fr.  5,024,  f"  126,  127. 

2.  Histoire  de  Charles  VII,  t.  I,  p.  373,  374.  Archives  Joursauvault,  t.  I, 
page  130,  n°  779.  Cabinet  des  titres,  dossier  Raguier.  Direction  générale  des 
archives  :  J.  184,  n»  3;  J.  194,  n°=  57,  58.  —  1441,  mai  12:  quittance  des  2,000 

4 


50 

Les  comtes  écossais  de  Darneley,  de  Rucan  et  de  Douglas  S 
Richard  de  Bretagne,  Arthur  de  Richeniont,  Jean  Louvet,  le 
bâtard  d'Orléans,  Henri  de  Pluscallec  et  bien  d'autres,  reçurent 
du  régent  et  du  roi  diverses  donations  territoriales.  Mais  de  tous 
les  prêteurs  qui  fournirent  h  Charles  VII  une  aide  intéressée,  il 
n'en  est  aucun  dont  le  concours  fut  plus  onéreux  à  la  monar- 
chie que  Georges  de  La  Trimouille,  premier  ministre  et  favori  de 
ce  prince.  Georges,  en  1423,  avait  avancé  au  roi  deux  mille  écus 
d'or  «  pour  le  paiement  de  certain  nombre  de  gens  d'armes.  »  En 
nantissement  de  cette  faible  somme,  le  roi,  par  lettres  du  25 
mars,  confère  à  La  Trimouille  un  privilège  exorbitant.  Il  lui 
accorde  le  droit  de  lever,  par  lui  La  Trimouille,  sur  ses  hommes 
ou  sujets  féodaux,  «  dans  ses  terres  et  seigneuries,  sises  en  Berry, 
Orléanais,  Auvergne,  Limousin,  Poitou,  Anjou  et  généralement 
en  Langue  d'Oil,  la  somme  contributive  h  laquelle  ces  hommes 
ou  sujets  sont  taxés  dans  la  répartition  de  la  taille  royale  votée 
à  Bourges  le  12  janvier  précédent  ^. 

La  Trimouille,  en  décembre  1425,  avait  été  fait  prisonnier  des 
Bourguignons.  Il  obtint  sa  liberté  moj^ennant  une  rançon  fixée  à 
14,000  écus  d'or.  La  Trimouille,  par  lettres  du  20  juillet  suivant, 
se  fît  octroyer  la  terre  de  Melle  en  Poitou,  rachetable  par  la 
couronne  au  prix  de  dix  mille  écus.  Cent  mille  écus  d'or  lui 
furent  en  outre  assignés  sur  le  trésor  public,  avec  une  nouvelle 
hypotlièque  sur  les  tailles,  dont  il  s'attribua  la  perception  directe. 
Déplorable  système  qui  tendait,  pour  ainsi  dire,  à  démoraliser  l'im- 


liv..  t.  par  Denis  de  Ghailly,  qui  garde,   sa  vie   durant,   Crécy  {Ibidem,  n-  57 
bis). 

1.  Après  la  bataille  de  Verneuil  et  la  mort  de  co  comte,  duc.  de  Touraine,  sa 
veuve,  Marguerite  de  Douglas,  réclame  à  Charles  Vil,  sous  la  date  du  14  mai 
1425,  le  tiers  des  revenus  de  ce  duché.  Stevenson,  Wars  of  the  English  in 
France..,  Henri  VI,  t.  I,  p.  20.  Cf.  Chalmel,  Histoire  de  Touraine,  in-8°,  l.  2, 
p.  186  et  s.  Archives  de  Tours;  dans  le  Cabinet  historique,  1859,  p.  103  el  suiv. 

2.  Cabinet  des  litres,  dossier  Pluscallec  —  Louvet,  Diinois,  etc.;  articles  de  la 
Biographie  Didot.  Ms.  Fontanieu,  113,  à  la  date.  Voy.  ci-dessus  liste  des  états 
généraux.  —  17  avril  1425.  Charles  VII  engage  le  comté  de  Chartres  ;\  Louis  de 
Bourbon,  comte  de  Vendôme,  pour  50  mille  écus  d'or  (Lépinois,  Histoire  de  Char- 
tres, t.  2,  p.  77).  Le  traité  de  Saumur  du  7  octobre  1425,  eut  lieu  au  moment  où 
les  étals  du  midi  se  réunissaient  à  Poitiers.  Les  princes  bretons,  Jean  VI  et  son 
frère  Artus  de  Richeniont,  demandaient  pour  prix  de  leur  alliance  une  délégation 
générale  sur  les  impôts  du  Languedoc.  Charles  VII  accorda  subsidiairemenl  cette 
demande  (Du  Tillel,  Recueil  des  traités,  etc.  p.  219,  220). 


54 

pot,  car  l'aide  perdait  de  la  sorte  son  caractère  public.  Ce  procédé 
avait  en  outre  le  grave  inconvénient  de  favoriser  l'impôt  féodal, 
qu'il  importait  au  contraire  à  la  monarchie  de  réprimer.  Enfin 
divers  actes  nous  prouvent  qu'au  mois  de  septembre  1432,  La 
Trimouille  tenait  encore  dans  sa  main  les  gages  territoriaux  de 
diverses  aliénations,  consenties  de  la  sorte  par  la  couronne,  en 
faveur  de  Georges  et  de  sa  famille  ^ . 

Ainsi,  pour  nous  résumer  sur  ce  point,  l'administration  finan- 
cière de  Charles  VII,  durant  la  première  période  de  son  règne, 
se  caractérise  par  les  traits  suivants  : 

1"  Fermage  des  monnaies  de  plus  en  plus  altérées  2; 

2°  Levées  de  subsides,  obtenues  par  des  simulacres  d'états 
généraux  ; 

3°  Aliénation  du  domaine  ; 

4°  Engagement  de  l'impôt  public  entre  les  mains  de  tiers-per- 
cepteurs et  de  créanciers. 

On  ne  saurait  peut-être  imaginer  un  ensemble  de  procédés 
plus  funestes.  Le  18  mars  1433,  Charles  YII  rendit  à  Amboise 
une  dernière  ordonnance,  pour  engager  des  châteaux,  terres  et 
revenus  en  Daupliiné,  jusqu'à  concurrence  de  12  mille  florins. 

1.  Ms.  Gaigaières,  771,  f»  91.  Trésor  des  chartes,  J.  183,  n"  142  à  146.  Bio- 
graphie Didot,  article  La  Trimouille.  En  1423-4,  le  duché  de  Touraine  fut 
aliéné  trois  fois  dans  le  cours  d'environ  une  année.  En  1428,  Jean,  duc  d'Alen- 
çon,  rançonné  au  prix  de  200  mille  saluls,  demanda  un  secours  au  roi.  Charles 
Vil  lui  accorda  la  rêve  ou  droit  de  transit  sur  les  marchandises  en  la  sénéchaus- 
sée de  Beaucaire.  Mais  déjà  le  roi  avait  disposé  deux  fois  de  ce  produit,  en 
sorte  que  ce  troisième  octroi  demeura  inutile  au  donataire  (Chronique  de  Cagny, 
chap.  85).  La  même  année,  La  Trimouille  refusa  de  recevoir  en  garantie  de  ses 
créances  la  chàtellenie  de  Chinon,  déjà  engagée  au  profit  de  la  reine  (J.  183, 
n»  142). 

2.  Nous  avons  déjà  mentionné  ci-dessus,  p.  43,  l'altération  des  monnaies.  Il 
convient  d'insister  ici  sur  ce  trait.  L'afl'aiblissement  des  monnaies  était,  ainsi 
qu'on  l'a  vu,  commandé  par  le  roi  lui-même.  Un  comte  de  Foix,  dans  le  midi, 
ne  pouvait  manquer  d'imiter  cet  exemple  et  de  renchérir  sur  la  prescription. 
Les  scrupules  s'effacèrent  même  pour  les  âmes  honnêtes.  Jacques  Cœur  en 
1427,  débuta  dans  sa  carrière  en  s'associant  à  Ravant  le  Danois,  maître  de  la 
monnaie  de  Bourges.  Ravant  et  Cœur  firent  ailleurs  leurs  preuves  de  probité, 
de  dévouement  à  l'intérêt  public.  Cependant,  pour  s'indemniser  des  avances  de 
deniers  qui  leur  étaient  réclamées  incessamment  par  le  roi,  ces  deux  hommes 
et  beaucoup  d'autres  se  laissèrent  entraîner  à  un  gain  illicite,  en  abaissant 
encore  et  à  leur  profit,  le  titre  des  espèces.  Ces  faits  nous  sont  attestés  par  des 
lettres  de  rémission  accordées  aux  deux  délinquants,  le  G  décembre  1429  (Ms. 
S.  Gerra.  fr.,  n°  572,  p.  793  et  s.) 


52 

Mais  au  mois  de  juin  suivant,  La  Trimouille  cessa  de  gouverner. 
La  chute  de  ce  conseiller  marqua,  pour  Charles  YIL  le  commen- 
cement de  son  émanci])ation.  Elle  délivra  le  roi  d'un  favori  qui 
joignait  à  son  ascendant  moral  ou  politique,  la  domination  d'un 
usurier  sur  son  débiteur.  A  partir  de  ce  moment,  des  vues  plus 
saines  prévalurent,  avec  les  successeurs  de  La  Trimouille,  au 
sein  du  conseil  royal.  L'ordonnance  du  18  mars  fut  suivie,  le 
24  octobre,  d'un  édit  qui  chargeait  plusieurs  délégués  d'aviser  au 
recouvrement  des  biens  royaux,  aliénés  ou  engagés  en  Dauphiné, 
Valentinois  et  Diois.  Charles  Vil  signale  traité  d'Arras  en  1435 
et  recouvra  Paris  en  1436.  Il  put  commencer  alors  à  se  sentir 
maître  de  la  couronne.  Le  15  décembre  1438  parut  l'ordonnance 
qui  annule,  moyennant  indemnités  et  qui  révoque  comme  con- 
traires au  droit  fondamental  du  royaume^  toutes  les  aliénations 
octroyées  ou  consenties  par  Charles  VII,  depuis  les  événements 
de  14181. 

A  partir  de  ce  terme,  le  gouvernement  de  Charles  VII  s'avança 
de  plus  en  plus  et  de  mieux  en  mieux,  dans  la  voie  des  réformes. 
Mais  la  pratique  invétérée  de  tels  errements  suscitait  au  réforma- 
teur de  bien  grandes  difficultés.  J'essaierai  d'en  donner  une  idée 
à  l'aide  d'un  exemple  qui  nous  fera  pénétrer  au  sein  même  de 
l'administration  financière  de  ce  prince. 

Guillaume  de  Ghampeaux  était  un  clerc  obscur  du  diocèse  de 
Soissons,  si  obscur  que  le  Père  Anselme,  dans  sa  grande  liistoir'e 
généalogique,  ne  lui  donne  ni  armoiries-,  ni  ancêtres.  Il  devint 
en  1415,  sous  le  connétable  d'Armagnac,  maître-clerc  des 
comptes  et  suivit,  comme  tel,  Charles,  dauphin,  lorsque  ce  prince 
s'éloigna  de  Paris  en  1418.  Le  16  octobre  1429,  G.  de  Cham- 
peaux  fut  promu  tout  à  coup  à  la  dignité  d'évêque  et  duc  de 
La  on,  l'une  des  douze  pairies  du  royaume.  La  date  de  son  éléva- 
tion, qui  suivit  de  quelques  jours  le  meurtre  de  Montereau,  est  la 
seule  lumière  qui  puisse  aider  à  expliquer  cette  faveur  soudaine. 
G.  de  Champeaux,  prélat  de  cour,  ne  visita  pour  ainsi  dire  jamais 
sa  cathédrale;  il  passa  sa  vie  loin  de  son  diocèse  dans  le  rnouve- 


1.  Ordonn.  XIII,  185,  190,  293. 

2.  .\u  temps  de  sa  plus  grande  faveur,  G.  de  Champeaux  scellait  ses  actes 
d'un  sceau  ou  signet  sans  blason.  Un  seul  exemplaire,  très  fruste,  que  j'ai  vu, 
présente,  je  crois,  une  sainte  face  ou  véronique  (Cabinet  des  titres,  dossier  Fla- 
vy.  Acte  du  4  novembre  1427). 


53 

ment  des  affaires  et  de  la  politique.  Président  clerc  de  la  chambre 
des  comptes  en  1421,  il  prit  dès  lors  une  part  des  plus  importantes 
au  maniement  des  finances.  L'évêque  de  Laon,  membre  du  grand 
conseil,  partit  A^ers  le  mois  de  mai  1424  pour  le  Languedoc, 
comme  lieutenant -général  civil  et  intendant  supérieur  des 
finances  ^ . 

Le  Languedoc,  cette  France  du  midi,  formait  alors  la  princi- 
pale ressource  financière  de  Charles  VII.  Pour  prix  d'une  exem- 
plaire fidélité,  cette  malheureuse  province  avait  toujours  été 
victime  de  lieutenants-généraux  et  d'intendants  concussionnaires. 
L'administration  de  Jean,  duc  de  Berry,  au  xiv"  siècle,  a  laissé 
des  traces  néfastes  et  mémorables  dans  notre  histoire.  Ces  anté- 
cédents ne  furent  que  trop  suivis  par  Guillaume  de  Champeaux. 
L'évêque  de  Laon  avait  un  pied  solidement  établi  dans  cette  vice- 
royauté,  lointaine  et  productive.  Il  en  avait  un  autre  à  la  cour. 
Exempt  de  scrupules,  il  fut  le  complaisant  des  divers  favoris  qui 
se  succédèrent  pendant  le  cours  de  cette  période,  les  uns  avec  le 
titre  de  ministres  du  roi,  les  autres  en  qualité  de  gouverneurs  ou 
lieutenants  militaires  du  Languedoc.  Comme  il  tenait  en  main 
les  finances,  nerf  de  toute  politique  bonne  ou  mauvaise,  il  sut  se 
conserver  à  travers  ces  changements  successifs,  une  autorité 
personnelle  et  considérable. 

Cependant,  dès  le  mois  d'octobre  1428,  les  états,  réunis  à 
Chinon,  avaient  osé  dénoncer  au  roi  les  malversations  de  l'in- 
tendant -.  Le  roi  envoya  en  Languedoc  Jean  de  Wailly,  président 
de  Parlement  et  le  Galois  du  Puy  du  Fou,  chevalier,  commis- 
saires en  son  nom,  pour  interdire  dès  lors  à  l'évêque  de  Laon 
l'administration  des  finances.  Mais  le  prélat  sut  résister  à  toutes 
les  injonctions  et  se  faire  maintenir  dans  son  office.  En  1437,  le 
roi  visita  le  Languedoc,  et  l'intendant  réussit  à  conserver  sa  posi- 
tion. Toutefois  en  1441  la  mesure  était  comble.  Guillaume  de 
Champeaux  n'avait  cessé  de  lever  des  taxes  arbitraires  sans 
l'autorisation  du  roi  et  les  avait  appliquées  à  son  profit.  Il  avait 
fait  battre  monnaie  de  même  sans  l'autorisation  du  roi  et  en 
fraude  des  ordonnances.  Des  lettres-patentes,  document  authen- 
tique et  irréfragable,  portent  à  la  somme  de  six  à  sept  cent  mille 

1.  Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France,  1859,  p.  57  et  s. 

2.  Voyez  ci-dessus,  page  30,  note  1.  Voir  aussi  Germain,  Commerce  de  Mont- 
pellier, 1861,  t.  2,  p.  351. 


o4 

écus  le  dommage  causé  au  roi  par  ces  malversations.  Le  produit 
des  concussions  commises  par  l'êvêque  de  Laon  à  son  profit  per- 
sonnel y  est  évalué  «  à  environ  trois  millions  de  francs.  » 

Charles  VII,  après  l'envoi  du  président,  avait  député  auprès 
de  Guillaume  de  Champeaux  un  prince  du  sang  :  Louis  de  Bour- 
bon, comte  de  Vendôme.  Le  commissaire  des  finances  refusa 
d  obéir.  A  son  tour,  il  menaça  l'envoyé,  devant  lequel  il  se  vanta 
de  le  braver  et  de  lui  résister  par  voie  de  fait.  Enfin  le  roi  donna 
ses  lettres  datées  de  Saumur  le  31  décembre  1441  et  résolut  de 
sévir.  Charles  d'Anjou,  comte  du  Maine,  sur  qui  le  roi  pouvait 
compter  avec  une  confiance  légitime,  venait  d'être  nommé  gouver- 
neur du  Languedoc.  Deux  maîtres  des  requêtes,  hommes  éner- 
giques et  surs,  se  rendirent  à  Montpellier.  G.  de  Champeaux  ne 
résista  plus  et  fut  destitué  de  ses  oflfices.  Il  mourut  peu  d'années 
après,  riche  encore  de  ses  bénéfices  ecclésiastiques  et  jouissant 
d'une  impunité,  que  sa  robe  cléricale  contribua  principalement  à 
lui  garantir  ^ . 

On  peut  juger,  par  ce  spécimen,  des  obstacles  que  Charles  VII 
eut  à  surmonter  pour  réahser  les  améliorations  qu'il  avait  entre- 
prises. 

L'ordonnance  du  25  septembre  1443  marque  le  premier  pas 
que  Charles  VII  accomplit  hautement  et  librement  dans  sa  nou- 
velle carrière.  Cet  édit  remarquable  débute  par  un  bref  exposé 
de  la  situation  où  étaient  tombées  les  finances  du  royaume.  Les 
ressources  ordinaires  (ou  domaine)  et  les  ressources  extraordi- 
naires (impôt)  y  sont  clairement  distinguées.  Cette  séparation 
était  ancienne.  Mais  le  fait  nouveau  et  saillant  consiste  dans  le 
programme  des  mesures  qui  devaient  assurer  pour  l'avenir  une 
meilleure  gestion  et  des  unes  et  des  autres.  En  ce  qui  concerne 
le  domaine,  des  aliénations  abusives  l'avaient  singulièrement 
amoindri.  Les  officiers  chargés  de  présider  aux  péages  des  ponts, 
de  percevoir  les  divers  revenus  de  la  couronne,  avaient  négligé 
de  réparer  les  immeubles  et  les  laissaient  tomber  en  raines.  Les 
cens  et  rentes  avaient  cessé  d'être  perçus.  Les  fondations  pieuses 
attachées  à  ces  mêmes  tenures  royales  et  connues  sous  le  nom  de 
fiefs  et  aumônes  n'étaient  plus  acquittées.  Le  roi  rétablit  l'ordre, 
prescrit  la  revendication  des  revenus  arriérés,  ordonne  les  répara- 

l.  Bulletin  cité.  D.  Vaissèle,  Histoire  du  Languedoc,  in-folio,  t.  IV,  preuves. 
col.  461,  462. 


tions  et  remet  en  valeur  le  domaine  ^  Pour  ce  qui  est  de  l'impôt, 
la  comptabilité  reçoit  des  règlements  d'une  sagesse  et  d'une  préci- 
sion toutes  nouvelk  Antérieurement,  les  libéralités  accordées  au 
nom  du  roi  consistait  it  dans  des  mandements  ou  bons  isolés  que 
l'importunité  des  ministres  et  des  favoris  dérobait  pour  ainsi 
dire,  quelquefois  en  blanc,  à  l'inexpérience  ou  à  la  faiblesse  con- 
fiante du  monarque  ^  Désormais  tous  les  dons,  pour  être  valables, 
doivent  figurer  collectivement  sur  des  tableaux,  signés  de  la 
main  du  roi,  sous  la  forme  de  rôles  ou  états.  De  même  aussi,  les 
trésoriers  et  receveurs  sont  tenus  de  fournir  trois  fois  par  an 
des  résumés  généraux  de  leur  situation,  savoir  :  le  premier,  par 
prévision  au  début  de  l'exercice  ;  le  2*^  au  milieu  de  l'année  finan- 
cière ;  le  troisième  à  la  fin  de  cette  période.  Il  est  ordonné  aux 
autres  comptables  de  fournir  des  états  analogues  à  des  intervalles 
plus  rapprochés  et  même  mensuellement.  Les  quittances  en  blanc 
sont  formellement  abolies  et  interdites  par  un  article  spécial. 
Telles  sont  les  dispositions  principales  contenues  dans  cette 
ordonnance. 

Henri  Baude  avait  été,  sous  Charles  VII,  élu  de  Limousin. 
Dans  le  mémoire  historique  qu'il  nous  a  laissé  touchant  la  vie  de 
ce  prince,  il  témoigne  de  la  sollicitude  spéciale  que  portait  Charles 
VII  aux  matières  financières.  «  Le  roi,  dit-il,  voyoit  chacun  an 
et  plus  souvent  tout  le  fait  de  ses  finances  et  le  faisoit  calculer  en 
sa  présence.  Car  il  l'entendoit  bien.  Il  signoit  de  sa  main  les 
rôles  des  receveurs  généraux,  les  estats  et  acquits  d'icelles 
finances,  et  tellement  s'en  prenoit  garde  qu'il  aperceust  et  con- 
ceust  tout  ce  qu'on  y  povoit  faire...  Nul  prince  ou  seigneur, 
ajoute-t-il,  en  son  royaume  n'eust  osémectre  sus,  ne  lever  argent 
en  ses  pays  sans  son  congé,  lequel  il  ne  donnoit  pas  légèrement 
sans  cause  raisonnable  et  du  consentement  des  habitants^.  »  Ce 

1.  Ces  mesures,  relatives  à  la  restauration  du  domaine  royal,  avaient  été  pré- 
parées par  les  ordonnances  des  20  février  1438  n.  s.  et  IG  juillet  1439.  Voyez 
Onl.,  XIII,  p.  258  et  s.  et  299.  Ce  dernier  acte  dispose  que  le  dénombrement  des 
licls  mouvants  du  roi  (qui  n'avait  point  eu  lieu  à  Paris  depuis  1391),  sera  donné 
à  l'avenir,  tous  les  trois  inois. 

2.  Au  mois  de  juin  1426,  quelque  temps  après  la  bataille  de  Verneuil,  Charles 
VII,  par  une  ordonnance  expresse,  révoqua  tous  les  dons  qu'il  avait  faits  jus- 
qu'à ce  jour.  Il  déclara  en  outre  retenir  pour  un  an  tous  les  gages  de  ses  offi- 
ciers (Orrfon/iffnces,  XIII,  117).  Les  offices  furent  désertés.  Mais  les  dons  et 
mandements  recommencèrent  comme  par  le  passé. 

3.  Apud  J.  Charlier,  in-18,  t.  3,  p.  136,  138. 


o6 

dernier  trait,  fort  remarquable,  doit  s'entendre  des  exactions 
féodales  que  Charles  VII  parvint  à  réprimer.  Il  doit  s'entendre 
aussi  par  allusion  aux  levées  de  deniers  pour  la  cour  de  Rome. 

L'ordonnance  du  25  septembre  1443  posa  les  grands  principes 
qui  devaient  introduire  par  voie  de  réforme,  l'ordre,  la  lumière 
et  la  justice  au  sein  de  l'administration  financière.  H.  Baude  nous 
montre  en  quelque  sorte  l'application  vivante  de  ces  principes 
dans  le  tableau  qu'il  nous  a  tracé  de  la  vie,  complexion  et  con- 
ditions du  roy  Charles.  Pour  les  faire  pénétrer  et  fructifier 
dans  la  pratique,  il  restait  à  les  maintenir,  à  les  commenter,  à 
les  vulgariser;  restait  enfin  à  en  assurer  l'exécution.  Ce  fut 
l'objet  d'une  suite  d'édits  qui  vinrent  successivement  prendre 
place  au  code  royal.  Telle  est  d'abord  l'oi'donnance  du  10  février 
1445  n.  s.  CeUe-ci  explique  les  principes  et  les  étend  à  l'admi- 
nistration du  Languedoc,  ralliée  comme  on  l'a  vu,  depuis  peu,  à 
l'unité  du  pouvoir  royal.  Telles  sont  aussi  les  lettres  du  19  juin 
suivant,  concernant  la  juridiction  des  élus;  celles  du  12  août 
même  année,  portant  règlement  des  fonctions  et  pouvoirs  des 
trois  trésoriers  de  France;  celles  du  26  novembre  1447;  celles 
du  20  mars  1452;  du  3  juillet  1459;  des  21  janvier,  3  avril, 
juin,  24  novembre  et  décembre  1460,  sur  les  tailles,  les  aides  et 
la  chambre  des  comptes  ^ . 

Parmi  les  règlements  qui  viennent  d'être  ènumérés,  les  plus 
importants  furent  promulgués  de  1438  à  1451,  période  pendant 
laquelle  le  célèbre  et  infortuné  Jacques  Cœur  obtint  auprès  de 
Charles  Vil  un  crédit  considérable.  Divers  historiens  ont  rap- 
porté ces  louables  mesures  à  l'influence  directe  et  personnelle  du 
grand  argentier.  Cette  attribution,  quoique  très-vraisemblable, 
ne  s'appuye  toutefois  sur  aucune  preuve,  sur  aucun  témoignage 
authentique  et  contemporain.  Si  l'inspiration  de  ces  mesures 
n'appartient  pas  personnellement  k  cet  homme  supérieur,  sa 
participation  du  moins  aux  résultats  les  plus  précieux  ne  saurait 
lui  être  déniée.  Maître  des  monnaies  de  Bourges  et  de  Paris,  on 
lui  doit  incontestablement  la  réforme  des  espèces.  Argentier  du 
roi,  c'est-à-dire  intendant  de  sa  liste  civile,  négociant,  arma- 
teur, avec  un  succès  et  des  produits  jusqu'alors  inouïs,  il  contri- 


I.  Ordonnances,  XIII,  414  el  s.;  XIV,  477  et  s.  Ms.  fr.  5,909,  f"'  221  à  223. 
Voir  aussi,  pour  toute  cette  matière,  Simon  Fournival,  Recueil.. .  des  trésoriers 
de  France;  Paris,  1655,  in-folio,  p.  13  el  suiv. 


o7 

biia,  pour  une  part  énorme,  à  faire  naître  la  prospérité  publique 
et  fut  le  banquier  de  la  couronne.  Quant  à  la  réforme  adminis- 
trative proprement  dite,  il  y  prit  certainement  une  part  comme 
membre  du  grand  conseil  encore  bien  que  son  nom  ne  paraisse 
pas,  à  ce  titre,  dans  les  édits  ci-dessus  allégués.  Si  l'on  joint  au 
nom  de  Jacques  Cœur  ceux  de  Jean  Bureau,  de  P.  Bérard, 
d'Etienne  Chevalier,  de  Jean  Hardouin  et  quelques  autres,  on 
aura,  sans  injustice  et  sans  exclusion,  désigné  les  hommes  de 
mérite  qui  conseillèrent  au  roi  ces  importantes  améliorations^. 

Charles,  dans  la  seconde  partie  de  son  règne,  jouit  comme  en 
triomphe  de  la  prospérité  publique  et  du  fruit  de  ces  réformes. 
Louis  XI  (qu'on  veuille  bien  me  pardonner  cette  expression)  fut 
Charles  VII  en  laid.  Fils  impie,  il  continua  l'œuvre  de  son 
père,  mais  sans  imiter  ses  vertus,  per  fas  et  nef  as,  sans  respect 
pour  celui  qui,  en  l'engendrant  à  la  vie,  lui  avait  tracé  un  royal 
modèle.  Louis  XI  suivit  ce  modèle  en  dénigrant,  en  démentant 
l'auteur,  au  lieu  de  le  bénir.  Il  poursuivit  les  hommes  que  son 
père  avait  honorés  pour  leurs  bons  services.  Il  délia,  surtout  en 
apparence,  tout  ce  que  son  père  avait  lié.  Aussi,  de  1461  à  1483, 
le  respect  ou  la  louange  dus  à  la  mémoire  de  Charles  VII  furent 
comme  étouffés  sous  le  sceau  de  la  contrainte.  Mais,  lorsqu'à  son 
tour  le  fils  de  Louis  XI  monta  sur  le  trône,  ce  respect  devint  de 
l'enthousiasme  et  fit  pour  ainsi  dire  explosion.  Un  jeune  prince, 
également  nommé  Charles,  succédait  au  sombre  habitant  du 
Plessis-lès-Tours.  Emblème  de  l'espérance  nationale,  Charles  VIII 
inaugura  son  règne  sous  les  auspices  de  Charles  VIL  Le  souve- 
nir de  ce  prince,  consacré  par  le  temps,  durant  l'intervalle  d'une 
génération,  orné  du  prestige  de  l'histoire,  fut  de  toute  part  reven- 
diqué, invoqué  avec  ardeur.  Aux  états  généraux  de  1484, 
l'administration  de  Charles VII,  glorifiée,  exaltée  par  les  conseil- 
lers de  la  couronne,  fut  opposée,  comme  une  antithèse  à  l'œuvre 
de  Louis  XI  et  proposée  comme  un  programme  de  conduite  au 
jeune  roi.  Les  Vigiles  de  Charles  VII,  sorte  de .  panégyrique 
populaire,  sous  la  forme  de  complainte  en  vers  finançais,  se 
répandirent  dans  les  campagnes.  L'histoire  enfin  vint  mêler  sa 
voix  grave  aux  éclats  de  cette  ivresse,  ainsi  qu'aux  chants 

1.  Le  Blanc,  Traité  dex  monnaies,  p.  300.  Pierre  Clément,  Jacques  Cœur, 
etc.,  t.  1,  p.  90.  Ordonn.,  Fournival,  loc.  dit.  Biographie  Didot,  article  Cheva- 
lier. Charles  VII  et  ses  conseillers. 


58 

enjoués  de  la  poésie.  Thomas  Basin,  l'impitoyable  adversaire  de 
Louis  XI,  et  Philippe  do  Commynes,  annaliste  complaisant  du 
même  prince,  rendent  un  pareil  hommage  à  Charles  VIL  Lous 
deux  s'accordent  à  rappeler  l'administration  de  ce  roi,  de  cet 
ayeul,  comme  un  type  idéal  et  suprême,  qui  n'avait  fait  que  pâlir 
ou  dégénérer  entre  les  mains  de  son  successeur  L 

La  recommandation  de  Charles  A^'II,  méritée  sous  ce  rapport, 
se  perpétua  dans  les  traditions  de  l'administration  monarchique. 
De  période  en  période,  on  en  pourrait  alléguer  les  preuves  ou 
témoignages.  Nous  lisons  dans  un  Mémoire  concernant  le 
trésor  royal,  manuscrit  du  xviif  siècle  :  «  L'ordonnance  du  25 
septembre  1443  et  celles  qui  la  suivirent  doivent  être  considérées 
comme  la  base  de  tout  ce  qui  a  été,  depuis,  statué  pour  le  gouver- 
nement, l'ordre,  la  forme  de  l'administration,  du  maniement  des 
finances  et  singulièrement  du  trésor  royal-.  » 

§  III.  —  Branches  diverses  de  l' Administration. 

Parmi  les  services  civils  ou  publics,  l'administration  financière 
ne  fut  pas  la  seule  sur  laquelle  Charles  YII  laissa  l'empreinte 
durable  de  son  influence.  On  retrouve  également  cette  marque 
dans  l'administration  judiciaire.  La  justice,  pendant  le  cours  de 
cette  période ,  reçut  de  notables  améliorations.  Charles  VII 
modifia,  par  des  mesures  successives,  l'organisation  du  parle- 
ment. Il  soumit  de  plus  en  plus  les  justices  seigneuriales  et  autres 
à  la  juridiction  souveraine  de  la  loi  royale.  Diverses  ordonnances 
bien  connues,  et  qu'il  suffit  de  rappeler,  pourvurent  à  ces  perfec- 
tionnements. Le  plus  notable  de  ces  actes,  est  le  grand  édit  sur  le 
fait  de  la  justice,  en  date  du  mois  d'avril  1454.  C'est  là  une  de 
ces  ordonnances,  ou  mieux  un  de  ces  codes  qui  se  distinguent  et 
se  comptent  en  petit  nombre  parmi  les  principaux  monuments  de 
notre  ancien  droit  public.  L'article  125  de  cette  ordonnance  pres- 
crivait la  codification  des  coutumes.  Ce  fut  le  pas  décisif  qui,  dans 
rinstoire  du  droit,  montre  la  route  parcourue  et  la  marche  suivie 

1.  Ad.  Hernier,  Étais  cjénvraux  de  Tours,  l'iSi,  dans  la  collection  des  docu- 
ments inédits,  in-l°,  1835,  p.  380  cl  passim.  liiographie  Didol,  article  Martial 
de  Paris.  Mémoires  de  Connnynes,  édition  Dupont,  t.  11,  p.  'llb,  mémoires  de 
Th.  Basin,  éd.  Quicherat,  t.  111,  p.  131,  etc. 

2.  Ms.  appartenant  à  M.  P.  Paris,  cité  par  M,  P.  Clément,  Jacques  Cœur,  p.  99, 
note  1. 


59 

à  partir  du  moyen-àge.  par  la  civilisation  française,  vers  l'unité 
légale  des  temps  modernes  ^ . 

Au-dessous  du  parlement  ou  des  parlements  (car  Charles  VII 
tendit  à  multiplier  ces  établissements  judiciaires),  on  peut  mon- 
trer les  universités,  qui  furent  aussi  l'objet  de  sa  sollicitude. 
Charles  VII,  de  sa  personne,  céda   autant  et  plus   qu'aucun 
homme  de  son  siècle,   au  respect,  au  prestige  dont  jouissaient 
alors  l'école  de  Paris  et  ses  suppôts.  Les  docteurs  les  plus  illustres 
de  cette  école  furent,  ouïes  auxiliaires  de  ce  prince,  comme  Jean 
Gerson,  Gérard  Macliet,   Robert  Blondel,  Jean,   Guillaume  et 
Alain  Chartier,  ou  ses  adversaires  les  plus  redoutables.  On  peut 
citer,  à  ce  dernier  titre,  les  juges  de  Rouen  et  tous  les  suppôts  des 
universités  (Caen  et  Paris)  anglo-bourguignonnes.  Charles  VII, 
historien  grand,  selon   la  juste  épithète  que  lui  a  décernée 
Georges  Chastelain,  ne  dédaigna  point  les  lettrés,  notamment  les 
poëtes;  et,  de  ces  derniers  encore,  il  fut  bien  servi.  En  outre,  il 
vécut  dès  son  enfance,  entouré  de  théologiens,  de  juristes,  de 
médecins,  et  même  d'astrologues.  Il  aima  donc  la  science,  comme 
on  pouvait  l'aimer  et  l'honorer  de  son  temps.  Il  confirma  et 
multiplia  les  universités.  Mais,  à  travers  le  respect,  le  goût  spon- 
tané que  lui  inspiraient  ces  institutions,  il  sut  les  envisager  avec 
l'œil  du  politique.  L'université  de  Paris  avait  abusé  de  ses  privi- 
lèges. La  licence  et  la  vénalité  s'étaient  glissées  ensemble  dans  son 
sein,  par  la  voie,  non  plus  de  l'indépendance,  mais  de  l'indisci- 
pline. La  thèse   du  tjrannicide,   puis  la   condamnation  de  la 
Pucelle,  avaient  été  les  tristes  fruits  de  cette  anarchie.  CharlesVII 
usa  de  remarquables  ménagements  envers  les   personnes.   On 
s'étonne  de  la  singulière  condescendance  qu'il  témoigna,  une  fois 
vainqueur,  aux  juges  de  Rouen  ;  lesquels,  moralement  du  moins, 
ne  lui  avaient  point  épargné  leurs  atteintes.   Mais  il  désarma 
l'institution.  Vainement  l'université  de  Paris,  en  1440  et  années 
suivantes,  essaya-t-elle  de  remettre  en  campagne  la  vieille  artil- 
lerie des  cessations.  Ses  gothiques  privilèges  eurent  le  sort  des 
autres  ruines  féodales,   dont  l'heure  était  venue.  Vainement  la 
fille  aînée  des  rois  de  France,  sœur,  disait-elle,  des  parle- 

1.  Sur  les  réformes  judiciaires  de  Charles  VII,  on  peut  consulter  les  tomes 
XIII  et  XIV  des  Ordonnances,  et  les  préfaces  de  ces  deux  volumes.  KUmrath, 
Travaux  sur  l'histoire  du  droit  français,  1843,  in-8°,  t.  II,  p.  135.  La  Ferrière, 
Histoire  du  droit  français,  1858,  introduction  et  passiin.  Dansin,  Gouvernement 
de  Charles  VII,  1858,'  in-8°,  chap.  lU,  p.  120  et  suiv. 


60 

ments,  récusa-t-elle  cette  juridiction.  Cliaiies  Vil  soumit  l'uni- 
versité à  la  cour  souveraine.  La  science,  en  acceptant,  comme 
tous  les  pouvoirs  publics,  l'unité  suprême  et  tutélaire  de  la  loi, 
continua  son  œuvre,  sans  subir  de  préjudice  et  ne  perdit  rien  de 
sa  dignité.  Charles  VII  ajouta  encore  à  ce  bienfait  celui  de  la  dis- 
cipline intérieure.  L'ordonnance  du  20  mars  1446  avait  déféré  au 
parlement  la  juridiction  de  l'université.  Bientôt,  par  les  ordres 
du  roi,  le  cardinal  d'Estouteville  y  introduisit  la  réforme  de 
1452  ^ 

Si  de  là,  et  sans  sortir  des  frontières  du  royaume,  les  regards 
de  l'historien  s'étendent  à  l'administration  provinciale  et  munici- 
pale du  xv"  siècle,  il  y  retrouve  encore  l'influence  de  Charles  VIL 

Les  choix  du  prince,  pour  les  nominations  de  lieutenants- géné- 
raux, de  sénéchaux,  de  baillis,  se  ressentirent  plus  d'une  fois  du 
favoritisme,  même  dans  la  seconde  période  du  règne.  On  peut  dire, 
cependant,  que  souvent  la  capacité  des  sujets  compensa  la  laveur. 
Des  hommes  d'ordre  et  entendus  secondèrent  les  heureux  effets  de 
la  paix.  Charles  Vil  protégea  ses  bonnes  villes,  qui  s'étaient 
montrées  si  dévouées.  11  confirma  volontiers  leurs  privilèges,  aida 
leur  administration,  honora  leurs  fonctionnaires,  mais  en  ral- 
liant toujours  le  faisceau  populaire  autour  de  la  monarchie. 

Jetons-nous  enfin  les  yeux  sur  les  relations  extérieures  de  ce 
prince  :  l'administration  royale  accomplit  devant  nous  des  pro- 
grès spéciaux  et  notables.  Charles  Vil  poussa  jusqu'à  l'extrême 
son  inclination  vers  les  alliances  étrangères.  Ce  procédé  féodal, 
qui  consistait  à  recruter  sans  cesse  et  instantanément  des  alliés 
pour  sa  querelle  du  jour,  avait  été  abusivement  employé  par  les 
princes  rivaux  sous  Charles  VI.  Le  dauphin  imita  d'abord  ce 
mauvais  exemple.  11  sembla  faire  injure  à  sa  cause,  à  son  pays, 
en  désespérant  de  l'un  et  de  l'autre,  au  point  de  s'entourer  exclu- 
sivement de  soldats  ou  d'alliés  écossais  et  lombards.  Ce  fut  là  une 
de  ses  grandes  illusions,  de  ses  grandes  erreurs,  qu'il  expia  et 
qu'il  répara.  Jacques  Cœur  étendit  son  commerce  maritime  jus- 
qu'aux extrémités  alors  connues  ou  pratiquées  de  l'Orient.  Ses 
vaisseaux  naviguaient  sous  le  pavillon  et  la  sauvegarde  du  roi  de 
France.  Plus  tard,  (Charles  VII  s'assimila  dans  le  sens  de  la  poli- 
tique la  mieux  inspirée,  ces  relations  étrangères.  A  la  fin  de  son 

1.  Du  Boulai,  Histoire  de  l'Université,  t.  V,  passim.  Ordonnances,  XIll,  458. 
Histoire  de  V  instruction  publique,  1849,  in-4°,  p.  156,  197,  elc. 


6^ 


règne,  il  tenait  par  des  liens  de  confédération  à  toutes  les  puis- 
sances de  la  chrétienté.  Devenu  le  Nestor  des  rois  de  son  époque, 
il  vit  ces  derniers  rechercher  son  alliance,  et  lui  soumettre  leurs 
différents  comme  à  un  arbitre  respecté.  Nous  avons  sous  les  yeux 
une  série  de  protocoles  ou  lettres  de  recommandation,  qui  portent 
l'intitulé  du  roi  Charles.  Ces  lettres  sont  adressées  au  Soudan  de 
Bahylone,  au  grand  Caraman,  aux  rois  de  Tunis,  de  Bougie,  de 
Fez  et  d'Oran,  au  comte  de  Madeloni,  heutenant  de  Dom  Ferrand 
ou  Ferdinand  !«■■,  roi  de  Naples  et  de  Sicile  ;  à  ce  roi  lui-même; 
au  vice-roi  de  Sicile  et  au  grand-maître  de  Rhodes.  Toutes  ces 
lettres  paraissent  donc  remonter,  selon  toute  apparence,  à  la  date 
approximative  de  1458.  Le  roi,  dans  ces  documents  inédits, 
réclame  de  ces  potentats  leur  protection  en  faveur  des  navires  de 
commerce  français  qui  partent  de  Montpellier  pour  les  éclielles  du 
levant.  L'une  de  ces  pièces,  adressée  au  grand-maître  de  Rhodes, 
atteste  que  le  roi  a  «  délibéré  de  faire  faire  d'ici  en  avant  par  cha- 
cun an  le  dict  voyaige,  »  et  de  créer  ainsi  dans  ces  mers  lointaines 
des  relations  permanentes  entre  les  contrées  orientales  et  la 
France  ^ . 

Ces  divers  faits  se  rattachent  à  l'état  de  l'administration  sous 
Charles  VIL  Mais  nous  devons  nous  borner  à  les  indiquer.  Les 
développements  qu'ils  comportent  ne  sauraient  trouver  leur  place 
et  leur  opportunité  que  dans  une  histoire  complète  de  ce  règne. 
Les  termes  du  programme  qu'a  tracé  l'Académie,  nous  montrent 
les  points  où  nous  devons  nous  étendre,  et  les  points  sur  lesquels 
il  convient  de  nous  restreindre. 

Nous  allons  aborder,  avec  des  détails  plus  suivis  et  plus  cir- 
constanciés, l'une  des  questions  sur  lesquelles  l'Académie  a  spé- 
cialement provoqué  les  recherches  des  concurrents. 


CHAPITRE  III. 

Formation  et  organisation  de  V Armée. 

A  l'époque  où  Charles  VII  prit  en  main  les  rênes  du  gouver- 
nement, la  France,  à  proprement  parler,  n'avait  ni  armée,  ni 
marine. 

1.  Ms.  n"  VII  des  archives  deVAube,  à  Troyes.  Ms.  fr.  no  5.909.  f°  cclij. 


62 

Les  forces  militaires  et  territoriales  de  l'Etat  se  composaient, 
en  principal,  du  ban  féodal  ou  du  service  accompli  par  les  nobles. 
Ceux-ci,  montés  à  cheval,  armés  défensivement  de  pied  en  cap, 
combattaient  avec  la  lance,  l'épée  et  la  hache,  main  à  main. 
C'était  la  cavalerie  ou  chevalerie,  deux  expressions  qui  peuvent 
et  doivent  ici  se  confondre  dans  le  fait,  comme  elles  se  confondent 
dans  l'étymologie.  Les  nobles  constituaient  l'élite  et  le  fonds  des 
armées  au  moyen-àge.  Leur  nombre  et  leur  bravoure  décidaient 
généralement,  ou  mieux  (au  xV^'  siècle)  étaient  censés  décider  de 
la  victoire.  Il  faut  y  joindre  l'infanterie ,  jusque-là  peu  consi- 
dérée ;  l'infanterie,  mentionnée  dans  tous  les  récits  militaires 
avec  dédain,  sous  les  noms  de  piétaille...  et  autres  épithètes 
beaucoup  plus  méprisantes.  Les  fantassins,  en  principe,  ne  for- 
maient que  l'appoint  des  armées  ^ . 

Ils  étaient  fournis  par  les  milices  des  villes  et  des  campagnes, 
qui  se  louaient  dans  ce  dessein,  ou  qui  marchaient  à  la  suite  du 
seigneur.  Ils  provenaient  encore  des  coiiqjagnies  ou  grandes 
compagnies,  ces  hordes  d'aventuriers  propres  au  moyen-âge, 
moitié  militaires  et  moitié  brigands.  Toujours  en  péril  et  toujours 
renaissantes,  ces  bandes  vagabondes  se  recrutaient  de  toute 
récume  de  la  population  active  et  inemployée,  sans  acception  de 
nation,  ni  de  patrie.  Peu  à  peu,  leur  masse  impure  s'incorporait 
à  l'armée  régulière,  s'organisait  et  se  formait.  Deux  armes  spé- 
ciales s'y  distinguaient  à  côté  de  la  cavalerie,  dans  les  premières 
années  du  xv'^  siècle  :  les  archers  ou  arbalétriers  ^,  et  l'artillerie 
nouvelle  ou  artillerie  à  poudre. 

Charles  V  avait  jeté  sur  la  marine  un  sage  et  prévoyant 
regard.  Mais  ses  vues  judicieuses,  ses  desseins  ne  lui  survécurent 
point.  La  France,  avec  un  long  développement  de  littoral  sur 
deux  mers,  comptait  parmi  ses  habitants  des  populations  parfai- 
tement et  natui-ellement  douées  pour  la  marine.  Il  suffira  de  rap- 
peler les  expéditions  normandes  aux  îles  du  Cap-Vert  sur  le 
déchu  du  XIV®  siècle.  L'amiral  deBraquemont  appartenait  à  cette 
race  énergique  de  hardis  navigateurs.  En  1420,  à  la  tête  d'une 
flottille  castillane,  il  défit  les  Anglais  sur  l'Océan,  près  de  la 


1.  Sous  une  apparence  frivole  et  familière,  \e.jeu  des  échecs  nous  offre  à  cet 
égard  el  nous  a  conservé  une  figure  Irés-inslructive. 

2.  Les  archers  lançaient  des    flèches;  les  arbalétriers    ou    crauequiniers    en- 
voyaient le  gros  Irait  ou  vireton. 


63 

Rochelle.  Mais  la  marine  militaire  n'avait  point  reçu  d'organi- 
sation, et  les  amiraux  de  France  exerçaient  encore  une  charge 
continentale. 

Les  principaux  chefs  de  la  noblesse  étaient  restés  sur  le  champ 
d'Azincourt,  morts  ou  prisonniers:  Au  point  de  vue  militaire,  cette 
perte  immense  avait  causé  un  dommage  moral  bien  plus  sensible 
encore  que  le  donmiage  réel.  Lorsque  Henri  V  envahit  la  France 
en  1417,  il  débarqua  sur  des  côtes  demeurées  pour  ainsi  dire  sans 
défense,  et  pénétra  dans  un  pays  qui  n'avait  plus  d'armée.  Une 
escarmouche  maritime  ou  affaire  d'avant-garde  servit  de  prélimi- 
naire à  cette  invasion.  La  rencontre  eut  lieu  devant  Harfleur  le 
29  juin  1417,  entre  le  duc  de  Clarence  et  le  bâtard  de  Bourbon, 
marin  sans  expérience,  qui  commandait  une  flotille  exclusivement 
montée  de  génois.  La  seconde  affaire  ne  mérite  pas  même  le  titre 
d'escarmouche.  Une  fois  l'entrée  de  la  Seine  balayée,  Henri  V 
descendit  à  Touques,  sans  coup  férir,  du  2  au  9  août  de  la  même 
année. 

Cet  ordre  de  choses  était  en  partie  commun  à  l'Angleterre  elle- 
même,  et  régnait  alors  généralement  au  sein  de  la  chrétienté. 
Ainsi,  d'une  part,  l'armée  anglaise  se  recrutait  (et  se  recrute 
toujours)  des  deux  éléments  extrêmes  que  nous  avons  signalés  ; 
noblesse  et  population  infime.  D'autre  part,  l'Angleterre,  elle 
aussi,  n'avait  point  encore  de  marine.  Les  vaisseaux  d'Henri  V 
et  d'Henri  VI,  qui  tant  de  ibis  de  1415  à  1450,  désolèrent  nos 
parages  et  conduisirent  des  conquérants  au  cœur  de  la  France, 
sortaient,  en  bien  petit  nombre,  de  chantiers  anglais.  La  grande 
majorité  de  ces  bâtiments  se  composaient  de  carra ques,  de  balen- 
giers,  de  bateaux  à  rostres  ou  proues  d'attaque,  et  de  barques 
marchandes,  achetés  ou  loués  et  construits  en  Portugal,  en  Italie, 
à  Bayonne,  en  Normandie  et  en  Flandre  ^ . 

Charles  Vil,  arrivant  au  pouvoir,  suivit  d'abord  ces  errements. 
Destitué  de  la  noblesse,  et  en  attendant  que  le  ban  se  réformât,  il 
lui  restait  les  milices,  les  compagnies  ou  corps  francs,  et  les  mer- 
cenaires étrangers.  Les  milices  des  viUes  et  des  campagnes  étaient 

1.  Sur  la  marine  française  et  anglaise  au  xv'  siècle  :  Chronique  de  Raoulet, 
p.  158.  Mémoires  de  la  Soc.  des  Antiq.  de  Normandie,  in-4o,  t.  V,  p.  275. 
Beaurepaire,  Administration,  eic.  1859,  in-4°,  p.  52.  H.  Ellis,  Original  letters... 
of  english  historij,  1837,  t.  I,  p.  67  et  s.  Harris  Nicolas,  Baille  of  Azincourt, 
Appendice,  p.  22.  Capgrave,  de  illustribus  Henricis,  1858,  in-S",  p.  135.  Steven- 
son, Wars  of  Henri  VI,  1861.  t.  I,  p.  453,  etc. 


64 

peu  propres  à  s'éloigner  du  clocher  natal.  Dans  l'esprit  du  roi,  les 
mercenaires  étrangers  l'emportèrent,  et  non  sans  quelque  motif, 
sur  les  corps  francs  ou  grandes  compagnies.  Ce  prince  leur 
accorda  une  constante  et  opiniâtre  préférence.  Des  lombards,  des 
castillans,  des  écossais  surtout,  furent  pendant  longtemps  les  sol- 
dats de  Charles  VII.  Pendant  longtemps  Charles  fonda  sur  la 
confiance  qu'ils  lui  inspiraient  ses  plus  chères  espérances.  Ce 
prince  toutefois  se  vit  obligé  d'avoir  simultanément  recours  aux 
divers  éléments  que  nous  venons  de  distinguer. 

Tout  a  été  dit  sur  l'indiscipline,  les  désordres,  la  barbarie  des 
gens  d'armes,  à  cette  époque  de  dissensions  civiles  et  d'invasion 
étrangère.  Que  l'imagination,  à  cet  égard,  conçoive  ce  qu'elle  peut 
rêver  de  plus  affreux,  de  plus  horrible,  de  plus  intolérable  :  à 
peine atteindra-t-elle  à  une  notion  exacte  de  la  réahté.  Les  témoi- 
gnages historiques  sur  ce  point  sont  multiples,  unanimes  et  irré- 
fragables. Il  suffit  d'ouvrir  les  chroniques  du  temps,  ou  nos 
modernes  historiens,  pour  contempler  ce  lamentable  tableau.  Nous 
ne  nous  arrêterons  donc  pas  même  à  choisir  parmi  ces  tristes 
récits  ;  nous  nous  bornons  à  les  rappeler  ^ . 

Le  mal,  né  d'une  telle  situation,  frappait  les  yeux  d'une  manière 
tellement  évidente  et  si  extrême,  que  cette  préoccupation  s'impo- 
sait, en  quelque  sorte,  impérieusement  aux  gouvernants  comme 
aux  gouvernés.  Henri  V,  puis  après  lui  les  régents  anglais,  ten- 
tèrent d'énergiques  efforts  ;  ils  prirent  de  sérieuses  mesures  pour 
combattre  et  réprimer  le  brigandage.  Charles  VII  et  ses  conseil- 
lers ne  purent,  même  dans  les  plus  mauvais  jours,  se  soustraire 
à  la  nécessité  d'y  chercher,  de  leur  coté,  quelque  remède.  Le  30 
janvier  1424,  Charles  VII  rendit  une  ordonnance  par  laquelle 
il  cassait  et  renvoyait  de  l'armée  tous  les  corps  militaires,  autres 
que  les  écossais  et  les  lombards  ''. 

1.  Voy.  entr'aulres  l'ouvrage  de  M.  P.  Clément,  Charles  VII,  etc.,  1. 1,  p.  107, 
et  les  sources  auxquelles  renvoie  cet  auteur. 

2.  Ms.  Doal,  t.  IX,  p.  279.  La  chronique  Anlonine  manuscrite  (continuation 
ou  version  française  qui  paraît  remonter  aux  dernières  années  de  Charles  VIII, 
de  1495  à  1500)  s'exprime  ainsi  :  «  Charles  VII  s'efforça  et  mil  paine  par  pou 
de  gens  d'armes  advenlurier.s  et  sans  gaiges  de  recouvrer  et  conquester  son 
royaulme  »  (Ms.  fr.  1371,  f»  cdxiiij).  De  sou  côté,  Philippe  de  Commines,  his- 
torien de  Charles  VIII  et  témoin  des  prouesses  accomplies  par  les  condotlières, 
insinue  dans  une  phrase  amphibologique  (liv.  VI,  ch.  VI,  éd.  Dupont,  t.  11,  p. 
225),  que  Charles  Vil  «  institua  l'armée  permanente,  à  la  guise  des  seigneurs 
d'Italie.  » 


65 

Cependant  les  auxiliaires  ainsi  conservés  par  le  roi  de  France, 
paraissent  avoir  bien  mal  justifié  cette  confiance  ou  cette  préro- 
gative. Un  acte  authentique  du  23  juillet  1423  atteste  que  les 
routes  du  Poitou  n'offraient  plus  de  sécurité,  par  l'occupation  des 
écossais  et  autres  gens  d'armes  ^ .  Aux  mois  d'août  et  de  novem- 
bre, même  année,  les  officiers  de  la  reine,  enTouraine  etenBerry, 
se  rendent  d'une  ville  à  l'autre,  afin  d'opérer  des  recouvrements 
de  deniers  :  ils  marchent  sous  escorte  par  les  chemins,  «  pour 
»  doubte  deu  écossois  et  autres  gens  de  guerre^.  »  A  Verneuil, 
en  1424,  les  Ecossais  exerçaient  un  ascendant,  accompagné  de 
menaces  et  de  violences,  sur  le  reste  de  l'armée  qu'ils  dominaient 
parle  nombre.  Leur  puissance  d'intimidation  s'étendait,  du  moins 
en  paroles,  jusqu'à  la  population  civile  qu'ils  s'apprêtaient  à 
déposséder  en  bloc.  Toute  cette  jactance  aboutit  au  mémorable 
désastre  du  17  août  1424.  La  France,  grâces  aux  Ecossais,  subit 
à  Verneuil  une  seconde  journée  d'Azincourt.  Pour  ce  qui  est  des 
Lombards,  présents  à  la  même  action,  tout  d'abord  ils  se  jetèrent 
sur  le  charroi  des  ennemis  et  tuèrent  les  pages  qui  le  gardaient  ; 
puis,  une  fois  munis  de  butin,  on  les  vit  s'enfuir  vers  Chartres  de 
toute  la  vitesse  de  leurs  chevaux.  A  partir  de  ce  moment,  il  fut 
impossible  de  les  ramener  au  combat^.  Enfin,  nous  citerons  ce 
fait  particulier  qui  n'est  point  sans  intérêt,  ni  sans  conséquence. 
Le  10  septembre  1425,  Charles  VII  accorde  200  1.  t.  de  gratifi- 
cation à  Etienne  Petit,  secrétaire  du  roi  et  du  sire  de  Giac  (pre- 
mier ministre  ou  favori),  lequel  Petit,  en  remplissant  naguères 
une  mission  pour  le  roi,  avait  été  détroussé  par  les  Ecossais-*. 

Ainsi  se  passèrent  les  douloureuses  années  qui  marquent  l'é- 
poque critique  du  règne  de  Charles  VIT,  et  qui  remplissent  l'une 
des  pages  néfastes  de  nos  annales.  L'arrivée  de  la  PuceUe,  en 
1429,  et  sa  conduite  eurent  pour  résultat  de  raviver  cette  ques- 
tion, en  l'agitant  de  nouveau.  Dans  les  lignes  qui  vont  suivre, 
je  voudrais  marquer  nettement  la  part  d'influence  que  l'héroïne 
du  xV  siècle  apporta  quant  à  la  solution  de  ce  problème. 
•  A  cette  époque,  le  premier  ministre  La  Trimouille  avait  hérité, 

1.  Archives  des  Deux-Sèvres  (communication  de  l'archivisle,  M.  Luce). 

2.  K  K  56,  f"  31  v%  35  v°,  etc. 

3.  Montreuil.  Raoulet.  Journal  de  Paris,  éd.  du  Panthéon,  p.  666,667.  Mé- 
moires de  Thomas  JBasin,  t.  I,  p.  52.  Michelet,  Hist.  de  Fr.,  \"=  éd.,  t.  5,  p.  22, 
note  2. 

4.  Cabinet  des  titres,  dossier  Giac,  à  la  date. 

0 


60 

auprès  du  roi,  do  la  toute  piiissaii^-e  des  favoris.  Il  continuait  aussi 
la  poursuite  de  cette  chimère,  savoir  :  de  délivrer  la  France 
à  l'aide  de  mercenaires  étrangers.  Jeanne  était,  pour  ainsi 
dire,  la  vivante  antithèse  de  cette  doctrine.  Là,  réside  une  des 
causes  principales  de  l'antagonisme  profond,  qui  divisa  entre 
eux,  l'héroïne  et  le  favori.  La  Trimouille  ne  subit  Jeanne  qu'à 
regret  et  en  dissimulant.  Au  moment  même  où  le  concours  de  la 
libératrice  était  acce2ité  [sixril  1429),  La  Trimouille  envoyait  au 
roi  d'Aragon  une  nouvelle  ambassade  pour  lui  demander  des 
troupes.  L'indiscipline  des  soldats  de  Charles  VII  fut ,  pour 
Jeanne,  la  source  de  difficultés  infinies.  Sa  chaste  et  candide 
nature  s'émut  particulièrement  des  désordres  et  des  irrégularités 
morales  qui  se  déployèrent  sous  ses  yeux.  Les  efforts  qu'elle 
tenta  pour  y  remédier,  forment  dans  son  histoire  le  sujet  d'épi- 
sodes nombreux  et  bien  connus.  Pour  pénétrer  à  la  tête  des  forces 
royales,  au  sein  des  villes,  Jeanne  dut  vaincre  d'énergiques  répu- 
gnances, que  suscitait  partout  la  seule  approche  de  ces  redoutables 
défenseurs.  Ainsi,  à  Reims,  les  cérémonies  du  sacre  furent  pré- 
cipitées par  suite  de  l'opposition  des  habitants  qui  se  refusèrent 
absolument  à  subir,  dans  leurs  murs,  le  séjourprolongé  d'une  gar- 
nison. A  Troyes,  les  citoyens  manifestèrent  des  sentiments  ana- 
logues. Jeanne  dut  triompher  personnellement  de  ces  résistances. 
Elle  en  triompha  surtout  en  s'adressant  directement  aux  popula- 
tions confinées  jusque-là,  pour  ainsi  dire,  dans  leur  égoïste  ter- 
reur. Elle  enfiamma  leur  enthousiasme,  rallia  leur  zèle  à  la  cause 
générale,  et  les  fit,  en  quelque  sorte,  de  par  son  autorité  privée, 
de  par  son  exemple  personnel,  les  soldats  de  la  France  *. 

Jeanne,  encore  bien  qu'elle  ne  fiit  ni  homme,  ni  noble,  avait  elle- 
même  en  effet  pris  les  armes.  Elle  expia,  il  est  vrai,  cette  usur- 
pation par  le  martyre.  Mais  elle  mourut  après  avoir  assuré  le 
salut  de  son  pays.  Elle  s'acquit  par  là  devant  la  postérité  une 
gloire  immortelle.  Désormais  la  solution  du  problème  était  trou- 
vée. Après  la  Pucelle,  deux  principes  étaient  debout:  le  vieux 

1.  Biographie  Didol,  article  La  Trimouille.  Procès  de  la  Pucelle,  t.  I,  p.  91. 
Bouliot,  Guerre  des  Awjlais  en  Champagne,  ]>.  62.  Cousinot  de  Montreuil,  p. 
2GG,  chapitre  39.  Lettres  de  Charles  VII  données  à  Gergeau  en  juin  1430.  Il 
autorise  les  moines  de  la  Prée,  chàtellenie  d'Issoudun,  à  se  fortifier,  pour  se  ga- 
rantir des  gens  de  guerre,  qui  les  incommodent  jusqu'à  faire  manger  leurs 
chevaux  sur  le  grand  autel.  Charte  originale,  appartenant  à  M.  Moussoir,  de 
Bourges  (Communication  de  M.  G.  Servois,  archiviste-paléographe). 


67 

principe  de  la  guerre  mercenaire,  conservé  par  La  Trimoiiille 
momentanément  triomphant,  et  le  principe  nouveau  de  l'armée 
nationale.  Ce  dernier  ne  devait  pas  tarder  à  l'emporter. 

Tant  que  le  roi  Charles  VII  vit  ses  finances  dans  l'état  de 
pénurie  et  de  désarroi  que  nous  avons  précédemment  retracé,  la 
réforme  de  l'armée  fut  un  rêve  dont.il  fallut  ajourner  la  réalisa- 
tion. Le  désordre  de  l'armée  tenait  au  désordre  des  finances,  et  la 
réforme  de  l'une  devait  être  le  fruit  de  la  réforme  des  autres.  Cette 
plaie  des  gens  de  guerre  fut  confessée  par  le  législateur,  long- 
temps avant  que  celui-ci  pût  édicter  le  remède.  Dans  l'ordonnance 
du  1 5  décembre  1438,  relative  au  domaine,  le  roi  avoue  que, 
jusqu'à  ce  jour,  le  défaut  de  solde  a  été  l'une  des  causes  du  bri- 
gandage militaire.  Il  représente  la  restauration  du  domaine 
comme  un  moyen  d'apporter  un  terme  à  cette  calamité.  En  effet, 
c'est  seulement  à  partir  de  l'édit  domanial  que  la  réforme  des 
milices  prit  place,  à  son  tour,  dans  le  programme  des  œuvres 
accomplies  par  le  gouvernement  de  Charles  VII  ^ . 

Les  auteurs  de  la  réforme  et  de  l'organisation  militaires  du 
XV®  siècle  procédèrent  à  cette  entreprise  avec  une  prudence  et 
par  une  succession  d'actes  gradués,  qui  méritent,  sous  ce  rap- 
port, tout  l'intérêt  de  l'observateur.  Le  premier  de  ces  actes  est 
l'ordonnance  du  2  novembre  1439.  Le  roi,  dans  cet  édit,  fait 
intervenir  les  états  d'Orléans  comme  partie  requérante,  ajoutant 
ainsi  à  la  force  de  la  loi  royale,  l'autorité  qui  s'attachait  à  la 
sanction  populaire  ou  publique.  Cet  acte  se  borne  à  poser  les 
principes  généraux  de  la  matière.  C'est  une  longue  et  curieuse 
énumération  de  tous  les  griefs,  avec  autant  de  clauses  inhibitives  qui 
correspondent  à  chacun  d'eux.  Cependant,  les  mesures  pratiques 
d'exécution  subissaient,  de  la  part  des  ministres  ou  agents  du  roi, 
une  dernière  élaboration.  Pour  que  les  vues  du  souverain  pussent 
recevoir  l'application  la  plus  favorable,  il  fallait  que  la  paix 
renaquît  et  que  la  future  armée  permanente  passât  du  pied  de 
guerre  au  pied  de  paix.  Or  les  hostilités,  délibérées  au  sein  de  ces 
mêmes  états  d'Orléans-,  venaient  de  se  rallumer.  Les  brandons 
de  la  guerre  civile  n'étaient  point  éteints,  l'événement  n'allait 


1.  Ord.  XIII,  294. 

2.  Observons  en  passant  que  la  guerre  fut  votée  par  La  Fayette,  l'un  des  prin- 
cipaux agents,  comme  on  le  verra  bientôt,  de  la  réforme  (Berry,  dans  Gode- 
froy,  p.  405). 


68 

que  trop  le  prouver.  La  Praguerie  éclata  au  lendemain  même  et 
sous  le  coup  de  cette  ordonnance  réformatrice.  La  féodalité  se 
sentit  frappée  au  cœur  dans  ses  abus  les  plus  vivaces,  elle  se 
révolta  immédiatement.  Le  mouvement  commença  dans  le  Poitou 
par  la  campagne  à  la  tête  de  laquelle  se  plaça  le  propre  fils  du 
roi,  le  Dauphin!  Elle  releva  la  tête  une  seconde  et  dernière  fois, 
en  1442,  dans  l'assemblée  de  Nevers.  C'est  alors  (1440)  que 
Charles  VII  fit  un  exemple,  en  ordonnant  de  noyer  le  Bâtard  de 
Bourbon,  chef  des  Ecorcheurs.  Avec  un  rai-e  bonheur  et  en 
déployant  des  qualités  vraiment  grandes  et  imprévues,  il  eut 
raison  de  cette  double  tentative.  Enfin  la  paix  ou  du  moins  de 
longues  trêves  avec  l'Angleterre  furent  proclamées  en  1444. 
Ainsi  se  produisirent,  ainsi  furent  créées,  en  quelque  sorte,  par 
le  réformateur,  les  circonstances  préalables  que  requérait  l'ac- 
complissement de  ses  desseins. 

Cousinot  de  Montreuil  nous  apprend  que  le  plan  de  réalisation 
pratique  de  cette  mesure  est  l'œuvre  spéciale  de  Gilbert  III  de  La 
Fayette.  Maréchal  de  France  depuis  la  régence,  La  Faj^ette,  en 
1439,  était  l'officier-général  (comme  nous  dirions  aujourd'hui) 
le  plus  considérable  de  l'armée  et  le  plus  élevé  en  grade  après  le 
comte  de  Richemont,  connétable.  «  Chassé  de  court,  »  dit  Cousi- 
not, «  par  le  moyen  de  La  Trimouille,  il  fut,  depuis,  rappelé  et 
restitué  en  son  oflîce  pour  les  siennes  vertus  et  subtilitez.  Par  \\xy 
fut  trouvé  l'expédient  de  mettre  par  stations  et  garnisons  la 
gendarmerie  de  France,  pour  éviter  les' pilleries  accoutumées.  » 
Au  point  de  vue  pratique,  ce  dernier  trait  contient  effectivement 
toute  l'économie  de  la  réforme  ^ 

L'ordonnance  du  25  septembre  1443,  relative  aux  finances, 
rappelle  encore  une  fois  dans  son  préambule  les  dommages  publics 
causés  par  les  gens  d'armes.  Elle  montre  qu'à  cette  date  le  statu 
qiio,  a  cet  égard,  subsistait  toujours.  En  1444,  après  le  traité 


1.  Biographie  Didol,  article  La  Fayette.  Voyez  chronique  de  Cousinot,  1859, 
in-16,  p.  9.  La  Fayette,  issu  d'une  grande  maison  d'Auvergne,  était  seigneur  de 
Pontgibaut,  village  situé  dans  celte  province.  Un  mandement  fut  rendu  par 
Charles  VII,  le  12  octobre  1438,  à  la  requête  des  habitants  de  Pontgibaut  et  sur 
la  recommandation  de  leur  seigneur,  maréchal  de  La  Fayette.  Les  gens  d'armes 
logés  à  Pontgibaut  avaient  pillé,  ravagé  et  désolé  cette  localité.  Le  roi,  par  ces 
motifs,  décharge  les  habitants  de  deux  cents  livres  en  deux  ans,  à  déduire  surla 
quote-part  des  aides  levées  en  Auvergne.  Ms.  Gaignières,  649,5;  pièce  26;  ori- 
ginal. Voyez  ci-dessus  chapitre  11,  page  32,  à  la  date. 


(i9 

de  Tours,  eut  lieu  la  singulière  campagne  de  Metz,  puis  celle  de 
Suisse,  conduite  par  le  Dauphin.  Ces  deux  expéditions  semblent 
dépourvues  en  elles-mêmes  des  motifs  politiques  et  moraux, 
propres  à  justifier  une  double  guerre.  Elles  paraissent  avoir  été 
des  expédients,  ayant  pour  but  de  déverser  et  de  perdre  le  trop 
plein  de  cette  cohue  indisciphnée,  dont  se  composait  encore  l'armée 
française. 

La  réforme  en  effet  s'ouvrit  au  printemps  de  l'année  suivante. 
Elle  commença  par  la  cavalerie,  l'arme  principale.  L'érudition 
moderne  a  successivement  reconquis  les  documents  historiques, 
et  notamment  législatifs,  qui  se  rattachent  à  cette  œuvre  et  que 
les  siècles  avaient  dispersés.  Nous  regrettons  encore  une  première 
ordonnance,  qui  dut  paraître  vers  le  commencement  d'avril  1445 
et  dont  le  texte  a  jusqu'à  ce  jour  échappé  à  nos  recherches*. 
Heureusement  nous  possédons  une  suite  d'actes  rendus  en  consé- 
quence et  qui  permettent  d'y  suppléer. 

L'arme  tout  entière  est  licenciée.  Mais  l'élite  de  cette  milice 
est  conservée;  elle  formera  désormais  une  force  permanente. 
L'œuvre  de  triage  ou  d'épuration  eut  lieu  immédiatement.  Le 
connétable  passa  la  revue  générale  :  les  meilleures  troupes,  tant 
chefs  que  soldats,  furent  maintenues.  EUes  composèrent  les 
compagnies  de  l'ordonnance  du  roi.  Le  reste  fut  cassé,  avec 
ordre  aux  hommes  de  se  retirer  directement  et  sous  quinze  jours 
dans  leurs  foyers.  Amnistie  générale  était  prononcée  en  leur 
faveur,  à  raison  de  leurs  méfaits  dans  le  passé,  afin  de  prévenir 
ainsi  de  funestes  représailles.  Des  capitaines  spéciaux  eurent 
pour  mission  de  reconduire  ces  licenciés  par  détachements  mesu- 
rés, comme  de  160  cavaliers  et  leur  bagage  -. 

L'homme  d'armes  au  moyen-âge  ne  combattait  pas  seul  comme 
le  soldat  moderne.  La  pratique  romaine,  modifiée  par  la  féodalité, 
s'était  jusque-là  perpétuée.  Le  chevalier,  sous  sa  propre  bannière, 
guerroyait  avec  sa  suite  personnelle  :,  écuyer,  pages,  coustilier, 


1.  Mathieu  d'Escouchy  nous  apprend  (p.  545)  que,  dans  le  principe,  la  délibéra- 
tion et  la  préparation  de  cette  mesure  furent  conduites  avec  toute  sorle  de  pré- 
cautions et  dans  le  mystère.  I.a  première  ordonnance,  probablement,  fut  noti- 
fiée aux  parties  intéressées  et  non  promulguée  ni  entérinée,  comme  il  était  de 
coutume  pour  les  autres  ordonnances.  Il  en  est  de  même  quant  à  Tédit  général 
de  rémission,  mentionné  par  Berry,  p.  427.  Le  texte  spécial  de  cet  acte  n'est 
point  venu  jusqu'à  nous. 

î.  Bibliothèque  de  l'École  des  clmrtes,  t.  8,  page  124  et  s. 


70 

valets  d'armes.  Des  femmes  de  mauvaise  vie,  des  marchands,  de 
sinistres  parasites,  sous  l'empire  du  désordre  qui  régnait  alors, 
s'étaient  successivement  introduits  à  la  suite  du  miles  ou  cheva- 
lier. C'était  principalement  cette  abusive  se  quelle  ({m  enflait  sans 
profit  les  cadres  de  l'ai-mée  au  xv"  siècle.  C'était  elle  qui  désho- 
norait le  corps  militaire  et  qui  excédait  les  populations  par  ses 
exactions  et  ses  débordements  de  toute  espèce.  Les  archers  à 
cheval  avaient  pris  place  dans  la  cavalerie  et  se  faisaient  aussi 
servir  de  coustiliers.  Une  multitude  d'aventuriers  et  de  non 
nobles,  se  mêlaient  dans  les  rangs  à  l'aristocratie. 

D'après  le  nouveau  règlement,  chaque  lance  fournie  compre- 
nait :  1"  le  chevalier  ou  homme  d'armes  proprement  dit  ;  2"  son 
coustilier,  ouécuyer;  3°  son  page;  pour  le  tout  trois  chevaux. 
Quant  aux  hommes  de  trait  ou  archers,  il  fut  alloué  par  deux 
archers  un  page  ou  un  varlet  de  guerre,  en  tout  trois  personnes, 
plus  trois  chevaux.  Le  roi  créa  immédiatement  quinze  compagnies 
d'ordonnance  de  cent  lances  chacune,  qui  formèrent  ensemble  un 
corps  de  neuf  à  dix  mille  chevaux  ^ .  Au  lieu  de  les  réunir  et  de 
les  laisser  errer  sur  les  pays  dits  frontières  de  guerre,  ces  compa- 
gnies furent  dispersées  par  détachements  de  dix  à  trente  lances 
et  réparties  dans  tout  le  royaume.  On  leur  assigna  pour  lieux  de 
station  ou  garnisons,  non  plus  les  campagnes,  mais  des  bonnes 
villes  fermées,  telles  que  Troyes,  Châlons,  Laon,  Reims,  etc.  Là 
régnait  une  autorité,  plus  forte  moralement  que  dans  les  cam- 
pagnes, et  capable  de  protéger  la  population  civile  contre  les 
écarts  de  la  soldatesque,  s'ils  venaient  à  se  renouveler 2. 

Une  taille  spéciale  pourvut  dans  l'avenir  à  leur  entretien.  Le 
tarif  de  ces  taxations  était  celui-ci.  «  Pour  chacune  personne 
pour  un  an  entier,  une  charge  et  demie  de  blé  et  deux  pipes  de 
vin;  item,  pour  un  homme  d'armes  et  les  archers,  qui  font  six 
personnes,  par  mois  deux  moutons  et  demi-bœuf  ou  vache,  ou 
autre  chair  équivalente,  et  par  an  quatre  lards  (bacons  de  porc); 


1.  Ce  calcul  ne  fournit  qu'un  total  de  neuf  mille  hommes  et  9,000  chevaux. 
Les  mille  chevaux  de  complément  représentent  sans  doute  les  capitaines,  leurs 
lieutenants  [les  inspecteurs?]  et  le  charroi.  Il  parait  d'ailleurs  que  des  volon- 
taires surnuméraires  ne  tardèrent  pas  à  s'adjomdre  au  personnel  d'ordonnance. 
C'était  la  suite  des  anciens  valets  d'armée.  Voir  sur  ce  point  Hàrnû,  Milice  fran- 
çaise, t.  I,  p.  212. 

2.  Godefroy,  Charles  VU;  Berry,  p.  427;  Escouchy,  p.  545  et  s.  Mémoires  de 
Basin,  1. 1,  p.  165  et  s.,  liv.  IV,  ch.  3. 


7^ 

item  pour  sel  et  huile,  chandelle,  œufs  et  fromages  pour  les  jours 
que  on  ne  mange  pas  de  chair,  avecques  lem's  aultres  menues 
nécessités,  par  chascunmois,  pour  hommes  d'armes  et  les  archers, 
20  sous  tournois  ;  et  pour  cliascun  cheval,  par  an,  douze  che- 
vaux chargés  d'avoine  et  quatre  charretées  tant  foin  que 
paille,  c'est  assavoir  les  deux  parts  foin,  et  le  tiers,  paille  ^  » 

Le  logement  des  gens  de  guerre  était  provisoirement  maintenu 
chez  l'habitant,  et  l'on  ne  songea  que  trois  siècles  plus  tard  à 
ériger  des  casernes.  Dans  ce  premier  règlement,  comme  on  voit, 
la  plupart  des  prestations  étaient  stipulées  en  nature.  Les  popu- 
lations, en  effet,  manquaient  d'argent  (signe  d'une  prospérité  qui 
n'existait  pas),  pour  y  subvenir  sous  cette  forme.  Mais  un  progrès 
en  quelque  sorte  subit,   dans  cet  ordre  de  faits,   résulta  de  la 
réforme  elle-même.  Une  sécurité  inouïe  renaquit  au  sein  des 
villes  et  des  campagnes,  déhvrées  comme  par  enchantement  du 
brigandage.  Aussitôt  l'industrie,  l'agriculture  respii^èrent  ;  les 
routes  se  remplirent  de  marchands,  de  voyageurs,  heureux  de 
communiquer,  sous  une  sauvegarde  et  au  sein  d'une  quiétude 
dont  on  avait  presque  perdu  le  souvenir.  En  deux  mois  de  temps 
une  transformation  sensible  s'était  opérée.  A  la  fin  de  la  même 
année  (4  décembre  1445),  le  roi  promulgua  un  nouveau  règle- 
ment.' Les  réalités  y  sont  prises  de  plus  près,  et  le  législateur,  qui 
perfectionne  l'œuvre,    sous   l'égide  du  succès,    descend  à  de 
moindres  détails.   Les   taxations,    point   remarquable,   y  sont 
tarifées,  non  plus  en  nature,  mais  en  argent,  mode  beaucoup  plus 
précis  et  plus  avantageux  à  la  fois  pour  l'administration  et  le 
contribuable,  car  il  permettait  aux'  habitants  aisés  de  racheter 
même  l'hôtelage  ou  logement  des  gens  de  guerre.  Enfin,  quelques 
jours  après,  parut  un  dernier  règlement  qui  devait  être  mis  en 
vigueur  au  1""  janvier  1446.  Ce  règlement  n'intéresse  pas  moins 
l'économiste  que  l'historien,  il  a  pour  titre  :  Les  trois  voyes  du 
vivre  des  gens  d'armes.  Il  établit  en  effet  trois  modes  de  paye- 
ment entre  lesquels  le  contribuable  pouvait  choisir.  Le  premier 
consistait  dans  la  prestation  en  nature  ;   le  deuxième,  qui  était 
mixte:  argent  et  nature;  et  le  troisième,  purement  en  espèces. 
Une  fois  choisi  par  le  contribuable,  ce  mode,  pour  lui,  devenait 
obligatoire  2. 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  toc.  cit. 

2.  Auteurs  cités.  Arch.  nat.  K  68,  n°  22.  Mss.  fr.  5,909,  f"  216  v°;  5,053,  f°  126  v». 


72 

Des  commissaires  aux  revues  furent  ensuite  créés  pour  inspecter 
les  troupes,  surveiller  l'exécution  des  ordonnances,  instruire  le 
gouvernement  et  transmettre  ses  ordres  à  la  force  armée.  Ainsi 
fut  constituée  la  cavalerie  ^ 

L'organisation  de  l'infanterie  fut  l'œuvre  de  l'ordonnance  du 
28  avril  1448,  qui  établit  les  francs-archers. 

Pour  mettre  cette  mesure  dans  son  vrai  jour,  nous  devons 
reprendre  les  faits  d'un  peu  plus  haut.  Après  la  venue  de  la 
Pucelle,  les  villes  soumises  à  la  domination  anglaise,  rentrèrent 
peu  à  peu  sous  l'autorité  du  roi  de  France.  Charles  VII  se  rattacha 
ces  villes  par  le  lien  militaire.  Ainsi  en  1431,  le  roi  ordonne  aux 
Châlonnais  en  Champagne,  d'entretenir  désormais  parmi  eux  une 
garnison  de  quinze  lances  et  six  archers  ^. 

Depuis  longtemps,  les  cités  considérables  entretenaient,  pour 
leur  police  intérieure,  une  force  armée.  Les  places  militaires  et 
même  de  simples  bourgades  avaient  en  outre  des  confréries  ou 
communautés  qui  s'exerçaient  en  temps  de  paix  au  tir  de  l'arc 
ou  de  l'arbalète.  Dès  l'époque  de  Philippe- Auguste,  ces  compa- 
gnies fournirent  à  l'armée  royale  des  contingents  qui  marquèrent 
leur  place  historiquement  sur  nos  champs  de  bataille.  Charles  VII, 
en  ces  temps  d'infortune,  trouva  dans  les  ressources  militaires  et 
défensives  de  ces  places,  un  précieux  appui.  Tels  furent  notam- 
ment la  Rochelle  et  Tournay,  qui  se  montrèrent  si  fermement 
attachés  à  la  cause  nationale,  à  travers  tant  d'épreuves  et  de 
périls.  Charles,  une  fois  maître  de  Paris,  confirma,  par  lettres  du 
23  septembre  1437,  les  privilèges  accordés  par  Charles  VI  aux 
arbalétriers  de  cette  capitale.  La  ville  de  Châlons  possédait  une 
compagnie  de  ces  miliciens^.  Elle  envoya  au  roi  un  secours 
d'arbalétriers  et  autres  gens  d'armes,  qui,  cette  même  année, 
l'assistèrent  fructueusement  au  siège  de  Montereau.  Charles  VII, 
par  lettres  du  17  octobre  1437,  accorda  aux  arbalétriers  de 
Chàlons  la  prérogative  de  porter  à  l'avenir  la  livrée  du  roi  qui 
était  tricolore  (rouge,  blanc  et  vert),  avec  une  fleur  de  ne  ni  ou- 
bliez mie,  placée  en  broderie  sur  l'une  des  trois  couleurs.  Les 
arbalétriers  de  Châlons  eurent  de  plus  le  privilège  chaque  fois 
qu'ils  viendraient  servir  le  roi  à  la  guerre,  d'approcher  au  plus 


1.  Berry,  p.  546  et  autres  sources  citées. 

2.  Barthélémy,  Histoire  de  Châlons-siir- Marne,  p.  63,  184. 

3.  Ils  étaient  au  nombre  de  cent  dix-huit  (Barthélémy,  p.  65). 


73 

près  de  sa  personne,  et  d'y  partager,  avec  les  écossais  et  sa  maison 
militaire,  la  garde  de  son  corps.  Le  16  décembre  1446,  Charles 
VII  confirma  et  étendit  les  privilèges  des  arbalétriers  de  Tournay. 
Il  leur  octroya  également  le  droit  de  porter  la  devise  ou  livrée 
royale.  Au  mois  de  novembre  1447,  le  prince  concéda  de  pareilles 
faveurs  aux  archers  et  arbalétriers  de  la  Rochelle,  en  joignant 
pour  eux  à  ces  avantages  honorifiques,  l'exemption  de  toutes 
tailles.  Enfin,  le  roi  ne  se  borna  pas  à  confirmer,  à  encourager 
ces  utiles  et  patriotiques  associations,  il  en  créa  lui-même  de 
nouvelles  ^ 

Charles  VII,  ou  son  gouvernement,  après  avoir  étendu,  mul- 
tiplié cette  institution,  tira  pour  ainsi  dire  de  l'alvéole  uniforme 
un  fruit  commun.  L'ordonnance  du  28  avril  1448  prescrivit  qu'à 
l'avenir  il  serait  créé  un  milicien  du  roi  par  paroisse.  Ce  terme 
conventionnel  fut  pris  comme  mode  d'énonciation  dans  le  principe. 
Peu  après,  il  s'entendit  en  ce  sens  que  les  contribuables  de  la 
taille  devaient  fournir  un  archer  par  groupe  de  cinquante  feux. 
A  cet  effet,  les  élus,  joints  à  des  commissaires  spéciaux,  sous 
l'autorité  des  châtelains  et  des  baillis,  choisirent  dans  chaque 
ville  ou  bourgade,  un  homme  par  cinquante  feux  ou  maisons,  le 
plus  apte  au  maniement,  soit  de  l'arc,  soit  de  l'arbalète.  Cet 
homme,  une  fois  reçu,  devenait  exempt  du  guet  et  garde,  du  service 
militaire  de  sa  viUe  et  de  la  taille.  On  lui  donna  en  conséquence 
le  titre  de  franc-archer  du  roi  et  de  son  ordonnance.  Le  franc- 
archer  fut  armé  et  équipé  par  les  contribuables,  savoir:  d'une 
huque  (habit  militaire),  chausses,  Jacques  ou  brigandine  (sorte 
de  plastron),  arc  ou  arbalète ,  trousse  (carquois),  épée,  dague 
et  salade  ou  chapeau  de  fer.  En  temps  de  paix,  le  franc-archer  se 
tenait  dans  ses  foyers  et  ne  recevait  aucune  solde.  Mais  il  devait, 

1.  Ordonnances,  XIH,  240,  242,  456,  483,  521.  Barbât,  Histoire  de  Chdlons- 
sur-Marne,  1860,  in^»,  p.  113.  Diverses  monographies  estimables  ont  été  con- 
sacrées aux  compagnies  d'archers  et  arbalétriers.  Nous  citerons  les  suivantes  : 
Louis  Boilleau;  Tours,  1848.  V.  Fouque:  Chalon-sur-Saône,  1852.  A.  Janvier: 
Picardie,  1855.  Sellier:  Chàlons-sur-Marne,  1857.  H.  Boyer,  Bourges,  1857 
(tous  in-8°).  Cette  intéressante  matière  ne  nous  parait  pas  épuisée. —  Charles  VI 
excellait  à  tirer  de  l'arc.  En  1421  Henri  V  lui  lit  présent,  pour  étrennes,  d'un 
arc  et  de  cordes  anglaises,  pour  le  tir  de  cette  arme.  Charles  Vit,  au  rapport 
d'Henri  Baude,  avait  hérité  de  ce  goût  de  son  père  :  «  son  jeu  estoit  aux  eschetz 
ou  à  tirer  de  l'arbaleste.»  (J.  Chartier,  in- 16,  t.  3,  p.  128.)- Sur  les  arbalétriers 
de  Tournay  :  Saint-Génois,  Monuments  anciens,  etc.  Paris,  1782,  in-f",  page 
1026. 


74 

à  toutes  les  fêtes  indiquées,  revêtir  son  habillement  et  paraître 
sous  les  armes,  pour  s'y  exercer  au  tir,  eu  compagnie  des 
confi^ères  de  la  communauté  locale  ou  des  jeunes  gens  qui  dési- 
raient se  former  au  même  exercice.  Il  devait  en  outre  passer  tous 
les  trois  mois,  au  chef-lieu  de  la  châtellenie,  sous  la  revue  ou 
inspection  que  faisait  le  capitaine.  En  temps  de  guerre,  le  franc- 
archer,  prévenu  deux  mois  d'avance,  se  rendait  au  mandement 
royal.  Il  recevait  alors  une  solde  de  4  francs  par  mois.  Les  gages 
du  capitaine,  qui  étendait  son  autorité  sur  le  ressort  de  sa  châtel- 
lenie, s'élevaient  à  120  livres  par  an.  Les  francs-archers  étaient 
immatriculés  sous  leurs  noms,  prénoms  et  surnoms.  Les  élus 
tenaient  également  registre  de  leur  nombre,  distribué  par  élection 
avec  indication  des  demeures  ou  paroisses. 

Tels  furent  les  résultats  de  l'ordonnance  du  28  avril,  à  laquelle 
était  jointe  une  instruction,  depuis  étendue  et  renouvelée  à 
diverses  époques.  Le  préambule  du  premier  de  ces  actes  peut  servir 
à  mesurer  le  progrès  qui  s'était  accompli  moralement  depuis 
la  Pucelle  et  La  Trimouille,  dans  la  voie  que  nous  avons 
indiquée.  L'auteur  du  préambule  s'exprime  en  ces  termes:  «Comme 
après  ce  que  nous  avons,  }•  est-il  dit,  osté  la  grant  et  désordonnée 
vie  et  pillerie  qui  longtemps  avoit  duré  sur  nos  sujets,  et  mis  ordre 
au  fait  et  entretenement  de  nos  gens  de  guerre  (cavalerie)...;  au 
cas  que,  par  le  moyen  de  la  trêve  qui  est  à  présent  entre  nous  et 
nostre  nepveu  d'Angleterre,  ne  pourrions  parvenir  au  bien  de 
paix,  —  soit^  expédient  et  convenable  mectre  et  ordonner  en  ce 
royaume  aucun  nombre  de  gens  de  défense  (infanterie),  dont 
nous  puissions  aider  et  servir  audit  fait  de  la  guerre,  sans  ce 
qu'il  soit  hesoing  de  nous  aider  d'autres  que  de  nosdiz 
sujets,  avons  voulu  et  ordonné,  etc.,  etc.^  » 

Douze  mois  à  peine  s'étaient  écoulés  depuis  l'ordonnance  du 
28  avril  1448,  lorsque  le  casus  belli,  prévu  dans  ce  sage  préam- 
bule, éclata  en  effet  entre  la  France  et  l'Angleterre.  Il  s'agissait 
de  secouer  enfin  la  domination  étrangère.  Jamais  mesure  admi- 
nistrative, ou  politique,  ne  fut  prise  avec  plus  d'opportunité,  pour 
un  but  plus  grave  et  plus  juste.  Dans  le  cours  d'une  année,  grâce 
à  l'armée  nationale  qui  venait  d'être  créée,  les  Anglais  lurent 

1.  Ce  mot  est  régi  par  comme:  attendu  qu'il  est  expédient,  ctc, 

2.  Ms.  fr.  5,909,  f"  205-208.  Colbeii,  i,  f'  16,  18,  Ordonnances,  t.  XIV,  p.  1 
et  suiv.  Basin,  loc.  cit.  chap.  IV. 


75 

expulsés  de  la  Normandie.  Ils  se  virent  bientôt  après  chassés  de 
la  dernière  province  qu'ils  occupaient  chez  nous  :  la  Guyenne. 

Ces  éclatants  succès,  cette  glorieuse  inauguration  valurent 
immédiatement  à  la  nouvelle  organisation  militaire  du  pays,  une 
popularité  qui  se  perpétua,  parce  qu'elle  était  méritée.  Après  avoir 
triomphé  de  l'occupation  séculaire  et  invétérée  des  Anglais,  la 
nouvelle  armée  allait  subir  à  l'encontre  de  la  féodahté  une  seconde 
épreuve.  Louis  XI,  dans  sa  lutte  avec  le  Téméraire,  retrouva 
devant  lui  le  système  du  recrutement  féodal,  maintenu  par  le 
prince  bourguignon.  Ce  système  périt  avec  Charles,  duc  de 
Bourgogne,  l'un  des  premiers  capitaines  de  son  siècle,  dans  les 
marais  de  Nancy.  On  peut  dire  que,  dès  le  temps  de  Charles  VII, 
le  succès  définitif  de  la  nouvelle  organisation  militaire  était 
solidement  assuré.  Il  fut  presque  unanimement  acclamé  par  les 
juges  compétents  de  son  époque,  de  même  que  par  les  historiens 
de  ce  règne.  Ainsi  que  nous  l'avons  fait  en  parlant  de  la  réforme 
financière ,  nous  pourrions  énumérer  et  analyser  une  suite 
d'ordonnances  et  de  règlements  qui,  le  principe  du  nouvel  ordre 
militaire  étant  fondé,  en  développèrent  les  conséquences.  Tels 
sont  les  actes  des  4  janvier  1450,  14  mai  1451;  27  février, 
22  juin  1453;  avril  1454;  30  janvier  1455;  novembre  1458  et 
5  avril  1460.  Il  suffira,  croyons-nous,  de  les  indiquer  ici.  Nous 
renverrons  en  même  temps  le  lecteur,  curieux  de  plus  amples 
détails,  à  ces  mêmes  documents,  demeurés  pour  la  plupart  inédits  et 
qui,  tous,  pourraient  non  sans  quelque  fruit,  être  mis  enlumière^ 

L'artillerie  mérite  de  notre  part,  dans  cette  esquisse,  une 
mention  succincte,  mais  attentive.  Les  recherches  modernes  des 
savants  tendent  à  reculer  de  plus  en  plus  la  date  de  l'application 
parmi  nous,  des  compositions  fulminantes  à  la  guerre.  C'est  au 
commencement  du  xiv*^  siècle,  d'après  les  derniers  travaux  de  ce 
genre-,  qu'il  conviendrait  d'en  rapporter  le  premier  em.ploi.  S'il 
en  est  ainsi,  la  découverte  aurait  sommeillé  pendant  un  siècle. 
En  effet  les  chats,  les  pourceaux  et  autres  engins  mécaniques, 
eurent  plus  de  part  que  le  canon  à  la  conquête  de  la  France  par 
Henri  V.  Les  vaincus,  sous  ce  rapport,  n'étaient  pas  plus  instruits 


1.  Ordonnances,  XIV,  4   et  suis".  350  et  suiv.  484  et  s.  Ms.  fr.  5,909,  f"  159, 
195,  203,  233,  235,  238,  256. 

2.  LoredanLarchey,  Les  maîtres  bombardiers  et  couleuvriniers  de  Metz-,  1861, 
ia-8°. 


76 

nécessairement  que  le  vainqueur.  Cependant,  Charles  VII,  lors- 
qu'il reprit  contre  les  Anglais  l'avantage,  se  servit  à  peu  près 
exclusivement  de  la  poudre.  Nos  artilleurs  devinrent  k  leur  tour  les 
maîtres  de  leurs  rivaux  ou  ennemis.  Les  progrès  de  l'artillerie  sous 
Charles  Vil  paraissent  se  rattacher,  au  moins  chronologiquement, 
à  l'époque  de  la  Pucelle.  Lors  du  siège  d'Orléans,  maître  Jean, 
le  canonnier  lorrain,  fit  bruire  son  nom.  Les  historiens  de 
l'héroïne  attestent  qu'elle  s'entremettait  avec  une  sollicitude 
particulière  à  l'emploi  et  à  la  direction  de  l'artillerie.  Ils  vantent 
son  intelligence  et  la  sûreté  de  son  coup  d'œil  pour  asseoir  et 
pointer  les  pièces  dans  les  meilleures  positions.  Dès  la  campagne 
du  sacre,  on  voit  par  les  chroniques  et  par  les  actes,  que  cette 
branche  du  service  militaire  avait  reçu  des  lieutenants  de  Charles 
VII  un  développement  assez  notable.  Nous  avons  dit  que  l'office 
de  grand-maître  de  l'artillerie  était  au  nombre  des  hautes  charges 
de  la  couronne. 

Pendant  le  cours  du  règne,  cette  charge  eut  pour  titulaires 
une  succession  d'hommes  capables  et  distingués.  Le  premier, 
nommé  Pierre  Bessonneau,  en  M  revêtu  dès  1420.  11  dirigeait 
l'artillerie  à  l'époque  du  sacre  et  de  la  Pucelle.  Bessonneau  eut 
divers  intérimaires,  chargés  de  le  suppléer  pour  cause  d'absence  ou 
de  maladie.  L'un  de  ces  suppléants  fut  Tristan  l'Hermite,  person- 
nage que  Louis  XI  plaça  en  grande  lumière.  Sous  Charles  VII, 
Tristan  rendit  de  grands  et  obscurs  services,  d'abord  comme  préposé 
à  l'artiUerie,  puis  dans  les  importantes  fonctions  de  prévôt  des 
maréchaux,  où  il  contribua,  pour  une  part  considérable,  k 
l'application  des  nouvelles  ordonnances  militaires.  Bessonneau 
se  démit  en  1444.  De  1439  k  la  fin  du  règne,  l'artillerie  eut  k  sa 
tête  simultanément,  puis  k  tour  de  rôle,  deux  hommes  vraiment 
remarquables.  Us  étaient  frères  et  se  nommaient  l'un  Jean,  l'autre 
Gaspard  Bureau.  Bessonneau  s'étant  retiré,  Gaspard  le  remplaça 
définitivement  comme  titulaire.  En  Normandie,  en  Guyenne,  ses 
canons  foudroyèrent  la  domination  anglaise  ^ . 

Il  ne  conviendrait  pas  d'exposer  ici  en  détail  les  modifications 
technologiques  apportées  progressivement  par  ces  chefs  habiles 
dans  l'arme  en  question.  Mais  il  importe  de  marquer  les  résultats 
généraux. 

1.  Charles  VII  et  ses  conseillers.  L.  N.  Bonaparte,  Études  sur  l'artttlerie,  1846 
cl  années  suiv.  in-4°.  VioUet  Le  Duc,  Architecture  militaire,  p.  143  el  s. 


77 

A  l'époque  où  Charles  VII  devint  roi ,  les  bouches  à  feu  étaient 
de  lourdes  et  informes  carapaces  de  fer  forgé,  pour  la  plupart, 
qui  gisaient  et  se  clouaient  sur  le  sol.  C'étaient  encore  des  jîZo/w- 
mées,  petites  machines  infernales,  qui  se  portaient  à  la  main  et 
qui  ne  produisaient  que  des  fusées  peu  redoutables.  En  1449, 
1453  et  années  suivantes,  Charles  VII  fut  suivi  dans  ses  guerres 
par  une  artillerie  de  siège  et  de  campagne,  à  pied  et  à  cheval, 
roulant  et  courant  sur  des  affûts,  assortie  de  calibres  et  fondue  en 
bronze,  munie  de  boulets  de  fer,  et  servie  par  des  artilleurs 
exercés.  Le  canon,  ainsi  que  la  poudre,  avaient  pris  sur  le  champ 
de  bataille  le  rang  et  l'importance  qui  leur  sont  demeurés  depuis. 
L'ère  moderne  de  la  guerre  date  de  là.  Désormais  le  moyen-âge 
militaire  n'existe  plus.  L'homme  d'armes  des  anciens  jours  a  perdu 
sa  bannière  individuelle  et  son  escorte  de  féaux  serviteurs  d'ar- 
mée. Le  simple  fantassin,  l'homme  du  peuple,  distrait  de  sa  char- 
rue à  la  voix  du  prince  ou  de  la  patrie,  ceint,  comme  le  noble,  la 
dague  et  l'épée.  Il  vient  se  ranger  à  côté  du  noble  et  presque  sur 
le  même  rang,  sous  un  commun  drapeau,  qui  est  celui  de  la 
France.  En  même  temps,  l'artillerie  condamne  au  néant  la  lance 
et  la  hache  d'armes.  Le  courage,  l'adresse,  les  prouesses  person- 
nelles font  place  au  nombre  et  aux  gros  bataillons.  Avec  le  rang 
de  la  naissance,  la  distinction  individuelle  s'efface  également  :  ou 
mieux,  ce  qui  fait  le  mérite  et  le  prix  de  chaque  soldat  subit  une 
complète  métamorphose.  Le  particulier  s'absorbe  dans  l'ensemble. 
La  poudre,  en  changeant  la  tactique  militaire,  introduit  dans 
l'armée  l'égalité  civile  ^ . 

Nous  devons,  avant  de  clore  ce  chapitre,  et  pour  le  compléter, 
revenir,  par  quelques  considérations,  sur  la  marine. 

La  marine  de  guerre  est  moderne.  Ce  fut  d'abord  sur  terre  que 
les  puissances  civilisées  de  notre  continent  établirent  ces  grands 
corps  de  police,  tantôt  extérieure  ou  internationale,  et  tantôt 
intérieure,  qui  se  nomment  les  armées.  Les  principes  de  la  justice 
et  de  la  sociabihtè  ont  pénétré  dans  nos  codes  civils  avant  de  se 
faire  jour  dans  celui  de  la  mer.  Hier  encore,  pour  ainsi  dire,  la 
piraterie,  c'est-à-dire  le  droit  de  la  force,  régnait  sur  ce  mobile 
élément,  dont  les  vastes  solitudes  semblent  faites  pour  assurer 
l'impunité  du  crime  ~. 


1.  Yoyez  à  la  fia  du  chapitre  .\ote  relative  à  la  réforme  militaire,  etc. 

2.  Qu'il  me  soit  permis   d'alléguer  à  ce  sujet    les    chaleureuses  controverses 


78 

La  marine  de  guerre  est  née  de  la  marine  marchande  :  elle  a  dû 
suivre  celle-ci  pour  la  protéger.  En  commençant  ce  chapitre, 
nous  avons  jeté  un  coup  d'œil  sur  la  marine  militaire,  telle  qu'elle 
nous  apparaît  aux  premières  années  du  xv"  siècle.  Une  fois  que 
les  Anglais  se  furent  établis  en  maîtres  à  Paris,  Charles  VII  ne 
posséda  plus  qu'un  port  sur  l'Océan  :  celui  de  la  Rochelle.  La 
Guyenne  et  la  Normandie  commerçaient  avec  l'Angleterre,  les 
Pays-Bas,  la  Péninsule  espagnole,  etc.  La  Bretagne,  demi-fran- 
çaise, demi-anglaise,  était  neutre,  ou  mieux  inconstante.  Elle 
ouvrait  tantôt  ses  ports  aux  Ecossais  alliés  de  Charles  VII,  et 
tantôt  elle  s'unissait  étroitement  à  l'Angleterre.  Ainsi  la  France 
maritime  de  Charles  VII  était  bloquée  sur  le  littoral  atlantique, 
sauf  un  point  (La  Rochelle),  qui  paraît  avoir  en  effet  déployé 
pendant  cette  période,  une  énergie,  une  activité  remarquables. 
Le  Languedoc,  en  pareille  conjoncture,  devint  notre  région  mari- 
time. Parmi  les  provinces  qui  restaient  au  prince  Charles,  le 
Languedoc  était  une  de  celles  qui  souffrirent  le  moins  de  l'état 
général  du  royaume.  Elle  demeura  la  contrée  nourricière  de 
l'Etat.  Narbonne  et  Montpellier,  dont  les  ports  s'ouvraient  sur 
la  Méditerranée,  envoyaient  leurs  navires  -  trafiquer  dans  les 
divers  parages  de  cette  mer  intérieure  ^ . 

En  1427,  Charles  VII  avait  peu  de  forces  et  peu  d'alliances. 
Au  nombre  de  ces  dernières,  il  comptait  celle  du  duc  de  Savoie. 
La  même  mer  baignait  les  côtes  des  deux  pays  limitrophes  qui 
confinaient  à  Nice.  Trop  faible  pour  protéger  les  vaisseaux  mar- 
chands qui  naviguaient  dans  ces  eaux  sous  le  pavillon  français, 
le  roi  avait  dû  déférer  ce  protectorat  à  son  allié  le  duc  de  Savoie. 
Par  ses  lettres  du  16  septembre  1427,  Charles  VII  ordonne  à 
ses  sujets  qui  commercent  dans  les  mers  de  Savoie,  de  payer  à  ce 
titre,  2  O/q  au  duc,  sur  les  marchandises  qu'ils  tirent  de  Corse  et 
de  Sardaigne  pour  la  France.  Seront  exempts  de  ce  droit,  ajou- 


qui  se  sont  récemment  élevées  au  sein  de  l'Académie  touchant  les  lettres  de 
marque.  Voir  aussi  les  travaux  de  M.  Franck  sur  le  droit  des  gens  à  la  mer 
(Séances  et  travaux,  18G0-1). 

l.C.  Port,  Commerce  de  Narbonne,  1854,  in  8",  p.  125  à  133.  A.  Germain, 
Commerce  de  Montpellier,  1861,  in-8°,  t.  2,  p.  23  et  s,  Avignon  et  Marseille 
n'appartenaient  point  encore  à  la  France.  Un  reste  de  prospérité  commerciale 
subsistait  à  Aigues-Mortes.  Charles  Vil,  à  force  de  privilèges,  tenta  de  maintenir 
ce  reste  de  prospérité  dans  la  ville  créée  par  saint  Louis.  Voy.  E.  di  Pietro, 
Histoire  d' Aigues-Mortes,  1849,  in-8". 


79 

tait  le  mandement,  tous  les  objets  qui  sont  destinés  à  la  consom- 
mation du  roi  et  de  sa  cour  ^ . 

Divers  indices,  et  spécialement  la  franchise  spéciale  stipulée 
dans  l'acte  du  16  septembre,  nous  donnent  à  penser  que  le  roi  se 
procurait  ainsi,  gratuitement  ou  au  rabais,  et  comme  on  verra 
tout  à  l'heure,  par  entreprise,  les  objets  nécessaires  à  sa  consom- 
mation. Sur  le  continent  et  notamment  à  Paris,  la  cour  s'appro- 
visionnait de  diverses  marchandises  au  moyen  d'une  sorte  de  taxe 
féodale  perçue  par  le  grand  chambrier  sur  les  marchands.  Cette 
taxe  est  bien  connue  sous  le  nom  àe^irise.  De  même  aussi,  selon 
toute  apparence,  le  roi,  en  accordant  aux  armateurs  ses  lettres  de 
sûreté  ou  de  crédit,  stipulait  à  son  profit  quelque  droit  ou  avan- 
tage analogue. 

Nous  rapprocherons  de  cet  acte  un  autre  document  inédit.  Ce 
sont  des  lettres -patentes  délivrées  par  Charles  VII  en  1424,  à 
des  marchands  de  Bourges,  parmi  lesquels,  très-vraisemblable- 
ment, se  trouvait  Jacques  Cœur,  ou  du  moins  ses  patrons.  Les 
lettres  dont  je  parle  ont  été  conservées  sous  forme  de  protocole, 
avec  ce  titre:  Sûreté  pour  des  mm'-chœids.  Les  requérants, 
citoyens  de  Bourgqs,  exposent  que,  «  pour  entretenir  le  fait  de 
»  leur  marchandise,  et  mesmement,  dit  le  roi,  pour  fournir  nous 
»  et  nostre  très-chière  et  très-amée  compaigne  la  royne,  de 
»  plusieurs  vivres,  denrées  et  marchandises  pour  la  despense  de 
»  nous  et  de  nos  serviteurs,  ainsi  qu'ils  ont  entrepris,  leur 
»  convient  nécessairement  aller  et  envoyer  en  plusieurs  et 
»  diverses  parties  de  ce  royaume  et  dehors,  tant  par  mer  que 
»  par  terre;  mais,  pour  la  diversité  du  temps  et  les  dangiers  et 
»  périls  qui  sont  sur  les  chemins,...  ils  doutent  qu'aucun  arrest 
»  ou  empeschement  fust  fait  ou  donné  à  eulx,  etc.  ^  » 

Ce  double  emploi  de  négociant  et  de  fournisseur  du  roi  paraît 
avoir  été  la  source  où  Jacques  Cœur  puisa  le  commencement  de 
sa  fortune.  Un  fait  qui  ne  laisse  aucune  incertitude,  c'est  ce  cumul 

1.  Giofredo,  Storia  délie  Alpi  maritime,  dans  Historix  pairise  monimenta, 
Turin,  1839,  in-folio,  Sa-iptores,  Jpme  II,  colonne  1043.  Ces  lettres  sont  trans- 
crites dans  les  recueils  ci-après:  1°  Vc.  Colbert,  tome  IV,  folio  12;  2°  Ms.  fr. 
8,664,  2,  f"  59.  Elles  sont  suivies  des  confirmations  faites  par  Louis  XI  et  Fran- 
çois P'.  La  teneur  de  ces  pièces  parait  avoir  été  altérée,  notamment  en  ce  qui 
concerne  la  date  de  l'acte  primitif:  1426  au  lieu  de  1427.  Mais  les  confirmations 
postérieures  ne  laissent  aucun  doute  sur  leur  authenticité. 

2.  Ms.fr.  5024,  f-'Sl,  82. 


80 

OU  cette  double  attribution  à  une  époque  postérieure.  Ainsi,  en 
1444,  l'habitation  de  Jacques  Cœur  (qui  devint  bientôt  ce  magni- 
fique hôtel  encore  debout  aujourd'hui),  était  à  la  lois  le  magasin 
général  du  grand  armateur  et  le  garde-meuble  de  la  couronne. 
J'emploie,  à  défaut  de  mieux,  cet  équivalent  impropre.  En  effet, 
Jacques  Cœur,  argentier  du  roi,  avait  la  surintendance  de  ce  qui 
a  été  appelé  de  nos  jours  la  liste  civile  du  roi.  Mais  le  garde- 
meuble  royal  ne  renfermait  pas  alors,  comme  de  nos  jours,  le 
mobilier  actif  ou  réservé  du  prince.  L'argentier  du  xv"  siècle 
devait  y  entretenir,  en  nombre  et  en  provision,  toutes  sortes  de 
denrées  et  de  matières  premières  ou  de  matières  ouvrées  neuves; 
telles  que  toiles,  étoffes  de  France,  d'Italie,  du  Levant;  fourrures, 
joyaux,  etc.,  etc.  C'est  là  qu'il  puisait  constamment  et  au  clioix 
des  maîtres,  pour  fournir  aux  besoins  quotidiens  du  roi,  de  la  reine 
et  de  la  cour  ^ . 

Tel  était  l'état  de  faiblesse,  d'indigence,  où  se  trouvait  la  ma- 
rine commerciale  et  la  marine  militaire  de  la  France,  lorsque 
Jacques  Cœur  inaugura  sa  vaste  carrière.  On  sait  quel  essor  le 
génie  industriel  de  cet  homme  remarquable  sut  donner  à  ses 
entreprises.  Jacques  Cœur  couvrit  et  sillonna  de  ses  vaisseaux 
toutes  les  voies  ;  il  toucha  tous  les  ports  (jusqu'aux  extrémités  de 
l'Orient)  que  la  mer  centrale  du  monde  connu  offrait  alors  à  la 
navigation.  Sur  toutes  les  terres  riveraines  de  ces  eaux,  il  fît 
flotter,  il  fit  connaître  et  respecter,  tant  des  chrétiens  que  des 
barbaresques,  le  pavillon  de  Charles  VII.  On  n'ignore  pas  non 
plus  comment  se  termina  cette  carrière,  et  par  quel  acte  signalé 
d'ingratitude  furent  payés  les  services  qu'il  avait  rendus.  Cette 
seconde  tache  du  règne  de  Charles  VII  est  plus  noire  et  plus  cou- 
pable peut-être  que  le  sacrifice  '  de  la  Pucelle.  Car  Jacques 
Cœur  fut  immolé  par  Charles  VII,  dans  toute  l'indépendance  de 
son  libre  arbitre  et  dans  toute  la  maturité  d'une  puissante  intel- 
ligence. Les  observations  que  nous  venons  de  présenter  ne  sont 
point  faites  pour  excuser  un  tel  grief  ni  pour  l'amoindrir.  Mais 
elles  serviront  peut-être  à  éclairer  de  quelque  nouveau  jour  ce 
mystère  d'iniquité.  Après  l'exil  et  la  mort  de  Jacques  Cœur, 
Charles  VII  voulut  conserver  les  fruits  de  la  x^oule  aux  œufs 
d'or  qu'il  avait  indignement  sacrifiée.  Il  voulut  renouer  avec  les 
puissances  de  l'Orient  les  relations  politiques  'et  commerciales 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  S"  série,  t.  I,  \i.  309. 


que  le  grand  citoyen  de  Bourges  avait  si  heureusement  entrete- 
nues. Nous  avons  déjà  mentionné  ci-dessus  ^  les  actes  diploma- 
tiques promulgués  à  ce  sujet  par  la  chancellerie  du  roi  de  France. 
Dans  les  lettres  adressées  au  soudan  de  Babylone,  c'est-à-dire  au 
kalife  d'Egypte,  on  voit  figurer  nominativement  des  pilotes  ou 
facteurs  et  des  navires  qui  avaient  appartenu  à  Jacques  Cœur. 
Un  autre  de  ces  documents  (lettre  au  grand-maître  de  Rhodes) 
annonce,  de  la  part  du  prince,  l'intention  de  renouveler  annuel- 
lement la  campagne  maritime  de  l'extrême  levant.  Un  troisième 
acte  de  la  même  collection  désigne  enfin,  sans  le  nommer,  un 
surintendant  ou  commandant-général  de  la  marine.  ^<  Par  notre 
»  amé  et  féal  con-seiller,  maître  de  notre  hôtel  et  capitaine-géné- 
»  rai  de  nos  galèes  de  France,  nous  a  été  remontré,  etc.  » 
Ainsi  s'exprmie  Charles  VII  dans  les  lettres  de  crédit  destinées 
en  14.58  au  vice-roi  de  Sicile  2.  Nous  ignorons  au  surplus  quelle 
suite  fut  donnée  à  ces  projets.  Mais  dans  tous  les  cas,  et  en  ce 
qui  concerne  Charles  VII,  si  les  mesures  annoncées  furent  suivies 
de  quelque  réalisation,  la  mort  de  ce  prince,  survenue  en  1461, 
ne  tarda  point  à  interrompre  le  cours  de  ces  expéditions  nou- 
velles. 

Nous  croyons  avoir  réuni,  dans  l'étude  qui  précède,  les  prin- 
cipaux traits  de  la  réforme  militaire,  introduite  par  Charles  VII. 
Le  point  capital  de  cette  réforme  est  l'établissement  de  l'armée 
royale,  une  et  permanente.  Voilà  le  titre  saillant  par  lequel 
Charles  VII  et  son  règne  se  recommandent  au  jugement  de 
l'histoire.  Henri  Baude,  à  cet  égard,  résume  par  le  tableau  suivant 
l'état  de  choses  créé  par  ce  prince.  «  Le  roi,  dit-il,  avoit  1500 
lances  et  huit  mille  francs-archers;  les  capitaines,  vaillans  et 
sages,  routiers  et  expers  en  fait  de  guerre  et  non  jeunes  et  grands 
seigneurs...  Ils  vivoient  sans  aucune  piEerie ;  les  peuples  les  y 
vouloient  bien  et  les  aimoient,  et  faisoient  requestes  au  roy  de 
les  faire  loger  es  païs  où  ils  prenoient  leur  soulde,  à  ce  qu'ils  y 
despendissent  l'argent  qui  estoit  mis  sus  pour  leur  payements  » 

A  côté  de  ce  panégyrique,  il  coûvient  toutefois  de  placer  un 
témoignage  également  contemporain,  mais  bien  difi"érent.  Thomas 


1.  Page  60. 

2.  Ms.  VII  de  la  préfecture  de  Troyes  (Aube). 

3.  Dans  J.  Chartier,  t.  III,  p.  134,    135.  Voy.  aussi  Robert   Blondel,  Assertio 
Aormamix.  ms.  lat.  6,198,  f"  ÏO,  lib.  I.  cap.  xiv. 

6 


82 

Basin,  persécuté  par  Louis  XI,  était  son  adversaire  personnel. 
Il  écrivait  en  1480,  dans  les  états  de  Bourgogne,  ses  mémoires 
lumineux,  mais  qui  sentent  le  fiel  de  l'exil.  Celui  qu'on  pourrait 
appeler,  proportion  gardée,  le  Tacite  du  xv°  siècle,  comprit  avec 
une  hostile  sagacité  toute  l'importance  politique  de  ce  changement 
et  les  conséquences  qu'il  pouvait  entraîner  dans  l'ordre  civil. 
L'évêque  de  Lisieux  consacre  à  ce  sujet  six  chapitres  consécutifs 
de  son  ouvrage.  Après  avoir  raconté  les  faits,  il  les  apprécie  dans 
ces  termes,  que  nous  reproduirons  en  les  abrégeant. 

«  Telle  fut  cette  réforme,  dit-il,  réforme  non-seulement  utile, 
dans  le  principe,  mais  nécessaire.  Car  pour  la  force  armée, 
qu'importe  le  nombre  sans  l'ordre  et  la  discipline  !  Mais  une  fois 
le  salut  du  pays  assuré,  une  fois  les  Anglais  chassés  du  royaume, 
il  n'était  nul  besoin  de  conserver  à  l'état  permanent  la  nouvelle 
armée.  Dans  un  pareil  système,  la  tyrannie  seule  trouve  son 
compte.  Un  despote  (Louis  XI),  qui  méprisant  les  lois,  l'équité, 
ne  connaît  pour  règle  que  l'instinct  de  ses  passions  et  de  ses 
convoitises,  estime  un  tel  régime  fort  commode.  La  force  oppres- 
sive et  perpétuelle  qu'il  tient  en  main  lui  permet  d'étouffer 
aisément  toute  contradiction,  toute  généreuse  résistance.  Tail- 
labes  à  merci,  les  sujets  sont  soumis  à  des  impôts  illimités,  pour 
lesquels  leur  consentement  n'est  plus  demandé.  Veulent-ils 
résister,  la  milice  est  là.  Ils  ressemblent  à  des  esclaves,  aban- 
donnés corps  et  biens  à  la  discrétion  du  tyran.  Indépendamment 
des  impôts,  les  sujets  fournissent  eux-mêmes  leur  personne  et 
leur  sang  pour  composer  cette  soldatesque,  destinée  à  opprimer 
leurs  semblables.  Ils  payent  et  servent.  Avec  cette  méthode 
nouvelle,  c'en  est  fait  de  l'antique  liberté.  La  servitude  durera 
autant  que  durera  cette  organisation,  et  Dieu  sait  quel  sera  le 
terme  de  l'une  et  de  l'autre.  La  France  désormais,  ce  pays  jadis 
libre,  est  livrée  à  l'intimidation.  Mais  comme,  selon  la  belle 
parole  de  Cicéron,  nulla  vis  imjwrii  tanta  sit  quœ,  ^^remente 
metu,possit  esse  diiUûrna,  les  peuples  qui  subissent  de  telles 
épreuves  ne  manquent  pas  de  saisir  la  première  opportunité 
pour  secouer  le  joug  et  recouvrer  leurs  primitives  franchises,  etc., 
etc.^  » 

C'est  ainsi  qu'exhalait  ses  plaintes,  à  Utrecht,  il  y  a  près  de 
quatre  siècles,  un  pieux  et  honnête  prélat,  qui,  après  avoir  bien 

1.  Tome  I,  p.  170  à  181. 


83 

servi  le  royaume  sous  Charles  VII,  eut  le  malheur  de  rencontrer 
sur  son  chemin  le  redoutable  successeur  de  ce  prince  et  de 
déplaire  au  nouveau  maître.  Expiant  la  droiture  de  sa  conduite 
par  un  ostracisme  à  demi  imposé,  à  demi  volontaire.  Th.  Basin 
porta  le  témoignage  qu'on  vient  de  lire.  Il  est  juste  d'y  faire  la 
part  de  l'amertume  et  du  ressentiment. 

De  nos  jours,  un  écrivain  considérable  a  émis  sur  les  mêmes 
faits  un  jugement  analogue.  Le  traducteur  de  Herder  s'exprime 
comme  il  suit  dans  des  pages  récentes  qui  ont  été  légitimement 
remarquées  :  «  Cette  œuvre  {le  desjwtisme  de  la  monarchie) 
éclate  sous  Charles  V...  Il  établit  de  sa  propre  volonté  l'impôt 
permanent  et  ôte  ainsi  aux  états-généraux  leur  première  raison 
d'être.  Ils  n'ont  plus  de  sanction,  on  les  appelle,  on  les  renvoie 
au  gré  d'une  fantaisie  ;  cette  grande  institution  n'est  plus  qu'une 
ombre.  Avec  le  principe  du  consentement  national,  disparaît  en 
réalité  le  principe  de  la  souveraineté  nationale.  A  la  place  de  ces 
premiers  rudiments  d'institutions  populaires  apparaît  un  seul 
maître...  Charles  VI,  Charles  VII  marchent  à  grands  pas  dans 
cette  voie.  S'il  reste  par  hasard  un  vestige  de  garanties  politiques, 
ils  achèvent  de  les  anéantir  avec  les  milices  des  villes.  Le 
dernier  coup  porté  à  l'indépendance  des  communes,  c'est  l'éta- 
blissement de  l'armée  permanente  dans  la  main  exclusive  de  la 
royauté...^  » 

Ces  deux  témoignages  nous  ont  semblé  dignes  d'être  reproduits 
et  rapprochés  l'un  de  l'autre.  Mais  nous  ne  saurions  y  voir  l'exacte 
expression  de  la  vérité  historique.  Que  l'armée,  devenue  perma- 
nente, ait  pu,  entre  les  mains  de  la  monarchie,  servir  à  des 
desseins  d'ambition  ou  de  despotisme,  ce  n'est  pas  là  le  point 
qu'il  y  a  lieu  d'examiner.  Mais  quel  est  le  rouage  politique,  ou 
l'institution,  dont  l'homme  n'ait  abusé?  Le  fatal  emploi  d'un 
instrument  perfectionné  ne  saurait  rien  prouver  contre  la  valeur 
de  ce  perfectionnement.  Pour  conduire  à  une  saine  appréciation 
de  la  réforme  introduite  auxv®  siècle,  le  véritable  et  le  seul  terme 
de  comparaison  consiste  dans  l'état  antérieur  des  choses.  La  cri- 
tique de  réminent  controversiste  peut  donc  s'appliquer  à  la  conduite 
ultérieure  des  souverains,  mais  non  à  l'institution  fondée  ou  réor- 
ganisée par  Charles  VIL  Si  la  force  militaire  n'a  point  toujours 


1.  Edgard  Quinel,  Philosophie  de  Vhistoire  de  France;  publié  en  1855  dans 
la  Revue  des  Deux-Mondes  {Œuvres  complètes,  in-16,  1857,  t.  III,  p.  378-9). 


été  chez  nous  une  protectrice  respectueuse  de  la  liberté,  la  France 
du  moins  est  redevable  à  son  armée  nationale  et  permanente  d'un 
bien  plus  précieux  encore  que  la  liberté  elle-même...  Elle  lui 
doit  soii  indépendance. 

NOTE-APPENDICE    SUR    LA  REFORME   MILITAIRE. 

(Voyez  ci-dessus  page  77). 

Le  type  idéal  de  l'iiomme  d'armes,  tel  que  l'avait  conçu  le  moyen-Age  et  tel 
(|u"il  sul)sist:»il  Iraditionuellemenl,  nous  est  peint  dans  le  Jouvencel,  roman 
allégorique  et  militaire.  Cet  ouvrage  instructif,  énigmalique  et  peu  connu,  fut 
composé  vers  la  lin  du  règne  de  Charles  VU,  par  Jean  de  Bueil,  amiral  de 
France,  l'un  des  familiers  et  confidents  de  ce  prince,  disgracié  sous  Louis  XI.  Il 
signale,  comme  une  innovation  qui  s'éloigne  des  anciens  principes,  la  pratique 
de  faire  des  chevaliers  au  siège  des  villes  et  de  les  prendre  parmi  les  roturiers. 
La  chevalerie,  dit-il,  anciennement  se  conférait  aux  nobles  seuls,  et  en  rase 
campagne.  Il  ajoute  :  «  la  droite  vaillance  de  l'homme  est  de  combattre  en 
champ,  là  où  il  n'y  a  ne  baye,  ne  fossé  ne  fortilicacion  nulle  entre  deux.  »  (Ms. 
fr.  192,  f°  c.iiij.xx.vj).  Les  textes  du  xv°  siècle  nous  fournissent  un  exemple 
historique  bien  propre  à  frapper  l'imagination,  et  qui  figure  en  quelque  sorte  ce 
changement  dont  nous  venons  de  parler.  Toison  d'or,  historiograi)he  de  Philippe- 
le-Bon,  à  la  requête  d'un  bailli  de  ce  duc,  a  écrit  la  biographie  ou  chronique 
spéciale  du  fils  de  ce  bailli.  Elle  est  connue  .sous  le  nom  de  Chronique  de  La- 
lain,  à  cause  de  Jacques  ou  Jacquet  de  Lalain,  héros  de  cette  narration.  L'au- 
teur de  ce  charmant  récit  nous  représente  messire  Jacquet  comme  le  type  ac- 
compli de  la  chevalerie.  Puis,  au  terme  de  cette  carrière  remplie  ainsi  qu'une 
légende,  il  nous  montre  son  héros  mourant  à  la  lleur  de  l'âge,  brutalement  tué 
d'un  coup  de  canon,  par  des  bourgeois,  au  moment  oii  assiégeant  une  ville  en 
révolte,  il  visitait  quelque  taudis  de  mine.  — Voyez  dans  la  Biographie  Didot 
l'arlicle  Jacques  de  Lalain. 


CHAPITRE  IV. 
Rapports  de  l'Eglise  avec  F  Etat. 

Au  point  de  vue  historique,  le  sujet  dont  l'énoncé  précède 
pourrait,  si  l'on  veut,  se  décomposer  ainsi  :  1"  quel  est,  sous 
Charles  VII,  le  rôle  que  joua  l'Eglise  dans  les  affaires  de  l'Etat? 
2°  quelle  influence  ou  quelle  action  l'Etat  exerça-t-il  sur  l'Eglise? 
Des  faits  intéressants  correspondent  à  ces  diverses  questions. 

L'influence  royale  que  Charles  VII  exerça,  tant  sur  la  situa- 
tion générale  de  l'Eglise  que  sur  l'Eglise  gallicane,  occupe,  dans 
toutes  nos  histoires  de  France,  une  place  notoire  et  considérable. 


85 

Nous  y  reviendrons  à  notre  tour.  Mais  l'autre  point,  le  rôle  joué 
par  l'Eglise  au  milieu  des  événements  politiques  du  xv^  siècle, 
est  beaucoup  moins  connu.  Nous  avons  cru  devoir,  par  ce  motif, 
nous  y  arrêter  spécialement.  Suivant  l'ordre  de  nos  idées,  il 
convient  d'exposer  d'abord  ce  qui  a  trait  au  rôle  joué  par 
l'Eglise.  Nous  espérons  que  cette  partie  sera  jugée  la  plus  neuve 
du  présent  chapitre.  Mais  à  nos  propres  yeux  la  supériorité 
demeure  à  la  seconde  (action  de  l'Etat  sur  l'Eglise),  quant  à 
l'importance  historique.  Nous  terminerons  par  cette  dernière,  et 
nous  diviserons  ce  chapitre  en  deux  paragraphes  :  V  Du  râle 
historique  joué  par  le  clergé  sous  Chay^es  VII;  2"  Ra^yports 
de  Charles  VII  avec  V Eglise. 

§  I.  —  Du  rôle  historique  joué  par  le  clergé  sous 
Charles  VII. 

Il  existe  un  grand  et  beau  monument  consacré  à  l'histoire  de 
l'Eglise  de  France  au  moyen-àge.  Mes  lecteurs  ont  déjà  nommé 
le  Gallia  Christiana,  ouvrage  commencé  avec  une  quiétude  mo- 
nacale par  les  Bénédictins  et  que  poursuit,  de  nos  jours,  le  zèle 
bénédictin  d'un  savant  laïque.  Dans  cet  ouvrage,  décrété,  patroné 
et  subventionné  vers  1715,  parles  assemblées  générales  du  clergé 
de  France,  l'église  séculière,  et  c'est  justice,  occupe  la  place 
d'honneur  ^  Là  se  déroulent  avec  ordre  (et,  sauf  de  nombreuses 
exceptions,  avec  exactitude),  les  séries  des  archevêques,  évêques, 
doyens,  etc.,  ainsi  que  les  annales  abrégées,  mais  substantielles, 
de  leur  pontificat  ou  prélature,  le  tout  appuyé  de  bonnes  preuves 
et  cVinslrumeiits  authentiques. 

Mais  pour  le  clergé  régulier,  il  n'en  est  point  ainsi. 

Une  sorte  d'éclectisme  exclusif,  et  l'on  dirait  presque  aristocra- 
tique, y  préside.  Ici  la  famille  bénédictine,  avec  ses  nombreuses 
ramifications,  remplit,  non-seulement  la  place  d'honneur,  mais, 
à  ce  qu'il  semble,  toute  la  place.  On  y  chercherait  vainement, 
par  exemple,  l'histoire  et  peut-être  la  mention  des  Jésuites,  des 
Oratoriens  et  autres  ordres  rivaux  ou  modernes.  Le  Père  de 
Sainte-Marthe  et  ses  continuateurs  ont  enveloppé  dans  leur 
silence  dédaigneux  ou  systématique,  même  des  ordres  anciens, 
dont  la  splendeur  passée  aurait  pu  obtenir,  au  moins,  de  la  part 

1.  Voir  le  frontispice  gravé  du  1*^'  volume. 


86 

des  savants  annalistes,  une  indifiërente  et  facile  tolérance.  De 
même  que  les  auteurs  de  Y  Histoire  généalogique  (exactement 
fidèles  d'ailleurs  au  titre  de  leur  ouvrage  )  n'embrassent  dans 
leur  plan  que  les  familles  des  grands  officiers  de  la  couronne, 
de  même  aussi  le  Gallia  Christiana  n'a  ouvert  ses  colonnes 
qu'à  la  postérité  spirituelle  de  saint  Benoist. 

Cependant,  au  xV  siècle,  nous  remarquons  à  côté  des  Béné- 
dictins, quelle  que  fût  l'importance  d'un  a])bé  de  Saint-Denis  et 
de  tout  son  ordre,  nous  remarquons  des  moines  nombreux  et  qui, 
pour  porter  une  autre  robe,  méritent  aussi  leur  part  de  notre 
attention.  Tels  sont  spécialement  les  ordres  mendiants  ^  qui, 
après  avoir  brillé  au  moyen-âge  d'un  si  vif  éclat,  étaient  devenus, 
comme  on  voit,  du  temps  de  Louis  XIV  et  de  Louis  XV,  une  sorte 
de  plèbe  aux  yeux  de  leur  confrères  de  la  riche  et  docte  congréga- 
tion de  Saint  Maur. 

Ces  religieux  mendiants  n'ont  pas  eu  tous  leur  historiographe 
et  leur  Gallia  Christiana.  La  bibliographie  des  ermites  de  Saint 
Augustin,  du  moins  quant  à  la  France,  est  pour  ainsi  dire  nulle. 
L'histoire  des  Carmes  n'a  enfanté  chez  nous,  sous  la  plume  du 
P.  Mathias  de  Saint  Jean-  et  autres,  qu'un  volumineux  fatras 
de  vaines  et  vides  controverses.  Mais  les  Carmes  ont  trouvé  dans 
l'espagnol  Lezana^,  et  les  Mineurs  dans  l'irlandais  Waddiug'S 
des  annalistes  remarquables.  Enfin  la  monographie  des  Domini- 
cains, par  les  religieux  français  Ecliard  et  Quétif  ^,  est,  dans  son 
genre,  un  véritable  chef-d'œuvre.  Elle  ne  le  cède  en  rien  aux 


i.  Nous  devons  rappeler  ici  leurs  noms.  Au  xv""  siècle,  les  Qualre-Mendianls 
étaient:  1°  les  Augustins;  2°  les  Carmes;  3°  les  Dominicains,  frères  prêcheurs 
ou  Jacobins;  4°  les  Cordeliers,  mineurs  ou  franciscains. 

1.  Histoire  panégyrique  de  l'ordre  de  yotre-I)(nne-du-Moni-Carmel,  par 
Fr.  Mathias  de  Saint-Jean,  Paris,  1658,  in-folio.  Voir  pour  la  bibliographie 
française  des  Carmes,  etc.  le  catalogue  d'hisloire  monastique  donné  par  le  Père 
Hélyot  dans  le  tome  I  de  son  Histoire  des  ordres  religieux,  1714,  in-4°,  page 
XXXV. 

3.  Annales  sacri  propheiici  et  Eliani  ordinis  beaiissimœ  virginis  de  Monte 
Carmeli,  per  J.-B.  de  Lezana,  Matritensem,  etc.  Romae,  1645-1656;  4  vol.  in- 
f'.  On  peut  citer  également  la  Bibliolheca  carmelitana,  par  le  français  Côme  de 
Villiers,  Orléans,  1752,  2  vol.  in-f". 

4.  Waddingi  Annales  Minorum,  Rome,  1731,  17  vol.  in-f». 

5.  Scriptores  ordinis  Prœdicatorum,  Paris,  1719,  2  vol.  in  fo.  Cet  ouvrage  a 
effacé  les  suivants,  dont  le  cadre  toutefois  est  différent  :  Fontana,  Theatnim  Do- 
minicamun,  Rome,  [(i6Q,in-i'';  3Ionumenla  Dominicana,  1675,  in-f°. 


87 

plus  beaux  travaux  de  l'érudition  historique  des  temps  modernes. 

Nous  avons  emprunté  à  ces  livres  ce  qu'ils  ont  pu  nous  fournir. 
Mais  les  particularités  dont  nous  avions  été  le  plus  frappé,  avant 
de  consulter  ces  volumes,  s'observent,  mieux  que  partout  ailleurs, 
dans  les  chroniques  du  temps.  Ce  sont  des  faits  analytiques  qui 
valent  surtout,  par  leur  variété,  leur  connexité,  leur  réunion. 
C'est  pourquoi  ils  ont  échappé  fort  souvent  à  ces  annalistes, 
enfermés  les  uns  et  les  autres  dans  les  compartiments  spéciaux 
de  leurs  programmes.  Je  n'ai  point,  au  surplus,  à  combler  ici 
cette  lacune,  dont  j'ai  dû  en  passant  signaler  l'existence.  On 
n'attend  pas  de  moi  l'histoire  monastique  du  xv*^  siècle.  Mais 
l'Académie  agréera,  je  l'espère,  une  esquisse  tvacèe  ad  rem  dans 
une  vue  historique  et  politique. 

Au  temps  de  Charles  VII,  le  très-chrétien  roi  de  France  se 
trouvait  dans  des  rapports  d'une  étroite  intimité  vis-à-vis  du 
sacerdoce.  La  protection  des  églises,  l'éclatante  pratique  du 
culte  et  même  une  quasi  participation  au  ministère  sacré,  comp- 
taient en  premier  ordre  parmi  ses  attributions  et  ses  prérogatives. 
Charles  VII  était  chanoine-né  de  la  collégiale  de  Loches,  de 
l'insigne  chapitre  de  Saint  Martin,  des  cathédrales  du  Puy, 
d'Angers,  de  Poitiers;  il  était  abbé  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers, 
etc.,  etc.,  sanctuaires  les  plus  vénérés  de  France.  Ces  distinc- 
tions honorifiques,  le  prince  Charles  les  revendiqua  toujours  avec 
le  plus  grand  soin.  Il  déploya,  pour  en  recevoir  l'investiture  ou 
pour  en  faire  publiquement  l'inauguration,  autant  de  pompe  et 
de  sollicitude  qu'il  en  mit,  soit  à  faire  célébrer  son  sacre  royal, 
soit  à  se  saisir  de  l'exercice  du  pouvoir  le  plus  effectif.  Suggérée 
à  la  fois  par  la  politique,  par  la  tradition  et  par  divers  autres 
mobiles,  cette  conduite  servit  utilement  le  roi  dans  ses  desseins. 
Charles  VII,  en  général,  trouva  chez  le  clergé  secours  et 
sympathie. 

Mais  l'Eglise  de  France,  au  xv^  siècle,  était  très-divisée 
d'esprit  pour  ce  qui  concerne  les  affaires  de  l'Etat.  En  présence 
de  l'invasion  anglaise  et  de  l'usurpation  du  conquérant,  la 
question  morale  qui  se  posait  offrait  un  caractère  politique,  mais 
non  rehgieux.  Henri  V,  surnommé  par  les  historiens  anglais  le 
roi  des  prêtres,  manifestait  de  son  côté  une  piété  très-démons- 
trative. Il  avait  pour  les  clercs  mille  caresses  et  d'habiles 
ménagements.  Il  exerça  enfin  l'ascendant  toujours  et  partout  si 
puissant,  l'ascendant  du  succès,  du  vainqueur.  Je  ne  crois  point 


88 

calomnier  les  éveques  ou  prélats  du  xv''  siècle,  en  disant  que  la 
plupart,  dans  leurs  préférences  politiques,  obéirent  à  des  consi- 
dérations individuelles.  Un  grand  nombre  de  ces  personnages 
devaient  leur  siège  au  duc  de  Bourgogne.  Ils  se  firent  anglais 
avecPhilippe-le-Bon,  dans  le  même  entraînement,  peut-être  en 
nourrissant  in  pe^^o  les  mêmes  regrets  et  sous  les  mêmes 
réserves. 

Charles  VII,  a/près  sa  restauration  et  même  parfois  aupara- 
vant, obtint  sans  trop  de  peine  les  prières  et,  qui  plus  est,  le 
concours  politique  des  prélats.  Plenri  V  remporta  auprès  d'eux 
des  succès  analogues.  Mais  il  est  un  point  sur  lequel  les  deux 
compétiteurs  échouèrent  également  :  ce  fut  lorsque  l'un  et  l'autre 
demandèrent  au  clergé  de  l'argent.  Bien  que  mêlés,  surtout  dans 
les  villes,  à  tout  le  mouvement,  à  tous  les  honneurs  des  magis- 
tratures publiques,  les  gens  d'église  refusèrent  persévéramment 
(que  le  prince  fût  Valois  ou  Lancastre) ,  de  participer  sous  forme 
de  contribution  pécuniaire  aux  charges  de  l'Etat.  Cette  question, 
pour  les  ecclésiastiques,  était  une  question  d'honneur  et  d'intérêt 
tout  ensemble.  L'impôt,  la  taille,  au  moyen-àge,  correspondait 
à  l'idée  de  plèbe  et  de  sujétion.  Or  l'Eglise,  qui  disputait  à  la 
noblesse  le  premier  ordre  dans  la  hiérarchie  civile,  ne  voulait 
point  descendre,  en  payant  l'impôt,  au  rang  du  /ze;'5-état  ^ 

Telles  furent,  dans  son  ensemble,  et  spécialement  aux  temps 
d'épreuves,  l'attitude  et  la  conduite  du  clergé  séculier. 

Quant  au  clergé  régulier,  si  nombreux  après  les  prêtres  et  si 
influent,  il  faut,  je  crois,  distinguer  d'abord  les  ov&ve&riches  et  les 
ordres  pauvres.  Ainsi  les  Bénédictins,  avec  leurs  vastes  posses- 
sions territoriales  et  leurs  revenus  multipliés,  doivent  être  rangés 
dans  la  première  catégorie.  L'abbé  de  Saint-Denis-en-France 
était  du  parti  national,  ou  mieux  du  parti  Armagnac-.  La  politique, 
sous  Charles  VI,  avait  pénétré  dans  les  cloîtres,  à  la  suite  des 


1.  Voyez  notamment  la  réponse  délibérée  par  les  prélats  de  l'archevêché  de 
Sens  convoqués  à  Paris  en  concile  i)rovincial;  réponse  adressée  au  duc  de  Bed- 
ford,  le  18  octobre  1428.  Concilia  de  Ilardouin,  t.  VIII,  col.  1035  et  s.  Cf. 
Monslrelet,  d'Arcq,  t.  IV,  p.  297,  et  VHistoire  de  l'Église  gallicane,  1827,  in-8", 
I.  20,  p.  164  et  s. 

2.  Le  28  avril  1418,  le  roi  accorde  à  l'abbé  de  Saint-Denis  la  boucherie  de 
Beauvais,  à  Paris,  pour  indemnité  de  vingt  mille  livres  fournies  au  roi  par 
l'abbaye,  pour  être  employées  dans  sa  guerre  contre  les  Anglais  (K  n°  69,  pièce 
19). 


89 


discordes  civiles.  Elle  avait  partagé  les  religieux  habitants  du  royal 
monastère.  Cependant,  la  cause  des  Valois,  à  laquelle  cette  illustre 
abbaye  se  rattachait  par  tant  de  liens,  y  demeura,  je  crois, 
constamment  ou  presque  constamment  prépondérante.  Au  siège 
de  Meaux,  en  1421,  Phihppe  de  Gamaches,  religieux  de  Saint- 
Denis  et  plusieurs  de  ses  confrères,  revêtirent  le  haubert  sur  la 
robe  noire  de  saint  Benoit  et  combattirent  vaillamment  contre 
les  Anglais.  On  pourrait  alléguer  plusieurs  faits  analogues. 
Cependant,  lorsqu'en  1417  Henri  V,  à  peine  débarqué,  vint 
assiéger  Caen,  les  Bénédictins  de  Saint-Étienne  se  soumirent 
avec  un  servile  empressement  à  l'envahisseur.  Les  possessions 
territoriales  de  cette  abbaye,  effectivement,  étaient  situées  en 
Angleterre  et  en  Normandie.  Henri  V,  d'ailleurs,  ne  descendait- 
il  pas  de  la  race  de  Rou  et  des  anciens  ducs  de  la  province?  Or, 
dans  l'esprit  d'un  bénédictin  de  Saint-Étienne,  au  _xv°  siècle,  la 
patrie  n'était  autre  que  le  lieu  de  naissance,  l'Éghse  passait 
avant  la  Normandie,  et  la  Normandie  avant  la  France. 

Un  tableau  remarquable  et  tout  différent  s'offre  à  l'historien 
lorsqu'il  observe  la  conduite  des  ordres  pauvres. 

Au  premier  rang  de  cette  division,  se  placent  naturellement 
lesrehgieux  mendiants.  Non  pas  que  cette  pauvreté  ait  été,  pour 
les  ordres  mêmes,  complètement  conforme  à  la  théorie  de  leur 
règle.  Ainsi,  par  exemple,  les  Jacobins  de  Paris  ont  possédé 
depuis  saint  Louis,  fondateur  de  leur  premier  couvent,  jusqu'à 
la  Révolution  française,  des  immeubles  et  des  revenus  assez 
considérables  ^ .  Mais  cette  règle  paraît  avoir  été  une  vérité  pour 
les  membres  de  ces  mêmes  familles  monacales.  Ceux-ci,  pour  la 
plupart,  individuellement,  n'avaient  rien  en  propre  et  souvent  ne 
couchaient  même  pas  sous  l'abri  conventuel-. 

On  voyait  ces  religieux  partout  et  sur  tous  les  chemins.  Prolé- 
taires du  monachisme,  ils  nous  représentent  aussi  les  chevaliers 


1.  Voir  aux  archives  nationales  l'inventaire  de  ces  biens  en  plusieurs  vo- 
lumes in-f°. 

1.  A  côté  de  cet  état  général,  on  peut  citer  aussi  des  faits  particuliers  et  dictincls. 
Ainsi,  le  fameux  Jean  Petit  habitait  à  Paris  un  logis  personnel,  sis  au  collège 
des  Trésoriers  près  la  Sorboime,  et  s'y  faisait  servir  par  un  clerc  ou  disciple. 
Jean  Petit  mourut  riche  des  libéralités  que  lui  avait  prodiguées  le  duc  de  Bour- 
gogne; A  sa  mort,  ses  biens,  comme  ceux  d'un  laïque,  passèrent  non  pas  à  son 
ordre,  mais  à  ses  proches  ou  héritiers  du  sang  (Quétif,  Scriptores  ordinis  Prœ- 
dicatonim,  1. 1,  p.  754). 


90 


errants  de  la  foi.  Ces  frères  prêcheurs,  sans  nation,  sans  patrie, 
planaient  réellement,  du  moins  en  la  personne  de  quelques 
individualités  illustres,  sur  les  patries  et  les  nations.  Leur  apos- 
tolat était  essentiellement  universel,  cosmopolite,  populaire. 
Nous  voyons  survivre  et  briller  en  eux  l'esprit  évangêlique, 
le  détachement  de  la  terre  apphqué  à  la  fraternité  humaine; 
une  dernière  lueur  de  l'idéal  chrétien  du  moyen-àge,  en  ce  qu'il 
eut  de  plus  grand  et  de  plus  élevé. 

Connus  et  aimés  du  peuple,  dont  ils  partageaient  les  allures, 
le  langage,  les  sympathies,  les  souffrances,  ils  avaient  dans  le 
palais  et  dans  la  chaumière  un  égal  accès.  Au  tribunal  de  la 
pénitence,  ils  entendaient  la  confession  du  prince  et  du  laboureur. 
Ils  accompagnaient  les  patients  jusque  sous  la  hache  et  sur  la 

roue  ^ . 

Les  uns,  gardiens  sévères  de  l'orthodoxie,  depuis  saint  Domi- 
nique ,  cultivaient  la  théologie  et  les  lettres.  Leurs  écoles 
intérieures  rivalisaient  avec  les  facultés  les  plus  célèbres.  Leurs 
écrivains  étaient  les  lumières  du  siècle.  Dans  les  Dominicains  et 
les  Franciscains,  les  ambassades  lointaines  envoyées  par  les 
puissances  de  l'Europe,  du  xiif  au  xv''  siècle ,  trouvèrent  des 
drogmans,  et  la  chrétienté  d'intrépides  éclaireurs.  Ils  furent  nos 
premiers  hellénistes  et  orientalistes-. 

Les  autres  se  mêlaient  par  des  services  actifs  aux  réalités  les 
plus  positives  du  monde  et  de  la  vie.  «  Que  les  quarteniers,  en 
cas  d'incendie,  préviennent  les  ordres  mendiants  de  la  ville  qu'ils 
soient  prests  d'aller  au  feu.  »  Ainsi  s'exprime  un  règlement  de 
police  pour  Chàlons-sur-Marne,  en  date  du  11  août  1418.  En 

1431,  ils  remplissaient  le  même  office  à  Troyes,  et  probablement 
dans  beaucoup  d'autres  places.  Aussi,  pendant  le  rude  hiver  de 

1432,  les  Jacobins  de  Troyes  manquant  de  blé  furent   nourris 
aux  frais  de  la  viUe^. 

Il  y  avait,  après  les  mendiants,  les  ermites.  C'étaient  des 
hommes  pieux,  qui  tantôt  obéissaient  à  une  vocation  ou  à  leur 
idée  personnelle,  et  tantôt  sortaient  des  rangs  monastiques.  Dans 
l'un  et  l'autre  cas,  ils  s'affranchissaient  de  la  règle  de  la  vie  collec- 


l.  On  aUribue  à  Jean  Petit  l'institution   légale  des   confesseurs  donnés  aux 
suppliciés. 
Z  Histoire  de  l'instruction  publique,  p.  248,  etc. 
3.  Barthélémy,  p.  329.  Boutiot,  p.  33  et  51. 


9^ 

tive,  caractère  spécial  du  monachisme  occidental,  et  retournaient, 
sinon  à  l'oisiveté,  du  moins  à  l'isolement  primitif  de  l'Orient. 
Ils  se  singularisaient  alors  par  leurs  vertus  mystiques  et  leur 
sainteté.  On  pourrait,  en  cherchant  bien,  signaler  une  suite  conti- 
nue de  célèbres  ermites,  qui  jouèrent  un  rôle  sur  la  scène  politique 
en  France,  depuis  Pierre  l'Ermite,  le  fameux  prédicateur  de  la  pre- 
mière croisade.  Sans  remonter  au-delà  du  xit*^  siècle,  nous  rappel- 
lerons Robert,  l'ermite  qui,  au  rapport  de  Froissart,  florissait  en 
1380  et  ne  quittait  pas  le  duc  de  Glocester.  En  1396,  le  duc  d'Or- 
léans fait  payer  40  francs  à  frère  Guillaume  Pierre,  ermite  du  duc 
de  Berry,  pour  aller  en  Turquie,  après  la  bataille  de  Nicopolis, 
s'enquéi'ir  du  comte  de  Nevers  ^ . 

L'espagnol  saint  Vincent  Ferrier  appartenait  à  l'ordre  des 
frères  Mineurs.  Ce  conseiller  des  papes  et  des  conciles,  l'oracle 
de  son  siècle,  passa  en  dernier  lieu  les  monts  pour  venir  évangé- 
liser  nos  contrées.  Le  saint  s'était  ému,  comme  la  chrétienté,  de 
la  guerre  impie  qui  divisait,  depuis  cent  ans,  les  rois  de  France 
et  d'Angleterre.  Il  alla  trouver  Henri  V,  lui  représenta  l'injustice 
de  sa  cause,  et,  nouveau  Léon,  il  essaya  de  faire  reculer  ou 
d'adoucir  le  conquérant.  Henri  V,  avec  sa  fausse  piété,  ferma 
son  cœur  et  son  oreille.  Vincent  éconduit,  brisé  par  l'âge  et  par 
ses  nobles  travaux,  revint  de  Rouen  mourir,  en  1419,  à  Vannes. 
Ce  fut  une  digne  princesse  de  France,  Jeanne,  sœur  de  Charles 
VII  et  duchesse  de  Bretagne,  qui,  de  ses  pieuses  mains,  lui  ferma 
les  yeux'. 

Deux  ans  à  peine  s'étaient  écoulés  lorsque  Henri  V,  poursui- 
vant son  aggression  armée  et  jusque-là  triomphant,  vit  arriver 
auprès  de  lui  un  ermite.  Celui-ci,  nommé  Jean  de  Gand,  paraît 
avoir  été  un  gentilhomme,  qui,  d'abord  moine  à  Saint-Claude  dans 
le  Jura,  embrassa  la  vie  solitaire^.  Il  visita  successivement 
Charles  VII  et  Henri  V,  pour  les  réconcilier.  Introduit  auprès 
du  roi  anglais,  en  1421,  Jean  de  Gand  se  déclara  disciple  ou 
mandataire  de  saintVincent,  et  trouva  de  nouveau  le  roi  insensible. 
L'ermite  alors  lui  annonça  qu'avant  un  an,  son  règne  usurpé 

1.  Kervyn  de  LeUenhove,  Etudes  sur  Froissart,  t.  I,  p.  266  et  s.;  t.  II,  p.  121 
note  5.  Catalogue  Joursanvault,  t.  I,  pages  59,  60,  n°  424.  En  1398,  autre  mis- 
sion politique  de  Robert  l'Ermite:  Amplissima   collectio,    1733,  t.   VII,  p.  591. 

2.  D.  Morice,  t.  I,  p.  469,  etc. 

3.  Autre  gentilhomme,  ermite  après  la  bataille  de  Verneuil  (1424).  Histoirede 
Charles  VII,  t.  I,  p.  419. 


92 

finirait  avec  ses  jours  et  que  sa  race  demeurerait  stérile.  Henri  V 
mourut  le  31  août  1422,  et  son  fils  Henri  VI,  expulsé  de  France, 
périt  de  mort  tragique  après  avoir  perdu  son  propre  trône  ^ 

En  1423,  les  Carmes  de  Reims  étaient  suspects  de  soutenir  le 
parti  du  Dawpliin.  Guillaume  Prieuse,  supérieur  du  couvent, 
fut  cité,  malgré  l'immunité  de  sa  robe,  à  la  barre  d'un  tribunal 
politique,  présidé  par  le  commissaire  anglais  P.  Cauchon.  Le 
carme  se  défendit  hautement  et  protesta  que  jamais  l'Anglais 
ne  régulerait  en  France-. 

Frère  Etienne  Chariot,  cordelier,  en  1424,  habitait  le  couvent 
de  Bem'rai-lès-Autun,  sur  la  terre  bourguignonne.  Natif  de 
Bourbonnais,  toutefois,  il  avait  embrassé  le  parti  du  roi  Charles. 
A  travers  mille  périls,  il  parcourut  comme  émissaire  du  roi  les 
états  de  Philippe-le-Bon  et  entretint  des  intelligences  actives 
entre  Charles  A'il  et  sa  sœur  naturelle,  Odette  de  Champdivers^. 

On  voit  à  chaque  page,  dans  l'histoire  du  xv'^  siècle,  les  reli- 
gieux mendiants  s'employer,  pour  la  cause  de  la  France,  à  de 
semblables  messages.  En  1428,  Charles  VII  avait  donné  pour 
chapelain  à  son  jeune  fils  le  dauphin  Louis,  Pierre  Harenthal,  de 
l'ordre  de  Saint- Augustin.  La  Pucelle,  au  mois  d'avril  1430, 
s'affranchit  soudainement  de  l'inertie  et  de  la  captivité  dans 
lesquelles  on  la  retenait  à  la  cour  ;  elle  accourut  sous  les  murs  de 
Paris  :  une  nouvelle  conspiration,  tramée  par  ses  amis,  venait 
d'y  éclater;  l'âme  ou  l'agent  principal  de  ce  mouvement,  qui 
avait  pour  but  de  secouer  le  joug  anglais,  était  un  carme,  nommé 
Pierre  Dallée^. 

Jeanne  la  Pucelle,  toute  jeune,  àNeuchâteau,  s'était  confessée 
à  des  rehgieux  mendiants.  Elle  eut  pour  aumônier,  dès  son  arrivée 
auprès  du  roi,  un  Augustin  très-renommé  dans  le  pays,  frère 
Pasquerel.  Le  fameux  Richard,  cordelier,  fut  son  confesseur.  Ce 
Richard,  qui  renoue  la  chaîne  des  personnages  mystérieux  ci- 
dessus  mentionnés ,  avait  eu  pour  maîtres ,  en  Italie  ,  saint 
Vincent  Ferrier  et  saint  Bernard  ou  Bernardin  de  Sienne.  On 

1.  Chronique  de  Chaslelain,  à  la  date,  etc. 

2.  «  Dict  oultre  le  dit  Prieuse  que  oncques  anglois  ne  fui  roy  de  France, 
ne  encores  ne  seroit  jà  (Varin,  Archives  de  Reims,  Impartie,  2=  volume,  p.  113, 
114). 

3.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  4=  série,  1.  V,  p.  176  et  suiv. 

4.  Ms.  Fontanieu,  n»  115,  à  la  dale  du  22  avril  1428-,  Journal  de  Paris,  édit. 
du  Panthéon,  p.  G84.  Stevenson,  Wars  of  Henri  VI,  p.  34,  38,  etc. 


93 

sait  le  rôle   important   qu'il  joua   parmi  nous    aux  côtés    de 
l'héroïne  ^ 

Bientôt  le  procès  de  Rouen  s'ouvrit  et  le  juge  de  l'inquisition, 
le  dominicain  Jean  Lemaître ,  vint  s'asseoir  à  côté  de^  Pierre 
Cauchon.  Pour  avoir  pris  part  à  la  sentence  d'iniquité,  Jean 
Lemaître  partage,  avec  l'évêque  de  Beauvais,  la  flétrissure  de 
l'histoire.  Mais  on  ignore  à  quel  prix  et  par  quels  machiavéliques 
travaux  l'amhitieux  prélat,  vendu  aux  Anglais,  sut  extorquer 
l'assistance  de  Jean  Lemaître.  Après  l'illustre  victime  et  à  ses 
côtés,  le  dominicain  succomba  dans  ce  procès.  Contraint  et  forcé, 
il  prononça  la  mort  du  juste  et  n'eut  le  courage  ni  de  fuir  son 
siège  déjuge,  ni  de  le  déchner.  Mais  l'arrêt  de  Jeanne  fut  aussi 
le  sien.  Éperdu  après  le  sang  versé,  il  disparut,  lui  aussi,  du 
monde  des  vivants.  Il  enfouit  dans  le  mystère  de  la  honte  ses 
remords  et  son  désespoir. 

Ce  courage,  que  n'avait  pas  eu  le  prieur  des  Jacobins  de  Rouen, 
manqua  également  à  ses  rehgieux.  Il  manqua  aux  mendiants 
(triés  par  Bedford),  assesseurs  du  procès.  Toutefois  il  est  juste  de 
dire  que,  parmi  ces  juges  serviles  ou  pervers,  les  rehgieux  se 
distinguèrent  de  la  plupart  des  séculiers  par  une  injustice  plus 
décente,  une  haine  moins  acharnée.  Plusieurs  même,  à  diverses 
reprises,  osèrent,  comme  subrepticement,  témoigner  en  faveur  de 
la  prévenue  quelques  marques  de  sympathie.  Ainsi  ce  furent 
l'inquisition  et  les  dominicains  qui  épargnèrent  à  Jeanne  la 
torture.  Frère  Isambard  de  la  Pierre  adoucit  ses  derniers  instants. 
Ce  fut  lui  qui  fit  briller  devant  ses  regards  moribonds,  la  croix 
sainte,  au  milieu  des  flammes.  Un  dominicain,  Jean  Bréhal,  au 
risque  de  déjuger  son  ordre,  prit  en  1456  l'initiative  du  procès 
de  réhabihtation.    Qu'on  lise  enfin,  dans  le  docte  annahste  de 
l'ordre,  l'article  de  Jean  Lemaître.  A  trois  siècles  de  distance,  on 
y  retrouvera  le  juste  sentiment   et  comme  un  retentissement 
particulier  de  la  honte  et  des  regrets  que  cet  arrêt  avait  perpétués, 
de  génération  en  génération,  parmi  les  enfants  de  saint  Domi- 
nique^. 

Jeanne   une  fois  morte,   les  Jacobins  de  Troyes,  hôtes  et 
admirateurs  de  Jean  de  Gand,  firent  de  leur  couvent  une  pépinière 

1.  Procès,  t.  I,  p.  51.  Revue  archéologique,  1861,  p.  380  et  s. 

2.  Scriptores,  p.  782.  Voyez  aussi  les  articles  de  Graverand,  de  Jean  Petit  et 
J.  Pollet  (ibid.) 


94 

de  prédicateurs  royalistes.  Il  en  fut  de  même  à  Lyon,  où  Gerson, 
dès  1418,  s'était  choisi  un  asile.  Ces  apôtres  delà  cause  française 
allèrent  confesser  leur  foi,  propager  la  sympathie  nationale 
jusque  sur  les  états  de  Philippe  de  Ijourgogne.  En  1432,  le  haut 
clergé  de  Chartres  était  anglo-bourguignon  :  il  avait  introduit 
Henri  V  dans  cette  ville  épiscopale;  ce  fut  au  signal  d'un  jacobin 
que  la  ville  rouvrit  ses  murs  au  roi  Charles  ^ . 

En  1435,  après  le  traité  d'Arras,  les  cardinaux  qui  siégaient 
au  congrès  choisirent,  pour  ambassadeur  à  Londres,  un  religieux 
mendiant.  Ce  moine  eut  mission  de  notifier  au  gouvernement  de 
Henri  VI  l'acte  de  réconciliation  signé  entre  Philippe-le-Bon  et 
Charles  VII  ;  acte  qui  assurait  l'affranchissement  définitif  de  la 
France'^. 

Nous  pourrions  suivre  au-delà  de  ce  terme  la  série  de  faits 
analogues.  D'année  en  année,  d'événements  en  événements,  on 
voit  se  reproduire  cette  immixtion  ardente  et  spontanée  des 
moines  populaires  dans  les  affaires  publiques.  Les  apparitions 
intermittentes  de  saints,  d'ermites,  prophètes  ou  thaumaturges, 
se  continuèrent  sous  le  règne  de  Charles  VII,  jusqu'à  sa  mort, 
et  sous  les  successeurs  de  ce  roi,  jusqu'à  la  fin  du  xv"  siècle. 

Pour  nous,  à  partir  de  la  complète  expulsion  des  Anglais,  ces 
particularités  de  l'histoire  cénobitique  n'offrent  plus  le  même 
intérêt.  Nous  n'avons  point  du  reste  entendu  tracer,  dans  les 
lignes  précédentes,  un  panégyrique  du  monachisme,  ni  même 
des  religieux  mendiants  au  xv®  siècle.  Ces  ordres,  selon  nous, 
comme  d'autres  institutions  nées  du  moyen-âge,  avaient  atteint 
dès  lors  leur  période  de  décadence  et  de  déclin.  Les  faits  mêmes 
dont  nous  avons  parlé  offrent  çà  et  là  quelques  signes  de  cet  état 
voisin  de  la  désorganisation.  La  conduite  de  ces  personnages, 
même  les  plus  élevés  par  leur  caractère  moral,  fut  plus  d'une  fois 
marquée  au  coin  de  la  licence  ou  de  l'excentricité. 

En  1413,  à  l'époque  des  chaperons  blancs  et  des  cabochiens,  le 
carme  Eustache  de  Pavilly  figurait  parmi  les  meneurs  politiques 
les  plus  influents.  11  réunit  en  conseil,  dans  sa  chambre,  au  cou- 
vent des  carmes  de  la  place  Maubert,  les  principaux  personnages 


1.  Boutiot,  Guerre  des  Anglais,  p.  56  et  passim.  Lépinois,  Histoire  de  Char- 
tres (voy.  Sarrazin  à  la  table).  Fontana,  Monumenta  Dominicana.  p.  326.  Cf. 
Bullarium  Dominicamun,  t.  III,  p.  8. 

2.  Monslrelet,  d'Arcq,  t.  V,  p.  190  et  s. 


95 

delà  ville  pour  délibérer  sur  les  affaires  présentes.  Au  rapport 
d'un  historien  qui  fit  partie  de  ces  réunions.,  «  ils  s'enquirent 
quelles  personnes  dévotes  et  menant  vie  contemplative  y  avoit  à 
Paris,  et  trouvèrent  des  religieux  et  autres  et  aussi  des  femmes.» 
Les  visions  de  ces  personnes  furent  ensuite  rapportées  au  con- 
seil ^ . 

Saint  Vincent  Ferrier,  saint  Bernardin  de  Sienne  et  Mainfroi 
deVerceil,  franciscains  et  dominicains,  annoncèrent  l'avènement 
de  l'Antéchrist,  né,  disaient-ils,  vers  1403.  Sa  monarchie  devait 
durer  trois  ans  et  demi.  Après  sa  mort,  le  monde  subsisterait 
encore  quarante-cinq  jours,  puis  viendrait  le  jugement  dernier. 
Ces  docteurs  propagèrent  ainsi  un  culte  nouveau  du  nom  de  Jésus. 
Des  milliers  d'adeptes  se  groupèrent  en  Italie  à  l'appel  des  nova- 
teurs. Le  pape  Martin  V  intervint  pour  dissoudre  ces  assemblées 
qui  troublaient  l'État  et  l'Eglise  -. 

Le cordeher  Richard,  confesseur  de  la  Pucelle,  était,  comme  on 
l'a  dit,  au  nombre  de  ces  adeptes.  Il  vint  en  France  prêcher  la 
venue  de  l'Antéchrist,  le  nom  de  Jésus,  etc.  Il  réunit  d'abord  à 
Troyes,  puis  à  Paris,  un  immense  concours  d'auditeurs  sympa- 
thiques. Mais  la  police  de  Bedford  l'accusa  de  se  montrer  «  trop 
favorable  et  estre  de  la  partie  des  François.  »  Frère  Richard  fut 
décrété  d'arrestation.  En  même  temps,  la  Sorbonne  et  l'inquisition 
le  citaient  comme  hérétique  et  le  menaçaient  de  rigoureuses 
poursuites.  Richard  s'enfuit  subitement  pendant  la  nuit  du  30 
avril  au  l"''  mai  1429  et  vint  rej-oindre  la  Pucelle  à  Orléans  ^. 

Ces  prédicateurs,  en  effet,  dans  leur  abnégation  des  biens  de 
ce  monde,  ne  laissaient  aucune  prise  ni  à  l'intimidation  ni  même 
à  la  discipline.  Nul  sommet  si  élevé  où  ne  s'attaquât  leur  parole 
hardie!  En  1405,  Jacques  Legrand,  augustin,  osa  censurer  face 
à  face  Isabeau  de  Bavière.  Il  lui  reprocha  le  désordre  de  ses 
mœurs,  en  présence  de  toute  la  cour  et  du  roi,  qui  soutint  de  sa 
haute  protection  le  prêcheur.  Eustache  de  Pavilly,  à  son  tour, 
apostropha  et  reprit  publiquement  le  duc  de  Guyenne,  en  1413, 


1.  Ursins,  dans  Godefroy,  Charles  VI,  p.  251  et  s. 

2.  Wadding,  Annales  Minonim,  1642,  t.  V,  p.  183.  Fontana,  Monumenta  do- 
minicana,  p  307,  etc.  Mainfroi  de  Verceil  devait  être  pape  et  montrer  l'Anté- 
christ à  ses  disciples.  Il  mourut,  sous  Eugène  IV,  sans  avoir  accompli  cette 
double  prophétie  (Chronique  Antonine,  ms.  fr.  1371,  f"  ccl). 

3.  Monstrelet.  d'Arcq,  IV,  335.  Revue  archéologique,  1861,  p.  430  et  s. 


96 

devant  la  reine  sa  mère  '.  A  cette  époque  aussi  vivait  Thomas 
Couette,  personnage  le  plus  remarquable  et  l'un  des  plus  mys- 
térieux ou  des  moins  exactement  connus,  parmi  ceux  qui  nous 
occupent  en  ce  moment. 

Thomas  Couette  était  natif  de  Rennes  et  fit  profession  au  cou- 
vent des  Carmes  de  cette  ville,  où  il  devint  «  un  sçavant  et 
éloquent  homme ^.  »  Dès  l'an  1424.  suivant  un  historien  des 
ordres  monastiques,  il  réforma  dans  le  midi  plusieui's  couvents 
de  son  ordre  qui  s'étaient  ouverts  au  l'elàchement  de  la  discipline'^ . 

En  1428,  «  ayant  acquis  par  son  bien  dire  autant  de  réputation 
que  nul  autre  de  son  siècle,  »  il  parcourut  les  Flandres,  la 
Picardie  et  les  provinces  limitrophes  qui  obéissaient  au  duc  de 
Bourgogne.  Fr.  Thomas  dirigeait  surtout  ses  diatribes  et  ses 
invectives  contre  les  hennins,  hautes  et  pompeuses  coiffures  qui 
étaient  alors  de  mode  parmi  les  dames.  Le  carme  breton  ameutait 
autour  des  délinquantes  les  petits  enfants  qui  poursuivaient  celles- 
ci  du  cri:  au  hennin!  au  hennin!  et  les  contraignaient  de  la 
sorte  à  quitter  (momentanément)  les  atours  censurés.  Thomas 
Couette  reprenait  de  même  publiquement  les  prêtres  ou  moines 
scandaleux  et  concubinaires.  Il  accomplit  ainsi  sa  mission,  dit 
Monstrelet,  «  à  la  très  louange  et  amour  du  menu  peuple,  et,  au 
contraire,  à  Tindignation  de  plusieurs  gens  d'éghse'^.  » 

Thomas  Couette,  prêchant  dans  la  cathédrale  d'Arras,  se 
faisait  attacher  à  la  voûte  par  des  cordes  afin  de  dominer  tout 
son  auditoire.  Bientôt  les  vastes  nefs  des  cathédrales  ne  suffirent 
plus  à  contenir  les  flots  pressés  des  assistants.  Nobles  et  bourgeois 
rivalisaient  d'attention,  d'empressement,  de  libéralité,  pour  héber- 
ger le  prédicateur  et  pour  l'entendre.  Ils  élevaient  sur  les  places 
publiques  des  échafauds  de  bois  ou  théâtres,  richement  tapissés 
et  ornés.  Thomas  Couette,  suivi  de  ses  clercs  et  disciples,  y  disait 
la  messe,  puis  ses  sermons.  Suivant  Monstrelet,  le  carme  breton 
réunit  autour  de  lui  jusqu'à  vingt  mille  auditeurs  ^. 

En  1432,  Thomas  Couette  quitta  de  nouveau  son  couvent  de 


1.  Religieux  de  Saint-Denis,  in-4°,  l.  3,  p.  2G9  et  s.;  t.  V,  p.  31. 

2.  D'Argenlré,  Hisioire  de  Bretagne,  1618,  in-f-',  p.  787. 

3.  Le  P.  Hélyot,  Histoire  des  ordres  monastiques,  1714,  in-4°,  t.  I,  p.  330. 

4.  D'Argentré,  ibid.  Monslrelel,  dArcq,  t.  IV,  p.  306. 

5.  Hélyot.  Ibid.  Louandre,  Histoire  d'Abbeville,  t.  I,  p.  290.  Thomas  Basin, 
en  ce  qui  concerne  le  cordelier  Richard,  élève  ce  nombre  à  trente  mille.  Mé- 
moires, t.  IV,  p.  104. 


97 

Rennes  et  se  dirigea  sur  Lyon.  «  Il  fit  le  voyage,  monté  sur  un 
asne^  suivi  par  plusieurs  religieux  et  quelques  personnes  du  menu 
peuple.  »  A  Lyon,  le  prêclieur  se  fit  entendre  et  obtint  les  mêmes 
succès  que  précédemment.  «  Il  s'acquit  une  si  grande  estime 
parmi  le  peuple  que  celui-là  s'estimoit  heureux  qui  pouvoit  con- 
duire son  asne  par  le  licou,  ou  en  arracher  quelque  poil  qu'il 
conservoit  précieusement  ^  » 

De  Lyon,  Th.  Couette  se  rendit  dans  le  Valais  et  visita  le  mo- 
nastère des  Carmes  de  Girone,  au  diocèse  de  Sion,  puis  celui  de 
Forest  en  Toscane;  il  se  transporta  ensuite  à  Mantoue.  En  ces 
divers  lieux,  le  carme  de  Rennes  réforma  les  monastères  de  son 
ordre,  dans  lesquels  il  trouva  la  règle  corrompue.  Il  y  institua 
quelques-uns  de  ses  disciples  pour  assurer  le  succès  et  le  maintien 
de  l'ordre  nouveau.  Telle  fut  l'origine  de  l'une  des  branches  delà 
famille  carmélite,  qui  réunit  plus  tard  au-delà  de  cent  monastères, 
et  connue  sous  le  nom  de  congrégation  de  Mantoue.  De  Mantoue, 
Couette  se  rendit  à  Venise  chez  ses  confrères  du  Mont-Carmel. 
II  accrut  encore,  dans  ce  pays,  sa  réputation  d'éloquence  et  de 
sainteté.  En  ce  moment,  le  doge  et  la  république  envoyaient  une 
ambassade  à  Rome.  C'était  là  précisément  que  tendait,  comme 
but  final,  le  nouveau  pèlerinage  de  l'anachorète.  Thomas  Couette 
voulait  pénétrer  jusqu'au  sein  de  la  ville  éternelle  et  faire  entendre 
ses  austères  et  réformatrices  prédications,  à  Babylone,  dans  la 
capitale  de  la  chrétienté.  II  se  réunit  donc  aux  ambassadeurs 
vénitiens  et  parvint  jusqu'à  Rome  -. 

Ainsi,  tandis  que,  parmi  les  religieux  mendiants,  les  saints 
d'Espagne  et  d'Italie  franchissaient  les  monts  pour  venir  évan- 
géliser  la  France,  de  leur  côté  des  carmes  français  passaient  les 
Alpes  à  la  suite  de  Thomas  Couette  et  portaient  jusqu'aux  marches 
du  trône  apostolique  des  paroles  de  réforme  religieuse  et  morale. 

Thomas  Couette  était  «  parti  pour  Rome,  dans  le  dessein,  à  ce 
qu'il  disoit,  de  réformer  le  pape  et  les  cardinaux.  En  effet,  y  étant 
arrivé,  il  prescha  avec  emportement  contre  les  mœurs  de  cette 
cour  et  avança  mesme  quelques  erreurs,  ou  du  moins  quelques 

vérités  trop  libres  ^ »  —  «  Il  blasmoit,  dit  un  autre  auteur,  la 

dissolution  du  clergé,  du  pape  et  de  leur  vie  et  autres  désordres 


1.  Hélyol,  ibidem. 

2.  D'Argeatré,  p.  788.  Hélyot,  p.  328. 

3.  Hélyot,  p.  327. 


98 

de  cet  estât...  Il  disoit  qu'il  se  passoit  des  abominations  à  Rome, 
que  l'Eglise  avoit  bien  besoin  de  réformatioii,  et  qu'il  ne  ialloit 
pas  craindre  les  excommunications  du  pape  lorsqu'on  faisoit  le 
service  de  Dieu.  Il  accordoit  aux  religieux  démanger  de  la  chair, 
et  disoit  qu'à  l'exemple  de  la  nation  grecque  le  mariage  ne  devoit 
pas  estre  défendu  aux  prestres  ny  à  ceux  des  siens  (les  réguliers) 
qui  ne  pouvoient  se  contenir...^  » 

Cependant  les  ambassadeurs  vénitiens  avaient  recommandé  au 
pape,  présent  à  Rome,  l'éloquent  et  pieux  cénobite.  Eugène  IV 
désira  le  voir  et  deux  fois  il  envoya  vers  le  carme,  à  Saint-Paul 
hors  les  murs,  où  le  religieux  avait  sa  demeure,  pour  le  mander. 
Mais  deux  fois  l'invitation  du  Saint-Père  demeura  inutile.  Thomas 
Couette  se  méfiait  des  sentiments  personnels  du  pape  à  son  égard, 
et  des  préventions  hostiles  au  réformateur  dont  le  Saint-Père 
devait  être  nécessairement  entouré.  Une  troisième  fois  le  souA^e- 
rain  pontife  chargea  son  trésorier  de  lui  amener  le  carme  français. 
Thomas  Couette,  à  l'aspect  de  l'envoyé,  dès  que  celui-ci  parut  au 
seuil  de  sa  chambre,  sauta  par  une  fenêtre  et  s'enfuit.  Mais  il  fut 
poursuivi  et  conduit  en  présence  du  pape  'K 

Deux  cardinaux  reçurent  la  mission  de  l'examiner.  L'un  d'eux 
était  Jean  de  la  Rochetaillée,  chancelier  de  la  cour  de  Rome, 
ancien  archevêque  et  cardinal  de  Rouen  ;  il  avait  pour  assesseur 
frère  Noël  de  Venise,  «  qui  se  disoit  procureur  de  l'ordre  des 
Carmes»^.  L'autre  s'appelait  le  cardinal  de  Navarre.  Thomas 
Couette,  comme  tous  les  réformateurs,  avait  trouvé  chez  ses 
propres  confrères  des  adversaires  et  des  émules  ou  envieux.  Tels 
furent  les  juges  chargés  d'apprécier  sa  conduite  et  ses  doctrines. 
Th.  Couette,  mis  en  jugement,  subit  la  torture.  Ses  juges  le 
déclarèrent  hérétique,  puis  relaps  S  et  prononcèrent  sa  condam- 
nation. Eugène  IV  le  fit  brider  publiquement  à  Rome,  en  1433 

1.  D'Argentré,  p.  788.  La  doctrine  de  CoueUe  sur  le  célibat  et  le  mariage  des 
prêtres  eut  un  écho  remarquable  au  concile  de  Bàle,  lorsqu'il  s'agit,  en  1439,  de 
nommer  l'anti-pape  Félix  V,  qui  avait  vécu  dans  le  mariage.  Voyez  sur  ce  point 
l'Histoire  de  l'Église  gallicane,  par  Berthier,  éd.  de  1827,  t.  20,  p.  369,  et  le 
témoignage  de  Pie  II,  allégué. 

'2.  Hélyot,  d'Argentré,  Monstrelet,  V,  43. 

3.  D'Argentré.  —  Noël  fut  institué  vicaire-général  des  Carmes  le  5  septembre 
1433.  Bullarium  carmelitanmn,  1715,  in-f»,  p.  186. 

4.  La  procédure  inquisitoriale  qualifiait  ainsi  le  prévenu  qui ,  après  avoir 
avoué,  sous  la  torture  ou  autrement,  qu'il  était  coupable,  se  rétraclait  eusuile  cl 
revenait  à  ses  premières  propositions. 


99 

ou  1434.  Th.  Couette  périt  «  en  soutenant  avec  une  constance 
incroyable  sa  doctrine  et  ses  propositions  »^. 

Ainsi  finit  Thomas  Couette,  dont  la  vie  et  la  mort  furent,  pour 
ses  contemporains,  une  merveille  et  un  sujet  de  controverse. 
Déclaré  hérétique  par  des  juges  intéressés  et  prévenus,  on  dit  que 
le  pape  se  repentit  plus  tard  de  la  sentence  qu'il  avait  prononcée 
contre  ce  juste.  En  Itahe  même,  à  un  demi-siècle  de  distance, 
son  ordre  le  revendiquait  comme  un  réformateur  et  iin  modèle. 
En  1656,  Lezana,  historiographe  des  Carmes  et  professeur  public 
de  la  Sapience  à  Rome,  célébrait  en  lui  un  saint.  D'Argentré, 
fameux  jurisconsulte  et  historien  breton,  le  proclame  enfin  l'une 
des  gloires  de  son  pays,  martyr  et  précurseur  de  Savonarole  ^. 

Cependant  les  pouvoirs  publics  prirent  ombrage  de  toute  cette 
agitation.  On  a  vu  précédemment  la  conduite  du  souverain 
pontife  Martin  V  et  la  fuite  précipitée  de  Richard.  Le  10  mai  1429, 
après  le  départ  de  Th.  Couette,  Phihppe-le-Bon  rendit  à  Bruges 
une  ordonnance  pour  interdire,  sur  ses  états,  les  sermons  publics 
à  tout  prédicateur  étranger.  Dans  cet  acte,  le  duc  de  Bourgogne 
se  plaint  que  des  prêcheurs  sans  mission  régulière,  sans  aveu  de 
la  cour  de  Rome  ni  de  leurs  supérieurs,  sans  garantie  de  régula- 
rité, ni  de  lumières,  ont  pénétré  sur  ses  terres  et  domaines, 
portant  l'habit  rehgieux,  haranguant  le  peuple  et  semant  des 
doctrines  suspectes  ^. 

Le  saint-siége  et  l'Eglise  accueillirent  ces  représentations. 
Le  15  juin  1430  un  chapitre  général  des  frères  Mineurs  se  tint 
à  Assise  en  Italie,  sous  la  présidence  du  cardinal  de  Foix,  pro- 


1.  D'Argentré.  Casanatc,  Paradisxis  Canneli,  Lyon,  1639,  in-f%  p.  334.  Ilélyot. 
BibUotheca  Carmelitana,  au  inol  Thomas  Connecte.  Aubery,  Histoire  des  car- 
dinaux, t.  II,  âTiide  La  Rochetaillée. 

2.  Marliii  Franc,  le  Champion  des  dames,  dans  Quicherat,  Procès,  etc.,  t. 
V,  p.  45.  Baplistae  Spagnoli  Mantuani,  de  beatd  ritd,  apud  ejusdem  Bucolica, 
Tubingen,  1511,  in-4°,  goth.  sub  fine.  Lezana,  Annales  ordinis  Carmelitani,  t. 
IV.  cité  par  les  précédents.  Voyez  encore  sur  Thomas  Couette,  P.  Levot,  Bio- 
graphie bretonne,  185i,  in-4°,  au  mot  Connecte,  et  les  renvois  de  ces  divers 
auteurs. 

3.  Bulletin  de  la  société  de  Vhistoire  de  France,  1860,  p.  232,  233.  Les  Fran- 
ciscains ou  mineurs  conféraient  à  leurs  élèves  et  confrères,  dans  leurs  écoles,  le 
diplôme  de  docteur  en  théologie  par  collation,  c'est-à-dire  sans  faire  subir  aux 
candidats  d'épreuves  préalables.  Une  bulle  de  Martin  V,  en  date  du  1"  décembre 
1428,  s'élève  contre  cet  abus  et  annule  les  diplômes  de  ce  genre  (Du  Boulay, 
Histoire  de  rUniversiiè  de  Paris,  t.  V,  p.  389). 


400 

tecteu)^  de  l'ordre.  Il  y  iut  décrété  qu'aucun  religieux,  à  l'avenir, 
ne  s'entremettrait  au  ministère  de  la  parole  sacrée,  si  ce  n'est 
avec  une  licence  spéciale,  révocable,  et  sous  l'autorité  de  ses 
supérieurs.  L'année  suivante,  un  concile  provincial  de  l'arche- 
vêché de  Tours  s'ouvrit  à  Nantes  le  23  avril.  Des  pi-escriptions 
analogues  y  furent  promulguées  contre  ceux  qui  prêchaient 
sur  des  échafauds,  sur  les  places  publiques.  Enfin  nous 
venons  de  dire  par  quel  sévère  et  tragique  dénoûment  se  termina 
la  carrière  apostolique  de  Thomas  Couette  ^ 

Précisons  ici  la  pensée  de  ce  paragraphe  en  la  résumant. 

Ce  qui  fait  pour  l'historien  l'intérêt  puissant  qu'offre  le  règne 
de  Charles  VII,  c'est  l'affranchissement  du  roj^aume  et  la  forma- 
tion de  la  nationalité  française.  Nous  pensons  que  généralement 
le  haut  clergé,  témoin  de  ce  grand  acte,  en  demeura,  pour  ainsi 
dire,  le  spectateur  oisif  et  indifférent.  Au  contraire,  le  bas  clergé, 
principalement  dans  certains  ordres  monastiques,  y  prit  part 
avec  une  activité  remarquable.  Ce  mouvement,  cette  coopération 
ne  présente  pas  dans  son  ensemble  l'ordre  et  la  régularité  d'une 
entreprise  savamment  conduite  et  mûrement  réfléchie.  On  n'y 
découvre  même  pas  la  conscience  de  l'œuvre  commune;  encore 
moins  un  concert  manifeste  avoué. 

Quelquefois  peut-être  ces  auxiliaires  spontanés  de  la  cause 
nationale  (jnt-ils  été  capables,  personnellement,  de  la  compro- 
mettre au  point  de  vue  moral?  Ces  moines  étrangers  et  nomades, 
en  fondant  pour  la  France  une  patrie,  ne  pouvaient  songer  à 
recueillir  les  fruits  qu'ils  avaient  semés.  Mais  le  désintéressement 
de  leur  tâche  est  précisément  à  nos  yeux  ce  qui  en  relève  le  prix. 
Chez  eux,  le  mobile  de  cette  association,  de  leur  part,  fut  donc 
puisé  aux  sources  les  plus  pures  de  la  conscience  humaine.  Elle 
leur  fut  inspirée  par  une  libre  et  naturelle  sympathie.  S'il  y  a  là 
un  hommage  que  la  morale  accepte,  l'histoire  n'a  plus  de  motif  pour 
dédaigner  ou  désavouer  ce  concours. 

Par  un  certain  côté,  ces  faits  analytiques  isolés  nous  semblent 
toutefois  se  lier  étroitement  à  la  question  générale.  La  formation 
de  la  nationalité  française  fut,  au  xv"  siècle,  le  fruit  d'un  travail 


1.  ^&AAmg,  Annales  minorum,  1645,  p.  214.  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne, 
i707,  t.  1,  p.  586.  Ces  prescriptions  relatives  à  l'indiscipline  et  au  vagabondage 
des  mendiants  furent  très- fréquemment  renouvelées  par  les  conciles  provinciaux 
du  xv^  siècle. 


^0^ 

moral,  d'une  élaboration  nouvelle  qui  s'opéra  au  sein  de  la 
société.  Depuis  des  siècles,  la  France  possédait  avec  sa  monarchie 
les  éléments  constitutifs  d'une  nation.  Mais  le  souffle  qui  anime 
cet  être  abstrait,  le  sentiment  de  la  patrie,  n'existait,  confus  et 
latent,  qu'à  l'état  d'instinct,  même  et  surtout  dans  les  classes 
les  plus  élevées  du  monde  social.  La  conduite  des  princes,  tels  que 
les  ducs  d'Orléans,  d'Alençon,  la  conduite  primitive  du  roi, 
invoquant  à  chaque  pas  le  bras  étranger,  pourraient,  au  besoin, 
servir  de  preuves  à  cette  assertion.  Le  sentiment  patriotique  ou 
national  s'éclaira,  s'affermit  et  se  dégagea,  sous  Charles  YII,  à 
travers  la  victorieuse  péripétie  qui  termina  la  guerre  de  cent  ans. 
Si  l'on  veut  trouver  le  siège  de  ce  travail,  la  racine  de  ce  senti- 
ment, il  faut  les  cliercher  dans  les  entrailles  du  peuple.  Le 
patriotisme  naquit  à  l'issue  de  cette  lutte,  comme  l'enfant  qui 
vient  dans  ce  monde  au  milieu  du  sang  et  des  pleurs.  Notre 
Jeanne,  si  poétique  et  si  active,  figure  mihtaire  et  religieuse, 
nous  montre  la  personnification  de  ce  sentiment.  Or  ce  travail 
préparatoire  fut  accompagné  d'une  visible  exaltation  des  idées 
religieuses  ^  Les  ministres  de  la  religion,  qui  se  trouvaient  dans 
les  rapports  les  plus  immédiats  avec  le  peuple,  durent  être  les 
premiers  auxiliaires  de  cette  élaboration.  Telle  est  la  raison 
historique,  tel  est  le  lien  qui  rattache  entre  eux  les  faits  réunis 
dans  ce  paragraphe. 

§  IL  —  Rapports  de  Charles  VII  ou  de  l'Etat  avec  l'Eglise. 

L'Eglise,  au  xv''  siècle,  était  agitée  par  un  trouble  profond.  La 
société  tout  entière,  affectée  de  ce  mal  intime,  semblait  menacée 
de  dissolution.  Lorsque  Charles  VII  monta  sur  le  trône,  tout  dans 
le  monde  spirituel  et  temporel  était  subverti  ou  ébranlé.  Le 
catholicisme  avait  à  sa  tête  deux  papes  (Martin  Y,  Benoît  XllI) 
et  la  France  deux  rois  (Charles  YII,  Henri  YI).  Déjà  le  schisme 
de  la  papauté  remontait  à  1378.  Il  avait  été  précédé  par  celui  de 
l'Empire-.  Cette  «  monstruosité  »  d'une  hiérarchie  à  deux  têtes, 

1.  Je  me  propose  de  développer  cette  thèse  dans  un  mémoire  spécial,  en  m'ap- 
puyant  sur  des  notions  nombreuses  et  inédites,  que  ne  comportait  pas  le  cadre 
du  présent  travail.  Ce  mémoire,  ébauché  dès  le  moment  actuel,  aura  pour  titre: 
Recherches  sur  divers  personnages  de  pieté  qui  furent  au  xv°  siècle  les  prédé- 
cesseurs de  Jeanne  Darc  ou  ses  émules. 

2.  1314  :  Louis  de  Bavière  et  Frédéric  d'Autriche  ;  1378:  Wenceslas,  puisJosse 
et  Sigismond. 


402 

causa  sur  les  esprits  une  grave  impression  de  désolation  et  de 
terreur.  Le  scandale,  la  perturbation  furent  au  comble,  lorsque, 
pour  employer  une  image  connue,  l'éclipsé  néfaste  envahit  à  la 
fois  «  c**'^  deux  moitiés  de  Dieu  :  le  Paj)e  et  l'Empereur.  » 

L'état  moral  qui  régnait  alors  peut  se  comparer  à  la  panique 
dont  la  chrétienté  lut  saisie  k  l'époque  des  Millénaires.  Jean  Huss 
et  toute  la  série  des  prédicateurs  qui  le  suivirent  jusqu'à  la  fin 
du  XV''  siècle,  ou  du  moins  jusqu'au  grand  jubilé  de  1450,  annon- 
cèrent hautement  et  positivement  la  venue  de  l'Antéchrist,  pré- 
curseur de  la  fin  du  mondée 

Dans  le  domaine  des  faits  religieux,  la  doctrine  de  Wiclef  avait 
allumé  un  incendie  que  les  bûchers  de  Constance  propagèrent  au 
lieu  de  l'éteindre.  L'orthodoxie,  atteinte  au  cœur,  lutta  vaine- 
ment contre  le  mal  à  l'aide  de  palliatifs.  Vainement  elle  le 
dissimula  ou  le  traita  par  d'empiriques  remèdes  ;  elle  fut  impuis- 
sante à  le  guérir.  Le  protestantisme  éclata  au  siècle  suivant. 

Pour  ce  qui  concerne  la  France  en  particulier,  l'Eglise  offrait, 
aux  regards  du  prince  qui  devait  gouverner  ce  royaume,  le  plus 
grave  sujet  de  sollicitude.  Aucun  pays  de  l'Europe  n'avait 
ressenti  plus  vivement  que  la  France  le  contre-coup  de  cet  état 
où  gémissait  toute  la  chrétienté.  La  discorde  civile,  parmi  nous, 
envenimait  singulièrement  les  plaies  qu'avait  causées  la  situation 
générale  de  l'Eglise.  Par  suite  de  la  guerre  de  cent  ans,  l'ordre 
social,  en  France,  était  réellement  bouleversé.  Aucune  règle  fixe 
et  certaine  ne  présidait  plus  à  la  transmission  des  prélatures  ni  des 
bénéfices.  Ici,  dominait  le  principe  de  la  collation  pontificale  ;  là, 
celui  de  l'élection  capitulaire.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  un  double 
conflit  se  produisait  le  plus  souvent.  Car  les  deux  rois  ne  man- 
quaient pas  de  se  disputer  l'influence  quand  il  s'agissait  de  pour- 
voir à  la  vacance  d'un  siège.  Alors  les  candidats,  divisés  par  la 
bannière  politique,  invoquaient  respectivement  l'autorité  des  deux 
chefs  antagonistes  de  l'Eglise,  ou  l'autorité  du  concile  contre  le 
pape. 

La  guerre  et  les  dissensions  intestines  ajoutaient  un  élément 
actif  de  dissolution  au  relâchement  et  à  l'indiscipline  ecclésias- 
tiques. Dans  leur  barbarie  sans  frein,  dans  leurs  atroces  débor- 

l.  J.  Uns,  etc.  Hisioria  et  Monumenki,  Nuremberg,  1558,  in-f°,  I.  I,  p.  423, 
elc.  N.  do  Clamengis,  de  AniichrMo  et  ortii  ejus,  elc,  aj).  ejusd.  Opéra,  Leyde, 
1G13,  in-4",  !>.  357  à  359. 


^03 


déments,  les  soldats  Armagnacs,  Bourguignons  ou  Anglais,  en 
étaient  venus  à  méconnaître  jusqu'aux  choses  sacrées.  Profanation 
des  asiles  et  des  sanctuaires,  viol  des  religieuses,  pillage  des 
couvents,  même  des  églises  séculières,  leur  étaient  devenus  des 
actes  accoutumés.  Les  hostilités,  qui  ravageaient  le  sol,  encom- 
hraient  de  ruines  et  dépeuplaient  les  villes.  Elles  chassaient  le 
paysan  de  sa  cabane  jusque  dans  les  bois  et  le  contraignaient  à 
revêtir  le  harnois  des  nobles,  qui  se  confondait  avec  l'armure  du 
brigand.  Les  clercs  eux-mêmes  se  voyaient  réduits  à  de  telles 
extrémités  ^ 

Dès  son  entrée  aux  affaires,  le  prince  Charles  eut  à  compter 
avec  ces  difficultés  ^  Martin  V  avait  été  élu  pape  au  concile  de 
Constance  le  11  novembre  1417  et  couronné  le  21  du  même  mois. 
Le  26  février  1418,  un  premier  conseil  d'État  fut  tenu  au 
parlement  à  Paris,  le  roi  étant  malade,  sous  la  présidence  de 
Charles,  Dauphin.  Il  s'agissait  de  savoir  si  le  gouvernement  devait 
reconnaître  le  nouveau  pape,  alors  que  Benoît  XIII  vivait  encore. 
Il  s'agissait  aussi  de  régler  l'ordre  qui  allait  présider  à  la  colla- 
tion des  bénéfices,  au  paiement  des  annates,  aux  réserves  et 
expectatives.  La  question  du  râle  des  bénéfices  importait  tout 
spécialement  à  l'université  de  Paris,  qui  jouait  alors  dans  le 
forum  politique  un  rôle  actif  jusqu'à  la  turbulence.  Le  conseil 
du  premier  né  de  la  couronne  comptait  parmi  ses  membres  de 
sages  jurisconsultes,  comme  Robert  le  Maçon  et  GuiUaume 
Cousinot.  Ceux-ci  envisageaient  la  situation  de  plus  haut  et  dans 
son  ensemble.  Cette  divergence  de  vues  entre  le  conseil  et 
l'université  détermina  un  conflit  dont  les  faits  épisodiques  ont  été 
racontés  par  Du  Boulay  et  les  autres  historiens  analytiques  ^ 

L'université  avait  hâte  de  voir  le  nouveau  pontife  consacrer,  à 
l'instar  de  ses  prédécesseurs,  ce  râle  des  bénéfices  que  les  papes 


1.  Nicolas  de  Clamengis,  Liher  de  cornipto  ecclesiœ  statu,  etc.  ap.  ejusd,  Opéra 
sup.  cit.  p.  4  et  s.,  etc. 

2.  Dans  les  développements  qui  vont  suivre,  nous  avons  principalement  en 
vue  les  rapports  de  Charles  VII  avec  l'Église.  Mais  pour  mieux  faire  sentir  le 
caractère  de  ces  rapports,  nous  avons  cru  souvent  devoir  mettre  en  parallèle  la 
conduite  de  Charles  VII  en  ces  matières,  avec  la  conduite  et  l'attitude  des  gou- 
vernements bourguignon  ou  anglais. 

3.  Registre  duConseil,  à  la  direction  générale  des  archives  :  XX,  1480,  f°  119  et 
suiv.  Du  Boulay,  t.  V,  p.  309  à  326,  Crevier,  Histoire  de  l'Vniversiié,  t.  Ili,  p. 
178  et  s.  Du  Tillet,  Libertés  gallicanes,  1602,  in-4",  p.  79. 


^04 

distribuaient  aux  suppôts  de  l'école  parisienne.  Elle  pressait, 
dans  ce  dessein,  la  reconnaissance  publique  et  solennelle  de 
Martin  V.  Mais  ce  dernier  personnage  était  suspect  au  gouver- 
nement du  prince  Charles.  Le  parti  Armagnac  considérait  Mar- 
tin V,  élu  sous  l'influence  immédiate  et  personnelle  de  Sigismond, 
comme  une  créature  de  cet  empereur.  Or  Sigismond,  après  avoir, 
en  141G,  éprouvé  à  Paris,  avec  l'hospitalité  de  Charles  VI,  les 
bonnes  grâces  du  gouvernement  Armagnac,  avait  tourné  depuis 
vers  la  cause  anglo-bourguignonne.  Par  ces  motifs,  les  conseil- 
lers du  jeune  prince  tendaient,  au  contraire,  à  différer  de  recon- 
naître le  nouveau  chef  de  la  catholicité'. 

Cependant,  une  sorte  de  transaction  s'opéra  entre  le  conseil 
royal  et  l'université.  Deux  ordonnances  furent  promulguées, 
l'une  à  la  fin  de  mars,  l'autre  en  date  du  2  novembre  1418.  La 
première  rendait  à  l'Eglise  de  France  et  du  Dauphiné  ses  antiques 
libertés.  Elle  ordonnait  la  collation  des  bénéfices  français  ou 
royaux,  par  voie  d'élection  canonique  ou  de  patronage.  Elle 
enjoignait  aux  supérieurs  de  confirmer  ces  collations  sans  que 
les  impétrants  dussent  acquitter  aucun  droit  ou  taxe  envers  le 
trésor  du  pape.  La  seconde  portait  «  défense  de  transporter  hors 
du  royaume  de  l'or,  de  l'argent,  des  joyaux  ou  autres  choses, 
pour  annates  ou  autres  expéditions  en  cour  de  Rome.  »  Le  pre- 
mier de  ces  actes  fut  entériné  au  parlement  le  13  avril.  Moyen- 
nant ces  conditions,  le  gouvernement  consentit,  le  lendemain  14 
avril  1418,  à  ce  que  les  bulles  de  Martin  V  fussent  reçues,  et  son 
obéihence  acceptée  et  déclarée.  Ce  même  jour  14,  «  fut  faite  la 
solennité  du  pape  Martin  par  les  églises  de  Paris  et  environ,  » 
mais  très-sitnplement,  ajoute  le  iournal  organe  des  sentiments 
et  des  intérêts  universitaires  -. 

L'ordonnance  du  2  avril  fut  enregistrée  le  7  mai  suivant.  Ce 
même  mois  néanmoins  ne  s'était  pas  entièrement  écoulé,  lorsque, 
dans  la  nuit  du  29  au  30,  eut  lieu  la  fameuse  invasion  des  Bour- 
guignons au  sein  de  la  capitale.  Charles,  dauphin,  obligé  de  ftiir, 
s'établit  comme  régent  sur  les  bords  de  la  Loire.  L'un  des  premiers 
actes  du  gouvernement  bourguignon  fut  de  révoquer  l'ordonnance 


1.  Sources  citées  :  Histoire  de   Charles  Vil,  l.  1,   p.   47.  Journal  de  Paris 
(Panthéon),  p.  626. 

2.  XX,  1480,  ï"'  120  à  133.  Du  Tillel,  p.  117   à    129.  Ordonnances,  X,  447. 
Journal  de  Paris,  \>.  627. 


^05 

publiée  en  mars,  par  un  autre  êdit  daté  du  9  septembre  1418. 
Quant  au  prince  Charles  et  à  son  gouvernement,  il  continua  de 
garder  vis-à-vis  de  la  cour  de  Rome  une  position  expectante  et 
défensive  ^ 

Le  gouvernement  anglais,  succédant  à  celui  de  Jean-sans-Peur, 
se  montra  de  plus  en  plus  facile  à  l'égard  de  Martin  V,  pour  ce 
qui  concerne  les  libertés  gallicanes.  A  ce  prix  Henri  V,  tant 
qu  il  vécut,  obtint  du  souverain-pontife  diverses  grâces  ou  privi- 
lèges apostoliques  et  une  certaine  condescendance  en  faveur  de 
la  cause  anglaise.  Le  conseil  de  Charles,  au  contraire,  quoique 
réduit  de  jour  en  jour  à  une  désastreuse  extrémité,  maintint  avec 
fermeté  les  traditions  nationales.  En  1423,  le  légat  du  pape 
ayant  voulu  pratiquer  dans  la  province  de  Lyon  des  exactions 
ultramontaines,  le  roi  Charles,  de  concert  avec  l'archevêque, 
réprima  cette  tentative.  L'ordonnance  du  8  février  de  cette  année 
promulgua  de  nouveau  les  principes  de  la  doctrine  gallicane^. 

Cependant,  le  pape  Martin  V  s'entremit  pour  pacifier  la  chré- 
tienté, avec  un  zèle  digne  du  père  commun  des  fidèles.  La  cause 
de  la  France,  après  la  mort  d'Henri  V,  se  dessina  progressive- 
ment à  ses  yeux,  sous  un  jour  plus  favorable.  En  1425,  Charles 
VII  dirigea  vers  Rome  une  ambassade  solennelle,  chargée  de 
déclarer  authentiquement  au  saint-père  l'obédience  du  roi  de 
France^.  Bedford,  de  son  coté,  ne  négligeait  rien  pour  complaire 
au  souverain-pontife.  Il  présenta,  dans  le  même  temps,  à  la  cour 
de  Rome  un  traité  dans  lequel  les  libertés  ou  prérogatives  galli- 
canes étaient  presque  complètement  sacrifiées*^. 

La  politique  suivie  jusque-là  par  le  gouvernement  royal  doit  être 
imputée  non  pas  au  prince  ni  aux  ministres,  mais  à  l'influence 
toute  puissante  de  l'université,  du  parlement  et  des  traditions 
gallicanes.  A  cette  époque,  Charles  VII,  exclusivement  adonné 


1.  Ibid.  Ordonn.,  X,  471. 

^.  Histoire  de  Charles  VII,  ib.,  p.  '293.  365.  Fonlanieu,  ms.  fr.  4,805,  f»  119. 
Ordonnances,  XIII,  22,  etc. 

3.  Jusque-là  Charles  Wl  avait  adhéré  à  Benoît  XIII.  Monstrelel,  d'Arcq,  l.  IV, 
p.  231.  Cette  ambassade  eut  pour  chef  l'évêque  de  Léon,  en  Bretagne.  L'année 
suivante,  en  1426,  Charles  VII  envoya  dans  le  même  but  au  Saint-Père  une 
nouvelle  députation,  conduite  par  Regoauld  de  Chartres.  Ms.  Brienne,  155,  p. 
28.  Gallia  christiana,  t.  IX,  col.  136  {sub  anno  1425).  Rainaldi  ne  mentionne 
que  la  première;  voy.  Annales,  1424,  no  20. 

4.  D.  Plancher,  t.  4,  p.  xlix  des  preuves;  etc.  Du  Boulay,  t.  V,  p.  366  et  s. 


406 

aux  plaisirs  d'une  vio  IVivole  et  inerte,  abandonnait  tout  sçin 
des  affaires  à  ses  plus  indignes  favoris.  L'un  d'eux,  nommé  Jean 
Louvet,  gouvernait  alors  le  conseil.  Ce  ministre,  pour  des  inté- 
rêts à  lui  propres,  désirait  s'acquérir  la  faveur  du  saint-père.  Le 
10  février  1425,  il  fit  signer  au  jeune  prince  une  ordonnance  qui 
restituait  au  pape  la  collation  de  tous  les  bénéfices.  Cet  acte, 
d'après  le  témoignage  formel  d'un  secrétaire  de  la  chancellerie, 
avait  été  signé  en  blanc  par  le  roi,  scellé  de  même,  puis  rempli 
au  gré  de  Jean  Louvet  et  porté  à  Rome  par  un  moine  de  ses  créa- 
tures. Martin  V,  en  recevant  cette  pièce,  s'empressa  d'écrire  à 
Charles  VII  pour  le  féliciter  et  pour  le  dégager  du  serment  qui 
obligeait  les  rois  de  France  à  conserver  les  immunités  ecclésias- 
tiques du  royaume  ^ 

Le  traité  qu'avait  proposé  Bedford  fut  sanctionné  par  Martin 
Vie  1*^''  avril  1425.  Sur  les  représentations  du  procureur  général, 
le  parlement  de  Paris  s'opposa  d'abord  à  l'enregistrement. 
Cependant  Bedford  triompha  de  ces  résistances.  La  cour  judiciaire, 
qui  obéissait  à  la  domination  anglaise,  homologua  sous  correction 
cet  édit.  L'acte  subreptice,  œuvre  de  Jean  Louvet,  fut  également 
présenté  au  parlement  de  Poitiers.  Mais  le  procureur  général  du 
roi  de  France,  nommé  Pierre  Cousinot,  dans  une  harangue  qui 
nous  a  été  conservée,  protesta  énergiquement  contre  cette  pièce 
dolosive,  surprise  à  la  religion  du  roi  et  contraire  au  droit  public 
du  royaume.  Le  parlement,  conformément  à  cette  requête,  refusa 
d'enregistrer.  Une  ambassade  spéciale  se  rendit  auprès  de  Martin 
V  en  1426.  A  la  suite  de  conférences  tenues  entre  les  plénipoten- 
tiaires du  roi  et  du  pape,  l'acte  fut  rapporté  et  révoqué  par  une 
nouvelle  ordonnance  du  24  novembre  1426  *. 

En  1429,  Gilles  Munoz,  anti-pape  sous  le  nom  de  Clément 
VHP,  se  vit  abandonné  du  roi  d'Aragon  et  de  Jean  d'Armagnac, 
ses  derniers  adhérents.  Le  comte  d'Armagnac,  en  premier  lieu, 


1.  Histoire  de  Charles  VII,  p.  446.  Ms.  fr.  5,024,  f»  Ixw.  Ms.  Brienne,  155,  f" 
Sel  suiv.  Raiiicildi,  Annales,  li2ô,  mai,  1  ;  n»  7.  Charles  VII  ne  prêta  le  ser- 
ment du  sacre  qu'en  1429.  Mais  connue  chanoine  de  Tours,  do  Poitiers,  etc.,  etc., 
il  avait  eu  déjà  mainte  occasion  de  s'engager  par  de  semblables  promesses,  so- 
lennellement et  sous  la  sanction  religieuse.  Voyez  sur  ce  point  Ordonn.,  t.  XIU, 
p.  267,  en  bas:  «  siisceptionc  insigni  et  alias...  » 

2.  Ibidem.  Ms.  Brienne  155,  f°  34.  DuTillet,  Libériez  gallicanes,  p.  132.  Or- 
donn., XIII,  107,  123. 

3.  Successeur,  en  1424,  de  Benoit  XIII. 


^07 

avait  demandé  conseil  sur  ce  point  k  la  Piicelle,  qui  eut  le  bon 
sens  de  décliner  une  consultation  de  ce  genre.  Le  comte  Jean  se 
détermina  ensuite  par  les  avis  et  surtout  par  l'exemple  du  roi  de 
France.  Charles  VII  contribua  ainsi  puissamment  à  l'extinction 
du  schisme  pontifical  ' . 

Eugène  IV,  couronné  le  H  mars  1431,  fut  le  successeur  de 
Martin  V.  Le  12,  il  écrivit  pour  notifier  son  pontificat  au  roi  de 
France,  qui  le  reconnut  immédiatement.  Cette  lettre  fat  bientôt 
suivie  (avril  1431)  d'une  autre  bulle,  par  laquelle  le  souverain- 
pontife  permettait  au  roi  de  France  de  nommer,  au  saint-siége, 
les  gens  de  son  parlement,  résidant  à  Poitiers,  pour  être  pourvus 
des  bénéfices  qui  viendraient  à  vaquer.  Ce  genre  d'induit  consti- 
tuait, à  l'égard  des  conseillers  de  la  couronne,  comme  l'équivalent 
de  ce  qu'était,  pour  l'université,  le  rôle  des  bénéfices.  En  ce 
moment  le  concile  de  Bàle  allait  se  réunir.  Charles  VII,  dès  le 
début,  favorisa  la  convocation  et  les  travaux  de  cette  assemblée, 
qui  succédait  à  celles  de  Pise  et  de  Constance.  R.  de  Chartres, 
chancelier  du  roi  et  archevêque  de  Reims,  manda,  dès  1431,  à 
ses  sufîragants  de  se  rendre  ou  de  députer  au  concile.  Le  26 
février  1432,  une  réunion  des  prélats,  qui  obéissaient  à  Charles 
VII,  eut  lieu  dans  la  ville  de  Bourges.  Cette  assemblée  de  l'Eglise 
de  France  exprima  ses  sympathies  en  faveur  de  l'œuvre  qui  se 
poursuivait  à  Baie.  L'Église  demanda  au  roi  la  permission  de" 
participer,  en  la  personne  de  ses  députés  ou  représentants,  à  ces 
nouvelles  assises  de  la  chrétienté  ~. 

Le  10  mars  1432,  Charles  VII,  par  un  édit  rendu  à  Chinon, 
ordonna  que  nul  ne  serait  promu  ou  reçu  à  des  bénéfices  ecclésias- 
tiques en  France,  s'il  n'était  français  et  affectionné  au  roi.  Cet  acte 
avait  pour  but  de  résister  à  des  nominations  pontificales  qui 
avaient  introduit  sur  divers  sièges  épiscopaux  des  prélats  étran- 
gers et  parfois  hostiles  à  la  cause  française^. 

Le  concile  de  Bàle  et  les  grandes  assemblées  qui  le  précédèrent 
s'étaient  proposé  comme  programme  :  1"  d'extirper  l'hérésie  ; 

1.  Rainaldi,  1429,  n"  11,  lî.  Histoire  de  l'Église  gallicane,  t.  XX,  p.  158. 

2.  Ms.  Brienne,  155  f"  46.  Lenglet  Dufresnoy,  Libertés  de  l'Église  gallicane, 
l.  Il,  p.  166  et  s.  Amplissima  colleclio,  t.  VIII,  p.  31  et  s.  Concilia  de  Har- 
douin,  l.  VIII,  p.  1459  et  s. 

3.  Du  Tillet,  Libertés  gallicanes,  p.  134  et  s.  Ordonnances,  XIII,  177;  cf.. 
ib.,  p.  181.  Lettres  de  Henri  VI  données  à  Paris  le  12  mai  1432  pour  contirmer 
celles  du  26  novembre  1425,  concernant  la  collation  des  bénéfices  en  France. 


2"  de  y^èformor  l'Eglise  dans  son  chef  et  dans  ses  ruenibyes; 
Z"  de  l'^aHfier  les  princes  chrétiens.  Le  premier  et  le  dernier 
de  ces  points  furent  poursuivis  par  le  concile,  par  le  saint-père 
et  par  divers  princes  chrétiens  représentés  à  I3àle,  avec  un  zèle, 
avec  des  efforts  unanimes.  Mais  on  n'en  saurait  dire  autant, 
quant  au  second  article.  La  papauté  ne  se  prêta  point  aisément  à 
la  «  réforme  de  l'Église  dans  son  chef  et  dans  ses  membres.  » 
Eugène  IV,  à  l'instar  de  Martin  V  et  de  ses  prédécesseurs  ou 
compétiteurs,  déployait  toute  Tliabileté  de  ses  mouvements  pour 
éluder  cette  dilliculté.  Échapper  k  l'élreinte  du  concile,  tempori- 
ser, se  soustraire  à  ses  atteintes,  à  l'autorité  que  prétendait 
exercer  sur  lui  le  parlement  souverain  de  la  société  chrétienne  ; 
tel  était  le  but  où  tendaient  la  conduite  et  les  artifices  du  souve- 
rain pontife.  La  lutte  ou  du  moins  les  approches  des  deux  partis 
belligérants  se  dessinèrent  de  plus  en  plus.  Un  certain  nombre 
de  cardinaux,  accrédités  par  le  pape  lui-même  au  concile,  se 
rangèrent  du  côté  des  antagonistes  opposés  à  la  cour  de  Rome. 
Au  lieu  de  la  réforme,  le  concile  fit  surgir  une  sorte  de  conflit 
entre  le  chef  de  l'Église,  Eugène  IV,  et  ses  membres,  représen- 
tés par  les  cardinaux  et  le  concile.  La  querelle  s'aigrit  davantage, 
lorsque  le  pontife,  rompant  en  visière,  frappa  de  dissolution 
l'assemblée  de  Bàle  et  la  convoqua  de  nouveau,  sous  sa  coupe,  à 
Ferrare. 

Nous  atteignons  ainsi  le  commencement  de  l'année  1438. 
Charles  VII,  à  cette  époque,  était  entré  dans  la  seconde  et  dans 
la  belle  période  de  sa  carrière.  L'homme  avait  enfin  dépouiUé  sa 
trop  longue  et  tardive  jeunesse.  Le  roi  voyait  par  ses  yeux  et 
régnait  par  sa  propre  sagesse,  entouré  de  conseillers  dignes  et 
intègres.  Le  congrès  d'Arras,  qui  lui  avait  rendu  la  paix  vis-à-vis 
du  Bourguignon  et  sa  capitale,  était  en  grande  partie  l'œuvre  du 
concile  de  Bâle.  Ce  congrès  avait  compté  parmi  ses  membres  les 
membres  les  plus  éminents  du  concile.  Eugène  IV  s'était  montré 
chaque  jour  plus  juste  et  d'une  bienveillance  plus  active  en 
faveur  du  roi  de  France  ^ 

L'attitude  que  conserva  Charles  VII,  en  ces  conjonctures 
difficiles,  nous  parait  avoir  été  également  éloignée  de  l'obséquio- 
sité, de  l'égoïsme  et  de  l'ingratitude.  Il  sut  maintenir,  si  nous 
l'apprécions  équitablement,  une  juste  balance  entre  les  prétentions 
du  concile  et  celles  du  pape.  Il  recueillit,  pour  le  royaume,  — 
c'était  son  devoir  comme  son  droit,  —  les  fruits  que  lui  procu- 


I 


409 

raient  et  les  pères  et  le  pontife.  Lorsque  le  concile  voulut  attenter 
à  l'autorité  légitime,  aux  prérogatives  reconnues  du  saint-siége, 
Charles  Vil  prit  le  parti  du  pape  contre  l'assemblée.  Mais  il  ne 
permit  pas  que  le  pape  esquivât  la  réforme  ecclésiastique  tant  de 
fois  inscrite  à  l'ordre  du  jour  des  grandes  assemblées  du  xy^ 
siècle,  réforme  nécessaire  et  dont  le  besoin,  unanimement  pro- 
clamé, se  faisait  particulièrement  sentir  dans  les  états  du  roi  de 
France  * . 

Eugène  IV,  par  sa  bulle  du  8  janvier  1438,  avait  convoqué 
le  nouveau  concile,  ou  concile  pontifical,  qui  s'ouvrit  le  7  mars  à 
Ferrare.  Suivre  le  saint-père  dans  cette  voie  c'était  déserter  la 
cause  de  la  réforme  et  livrer  l'indépendance  du  juge  à  la  partie 
intéressée,  Charles  VII,  par  une  ordonnance  donnée  à  Tours  le 
23  janvier  1438,  maintint  l'indissolubilité  du  concile  de  Bàle  et 
sa  légitimité.  Il  défendit  aux  prélats  français  de  se  rendre  à  Fer- 
rare.  Lui-même  convoqua  immédiatement  sous  son  autorité  une 
assemblée  générale  du  clergé  de  PYance,  qui,  le  l"^i'  mai  suivant, 
inaugura  ses  travaux  dans  la  Sainte-Chapelle  de  Bourges  ^. 

L'œuvre  de  cette  assemblée  fut,  comme  on  sait,  la  pragmatique 
sanction.  Monument  considérable  de  la  jurisprudence  française, 
à  cette  époque  de  rénovation  intime  qui  précéda  la  Renaissance. 
Monument  qui,  sous  l'œil  du  critique  et  de  l'historien,  peut  être 
comparé,  pour  son  importance  parmi  les  institutions  de  Charles 

VII,  à  la  réforme  de  l'armée.  La  pragmatique  sanction  de 
Charles  VII  a  été,  durant  près  d'un  siècle,  une  pomme  de  dis- 
corde entre  la  couronne  de  France  et  la  papauté.  Elle  est 
demeurée  ou  redevenue  parmi  nous,  entre  les  docteurs,  un  sujet 
de  controverse.  Je  pense  qu'il  n'est  pas  convenable  d'aborder 
pleinement  ici  ce  genre  de  discussion  ou  de  querelle.  J'essaierai, 
seulement,  par  une  analyse  exacte  et  succincte,  de  rappeler  la 
contexture  de  cet  acte  et  d'en  fixer  au  vrai  le  caractère. 

La  pragmatique  sanction  est  une  constitution  civile.  EUe  a 
pour  but  de  régler  divers  points  essentiels  concernant  les  rapports 
de  l'Eglise  de  France  avec  le  saint-siége  ou  de  discipline  intérieure. 

1.  Histoire  de  l'Église  gallicane,  t.  XX,  p.  254  et  s.  Amplissima   collectio,   t. 

VIII,  p.  633. 

1.  Ibid.  Ordonn.  XIII,  255.  Eugène  IV,  par  lettres  du  8  mai  (au  moment  même 
du  synode  de  Bourges),  étendit  l'induit  aux  nouveaux  magistrats  donl  le  Parle- 
ment de  Paris  s'était  accru  récemment,  en  1436,  après  le  recouvrement  de  la 
capitale.  Église  gall.  t.  XX,  p.  333. 


Cette  constitution  emprunte  ses  dispositions  Jbndnmentales  au 
Décret  ou  code  canonique  et  aux  récentes  décisions  des  conciles 
statuant  en  assemblées  œcuméniques.  Telle  est  la  source  où  est 
puisée,  comme  doctrine,  la  substance  dont  la  pragmatique  se 
compose.  Ainsi,  l'autorité  de  l'Église  universelle  en  forme  la 
base  et  le  fonds.  Puis  ces  articles  de  doctrine  sont  analysés, 
c(mtrôlés,  délibérés,  adoptés  en  présence  d'un  légat  du  pape  '  et 
du  roi,  par  une  assemblée  nationale,  l'assemblée  du  clergé  de 
France,  unie  aux  conseillers  de  la  couronne.  Ces  articles  sont 
enfin  sanctionnés  et  promulgués  sous  les  auspices  du  prince. 

Nous  allons  en  reproduire  maintenant  les  dispositions  les  plus 
importantes. 

Le  préambule  de  la  pragmatique  sanction  commence  par  rap- 
peler, dans  ses  considérants,  l'état  général  de  l'Eglise  et  celui  de 
l'Église  gallicane.  Le  législateur  y  retrace  les  abus  qui  se  sont 
introduits  dans  la  collation  des  bénéfices,  ainsi  que  le  préjudice 
moral  et  matériel  qui  en  est  résulté  pour  le  royaume.  11  repré- 
sente l'appauvrissement  des  clercs  causé  par  les  exactions  multi- 
formes de  la  cbambre  apostolique,  les  plus  hautes  dignités  de 
l'Église  régulière  et  séculière,  conférées  arbitrairement  à  des 
sujets  indignes  et  devenues  l'appât  ainsi  que  la  proie  ~  de  la  cupi- 
dité. Il  fait  voir  les  sièges  épiscopaux,  la  charge  des  âmes,  don- 
nés à  des  étrangers,  qui  ne  résident  pas,  qui  ne  connaissent  pas 
même  de  vue  leurs  ouailles,  qui  ne  parlent  point  leur  langue,  et 
qui  perçoivent  les  fruits  de  ces  bénéfices  in  partibus,  sans  mettre 
jamais  le  pied  sur  le  territoire  où  ils  sont  situés.  Il  montre  enfin 
les  clercs  découragés  de  l'étude  et  de  la  culture  morale,  qualités 
désormais  inutiles  dans  Texerciced'un  sacerdoce,  dont  les  degrés 
et  les  insignes  sont  livrés  à  la  simonie,  etc.,  etc.'^ 

Le  premier  remède  indiqué  à  ces  maux  consiste  dans  la  réunion 
périodique  et  perpétueRe  des  conciles.  Ces  assemblées,  à  l'avenir. 
doivent  se  réunir  tous  les  dix  ans  pour  contrôler  le  gouvernement 


l.Th.  Basin,  t.  1,  p.  318. 

2.  L'un  des  faits  les  plus  remarquables  de  ce  genre  el  des  plus  scandaleux 
qu'on  puisse  citer,  est  le  débat  entre  Bernard  de  Casilhac  et  Robert  Daupbin,  qui, 
en  1435  et  années  suivantes,  se  disputèrent  le  siège  d'Albi  à  main  armée.  Cette 
lutte,  qui  ensanglanta  le  midi,  était  encore  pendante  en  1438,  et  fut  jugée,  après 
la  pragmatique,  au  Parlement  de  Paris. 

3.  «  Sicque  vultus  commissi  grogis  non  agnoscunt,  linguam  aliquando  non 
intelligunt.  etc.  «  Ordonn.  XIII,  2G9  et  s. 


de  l'Église  et  pour  réformer  les  abus.  Toute  puissance  ecclésias- 
tique, de  quelque  ordre  ou  dignité  qu'elle  soit,  même  de  l'ordre 
papal,  est  soumise  à  ce  contrôle.  Le  pape  ne  peut  ni  récuser,  ni 
dissoudre,  ni  empêcher,  ni  même  différer  le  concile,  si  ce  n'est 
par  des  motifs  spécifiés  et  prévus.  Le  concile  désigne  lui-même, 
en  se  prorogeant,  le  lieu  et  le  terme  de  sa  prochaine  convoca- 
tion ^ . 

La  pragmatique  sanction  rétablit  ensuite  le  principe  des  élec- 
tions capitulaires,  comme  la  source  en  général  de  toute  dignité  ou 
promotion  ecclésiastique.  Les  électeurs  doivent  avoir  en  vue  de 
choisir  exclusivement  le  plus  digne,  sans  acception  d'influences 
ni  d'intérêts  privés.  Toutefois,  le  roi  et  les  princes  peuvent  écrire 
aux  cliapitres,  mais  sans  intimidation  ni  menaces,  pour  leur 
recommander  des  sujets  jugés  dignes  de  cette  faveur. 

Il  sera  établi  non-seulement  dans  chaque  métropole,  mais  dans 
chaque  cathédrale,  une  prébende  de  théologal  ou  écolâtre  supé- 
rieur. Cette  charge  doit  être  dévolue  à  un  gradué  de  théologie, 
docteur,  licencié  ou  bachelier  au  besoin,  ayant  dix  années  d'étu- 
des universitaires  en  divinité.  Les  autres  prébendes  des  chapitres 
ou  collégiales  sont  attribuées,  dans  une  notable  proportion,  aux 
gradués  des  autres  facultés,  l'un  et  l'autre  droit,  médecine,  arts. 
Les  grâces  expectatives,  les  réserves  (ou  survivances  d'offices 
ecclésiastiques),  objets  de  trafic,  source  de  haines,  de  procès  et 
d'immoralités,  sont  abolies,  ainsi  que  les  annates,  premiers 
fruits,  ou  tributs  de  tout  genre  et  de  toute  dénomination,  perçus 
antérieurement  par  le  fisc  pontifical.  Une  légère  rétribution  est 
seulement  due  pour  rémunérer  les  scribes  et  dataires  de  la  chan- 
cellerie romaine,  auteurs  du  travail  de  plume  et  d'expédition 
graphique.  Une  taxe,  calculée  au  cinquième  d'une  année  de 
revenu,  sauf  quelques  dispositions  transitoires,  constitue  le  seul 
droit  pécuniaire,  fixé  par  la  loi  nouvelle,  au  profit  du  trésor  pon- 
tifical. 

Le  nombre  et  la  qualité  des  cardinaux  sont  également  régle- 
mentés par  le  législateur.  Ces  princes  de  l'Eglise  ne  doivent 
pas  s'élever  en  nombre  au-dessus  de  vingt-quatre.  L'âge  de 
trente  ans,  des  conditions  de  science,  de  lumières,  de  morahté. 


1.  On  ne  peut  s'empêcher  de  remarquer  que  Charles  Vil,  au  moment  où  il 
préconisait  la  perpétuité  des  conciles,  ces  parlements  de  la  société  chrétienne, 
abolissait  dans  son  royaume  la  périodicité  des  états-généraux. 


\i2  ' 

leur  sont  imposées.  Les  diverses  nations  doivent  être  représentées 
dans  le  sacré  collège,  qui  demeurera  Ibniiêauxbâtards,  auxintirmes, 
aux  liommes  diffamés.  La  pourpre  romaine  ne  peut  être  rare- 
ment accordée  aux  fils  de  rois  ou  de  princes,  et  jamais  aux  neveux 
des  papes,  nés  de  leurs  frères  ou  de  leurs  sœurs. 

Les  derniers  articles  de  la  pragmatique  sanction  prescrivent 
l'ordre  et  la  décence  dans  la  célébration  du  culte.  Ils  proscrivent 
les  spectacles  à  l'intérieur  des  églises,  notamment  la  fête  des 
fous  et  autres  saturnales  des  temps  anciens  qui  s'y  pratiquaient 
encore.  Ils  édictent  des  peines  contre  les  prêtres  concubinaires  et 
règlent  enfin  divers  points  secondaires  d'ordre  et  de  discipline. 

Pour  peu  qu'on  se  rappelle  les  orages  survenus  à  cent  ans  de 
là  au  sein  de  l'Église,  la  sagesse  et  la  prévoyance  qui  régnent 
dans  la  plupart  de  ces  dispositions  ne  manqueront  pas  de  s'y 
révéler  à  l'esprit.  Que  de  maux  la  papauté  se  serait  épargnés  si 
elle  avait  souscrit  à  ces  mesures  ! 

A  l'instar  de  Charles  Vil,  Albert  d'Autriche,  empereur  d'Al- 
magne,  convoqua,  en  1438  et  1439,  diverses  diètes  où  se 
réunirent  les  électeurs  et  les  prélats  de  l'empire.  Les  affaires 
de  l'Église  y  furent  également  débattues  et  en  partie  réglementées 
sous  les  auspices  des  seigneurs  temporels.  Charles  A^ II  suivit  avec 
sollicitude  ces  travaux,  qui  contribuaient  à  Tordre  général  de 
l'Éghse  et  des  États.  Il  s'y  fit  assidûment  représenter  par  ses 
ambassadeurs  ^ . 

Cependant,  la  lutte  continuait  entre  le  pape  et  le  concile  de 
Bâle.  Des  procédures  furent  engagées  contre  le  souverain  pon- 
tife, qui  frappa  de  censure  les  pères  assemblés.  Le  concile  taxa 
de  conventicule  la  réunion  convoquée  par  Eugène  IV  à  Ferrare, 
puis  à  Florence,  puis  à  Rome.  Enfin,  le  pape  fut  déposé  au  mo- 
ment où  il  prononçait  la  réunion  de  l'Eglise  gréco-latine,  ou  du 
moins  le  concile  proclama  sa  déchéance.  Bientôt  un  nouvel  anti- 
pape parut  sous  le  nom  de  Félix  V.  Charles  VII,  dans  cette 
extrémité,  se  porta  intrépidement  du  côté  où  éclatait  le  péril. 
Sans  balancer  il  se  prononça  contre  Tanti-pape,  en  faveur  d'Eu- 
gène IV  :  conduite  d'autant  plus  louable,  que  des  hens  multiples 
d'alliance,  de  voisinage  et  d'amitié,  le  rattachaient  à  Félix  V, 
père  du  duc  régnant  de  Savoie.  Eugène  IV  mourut  le  23  février 
1447,  pendant  le  cours  même  des  négociations  que  Charles  VII 

1.  Hist.  gall.  p.  335  et  suiv.  Concilia  de  Hardouin,  t.  9,  p.  115G  et  s. 


us 

avait  entamées,  de  la  manière  la  plus  heureuse  et  la  plus  active, 
pour  étouffer  le  nouveau  schisme  pontifical^. 

Ces  efforts,  peu  de  temps  après,  furent  couronnés  du  succès  qui 
leur  était  dû.  En  1448,  sous  le  pontificat  de  Nicolas  V,  eut  lieu 
la  célèbre  ambassade  conduite  a  Rome  par  Jacques  Cœur,  au  nom 
du  roi  de  France.  Le  7  avril  de  l'année  suivante,  Félix  V  abdiquait 
sa  dignité  contestée,  l'unité  était  rendue  au  saint-siége.  Un 
résultat  aussi  précieux  fut  l'œuvre  éclatante  de  Charles  VII,  et  la 
chrétienté  tout  entière,  qui  lui  devait  l'ordre  et  la  paix,  l'en  pro- 
clama l'auteur  dans  un  concert  de  louanges.  Mais  en  même  temps 
qu'il  donnait  à  l'Eglise  ces  garanties  de  dévoûment  et  de  fidélité, 
Charles  VII  consolida  et  soutint  d'une  main  ferme  la  pragmatique 
sanction.  Il  fit  respecter,  avec  une  vigilante  sollicitude,  les 
ordonnances  et  les  principes  qui  se  rattachaient,  en  France,  aux 
plus  anciennes  traditions  nationales  et  qui  s'unissaient  aux  plus 
solides  fondements  du  droit  public  '\ 

Après  le  règne  éphémère  de  Calixte  III  ^,  le  pape  Pie  II  lui 
succéda  (3  septembre  1458).  Peindre  au  vif  la  cour  de  Rome  et 
le  haut  clergé  de  l'Italie  à  cette  époque  remarquable  (et  repré- 
sentée jusqu'ici  sous  de  bien  pâles  couleurs  dans  nos  histoires 
françaises),  est  une  tâche  attrayante  et  propre  à  tenter  le  talent 
de  l'écrivain.  Enée-Silvie  Piccolomini,  pape  sous  le  nom  de  Pie  II, 
offrirait  l'une  des  figures  intéressantes  de  ce  tableau.  Doué  des 
facultés  les  plus  brillantes,  l'éclat,  chez  lui,  comme  chez  tant 
d'autres  astres  de  sa  pléiade  contemporaine,  s'aclietait  au  prix 
de  la  solidité.  Un  enthousiasme  bouillant,  mais  peu  consistant  et 
peu  sérieux,  était,  pour  ces  beaux  esprits,  artistes  et  littérateurs 
avant  tout,  la  vertu  nouvelle  qui  remplaçait  la  foi  des  anciens 
jours.  Pie  II,  dans  sa  jeunesse,  avait  subi  au  plus  haut  degré 
les  entraînements  moraux  et  intellectuels  de  son  pays  et  de  son 
époque.  Il  avait  complètement  partagé  les  passions  de  cette  école, 
dont  tout  le  feu  était  dans  l'esprit,  école  enivrée  de  renaissance, 
mais  rongée  au  fond  d'un  scepticisme  dont  nous  pouvons  à  peine 
concevoir  la  hardiesse  et  l'étendue.  Secrétaire  de  plusieurs  légats. 


1.  Histoire  de  l'Église.  Spicileg.,  t.  IV,  p.  321.  J.  Charlier,  in-lG,  t.  II,  p.  48 
et  s.  Raiaaldi,  1447,  n"  19;  1449,  n"  2. 

2.  J.  Cliartier,  p.  55  et  s.  Concilia,    t.    I.\,  p.  1334.  Ms.   latin  5,414  A,  f"  81. 
Ms.  Brienue,  155,  f"  190  à  200. 

3.  1455-1458. 

8 


le  jeune  Piccolomini  avait  parcouru  en  diplomate  les  diverses 
cours  de  l'Europe,  et  ce  genre  d'expérience  n'avait  point  contribué 
à  rallumer  dans  son  cœur  une  foi  candide.  Membre  et  secrétaire 
du  concile  de  Bàle,  il  fit  chorus  avec  les  réformateurs,  et  la  prag- 
matique sanction,  dans  sa  nouveauté,  n'avait  point  eu  de  plus 
chaleureux  partisan. 

Mais  lorsque  l'auteur  à'Euryale  et  Lucrèce,  devenu  vieux, 
s'assit  à  son  tour  sur  la  chaire  de  saint  Pierre,  il  lui  fallut  adorer 
ce  qu'il  bi'idait,  et  brider  ce  qu'il  adorait  jadis.  Charles  VII  trouva 
dans  la  personne  de  Pie  II  un  adversaire  ardent,  opiniâtre.  La 
pragmatique  sanction  devint  spécialement  entre  eux  le  sujet  de 
graves  dissentiments.  A  peine  monté  sur  le  trône  pontifical, 
Pie  II  réprouva,  dans  des  termes  empreints  d'une  animosité 
remarquable,  cette  constitution  qui,  autrefois,  avait  obtenu  ses 
vifs  applaudissements.  Le  pape  déclara  une  guerre  ouverte  contre 
la  pragmatique  sanction. 

La  situation  générale  de  l'Eglise  et  du  saint-siége  devenait 
ciiaque  jour  plus  critique  et  plus  grave,  tant  à  l'intérieur  qu'à  l'exté- 
rieur. Constantinople,  cette  seconde  Rome  du  monde  chrétien, 
avait  été  prise  par  les  Turcs,  en  1453.  Les  armes  de  Mahomet  II 
menaçaient  non-seulement  l'Italie,  siège  de  la  catholicité,  mais 
l'occident  lui-même.  L'Europe  devait  se  croire  à  la  veille  d'une 
nouvelle  invasion  des  Sarrasins.  Calixte  III  voulut  organiser 
une  croisade  des  princes  chrétiens,  et  commença  par  battre  mon- 
naie, en  promulguant  ses  célèbres  indulgences.  Pie  II  poursuivit 
avec  beaucoup  de  zèle  et  d'activité  l'entreprise  de  son  prédéces- 
seur. Il  s'adressa  au  roi  Charles  YII,  et  le  pressa  de  participer  à 
la  guerre  sainte,  en  premier  lieu,  par  le  moyen  de  contributions 
pécuniaires  levées  à  la  fois  sur  le  trésor  laïque  et  sur  celui  du 
clergé,  secondement,  par  une  coopération  directe  et  militaire. 

Mais  les  temps  étaient  changés  !  La  couronne  de  France  ne 
ceignait  plus  le  front  d'un  saint  Louis.  La  chrétienté  elle-même 
ne  pouvait  qu'avec  peine  reconnaître,  sur  le  trône  de  saint 
Pierre,  en  la  personne  du  spirituel  Enée,  le  successeur  des  Gré- 
goire VII,  des  Urbain  II  et  des  Innocent  III.  Le  feu  sacré,  qui 
avait  enflammé  les  enfants  du  Christ,  s'était  éteint  et  refroidi 
depuis  deux  siècles.  D'autres  idées,  d'autres  intérêts  avaient 
grandi.  Les  princes  chrétiens  et  le  fils  aîné  de  l'Eglise  ne  répon- 
dirent que  tièdement  à  cet  appel . 

Vainement  Eugène  IV,  pour  rattacher  au  saint-siége  la  tige 


^^5 

de  la  fleur  de  lys,  nomma-t-il,  en  1444,  Louis  Dauphin,  gonfa- 
lonnier  de  l'Église,  avec  une  pension  de  quinze  mille  florins  sur 
la  chambre  ou  trésor  apostolique.  Calixte  III,  après  avoir  gour- 
mande le  roi  de  France  sur  son  insensibilité  religieuse  et  sur  sa 
froideur,  lui  décerna  vainement,  en  1457,  la  rose  d'or  ^  Pie  II,  à 
son  tour,  fit  successivement  usage,  envers  Charles  VII,  de  la 
prière,  de  l'imprécation  et  des  menaces.  Un  médiocre  succès 
demeura  le  fruit  de  ces  efîbrts^ 

Charles  VII,  en  1456,  ne  laissa  point  promulguer  dans  son 
royaume  les  indulgences  contra  Turcos,  ni  percevoir,  sous 
cette  forme,  un  genre  de  tributs  ou  d'exactions,  prohibé  par  ses 
ordonnances.  Il  accorda  seulement  au  pape,  et  sous  réserve,  la 
permission  de  lever  en  France  un  décime  sur  le  clergé  français- 

Lui-même,  en  1457,  octroya,  sur  ce  décime,  au  grand  maître 
de  Rhodes,  un  secours  de  seize  mille  écus.  Il  encouragea  de  ses 
louanges,  de  son  alliance  et  de  son  concours  moral,  les  princes 
allemands,  tels  que  Ladislas  de  Hongrie,  dont  les  états  formaient 
vis-à-vis  de  l'islamisme  la  frontière  et  l'avant-garde  naturelle 
de  la  chrétienté.  Mais  il  refusa  ses  soldats.  En  effet,  dans  ce 
temps  même,  la  Guyenne,  pays  de  marchands,  mal  rallié  à  la 
cause  française,  tentait  de  se  détacher  par  un  nouveau  soulève- 
ment. Le  duc  d'Alençon,  trahissant  sa  patrie,  menait  des  intelli- 
gences avec  l'Angleterre.  Pierre  de  Brezé,  premier  ministre  du 
roi,  s'embarqua  le  20  août  1457  à  Honfleur,  et,  prenant  à  son 
tour  l'ofiensive,  il  opéra  une  descente  armée  à  Sandwich  ^. 

Un  fait  digne  d'observation,  c'est  que,  dans  ce  différend  entre 
la  France  et  le  chef  de  l'Eglise,  la  plus  forte  résistance  que  ren- 
contra le  pape  fut  celle  du  clergé.  Lorsqu'il  s'agit  de  lever  le 
décime,  consenti  par  le  souverain,  les  prélats  réclamèrent  auprès 
du  saint  père  et  le  prièrent  de  les  en  décharger.  Le  pape  répondit 
avec  courroux  à  ces  supplications,  qu'il  censura  comme  indignes 
et  scandaleuses '^  Alors  le  clergé  en  appela  du  pape  au  concile. 

1.  La  rose  d'or  était  une  marque  d'honneur  que  le  pape  offrait  ou  attribuait 
tous  les  ans,  le  4^  dimanche  du  carême,  à  quelque  bienfaiteur  ou  bienfaitrice 
de  l'Église  et  du  Saint-Siép;e. 

2.  Rainaldl,  1444,  n°  13;  1457,  n»  52. 

3.  RainaUli,  1456,  n"  3  et  5;  1457,  n'  54,  59.  Ms.  fr.  5909,  f"  viij^xiij  ;  Gode- 
froy,  Charles  VII,  p.  475.  Bosio,  Istoria  dellareligionedi  S.  Giovanni,  t.  II,  p. 
245,  258. 

4.  Déjà  le  clergé  de  France  avait  tenu  exactement  la  même  contîuile  en  12G6, 
lors  de  la  dernière  croisade. 


446 

Ces  actes  d'opposition  ou  de  résistance  trouvaient  ainsi  un  point 
d'appui  commun  dans  les  doctrines  gallicanes  et  dans  la  pragma- 
tique sanction.  Aussi  Calixte  III  et  surtout  Pie  II  s'élevèrent-ils, 
avec  une  véhémence  toute  spéciale,  contre  cet  édit.  L'un  et  l'autre 
s'efforcèrent  sans  relâche  d'en  poui'suivre  l'anéantissement*. 

Au  sein  de  l'église  grecque,  la  foi  s'était  émiettée  et  pulvérisée 
comme  du  sable  en  passant  par  le  crible  de  la  scholastique.  Les 
docteurs  de  cette  église,  pleins  de  science,  aboutissaient,  comme 
Gémiste  Pléthon,  à  une  revendication  éhontée  du  paganisme  de 
l'antiquité.  Frappé  des  signes  visibles  delà  décadence,  ce  rameau 
de  la  loi  chrétienne  était  condamné  désormais  à  son  irrémédiable 
et  définitive  stérilité.  Par  politique  et  du  bout  des  lèvres,  les 
empereurs  bysantins  avaient  consenti  un  simulacre  de  ralliement 
à  l'unité.  Au  milieu  de  ces  difllcultés  s'ouvrit  le  congrès  de  Man- 
toue,  juin  à  novembre  1459.  Pie  II  y  renouvela  ses  instances 
envers  les  princes  chrétiens,  pour  raffermir  le  faisceau  de  l'Eglise 
et  combattre  les  infidèles.  Charles  VII  se  fit  représenter  à  ce 
congrès.  Mais  la  mésintelligence  continuait  de  régner  entre  la 
tiare  et  la  couronne.  Le  prince  de  Rome  et  le  roi  de  France  se 
résistaient  et  se  traversaient  mutuellement.  Charles  VII  ne 
cessait  de  maintenir  et  de  faire  observer  la  pragmatique.  Il 
reprochait  au  pape  de  favoriser,  à  Naples,  la  maison  d'Aragon, 
en  la  personne  de  Ferdinand,  compétiteur  de  René  d'Anjou, 
beau-frère  du  roi  de  France.  En  1460,  Pie  II  fomenta  des  troubles 
à  Gênes  et  fit  abohr  dans  ce  pays  la  domination  qu'y  exerçait 
Charles  VII.  Le  pape,  contre  le  gré  du  roi  de  France,  favorisa 
l'élévation  au  siège  de  Tournai  d'un  prélat  que  protégeait  le  duc 
de  Bourgogne.  En  1461,  Jean  Dauvet,  procureur  général  près 
le  parlement  de  Paris,  protesta  publiquement,  au  nom  du  roi, 
contre  une  bulle  du  18  janvier  1460  qui  condamnait  la  pragma- 
tique sanction  et  les  doctrines  gallicanes-. 

Charles  VII  mourut  le  22  juillet  1461,  au  plus  fort  de  ces 
embarras,  de  cette  difficulté,  qu'il  légua  tout  entière  à  son  suc- 
cesseur. 


1.  Rainaldi,  1456,  n"  4;  1457,  n°  54,  55,  etc. 

2.  Traité  des  lois,  par  Gémisthe  Pléthon,  publié  par  M.  C.  Alexandre,  de  l'Ins- 
titut, Paris,  Didot,  1858,  in-8".  Ms.  Brieune,  n"  155,  f"  210  et  s.  Rainaldi,  1458, 
n°  16;  1459,  n"  66,  68,  69;  1460,  n"  731.  Ordonnances,  XIV,  385.  Histoire  de 
l'Église  gallicane,  t.  XXI,  pages  23  à  35.  Th.  Basin.  t.  1,  p.  319  et  suiv..  etc. 


^^7 


CHAPITRE  V. 


«  Assigner  la  part  quo7it  prise  à  ces  diverses  mesures,  la 
noblesse,  le  clergé  et  le  tiers-état.  » 


CONCLUSION. 


Déjà,  dans  les  chapitres  qui  précèdent,  nous  croyons  avoir 
répondu  analytiquement  à  cette  question  finale.  Cependant,  le 
rédacteur,  après  avoir  énoncé  les  diverses  parties  du  programme, 
revient,  par  un  dernier  membre  de  phrase,  sur  ce  dernier  point. 
La  pensée  de  l'Académie  se  laisse  pénétrer  par  notre  attention. 
En  efîet,  cette  fin  de  la  question  posée  correspond  à  un  résultat 
historique,  où  gît,  pour  ainsi  dire,  l'afi^abulation  ou  la  moralité 
philosophique  de  toute  cette  étude. 

Pour  répondre  à  cette  indication,  nous  allons  essayer  ci-après 
de  dégager  et  de  mettre  en  lumière  ce  résultat.  Revenant  de  plus 
haut  sur  nos  pas,  nous  récapitulerons  ici,  dans  un  résumé  som- 
maire, les  conséquences  que  nous  avons  déjà  déduites,  l'une  après 
l'autre,  de  l'examen  des  documents  et  des  faits.  Ce  sera  la  con- 
clusion du  présent  travail. 

Charles  VII  employa,  pour  l'œuvre  de  son  règne,  les  trois 
ordres  qui,  de  son  temps,  composaient  la  société.  Il  employa  la 
noblesse  ou  les  gens  de  guerre,  à  la  guerre;  le  clergé  ou  les  gens 
d'église,  à  l'église;  mais  il  employa  partout  le  tiers-état. 

Dans  le  premier  chapitre  de  ce  mémoire,  nous  avons  montré, 
en  invoquant  le  langage  et  les  procédés  statistiques,  cette  acces- 
sion du  tiers-état  sur  la  grande  scène  des  afi^aires.  On  l'a  vu 
entrer  au  conseil  du  prince  et  peupler  les  hautes  régions  adminis- 
tratives, en  supplantant  plus  d'une  fois  les  nobles,  ses  prédéces- 
seurs. L'impôt  étendu,  généralisé,  rendu  permanent  comme  les 
besoins  de  l'État,  constitue  un  des  grands  travaux  de  ce  règne, 
une  des  améliorations  notables  introduites  au  sein  de  l'adminis- 
tration. Charles  VII,  pour  réaliser  ce  progrès,  trouva  des 
auxiliaires  dévoués,  des  collaborateurs  indispensables,  des  mi- 
nistres pleins  de  lumières  et  d'activité,  en  la  personne  de  ces 
mêmes  conseillers  tirés  du  tiers-état. 

Après  cent  ans  d'une  lutte  acharnée  contre  l'Angleterre,  la 


France  prit  conscience  d'elle-même  et  s'affirma  définitivement 
comme  nation.  Au  milieu  de  cette  collision  sanglante,  Jeanne 
la  Pucelle  fut  la  porsonnificaticm  du  peuple  qui  se  révêlait  ainsi. 
Charles  A^II,  dans  ses  actes,  suivit  de  loin  cette  admirable 
manifestation.  Il  la  suivit  d'un  pas  tardif,  mais  sûr  et  intelligent. 
Il  dota  la  France  d'une  défense  permanente.  Ici  le  tiers-état  n'appa- 
raît plus  seulement  comme  ouvrier,  mais  au  premier  chef  comme 
acteur.  Avec  lui  l'égalité  civile  pénètre,  du  moins  en  principe,  au 
sein  de  l'armée,  pour  n'en  plus  sortir.  Los  hauts  grades  militaires 
et  généralement  le  commandement,  demeurèrent,  connue  par  le 
passé,  l'attribut  de  la  noblesse.  Cet  état  de  choses  se  continua 
jusqu'à  la  Révolution  française.  Mais  la  semence  était  jetée. 
Désormais,  la  victoire  appartenant  au  nombre,  le  tiers-état 
comptait.  Car  il  marchait  sous  les  drapeaux  à  côté  du  noble.  Le 
fruit  était  mûr,  lorsqu'en  1780  l'égalité  civile  fut  de  tout  point 
proclamée. 

Enfin,  pour  ce  qui  concerne  les  faits  religieux,  nous  avons 
indiqué  d'abord  la  connexion  qui  exista  au  xv°  siècle  entre  ce 
srenre  de  faits  ou  de  sentiments  intimes  et  la  libération  de  la 
France.  A  l'aide  de  documents  peu  employés  jusqu'ici,  nous 
avons  fait  voir  la  part  que  prirent  à  ces  sentiments  le  peuple  et 
les  conseillers  rehgieux  du  peuple.  Ici,  comme  dans  le  cas  précé- 
dent, Cliarles  VII  suivit  et  sanctionna  un  mouvement  qui  s'était 
produit  sans  ce  prince  et  hors  de  son  action.  Charles  VII,  en 
promulguant  la  pragmatique-sanction,  donna  une  constitution 
légale  et  politique  à  l'Eglise  nationale.  Cet  acte  fut  l'œuvre  du 
monarque  et  de  l'Eglise.  Mais,  sous  la  robe  des  êvêques,  du  clergé, 
des  docteurs  qui  construisirent  et  maintinrent  ce  monument  des 
libertés  gallicanes,  nous  retrouvons  encore,  dans  une  forte 
proportion,  le  tiers-état. 

Ainsi,  par  ces  divers  chemins,  le  tiers-état  au  xv^  siècle  monte 
et  apparaît  aux  premiers  plans,  sur  le  théâtre  des  grands  inté- 
rêts publics.  C'est  là  le  trait  le  plus  saillant  qui,  si  nous  ne  nous 
trompons,  caractérise  historiquement  le  règne  de  Charles  VII. 


NOTICE 


SUR 


A.  J.  V.    LE   ROUX   DE   LINCY 


C'est  un  usage  respectable  et  depuis  longtemps  établi  de 
conserver  dans  ce  recueil  la  mémoire  des  anciens  élèves  de 
l'École  des  chartes  cpii  se  sont  distingués  par  leurs  travaux  et 
leur  dévouement  à  l'institution  qui  nous  unit.  Nul  mieux  que 
M.  Le  Roux  de  Lincy  n'a  mérité  cet  hommage,  puisque  non- 
seulement  les  nombreux  articles  qu'il- a  fournis  à  la  Bibliothèque 
de  l'École  des  chartes,  et  les  travaux  encore  plus  considérables 
qu'il  a  publiés  au  dehors ,  mais  encore  le  zèle  qu'il  a  déployé 
pour  la  fondation  et  le  développement  de  notre  société,  doivent 
le  recommander  au  souvenir  et  à  la  reconnaissance  de  tous  ses 
confrères  anciens  et  nouveaux.  A  défaut  des  anciens  que  nous 
avons  perdus  avant  lui ,  ou  qui  lui  ont  rendu  déjà  un  hommage 
affectueux  et  touchant',  qu'il  nous  soit  permis,  à  nous  qui  parmi 
les  jeunes  confrères  de  M.  Le  Roux  de  Lincy  l'avons  le  mieux 
connu  dans  ses  dernières  années,  ayant  été  associé  à  ses  travaux 
et  ayant  eu  part  à  son  amitié,  de  fixer  en  quelques  pages  la  mé- 
moire de  sa  vie  et  des  ouvrages  si  divers  et  si  nombreux  qu'i  1  a 
produits  dans  une  longue  et  laborieuse  existence.  Heureux  si  nous 
pouvons  dans  cette  courte  notice  retracer  la  marche  et  l'ensemble 
de  ses  travaux  et  en  marquer  la  véritable  importance  pour  les 
différentes  branches  de  l'histoire,  principalement  celle  du  moyen- 
àge! 

1.  M.  J.  Quicherat,  Discours  prononcé  aux  obsèques  d'A.  J.  V.  Le  Roux  de 
Lincy,  dans  ce  recueil,  6'  série,  tom.  V,  p.  363.  Ce  discours  a  été  reproduit 
dans  la  Revue  de  VlnslrucHon  publique,  n°  du  3  juin  1869.—  H.  Cocheris,  dans 
le  Bulletin  du  Bibliophile,  1869,  p.  315.  Voir  aussi  un  article  de  M.  Gaston  de 
Bourge,  exlr.  du  Bibliophile  français,  1869,  iu-8.  et  la  Revue  de  la  Nonnan- 
die,  tome  9%  1869,  Rouen,  pag.  366-368. 


120 

Antoine-Jean-Victor  Le  Roux  de  Lincy  naquit  à  Paris  le 
22  août  1800  ;  il  y  est  mort  le  13  mai  1869.  Passionné  pour  les 
livres  dès  son  enfance,  nn  goût  très-vif  d'études  sérieuses  le  fit 
entrer  k  l'École  des  chartes,  qui  venait  d'être  réorganisée  par 
l'ordonnance  royale  du  11  novembre  1829. 

Nommé  élève  pensionnaire  le  3  janvier  1831,  M.  Le  Roux  de 
Lincy  se  sentit  d'abord  attiré  par  l'étude  de  notre  ancien  langage  et 
de  notre  vieille  poésie  française,  alors  si  peu  connue.et  si  dédai- 
gnée. Il  s'y  appliqua  avec  ardeur,  et  les  connaissances  littéraires 
et  philologiques  qu'il  acquit  dès  lors  lui  valurent  une  juste  répu- 
tation et  lui  donnèrent  pour  toute  sa  longue  carrière  une  compé- 
tence spéciale  en  ces  matières,  en  même  temps  qu'elles  lui 
ouvraient  des  sources  de  renseignemens  dont  il  a  fait  plus  tard 
largement  usage  ;  car  on  peut  remarquer  que  la  partie  philolo- 
gique de  ses  autres  travaux  est  toujours  très-soignée. 

Le  premier  texte  k  l'éditiou  duquel  il  coopéra  est  le  roman  de 
Garin  le  Loherain,  publié  par  M.  Paulin  Paris  en  1833,  et 
dont  notre  confrère  donna  l'analyse  en  1835  '.  C'était  le  moyen 
d'initier  le  public  lettré  k  notre  ancienne  poésie,  en  lui  résumant 
brièvement  le  sujet  de  très-longs  poèmes  dont  la  lecture  est  sou- 
vent fastidieuse.  L'année  suivante,  M.  Le  Roux  de  Lincy  publia 
le  texte  du  Roman  de  Brut,  par  Wace,  poète  du  XIP  siècle-, 
en  y  ajoutant  un  glossaire,  nn  index  et  des  notes,  comme  il  eut 
soin  d'en  joindre  depuis  k  tous  ses  travaux.  Son  édition  est  en- 
core la  seule  que  nous  ayons  et  il  a  le  mérite  d'avoir  été  le 
premier  k  faire  connaître  en  entier  ce  texte,  fort  difficile  k  élu- 
cider. 

Vers  le  même  temps,  M.  Le  Roux  de  Lincy  publiait  l'intro- 
duction d'un  grand  ouvrage  qu'il  projetait  sous  ce  titre  :  le 
Livre  des  Légendes'^,  et  qui  dans  sa  pensée  devait  être  comme 
le  résumé  de  toutes  les  histoires  merveilleuses  que  les  temps  an- 
ciens et  surtout  le  rao}- en-âge  nous  ont  léguées.  Son  travail  devait 

1.  Analyse  critique  et  liltcraire  du  roman  de  Garin  le  Loherain,  précédée  de 
quelques  observations  sur  l'origine  des  romans  de  chevalerie,  par  Le  Roux  de 
Lincy.  Paris,  1835,  in-1-2. 

2.  Le  lioman  de  Brut,  par  UV/ce,  poêle  du  XIP  siècle,  publié  pour  la  pre- 
mière fois  d'après  les  manuscrits  des  bibliollièques  de  Paris,  '2  vol.  in- 12, 
Rouen,  183G-1838;  su\\i  àe  Analyse  du  roman  de  Brut,  par  Wace,  1vol. 
Rouen,  1838.  ' 

Z.  Le  Livre  des  Légendes,  inlrodudion.  Paris,  1836.  in-8. 


V2i 

comprendre  plusieurs  séries  :  légendes  sacrées,  légendes  mer- 
veilleuses, légendes  liistoriques,  qui  auraient  embrassé  dans  leur 
ensemble  tous  les  récits  merveilleux  relatifs  aux  personnages 
sacrés  et  profanes  et  aux  faits  inventés  par  l'imagination  des 
conteurs  populaires.  Une  autre  partie  du  travail  devait  s'ap- 
pliquer aux  animaux  et  aux  objets  de  la  nature  physique.  De  ce 
trop  vaste  projet,  l'auteur  n'a  exécuté  que  l'introduction,  dans 
laquelle  il  a  donné  des  exemples  de  chaque  genre  de  légendes,  et 
principalement  de  celles  qui  sont  relatives  aux  sciences  natu- 
relles et  au  monde  merveilleux,  comme  les  nains,  les  fées,  etc., 
en  les  faisant  suivre  de  textes  fort  intéressants  tirés  des  monu- 
ments de  notre  ancienne  poésie  française. 

Presque  à  la  même  époque  et  dans  le  même  ordre  d'idées, 
l'auteur  publiait  à  la  suite  d'un  travail  de  M.  Loiseleur  Deslong- 
champs  ^  des  extraits  d'une  traduction  en  prose  du  Roman  des 
Sept  Sages  de  Rome,  autrement  dit  du  Dolo'pathos  d'Herbert, 
d'après  des  manuscrits  du  XIIP  siècle.  Notre  confrère  a  donné 
une  analyse  complète  de  cette  histoire  merveilleuse,  dont  l'origine 
hébraïque  a  été  soutenue  par  Isl.  Loiseleur-Deslongchamps,  dans 
ce  même  volume. 

Mais  il  a  été  établi  depuis  que  la  source  première  de  l'histoire 
des  Sept-Sages  se  trouve  dans  un  livre  indien  intitulé  Çukasap- 
tati,  traduit  d'abord  en  persan  par  Nachschebi,  dans  une  suite 
de  nouvelles  connues  sous  le  nom  de  Tuti-Nameh.  Le  texte 
hébreu  n'est  lui-même  qu'une  traduction  de  l'œuvre  primitive. 
Ce  qui  a  été  démontré  aussi,  c'est  que  le  texte  de  VHistoria  sep- 
tem  sapientwn  n'était  pas,  comme  le  croyait  M.  Loiseleur- 
Deslongchamps,  celui  de  Dom  Jehans  qui  avait  servi  à  Herbert  ; 
l'opinion  contraire,  soutenue  par  M.  de  ]Montaiglon,  s'est  trouvée 
confirmée  par  la  découverte  de  l'original  latin  du  poème  d'Her- 
bert faite  par  M.  Mussafia  dans  un  ms.  de  la  Bibliothèque  impé- 
riale de  Vienne  2. 


1.  Essai  sur  les  fables  indiennes  et  sur  leur  introduction, en  Europe,  par 
A.  Loiseleur-Deslongchamps,  suivi  du  fiotnan  des  Sept-Sages  de  Rome,  en  prose, 
publié  pour  la  première  fois  d'après  un  ms.  de  la  Bibl.  roy.,  avec  une  analyse 
et  des  extraits  du  Dolopathos.  Paris,  1838,  in-8. 

2.  Voir  Li  Romans  de  Dolopaihos,  publ.  pour  la  prera.  fois  en  entier  d'après 
le  ms.  de  la  Bibl.  imp.  par  Ch.  Brunet  et  A.  de  Montaiglon.  Paris,  1856,  in- 
16,  et  surtout  la  dissertation  de  Doraenico  Comparetti  intitulée  :  Intorno  al 
libro  dei  Sette  Savj  di  Roma,  Pisa,  1865,  in-8,  37  pag. 


^22 

Nous  placerons  encore  dans  cette  même  série  des  œuvres  de 
notre  confrère  son  Essai  historique  et  littéraire  sur  l'abbaye 
de  Fécaynp  (avec  gravures  à  l' eau-forte  par  Romain  de  Bourge, 
Rouen,  Edouard  Frère,  1840).  Si  en  effet  nous  mettons  à  part 
l'introduction,  qui  n'est  qu'un  résumé  historique  sur  l'abbaye, 
et  plusieurs  pièces  placées  à  la  fin  du  volume,  comme  la  liste  des 
abbés  et  une  chronique  manuscrite  de  l'abbaye  ,  écrite  au  dix- 
huitième  siècle,  le  reste  de  l'ouvrage  a  trait  à  l'histoire  littéraire. 
L'auteur  s'est  attaché  à  recueillir  les  légendes  et  les  traditions 
poimlaires  relatives  à  l'abbaye  de  Fécamp.  11  a  publié  en  entier 
sur  la  plus  célèbre  d'entre  elles,  celle  du  Précieux-Sang,  un 
poème  d'après  un  manuscrit  du  XV"  siècle  et,  pour  mieux  en 
montrer  l'oi'igineetles  développements,  il  a  donné  une  analyse  du 
roman  du  saint  Graal  en  prose  et  fait  voir  quelle  influence  les 
romans  de  la  Table-Ronde  et  la  légende  du  saint  Graal  avaient 
eue  sur  celle  du  Précieux-Sang.  11  est  peut-être  bon  de  noter  ici 
que  c'est  en  appendice  à  cet  ouvrage  que  le  même  éi'udit  a  publié 
une  charte  du  XIP  siècle  qui  prouve  l'existence  d'une  confrérie 
de  jongleurs  établie  à  Fécamp  depuis  la  première  moitié  du 
XI®  siècle  et  qui  durait  encore  au  XV^ 

L'année  1841  vit  paraître  deux  des  ouvrages  les  plus  remar- 
qués du  savant  auteur,  son  Recueil  de  Chants  historiques  et 
popidaires  et  sa  publication  des  Quatre  livres  des  Rois.  Le 
premier  *  est  un  recueil  très-intéressant  de  pièces  se  rapportant 
non-seulement  à  l'histoire  proprement  dite,  mais  à  l'histoire  lit- 
téraire, à  celle  des  mœurs  et  des  croyances  depuis  le  XIF  siècle 
jusqu'au  XYP.  C'était  une  heureuse  idée  de  recueillir  les  chansons 
qui  parurent  en  France  à  toutes  les  époques  de  notre  histoire  et 
sous  l'inspiration  des  événements  publics,  dont  eUes  conservent 
souvent  seules  la  mémoire,  et  grâce  à  de  longues  recherches 
l'auteur  a  pu  en  réunir  un  nombre  considérable;  il  ne  faudrait 
pas  croire  cependant  que  c'est  un  ensemble  complet  ;  un  choix 
habile  a  été  fait  du  XIP  au  XVF  siècle  ;  d'autres  travaux  n'ont 
malheureusement  pas  permis  à  notre  confrère  d'aborder  les 
XVir  et  XVllF  siècles,  comme  il  l'avait  annoncé.  Quelques- 
unes  de  ces  chansons  étaient  inédites,  ou  avaient  été  publiées  par 


1.  Recueil  de  Chants  historiques  français  depuis  le  XI 1"^  jusqu'au  XVIIP  siècle, 
avec  des  notices  et  une  introduction.  Paris,  1841  et  18i2,  2  vol.  du  Xil-^  au 
XVP  s.  seulement. 


^23 

lui  d'abord  dans  ce  recueil  ^  ;  il  a  puisé  les  autres  dans  des  ou- 
vrages soit  manuscrits,  soit  imprimés,  mais  peu  accessibles  au 
plus  grand  nombre  des  lecteurs.  On  voit  passer  successivement 
dans  ces  deux  volumes  les  princes  chansonniers,  les  troubadours 
et  les  trouvères,  et  enfin,  au  XV«  siècle,  les  lettrés  ou  clercs 
lisants  ;  on  y  rencontre  tous  les  genres,  depuis  la  chanson  guer- 
rière, depuis  le  sirvente  railleur  jusqu'aux  ballades  et  aux 
chansons  à  boire.  Nous  nous  sommes  étendu  sur  ce  livre,  pour  en 
faire  comprendre  le  caractère;  l'auteur  a  voulu,  comme  il  l'a  dit 
lui-même,  et  comme  il  y  a  réussi,  élever  un  monument  à  l'his- 
toire de  notre  pays  et  prouver  qu'il  pouvait  avoir,  comme  d'au- 
tres, un  recueil  de  chansons  historiques  et  populaires. 

Sous  un  titre  à  peu  près  semblable,  M.  Le  Roux  de  Lincy 
a  publié  un  manuscrit  dont  il  eut  connaissance  quelques  années 
après,  et  qui  renferme  une  suite  de  36  pièces  ou  chansons  des  plus 
curieuses  pour  l'histoire  des  faits  de  guerre  et  des  grands  capi- 
taines du  XV''  siècle,  de  1407  à  1472 -. 

Les  recueils  dont  nous  venons  de  parler  sont  destinés  égale- 
ment aux  savants  et  aux  gens  du  monde  désireux  de  s'instruire 
aux  diverses  sources  de  notre  histoire  nationale  ;  avec  les  Quatre 
livres  des  Rois  nous  abordons  un  travail  de  pure  et  haute  éru- 
dition^. 

C'est  un  des  premiers  volumes  de  textes  français  du  moyen- 
âge  qui  aient  paru  dans  la  collection  des  Documents  inédits. 
Notre  confrère,  dont  l'esprit  actif  et  chercheur  avait  songé  dès 
1837  à  publier  un  recueil  de  poèmes  religieux  et  chevaleresques, 
obtint  en  1838,  du  Comité  historique  des  monuments  écrits,  de 
donner  un  choix  des  versions  de  la  Bible  ;  mais  dans  son  travail 
il  s'attacha  uniquement  au  texte  qui  avait  servi  à  Barbazan  et 
dont  il  eut  la  chance  de  retrouver  le  manuscrit  à  la  Bibliothèque 
Mazarine;  et  il  se  borna  à  reproduire  les  Quatre  livres  des 
Rois.  C'était  une  œuvre  importante  et  déhcate  que  de  pubher 

1.  Chansons  historiques  des  XI1I%  XI V^  et  XV'  siècles.  (Extrait  de  la  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes,  tome  1"). 

2.  Chants  historiques  et  populaires  du  temps  de  Charles  Vil  et  de  Louis  XI. 
publiés  pour  la  première  fois  d'après  le  ms.  original  avec  des  notices  et  une 
introduction.  Paris.  1857,  in-8.  (Trésor  des  pièces  rares  ou  inédites.) 

3.  Les  Quatre  Livres  des  Rois,  traduits  en  français  du  XIP  siècle,  suivis  d'un 
fragment  de  moralités  sur  Job  et  d'un  choix  de  sermons  de  saint  Bernard.  Paris, 
Impr.  royale,  1841.  (Documents  inédits,  2"^  série.) 


i24 

un  long  texte  en  IVançais  du  XIF  siècle,  quand  la  pliilologie. 
alors  à  ses  débuts  parmi  nous,  n'avait  point  encore  suffisamment 
tracé  les  l'ègles  et  établi  les  véritables  principes  qui  ont  prévalu 
dans  la  suite  ;  notre  confrère,  par  un  travail  long  et  assidu,  se 
tira  avec  honneur  de  sa  tâche  ;  son  introduction  montre  quelles 
recherches  il  fit  pour  se  préparer  à  cette  édition  ;  les  traductions 
de  la  Bible  antérieures  au  XIP  siècle,  les  divers  dialectes,  la 
grammaire  du  moyen-âge,  furent  le  sujet  de  ses  études  ;  pour 
répondre  au  vœu  du  Comité  historique  des  monuments  écrits,  il 
a  donné  des  passages  comparés  des  saintes  Ecritures,  d'après  des 
manuscrits  de  diverses  époques,  et  a  joint  à  son  travail  un  choix 
des  sermons  de  saint  Bernard,  d'après  un  ms.  du  XII"  siècle, 
pour  servir  de  point  de  comparaison  au  texte  des  Quatre  livres 
des  Rois.  La  récompense  de  ce  long  labeur  fut  une  médaille 
accordée  à  notre  confrère  au  concours  des  Antiquités  nationales 
de  1842. 

Nous  citerons  ici  deux  articles  remarquables,  publiés  par 
M.  Le  Roux  de  Lincy  dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes 
en  1841  et  1843,  et  qui  témoignent  autant  de  l'étendue  de  ses 
recherches  que  de  l'activité  de  son  travail.  Le  premier,  intitulé 
Analyse  du  Rornan  de  Gode f roi  de  Bouillon^,  est  une  étude 
sur  la  partie  historique  de  la  chanson  de  geste,  que  l'on  désigne 
d'ordinaire  sous  le  nom  du  Chevalier  au  Cygne,  et  que  l'on  divise 
en  cinq  branches.  Notre  confrère  a  laissé  de  côté  Hélias  et  les 
Enfances  Godefroi,  œuvre  du  trouvère  Renaut,  qui  forment  le 
début  de  la  geste  puisqu'elles  comprennent  le  récit  des  aventures 
fabuleuses  auxquelles  on  a  rattaché  l'origine  de  Godefroi  de 
Bouillon.  Mais  il  a  fait  connaître  avec  détails  la  seconde  partie, 
d'environ  25,000  vers,  œuvre  de  Richard  le  Pèlerin,  remaniée 
par  Graindor  de  Douai  (et  non  de  Dijon,  comme  le  porte  un  ma- 
nuscrit bourguignon),  et  qui  correspond  à  la  chanson  d'Antioche, 
aux  Chétifs  et  à  la  chanson  de  Jérusalem,  quoique  ce  dernier 
terme  désigne  souvent  toute  cette  partie  de  la  geste. 

Notre  confrère  a  été  le  premier,  avant  la  publication  du 
t.  XXII  de  l'Histoire  littéraire  de  la  France,  qui  ait  analysé 
l'ensemble  de  ce  roman  ;  il  en  avait  compris  toute  l'importance 
littéraire  et  historique,  comme  son  mémoire  en  fait  foi,  et  il  en 
avait   proposé,  mais  en  vain,   la  publication  à  la  Société  de 

1.  Extrait  delà  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  1841,  t. Il,  Vi  \u  in-8. 


^25 

l'Histoire  de  France  et  au  Comité  historique  des  monuments  écrits  ^ . 

Il  est  encore  un  autre  poème  que  M.  Le  Roux  de  Lincj  a  le 
mérite  d'avoir  fait  apprécier  le  premier  en  France,  et  dont  il 
proposa  aussi  l'impression  à  la  Société  de  l'Histoire  de  France, 
c'est  celui  de  Garnier  de  Pont-Sainte-Maxence  sur  saint  Thomas 
de  Cantorbéry.  Un  savant  allemand,  Imm.  Bekker,  avait  publié 
en  partie  ce  poème  k  Berlin,  d'après  un  ms.  de  Wolfenbuttel. 
Mais  la  Bibliothèque  rojale  ayant  acquis  vers  1839  un  autre  ms. 
du  poète  picard,  meilleur  et  plus  complet,  notre  confrère  en  a 
donné  dans  ce  recueil  une  anah'se  substantielle  et  intéressante 
qui  a  mérité  les  suffrages  du  savant  auteur  de  l'Histoire  litté- 
raire, M.  Victor  Leclerc  -.  Elle  donne  une  idée  très-exacte  et 
très-complète  de  l'œuvre  de  Garnier,  dont  elle  contient  d'assez 
longs  extraits  ;  mais,  après  avoir  révélé  le  mérite  de  cet  ouvrage, 
M.  Le  Roux  de  Lincy  n"eut  pas  la  satisfaction  de  pouvoir  le 
publier  ^ 

Avant  de  terminer  l'examen  des  ouvrages  que  M.  Le  Roux  de 
Lincy  a  consacrés  à  la  littérature  du  moyen-âge,  nous  avons  à 
citer  brièvement  quelques  éditions  qu'il  a  données  ou  auxquelles 
il  a  coopéré;  un  Recueil  de  farces,  moralités  et  sermons 
,yoyeM^,  publié  avec  M.  Francisque  Michel,  1837;  une  édition 
en  caractères  gothiques  des  Quinze  joies  de  mariage  "^  et  une 


1.  M.  Paulin  Paris  a  publié  le  commencement  de  ce  roman  sous  ce  litre  :  La 
Chanson  d'Antioche,  composée  par  le  pèlerin  Richard,  au  commencement  du 
XIP  siècle,  renouvelée  par  Graindor  de  Douai  et  publiée  pour  la  première  fois. 
Paris,  1848,  2  vol.  in-M;  el  M.  C.  Hippeau  en  a  donné  la  lin,  soit  9135  vers, 
qu'il  a  intitulée  :  la  Conquête  de  Jérusalem,  faisant  suite  à  la  chanson  d'An- 
tioche, composée  par  le  pèlerin  Richard  cl  renouvelée  par  Graindor  de  Douai 
au  XIIP  siècle.  Paris,  Aubry,  1808,  1  vol.  in-8.  Ce  qui  tient  le  milieu  dans 
l'analyse  de  M.  Le  Roux  de  Lincy,  savoir  les  Chttifs,  est  resté  inédit. 

2.  La  vie  et  la  mort  de  saint  Thomas  de  Cantorbéry,  par  Garnier  de  Ponl- 
Sainte-Maxence.  Extr.  de  la  Bibl.  de  l'Ecole  des  chartes,  t.  IV,  1843.  Cfr.  Hist. 
Lilt.  t.  XXIII,  article  de  M.  V.  Leclerc. 

3.  M.  Bekker  a  fait  en  184G  des  additions  à  son  premier  travail  en  se  servant 
d'un  ms.  harléien  du  Musée  britannique  et  du  ms.  de  la  Bibl.  royale  n"  2636, 
suppl.  français,  analysé  par  M.  Le  Roux  de  Lincy.  Le  texte  du  poème  a  été 
publié  par  M.  C.  Hippeau  :  la  vie  de  saint  Thomas  le  martyr,  archevêque  de 
Canterbury,  par  Garnier  de  Pont-Sainte-Maxence,  poète  du  XIP  siècle.  Paris, 
1859,  in-8. 

4.  Les  Quinze  Joies  de  Mariage.  Paris,  Techener,  1837,  2  vol.  in-16.  Notre 
confrère  a  donné  aussi  une  notice  sur  cette  édition  dans  le  Bulletin  du  Biblio- 
phile, 1836,  p.  379. 


^26 

du  Roman  de  la  Rose,  in-8,  publiées  la  même  année  ;  les  Cent 
Nouvelles  Nouvelles^  que  l'éditeur  a  envisagées  au  point  de  vue 
historique,  s'appuyant  sur  ce  fait  que  plusieurs  sont  des  anec- 
dotes contemporaines  ;  de  précieux  extraits  empruntés  k  la 
Chronique  martinienne  -  sur  la  jeunesse  de  Louis  XI,  le  séjour 
de  ce  prince  à  la  cour  de  Bourgogne,  ses  ra[)ports  a^ec  son  père 
Charles  VII  et  sur  la  conduite  d'Antoine  de  CliabanneS;,  comte 
de  Dammartin,  donnent  à  cette  édition  un  mérite  particulier  ;  du 
reste,  le  texte  amélioré,  l'origine  des  nouvelles  souvent  éclaircie, 
la  date  de  composition  du  recueil  établie,  sont  des  qualités  qui 
distinguent  ce  travail,  dans  lequel  les  éditeurs  plus  récents  ont 
largement  puisé. 

Nous  dirons  peu  de  choses  du  Livre  des  proverbes  français, 
qui  a  eu  deux  éditions  en  1842  et  en  1859^;  car,  k  part  les 
recherches  exigées  pour  la  réunion  des  textes,  le  travail  a  con- 
sisté k  classer  par  séries  et  par  ordre  alphabétique  les  proverbes 
recueillis  dans  un  grand  nombre  d'ouvrages  manuscrits  et  im- 
primés du  Xir  au  XVr'  siècle,  et  même  dans  des  dictionnaires 
de  proverbes. 

Une  introduction  aux  Caquets  de  V  Accouchée ,  donnée  en 
1855  pour  l'édition  de  M.  Edouard  Fournier  ^  dans  laquelle 
l'auteur  examine  les  origines  du  cadre  de  ces  récits  ;  et  la  publi- 
cation du  texte  inédit  de  Blonde  d'Oœford,  faite  en  1858  pour 
la  Camhden  Society ,ieYmmeYQi&n.i  la  liste  des  travaux  philolo- 
giques de  notre  confrère  ^,  si  nous  n'avions  k  signaler  encore 
quelques  notices  ajoutées  par  lui  k  différents  ouvrages,  tels  que 
la  Nouvelle  Bibliothèque  bleue  ou  Légendes  j)02Dulaires  de 


1.  Édition  revue  sur  le  texte  original  et  précédée  d'une  iniroduclion.  Paris, 
1841,  2  V.  gr.  in-18.  —  2'  édition,  Paris,  1855,  in-12,  2  vol. 

2.  La  chronique  désignée  sous  ce  nom  est  celle  de  Martin  Polonus,  mort  en 
1278.  Cette  chronique,  qui  s'arrêtait  dans  l'original  à  1277,  a  été  refondue  par 
Bernard  Guidonis,  qui  l'a  conduite  jusqu'en  1328,  puis  traduite  en  français  par 
Séb.  Mamerot  vers  1458  et  continuée  jusqu'en  1503  dans  l'édition  qui  parut  à 
Paris  en  1504  chez  Antoine  Vérard.  C'est  de  cette  édition,  devenue  très-rare, 
que  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  tiré  les  passages  relatifs  à  Louis  XI. 

3.  Dans  la  ])remiére  édition,  l'ouvrage  est  précédé  d'un  essai  sur  la  philoso- 
phie de  Sancho  Pança,  par  M.  Ferdinand  Denis. 

4.  Paris,  P.  Jannet,  1855,  in-lG. 

5.  Ajoutons  cependant  qu'il  a  publié  une  édition  de  l'Heptuméron  des  Nou- 
velles de  la  reine  de  Navarre,  précédée  d'une  notice  sur  Marguerite  d'Angouiéme, 
dont  nous  parlerons  ci-après. 


^27 

la  France,  par  Ch.  Nodier  S  1842,  in-12;  les  Légendes  et 
Chroniques  suisses  de  G.  de  Valayre  (G.  V.  de  Bonstetten), 
1842  ;  les  Chansons  populaires  de  la  France  ;  et  enfin  une  notice 
sur  le  roi  Lear,  dans  l'ouvrage  intitulé  :  les  Femmes  de  Shak- 
speare. 

Si  de  la  littérature  nous  passons  à  l'histoire  générale  de 
France,  nous  ne  trouvons  guère  que  trois  ou  quatre  publications 
de  notre  confrère.  Un  de  ses  premiers  essais  en  ce  genre  fut  le 
récit  du  procès  de  Robert  d'Artois,  qui  parut  en  divers  articles 
dans  la  Revue  de  Paris,  vers  1839. 

Il  a  donné  une  Notice  sur  le  Livre  rouge  de  la  ville  d'Eu, 
qui  renferme  l'histoire  communale  et  municipale  de  cette  cité,  du 
XIP  au  XVIIP  siècle  -. 

Il  a  fourni  pour  le  Moyen- Age  et  la  Renaissance,  de 
F.  Séré,  deux  résumés  historiques  :  Histoire  de  V Orfèvrerie- 
Joaillerie,  avec  MM.  Paul  Lacroix  et  F.  Séré,  J850;  pour  la- 
quelle il  a  refait  une  liste  des  noms  des  gardes  de  l'orfèvrerie 
depuis  1332  jusqu'en  1658, d'après  les  registres  delà  corporation 
conservés  aux  Archives  ;  et  Vie  j^rivée  dans  les  châteaux,  les 
villes  et  les  campagnes,  1851  ;  enfin,  il  a  donné  un  opuscule 
sur  le  mariage  d'Anne  de  Foix,  de  la  maison  de  France,  fille 
du  seigneur  de  Gandale,  dame  d'honneur  de  la  reine  Anne  de  Bre- 
tagne^. 

En  abordant  l'histoire  de  Paris,  les  travaux  de  notre  confrère 
deviennent  plus  nombreux  et  plus  importants  ;  car  c'était  là 
depuis  de  longues  années  et  jusqu'à  ses  derniers  jours,  son  étude 
de  prédilection.  Le  premier  en  date  et  en  importance  de  ses  ou- 
vrages sur  Paris  est  son  Histoire  de  l'Hotel-de-Ville^.  Ge 


1.  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  placé  dans  l'introduction  de  cet  ouvrage,  p.  XVIII- 
XXIX  une  notice  sur  les  romans  de  Robert-le-Diable  et  de  Richard-sans-Peur. 

2.  Paris,  Ducessois,  1840,  gr.  in-8  de  11  pag.  (Extrait  de  la  Revue  française 
et  étrangère).  Voir  Manuel  du  Bibliogr.  Normand,  par  Ed.  Frère.  Rouen,  18C0, 
I,  184,  II,  2'21. 

3.  Discours  des  cérémonies  du  mariage  d'Anne  de  Foix^  de  la  maison  de 
France,  avec  Ladislas  VI,  roi  de  Bohême,  de  Pologne  et  de  Hongrie,  précédé 
du  discours  du  voyage  de  celte  reine  dans  la  seigneurie  de  Venise,  etc.  Paris, 
1861,  in-8  (Extrait  de  la  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  5'=  série,  tom.  II). 

4.  Histoire  de  l'Hôlel-de-V die  de  Paris,  suivie  d'un  essai  sur  l'ancien  gouver- 
nement municipal  de  cette  ville,  ouvrage  orné  de  8  pi.  par  M.  Victor  Calliat, 
architecte.  Paris,  1846,  1  vol.  in-4".  —  Le  texte  elles  gravures  font  partie  d'un 
ouvrage   intitulé:   l'Hôtel-de-Ville  de  Paris,  par  MM.    Le   Roux  de  Lincy  et 


128 

texte,  fait  pour  accompagner  le  travail  architectural  de  M.  Cai- 
llât, a  pris  entre  les  mains  de  notre  confrère  de  grands  dévelop- 
pements. Vivement  intéressé  par  son  sujet  et  plein  d'activité 
pour  la  recherche  des  pièces  inédites ,  il  a  abordé  successivement 
toutes  les  faces  de  cette  histoire,  et  ne  s'est  arrêté  que  devant 
l'abondance  extrême  des  documents  qu'il  avait  recueillis.  Il  ne 
lui  a  pas  suffi  d'étudier  les  origines  do  lliotel-de-ville  et  de  donner 
l'histoire  détaiUée  des  divers  parloirs  aux  bourgeois  jusqu'à  la 
construction  et  aux  agrandissements  du  palais  actuel;  il  a  tenu 
à  faire  connaître  au  public  non-seulement  l'organisation  de  l'an- 
cien gouvernement  municipal  de  Paris,  mais  encore  il  a  rappelé 
ou  raconté  pour  la  première  fois  les  faits  auxquels  ont  pris  part 
les  prévôts  et  échevins  de  Paris,  ou  qui  se  sont  accomplis  dans 
les  divers  bâtiments  qui  ont  servi  tour  à  tour  d'hôtel-de-ville. 
Tout  ce  qu'il  a  avancé  s'appuie  sur  des  documents  authentiques, 
qu'il  a  donnés  en  appendice. 

Cette  œuvre  longue  et  difficile,  exécutée  avec  beaucoup  d'ar- 
deur par  notre  confrère,  lui  créa  une  réputation  comme  historien 
de  Paris.  C'est  en  effet  le  plus  considérable  et  le  meilleur  de  ses 
travaux  sur  notre  capitale,  celui  qui  lui  a  valu  les  éloges  de 
l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  dont  le  rapporteur, 
M.  Lenormant,  le  plaçait  à  la  suite  des  Du  Breul,  des  Sauvai  et 
des  Félibien  ^ . 

Parmi  les  documents  qu'il  avait  consultés  pour  cette  histoire, 
M.  Le  Roux  de  Lincy  avait  remarqué  les  registres  de  l'hôtel-de- 
ville  et  il  obtint  bientôt  de  la  Société  de  l'histoire  de  France  de 
publier  dans  sa  collection,  avec  M.  Douët  d'Arcq,  les  Registres 
de  l'hotel-de-ville  de  Paris  pendant  la  Fronde^.  C'est  en 
vain  que  Louis  XIV,  en  1668,  avait  cherché  à  détruire  le  sou- 
venir de  ces  événements  ;  les  actes  qu'il  voulait  anéantir  ont  été 
recopiés,  heureusement  pour  nous,  dans  un  petit  registre  que  nos 
confrères  ont  publié  et  qui  renferme  les  pièces  supprimées  dans 
les  quatre  registres  de  cette  époque.  C'est  là  que  se  trouve,  jour 
par  jour,  l'iiistoire  vraie  de  Paris  pendant  les  années  si  agitées 
qui  s'écoulèrent  de  1648  à  1652.   C'est  un  document  précieux 

V.  Calliat,  aicliitecte.  In-folio,  Paris,  1844-46. 

1.  Voir  dans  ce  recueil  II"  série,  l.  II,  p.  576. 

2.  Registres  de  VlIôtel-de-Vitle  de  Paris  pendant  la  Fronde,  suivis  d'une 
relation  de  ce  qui  s'est  passé  dans  la  ville  et  l'abbaye  de  Sainl-Denis  à  la  même 
époque.  Paris,  1846-48,  3  vol.  in-8. 


129 

pour  la  ville  de  Paris,  que  notre  confrère  a  mis  à  la  disposition 
du  public,  avec  tous  les  secours  que  lui  fournissait  son  érudition 
et  qui  font  de  cette  publication  une  œuvre  très-estimêe. 

Quelques  années  après,  M.  Le  Roux  de  Lincy,  s'appliquant  à 
une  autre  période  de  Thistoire  de  Paris,  publia  la  description  de 
cette  ville  par  Guillebert  de  Metz  ^  ouvrage  des  plus  intéres- 
sants par  la  précision  et  l'abondance  des  renseignements  qu'il 
fournit  sur  l'état  de  notre  ville  au  commencement  du  XV«  siècle. 
Le  soin  apporté  à  cette  édition,  autant  que  la  nouveauté  de  ces 
récits,  qui  embrassent  tous  les  aspects  de  Paris,  églises,  palais, 
ponts,  remparts  et  portes,  et  qui  nous  désignent  les  personnages 
célèbres  de  la  ville  dans  les  arts  et  les  professions  libérales,  firent 
le  succès  de  ce  petit  volume.  Aussi  dès  lors  Guillebert  a  pris 
place  parmi  les  historiens  de  Paris,  et  c'est  à  ce  titre  qu'il  a 
dû  d'être  réimprimé  dans  Paris  et  ses  historiens,  publié  en 
1867. 

Ce  fut  une  grande  satisfaction  pour  notre  confrère,  quand  il 
vit  l'administration  préfectorale  de  la  Seine  déterminée  à  publier 
une  collection  d'ouvrages  sur  Paris.  Ses  travaux  antérieurs,  et 
surtout  son  Histoire  de  l'hôtel-de-ville,  le  désignant  assez  à  l'at- 
tention de  ceux  qui  devaient  diriger  l'entreprise,  on  lui  demanda 
d'abord  ses  conseils,  et  il  accepta  bientôt  de  fournir  lui-même 
plusieurs  volumes  pour  l'histoirt»  proprement  dite  de  Paris,  en 
même  temps  qu'il  contribuait  à  faire  admettre  les  travaux  pro- 
posés par  quelques-uns  de  ses  confrères  à  la  Commission  des 
travaux  historiques  de  la  ville  de  Paris.  Malgré  sa  mauvaise  santé, 
il  se  mit  résolument  à  l'œuvre,  et  d'un  travail  long  et  difficile 
sortit  en  1867  le  volume  intitulé  :  Paris  et  ses  historiens  aux 
XIV^  et  XV  siècles-,  ouvrage  pour  lequel  nous  devons  dégager 
la  responsabilité  de  notre  confrère  des  énormes  appendices  et 
d'une  grande  partie  des  notes  qui  ont  grossi  outre  mesure  ce 
volume,  mais  que  M.  Le  Roux  de  Lincy,  avec  son  expérience  des 


1.  Description  de  la  ville  de  Paris,  au  XV  siècle,  par  Guillebert  de  Metz, 
publiée  pour  la  première  fois  d'après  le  nis.  unique.  Paris,  Aubry,  1855  (Trésor 
des  pièces  rares  ou  inédites). 

2.  Paris  et  ses  historiens  aux  A7P  et  XV' siècles.  Documents  et  écrits  origi- 
naux recueillis  et  commentés  par  MM.  Le  Roux  de  Lincy,  conservateur  honoraire 
de  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  et  L.  M.  Tisserand,  secrétaire-archiviste  de  la 
Commission  des  Travaux  historiques  de  la  ville  de  Paris.  Paris,  1867,  in-4'', 
.\.\V,  66'2  pag. 

9 


430 

travaux  d'érudition  ,  n'aurait  jamais  publiés  sous  son  nom 
seul. 

Ce  livre,  s'il  n'a  pas  conservé  les  proportions  primitives  que 
notre  confrère  voulait  lui  donner,  offre  du  moins  au  public  une 
édition,  faite  avec  soin  et  avec  luxe,  des  premiers  écrivains  qui 
se  sont  occupés  de  l'histoire  de  Paris,  savoir  Jehan  de  Jandun, 
Raoul  de  Presles,  Guillebert  de  Metz  et  Astesan.  Mais  là  ne 
devait  pas  se  borner  la  part  de  travail  de  M.  Le  Roux  de  Lincy 
à  V Histoire  générale  de  Paris;  sans  parler  des  documents 
recueilhs  pour  un  second  volume  des  Histoi-iens  de  Paris  ^  il 
avait  en  mains  une  édition  toute  préparée  de  Gorrozet,  qu'il 
étudiait  avec  ardeur  depuis  de  longues  années  et  des  matériaux 
pour  un  Sauvai,  dont  il  possédait  un  manuscrit  très-précieux  -. 

Le  travail  de  notre  confrère  sur  Gorrozet  est  sauvé,  ainsi  que 
la  collection  unique  des  éditions  de  cet  auteur  formée  par  M.  Le 
Roux  de  Lincy  ;  mais  le  manuscrit  de  Sauvai,  auquel  il  attachait 
tant  de  prix,  a  péri  dans  l'incendie  de  l'hôtel-de-ville  et  de  ses 
annexes,  au  mois  de  mai  dernier,  perte  fort  regrettable,  qui  pri- 
vera toujours  le  public  d'une  édition  vraiment  complète  de  cet 
écrivain.  Gonsolons-nous  un  peu  cependant  en  pensant  que  la 
vue  de  cette  destruction  et  de  la  ruine  de  nos  bibliothèques  a  été 
épargnée  à  notre  confrère  !  •' 


t.  Ce  second  volume  devait  être  divisé  en  quatre  parties  :  la  première,  inti- 
tulée Paris  d'après  les  cosmographes  et  les  voyageurs,  aurait  compris  en  150 
pag.  environ  la  reproduction  d'une  série  de  descriptions  de  Paris  qui  n'existaient 
jusqu'ici  que  dans  des  plaquettes  rares  imprimées  sous  les  règnes  de  Charles  VIII 
et  de  Louis  XII  ;  ce  volume  aurait  renfermé  2°  le  poëme  de  Conti  {Qulntianus 
Stoa)  intitulé  De  celeberrimœ  Parrhisiorum  iti-bis  laudibus  si/lva  eut  titulus 
Cleopolis,  ]b\i;  3°  Jacobi  Capelli  Parrhisiensis  in  Parrhisiensium  laudem 
oratio  Pictavis  habita,  1517  ;  A"  enfin  le  poème  d'Euslache  de  Knobelsdorf 
intitulé  Luielia.  L'incendie  de  l'annexe  de  l'hôtel-de-ville  de  l'aris,  au  mois  de 
mai  dernier,  a  anéanti  los  plaquettes  qui  devaient  former  la  1'°  partie  du  vo- 
lume, ainsi  que  les  notices  et  éclaircissements  des  autres  ;  les  textes  et  les  tra- 
ductions heureusement  étaient  déjà  imprimés. 

2.  Ce  manuscrit,  qui  figure  dans  le  catalogue  de  la  bibliothèque  de  feu  M.  Le 
Roux  de  Lincy  sous  le  n»  1694,  a  été  acheté  à  sa  vente  227  fr.  pour  la  ville  de 
Paris.  Il  avait  appartenu  à  M.  Monmcrqué  et  plus  anciennement  à  André  Féli- 
bien,  s'  desAvaux,  historiographe  du  roi. 

3.  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  donné,  dans  le  Bulletin  dit  Bibliophile,  des  Re- 
cherches sur  Henry  Sauvai  et  sur  ses  manuscrits.  Dans  son  3"-'  mémoire  (1868), 
il  a  inséré  la  description  du  manuscrit  qu'il  avait  entre  les  mains,  ainsi  que  la 
table  et  quelques   extraits,   et  c'est  probablement  tout  ce  qui  en  reste  aujour- 


^3^ 

Après  avoir  exposé  ce  que  M.  Le  Roux  de  Lincy  se  proposait 
encore  de  faire  pour  l'histoire  de  Paris  en  général,  il  nous  reste 
à  indiquer  brièvement  les  dissertations  et  les  notices  qu'il  a  con- 
sacrées à  divers  points  particuliers  de  cette  histoire,  qu'il  connais- 
sait à  fond.  Ce  sont  d'abord  des  Recherches  SU7^  la  grande 
confrérie  de  Notre-Dame  ;  sur  la  chute  et  la  reconstruction 
du  pont  Notre-Dame,  à  Paris  ;  d'autres  enfin  sur  le  palais 
des  Thermes  et  l'hôtel  de  Ckiny,  qui  résument  d'après  des  docu- 
ments inédits  l'historique  de  ces  deux  demeures  depuis  le  temp^ 
de  saint  Louis,  jusqu'au  XVIF  siècle  *. 

Nous  signalerons  ensuite  un  Essai  historique  sur  l'église  et 
la  paroisse  Saint-Eustache,  pour  accompagner  l'ouvrage  de 
M.  Calliat^,  et  les  Comptes  des  dépenses  faites  au  Louvre 
par  Charles  V,  de  1362  à  1371  '^,  documents  des  plus  précieux 
pour  l'histoire  de  la  vieille  forteresse  parisienne. 

La  Notice  sur  le  plan  de  Paris  de  Jacques  Gomboust^ 
mérite  une  mention  particulière.  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  relevé 
sur  le  plan  toutes  les  indications  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  les 
historiens  de  Paris  ;  il  a  enrichi  encore  cette  notice  d'une  foule 
de  renseignements  empruntés  en  partie  à  Sauvai  et  à  d'autres 

d'hui.  Voir  Bulletin  du  Bibliophile,  1862,  p.  1109  et  1173  ;  1866,  p.  223  et  272  ; 
1868,  p.  585.  Ces  articles  sont  malheureusement  inachevés. 

1.  Voici  les  titres  exacts  de  ces  opuscules  :  Recherches  sur  la  grande  confré- 
rie de  Notre-Dame  aux  prêtres  et  aux  bourgeois  delà  ville  de  Paris,  suivies 
du  carlulaire  et  des  statuts  originaux  de  cette  confrérie.  Paris,  1844,  in-8 
(Extrait  du  tom.  XVII  des  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France). 
—  Recherches  historiques  s^^r  lu  chute  et  la  reconstryclion  du  pont  Notre-Dame 
à  Paris.  Paris,  1845,  in-8  (Extrait  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes, 
IV  série,  tora.  II). —  Recherches  sur  les  propriétaires  et  les  habitants  du  palais 
des  Thermes  et  de  l'hôtel  de  Clunij  (aujourd'hui  Musée  des  Monuments  français) 
dans  l'intervalle  des  années  1218  à  1600.  Paris,  1846,  in-8  (Extr.  du  tom.  XVIII 
des  Mémoires  delà  Société  des  Antiquaires  de  France). 

2.  Église  Saint-Eustache,  ù   Paris,  mesurée,  dessinée,  gravée et  publiée 

parV.  Caillât,  avec  un  Essai  historique...  Paris,  1850,  gr.  iurfol. 

3.  D'après  un  manuscrit  de  r.\rsenal.  Revue  archéologique,  1852.  Ces  comptes 
ont  été  réimprimés  dans  la  Topographie  historique  du  vieux  Paris,  par  Ad. 
Berty.  I,  p.  181  à  199. 

4.  Notice  sur  le  plan  de  Paris  de  Jacques  Gomboust  imbYiè  pour  la  première 
fois  en  1652,  reproduit  par  la  Société  des  Bibliophiles  françois,  en  1858,  avec  le 
discours  sur  l'antiquité,  grandeur,  richesse,  gouvernement  de  la  ville  de  Paris, 
par  P.  P.  et  une  table  alphabétique  indiquant  les  rues,  les  ponts,  les  portes, 
les  églises,  les  couvents,  les  collèges,  les  palais,  les  hôtels  et  maisons  remar- 
quables. Paris,  1858,  in-12. 


A32 

historiens  de  Paris  sur  les  rues,  les  monuments,  les  établisse- 
ments religieux  et  les  hôtels  de  la  ville,  qui  en  font  un  tra- 
vail très-utile  à  consulter  pour  la  topographie  de  Paris  au 
XVir   siècle. 

Enfin,  nous  terminerons  cette  longue  ênumération  par  la 
mention  de  deux  biographies  parisiennes,  que  notre  confrère  a 
publiées  dans  ce  recueil  :  Hugues  Aubriot,  2)rèvol  de  Paris, 
sous  Charles  V\  et  Dom  Jacques  du  Breul,  auteur  du 
Théâtre  des  Antiquités  de  Paris  ~. 

En  arrivant  à  la  biographie  proprement  dite,  nous  trouvons 
trois  ouvrages  que  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  consacrés  à  la  vie  des 
femmes  françaises,  l'un  général,  les  deux  autres  spéciaux,  diffé- 
rents d'ailleurs  d'étendue,  mais  tous  trois  recommandables  par 
l'exactitude  des  recherches  ,  la  nouveauté  ou  le  piquant  des 
récits. 

Le  premier  en  date ,  qui  a  dû  demander  à  l'auteur  de  nom- 
breuses études,  est  celui  qu'il  a  publié  en  1847  sous  ce  titre  : 
les  Femmes  célèbres  de  l'ancienne  France  ^.  Il  s'était 
proposé  de  donner,  aux  gens  du  monde  surtout,  dans  une 
suite  de  portraits  ou  de  notices  biographiques,  l'histoire  de 
toutes  les  femmes  qui  se  sont  illustrées  dans  notre  pays,  depuis 
'  le  V  jusqu'au  XVIIP  siècle,  comme  il  l'annonçait  dans  son 
introduction,  car  il  n'a  pu  conduire  son  travail  que  jusqu'à  la  fin 
du  XV*"  siècle  ^.  Retracer  l'iiistoire  de  la  vie  publique  et  privée 

1.  V  série,  toni.  III,  186-2. 

2.  Notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  manuscrits  de  Dom  Jacques  Bu  Breul, 
auteur  du  Théâtre  des  Antiquités  de  Paris,  par  MM.  Le  Roux  de  Lincy  et 
A.  BrueL  Paris,  1868,  in-8  (Exir.  de  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes, 
VP  série,  tom.  IV).  Avaut  de  quiUer  les  travaux  de  noire  confrère  qui  se  rap- 
portent à  Paris,  disons  qu'il  avait  réuni  les  matériaux  d'un  ouvrage  qu'il  vou- 
lait publier  sous  ce  litre  :  Sainte  Geneviève,  patronne  de  Paris,vïe,  miracles, 
offices,  processions  de  la  châsse ,  confréries  anciennes  et  nouvelles ,  précédés 
d'un  essai  de  monographie  de  celle  sainte  et  suivis  d'une  bibliographie  des  ou- 
vrages et  des  documents  ms.  ou  imprimés  qui  la  concernent.  (V.  Histoire  de 
la  ville  et  du  diocèse  de  Paris  de  l'abbé  Lebeuf.  Ed.  Cocheris,  II,  647.  Paris, 
186i). 

3.  les  Femmes  célèbres  de  l'ancienne  France,  mémoires  historiques  sur  la 
vie  publique  et  privée  des  femmes  françaises,  depuis  le  V^  siècle  jusqu'au  XVIII". 
Paris,  Leroy,  1847-1858,  2  vol.  gr.  in-i-avec  planches.  Le  même  ouvrage,  Paris, 
Leroy,  1848,  in-18,  1  vol. 

4.  iNous  ajouterons  ici  que  cet  ouvrage  a  été  continué  par  C.  Leynadier, 
2"  partie.  Depuis  le  XVI'  jusqu'à  la  fin  du  XVIIP  siècle,  in-'i°  à  2  col.,  132  p.  et 


^33 

des  illustres  Françaises  n'était  pas  une  idée  nouvelle,  et,  depuis 
Ménage,  en  1690,  jusqu'à  Dreux  du  Radier,  en  1776,  plusieurs 
auteurs  l'avaient  entrepris.  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  voulu  ra- 
jeunir le  sujet  en  mettant  à  la  portée  de  tous  les  découvertes  de 
la  science  historique.  Son  ouvrage,  composé  en  grande  partie  sur 
les  chroniques  et  les  historiens  originaux  et  sur  les  dissertations 
les  meilleures  et  les  plus  récentes,  s'appuie  également  sur  les 
actes  authentiques  et  les  comptes  de  l'époque.  Plus  complet  que 
les  travaux  antérieurs,  il  s'occupe  non-seulement  des  reines,  des 
princesses  et  des  femmes  de  haute  naissance,  mais  encore  de  la 
bourgeoisie  parlementaire  ou  industrielle.  A  côté  du  tableau  de 
la  cour,  il  nous  montre  la  vie  des  femmes  dans  les  monastères. 
Les  femmes  guerrières,  celles  qui  ont  cultivé  les  lettres,  les  arts 
et  les  sciences,  ont  aussi  leur  place  dans  le  cours  de  ces  récits, 
où  non-seulement  l'auteur  détruit  des  erreurs  accréditées,  mais 
dans  lesquels  il  tire  un  heureux  parti  de  documents  qui  venaient 
d'être  publiés  ou  qui  étaient  encore  inédits  à  cette  époque,  comme 
le  Ménagier  de  Paris  et  le  Livre  du  chevalier  de  la  Tour- 
Landry. 

Après  ces  notices,  nécessairement  assez  courtes,  notre  con- 
frère, plus  sûr  de  lui-même,  a  entrepris  deux  biographies  dé- 
taillées dont  des  circ(mstances  diverses  lui  ont  fourni  l'occasion. 
Pour  servir  d'introduction  à  la  publication  qu'U  a  faite  pour  la 
Société  des  Bibliophiles  françois,  àeV Heptaméron  des  Nouvelles 
de  la  reine  de  Navarre,  il  a  donné  la  première  vie  détaillée  de 
Marguerite  d'Angoulême  ^  Des  renseignements  inédits  sur  Louise 
de  Savoie,  mère  de  Marguerite,  sur  la  vie  politique  et  privée  de 
la  reine  de  Navarre,  mais  surtout  sur  sa  vie  littéraire,  ont  fourni 
à  notre  confrère  le  sujet  de  plusieurs  chapitres  pleins  de  récits 
attachants  et  de  rectifications  utiles.  Il  a  fait  voir  la  conduite  de 
Marguerite,  dévouée  et  courageuse  pendant  la  captivité  de  Fran- 


portrails.  Paris,  libr.  Arnauld  de  Vresse,  1858.  Ce  travail  est  loin  de  valoir  celui 
de  M.  Le  Roux  de  Lincy. 

1.  VHepdiméron  des  Nouvelles  de  très-haute  et  très-illustre  princesse  Mar- 
guerite d'Angouléme,  reine  de  Navarre,  sœur  unique  de  François  I",  nouvelle 
édition  publiée  sur  les  mss.  par  l;i  Société  des  Bibliophiles  françois.  Paris, 
1853-1854,  in-8,3  vol.  La  biographie  de  Marguerite,  qui  fait  partie  du  tom.  I", 
a  été  tirée  à  part  sous  ce  litre:  Essai  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Marguerite 
d'Angoule'me,  duchesse  d'Alençon,  reine  de  Navarre,  précédé  d'une  notice  sur 
Louise  de  Savoie^  sa  mère.  Paris,  1853,  in-8°. 


13  5 

rois  P'",  son  frère,  noble  et  digne  à  l'égard  de  ses  deux  maris, 
Charles  d'Alençon  et  Henri  d'Albret,  et  il  l'a  excusée  des  repro- 
ches de  légèreté  qu'on  lui  adressait  à  ce  sujet.  Au  point  de  vue 
littéraire,  il  a  donné  un  aperçu  complet  des  ouvrages  en  vers  et 
en  prose  de  la  reine  de  Navarre  ;  et  surtout  une  intéressante 
appréciation  de  l'Heptaméron.  Le  caractère  de  cet  ouvrage,  sa 
composition  en  majeure  partie  originale,  les  noms  vrais  et  sup- 
posés des  personnages  dans  la  bouche  desquels  l'auteur  a  placé 
ses  récits;  la  peinture  naïve, mais  non  licencieuse,  des  mœurs  du 
temps,  la  finesse  et  l'habile  enchaînement  des  narrations,  tels 
sont  les  points  que  l'éditeur  a  successivement  mis  en  lumière  pour 
faire  mieux  comprendre  et  juger  l'œuvre  de  Marguerite  d'Angou- 
léme. 

La  seconde  biographie,  plus  développée  et  plus  approfondie, 
est  celle  d'Anne  de  Bretagne,  que  notre  confrère  a  écrite  pour 
accompagner  la  magnifique  édition  du  livre  d'heures  de  cette 
princesse  donnée  par  le  libraire  Curmer  * .  La  vie  d'Anne  de  Bre- 
tagne était  bien  faite  pour  tenter  l'esprit  chercheur,  patient  et 
èrudit  de  M.  Le  Roux  de  Lincy.  Cette  reine,  amie  des  arts  et  des 
lettres,  n'avait  trouvé  jusqu'à  lui  que  des  biographes  bien  super- 
ficiels. 11  s'est  plu  à  nous  la  montrer  comme  reine,  comme  du- 
chesse, comme  épouse  et  mère,  tantôt  occupée  des  afiaires  du 
royaume,  et  surtout  de  sa  chère  Bretagne;  tantôt  pleine  d'une 
tendre  sollicitude  pour  son  mari  et  pour  ses  enfants,  qu'elle  perdit 
jeunes,  sauf  deux  filles.  L'auteur  nous  a  dépeint  cette  reine  dans 
ses  moments  de  bonheur,  faisant  son  entrée  solennelle  dans  les 
bonnes  villes  de  France  et  de  Bretagne,  ou  réunissant  autour 
d'elle  des  littérateurs  et  des  artistes,  auxquels  elle  commandait 
ces  manuscrits  dont  le  plus  beau  est  parvenu  jusqu'à  nous  sous 
le  nom  de  :  Livre  d'heures  d'Anne  de  Bretagne.  C'est  principale- 
ment dans  la  description  de  ce  manuscrit,  faite  avec  beaucoup  de 
soin,  que  notre  confrère  a  fait  briller  les  qualités  qui  le  distin- 
guaient :  la  précision,  l'exactitude,  l'intelligence  parfaite  des 
sujets  traités  et  de  la  valeur  artistique  de  ces  belles  miniatures. 
Son  esprit  ingénieux  a  su  distinguer  les  divers  artistes  qui  ont 
coopéré  à  cette  œuvre,  tandis  qu'une  étude  attentive  lui  a  permis 

1.  Vie  de  la  reine  Anne  de  Bretagne,  femme  des  rois  de  France  Charles  VIII 
el  Louis  XIT,  suivie  de  lettres  inédites  et  de  documents  originaux.   Paris,   L. 

Curmer,  ISGO-Gl,  4  vol.  pet.  in-i». 


^33 

de  retrouver  même  leurs  noms  dans  les  livres  de  comptes  de  la 
reine,  qu'il  a  mis  également  à  profit  pour  nous  initier  au  luxe  et 
aux  libéralités  d'Anne  de  Bretagne.  C'est  ainsi  qu'il  s'est  plu  à 
nous  faire  connaître,  avec  une  certitude  que  l'on  ne  peut  guère 
dépasser,  la  vie  privée  de  son  héroïne,  avec  toutes  ses  péripéties 
et  ses  accidents,  son  portrait  physique  et  moral,  ses  goûts,  ses 
ameublements,  son  mobilier,  jusqu'à  sa  toilette  et  à  sa  livrée,  ses 
maladies,  sa  mort  et  ses  funérailles.  Les  portraits  qui  la  repré- 
sentent, les  médailles  frappées  en  son  lionneur,  sont  l'objet  des 
descriptions  les  plus  complètes  et  quelquefois  les  plus  instruc- 
tives. Ce  livre  restera  comme  le  commentaire  le  plus  intéressant 
et  le  plus  nécessaire  du  Livre  d'heures  d'Anne  de  Bretagne,  et 
comme  une  peinture  fidèle  du  temps  où  elle  a  vécu. 

Un  bibhophile  aussi  éclairé  que  notre  confrère  devait  être 
expert  en  bibliographie  ;  mais  il  ne  se  contentait  pas  de  la  con- 
naître pour  lui-même,  pour  la  direction:  et  l'accroissemeat  de  sa 
belle  bibliothèque;  il  s'occupa  encore  de  communiquer  aux  autres 
les  renseignements  précieux  qu'il  rencontra  dans  ses  longues  et 
fructueuses  recherches,  non-seulement  au  point  do  vue  des  livres 
eux-mêmes  et  de  la  formation  tant  des  anciennes  bibliothèques  que 
des  collections  célèbres  de  certains  amateurs,  mais  encore  relati- 
vement à  la  biographie  même  de  ces  personnages. 

Il  commença  par  donner  des  travaux  sur  quelques  imprimeurs, 
savoir  :  Vie  et  ouvrages  de  William  Caxton,  premier  impri- 
7neur  anglais^,  et  Catalogue  chronologique  des  imprimeurs 
et  libraires  dur 0 g,  par  le  père  Adry^.  Dès  lors,  il  publia 
successivement  des  notices  et  des  catalogues  inédits  de  certaines 
bibliothèques  célèbres  :  la  bibliothèque  de  Charles  d'Orléans 
à  son  château  de  Blois,  en  1427  ^  ;  Ini-entah^e  des  livres 
comptosant  la  bibliothèque  des  seigneurs  de  Jaligny,  6  juui 
1413  <  ;  Catalogue  de  la  bibliothèque  des  ducs  de  Bourbon, 
en  1507  et  en  1523''  ;  Notice  sur  la  bibliothèque  de  Cathe- 
riiie  de  Mèdicis,  avec  des  extraits  de   l'inv entante  de  cette 

1.  Extrait  de  la  Revue  Biilanniqùe,  mars  1844. 

2.  Paris,  1849,  in-S»  (Extrait  du  Journal  de  l'amateur  de  livres,  année  1849). 

3.  Publié  pour  la  première  fois  d'après  l'inventaire  original.  Paris,  1843,  in- 
8"  (Extrait  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  t.  V). 

4.  Paris,  Terhener,  1844  (Extrait  du  Bulletin  du  Bibliophile). 

5.  Précédé  d'une  notice  sur  les  anciens  seigneurs  de  ce  nom.  Paris,  1850 
(Extrait  des  Mélanges  de  la  Société  des  Bibliophiles  françois). 


bibliothèque'.  Mais  son  ouvrage  capital  en  bibliographie,  celui 
qu'il  prépara  et  écrivit  avec  le  plus  de  zèle,  ce  sont  ses  belles 
Recherches  sur  Jean  Grolier,  sur  sa  vie  et  sa  bibliothèque, 
suivies  d'un  catalogue  des  livres  qui  lui  ont  appartenu^.  Le 
succès  couronna  son  œuvre  ;  mais  il  l'avait  préparé  par  un 
très-long  travail  et  par  des  recherches  faites  à  l'étranger.  Il  était 
en  effet  impossible  d'étudier  cet  attrayant  sujet  avec  plus  de  soin 
et  d'amour.  Une  biographie  de  Grolier,  composée  à  l'aide  de  do- 
cuments nouveaux,  ou  du  moins  toujours  bien  choisis;  un  cata- 
logue aussi  complet  que  possible  de  tous  les  livres  du  célèbre 
trésorier,  épars  dans  les  collections  publiques  ou  particulières  ; 
une  nomenclature  des  bibliothèques  dans  lesquelles  se  trouvent 
encore  des  volumes  de  cet  amateur,  telles  sont  les  diverses  parties 
de  cet  ouvrage.  Mais  ce  qu'il  est  difficile  de  faire  comprendre  en 
quelques  lignes,  c'est  l'intérêt  que  l'auteur  a  su  répandre  non- 
seulement  sur  la  vie  de  cet  illustre  bibliophile,  qu'il  était  si  bien 
fait  pour  apprécier,  mais  encore  sur  la  réimion  de  ces  collections 
de  médailles  et  surtout  de  livres,  sur  les  reliures  et  les  ornements 
qu'il  faisait  exécuter,  et  enfin  sur  le  sort  de  tous  ces  beaux  vo- 
lumes. 

Nul  mieux  que  notre  confrère  n'a  étudié  et  connu  la  biblio- 
thèque de  Grolier,  et  n'a  vécu,  pour  ainsi  parler,  dans  l'intimité 
de  cet  homme  si  distingué  et  si  éclairé.  Il  a  raconté  avec  joie 
cette  vie  toute  consacrée  aux  lettres  et  aux  arts  et  a  introduit  le 
lecteur  dans  ces  superbes  collections,  que  son  érudition  lui  a  per- 
mis de  restituer  presque  en  entier,  et  de  suivre  volume  par  volume, 
dans  leurs  diverses  fortunes,  jusqu'à  nos  jours  et  à  travers  tous 
les  pays  de  l'Europe. 

Il  s'est  enfin  montré  dans  cet  ouvrage  bibliophile  aussi  instruit 
qu'éclairé,  non  moins  versé  dans  la  connaissance  intime  de  toutes 
les  belles  bibhothèques  des  XVIP  et  XVIIF  siècles  que  dans 
l'histoire  de  la  reliure  et  de  l'ornementation  des  livres,  aux- 
quelles les  exemplaires  de  Grolier  doivent  la  meilleure  part  de 
leur  célébrité  3. 


1.  Paris,  Techcner,  1859  (Extrait  du  Bulletin  du  Bibliophile). 

2.  Paris,  impr.  Jouaust,  lib.  Potier,  1866,  in-8»,  avec  plusieurs  fac-similé. 

3.  Une  lettre  de  M.  Paul  Lacroix,  conservateur  à  la  Bibliothcque  de  l'Arsenal, 
nous  permet  de  citer  un  fait  fort  honorable  pour  M.  Le  Roux  de  Lincj  et  qui 
témoigne  de  son  zèle  éclairé  pour  Grolier.  »  C'est  lui.  écrit  M.  Lacroix,  qui  a 
fait  réparer  à  ses  frais  un  de  nos  jdus  beaux  exemplaires  de  Grolier,  relié  en 


^37 

Après  ce  remarquable  ouvrage,  nous  devons  mentionner  ici 
quelques  notices  que  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  consacrées,  en  divers 
temps,  à  des  bibliophiles  distingués,  ses  amis  et  ses  confrères  : 
MM.  Cigongne'  etYemeniz^,  membres  de  la  Société  des  Biblio- 
philes françois,  M.  Ch.  Sauvageot^  l'illustre  collectionneur  à 
qui  le  musée  du  Louvre  doit  tant  d'objets  précieux,  et  enfin 
M.  Brunet,  l'auteur  du  Manuel  du  Libraire^  M.  Le  Roux  de 
Lincy  a  tracé  de  ces  amateurs  de  livres  et  d'objets  d'art  des  bio- 
graphies courtes  mais  intéressantes  ;  il  a  fait  apprécier  la  valeur 
de  leurs  collections  ;  il  a  fixé  en  quelques  pages  le  souvenir  de 
la  vie  simple,  des  manières  affables  de  Ch.  Sauvageot,  aussi  pas- 
sionné pour  ses  livres  que  pour  les  objets  qui  composaient  son 
riche  musée  ;  enfin,  et  c'est  la  dernière  notice  qu'il  ait  écrite,  il 
a  retracé  l'existence  laborieuse  de  J.  Ch.  Brunet  et  donné  l'his- 
torique des  éditions  successives  du  Manuel  du  Liby^aire,  en  qui 
revit  son  auteur.  C'est  ainsi  que  notre  confrère  savait  paj^er  à 
ses  amis  les  services  qu'ils  lui  avaient  rendus  pour  ses  tra- 
vaux et  leur  donner  un  dernier  témoignage  de  vive  sympathie. 

Nous  venons  de  passer  longuement  en  revue  les  ouvrages  de 
M.  Le  Roux  de  Lincy  dans  les  diverses  branches  de  la  littérature 
et  de  l'histoire  du  moyen-âge.  Mais  là  ne  s'est  pas  bornée  son 
activité  et,  depuis  1835  environ  jusqu'en  1868,  il  n'a  cessé  de 
collaborer  à  divers  recueils.  Nous  avons  déjà  examiné  plusieurs 


Italie  avec  les  armes  de  cet  amateur.  »  Soa  livre  avait  attiré  l'attenlion  des 
savants  sur  Grolier  et  avait  amené  la  découverte  de  documents  biographiques 
et  même  du  portrait  de  cet  amateur.  Aussi  notre  confrère  avait  recueilli  les 
matériaux  d'un  supplément  qu'il  se  proposait  de  donner  à  ses  recherches. 

1.  Catalogue  de  livres  m.anuscrils  et  imprimés  composant  la  bibliothèque  de 
M.  Armand  Cigongne,  précédé  d'une  notice  bibliographique  par  M.  Le  Roux  de 
Lincy.  Paris,  L.  Potier,  1861,  in-8°.  Presque  au  début  de  sa  carrière,  M.  Le 
Roux  de  Lincy  avait  annoté  le  Catalogue  des  livres  composant  le  fonds  de 
librairie  de  feu  M.  Crozet,  avec  MM.  Gratet-Duplessis  et  Ch.  Nodier,  1841. 

2.  Notice  sur  la  bibliothèque  de  M.  Yemeniz,  membre  de  la  Société  des 
bibliophiles  françois,  45  p.  en  tête  du  catalogue  de  sa  bibliothèque,  Paris, 
Bachelin,  1867. 

3.  Catalogue  des  livres  mss.  et  imprimés  composant  la  bibliothèque  de 
M.  Charles  Sauvageot.  Paris,  Potier,   1860,  in-S". 

4.  Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  Jacques-Charles  Brunet,  auteur  du 
Manuel  du  libraire,  en  tête  du  catalogue  de  sa  bibliothèque.  Paris,  Potier, 
1868.  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  fait  précéder  aussi  la  seconde  partie  de  ce  cata- 
logue d'une  notice  succincte  sur  l'abbé  Mercier  de  Saint-Léger,  bibliothécaire 
de  l'abbaye  de  Sainte-Geneviève,  de  1759  à  1772.  M.  Brunet  possédait  en  effet 
plusieurs  manuscrits  curieux  du  savant  abbé. 


«38 

articles  qu'il  a  publiés  dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des 
cJiay^tes  ^•  il  a  écrit  en  outre  dans  la  Revue  de  Paris,  la  Revue 
historique  de  la  Noblesse ,  la  Revue  contem}ioraine ,  le  Mo- 
niteur de  la  Librairie,  le  Dictionnaire  de  la  Conversation, 
le  Bulletin  du  Bibliophile,  le  Moniteur  universel,  Y  Artiste, 
le  Bibliophile  françois,  etc.- 

En  parcourant  la  liste  des  sociétés  dont  M.  Le  Roux  de  Lincy 
a  fait  partie,  nous  placerons  en  première  ligne  celle  de  l'Ecole 
des  chartes,  dont  il  liit  un  des  fondateurs  avant  d'en  être  le  col- 
laborateur assidu.  Nous  devons  rappeler  ici  que  c'est  dans  son 
salon  que  notre  société  s'est  formée.  C'est  sa  maison  qui  en  a  été 
le  siège  pendant  plusieurs  années  ;  c'est  lui  qui,  arcliiviste  tréso- 
rier de  la  Société  à  ses  débuts  et  pendant  longtemps,  consentit, 
comme  l'a  dit  justement  son  collaborateur  et  son  ami,  M.  J.  Qui- 
clierat,  «à  convertir  son  cabinet  d'étude  en  maison  de  librairie,  » 
et  à  se  charger  de  tous  les  soins  matériels  de  la  publication  de 
notre  recueil. 

A  cette  époque,  il  était  déjà  membre  de  la  Société  des  Anti- 
quaires de  Normandie  depuis  1835  ;  il  fut  reçu  dans  la  Société 
de  l'Histoire  de  France  en  1840;  il  fît  partie  de  celle  des  Anti- 
quaires de  France  de  1842  à  1848;  il  avait  été  élu  membre  et 
secrétaire  de  la  Société  des  Bibliophiles  français  le  3  juin  1846; 
et  nommé  membre  du   Comité  des  Travaux  historiques  et  des 


1.  Nous  indiquerons  ici  quelques  articles  que  noire  confrère  a  publiés  dans 
ce  recueil  et  qui  n'ont  pas  été  cités  ci-dessus  :  Titre  relatif  à  la  corporation 
des  drapiers  de  Paris,  1219,  t.  V,  p.  476;  Procès-verbal  des  délibcraiioas  tenues 
à.  l'hôtel  de  ville  de  Paris  pendant  la  captivité  de  François  P',  ibid.,  p.  545. 
—  Inventaire  des  lieilles  armes  conservées  an  château  d'Amboise,  du  temps 
de  Louis  XII  (septembre  1499).  2'=  série,  t.  IV,  p.  412.  —  Détails  sur  la  vie 
privée  d'Anne  de  Bretagne,  femme  de  Charles  VIII  et  de  Louis  XII,  3'=  série, 
t.  I,  p.  148.  —  Inventaire  des  biens  meubles  et  immeubles  de  la  comtesse 
Mahaut  d'Artois,  pillés  par  l'armée  de  son  neveu,  en  1313.  3"  série,  l.  III,  p. 
53.  —  Notice  (inachevée)  sur  Ernest  de  Prévillc,  G"  série,  t.  I.  p.  255  el  465, 
sans  |)arlcr  de  nombreux  comptes-rendus  d'ouvrages  de  littérature  el  d'histoire. 

2.  Il  nous  reste  à  signaler  encore  les  articles  suivants  dans  le  Bulletin  du 
bibliophile  :  en  1846  une  notice  sur  Antoine  Dufonr,  qui  a  composé  pour  Anne 
de  Bretagne  une  histoire  des  femmes  illustres;  en  1860,  des  recherches  sur  la 
Bibliothèque  du  grand  Condé,  suivies  du  catalogue  des  manuscrits  qui  se  trou- 
vaient dans  ceUe  bibliothèque;  dans  le  Moniteur  Universel,  1"  décembre  1841, 
notice  d'un  ins.  de  la  vente  Crozet,  dans  lequel  se  trouve  une  curieuse  minia- 
ture pour  l'histoire  de  Paris;  2  mars  1844,  Hibliographie  de  Charles  Nodier; 
10  janvier  1847:  Le  palais  Mazarin  et  les  grandes  habilaiions  de  ville  et  de 
campagne  au  xvii"  siècle,  par  M.  de  Laborde  (article  de  compte- rendu). 


4  39 

Sociétés  savantes  (section  d'archéologie)  le  11  mars  1859^ 
Chevalier  de  la  Légion  d'honneur  en  1845,  il  était  entré  le 
25  mars  1851  à  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal  et  deux  ans  après, 
le  9  mai  1853,  il  avait  reçu  le  titre  de  conservateur  hono- 
raire -. 

Tel  est  l'ensemble  des  travaux  et  des  fonctions  qui  ont  occupé 
la  vie  de  notre  confrère.  On  a  pu  remarquer  l'abondance  et  la 
variété  de  ses  ouvrages  :  littérature  proprement  dite,  histoire  et 
spécialement  celle  de  Paris,  biographie,  bibliographie,  il  a  em- 
brassé ces  divers  genres  dans  de  longues  et  consciencieuses 
études  auxquelles  il  songeait  encore  dans  ses  derniers  jours  ^  ;  il 
mettait  au  travail  une  application  et  parfois  une  ardeur  extrême, 
une  persévérance  remarquable  que  ne  rebutaient  ni  les  difficultés, 
ni  la  souffrance  ;  aussi  est-il  arrivé  à  faire  toujours  des  travaux 
exacts,  soignés  et  utiles  ;  nous  dirons  plus,  il  a  eu  le  mérite  d'être 
initiateur  et  d'ouvrir  des  voies  nouvelles  que  d'autres  ont  suivies 
après  lui. 

Plusieurs  textes  importants  de  la  littérature  du  mojen- 
àge  ont  vu  le  jour  depuis  que  notre  confrère,  par  ses  analyses, 
en  a  montré  l'importance  ;  ainsi,  pour  le  Roman  de  Garin  le 
Loherain  et  la  Chanson  d'Antioche,  pubhés  par  M.  Paulin  Paris; 
pour  la  Conquête  de  Jérusalem  et  la  Vie  de  saint  Thomas-le- 
Martyr,  dont  M.  Hippeau  est  devenu  l'éditeur,  ou  le  Livre  du 
Chevalier  de  la  Tour-Landry,  dont  Tédition  a  été  donnée  par 

1.  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  fourni  sa  pari  de  collaboration  aux  diverses  sociétés 
dont  il  faisait  partie.  Aux  travaux  mentionnés  ci-dessus  nous  ajouterons  seule- 
ment :  une  notice  sûr  le  connétable  de  Bourbon,  dans  les  Mélanges  des  Biblio- 
philes, 1850,  p.  49  et  54;  il  avait  commencé  aussi  pour  celte  société  la  publi- 
cation des  lettres  d'Auguste  de  Thou,  qui  est  resiée  inachevée.  —  Depuis  1837, 
notre  confrère  avait  fait  au  comité  historique  de^  monuments  écrits  diverses 
offres  de  publication  donl  l'une  a  été  acceptée  et  a  produit  les  Quatre  livres  des 
Bois  examinés  ci-dessus;  en  1856  il  a  fait  imprimer  dans  le  Bulletin  du  Comité 
de  la  langue,  de  l'histoire  et  des  arts  de  la  France,  t.  III,  un  Eloge  de  Paris, 
composé  en  1323  par  un  habitant  de  Senlis,  Jean  de  Jandun,  publié  pour  la 
première  fois  par  MM.  Taraune  et  Le  Roux  de  Lincy,  tiré  à  part  en  36  pages  et 
reproduit  avec  une  traduction  dans  les  Historiens  de  Paris  aux  xiv"^  et  xv<=  S. 
De  1859  à  1867,  il  a  donné  dans  la  Revue  des  Sociétés  savantes  des  rapports 
sur  divers  travaux,  parmi  lesquels  nous  remarquons  celui  qu'il  a  fait  en  1867 
sur  la  notice  d'un  livre  d'heures  possédé  en  1451  par  Marie  de  Rais,  fille  de 
Gille  de  Rais  et  veuve  de  Prégent  de  Coëlivy,  amiral  de  France. 

2.  Nous  devons  ce  renseignement  à  l'obligeance  de  M.  Paul  Lacroix. 

3.  Voir  dans  la  notice  de  M.  Cocheris  le  récit  relatif  à  la  découverte  des  actes 
de  naissance  et  de  décès  de  Sauvai. 


M.  de  Montaigloii  ;  dans  l'Histoire  de  Paris  il  a  lait  voir  l'im- 
portance des  descriptions  du  genre  de  celle  de  Guillebert  de  Metz 
pour  l'archéologie  et  la  peinture  des  mœurs  et  des  usages  du 
temps. 

Esprit  large  et  curieux,  M.  Le  Roux  de  Lincy  se  tenait 
constamment  au  courant  de  la  science  par  ses  relations  nom- 
breuses avec  des  savants  et  des  littêi'ateurs.  Il  avait  trouvé  dans 
sa  position  de  fortune  un  précieux  élément  de  travail,  l'indépen- 
dance ;  il  s'en  créa  un  autre  dans  sa  belle  bibliothèque,  dont 
nous  devons  dire  quelques  mots  ;  car  il  était  chercheur  et  ne  dé- 
daignait pas  d'aller  lui-même,  quoique  souffrant,  s'asseoir  dans 
les  boutiques  des  libraires,  pour  examiner  et  découvrir  s'il  le 
pouvait  quelques  ouvrages.  C'est  ainsi  qu'il  était  parvenu  à 
l'éunir  une  belle  et  intéressante  bibliothèque,  composée  de  livres 
choisis,  dans  tous  les  genres,  reliés  avec  soin,  quelques-uns  avec 
luxe,  qu'il  ouvrait  libéralement  aux  recherches  et  à  l'admiration 
de  ses  amis.  Ses  livres,  qu'il  aimait  tant,  sont  aujourd'hui  dis- 
persés, ainsi  que  sa  belle  collection  sur  Paris,  qu'il  avait  pa- 
tiemment formée  depuis  de  longues  années.  Le  catalogue  qui  en 
a  été  dressé  pour  la  vente  restera  seul  pour  montrer  combien 
c'était  une  source  précieuse  pour  l'étude  de  l'histoire  de  notre 
ville  ^  Mais  M.  Le  Roux  de  Lincy  a  laissé  heureusement  des 
titres  qui  le  feront  vivre  ;  la  mémoire  de  l'auteur  des  Quatre 
livres  des  Rois,  de  Y  Histoire  de  V  hôtel-de-ville  de  Paris, 
et  des  Recherches  sur  G^ro//er  demeurera  parmi  lesérudits: 
et  ses  confrères,  nous  l'espérons,  se  souviendront  longtemps  de 
l'homme  bon,  juste  et  bienveillant  qui,  après  avoir  largement 
contribué  à  la  fondation  de  la  Société  de  l'Ecole  des  chartes,  n'a 
cessé  de  porter  à  tous  les  membres  de  l'association,  aux  anciens 
comme  aux  jeunes,  les  plus  grandes  sympathies  et  le  plus  sincère 
dévouement. 

A.  Bruel. 


I.  Catalogue  d'une  colleclion  de  livres  el  d'estampes  ooncernanl  l'iiistoire  de 
France  et  tout  particulièrement  l'histoire  de  Paris  provenant  du  cabinet  de 
M.  Le  Roux  de  Lincy,  Paris,  J.  Techener,  1855.  Il  comprend  1175  n°>  pour  les 
livres  et  1289  pour  les  estampes.  On  doit  y  joindre  Appendice  et  tables  du  cata- 
logue des  estampes  historiques  de  M.  L.  R.  de  L.,  Paris,  Techener,  1856.  — 
Nous  citerons  encore  deux  catalogues  de  livres  de  notre  confrère  :  Catalogue  de 
livres  provenant  de  la  bibliolhèciue  de  M.  L.,  Paris,  Aubry,  1865,  1109  n°%  el 
enlin  Catalogue  des  livres  composant  la  biblioihcquc  de  feu  M.  Le  Roux  de 
Lincy.  Paris,  A.  Labitle,  1870.  1976  n". 


CATALOGUE 

D'ACTES  DES  COMTES  DE  BRIENNE 


950-1356. 


Les  comtes  de  Brienne  ont  été  passés  sous  silence  par  les  au- 
teurs de  l'Art  de  vérifier  les  dates.  On  s'est  occupé  d'eux  tout-à- 
fait  sommaii:ement  dans  Y  Histoire  généalogique  de  la  maison 
de  France.  M.  de  Sassenay,  dans  son  livre  si  intéressant  sur  les 
Brienne  de  Lecce  et  d'Athènes,  n'a  étudié  la  vie  que  d'un  petit 
nombre  d'entre  eux. 

On  peut  donc  dire  que  la  maison  de  Brienne  attend  encore  un 
historien. 

Cet  historien,  nous  ne  sommes  pas  en  mesure  de  le  devenir  : 
mais,  avant  qu'il  se  produise,  nous  avons  pensé  qu'on  pourrait 
consulter  avec  quelque  utilité  le  recueil  qui  suit.  Nous  n'y 
avons  pas  compris  les  actes  napolitains  et  florentins  cités  en  si 
grand  nombre  dans  le  court  et  substantiel  ouvrage  de  M.  de 
Sassenay.  Nous  ne  nous  sommes  guère  servi  que  de  documents 
français,  et  notre  travail  pourra  être  considéré  comme  un  com- 
plément du  volume  pid)Hé  par  l'auteur  dont  nous  avons  déjà  deux 
fois  dit  le  nom. 

Ce  travail  sera  divisé  en  treize  sections  correspondant  chacune 
au  règne  d'un  comte  de  Brienne. 

Section  1'%  Engelbert  1er,  nos  i_2,  950(?)-969(?). 

Section   2^  Engelbert  II,  nos  3.5,  996(?)-1035(?). 

Section   3^  Gautier  I^r,  nos  6-19,  1035-1089(?). 

Section   4%  Erard  1er,  nos  20-34,  1097(?)-li  14. 

Section  5^  Gautier  II,  nos  35-59,  I125(?)-l  161  (?). 

Section   6%  Erard  II,  nos  60-102,  1161-1189. 

Section  7«,  Gautier  III,  nos  103-135,  1 192-1205. 


U2 

Section   8%  Jean  le-,  n«>s  136-147,  1206-1217. 
Section   9^  Gautier  IV,  nos  148-173,  1221-1241. 
Section  10^  Jean  II,  nos  174-182,  1247-1260. 
Section  11%  Hugues,  nos  183-197,  1261-1288. 
Section  12%  Gautier  V,  nos  198-210,  1297-1311. 
Section  13%  Gautier  VI,  nos  211-236,  1312-1356. 


Section  l•■^  —  ENGELBERT  V. 

1.  —  Du  19  juin  950  au  18  juin  951  {anno  XV  régnante 
Ludovico  rege).  —  Gislebert,  duc  de  Bourgogne,  donne  à  l'ab- 
baye de  Montiéramey  un  bien  appelé  Alericum,  dépendant  de 
la'seigneurie  de  Piney.  Engelbert  [P*",  comte  de  Brienne],  de  qui 
ce  bien  était  tenu  en  fief,  accorde  son  consentement  à  cette  dona- 
tion. 

Edit.  Duchesne,  Histoire  de  la  maison  de  Vergy,  p.  34. 

2.  —  Vers  969.  —  Adson,  comte  de  Rosnay  (Aube),  donne  à 
l'abbaye  de  Montiérender  ses  biens  dans  le  Pertois.  Le  comte 
Engelbert  figure  parmi  les  témoins.  Cette  charte  est  sans  date. 
Mais  Adson,  comte  de  Rosnay,  de  qui  elle  émane,  paraît  iden- 
tique au  comte  Adson,  l'un  des  témoins  de  la  charte  d'Héribert. 
comte  de  Troyes,  pour  la  même  abbaye,  17  janvier  969  (Camu- 
zat,  Promptuarium,  f"  85). 

Arch.  de  la  Haute-Marne,  1^''  Cartulaire  de  Montiérender, 
f"  31  v«. 

Section  2".  —  ENGELBERT  11. 

3.  —  24  octobre  996  -  20  juillet  1031  {régnante  Roherto 
rege).  —  Engelbert,  comte  de  Brienne,  rappelle  qu'Engel- 
bert  P"",  son  prédécesseur,  a  relevé  l'abbaye  de  Montiérender  de 
ses  ruines.  11  abandonne  h  cette  abbaye  les  redevances  qu'il 
possédait  sur  le  village  de  St-Christophe.  Seing  de  la  comtesse 
Adélaïde, 

Arch.  de  la  Haute-Marne,  P'"  Cartulaire  de  Montiérender, 
1"  40  v"-41  v°  ;  cf.  .Mabillon,  Ann.  Bened.,  IV,  268  ;  D.  Bou- 
quet, X,  613-614  note  ;  Gall.  Christ.,  IX,  916. 

4.  —  1027-20  juillet  1031  {régnante  Roherto  rege  Fran- 
corum).  —  Dudoii,  abbé  de  Montiérender,  donne  à  cens,  à  un 


homme  honorable  nommé  Constantin,  un  mouhn  sur  l'Aube. 
Seing  d'Engelbert  comte  et  de  son  frère  Gui. 

l^-"  Cart.  de  Montiérender,  f  43  v''-44  r"  ;  cf.  Mabillon,  Ann. 
Bened.,  IV,  268  ;  Gall.  Christ.,  IX,  916. 

5.  —  1027-1035  (sans  date).  —  Dudon,  abbé  de  Montié- 
render, rappelle  qu'EngeUiert,  comte  de  Brienne,  ayant  une 
sœur  vierge,  l'a  fait  épouser  à  Etienne  de  Joinville  et  lui  a  donné 
en  mariage  l'avouerie  du  pagus  Blesensis.  Pour  obtenir  que  le 
pagus  Blesensis  soit  mieux  gardé,  Dudon  assure  à  Etienne  une 
rente  annuelle  de  40  béliers,  autant  de  porcs,  six  repas,  et  des 
corvées  pour  le  transport  du  bois  nécessaire  à  l'entretien  des 
fortifications  du  château  de  Joinville.  Parmi  les  témoins  sont  les 
comtes  Gui  et  Engelbert  II.  (Sur  l'abbé  Dudon,  voir  Gall. 
Christ.,  IX,  916). 

l«f  Cart.  de  Montiérender,  f°  55  v''-56  r";  éd.  Mabillon,  Ann. 
Bened.,  IV,  712  ;  cf.  Albéric,  subanno  1055. 

Section  3«.  —  GAUTIER  P--. 

6.  —  28  décembre  1035  (v.  kal.  januarii,  régnante  Hen- 
rico  rege  anno  V).  —  Mainard,  évêque  de  Troyes,  sur  la  de- 
mande de  Gautier,  comte  de  Brienne,  accorde  à  l'abbaye  de 
Montiérender  la  liberté  de  l'autel  de  Saint-Léger-sous-Brienne 
(Aube). 

Mention  Gall.  Christ.,  XII,  495  C. 

7.  8.  —  Vers  1048.  —  Chartes  sans  date  de  Milon,  abbé  de 
Montiérender,  constatant  des  actes  de  cet  abbé  faits  en  présence 
du  comte  Gautier  et  de  Pétronille,  sa  mère.  (Voir  sur  cet  abbé, 
Gall.  Christ..  IX,  9\6-9il). 

!«'■  Cart.  de  Montiérender,  f^^  49  v",  51  v°  ;  cf.  Ann.  Bened., 
IV,  509. 

9.  —  22  mai  1048.  —  Concile  de  Senlis  auquel  assiste  Gau- 
tier P"",  comte  de  Brienne. 

Edit.  Martène,  Collectio,  VII,  58-59. 

10.  —  6  juin  1050  (IIII  feria  post  Pentecostem,  eodem 
anno  quo  papa  Léo  ecclesiam  sancti  Re'inigii  Remis  Domino 
dedica'Dit,  nec  non  Henrico  rege  régnante).  Gautier,  comte 
de  Brienne,  de  concert  avec  Pétronille,  sa  mère,  abandonne  au 
prieuré  de  St-Léger-sous-Brienne  tous  les  droits  qu'il  avait  sur 
ce  prieuré. 


^44 

Premier  Cart.  de  Montiérender,  1«  48  v",  49  r";  cf.  Awi. 
Bened.,  IV,  508. 

11.  —  Du  23  mai  au  24  septembre  1072  {anno  ah  incarna- 
lione  Dorainl  1072,  indictione  X,  régnante  Philippo  rege 
anno  XIIII).  —  Rainard,  évêque  de  Laiigres,  du  C(nisente- 
ment  de  Gautier  I''^  comte  de  Brienue,  de  sa  sœur  femme  dudit 
Gautiei-,  et  de  leurs  enfants,  donne  à  l'abbaye  de  Montiérender 
la  moitié  de  la  terre  d'Epothémont.  Parmi  les  témoins  :  Eusta- 
chie,  comtesse  ;  Gautier,  comte  de  Brienne  ;  Engelbert,  son  fils  ; 
Gui,  comte. 

!«•■  Cart.  de  Montiérender  ;  êdit.  Gall.  Christ,  nov.  IV, 
instr.  147-148;  Gall.  Christ,  vet.  II,  638-659;  cf.  Ann. 
Bened.,  V,  54;  Gall.  Christ,  nov.,  IV,  562. 

12.  —  1075-1083  {régnante  Philippo  in  Francia...  prési- 
dente apud  Trecas  in  episcojKdu  Hugone,  filio  Witerii  de 
Donno  Petro).  —  Gautier  du  Donjon  de  Brienne,  avec  le 
consentement  de  sa  femme  Adeline,  et  de  ses  fils  Thibaut  et  Gui, 
donne  à  l'abbaye  de  Molesme  ce  qu'il  avait  à  Radonvilliers. 
Témoins  :  Gautier,  comte  de  Brienne,  et  Engelbert,  son  fils, 
depuis  moine. 

Archives  de  la  Côte-d'Or,  le-^Cart.  de  Molesme,  f°  24  V;  éd. 
Socard,  Méra.  de  la  Soc.  académique  de  l'Aube,  3"  série,  t.  L 
p.  227-228  ;  cf.  Gall.  Christ.,  XII,  533  D. 

13.  _  1082  au  plus  tard.  —  Thibaut  pi-,  comte  de  Cham- 
pagne, règle  les  droits  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  sur  l'abbaye 
de  Montiérender. 

!«'•  Cart.  de  Montiérender,  P  71  r°-72  r"  ;  cf.  Histoire  des 
Comtes  de  Champ^agne,  t.  I,  p.  400-401. 

14.  —  1082  {Meldis  civitate  in  concilio  publico).  —  Hu- 
gues de  Die,  légat  du  pape,  sur  la  demande  de  Thibaut  I"',  comte 
de  Champagne,  prononce  une  sentence  d'excommunication  contre 
Gautier,  comte  de  Brienne,  qui,  après  avoir  juré  d'observer  le 
règlement  contenu  dans  la  charte  précédente,  refuse  de  l'exé- 
cuter. 

1«-  Cart.  de  Montiérender,  f"  60  ;  édit.  Mabillon,  Ann.  Bened. 
V,  641  ;  D.  Bouquet,  XIV,  787-788. 

15.  —  Sans  date.  —  Gui,  clerc  de  Brienne-le-château,  fait 
une  donation  à  l'abbaye  de  Montiérender.  Le  comte  Gautier 
est  témoin. 

l''--  Cart.  de  Montiérender,  f"  80. 


U5 

16.  —  1075  au  plus  tôt.  —  Gile,  dame  de  Plancy,  fonde  le 
prieuré  de  rAbbaye-sous-Plancy  et  le  donne  à  l'abl^aye  de  j\Io- 
lesme.  Approbation  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  son  su- 
zerain. 

1"  Car  t.  de  Molesme,  f  25  r"  ;  êdit.  Socard,  Mém.  de  la 
Soc.  académ.  de  l'Aube,  3"  série,  t.  I,  p.  225-226. 

17.  —  Bar  [sur  Seine],  1075  au  plus  tôt.  —  Gautier,  comte 
de  Brienne,  avec  le  consentement  de  sa  femme,  d'Engelbert,  son 
fils,  et  de  ses  autres  fils  et  filles,  donne  à  l'abbaye  de  Molesme 
ses  droits  sur  l'église  de  Merrey  (Aube). 

Edit.  Socard^  Mém.  de  la  Soc.  académ.  de  l'Aube,  'S'  sé- 
rie, t.  I,  p.  227,  d'après  le  premier  Cart.  de  Molesme,  f  27  v° 
28  r°. 

18.  —  1075  au  plus  tôt.  —  Gosbert  de  Bar  donne  à  l'abbaye 
de  Molesme,  avec  l'approbation  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  ' 
d'Airard  et  de  Milon,  fils  de  ce  dernier,  ses  droits  sur  l'église 
d'Essoyes. 

Edit.  Socard,  Mém.  de  la  Soc.  académ.  de  l'Aube,  S'' série, 
1. 1,  p.  226,  d'après  le  l^^"  Cart.  de  Molesme,  f  30  v". 

19.  —  1085-1089.  —  Renaud  de  Bar  et  Jean  de  Larriaco 
donnent  à  l'abbaye  de  Molesme  une  terre  à  Sécliefontaine  (com- 
mune d'Avirey-Lingey,  Aube).  Cette  donation  est  approuvée  par 
Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Bar-sur-Seine  (  Walte7no,  co- 
mité Brene7isi  et  Barrensi).  La  chapelle  bâtie  en  ce  lieu  par 
Pierre  et  Lambert,  disciples  de  saint  Bruno,  est  bénie  par  Robert, 
évêque  de  Langres  (1085-1110),  en  présence  du  dit  comte  Gau- 
tier. (Cette  charte  ne  peut  guère  être  postérieure  à  l'année  1089 
ou  à  l'année  1090  puisque  Thibaut  F'',  comte  de  Champagne, 
mort  en  1089  ou  1090,  donna  l'investiture  du  comté  de  Brienne 
à  Airard,  fils  de  Gautier.  Yoù-  plus  bas,  n°  31). 

Edit.  Socard,  Mém.  de  la  Soc.  académ.  de T Aube,  3"  série, 
t.  1,  p.  228-229,  d'après  le  P^  Cart.  de  Molesme,  f"  38  v^;  cf. 
Gall.  Christ,  nov.,  t.  IV,  col.  567  B. 

Section  4^  —  ERARD  pr, 

20.  —  Vers  1097.  —  Charte  de  Roger,  abbé  de  Montiérender 
(1097-1127),  constatant  qu'Airard,  comte  de  Brienne,  partant 
pour  la  Terre-Sainte  (voir  plus  loin,  n*^  36),  passe  à  Troyes,  et 
rend  à  l'abbaye  de  Montiérender,  par  la  main  de  Philippe,  évèque 

^0 


146 

de  Troj^cs  (1083-1121),  l'église  do  Ceffonds  (Haute-Marne)  qu'il 
détenait  injustement. 

P'-  Cai't.  de  Montiérender,  f"  108  r"  v^. 

21.  —  Vers  1097.  —  Hugues  de  Merrey  donne  à  l'abbaye  de 
Molesme  son  aleu  de  Rosnay,  et  reçoit  de  cette  abbaye  seize 
livres.  Il  réserve  à  lui  et  à  son  frère  faculté  do  rentrer  dans 
ce  bien  si  l'un  ou  l'autre  revient  de  Jérusalem  et  rend  les  seize 
livres.  Parmi  les  témoins,  Airard,  comte  de  Brienne. 

Edit.  Socard,  Mém.  de  la  Soc,  acad.  de  l'Aube,  3"  série, 
t.  I,  p.  233,  d'après  le  premier  Cartulaire  de  Molesme,  f°  58  r". 

22.  —  Au  plus  tard  1101.  —  Airard,  comte  de  IJi-ienno,  fait 
savoir'  que  son  père  a  donné  en  mourant  aux  moines  de  Molesme 
divers  biens,  entre  autres  une  partie  des  dîmes  du  village  de 
Molesme  et  l'église  d'Essoyes  (Aube).  Il  leur  donne  lui-même 
droit  d'envoyer  leur  bétad  dans  tous  ses  pâturages.  Milon,  son 
frère,  encore  enfant,  ne  fut  pas  présent  à  cette  donation.  Peu 
après,  devenu  comte  [de Bar-sur-Seine],  ill'approuva. 

Edit.  Socard,  Mém.  de  la  Soc.  académ.  de  l'Aube,  3"  série, 
t.  I,  p.  239,  d'après  le  premier  Cartulaire  de  Molesme,  f^  34  r". 

23.  —  Bar-sur-Aube  1101  [Barro,  anno  ah  incarnatione 
Boyyiini  1101).  — Charte  d'Hugues,  comte  de  Cliampagne,  pour 
l'abbaye  de  Saint-Claude.  Parmi  les  témoins  :  Hérard,  comte  de 
Brienne,  et  Milon,  son  frère. 

Edit.  Blampignon,  Hist.  de  sainte  Gennaine,  p.  202;  Chif- 
flet,  Sancti  Bernardi  genus,  p.  537. 

24.  —  Sens,  1101  [apud  Senonas,  anno  incarnati  Vey^bi 
millesimo  centeswio  primo,  indictione  nona,  epacta  octava 
décima,  concurrente  vero  ciclo  lunari  sexto  decimo).  — 
Robert,  évêque  de  Langres,  confirme  la  cession  de  l'église  de 
Pouilly  près  Molesme  faite  à  l'abbaye  de  Molesme  par  l'abbé  et 
les  moines  de  Saint-Pierre-le-Vif  de  Sens,  en  présence  de  plu- 
sieurs témoins,  parmi  lesquels  Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine. 

Edit.  Gall.  Christ,  nova,  IV,  instr.,  col.  150,  d'après  l'ori- 
ginal. 

25.  —  Langres,  17  août  1103  {Lingonis  in  capitido  nostro 
publico,  in  festiritate  sancti  Marametis,  Paschali  Romano 
pontifice  présidente,  Philippo  rege  Francoriwi  régulante, 
anno  ab  incarnatione  Domini  millesimo  centesimo  tertio, 
i7idictione  undecima,  ciclo  lunari  XVIII).  —  Robert,  évêque 
de  Langres,  confirme  les  biens  do  l'abbaye  de  Molesme  en  pré- 


^47 

sence  d'Airard,  comte  de  Brienne,  de  Milon,  comte  de  Bar-sur- 
Seine,  et  de  Milon,  seignem^  de  Chassenay.  Airard  donne  à 
l'abbaye  droit  d'usage  dans  ses  forêts. 

Edit.  Gall.  Christ,  nova,  IV,  instr.,  col.  151-152. 

26.  —  Molesme,  après  le  2  avril  1104.  —  Hugues,  comte  de 
Champagne,  après  avoir,  au  concile  de  Troyes  (V  nonas  apri- 
lis,  anno  db  incarnatione  Domini  1104,  indictione  XII, 
epacta  XXII,  concurrente  V),  donné  à  l'abbaj-e  de  Molesme 
la  terre  de  Rumilly,  en  se  réservant  l'usufruit  de  moitié,  fait 
abandon  de  cet  usufruit.  Parmi  les  témoins  :  Milon,  comte  de 
Bar-sur-Seine,  Airard,  comte  de  Brienne. 

Edit.  d'Achery,  Spicilége,  IV,  239  ;  Chifflet,  Sancti  Ber- 
nardi  genus,  p.  509,  etc.;  cf.  Bréquigny,  Table  chronolo- 
gique, t.  II,  p.  351. 

27.  —  Châtillon-sur-Seine,  1108  {apud  Castellionera  super 
Sequanam,  anno  ah  incarnatione  Domini  1108).  —  Hugues, 
comte  de  Champagne,  donne  à  l'abbaye  de  Molesme  le  sauve- 
ment  de  RumiUy.  Parmi  les  témoins  :  Airard,  comte  de  Brienne; 
Milon,  comte  de  Bar-sur- Seine. 

Edit.  d'Achery,  Spicilége,  IV,  241;  Chifflet,  Sancti  Ber- 
nardi  genus,  p.  51 1  ;  cf.  Bréquignjs  Table  chronologique,  t.  II, 
p.  396. 

28.  — 1112  [anno incarnati  Verbi\\\2,  Philippo  Trecensi 
episcopo,  Hugone  Carajuiniae  comité). — Airard,  par  la  grâce 
de  Dieu  comte  de  Brienne,  donne  à  l'abbaye  de  Beaulieu  une 
partie  de  ce  qu'il  possède  à  Jasseines,  une  partie  de  la  rivière 
d'Aube,  droit  d'usage  dans  ses  bois  et  de  pâturage  dans  tout  le 
comté  de  Brienne. 

Edit.  Camuzat,  Auctarium  promptuarii,  p.  33-34;  extrait 
Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxembourg,  édit.  de  1619, 
p.  189  et  191  ;  cf.  Gall.  Christ.,  XII,  614  B. 

29.  —  1113  {anno  ab  incarnatione  Domini  1113).  — 
Airard,  comte  de  Brienne,  donne  au  prieuré  de  Radonvilliers, 
avec  le  consentement,  de  Gautier,  son  fils,  des  droits  de  justice, 
et  le  droit  d'acquérir  dans  ses  fiefs. 

Edit.  Socard,  Mém.  de  la  Soc.  acad.  de  l'Aube,  3*^  série, 
t.  I,  p.  358-359,  d'après  le  premier  Cartulaire  de  Molesme, 
fo  94  r°. 

30.  —  Troyes,  1113  {Trecis  in  curia,  anno  ab  incarnatione 
Domini  1113).  —  Hugues,  comte  de  Troyes,  donne  à  l'abbaye 


^48 

de  Montiéramey  un  droit  de  justice  à  Daudes,  etc.  Parmi  les  té- 
moins :  jNIilon,  comte  de  Bar-sur-- Seine  ;  Airard,  son  frère,  comte 
de  Brienne. 

Edit.  Chifflet,  Scmcti  Bernardi  genus,  p.  516. 

31. — ïroyes,  3 mai  1114  {Trecis,  (m.  WiA, nonarum  mnia- 
rumdie  quinto).  —  Hugues,  comte  de  Champagne,  fait  savoir 
ce  qui  suit  :  Airard,  fils  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  a  reçu  de 
Thibaut,  comte  de  Champagne,  père  du  dit  Hugues,  l'investiture 
du  comté  de  Brienne.  Après  la  mort  de  Thibaut,  Airard,  suivant 
l'exemple  de  Gautier,  son  père,  a  violé  les  droits  de  l'abbaye  de 
Montiérender.  Après  une  sommation  inutile,  Hugues  a  eu  recours 
aux  armes,  et  par  des  guerres  et  des  sièges  Ta  forcé  d'abandonner 
ses  injustes  prétentions. 

Premier  Cartulaire  de  Montiérender,  f"  101  r";  collection  de 
Champagne,  t.  135,  p.  829. 

32.  —  Troyes  1114  {Trecis,  anno  incarnati  Verbi,  M"  C° 
XIIIIo).  —  Charte  d'Hugues,  comte  de  Troyes,  pour  l'abbaye  de 
Montier-la-Celle.  Parmi  les  témoins  :  Erard,  comte  de  Brienne. 

Edit.  Hist.  des  Comtes  de  Champagne,  t.  III,  p.  415- 
417. 

33.  —  Sans  date.  —  Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine,  donne  à 
l'abbaye  de  INIolesme  son  domaine  dans  le  viUage  de  Capella, 
les  redevances  qu'il  levait  sur  l'église  d'Essoyes,  etc.  Cette  do- 
nation est  approuvée  par  Matilde,  sa  femme,  Airard,  comte,  son 
frère,  et  Mantia,  sœur  de  ces  deux  comtes. 

Ed.  Socard,  Mém.  de  la  Soc.  acad^  de  l'Aube,  3®  série,  t.  I, 
p.  261,  d'après  le  premier  Cartulaire  de  Molesme,  f^  10  r°  ;  cf. 
Art  de  vérifier  les  dates,  II,  589,  col.  1.  L'.lr^  de  vérifier  les 
dates  et  M.  Socard  datent  arbitrairement  cette  charte  de  II 15. 

34.  —  Sans  date.  —  Airard,  comte  de  Brienne,  avec  le  con- 
sentement d'Eustachie,  sa  mère,  et  de  Milon,  comte  de  Bar-sur- 
Seine,  son  frère,  donne  une  femme  serve  à  l'abbaye  de 
Molesme. 

Mention  Art  de  vérifier  les  dates,  t.  H,  p.  589,  col.  1,  d'après 
le  premier  Cartulaire  de  Molesme,  h  76.  [L'Art  de  vérifier  les 
dates  donne  arbitrairement  à  cette  charte  la  date  de  1096.) 

Section  5".  —  GAUTIER  H. 

35.  —  Sans  date,   1125  au  plus  tard.  —  Roger,  abbé  de 


U9 

Montiérender,  fait  savoir  les  faits  suivants  :  Airard,  comte  de 
Brienne,  se  trouvant  à  Avenay  gravement  malade  et  à  toute 
extrémité,  pria  Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine,  son  frère,  de  le 
faire  enterrer  à  Montiérender  et  de  donner  aux  moines  une  rému- 
nération convenable.  Airard  fut  en  effet  enterré  à  Montiérender. 
Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine,  de  l'avis  de  Gautier,  comte  de 
Brienne,  son  neveu,  donna  à  l'abbaj-e  les  coutumes  de  Droj^es. 
Seings  de  Milon,  comte,  et  de  Gui,  son  fils. 

Premier  Cartulaire  de  Montiérender,  f  106  v°  ;  cf.  Mabillon, 
Ann.  Bcnedict.,  V,  564;  Gall.  Christ.,  IX,  919.  (Ces  deux 
ouvrages  datent  cette  charte  de  1111,  ce  qui  est  inadmissible, 
puisque  Erard  vivait  encore  en  1114). 

36.  —  24  janvier  1131  {amio  Verbi  incarnati  1131...  anno 
secundo  Philippi,  7'egis,  fdii  Lzidovici,  nono  calendas 
fehyniarii).  —  Charte d'Haton,  évêque  deTroyes.  Erard,  comte 
de  Brienne,  partant  pour  Jérusalem  (voir  plus  haut,  n°  20),  avait 
cédé  les  quatre  prébendes  de  l'église  de  Brienne  à  Philippe, 
évêque  de  Troyes  (1083-1121),  le  priant  de  les  donnera  l'abbaye 
de  Montiérender,  lieu  de  sépulture  des  comtes  de  Brienne.  Sur  la 
demande  de  Gautier,  fils  et  successeur  d'Erard,  alors  défunt, 
Hatton  donne  à  l'abbaye  de  Montiérender  les  quatre  prébendes  de 
Brienne. 

Edit.  Vofjage  paléographique  dans  le  département  de 
l'Aube,  p.  330;  cf.  Gall.  Christ.,  XII,  499.  (J'ai  à  tort  daté 
cette  charte  de  1132  [nouveau  style].  La  seconde  année  de  Phi- 
lippe, fils  de  Lo.uis  VI,  commence  le  14  avril  1130  et  finit  le  13 
avril  1131.  Le  rédacteur  de  cette  charte  a  commencé  l'année  de 
l'incarnation  le  25  décembre  ou  le  l^""  janvier,  cf.  n°  40.) 

37.  —  1133  [anno  ab  incarnatioiie  Bomini  i  133,  Ludo- 
vico  rege  régnante,  Attone  Trecis  episcopante).  —  André 
de  Baudement,  sénéchal  de  Champagne,  fait  aux  Templiers 
une  donation  qui  est  approuvée  par  [Gautier],  comte  de 
Brienne,  par  sa  femme  et  par  Gui  et  Eustache,  leurs  fils. 

Edit.  Bourquelot  dans  la  Bibl.  de  V école  des  chartes,  4'  sé- 
rie, t.  IV,  p.  185-186. 

38.  —  Piney,  20  juin  1136  (Pinniacum,  ann.  1136,  XIF 
kaL  julii).  —  Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Ramerupt,  donne 
à  l'abbaye  de  Montiéramey  un  emplacement  sur  l'Aube,  à  Sainte- 
Thuise,  pour  y  établir  un  moulin.  Les  moines  de  Montiérender 
paient  sept  livres  que  ledit  Gautier  devait  à  l'archidiacre  Manassés . 


Bibl.  Nat.  Lat.  5433  (Cart.  de  Montiéramey),  1"  173  r"  v";  cf. 
G  ail.  Christ.,  XII,  554  D. 

39. —  Châlons-sur-Marne,  1138  {Cathalaimis,  anno  incar- 
nationùdominice  1138,  cpacta  7.  concurrente  4).  —  Geofroi. 
évèque  de  Ghàloiis,  constate  que  Gautier,  comte  de  l>rienne,  du 
consentement  d'Humbeline,  sa  femme,  a  mis  entre  ses  mains  le 
sixième  de  la  dîme  de  Maison  et  Loisy.  Sur  la  prière  des  dits 
comte  et  comtesse,  le  dit  évêque  a  investi  de  ce  sixième  de  dîme 
frère  Lambert,  gardien  des  maisons  de  Chalette  et  de  Brienne, 
fidèle  et  miséricordieux  proviseur  des  pauvres  qui  affluent  dans 
ces  maisons. 

Cart.  de  Saint-Loup  de  Troyes  appartenant  à  Mme  de  la 
Porte,  f  22  v°. 

40.  —  22  janvier  1143  {anno  ah  incarnatione  Domini 
1143,  XI  kalendas  fehruarii,  luna  XXII;  Lucdovico 
rege  Francorum  régnante,  présidente  quoque  venerabili 
Hatone,  Ti^eceyisis  urhis  préside).  —  Gautier,  comte  de  Bri- 
enne, donne  à  l'abbaye  de  Bassefontaine^la  dîme  de  ses  revenus 
de  Brienne  et  de  Piney,  droit  d'usage  dans  ses  forêts,  etc.  Seing 
de  ses  fils  Airard  et  André,  de  Marie,  sa  fille,  de  Gui,  son  frère, 
etc.  (La  lune  22  correspond  au  nombre  d'or  3  qui  est  celui  de 
l'année  1142  :  l'année  lunaire  commençait  ordinairement  le 
P"^  mars,  par  conséquent  le  nombre  d'or  3  a  dû  servir  pendant 
les  mois  de  janvier  et  février  1143.  Voir  à  ce  sujet  Y  Art  de 
véïHfîer  les  dates,  o"  édition,  t.  I,  p.  xxv.  Il  en  résulte  que 
le  rédacteur  de  notre  charte  a  commencé  l'année  de  l'incarnation 
au  25  décembre  ou  au  l*"''  janvier.  Sur  les  deux  manières  de 
commencer  l'année  usitées  dans  les  actes  des  comtes  de  Cham- 
pagne au  xii''  siècle,  voir  notre  Histoire  des  comtes  de  Cham- 
pagne, t.  II,  p.  83, 133,  162;  t.  III,  p.  309.) 

Original,  archives  de  l'Aube  ;  Copie,  cartulaire  de  Bassefon- 
taine,  charte  n"  1,  même  dépôt;  édit.  Bréquigny,  Table  chrono- 
logique, t.  III,  p.  72.  Bréquigny  s'est  trompé  d'vm  an  sur  la  date 
de  cette  pièce,  qu'il  met  en  1143,  vieux  style,  c'est-à-dire  1144, 
suivant  notre  manière  de  compter. 

41.  —  1145,  après  le  4  mars  {anno  incarnatiVerbi  1145, 
Eugenii  papœ  anno  primo,  régnante  in  Framria  Ludo- 
vico).  —  Haton,  évêque  de  Troyes,  sur  la  demande  d'Anscher, 
abbé  de  Bassefontaine,  et  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  qui  se  sont 
en  personne  rendus  près  de  lui,  approuve  les  donations  faites  par 


^5^ 

le  dit  Gautier  à  l'abbaye  de  Ba.ssefontaine.  Approbation  d'Airard 
et  d'André,  tous  deux  fils  du  dit  comte,  et  de  Marie,  leur  sœur, 

Gartulaire  de  Bassefontaine,  charte  n°  2;  édit.  Bréquigny, 
Table  Chronol.,  III,  100;  cf.  Gall.  Christ.,  XII,  499  D,  et 
Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxembourg,  édit.  de  1619, 
p.  195,271. 

42.  —  1146  (anno  incarnati  Verbi  1146,  Ludovico  rég- 
nante, Godefrido  Lingonis  présidente).  — Jacques,  seigneur 
de  Chassenay,  donne  à  l'abbaye  de  Bassefontaine  sa  part  de  la 
dîme  de  Bligny,  par  le  conseil  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  de 
la  mère  et  de  la  femme  du  dit  comte,  savoir  :  Agnès  de  Baude- 
ment  et  A.,  comtesse  de  Brienne,  dame  du  dit  seigneur  de  Chas- 
senay. 

Original,  Archives  du  cliâteau  de  Brienne;  copie,  Cart.de 
Bassefontaine,  charte  n°  95. 

43.  ~  1146  {anno  ab  incarnatione  Dorni^ii  1146).  — 
Charte  de  Thibaut  II,  comte  de  Champagne,  pour  le  prieuré  de 
Ramerupt.  Parmi  les  témoins  :  Gautier,  comte  de  Brienne. 

Original,  Arch.  de  l'Aube;  édit.  ilist.  des  comtes  de  Cham- 
pagne, t.  III,  p.  434. 

44.  —  1145-1147.  —  Henri,  évêque  de  Troyes  (à  partir  de 
1145),  constate  que  Gautier,  comte  de  Brienne,  agissant  avec  le 
consentement  de  sa  femme  et  de  ses  fils,  a  donné  à  l'abbaye  de 
Larivour  droit  d'usage  dans  ses  bois.  Parmi  les  témoins  :  Gui, 
comte  de  Bar-sur-Seine  (qui  était  mort  en  1147,  Art  de  vérifier 
les  dates,  3"  édit.,  t.  II,  p.  590,  col.  1). 

Arch.  de  l'Aube,  Cart.  de  Larivour,  f  54  r",  pièce  cotée  :  De 
usuario  in  nemoribus  comitis  Brene  I. 

45.  —  Brienne,  du  8  au  15  juin  1147  {apud  Brenam,  pente- 
costes  diebus...  amio  incarnati  Verbi  1147,  quo  nobilitas 
regni  Francormn,  una  cum  suo  rege  Ludovico  nomine, 
transma7n7ias  adiens  ^^«r^e^,  inimicos  nominis  Xpisti 
agressa  est  expugnare).  —  G.,  comte  de  Brienne,  la  veiRe  de 
son  départ  pour  Jérusalem,  confirme,  avec  le  consentement  de  sa 
femme  Adelise,  de  ses  fils  Erard  et  André,  de  sa  fiUe  Marie,  les 
donations  faites  au  prieuré  de  Notre-Dame  de  Ramerupt  par  le 
comte  André,  son  ayeul  et  prédécesseur.  Il  y  ajoute  un  droit 
d'usage  dans  ses  bois. 

Orig.,  Archiv.  de  l'Aube;  édit.  Bibl.  de  l'école  des  chartes, 
5°  série,  t.  11,  p.  457. 


152 

46.  —  Brienne,  du  8  au  15  juin  1147  {anno  incarnati  Verbi 
1147,  quo  videlicet  anno  nobiliias  regyii  Francorimi,  una 
cum  suo  rege  Ludovico  transmarinas  adiens  partes,  ini- 
micos  no)ninis  Xpisti  agressa  est  eocpugnare...  apud  Bre- 
narii,  in  diebiis  pentecostes).  —  Erard,  comte  do  IJi'ienne,  le 
jour  même  où  il  part  pour  Jérusalem,  avec  Erard,  son  fils,  renou- 
velle, du  consentement  de  sa  femme  Adelise  et  de  ses  fils  Erard 
et  André,  les  dispositions  contenues  dans  la  charte  précédente. 
De  plus  il  approuve  d'avance  les  donations  que  ses  vassaux  fe- 
ront à  l'avenir  au  prieuré  de  Ramerupt. 

Original,  Arch.  de  l'Aube. 

47.  —  1147.  —  Gautier,  comte  de  lîrienne,  confirme  les  libé- 
ralités d'Airard^  son  père,  envers  l'abbaye  de  Beaulieu  et  y 
ajoute  des  libéralités  nouvelles. 

Mention,  Gall.  Christ.,  XII,  G14  G,  015  A. 

48.  —  Troyes,  1151  {anno  ab  incarmdione  Domini  1151). 

—  Thibaut  II,  comte  de  Ghampagne,  fait  connaître  les  libéralités 
de  Milon  II,  comte  de  Bar-sur-Seine,  envers  l'abbaye  de  Lari- 
vour  pendant  la  dernière  maladie  du  dit  Milon.  Parmi  les  témoins, 
Gautier,  comte  de  Brienne. 

Arch.  de  l'Aube,  cart.  de  Larivour,  f'  94  v°  {De  dono  epis- 
copi  IP) . 

49.  —  Brienne,  1152  {Brene,  anno  incarnati  Ve^-bi  1152). 

—  Gautier,  comte  de  Brienne,  approuve  plusieurs  acquisitions 
faites  par  l'abbaye  de  Beaulieu. 

Ed.  Vignier,  Histoire  de  la  tnaison  de  Luxembourg,  édit. 
del619,  p.  191. 

50. — Segni,  P""  mars  1 153  {Signie,  kal.Mariiï). — Eugène  III, 
pape,  confirme  deux  donations  faites  à  Baudouin,  abbé  de  Basse- 
fontaine,  et  à  sou  église.  L'une  a  pour  auteur  Azealis,  comtesse 
de  Brienne,  autorisée  par  son  mari,  par  ses  fils  et  par  Gosselin,  jadis 
évêque  de  Soissons,  suzerain  des  biens  dont  il  s'agit.  Les  biens 
donnés  sont  un  moulin  apud  Jarconam,  et  une  église  sur  la 
rivière  delà  Marne.  Gette  bulle  est  postérieure  à  la  mort  de  Gos- 
selin, 24  octobre  1152,  et  antérieure  à  celle  d'Eugène  III, 
8  juillet  1153  (.Jaffé,  Regesta  iJOnti ficimi  romanorum,  p.  652; 
cet  auteur  ne  mentionne  aucune  bulle  donnée  à  Segni  en  1153). 

Cartulaire  de  Bassefontaine,  n"  104. 

51.  —  1155  au  plus  tard.  —  Gautier,  comte  de  Brienne, 
confirme  la  concession  de  droit  d'usage  faite  par  Erard,  son  père, 


^53 

à  l'abbaye  de  Boulancourt,   dans  toute  sa  terre  de  Brienne. 
Mention,  Lalore,  Cartulairede  Boulancourt,  p.  23. 

52.  —  Bar-sur-Aube,  1155  (anno  ah  mcarnatione  Domini 
1155,  Ludovico  rege Francorum  régnante,  Gaufrido  Lingo- 
nensi  ejnscopo  eœistente,  Barrutn-siqjer-Albam).  —  Charte 
d'Henri  P"",  comte  de  Champagne,  pour  Tabhaje  de  Sept-Fon- 
taines.  Parmi  les  témoins  :  Gautier,  comte  de  Brienne. 

Edit.  Annales  prœmonshmtenses,  t.  II,  col.  CCCCXC. 

53.  —  1158.  —  Charte  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  pour 
l'abbaye  de  Boulancourt. 

Mention.  Lalore,  Cartulaire  de  Boulancourt,  p.  25;  d'après 
le  Cart.  français  de  Boulancourt,  n"  42. 

54.  —  Au  plus  tard  1161.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  et 
sa  femme  Adélaïde  rendent  au  prieuré  de  Notre-Dame  de  Ba- 
merupt  le  droit  d'étalage  au  marché  de  ce  lieu.  Le  prieuré  avait 
déjà  possédé  ce  droit  du  temps  du  comte  André.  Les  moines  de- 
vront, en  quittant  le  marché,  enlever  le  banc,  la  corbeille  ou 
tout  autre  objet  semblable  qu'ils  auront  apporté. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  prieuré  de  Ramer upt. 

55.  —  Au  plus  tard  1161.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  du 
consentement  de  sa  femme  Adélaïde  et  de  ses  fils,  donne  à  l'ab- 
baye de  Larivour  cent  sous  de  rente  sur  les  coutumes  des  bois  de 
Piney. 

Cartulaire  de  Larivour,  f"  58  v».  Pièce  cotée  :  De  usuario  in 
neniorihus  comitis  Brene  XV. 

56.  —  Au  plus  tard  1161.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  du 
consentement  de  sa  femme  Adélaïde  et  de  son  fils  Erard,  donne 
à  l'abbaye  de  Larivour  40  sous  de  rente  sur  les  coutumes  du  bois 
de  P'mey,pro  reinotionejjnyne  fundationis  ejusdemecclesie, 
situ  et  nemore. 

Original,  archives  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour  ;  copie,  Cart. 
de  Larivour,  f"  58  v°,  pièce  cotée:  De  usuario  in  nemoribus 
coinitis  Brene  XVI. 

57.  —  Au  plus  tard  1161.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  du 
consentement  de  sa  femme  Adélaïde  et  de  ses  fils  Erard  et  André, 
donne  à  l'abbaye  de  Larivour  ses  possessions  du  Chardonnet  entre 
le  chemin  deRachisy  et  le  chemin  de  Sacey  jusqu'au  grand  bois. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour;  copie,  cart.  de 
Larivour,  f"  48  r%  pièce  cotée  :  De  usuario  in  nemoribus 
comitis  Brene  XII. 


454 

58.  —  Au  plus  tard  llGi.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  du 
consentement  d'Adélaïde,  sa  femme,  et  de  ses  tils,  donne  à  l'ab- 
baye de  Clair  vaux  une  rente  de  cent  sous  sur  le  passage  de 
lirienne.  Ces  cent  sous  seront  employés  à  fournir  un  plat  de 
supplément  à  chaque  moine  un  joui-  par  an. 

Archives  de  l'Aube,  Cartulaire  de  Clairvaux,  p.  73;  seconde 
des  pièces  cotées  :  Elemosine  III. 

59.  —  Au  plus  tard  1161.  —  Henri,  évêque  de  Troyes,  fait 
savoir  qu'avec  le  consentement  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  et 
de  ses  fils,  Gautier  de  Lassicourt  et  Ruticus,  vicomte  de  Rosnay, 
ont  donné  à  l'abbaye  de  Bassefontaine  la  dîme  de  NeuviUe,  vil- 
lage détruit  près  de  vSt-Cliristoplie  fAube). 

Cartulaire  de  Bassefontaine,  pièce  59. 

Section  6.  —  ERARD  II. 

60.  —  1161  {(inno  incarnati  Verbi  1161,  tomporibus  Ln- 
dovici,  régis  Francie,  et  Henrici,  comilis  Camjicmir).  — 
Henri^  évêque  de  Troyes,  confirme  toutes  les  acquisitions  de 
l'abbaye  de  Bassefontaine,  principalement  l'acquisition  faite  par 
cette  abbaye  de  la  grange  de  Nuisement,  près  d'Onjon  (Aube), 
que  vient  de  lui  donner  Erard,  comte  de  Brienne.  Erard  et  Jean, 
abbé  de  Bassefontaine,  sont  venus  en  personne  demander  à 
l'évêque  cette  confirmation.  Parmi  les  témoins  :  Jean,  abbé  de 
Beauheu,  frère  d' Erard. 

Cartulaire  de  Bassefontaine,  pièce  4. 

61.  —  1162  (anno  ab  incarnatione  Domini  1162).  — 
Erard,  comte  de  Brienne,  avec  l'assentiment  d'André,  son  frère, 
approuve  les  donations  faites  par  son  père  à  l'abbaye  de  La- 
rivour. 

Original,  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour;  copie,  Cart. 
de  Larivour,  f"  54  r°,  pièce  cotée  :  De  usuario  in  nemorïbus 
co'iiiitis  Brene  II. 

62.  —  1163  (anno  incarnati  Verbi  1163).  —  Airard, 
comte  de  Brienne,  fait  connaître  les  termes  d'une  transaction 
entre  l'abbaye  de  Bassefontaine  et  Pierre  de  Novo  Maisnil. 
Parmi  les  témoins  :  Jean,  abbé  de  Beaulieu. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  78. 

63.  —  Prieuré  de  St-Quentin  de  Troyes,  P""  juillet  1164 
{amio  ab  incarnatione  Domini  1164,  in  domo  Sancti  Quin- 


Uni  Trecensis,  kalendis  julii) . —  Jean,,  prieur  de  Radonvilliers, 
vend  à  l'abbaye  de  Bassefontaine  une  rente  de  six  setiers  de  blé 
et  un  droit  d'usage  que  son  prieuré  avait  dans  une  forêt  de  l'ab- 
baye. Parmi  les  témoins  :  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  Erard,  comte 
de  Brienne,  et  André,  son  frère. 
Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  48. 

64.  —  1166  («nno  Verbi  incarnati  1166).  —  Henri,  évêque 
de  Troyes,  constate  que  Boson,  fils  de  Boson  de  Tliil,  a  donné  à 
l'abbaye  deLarivour  ses  droits  sur  la  àimeV allis  S  ecure.  Parmi 
les  témoins  :  Erard,  comte  de  Brienne,  et  André,  son  frère. 

Cart.  de  Larivoiir,  f"  64  r°,  pièce  cotée:  Vallis  Secure,  Cor- 
dineti  et  Rivorum  IlII. 

65.  —  1166  [anno  incarnati  Verbi  1166).  —  E.,  comte  de 
Brienne,  fait  savoir  qu'en  présence  de  sa  mère  et  de  Jean,  abbé 
de  Beaulieu,  son  frère,  une  contestation  entre  Jean,  abbé  de 
Bassefontaine,  et  G.,  fils  d'Herbert  le  Franc,  s'est  terminée  par 
un  arrangement. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  13. 

66.  —  1166  {anno  incarnati  Verbi  1166).  —  Robert  de 
Mathaux  et  Pierre  de  Pougy  donnent  à  l'abbaye  de  Bassefon- 
taine droit  d'usage  dans  leurs  bois.  Une  des  filles  de  Robert  de 
Mathaux  sera  reçue  dans  l'abbaye.  La  donation  faite  par  Robert 
de  Mathaux  est  approuvée  par  Airald,  comte  de  Brienne,  suze- 
rain du  dit  Robert. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  14. 

67.  —  1166?  {anno  1156).  —  Charte  d'Airard,  comte  de 
Brienne,  pour  l'abbaye  de  Beaulieu,  en  présence  de  sa  mère,  de 
Jean,  abbé  de  Beaulieu,  son  frère,  avec  le  consentement  d'Agnès, 
sa  femme,  et  d'André,  son  frère.  Cette  charte  est  postérieure  à 
1156;  car  Jean  de  Brienne  ne  devint  abbé  de  Beaulieu  qu'en 
1157  {Gall.  Christ.,  XII,  615  B),  et  Gautier  II,  comte  de  Bri- 
enne, vivait  encore  en  1158  (voir  plus  haut  n"  53). 

Extrait  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxembourg,  1619, 
p.  195. 

68.  —  1166  (sans  date).  —  Robert  de  Mathaux  donne  à  l'ab- 
baye de  Bassefontaine  droit  d'usage  dans  ses  bois.  Une  de  ses 
fiUes,  âgée  de  moins  de  quinze  ans,  sera  reçue  dans  l'abbaye. 
Approbation  d' Airald,  comte  de  Brienne,  suzerain  du  dit  Robert. 
Parmi  les  témoins  :  Airald,  comte  de  Brienne,  Eustache  et  An- 
dré, ses  frères. 


^56 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  15. 

69.  —  1166  {anno  incarnati  Verbi  1166,  tempoHbus 
Ludovici,  [rcgis]  Francie;  et Henrici,episcopi  Trecensis\et 
Hennci,  comitis  Campaniae).  —  Erard,  comte  de  Brienne, 
avec  le  consentement  d'Agnès,  sa  feumie,  et  d'André,  frère  du 
dit  Erard,  confirme  les  donations  de  son  père  à  l'abbaye  de  Bas- 
sefontaine,  abandonne  la  redevance  annuelle  de  douze  muids  de 
grain  que  l'abbaye  lui  devait  sur  la  grange  deNuisement,  reprend 
en  échange  les  redevances  que  l'abbaye  possédait  sur  Brienne  et 
Piney,  et  reçoit  de  l'abbaye  quittance  de  ce  qu'il  lui  devait  ;  il 
autorise  le  transfert  facultatif  de  l'abbaye  ad  Maisnillum,  après 
le  décès  de  sa  mère,  ou  du  vivant  de  sa  mère  si  celle-ci  y  consent. 
Parmi  les  témoins  :  sa  mère  et  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  frère  du 
dit  Erard. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  3. 

70.  —  1166  au  plus  tard  (sans  date).  —  Erard,  comte  de 
Brienne,  confirme  le  testament  d'A.,  dame  de  Venisy,  sa  mère, 
qui  a  laissé  à  l'hôtel-Dieu  du  Chêne  une  rente  sur  la  dîme  de 
Dosnon,  et  diverses  redevances  aux  églises  de  Notre-Dame  et  de 
Saint-Martin  de  Ramerupt,  à  l'hôtel-Dieu  et  à  la  léproserie  du 
dit  lieu,  au  curé  et  à  la  chapelle  de  Nogent-sur-Aube,  aux  églises 
de  Prusly,  Florigny,  Séant  (auj.  Bérulles)  et  Saint-Pierre  de 
Venisy,  et  aux  lépreux  de  Venisy. 

Original,  archives  de  la  Marne,  fonds  de  Saint-Remi  de  Reims 
(communication  de  M.  Vétault,  archiviste). 

71.  —  1172  [anno  ah  incarnatione  Domini  nostri  Jhesu 
Xpisti  1172,  Ludodco  rognante). —  Airard,  par  la  miséricorde 
de  Dieu,  comte  de  Brienne,  fait  savoir  qu'Ansculle  de  Thil  a 
donné  à  l'abbaye  de  Montier-la-Celle  ses  droits  sur  la  dîme 
d'Auzon  (Aube).  Il  se  porte  garant  que  cette  donation  sera  exé- 
cutée. 

Original,  Arclnves  de  l'Aube,  fonds  de  Montier-la-Celle. 

72.  —  1172.  —  Charte  de  donation  par  Girard  (hsez  Airard), 
comte  de  Brienne,  pour  l'abbaye  de  Montiéramey. 

Mention,  Gall.  Christ.,  XII,  501  C,  555  C. 

73.  —  1173  {anno  ah  incarnatione  Domini  1173).  —  Hé- 
rard,  par  la  grâce  de  Dieu  comte  de  Brienne,  approuve  et  garan- 
tit la  donation  faite  à  l'abbaye  de  Larivour  par  Erlebaud  de 
Vaubercey  et  Gile,  sa  femme,  de  ce  qu'ils  avaient  entre  la  Morge 
et  leur  forêt.  Parmi  les  témoins  :  André,  frère  du  comte. 


^57 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  pièce  cotée  de  Bellomonte  IIIP. 

74.  —  1176  [finno  incarnati  Verii  1176).  —  Hérard, 
comte  de  Brienne,  fait  savoir  que  Boson  de  Thil  et  Ansculfe, 
frère  du  dit  Boson,  ont  abandonné  à  l'abbaye  de  Larivour  leur 
prétention  à  un  droit  d'usage  dans  la  forêt  du  Chardonnet  et  ce 
qu'ils  possédaient  à  Laubressel  et  à  Champigny.  En  compensa- 
tion, l'abbaye  assure  à  Boson  de  Thil  une  rente  perpétuelle  de 
deux  muids  de  blé,  moitié  froment,  moitié  avoine.  Hérard,  comme 
suzerain,  approuve  cette  convention. 

Cart.  de  Larivour,  f  82-83,  pièce  cotée  de  Campiniaco 
IIP. 

75.  —  1176  {anno  Domini  1176).  —  Mathieu,  èvêque  de 
Troyes,  fait  savoir  que  Nivelon  de  Ramerupt  a  donné  à  l'abbaye 
de  Larivour  un  muid  de  grain  de  rente  sur  le  moulin  d'Aunay. 
Parmi  les  témoms  :  Erard,  comte  de  Brienne,  et  André,  son 
frère. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  70. 

76.  —  Brienne,  1177  (m  aula  Brenensi  anno  ah  incarna- 
tione  Domini  nostri  Jhesu  Xpisti  1177).  —  Airard,  par  la 
patience  de  Dieu  comte  de  Brienne,  donne  à  l'abbaye  de  Saint- 
Loup  de  Troyes  le  four  banal  de  Sacey  (Aube),  six  manses  et 
demi  au  même  lieu,  le  droit  d'usage  dans  la  îorèiBateith  pour  les 
prieurés  de  Molins  et  d'Auzon  et  pour  les  habitants  de  Molins. 
Cette  cession  est  approuvée  par  Agnès,  femme  d'Erard,  par 
Gautier,  Guillaume  et  André,  enfants  d'Erard.  En  échange,  l'ab- 
baye donne  à  Erard  le  bois  de  Brévonnelle.  Parmi  les  témoins  : 
André ,  frère  d'Erard  ;  Gilon ,  pédagogue  de  Gautier,  fils 
d'Erard. 

Original,  archives  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup  ;  copie, 
Cartulaire  de  Saint-Loup  de  Troyes  appartenant  à  Mme  de  la 
Porte,  f  46-47. 

77.  —  1177.  —  Erard,  comte  de  Brienne,  donne  à  l'abbaye 
de  Saint-Loup  deux  sous  de  cens  sur  un  manse  à  Sacey  et  reçoit 
en  échange  deux  sous  de  cens  que  l'abbaye  avait  à  Lusigny. 

Cartulaire  de  Saint-Loup  appartenant  à  Mme  de  la  Porte. 
P  48  v". 

78.  —  Besançon,  1178  [apud  Bisuntinum,  anno  dominicœ 
incarnationis  1178,  indictione  undecirna,  vigesimo  secundo 
{sic)  kale7ida s  octob ris).  — Henri,  comte  de  Bar-le-Duc,  fait 


^^)8 

hommage  ii  Frédéric  Darberousse,   empereur,  et  à  sa  femme 
Béatrix,  comtesse  de  Bourgogne  et  impératrice.  Parmi  les  té- 
moins :  Girard  (lisez  Airard),  comte  de  Brienne  ^ 
Ed.  Perard,  Mec.  de  pièces,  p.  253-254. 

79.  —  Abbaye  de  Saint-Martin-^ès-Aires  de  Troyes,  1179 
{Trecis  in  donio  Sancli  Martini anno  Verhiincarnati\\19). 
—  Erard,  comte  de  Jjrienne,  confirme  la  concession  de  droits 
d'usage  faits  à  l'abbaye  de  Saint-Martin-ès-Aires  par  son  père 
Gautier. 

Original,  Arcli.  de  l'Aube,  fonds  de  St-Martin-ès- Aires  ;  cf. 
Gall.  Christ.,  Xll,h^i  D. 

80.  —  1179  [anno  incarncdi  Verbi  1179).  —  Arrard  (sic), 
comte  de  Brienne,  donne  à  l'Hôtel-Dieu  de  Ghalette  droit  d'usage 
dans  ses  bois. 

Extrait  d'une  confirmation  donnée  le  29  juillet  1454  par 
Englebert  d'Enghuien  ;  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup  de 
Troj'es. 

81.  —  1181.  —  Erard,,  parla  grâce  de  Dieu  comte  de  Brienne, 
cède  à  titre  d'échange  à  l'Hôtel-Dieu  de  Ghalette  sa  terre  et  ses 
prés  de  BevironeUa.  Gonsentement  de  sa  femme  et  de  ses  fils 
Gautier  et  Guillaume. 

Gart.  de  St-Loup  de  Troyes  appartenant  à  Mme  de  la  Porte, 

82.  —  Bar-su r-Aube,  1182.  —  Gharte  de  Marie,  comtesse  de 
Ghampagne,  pour  l'abbaye  de  St-Remi  de  Reims.  Parmi  les  té- 
moins :  Erai'd,  comte  de  Brienne,  et  André,  son  frère. 

Bibliothèque  de  la  viUe  de  Reims,  S''  cartulaire  de  St-Remi, 
f  21  v\ 

83.  —  1182  [anno  1182).  — Gharte  de  Simon,  seigneur  de 
Beaufort,  pour  l'abbaye  de  la  Ghapelle-aux-Planches.  Parmi  les 
témoins  :  Jean,  abbé  de  Beaulieu;  Erard,  comte  de  Brienne. 

Edit.  A.  Duchesne,  Uist.  de  la  maison  de  Broyés  et  de 
Châteauvillain,  Preuves,  p.  21. 

1.  Hujus  rei  sunt  testes:  Guillelmus,  archiepiscopus  Rcniensis;  lleinricus, 
Trecensis  palatinus  cornes  ;  Hugo,  dux  Burgundiae,  Hugo,  dominus Brecurum; 
Simon  de  Commarii,  Girardus,  cornes  Brenae;  Girardus  de  Kinello,  Simon  de 
Betfort,  Barlholomeus  de  Vangionis  Rivo,  Gaufridus  et  Ysembardus  de  Mini- 
lio,  Balduinus  de  Rarro,  Gaufridus  de  Vienne,  Burkardiis  praefectus  Magde- 
buvgensis,  Ruodulf'us,  cornes  de  Phullendorf,  Otto  cornes  de  Kerpro,  Ludovicus 
cornes  de  Pherelis,  Eberliardus  cornes  Zeringsen,  et  alii  quani  pluies. 


459 

84.  —  Troyes,  1184  [Trecis,  anno  incarnati  Verhi  U84). 
—  Hérard,  comte  de  Brienne,  reconnaît  que  l'abbaye  de  Montier- 
la-Celle  est  propriétaire  du  bois  des  Broces  surMontois.  Toute- 
fois le  comte  de  Brienne  a  la  garde  et  la  justice  de  ce  bois. 

Arch.  de  l'Aube,  Inventaire  de  Montier-la-Celle,  t.  I,  f"  45  r", 
d'après  le  cartulaire  en  parchemin,  fol.  21  et  123;  cf.  Gall. 
Christ.,  t.  XII,  col.  544  E. 

85.  —  II84  [anno  incarnati  Verbi  1184).  —  Airard,  par  la 
miséricorde  de  Dieu  comte  de  Brienne,  contraint  par  les  néces- 
sités de  la  guerre,  a  pris,  pour  approvisionner  son  château,  des 
vivres  dans  les  granges  de  Molius  et  d'Auzon  appartenant  à, 
l'abbaye  de  Saint-Loup.  En  réparation,  et  du  consentement  de 
ses  fils  Gautier  et  Guillaume,  il  abandonne  à  l'abbaye  son  droit 
de  gîte  au  prieuré  de  Molins.  De  plus,  il  décide  que  sur  ses  terres 
les  habitants  de  Molins  paieront  les  droits  de  péage  d'après  le 
même  tarif  que  les  habitants  de  Brienne.  Parmi  les  témoins  : 
André,  frère  du  comte  de  Brienne;  Gilon,  pédadogue  de  Gautier, 
fils  du  dit  comte. 

Original,  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup  ;  copie, 
Cart.  de  St-Loup,  f"  54  r». 

86.  —  Avant  le  6  août  1185.  —  Enquête  par  Michel,  doyen 
de  Meaux,  sur  le  droit  d'usage  possédé  par  l'abbaye  de  Larivour 
dans  les  forêts  du  comte  de  Brienne. 

Original,  archives  du  cliàteau  de  Brienne;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  f°  55  r^,  pièce  cotée  :  De  usuario  in  neraoribus 
comitis  Brene  VI. 

87.  —  Paris,  6  août  1185  [Parisiiis,  anno  Verbi  incarnati 
1185,  mense  Augusto,  sextadie  ejusdem  mensis).  —  Michel, 
doyen  de  Meaux,  juge  délégué  par  le  pape,  maintient  l'abbaye 
de  Larivour  dans  le  droit  d'usage  et  de  pâturage  dont  sont  gre- 
vées à  son  profit  les  forêts  du  comte  de  Brienne. 

Original,  archives  du  château  de  Brienne  ;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  1°  54  v°-55  r",  pièce  cotée  :  De  usuano  in  nemoribus 
comitis  Brene  V. 

88.  —  Vérone,  8  septembre  1185  {Veron.  VI  idiis  septem- 
bris).  —  Le  pape  Luce  III  rappelle  que,  vu  la  dureté  et  la  mali- 
gnité du  comte  de  Brienne  envers  l'abbaye  de  Larivour,  il  a 
délégué  comme  juge  entre  ces  deux  parties  Michel,  doyen  de 
Meaux,  sur  la  question  du  droit  d'usage  contesté  par  le  comte.  Il 
confirme  la  sentence  dudit  doven  de  Meaux. 


<60 

Original,  arcli.  du  château  de  Brienne. 

89.  —  1185  {anno  incarnati  Verbi  1185).  —  Erard,  comte 
de  Brienne,  approuve  comme  suzerain  la  donation  à  l'abbaye  de 
Bassefontaine,  par  Gautier  de  Longsols,  d'une  partie  des  dîmes 
de  Saint-Nabord  (Aube),  et  de  Mesnil-la-Comtesse.  Parmi  les 
témoins  :  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  frère  du  dit  comte. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  73. 

90.  —  1185  {anno  incarnati  Verbi  1185).  —  Erard,  comte 
de  Brienne,  confirme  la  donation  faite  à  l'abbaye  de  Bassefontaine 
par  Gautier  de  Longsols  et  Gilon  de  Pougy,  d'une  partie  des 
dîmes  de  Saint-Nabord  et  de  Mesnil-la-Comtesse. 

Original,  Arch.  de  l'Aube  ;  copie,  Cart.  de  Bassefontaine, 
pièce  74. 

91.  —  1185  {anno  1185).  —  Ciiarte  d'Erard,  comte  de  Bri- 
enne, avec  le  consentement  d'Agnès,  sa  femme,  de  Gautier  et  de 
Guillaume,  ses  fils. 

Extrait,  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxembourg,  1619, 
p.  207. 

92.  —  1185  {anno  incarnati  Verbi  1185).  —  Erard,  comte 
de  Brienne,  avec  le  consentement  de  sa  femme  Agnès  et  de  son 
fils  Gautier,  cède  à  l'abbaye  de  Bassefontaine  sa  vigne  de  Ber- 
trimonte  et  des  biens  à  Bassefontaine  et  à  Mainol  ;  il  reçoit  en 
échange  une  partie  des  possessions  de  l'abbaye  à  Pressy.  Parmi 
les  témoins  :  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  son  frère. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne;  copie  Cart.  de  Basse- 
fontaine, pièce  6  ;  édit.  Camuzat,  Promptuuriuin,  f*  365  v°  v°; 
cf.  G  ail.  Christ.,Xll,  618  C. 

93.  —  1186  {anno  incarnati  Verbi  1186).  —  Erard,  comte 
de  Brienne,  avec  l'assentiment  d'Agnès,  sa  femme,  et  de 
Gautier  et  de  Guillaume,  ses  fils,  cède  à  l'abbaye  de  Bassefon- 
taine les  biens  qu'il  avait  acquis  à  Pressy  en  vertu  de  l'échange 
précédent.  L'abbaye  fournira  dans  toutes  les  églises  du  comté  de 
Brienne  les  hosties  nécessaires  à  la  célébration  de  la  messe. 
Parmi  les  témoins  :  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  et  André,  frères  du 
comte. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne  ;  copie,  Cartulaire  de 
Bassefontaine,  pièce  7. 

94. —  Auzon,  mai  1186  {ajnid  Ausonam,  anno  incarnati 
Verbi  1186,  mense  maio).  —  Erard,  par  la  grâce  de  Dieu 
comte  de  Brienne,  approuve  les  donations  faites  ii  l'abbaye  de 


^6^ 

Saint-Loup  de  Troyes  par  Renaud  le  Vieux.  Ces  donations  con- 
cernent des  biens  à  Auzon  et  à  Montaugon. 

Original,  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup. 

95. Brienne  1186  [Brene,  anno  incarnati  Verbi  1186). 

—  Erard,  comte  de  Brienne,  déclare  que  les  bois  de  son  comté, 
sur  lesquels  l'abbaye  de  Larivour  a  droit  d'usage,  sont  les  bois 
situés  entre  l'Aube  et  la  Barse.  Approbation  de  Gautier  et  de 
Guillaume,  ses  fils,  d'André  de  Ramerupt,  son  frère.  Parmi  les 
témoins  :  Jean,  son  frère,  abbé  de  Beaulieu. 

Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour,  extrait  d'un  vidimus 
original  émané  de  Gautier  III,  comte  de  Brienne,  en  mai  1230  ; 
Cartulaire  de  Larivour,  f"  54  r°  v". 

96.  —  Juin  1188.  —  Erard,  comte  de  Brienne,  constate  que 
Gui,  chevalier  du  Mesnil,  a  admodié  à  l'abbaye  de  St-Loup  de 
Troyes,  avec  l'approbation  d'Eudes  de  Vendeuvre,  son  suzerain, 
sa  part  des  dîmes  de  Lusigny. 

Cart.  de  St-Loup  de  Troyes  appartenant  à  Mme  de  la  Porte, 

97.  —  Troyes  1188  {Trecis,  anno  incarnati  Verbi  1188). 

—  Charte  de  Manassès,  évêque  de  Troyes,  pour  l'abbaye  de  La- 
rivour. Parmi  les  témoins  :  Erard,  comte  de  Brienne. 

Cart.  de  Larivour,  f"  122  v°,  pièce  cotée  :  De  Teneleriis  et 
Jusque  Trecis possidemus,  V. 

98.  —  1189  (anno  incar^iati  Verbi  1189).  -  Erard,  comte 
de  Brienne,  déclare  qu'en  sa  présence  et  en  présence  de  toute  sa 
cour,  à  Brienne,  Gui  de  Noi'o  Masnillo,  Jean  et  Reynaud, 
frères  du  dit  Gui,  ont  approuvé  les  donations  de  leurs  ancêtres  à 
l'abbaye  de  Bassefontaine.  Règlement  des  contestations  qui 
avaient  surgi  à  l'occasion  de  ces  donations.  Parmi  les  témoins  : 
Jean,  abbé  de  Beaulieu,  frère  du  comte. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  79. 

99.  —  1 189  {anno  ub  incarnatione  Doraini  1 189).  —  Erard, 
comte  de  Brienne,  constate  une  donation  que  fait  à  l'abbaye  de 
Bassefontaine  Simon  de  Villevoque  (Aube).  Erard,  avec  l'appro- 
bation de  ses  fils  G.  et  G.,  pt^'^nd  cette  donation  dans  sa 
main.  Fait  en  présence  de  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  frère 
d' Erard. 

Original,  arch.  deTAube;  copie,  Cart.  de  Bassefontaine,  pièce 
23  ;  extrait  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxembourg, 
1619,  p.  207. 

W 


462 

100.  —  1189  {annoincarnati  Verhi  1180).  —  Airard,  parla 
patience  de  Dieu  comte  de  Brienne,  sur  le  point  de  partir  pour 
Jérusalem,  reprend  le  four  de  Sacey  qu'il  avait  donné  à  l'abbaye 
de  Saint-Loup  pour  20  sous  de  rente,  et  assure  à  cette  abbaye 
cette  rente  sur  ses  revenus  de  Piney,  Sacey  et  Rouilly. 

Original,  archives  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup  ;  copie, 
Cartulaire  de  Saint-Loup,  appartenant  à  Mme  de  la  Porte,  p.  47- 
48. 

101.  —  1189  au  plus  tard.  —  Erard,  comte  de  Brienne,  fait 
savoir  que  Bovou  de  Duingun  a  donné  à  l'abbaye  de  Bassefon- 
taine,  avec  l'approbation  de  Rainaud  Crocant,  son  suzerain,  sa 
part  des  dîmes  de  Saint-Nabord  et  de  Mesnil-la-Comtesse. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  St-Loup  ;  copie,  Cart.  de 
Bassefontaine,  pièce  71. 

102.  —  1189  au  plus  tard.  —  Erard,  comte  de  Brienne,  rap- 
pelle que,  du  temps  de  Gautier,  père  dudit  Erard,  Rainaud  Crocant 
engagea  sa  part  des  dîmes  de  Saint-Nabord  et  Mesnil-la-Comtesse 
à  l'abbaye  de  Bassefontaine  pour  27  livres.  Gautier,  comme  su- 
zerain, approuva  cet  engagement.  Du  temps  d'Erard,  l'abbaye 
de  Bassefontaine  a  ajouté  60  livres  à  la  somme  prêtée. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup;  copie,  Cart. 
de  Bassefontaine,  pièce  72. 

Section  7.  —  GAUTIER  IIL 

103.  —  1 192  [anyio  incarnationis  Domini  1 192).  —  Gautier, 
comte  de  Brienne,  donne  à  Raoul  de  l'Étape  la  terre  et  le  cens 
qu'il  avait  à  Radonvilliers. 

Edit.  Socard,  Méni,  de  la  Soc.  Acacl.  de  l'Aube,  3^  série, 
t.  I,  p.  286  ;  d'après  le  2°  cart.  de  Molesme,  f^  94  r'\ 

104.  —  1192.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  et  ses  frères 
Guillaume  et  Jean  approuvent  la  vente  de  Taillebois  à  l'abbaye 
de  Boulancourt,  par  l'abbaye  de  Beaulieu. 

Mention  :  Lalore,  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Boulancourt, 
p.  55,  d'après  le  Cartulaire  français  de  Boulancourt,  pièce  129. 

105.  —  1193  {anno  incarnationis  Domini  1193).  —  Gau- 
tier, comte  de  Brienne,  fait  savoir  que  Winger  de  Sacey  a  donné 
à  l'abbaye  de  Larivour  ses  droits  sur  le  pré  de  Lescheriis. 

Arch.  de  l'Aube,  Cart.  de  Larivour,  f«  Ç>(d  r"  ;  pièce  cotée  : 
Yallis  Secure,  Cardineti  et  Rivormn  XVIL 


^163 

106. —  Troyes,  avril  1195  {Trecis,  anno  incarnationis  Do- 
mini  \\9h,  mense  aprili).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  con- 
firme à  l'abbaye  de  Larivour  le  droit  d'usage  qu'elle  possède  dans 
les  bois  du  comté  de  Brienne  entre  l'Aube  et  la  Barse.  Approba- 
tion de  ses  frères  Guillaume  et  Jean. 

Original;  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour  ;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  f"  55r°v°,  pièce  cotée  :  De  usuario  in  nemoribus 
comitis  Brene  VIL 

107.  —  1196  {anno  incarnati  Verhi  1196).  —  Gautier, 
comte  de  Brienne,  approuve  comme  suzerain  :  F  la  donation  par 
Ausculte  de  Thil  et  les  frères  du  dit  Ansculfe  à  l'abbaye  de  Clair- 
vaux  du  droit  de  pâturage  sur  tout  le  territoire  de  Thil  ;  2*^  l'a- 
censement  par  les  mêmes  à  la  même  abbaye  du  lieu  dit  Torrei- 
mons  dans  la  direction  de  Maisons. 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Troyes,  ms.  703,  p.  327  (Cart. 
de  Clairvaux,  pièce  cotée  :  Belinfaij  XXII) . 

108.  —  Melun,  avril  1198  [Melechmi,  anno  1198,  mense 
aprili).  —  Philippe- Auguste  fait  savoir  que  Thibaut,  comte  de 
Champagne,  lui  a  fait  hommage.  Parmi  les  cautions  de  Thibaut  : 
Guillaume  de  Brienne. 

Delisle,  Catalogue  des  actes  de  Philijope-Auguste ,  n^  533. 

109.  —  1198  {anno  Verbi  incarnati  1198).  —  Charte  de 
Thibaut,  comte  de  Champagne.  Témoins  :  Gaucher  de  Châtillon, 
Gautier,  comte  de  Brienne  ;  Guillaume  et  Jean,  frères  du  dit 
Gautier;  Geofroi,  maréchal. 

Extrait  :  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxernbourg,^.  207. 

110.  —  Troyes,  décembre  1199.  —  Gautier,  comte  de  Bri- 
enne, autorise  Clarembaud  de  Chappes  à  vendre  à  l'abbaye  de 
Larivour  ou  à  d'autres,  s'il  veut,  trois  ou  quatre  cents  arpents  du 
bois  du  dit  Clarembaud  à  Dosches . 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour  ;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  f"  16 r°,  pièce  cotée  :  De  FonteneriXX. 

111.  —  Février  1200  {anno  incarnati  Verbi  1199,  mense 
februario).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  cède  à  Thibaut  III, 
comte  de  Champagne,  les  mouvances  de  Trannes,  Jessains,  Onjon 
et  Pel-en-Der,  en  échange  de  celle  de  Villeloup  que  Thibaut  l'a 
autorisé  à  vendre. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n*^  498  ;  ex- 
trait :  Vignier.  Hist.  de  la  raaison  de  Luxembourg,  1619, 
p.  213. 


464 

112.  —  Du  18  avril  1199  au  8  avril  1200  {nh  incarnatione 
Doinini  anno  1199).  —  Gautier,  comte  deBrienne,  déclare  que 
le  droit  d'usage  de  l'abbaye  de  Larivoui-  dans  ses  bois  comprend 
le  gland  et  la  faine. 

Original,  archives  du  château  deBrienne;  copies  :  vidimus  de 
l'année  1230  aux  archives  de  l'Aube;  Cart.  deLarivour,  f  56  r°, 
pièce  cotée  :  De  usuario  in  npmoribus  comitis  Brene  VIII. 

1 13.  —  Du  18  avril  1 199  au  8  avril  1200  [anno  gmtie  1 199) . 
—  Gautier,  comte  de  Brienne,  avec  l'assentiment  d'Alvire, 
illustre  comtesse,  sa  femme,  approuve  comme  suzerain  les  acqui- 
sitions à  venir  de  l'abbaye  de  Clairvaux  en  prés  et  pâtures  à 
Trémilly  et  Nogent,  en  bois  et  prés  à  Thil,  Beui*ville  et  Saulcy. 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Troyes,  ms.  703,  p.  327  (Cart.  de 
Clairvaux),  pièce  cotée  Belinfay  XXIII. 

114.  _  Du  18  avril  1199  au  8  avril  1200  {amio  incarnati 
Verbi  1199).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  à  l'abbaye 
de  Molesme  un  bien  à  Radonvilliers,  et  autorise  cette  abbaye  à 
acquérir  les  propriétés  que  Raoul  de  l'Etape,  son  sergent  {fa- 
mulus),  possède  au  même  lieu. 

Edit.  Socard,  Mém.  de  la  Soc.  Acad.  de  l'Aube,  3"  série, 
t.  I,  p.  289,  d'après  le  2"  cart.  de  Molesme,  f  94  v'\ 

115.  —  Du  18  avril  1199  au  8  avril  1200  [anno  incarnati 
Verbi  1199).  —  Jean  de  Brienne  approuve  la  charte  précédente 
de  Gautier,  comte  de  Brienne,  son  frère. 

Edit.  Socard,  Mém.  delà  Soc.  Acadèm.  de  l'Aube,  3°  série, 
t.  I,  p.  290,  d'après  le  2'  cart.  de  Molesme,  T  94  v°. 

116.  —  Du  18  avril  1199  au  8  avril  1200  {anno  Verbi 
incarnati  1199).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  à  la 
maison  des  pauvres  située  près  du  village  du  Chêne,  droit  d'usage 
pour  le  chauffage  des  pauvres  dans  le  bois  Batei.  Parmi  les 
témoins,  Guillaume,  son  chapelain  ;  Nicolas,  chapelain  de  sa 
mère. 

Original,  archives  de  la  Marne,  fonds  de  Saint-Remi  de  Reims 
communication  de  M.  Vétault,  archiviste. 

117.  —  Du  18  avril  1199  au  8  avril  1200  (anno  incarnati 
Verbi  1199).  —  Gautier,  comte  de  de  Brienne.  dote  la  chapelle, 
fondée  par  Erard,  son  père,  à  Brévonne. 

Original,  archives  delà  Marne,  fonds  de  Saint-Remi  de  Reims, 
communication  de  M.  Vétault. 

118.  —  1200  (sans  date).  —  Lettre  de  recommandation  pour 


^65 

Gautier,  comte  de  Brieniie,  adressée  par  Innocent  III  à  Gautier, 
chancelier  du  royaume  de  Sicile. 

Innocenta  III  papœ  Gesta,  §  XXV  ;  dans  Migne,  Patro- 
logie  latine,  t.  214,  p.  xlvii-xlix. 

119.  —  Troyes,  mars  1201  {Trecis,  cmno  Do^nini  1200, 
mense  martio).  —  Jean  de  Brienne  a  cédé  Herbisse  à  Thi- 
baut III,  comte  de  Champagne,  qui  lui  a  donné  en  échange  des 
biens  à  Màcon  (Aube),  Onjon,  Luyères,  Avant,  Longsols, 
Rouilly,  plus  780  livres  de  soulte.  Jean  a  prêté  ces  780  livres  à 
son  frère  Gautier,  comte  de  Brienne,  qui  lui  a  engagé  ses  biens 
entre  la  Seine  et  l'Aube.  Jean  garantit  au  comte  la  propriété 
d'Herbisse  contre  les  héritiers  de  Guillaume  de  Brienne,  alors 
défunt. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n°  536; 
Extrait  :  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Luxembourg,  1619, 
p.  207. 

120.  —  Du  9  avril  1200  au  24  mars  1201  {anno  gratie 
1200).  —  Gautier,  comte  de  Brienne.  autorise  les  moines  de 
Larivour  à  construire  chaque  année,  dans  les  bois  de  son  comté 
où  ils  ont  droit  d'usage,  une  loge  longue  de  trente  toises  et  large 
de  vingt  pour  abriter  leurs  pâtres  et  leurs  porcs. 

Original,  Archives  du  château  de  Brienne;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  f  58  r",  pièce  cotée  :  De  usuario  in  nemoribus 
coinitis  Brene. 

121.  —  Du  9  avril  1200  au  24  mars  1201  (anno  incarnati 
Verbi  1200).  —  Gautier  donne  à  l'Hôtel-Dieu  du  Chêne  la 
chapelle  fondée  à  Brévonne,  par  Erard,  son  père. 

Original,  archives  de  la  Marne,  fonds  de  Saint-Remi,  com- 
munication de  M.  Yétault,  archiviste. 

122.  —  Troyes,  avril  1201  {Trecis,  anno  incarnationis 
dominice  1201,  mense  aprili).  —  Gautier,  comte  de  Brienne, 
cède  à  l'abbaye  de  Saint-Loup  de  Troyes  les  droits  de  garde,  de 
gîte  et  de  justice  qu'il  avait  dans  le  village  de  Molins.  Il  reçoit 
de  l'abbaye  cent  livres  de  Provins. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup;  copie,  Cart. 
de  Saint-Loup,  f  48-49  (cf.  Catal.  des  actes  des  comtes  de 
Champagne,  n"  543). 

123.  —  Troyes,  avril  1201  [Trecis,  anno  incarnationis 
dominice  1201,  mense  aprili).  —  Jean,  frère  de  Gautier, 
comte  de  Brienne,  approuve  l'acte  qui  précède. 


^66 

Cart.  de  Saint-Loup,  f'  49;  édit..  Mémoires  lus  à  la  Sor- 
bonne,  1867,  Histoh'c,  p.  243-244. 

124.  —  Sézanne,  avril  1201  {apud  Sezanniam,  anno  Do- 
mini  1201,  mense  oprili).  —  Gautier,  comte  de  Brienne, 
engage  toute  sa  terre  pour  700  livres  à  Thibaut  111,  comte  de 
Champagne. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n°  542. 

125.  —  Latran,  3  juillet  1201  {Laterani,'Y°  nonas  julii, 
[pontificatus  anno  quarto]).  —  Lettre  de  recommandation  pour 
Gautier,  comte  de  Brienne,  adressée  par  Innocent  111  à  Frédéric, 
roi  de  Sicile. 

Innocenta  III  papœ  Gesta,  n"  xxxiii,  dans  Huillard- 
Bréholles,  Hist.  diplom.  Frederici  II,  t.  I,  p.  80-85;  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  214,  p.  lvii-lxi. 

126. —  Latran,  15  mai  1202  {Laterani,  idibus  maii,  ponti- 
ficatus nostri  anno  V).  —  Innocent  111  annonce  aux  habitants 
de  la  Sicile  qu'après  la  victoire  remportée  par  Gautier,  comte  de 
Brienne,  il  envoie  en  Sicile  le  cardinal  Rofrido  et  le  maréchal 
Jacques,  auxquels  il  les  invite  à  donner  assistance. 

Innocenta  III pajjœ  regest.  lib.  V,  n°  38,  dans  Huillard- 
Brèholles,  Hist.  diplom.  Frederici  II,  t.  I,  p.  88;  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  214,  col.  993. 

127.  — Latran,  15  mai  1202  {Latera7îi,  idibus  maii,  [pon- 
tificatus nostri  anno  V]).  —  Innocent  111  invite  l'évêque  élu 
de  Palerme  à  venir  en  aide  à  Gautier,  comte  de  Brienne. 

Innocenta  III  papœ  regest.  lib.  V,  n°  39,  dans  Migne, 
Patrologia  latina,  i.  214,  col.  996;  mention,  Huillard-Bréholles, 
Hist.  dipl.  Frederici  II,  t.  1,  p.  90. 

128.  —  Velletri,  14  septembre  1202  {Velletri,  XYlll  kalen- 
das  octobris,  [pontificatus  anno  Y]).  —  Innocent  111  invite 
Gautier,  comte  de  Brienne,  à  passer  en  Sicile. 

Innocenta  III papœ  regest.  lib.  V,  n*^  84,  dans  Huillard- 
Bréholles,  Hist.  diplom.  Frederici  II,  t.  I,  p.  92;  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  214,  col.  1070-1072. 

129.— Velletri,  14  septembre  1202  {Velletri,  XVIll  kalen- 
das  octobris,  [pontificatus  anno  V  ). —  Innocent  111  donne  à 
Jacques,  justicier  et  capitaine  d'Apulie  et  de  la  Terre  de  Labour, 
avis  de  l'invitation  qu'il  vient  d'adresser  à  Gautier,  et  l'invite 
lui-même  à  exécuter  les  ordres  dudit  Gautier. 

Innocenta  III papœ  regest.  lib.  Y,  n°  85,  dans  Migne, 


467 

Patrologia  latina,  t.  214,  col.  1072;  mention  Huillard-Bré- 
holles,  Hist.  diplom.  Frederici  II,  t.  I,  p.  94. 

130.  _  Velletri,  14  septembre  1202  {Velletri,  XVIII  kalen- 
das  octobris,  [po7itiflcatus  anno  V]).  —  Innocent  III  autorise 
Gautier,  comte  de  Brienne,  à  faire  un  emprunt  de  3,000  onces 
sur  les  revenus  du  cameriatus  d'Apulie  et  de  la  Terre  de 
Labour. 

Innocenta  III  papœ  regest.  lib.  V,  n*^  86,  dans  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  214,  col.  1072-1073. 

131. _  YeUetri,  14  septembre  \2Q2  {Velletri,  XYIII  kalen- 
das  octobins,  [pontifîcatus  anno  V]). 

Innocent  III  prévient  le  maître  du  cameriatus  d'Apulie  et  de 
la  Terre  de  Labour,  qu'il  a  mis  à  la  disposition  de  Gautier,  comte 
de  Brienne,  les  revenus  dont  ils  ont  l'administration. 

Innocenta  III papœ  regest.  lib.  V,  n^  87,  dans  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  214,  col.  1073. 

132.  —  Ferentino,  21  mai  1203  {Ferentini,  [XII  kalendas 
junii,  pontifîcatus  anno  VI]).  —  Innocent  III  reçoit  en  grâce 
Gautier,  chancelier  de  Sicile,  et  refuse  l'offre  que  lui  fait  le  dit 
Gautier  de  lui  livrer  une  forteresse  en  garantie  de  sa  conduite  à 
l'égard  de  Gautier,  comte  de  Brienne. 

Innocenta  III papœ  regest.  lib.  VI,  n°  71,  dans  Huillard- 
Brêholles,  Hist.  diplora.  Frederici  II,  t.  I,  p.  100-102; 
Migne,  Patrologia  latina,  t.  214,  col.  67-68. 

133. —  Troyes,  août  1203  {Trecis,  anno  dorainice  incarna- 
tionis  1203,  mense  augusto).—  Jean  de  Brienne  approuve  l'ad- 
modiation  par  Clarembaud  de  Chappes,  à  l'abbaye  de  Larivour, 
de  ce  que  le  dit  Clarembaud  possède  dans  le  bois  de  Dosche. 

Original,  archives  derAul3e,  fonds  de  Larivour. 

134.—  Latran,  1""  septembre  1204  {Laterani,  Jialendis  sejj- 
ternbris,  [pontifîcatus  anno  VF]).  —  Innocent  III,  à  la  de- 
mande de  Gautier,  comte  de  Brienne ,  accorde  à  Roger  de 
Bisatus  la  ville  de  Bisignano,  pour  en  jouir  jusqu'à  la  majorité 
de  Frédéric,  roi  de  Sicile,  en  échange  de  la  viUe  de  Minervino, 
que  ledit  Roger  a  cédée  à  Jacques,  justicier  d'Apulie  et  delà  terre 
de  Labour. 

Innocenta  III papœ  regest.  hb.  VII,  n^  124,  dans  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  214,  p.  408-409. 

135.  —  Provins,  avril  1205  {Prmnni,  anno  Domini  1205, 
raense  aprili).  —  Jean  de  Brienne  vend,  pour  800  livres,  à 


^68 

Blanche,  comtesse  de  Champagne,  le  village  de  Mâcon  (Aube), 
donné  en  fiel'  par  Thibaut  III  au  dit  Jean- sans  le  consentement 
de  Blanche,  et  qui  faisait  pai'tie  du  douaire  de  Blanche. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n°  614; 
cf.  Bréquigny,  Table  des  diplômes,  IV,  369. 

Section  8'.  —  JEAN  ^^ 

136.  —  Troyes ,  avril  1206  {Trecis,anno  incarnat ionis 
domiyiice  1206,  mense  aprili).  —  Jean,  comte  de  Brienne, 
donne  à  l'abbaye  de  Saint-Loup  de  Troyes  l' Hôtel-Dieu  de  Cha- 
lette  et  ses  dépendances,  notamment  l'Hôtel-Dieu  de  Brienne. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup;  copie,  Cart. 
de  Saint-Loup  de  Troyes,  f^  49-v^  50  r°;  édit.,  Mém.  lus  à  la 
Sorbonne,  1868,  Histoire,  p.  244-245. 

137.  —  Novembre  1206  [anno  incarnationis  dominice 
1206,  mense  novembri).  —  Blanche,  comtesse  de  Champagne, 
déclare  qu'en  sa  présence,  Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine,  et 
Gui  de  Jullj'-sur-Sarce,  se  sont  accordés  sur  la  mouvance  de 
Jully,  Thors,  Ville-sur- Arce,  Magnan,  etc.  Jean,  comte  de 
Brienne,  est  caution  de  Gui. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n°  659. 

138.  —  Du  20  mars  1209  au  17  avril  1210  {anno  gratie 
1209).  —  Jean,  comte  de  Brienne,  et  Guillaume,  comte  de 
Joigny,  déclarent  qu'en  leur  présence,  Guillaume,  comte  de  San- 
cerre,  a  fait  l'aveu  et  dénombrement  des  fiefs  qu'il  tient  de 
Blanche,  comtesse  de  Champagne. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  r)9  734. 

139.  —  23  avril  1209  [Loterani,  IX  kal.  maii,  pontifi- 
catus  anno  XII).  —  Innocent  III  recommande  à  Philippe- 
Auguste,  roi  de  France,  Jean,  comte  de  Brienne,  qui  va  bientôt 
épouser  Marie,  reine  de  Jérusalem. 

Innocenta  III  papœ  regest.,  lib.  XII,  n°  27,  ap.  Migne, 
Patrologia  latina,  t.  216,  col.  36-37. 

140.  —  Avril  1210  {anno  gratie  1210,  mense  ap^nli).  — 
Jean,  comte  de  Brienne,  donne  à  l'abbaj-e  de  Bassefontaine  la 
grange  de  Brienne-la-Vieille. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  8;  édit.,  Mém.  lus  à  la  S  or- 
bonne  ,  1868,  Histoire,  p.  245;  cf.  Gall.  Christ.  XII, 
618  C. 


^69 

141.  —  Juin  1210  {an7io  gratie  1210,  mense  junio).  — 
Hervé,  êvèque  de  Troyes,  déclare  qu'eu  sa  présence,  Jean, 
comte  de  Brienne,  a  reconnu  avoir  fait  la  donation  qui  est  l'objet 
de  la  charte  précédente. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  9;  édit.,  Mèm.  lus  à  la  Sor- 
bonne,  1868,  Histoire,  p.  245-246;  extrait,  Yignier,  Hist.  de 
la  maison  de  Luxembourg,  p.  221. 

142.  —  Trojes,  juin  1210  {apud  Trecas,  anno  dominice 
incarnationis  1210,  mense  junio).  —  Jean,  comte  de  Brienne, 
confirme  l'admodiation  faite  à  l'abbavedeLarivour,  par  Clarem- 
baud  de  Chappes,  de  ce  que  ledit  Clarembaud  avait  dans  le  bois 
de  Dosche. 

Cart.  de  Larivour,  pièce  cotée  :  de  FonteneH  XXI;  édit., 
Mém.  lus  à  la  Sorbonne,  1868,  Histoire,  p.  246. 

143.  _  Du  18  avril  1210  au  2  avril  1211  {anno  ab  incarna- 
tione  Domini  1210).  —  Jean,  comte  de  Brienne,  confirme  les 
donations  de  ses  prédécesseurs  à  l'abbaye  de  Bassefontaine,  et  y 
ajoute  une  redevance  annuelle  d'un  muid  de  blé  sur  les  moulins 
de  Brienne-la-Yieille . 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  X;  édit.,  Mém.  lus  à  la  So'r- 
bonne,  Histoire,  1868,  p.  246;  extrait,  Vignier,  Hist.  de  la 
maisonde  Luxembourg,  p.  221. 

144.  _  Du  18  avril  1210  au  2  avril  1211  {anno  incarnati 
Verbi  1210).  —  Jean,  comte  de  Brienne,  accorde  à  l'abbaye  de 
Clairvaux  droit  d'usage  dans  le  \)0\^  Bateiz  pour  la  grange  de 
Fenu  (Aube). 

Arch.  de  l'Aube,  Cart.  de  Clairvaux,  p.  95,  pièce  cotée  : 
Fenis  V;  édit.,  Mém.  lus  à  la  Sorbonne,  1868,  Histoire, 
p.  246-247. 

145.  _  Du  14  avril  1213  au  29  mars  1214  {anno  incarnati 
Verbi  1213).  —  Jacques  de  Durnaio,  procureur  de  Jean,  roi  de 
Jérusalem,  comte  de  Brienne,  fait  savoir  que  GwïReorte,  cheva- 
lier de  Mainil,  a  engagé,  pour  40  livres,  à  Guillaume,  doyen  de 
Brienne,  la  moitié  de  la  grosse  dîme  de  Novo  Mainil. 

Arch.  de  l'Aube,  Cart.  de  la  Léproserie  de  Troyes,  f°  36  v°; 
édit.,  Mém.  lus  à  la  Sorbonne,  1868,  Histoire,  p.  247. 

146-147.  —Août  1217  {anno  incarnatiVerbi  1217,  mense 
augusto.)  —  Jean,  par  la  grâce  de  Dieu,  roi  des  Latins  de 
Jérusalem,  comte  de  Brienne,  constate  par  deux  chartes  des 
donations  faites  à  l'hôpital  des  Allemands  d'Acre. 


no 

Edit.  Strehike.  Tabulœ  ordinis  teutonici,  p,  41 .  Il  esta  noter 
qu'à  partir  d'une  charte  du  30  ou  31  mai  1220  (p.  43),  on  ne 
voit  plus  Je^n  prendre  le  titre  de  comte  de  Brienne. 

148.  —  Acre,  avril  1221  {Accone,  anno  Domini  1221, 
mense  aprili).  —  Jean,  roi  de  Jérusalem,  qui  était  en  possession 
du  comté  de  Brienne,  comme  tuteur  de  son  neveu  Gautier,  prie 
Blanche,  comtesse  de  Champagne,  et  Thibaut  IV,  lils  de  la  dite 
Blanche,  de  mettre  en  possession  du  comté  de  Brienne  Gautier, 
aujourd'hui  majeur. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n°  1330  ; 
Teulet,  Layettes  du  Trésor  des  chartes,  n°  1446. 

Section  9^  —  GAUTIER  IV. 

149.  —  Acre,  6  mai  \222{Accone,  anno  Domini  1222,  oc- 
tavo  idus  maii).  —  Jean,  roi  de  Jérusalem,  ayant  donné  Onjon 
et  Luyères  à  Gautier,  son  neveu,  fils  de  Gautier,  comte  de 
Brienne,  son  frère,  prie  Blanche,  comtesse  de  Champagne,  et 
Thibaut  IV,  fils  de  Blanche,  de  recevoir  l'hommage  du  dit 
Gautier. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  v^  1407;  édit., 
Vignier,  Hist.  de  la  Maison  de  Luxembourg,  p.  227,  229. 

150.  —  23  juillet  1222  (X*^  kalendas  augusti,  jjontificatiis 
anno  VF).  —  Honorius  III  charge  Etienne  Colonna  et  Pierre 
Grégoire  de  contraindre  par  censure  ecclésiastique  Blanche, 
comtesse  de  Champagne,  à  payer  une  somme  prêtée  par  Paul- 
Jean  Mocerii,  citoyen  romain,  à  Gautier  III,  comte  de  Brienne, 
somme  que  Blanche  s'est  engagée  à  rembourser.  Blanche  objecte 
en  vain  qu'elle  a  mis  en  possession  du  comté  de  Brienne  Gau- 
tier IV,  fils  de  Gautier  III. 

Édit.,  D.  Bouquet,  XIX,  728  C  D. 

151.  —  Brévonne,  janvier  1224  {apud  Bowro7iam,  anno 
Domini  1223,  mense  januario).  —  Gautier,  seigneur  de 
Brienne,  donne  au  maître  et  aux  frères  de  l'hôpital  de  Sainte- 
Marie  des  Teutoniques  à  Jérusalem,  la  grange  de  Bugney,  près 
de  Brienne-la-Vieille,  le  pré  du  comte,  ditd'Ajou,  20  muids  de  vin 
de  rente  sur  le  pressurage  de  Brienne-le-Chàteau  et  de  Brienne- 
la-Vieille,  droit  de  pâturage  et  d'usage  dans  les  pâtures  et  les 
bois  où  ce  droit  appartient  aux  habitants  de  Brienne-le-Chàteau 
et  de  Brienne-la-Vieille. 


^7^ 

Original,  archives  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (commande- 
rie  de  Beauvoir) . 

152.  —  Juillet  1224.  —  Gautier,  seigneur  de  Brienne,  donne 
la  Maison-Dieu  de  Brienne  au  prieuré  du  lieu. 

Arch.  de  la  Haute-Marne,  2"  cart.   de  Montiérender,  f'  10, 

153.  —  Juillet  1224.  —  Gautier,  seigneur  de  Brienne, 
constate  que  l'abbaye  de  Montiérender  s'est  engagée  à  faire  célé- 
brer la  messe  tous  les  jours,  soit  dans  la  Maison-Dieu  de  Brienne, 
soit  dans  l'église  St-George  du  même  Ueu.  Il  promet  de  ne  mettre 
à  la  Maison-Dieu  et  à  l'église  Saint-George  de  Brienne  aucun 
chapelain  qui  ne  soit  moine  de  Montiérender. 

2^  Cart.  de  Montiérender  f°  10  v^. 

154.  _  Août  1224  (an«o  Domîm  1224,  mense  augusto). 

—  Gautier,  comte  de  Brienne,  fait  savoir  que  Unger  de  Brienne, 
ayant  acquis  de  Jean  de  Thil  un  muid  de  blé  de  rente,  a  pris 
l'engagement  de  ne  le  vendre  qu'à  l'abbaye  de  Larivour.  A 
l'exemple  d'Érard,  comte  de  Brienne,  il  autorise  par  avance 
l'acquisition  de  ce  muid  de  rente  par  l'abbaye  de  Larivour. 

Cart.  de  Larivour,  P  59  r^,  pièce  cotée  :  De  usuario  in 
nemoribus  comitis  Brene  XVIII. 

155.  —  Août  1227  {anno  Bomini  1227,  mense  augusto). 

—  Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  à  l'abbaye  de  Montier-la- 
Celle  ses  droits  sur  Adenet  de  Lesmont  et  sur  les  bois  de  Mon- 
tois  et  de  Fresnoi.  Il  se  réserve  la  garenne  où  cependant  l'abbé 
pourra  prendre  des  lapins  pour  sa  nourriture  quand  le  dit  abbé 
ira  à  Montois. 

Arch.  de  l'Aube,  Inventaire  de  Montier-la-Celle,  P  45  r", 
d'après  le  cartulaire  en  parchemin,  f^  124  r°. 

156.  _  Brévonne,  novembre  1227  {Bevronie,  anno  Bomini 
1227,  mense  novembn). —  Gautier,  comte  de  Brienne,  con- 
firme les  donations  faites  par  ses  prédécesseurs  à  l'abbaye  de 
Bassefontaine  et  en  ajoute  quelques  autres  :  cinq  muids  de  vin 
de  rente  sur  la  vigne  dudit  Gautier  près  du  château  de  Brienne, 
le  terrage  de  Brienne-la-Vieille. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  11;  mention:  Vignier,  Hist.  de 
la  maison  de  Luxembourg,  p.  235. 

157.  _  Du  Y'  au  25  mars  1228  {anno  Bomini  1227,  mense 
martio).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  approuve,  comme  suze- 
rain, la  vente  de  la  dîme  de  Morvilliers  aux  moines  de  Clairvaux, 


n2 

par  Clarembaiid,  seigneur  de  Chappes,  son  cher  et  fidèle  cousin, 
et  par  Gui  de  Chappes,  prévôt  de  St-Etienne  de  Troyes,  frère  du 
dit  Clarembaud. 

Arch.  de  TAube,  Cart.  de  Glairvaux,  page  57. 

158.  —  Avril  1228  [anno  gracie  1228,  mense  aprili).  — 
Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  à  Bernard  de  Montcuq  400  ai-- 
pents  de  bois  situés  entre  Piney,  Gerosdot  et  Brévonne.  Bernard 
paiera  un  denier  de  cens  par  arpent  et  aura  le  droit  de  vendre 
aux  chevaliers  du  Temple ,  à  ceux  de  l'Hôpital  ou  à  l'abbaye  de 
Glairvaux  (cf.  n»  171). 

Arch.  de  l'Aube,  Cart.  de  la  commanderie  de  Saint-Jean  du 
Temple  de  Troyes,  f»  IX  r»  v^. 

159.  —  Du  26  mars  1228  au  14  avril  1229  {anno  gracie 
1228).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  approuve  la  donation  d'une 
rente  viagère  d'unmuid  de  froment  à  Jean  de  Vadis,  clerc,  par 
Clarembaud  de  Chappes  et  par  Gui  et  Gautier,  frères  du  dit  Cla- 
rembaud. Cette  rente  est  assise  sur  la  grange  de  Beaurnont,  qui 
appartient  à  l'abbaye  de  Larivour. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour;  copie,  Cart.  de 
Larivour,  f^  59  v°,  pièce  cotée  :  De  usuario  in  neynorihus 
comitis  Brene,  XXII. 

160.  —  Mai  1230  {anno  Domini  1230,  mense  maio).  Gau- 
tier, comte  de  Brienne,  vidime,  en  les  confirmant,  les  chartes  de 
Gautier  II,  son  bisaïeul,  n"  57,  d'Erard  II,  son  aïeul,  n°  95,  de 
Gautier  III,  son  père,  n"'  106  et  112;  il  approuve  comme  suze- 
rain la  donation  d'une  partie  de  la  forêt  de  Dosche  à  cette  abbaye, 
par  Clarembaud  de  Chappes,  et  reconnaît  le  droit  d'usage  de 
l'abbaye  sur  la  forêt  dite  Haia. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour;  copie,  Cart. 
de  Larivour,  f*^  56-57,  pièce  cotée  :  De  usuario  in  nemoribus 
comitis  Brene,  IX  ;  extrait,  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de 
Luxembourg,  p.  235,  237. 

161.  —  Octobre  1230  {anno  gracie  1230,  mense  octohri). 
—  Gautier,  comte  de  Brienne,  approuve  comme  suzerain  la  do- 
nation par  Jean  de  Thil  à  l'abbaye  de  Notre-Dame-aux-Nonnains 
de  Troyes  d'une  rente  de  trois  setiers  de  grain  à  prendre  sur  les 
revenus  du  dit  Jean  à  Piney. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Notre-Dame-aux- 
Nonnains. 

162.  —  Rosnay,  septembre  1230  {apud  Ronay,  anno  Do- 


as 

mini  1230,  mense  septembri). —  Thibaut  IV,  comte  de  Cham- 
pagne, constate  que  Jean,  roi  de  Jérusalem,  a  mis  sous  la  garde 
de  Gautier,  comte  de  Brienne,  neveu  dudit  Jean,  sa  terre  de 
Champagne,  c'est-àdire  la  terre  du  comte  de  Brienne  située 
entre  l'Aube  et  la  Seine,  notamment  :  P  la  mouvance  du  fief 
possédé  par  l'église  de  Lyon  [à  Piney],  2^  Onjon,  3°  Luyères.  Si 
Jean  ne  laisse  pas  d'enfant,  Gautier  héritera  de  cette  terre. 
Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n°  2066. 

163.  —  Janvier  1231  {anno  Domini  1230,  mense  janua- 
rio). —  Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  aux  frères  de  l'Hôpital 
de  Sainte-Marie  des  Teutoniques  à  Jérusalem,  ses  droits  sur  la 
Maison-Dieu  de  Brienne. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beauvoir). 

164.  —  Du  7  avril  1230  au  22  mars  1231  [anno  Domini 
1230).  —  Donation  de  Gautier,  comte  de  Brienne,  à  l'abbaye  de 
Beaulieu,  en  compensation  des  nombreuses  libéralités  qu'il  a 
reçues  d'elle. 

Extrait ,  Vignier,  Bist.  de  la  maison  de  Luxembourg, 
p.  235. 

165.  —  Brienne,  15  juin  1231  {apud  Brenam,  proxima  die 
domÀnica  post  festum  beati  Barnabe  apostoli ,  anno 
Domini  1231,  mense  junio).  —  Gautier,  comte  de  Brienne, 
donne  aux  frères  de  l'Hôpital  de  Sainte-Marie  des  Teutoniques  à 
Jérusalem  trois  cents  arpents  de  terre  dans  son  bois  de  Chaumes- 
nil,  et  droit  d'usage  et  de  pâturage  pour  la  maison  qu'ils  y  pour- 
ront construire. 

Vidimus  d'octobre  1288,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux 
(Beauvoir). 

166.  — Juin  1231  [aniio  Domini  1231,  mense  jimio).  — 
Gautier,  comte  de  Brienne,  reconnaissant  de.'^  libéralités  de  l'ab- 
baye de  Bassefontaine,  lui  donne  200  arpents  dans  le  bois  de 
Wevre. 

Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  12. 

167.  —  Juin  1231  {anno  gracie  1231,  mense  junio).  — 
Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  aux  frères  de  l'Hôpital  de 
Jérusalem  500  arpents  du  bois  Bateiz,  où  ils  pourront  construire 
une  maison  et  une  chapelle,  mais  non  une  forteresse. 

Arch.  de  l'Aube,  Cart.  de  St-Jean  du  Temple  de  Troyes,  fol. 
XXXV  v'^-xxxvi  r*^. 

168.  —Du  11  avril  1232  au  2  avril  1233  {anno  Domini 


n4 

1232).  —  Erard  de  Chassenay  fait  savoir  que  Bernard  de  Mont- 
cuq  a  vendu  aux  frères  de  la  chevalerie  du  Temple  1 20  arpents 
de  bois  qu'il  tenait  en  fief  du  comte  deBrienne,  dans  la  forêt  dite 
li  Bateiz.  En  qualité  de  lieutenant  du  comte  de  Brienne,  il  trans- 
forme en  terre  censuelle  ces  120  arpents  qui  étaient  terre 
féodale. 

Cart.  de  St-Jean-du-Temple  deTroyes,  f^  viii,  r°  v^. 

169. — Acre,  octobre  1235  {apud  Accon,  anno  Ifomini  1235, 
mense  octobri).  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  donne  aux 
frères  de  la  sainte  maison  de  l'Hôpital  de  Jérusalem  droit  de  pâ- 
turage dans  le  bois  dit  Orient. 

Cart.  de  la  Commanderie  de  St-Jean  du  Temple  de  Troyes, 
f'xxxvro. 

170. — Acre,  janvier  1237  {apuàkccon  anno  Domini  1236). 
—  Gautier  comte  de  Brienne,  ayant  donné  la  Maison-Dieu  de 
Brienne  aux  frères  de  l'Hôpital  de  Sainte-Marie-des-Teutoniques, 
k  Jérusalem,  prie  le  chapitre  de  la  cathédrale  de  Saint-Pierre  de 
Troyes  d'approuver  cette  donation. 

Original,  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beau- 
voir). 

171.  —  Acre,  avril  1238  (Accon,  an^io  gracie  1238,  mense 
aprili) .  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  transfère  à  la  maison  et 
aux  frères  de  la  milice  du  Temple  les  400  arpents  de  bois  qu'il 
avait  donnés  à  Bernard  de  Montcuq  par  la  charte  158.  Témoins  : 
Eustorge,  archevêque  de  Nicosie;  Otton  de  Montbéliard,  conné- 
table du  royaume  de  Jérusalem;  Balian,  seigneur  de  Sidon. 

Cart.  de  la  commanderie  de  St-Jean-du-Temple  de  Troyes, 

fol.  XLIIII-XLV. 

172. — Acre,  6  octobre  1238  (Accon,  pridie  nonas  octobris), 
Gautier,  comte  de  Brienne,  est  du  nombre  des  notables  du 
royaume  de  Jérusalem  qui  donnent  aux  croisés  français  les  ren- 
seignements nécessaires  pour  entreprendre  l'expédition  d'outre- 
mer. 

Catalogue  des  actes  des  comtes  de  Champagne ,  n"  2479. 

173.  —  Du  15  avril  1240  au  30  mars  1241  (1240).  —  Gau- 
tier, comte  de  Brienne,  ayant  fait  à  Erard  de  Trainel,  son 
cousin-germain,  don  d'une  somme  de  400  livres  de  Provins, 
invite  ses  baillis  à  la  payer. 

Bibl.  Nationale,  lat.  5993  A,  f^  368  v\  369  v». 


Section  10.  —  JEAN  IL 

174.  —  Juillet  1247  («nno  1247,  mense  julio).  —  Philip- 
pine, dame  de  Ramerupt,  avait  demandé  à  Thibaut  IV,  comte  de 
Champagne,  roi  de  Navarre,  le  bail  de  la  terre  assignée  par  le 
dit  Thibaut  à  la  reine  de  Chypre.  Thibaut,  doutant  de  la  mort 
du  noble  comte  de  Brienne  Gautier,  donne  provisoirement  cette 
terre  en  garde  à  Philippine.  Si  le  comte  Gautier  est  vivant,  il  se 
fera  rendre  les  produits  par  Philippine  ;  s'il  est  mort,  elle  aura  le 
bail  de  la  terre  en  question  et  elle  en  fera  hommage. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n^  2808. 

175.  —Nicosie,  du  31  mars  1247  au  18  avril  1248  (Nicosie, 
en  l'an  de  l'incarnation  N.-S.  J.-G.  1247).  —  Henri,  roi  de 
Chypre,  cède  à  Jean  de  Brienne,  fils  de  Marie  sa  sœur,  et  de 
Gautier,  comte  de  Brienne,  ses  droits  sur  le  comté  de  Cham- 
pagne. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n^  2828. 

176.  —  Troyes,  19  mars  1250  [Trecis,  die  sabbati  ante 
ramos  palmarum,  anno  Domini  1249).  —  Gautier,  chevalier, 
seigneur  de  Reynel,  est  mis  par  Thibaut  IV,  comte  de  Cham- 
pagne, roi  de  Navarre,  en  possession  d'Onjon,  de  Luyères  et  de 
Ville-sur-Terre,  que  Thibaut  avait  saisis  faute  d'homme.  Le  dit 
Gautier  de  Reynel  les  tiendra  à  titre  de  bail  et  garantira 
Thibaut  contre  toute  poursuite  qui  serait  tentée  par  Gautier, 
comte  de  Brienne,  et  les  héritiers  de  ce  dernier. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n"  2909. 

177.  —  Juillet  1254  [anno  Domini  1254,  mense  julio).  — 
Gautier,  seigneur  de  Raynel  et  bail  du  comté  de  Brienne, 
approuve  un  acte  de  la  même  date  par  lequel  Gui  de  Milly  et 
Agnès,  sa  femme,  vendent  à  l'ordre  du  Temple,  pour  1700  livres 
tournois,  GOO  arpents  de  terre  et  de  bois  dits  bois  Bateiz, 
entre  Brévonne  et  la  maison  de  Bonlieu,  possession  du  même 
ordre. 

Cart.  de  la  Commanderie  de  St-Jean-du-Temple  de  Troyes, 

fol.  XI-XII. 

178.  —  Nicosie,  21  mars  1258  (Nicosie,  l'an  de  nostre  Sei- 
gneur 1257,  le  mois  de  mars,  à  21  jours  du  mois).  —  Henri,  fils 
de  feu  Boëmond,  prince  d'Antioche,  et  Isabeau,  sa  femme,  fille  de 
feu  Hugues,  roi  de  Chypre,  approuvent  la  renonciation  d'Alix, 


ne 

reine  de  Chypre,  belle-mère  du  dit  Henri,  au  comté  de  ( Cham- 
pagne. Ils  font  connaître  à  Thibaut  V,  comte  de  Champagne, 
roi  de  Navarro,  qu'en  vertu  d'un  partage  où  sont  intervenus  feu 
Henri,  roi  de  Cliypre,  et  les  susdits  Henri  et  Isabeau,  la  terre 
cédée  à  Alix,  en  vertu  de  la  renonciation  dont  il  vient  d'être 
question,  est  échue  à  Jean,  fils  de  Gautier,  comte  de  Brienne 
(voir  n"  184). 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne ,  n"  3128. 

179.  —  Du  13  avril  1259  au  3  avril  1260  [anno  1259).  — 
Philippe,  archevêque  élu  de  Lyon,  Milon,  doyen,  et  le  chapitre 
de  la  même  éghse,  vendent  à  Thibaut  V,  comte  de  Champagne, 
roi  de  Navarre,  la  mouvance  d'un  fief  situé  dans  le  comté  de 
Brienne,  diocèse  de  Troyes,  et  tenu  des  doyen  et  chapitre  de 
Lyon  par  le  comte  de  Brienne,  qui  chaque  année,  le  l""'  octobre, 
en  rend  six  livres  au  chapitre.  Prix  :  750  livres  tournois,  dont 
quittance.  Sont  réservés  les  droits  acquis  sur  ce  fief  par  Bernard 
de  Montcuq,  en  vertu  d'une  concession  faite  par  feu  Gautier, 
comte  de  Brienne,  et  confirmée  par  le  chapitre  de  Lyon. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n"  3184. 

180.  —  18  avril  1260  [anno  Domini  1260,  die  dominica  in 
quindena  Pasche) . — Jean,  comte  de  Brienne,  et  Gui  de  Basain- 
villa,  représentant  en  France  la  chevalerie  du  Temple,  nomment 
des  arbitres  pour  juger  les  contestations  élevées  entre  eux  au  sujet 
des  maisons  de  Bonlieu  et  de  Ville-sur-Terre,  appartenant  au 
Temple  et  saisies  par  ordre  de  Jean  dans  l'an  et  jour  de  son  re- 
tour de  Palestine. 

Cart.  de  la  Commanderie  de  St-Jean-du-Temple  de  Troyes, 

fol.  LII-Llir. 

181.  —  Juin  1260  {anno  1260,  mense  junio) . — Jean,  comte 
de  Brienne,  dont  les  prédécesseurs  faisaient  liommage  de  Piney 
à  l'archevêque  et  au  chapitre  de  Lyon,  déclare  que,  sur  l'invita- 
tion de  Philippe,  archevêque,  de  Milon,  doyen,  et  du  cliapitre  de 
Lyon,  il  a  fait  hommage  de  Piney  à  Thibaut  V,  comte  de  Cham- 
pagne, roi  de  Navarre. 

Catal.  des  actes  des  covntes  de  Cha^nj^agne,  n°  3202. 

182.  ~  Ramerupt,  septembre  1260.  —  Jean,  comte  de 
Brienne,  ayant  saisi  la  Maison-Dieu  de  Brienne,  remet  l'abbaye 
de  Montiérender  en  possession  de  cet  établissement. 

Arcliives  de  la  Haute-Marne,  2*^  Cartulaire  de  Montiérender, 
f>12r0. 


Section  11*=  —  HUGUES. 

183.  —  Janvier  1261  {anno  Domini  1260,  mense  janua- 
rio).  —  J[ean],  châtelain  de  Noyon  et  de  Tliourotte,  et  H[ugues], 
seigneur  de  Broyés,  exécuteurs  du  testament  de  Jean,  comte  de 
Brienne,  fondent  à  l'abbaye  de  Bassefontaine,  en  exécution  de 
ce  testament,  une  chapellenie  en  l'honneur  de  sainte  Catherine, 
La  dotation  de  cette  chapeUenie  sera  de  15  hvres  de  rente  à 
prendre  sur  le  péage  de  Brienne. 

Archives  de  l'Aube,  vidimus  daté  de  janvier  1296,  le  diman- 
che avant  la  Purification;  Cart.  de  Bassefontaine,  pièce  44. 

184.  —  Nicosie,  28  août  1261.  —  Hugues,  fils  de  [Gautier], 
comte  de  Brienne,  envoie  Barthélemi  de  la  Marche  à  Thibaut  V, 
comte  de  Champagne,  roi  de  Navarre  ;  il  le  prie  de  mettre  le  dit 
Barthélemi  en  possession  des  biens  qui  ont  appartenu  à  Alix  de 
Champagne,  reine  de  Chypre,  en  vertu  du  traité  conclu  entre  la 
dite  Alix  et  Thibaut  IV  (voir  n»  178). 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne^  n*^  3233. 

185.  —  Acre,  27  mai  1267  (Acre,  à  xxvii  jors  de  mai).  — 
Guillaume,  patriarche  de  Jérusalem,  Thomas  Bérard,  grand- 
maitre  de  l'ordre  du  Temple,  Hugues  Revel ,  grand-maître  de 
l'ordre  de  Saint-Jean  de  Jérusalem;  Anne,  grand-maître  de  l'ordre 
teutonique  ;  Jofroi  de  Sergines ,  sénéchal  du  royaume  de  Jérusa- 
lem, demandent  à  Thibaut  V,  comte  de  Champagne,  roi  de  Na- 
varre, un  délai  pour  Hugues,  comte  de  Brienne,  qui  ne  peut 
immédiatement  prendre  possession  de  son  comté. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n^  3407. 

186.  —  Troyes,  31  juillet  1269  [anno  Domini  1269 ,  mense 
jidio,  in  vigilia  heati  Pétri  advincula,  apud  Trecas). — 
Hugues,  comte  de  Brienne,  confirme  et  amortit,  moyennant  mille 
livres  tournois,  les  acquisitions  faites  jusqu'à  ce  jour  dans  son 
comté  par  les  Templiers.  Ces  acquisitions  sont  énumérées. 

Cart.  de  Saint-Jean-du-Temple  de  Troyes,  folios  xxix-xxxi  et 

XXXI-XXXII. 

187.  —  Décembre  1269  {anno  Domini  1269,  mense  decoii- 
bri).  —  Hugues,  comte  de  Brienne,  amortit,  moyennant  la 
somme  de  350  livres  tournois ,  deux  récentes  acquisitions  de 
l'abbave  deLarivour  :  une  rente  de  grain  sur  la  forêt  de  Dosche, 
et  dix  jugera  de  terre  entre  Rachisy  et  le  Chardonnet. 

12 


Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour. 

188.—  Viterbe,  13  janvier  1270  {Viterbii,  X  kalendas 
fehmurrii,  indiciionp  XIII,  anno  Domini  1270).  —  Hugues, 
comte  de  Brienne,  confirme  l'acquisition  de  la  Nova  grangia 
Bernardi  de  Montecïico  par  le  chapitre  de  Saint-Urbain  de 
Troyes. 

Original,  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Saint -Urbain  de 
Troyes. 

189.  —  lîrienne,  du  13  au  30  avril  1270,  ou  du  l'-'  au  4  avril 
1271  (Brène,  en  l'an  de  l'Incariiation  Nostre  Seigneur  Jhesu  mil 
deux  cens  sexante  et  dix,  ou  mois  d'avril).  —  Hugues,  comte  de 
Brienne,  confirme  le  testament  de  Jean  son  frère,  qui  a  légué  20 
livres  de  rente  sur  le  péage  de  Brienne  pour  la  fondation  d'une 
chapellenie  en  l'honneur  de  la  sainte  Yierge  dans  la  maison  dite 
Orient,  que  l'ordre  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  possède  au  comté 
de  Brienne. 

Cartulaire  de  Saint-Jean-du-Temple  de  Troves,  folio  xxxiv, 
ro  vo. 

190.  —  Brienne,  le  8  mai  1270  («  Brienne  le  Chatel,  jeudi 
après  le  dimange  que  on  chante  juhilate,  »  mai  1270).  — 
Hugues,  comte  de  Brienne,  confirme  les  possessions  de  l'abbaye 
de  Montiérender  dans  son  comté.  Il  en  donne  la  liste. 

Archives  de  la  Haute-Marne,  2"  cart.  de  Montiérender,  folio 
12,  ro  yo. 

191.  —  Mai  1270  (en  l'an  de  l'incarnation  nostre  Seigneur 
1270,  ou  mois  de  may).  —  Hugues,  comte  de  Brienne,  donne 
provisoirement  aux  Templiers  de  Bonlieu  70  livres  de  rente  sur 
la  vente  de  Brienne,  au  lieu  et  place  de  la  terre  qu'il  leur  a  assi- 
gnée à  Pel.  Cette  terre  est  provisoirement  comprise  parmi  les 
biens  qui  procurent  à  la  comtesse  de  Brienne  une  rente  de  800 
livres  à  titre  de  douaire.  Quand  la  comtesse  de  Brienne  cessera 
de  jouir  de  cette  terre,  cette  terre  reviendra  aux  Templiers. 

Cart.  de  la  Commanderie  de  St-Jean-du-Temple  de  Troyes, 
fOxiir^vO. 

192.  —  Mai  1270  {anno  Domini  1270,  mense  maio).  — 
Hugues,  comte  de  Brienne,  confirme  les  fi-ères  de  l'Hôpital  des 
Teutoniques  de  Beauvoir  dans  la  possession  du  moulin  à  vent 
qu'ils  ont  autrefois  construit  près  de  leur  maison.  Les  habitants 
de  MorvilUers,  de  la  Chaise  et  de  tous  les  villages  situés  enti-e 
Morvilliers  et  Soulaines  pourront  faire  moudre  à  ce  moulin. 


n9 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beauvoir). 

193. —  Marseille,  23  juin  1270. —  Hugues,  comte  deBrienne, 
reconnaît  devoir  à  Thibaut  Y,  comte  de  Cbamjjagne,  roi  de  Na- 
varre, 2,000  livres  tournois  pour  le  relief:  P  du  comté  de 
Brienne  qui  lui  est  échu  par  le  décès  de  Jean,  comte  de  Brienne, 
son  frère;  2^  de  la  succession  de  son  frère  Hémeric. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  n^  3661. 

194.  —  13  avril  1272.  —  Hugues,  comte  de  Brienne,  accorde 
à  l'abbaye  de  Boulancourt,  moyennant  150  livres  tournois,  des 
lettres  d'amortissement  pour  tous  les  biens  acquis  jusqu'à  ce  jour 
par  cette  abbaye  dans  le  comté  de  Brienne. 

Mention,  Lalore,  Cartidaire  de  Boulancourt,  p.  64. 

195.  —  Janvier  1273  (1272  v.  st.).  —  Par  devant  l'official 
de  Troyes  et  Hugues,  comte  de  Brienne,  Anseau,  écuyer,  sei- 
gneur de  DeuiUy,  déclare  mettre  dans  la  mouvance  d'Henri  III, 
comte  de  Champagne,  roi  de  Navarre,  tout  ce  qu'il  possède  à 
Fontenay,  Chavanges,  Hamtelle  et  Longeville. 

Catal.  des  actes  des  comtes  de  Champagne,  v^  3731. 

196.  —  Août  1288.  —  Hugues,  comte  de  Brienne,  approuve 
l'amortissement  par  Gautier  d'Ecot  et  par  Jaque,  femme  du  dit 
Gautier,  des  acquisitions  faites  par  la  commanderie  de  Beauvoir, 
Ordre  teutonique,  à  Morvilliers.  Gautier  a  reçu  de  la  commande- 
rie dix  livres  tournois. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beauvoir). 

197.  —  Brienne,  octobre  1288.  —  Hugues,  comte  de  Brienne, 
vidime  la  charte  de  Gautier  IV,  n°  165. 

Original,  arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beauvoir). 

Section  12.  —  GAUTIER  V. 

198.  —  Mars  1297  (l'an  de  grâce  1296,  ou  moys  de  marz). — 
Philippe,  roi  de  France,  fait  connaître  les  conventions  conclues 
entre  Marie  de  Mercœur,  comtesse  de  Joigny,  et  Gautier,  comte  de 
Brienne,  pour  le  mariage  de  Jean,  comte  de  Joigny,  fils  de  la  dite 
Marie,  avec  Agnès,  sœur  dudit  Gautier.  La  comtesse  de  Joigny 
assure  à  son  fils  1300  livres  de  rente  immédiatement,  et  dans 
l'avenir  un  total  de  5,000  livres  de  rente.  Agnès  de  Brienne 
aura  en  douaire  la  moitié  des  dites  5,000  livres  et  le  château  de 
Joigny.  Gautier,  comte  deBrienne,  lui  donne  en  partage  300 
livres  de  rente  à  prendre  au  bois  de  Mans,  près  de  Meaux,  une 


«80 

maison  dans  ce  bois  et  7,000  livres  une  fois  payées.  Sur  ces 
7,000  livres,  5,000  seront  employées  par  le  comte  de  Joigny  en 
acquisitions  d'immeubles,  et,  jusqu'à  cet  emploi,  gardées  à  l'ab- 
baye de  Montier-la-Celle  dans  un  coffre  à  deux  clets,  dont 
l'une  sera  remise  au  comte  de  Joigny,  l'autre  au  comte  de 
Brienne. 

Original,  arcli.  du  château  de  Brienne. 

199.  —  Beauvoir,  juin  1.303  (Belveoir,  l'an  de  grâce  1303,  ou 
mois  de  juin). —  Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  approuve 
la  donation  faite  à  la  comuianderie  de  Beauvoir  par  Marguerite 
la  Jeune  de  Chaumesnil,  veuve  de  Jean  deMoramlDert,  chevalier, 
des  biens  possédés  à  Chaumesnil  par  la  dite  Marguerite.  11  auto- 
rise la  commanderie  à  acquérir  dans  le  comté  de  Brienne  jusqu'à 
concurrence  de  35  sous  de  rente. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beauvoir). 

200.  —  16  avril  1304  (l'an  de  grâce  1304,  le  juedi  après  la 
quinzène  de  pasques).  —  Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce, 
autorise  la  commanderie  de  Beauvoir  à  acquérir  dans  ses  fiefs 
jusqu'à  concurrence  de  40  livres  de  rente. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Clairvaux  (Beauvoir). 

201.  —  Octobre  1305  (l'an  de  grâce  nostre  Seigneur  1305,  ou 
mois  d'octembre).  —  Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  et 
Jeanne  sa  femme,  vendent  au  chapitre  de  Saint-Pierre  de  Troyes, 
pour  6,600  livres  tournois,  200  livres  de  rente  sur  les  foires  et 
autres  revenus  du  domaine  royal  à  Troyes.  Ces  200  livres  de 
rente  faisaient  partie  du  patrimoine  de  Jeanne. 

Copie  informe,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Pierre  de 
Troyes;  mention  dans  Canmzat,  Promptuarium,  f°  281  r*^,  et 
dans  Duchesne,  Hist.  de  la  maison  de  Chastillon,  Pr.,  p.  212. 

202.  —  Avril  1307  (l'an  de  grâce  nostre  Seigneur  1307,  ou 
mois  d'avril) .  —  En  exécution  du  contrat  de  mariage  de  Gautier, 
comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  et  de  Jeanne  de  Chàtillon,  Gautier 
de  Chàtillon,  comte  de  Porcien,  connétable  de  France,  père  de  la 
dite  Jeanne,  donne  à  Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  200 
livres  de  rente  sur  le  domaine  royal  de  Bar-sur- Aube ,  savoir  : 
1°  110  livres  de  rente  qu'il  a  reçues  de  Philippe-le-Bel ,  roi  de 
France,  avec  le  comté  de  Porcien,  en  échange  des  chàtellenies  de 
Chàtillon  et  de  Crécy,  2*^  90  livres  de  rente  qui  appartenaient  à 
Helissend  de  Vergy,  comtesse  de  Vaudémont,  sa  femme,  laquelle 
consent  à  en  faire  l'abandon. 


^81 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Pierre  de  Troyes, 
cf.  Duchesne,  Hist.  de  la  'maison  de  Chastillon,  p.  353. 

203.  —  Mai  1308  (l'an  de  grâce  1308,  ou  mois  de  raay).  — 
Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  amortit  les  biens  du 
prieuré  de  Blaincourt  (Aube) . 

Original,  Arch,  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup. 

204.  —28  mai  1308  (l'an  de  grâce  1308,  le  mardi  devant 
Penthecoste).—  Colot  Charreton,  receveur  du  comté  de  Brienne, 
reconnaît  avoir  reçu  du  prieur  de  Blaincourt  30  livres  tournois 
comme  prix  de  l'amortissement  qui  précède. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup. 

205.  —  Décembre  1308  (l'an  de  grâce  1308,  ou  mois  de  dé- 
cembre). —  Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce  par  la  grâce 
de  Dieu,  remet  le  prieur  de  Blaincourt  en  possession  du  droit  de 
pêche  dans  l'Aube  de  «  la  fosse  du  molin  de  Blancourt  jusques  au 
«  ru  de  Brauz.  » 

Extr.  d'un  vidimusdu  18  février  1398  r.  st.,  Arch.  de  l'Aube, 
fonds  de  Saint-Loup. 

206.  —  Brienne,  24  avril  1309  (Brienne,  l'an  1309,  ou  mois 
d'avril,  le  lendemain  saint  Gorge).  —  Gautier,  comte  de  Brienne 
et  de  Lecce,  donne  à  Jean  Troullart  de  JoinviUe,  son  cousin,  sei- 
gneur de  Villehardouin,  droit  d'usage  pour  sa  maison  et  ses 
hommes  de  Villehardouin  dans  les  bois  «  Bateiz  »  et  dans  la  forêt 
d'Orient. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Loup. 

207.  —  Mai  1309  (l'an  de  grâce  1309,  ou  mois  de  may).  — 
Gautier,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  vend  à  l'abbaye  de  Saint- 
Loup  de  Troyes  ,  pour  750  livres  tournois ,  une  «  grange  »  à 
Blaincourt  et  ses  dépendances,  sur  le  flnage  de  Blaincourt  et  les 
flnages  voisins. 

Original,  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Laint-Loup. 

208.  —  F'  juin  1309  (le  mardi  premier  jour  de  joing,  en  l'an 
de  grâce  mil  trois  cens  et  noef).  —  Jean,  sire  de  Joinville,  séné- 
chal de  Champagne,  cède  à  Gautier,  comte  de  Brienne,  la  mou- 
vance du  fief  que  possédait  à  Dommartin-le-Franc  (Aube) 
Anseau  de  Reynel,  fils  du  dit  Jean. 

Original,  Arch.  du  château  de  Brienne. 

209.  —  Juin  1309.  —  Gautier,  comte  de  Brienne,  accorde  à 
l'abbaye  de  Boulancourt  des  lettres  d'amortissement  pour  tous 
les  biens  que  cette  abbaye  possédait  dans  le  comté  de  Brienne. 


^82 

Mention,  Lalore,  Cariulaire  de  l'abbaye  de  Boulancourt, 
p.  67,  d'après  le  Cart.  français  de  Boulancourt,  n°  456. 

210.  — Zeitoun,  10  mars  1311  (l'an  de  grâce  1311,  lou  ma- 
credi  à  dis  jours  de  mars  ...  au  Gitom). —  Testament  de  Gautier, 
duc  d'Athènes,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne;  édit.,  Voyage  paléo- 
grapliique  dans  le  déjKirtement  de  l'Aube,  p.  332. 

Section  13°.  —  GAUTIER  VI. 

200.  —  Naples,  22  novembre  1312  {anno  nativiiatis  domi- 
nicœ  1312,  ponti/icatiis  sanctissirai  patris  et  domini  dé- 
mentis papœ  quinti  annoWl,  die  XXII  novembris,  XI  indic- 
tione,  apud  Neapolim). —  Par  devant  Humbert,  archevêque  de 
Naples,  et  Barthêlemi  de  Gène,  notaire,  Jeanne  de  Chàtillon, 
duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  baillistre 
de  Gautier  et  d'Isabelle,  ses  enfants,  nomme  son  procureur  géné- 
ral Gaucher  de  Chàtillon,  comte  de  Porcien,  connétable  de 
France,  son  père. 

Edit.,  Vignier,  Hist.  de  la  maison  de  Liiœemboivrg,  1619, 
in-4^,  p.  243,  245;  extrait,  Duchesne,  Hist.  de  Chastillon, 
Pr.,  p.  212. 

201.  —  Avignon,  25  octobre  1316  {Ave^iione,  VII  kalendas 
novembris,  pontifîcatus  nostri  anno  primo).  —  Jean  XXII, 
pape,  donne  aux  prédicateurs  qui  prêcheront  devant  Jeanne  de 
Chàtillon,  duchesse  d'Athènes,  l'autorisation  d'accorder  vingt 
jours  d'indulgence  à  leur  auditoire. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

202.  —  29  juin  1317  (l'an  1317,  le  mescredi  après  la  saint 
Jehan  Baptiste).  —  Jean,  fils  de  Simunni  de  Yèvre,  donne  aveu 
et  dénombrement  à  la  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne 
et  de  Lecce. 

Original,  archives  du  château  de  Brienne. 

203.—  Août  1317.— Jeanne  de  Chàtillon,  duchesse  d'Athènes, 
comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  «  bail,  garde  et  gouverneresse 
»  de  la  comté  de  Brène  »,  donne  à  Geofroi  de  Boutigny,  son 
écuyer,  la  terre  de  Jean  de  Morambert.  Elle  promet  que  Gautier, 
son  fils,  ratifiera  cette  donation  quand  il  sera  majeur. 

Extrait  d'un  vidimus  du  13  novembre  1346  communiqué  par 
M'"''  Petitot. 


^83 

215.  —  12  juillet  1318  {Avenione,  4*^  idus  julii,  ponti/î- 
catus  anno  IF).  —  Jean  XXII,  pape,  donne  à  Jeanne  de  Châ- 
tillon,  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne,  permission 
générale  de  se  faire  dire  des  messes  basses  dans  les  localités 
frappées  d'interdit. 

Original,  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Saint-Pierre  de  Troyes, 
couverture  d'un  volume  de  Casus  Longi  sur  le  Code,  coté  G. 
2337. 

216.  —  Janvier  1321  {Parisiis,  anno  Boniini  1320,  mense 
januario). — Phihppe-le-Long,  roi  de  France,  fait  connaître 
les  termes  d'une  transaction  conclue  entre  Jeanne  de  Chàtillon, 
duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  d'une 
part,  et  Gautier  VI  son  fils.  Gautier  paiera,  jusqu'à  concurrence 
de  7,000  livres  tournois,  les  dettes  faites  par  son  père  et  sa  mère, 
pour  la  défense  de  leurs  possessions  outre -mer.  Sa  mère  paiera 
le  reste;  elle  aura  sur  le  duché  de  Brienne  une  rente  de  600  livres, 
dont  elle  pourra  aliéner  200  en  cas  de  nécessité  absolue,  100  seu- 
lement s'il  n'y  a  pas  nécessité;  le  surplus  sera  viager. 

Edit.  Duchesne,  Hist.  de  Chastillon,  Pr.,  p.  213. 

217.  —  Janvier  1321  {PmHsiis,  anno  Domini  1320, 
jiiense Januario).  —  Philippe-le-Long  fait  connaître  les  termes 
d'un  arrangement  conclu  entre  Jeanne  de  Chàtillon,  duchesse 
d'Athènes,  et  Isabelle,  sa  fille,  d'une  part,  Gautier  VI,  d'autre 
part  :  Jeanne  renonce  à  son  droit  de  douaire  sur  la  terre  de  Pra- 
tella,  dans  la  forêt  de  Vassy.  Gautier  assigne  comme  part  d'hé- 
ritage cette  terre,  estimée  2000  livres  tournois  de  rente,  à  Isa- 
belle sa  sœur,  qui  s'en  déclare  contente. 

Edit.  Duchesne,  Hist.  d.e  Chastillon,  pr.,  p.  213-214. 

218.  —  Janvier  1.321.  —  Contrat  de  mariage  d'Isabelle  de 
Brienne  qui  épouse  Gautier,  seigneur  d'Enghien. 

Mention,  Duchesne,  Hist.  de  Chastillon,  p.  354,  et  pr., 
p.  214. 

219. — Novembre  1323  (mense  novembri,  anno  Domini 
1323).  —  Jean,  abbé  de  Beaulieu,  et  Gui,  abbé  de  Bassefontaine, 
abandonnent  au  duc  d'Athènes,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  et 
à  Jeanne  de  Chàtillon,  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne 
et  de  Lecce,  une  rente  de  dix  muids  de  vin  sur  une  vigne  située 
au-dessous  du  château  de  Brienne  :  ils  reçoivent  en  échange  la 
vigne  de  FEcuyer,  finage  de  Brienne,  près  du  chemin  de  Troyes. 
Approbation  d'Adam,  abbé  de  Prémontré. 


i84 

Original,  ai-ch.  ducliàteau  de  Brienne. 

220.  —  9  février  1326  (le  noveimine  jour  dou  mois  de  février, 
l'an  de  grâce  1325).  —  Jean  de  Jaucourt,  frère  et  procureur 
d'Erard,  chevalier,  seigneur  de  Jaucourt,  donne  son  consente- 
ment au  mariage  de  Jeannette,  fille  de  Tliomassin  de  Jaucourt, 
avec  Jeannin  de  Trannes,  «  homme  de  cors  de  noble  dame  madame 
»  la  comtesse  de  Brienne.  » 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

221.  —  17  octobre  1333  (dimanche  avant  saint  Luc).  — 
Charte  de  Jeanne  de  Châtillon,  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de 
Brienne  et  Lecce,  pour  l'abbaye  de  Montiérondcr. 

Arch.  delà  Haute-Marne,  2°  cart.  de  Montiérender,  f  26  v°- 
28  r". 

222.  —  5  avril  1336  (l'an  de  grâce  nostre  Seigneur  1336,  le 
venredi  après  Pasques  cumenians).  — Jean,  abbé  de  Basseibn- 
taine,  reconnaît  avoir  reçu  de  Jeanne  de  Chàtillon,  duchesse 
d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  tous  les  termes 
échus  de  la  rente  de  quinze  livres  qu'elle  doit  à  cette  abbaye. 

Original,  arcli.  du  château  de  Brienne. 

223.  —  Brienne,  13  juin  1339  (Brène  ...  le  dymenche  après 
la  feste  saint  Barnabe  appostre,  l'an  de  grâce  1339).  —  Jeanne 
de  Chàtillon,  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de 
Lecce,  reconnaît  que  le  prieur  de  RadonviUiers  a  droit  de  justice 
à  RadonviUiers,  et  fait  restituer  six  «grosses  bestez»  saisies  par 
le  mayeur  de  Brienne-la-Vieille  sur  le  territoire  de  Radon- 
viUiers. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

224.  —  12  octobre  1340  (lou  jeudi  après  la  saint  Denys,  l'an 
de  grâce  1340).  —  Ponsard  de  Villars-en-Azois  avoue  tenir  de 
la  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  divers 
biens  à  Vaubercey. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

225.  —  18  mai  1341  (le  landemain  de  l'Ascension  nostre  Sei- 
gneur, l'an  de  grâce  1341).  —  Gautier,  sire  d'ArziUières  et  de 
Landricourt,  reconnaît  que,  pour  la  terre  de  Mathaux,  Auzon  et 
l'Etape,  il  doit  par  an  six  semaines  de  garde  «  en  armes  et  en 
«  chevaulz  en  la  ville  ou  en  chastel  de  Brène.  » 

Original  au  château  de  Brienne. 

226.  —  Monastère  du  Val-des-Ecoliers,  près  de  Paris,  8  jan- 
vier 1342  (au  Val-des-Ecoliers-lès-Paris,   l'an  de  grâce  1341 . 


^85 

oumoys  de  janvier  le  viif  jour).  —  Philippe,  roi  de  France, 
enlève  au  ressort  du  bailliage  de  Cliaurnont  et  met  dans  le  ressort 
du  bailliage  de  Troyes  la  seigneurie  de  Juvanzé,  nouvellement 
acquise  du  seigneur  de  Saint-Phal,  par  Gautier,  duc  d'Athènes, 
comte  de  Brienne,  dont  le  comté  faisait  déjà  partie  du  bailliage 
de  Troyes. 

Original,  archives  du  château  de  Brienne. 

227.  —  16  avril  1344  (le  venredi  après  Quasimodo,  l'an 
XLIIII).  —  Aveu  et  dénombrement  donné  à  la  duchesse 
d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  par  Marguerite, 
veuve  de  Guyot  Baumette,  pour  des  biens  à  Yaubercey,  Blain- 
court,  Pressy-Nostre-Dame,  Pel  et  Der. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

228.  —  Brienne,  14  décembre  1345  (en  nostre  assise  de  Brène, 
commençant  le  mescredi  après  la  sainte  Luce,  l'an  1345). —  Jean 
Bonnez,  bailli  de  Brienne,  agissant  en  exécution  de  lettres  éma- 
nées du  duc  d'Athènes,  comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  déclare 
avoir  reconnu  après  enquête  que  l'abbaye  de  Larivour  a  droit  de 
basse  justice  dans  la  maison  du  Chardonnet  et  dans  ses  dépen- 
dances. 

Orig.  Arch.  de  l'Aube,  fonds  de  Larivour. 

229.  —  12  janvier  1346  (loujuedi  avent  feste  saint  Rémi  et 
saint  Hilaire,  l'an  1345).  —  Aveu  et  dénombrement  donné  à  la 
duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  par  Colot 
d'Epagne  pour  les  biens  qu'il  possède  à  Vaubercey. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

230.  —  2janvier  1347  (lou  mardi  après  la  Circoncision  nostre 
Seigneur,  Tan  de  grâce  1346).  —  Par  devant  Pierre  de  Dijon, 
prieur  de  Radonvilliers,  Ponsard  de  Yillars-en- Azois  donne  aveu 
et  dénombrement  à  la  duchesse  d'Athènes ,  comtesse  de  Brienne 
et  de  Lecce  pour  des  biens  situés  à  Vaubercey. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

231.  —  1347.  —  Testament  de  Gautier,  duc  d'Athènes,  comte 
de  Brienne  et  de  Lecce. 

Exemplaire  où  manquent  les  dernières  lignes  et  la  date,  ar- 
chives du  château  de  Brienne;  extrait,  Voijage paléographique 
dans  le  département  de  l'Aube,  p.  341;  cf.  Sassenay,  les 
Brienne  de  Lecce  et  d'Athènes,  p.  187,  note. 

232.  —  Lecce,  17  février  1352.  —  Gautier,  duc  d'Athènes, 
comte  de  Brienne  et  de  Lecce,  lève  la  saisie  mise  par  son  ordre 


^86 

sur  la  rivière  et  les  bois  de  Morambert,  et  en  ordonne  la  restitu- 
tion à  Gautier  de  Boutigny,  chevalier,  «  li  quex  est  ou  présent 
»  en  nostre  compaignie  et  service  de  ça  lez  mons.  » 

Deux  vidinuis  en  date  de  1353  communiqués  par  M""  Petitot. 

233.  —  8  septembre  1353  (l'an  1353,  le  huitiesme  jour  de  sep- 
tembre). —  Jean,  abbé  de  Bassefontaine,  reconnaît  avoir  reçu  de 
la  duchesse  d'Athènes,  comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  sept 
livres  dix  sous  pour  le  terme  échu  à  Pâques  dernier  de  la  rente 
que  l'abbaye  de  Bassefontaine  possède  sur  le  péage  de  Brienne. 

Archives  du  château  de  Brienne. 

.234.  —16  janvier  1355  (l'an  de  grâce  1354,  le  xvi  dé  jan- 
vier). —  Epitaphe  de  Jeanne  de  Chàtillon,  duchesse  d'Athènes, 
comtesse  de  Brienne  et  de  Lecce,  aux  Jacobins  de  Troyes. 

Edit.  Yignier,  Histoire  de  la  maison  de  Luxembourg, 
p.  261;  Duchesne,  Hist.  de  Chàtillon,  pr.,  p.  214. 

235.  —  Amiens,  novembre  1355  {Ambianis,  anno  Doniini 
1355,  mense  noveiubri).  —  Jean,  roi  de  France,  abandonne  à 
Gautier,  duc  d'Athènes,  comte  de  Brienne ,  ses  droits  sur  les 
aubains  qui  sont  venus  jusqu'à  présent  s'établir  dans  le  comté  de 
Brienne.  11  accorde  cette  faveur  en  reconnaissance  des  services 
du  dit  Gautier. 

Original,  arch.  du  château  de  Brienne. 

236.  —  Après  le  19  septembre  1356.  —  Epitaphe  de  Gautier, 
duc  d'Athènes,  comte  de  Brienne,  seigneur  de  Lecce,  à  l'abbaye 
de  Beaulieu. 

Edit.,  Vignier,  Histoire  de  la  maison  de  Luxembourg, 
p.  259;  Ducange,  Hist.  de  l'empire  de  C.  P.  publiée  par 
Buchon,  11,  207. 

H.  d'Arbois  de  Jubain ville. 


TESTAMENT  DÉTIENNE  BALUZE. 


En  ^869,  notre  confrère  M.  Eugène  de  Rozière  a  publié,  dans  la 
Bibliothèque  de  t École  des  chartes,  une  lettre  de  Baluze,  qui  lui 
avait  été  communiquée  par  M.  Baudoin,  archiviste  de  la  Haute- 
Garonne,  et  dans  laquelle  il  a  relevé  plus  d'un  détail  touchant  et 
honorable.  Aujourd'hui  nous  mettrons  en  lumière  un  document 
non  moins  important  pour  la  vie  du  même  savant.  11  s'agit  du  testa- 
ment qu'il  rédigea  le  23  mai  me,  à  l'âge  de  quatre-vingt-cinq  ans 
et  cinq  mois.  On  trouvera  dans  ce  morceau,  comme  un  reflet  des 
habitudes,  des  goûts  et  des  sentiments  de  Baluze;  on  y  remarquera 
surtout  les  témoignages  d'afTection  qu'il  donne  à  son  ancien  ami 
François  Muguet,  qui,  après  avoir  été  l'une  des  gloires  de  l'impri- 
merie parisienne,  laissa  ses  enfants  dans  une  gêne  voisine  de  la 
misère. 

Au  nom  du  Père,  du  Fils  et  du  Saint-Esprit.  Je  soussigné 
Estienne  Baluze,  ancien  professeur  en  di-oit  canon  au  Collège 
royal  de  France,  à  Paris,  voulant  prévenir  l'heure  de  la  mort  et 
n'attendre  pas  à  faire  mon  testament  à  l'extrémité  de  ma  vie,  ai 
résolu  de  le  faire,  comme  je  le  fais  actuellement,  pendant  que  je 
jouis,  par  la  grâce  de  Dieu,  d'une  entière  et  parfaite  santé  de 
corps  et  d'esprit. 

Premièrement,  je  déclare  que,  sa  divine  bonté  m'ayant  fait 
naistre  de  parents  catholiques,  qui  ont  pris  soin  de  m'élever  dans 
la  bonne  religion,  je  veux  vivre,  comme  j'ai  fait  jusques  à  pré- 
sent, et  mourir  dans  la  profession  de  la  religion  catholique,  apos- 
tolique et  romaine. 

Quand  il  plaira  à  Dieu  de  me  retirer  de  ce  monde,  je  veux  que 
mon  corps  soit  enterré  dans  le  cimetière  de  la  paroisse  où  je  serai 
décédé,  prohibant  expressément  toute  sorte  de  superfluités  dans 


488 

mes  funérailles,  même  les  tentures  à  l'église  et  à  mon  logis, 
aimant  mieux  employer  ces  frais  inutiles  en  faveur  des  pau\Tes 
de  la  paroisse,  auxquels  je  donne  et  lègue  par  ce  mien  testament 
la  somme  de  mille  livres. 

Al'esgard  des  biens  qu'il  a  pieu  à  sa  divine  providence  de  me 
donner,  qui  proviennent  tous  de  mon  travail  et  de  mon  économie 
et  de  la  modération  de  ma  dépense,  les  gratifications  qu'il  a  pieu 
au  roi  de  me  faire  pendant  longues  années,  et  les  appointements 
que  feu  M.  Colbert,  ministre  et  secrétaire  d'Estat  et  contrôleur 
général  des  finances,  duquel  j'ai- ois  l'honneur  d'estre  bibliothé- 
caire, me  donnoit,  m'ayant  mis  en  estât  de  faire  quelques  épar- 
gnes, n'en  ayant  fait  ni  pu  faire  aucunes  des  biens  de  mes  père 
et  mère,  dont  je  n'ai  jamais  rien  eu,  je  dispose  de  tous  mes  biens 
ainsi  qu'il  s'ensuit. 

Premièrement,  je  donne  et  lègue  à  messire  Jean  Baluze,  cha- 
noine de  l'égHse  cathédrale  de  Tulle,  mon  frère,  la  part  et  portion 
qui  m'appartient  et  me  peut  appartenir  dans  les  biens  de  nos 
père  et  mère,  ensemble  toutes  les  sommes  de  deniers  qu'il  se 
trouvera  me  devoir  au  jour  de  mon  décez,  dont  je  ne  lui  ai  jamais 
demandé  ni  principal,  ni  intérêts,  quoi  qu'il  y  ait  très  longtemps 
qu'il  est  mon  débiteur,. même  de  plusieurs  sommes  considérables 
d'argent,  dont  je  n'ai  d'autre  reconnoissance  'que  celle  qu'il  en 
a  faite  dans  le  contrat  de  mariage  de  Catherine,  sa  fille,  femme 
de  monsieur  de  la  Serre.  Je  lui  donne  et  lègue  toutes  ces  sommes, 
et  en  outre  je  lui  donne  et  lègue  la  somme  de  trois  mille  livres 
payable  un  an  après  mon  décez. 

Je  confirme  en  tant  que  de  besoin  et  lègue  à  mon  fiUot  Estienne 
Melon,  receveur  des  tailles  à  Nevers,  fils  de  ma  nièce  du  Verdier, 
la  somme  de  six  mille  livres  que  je  lui  ai  donnée  par  son  contrat 
de  mariage. 

Je  donne  et  lègue  à  damoiselle  Marie  Baluze,  ma  sœur,  cent 
cinquante  livres  de  pension  annuelle  et  viagère  pendant  le  cours 
de  sa  vie,  laquelle  pension  je  la  supplie  d'accepter  comme  une 
marque  de  mon  amitié  pour  elle. 

Je  donne  et  lègue  à  ma  nièce  de  la  Serre  la  somme  de  deux 
mille  livres,  outre  et  par  dessus  les  six  mille  livres  que  je  lui  ai 
données  dans  le  contrat  de  son  mariage,  et  que  je  lui  ai  payées  en 
un  contrat  de  rente  sur  l'Hôtel-de-Ville  de  Paris  et  en  argent 
comptant,  et  je  lègue  à  son  fils  Estienne,  mon  fiUot,  la  somme  de 
trois  mille  livres. 


^89 

Et  ayant  esgard  à  l'estroite  amitié  que  j'ai  eue  durant  trente 
ans  avec  monsieur  Muguet,  imprimeur  ordinaire  du  roi  et  du 
clergé  de  France,  qui  a  imprimé  tous  mes  ouvrages  avec  beau- 
coup d'affection  et  avec  un  soin  dont  je  veux  me  faire  un  motif 
de  reconnoissance,  et  considérant  que,  par  le  malheur  attaché  à 
sa  famiUe,  il  a  laissé  peu  de  bien  à  ses  enfans,  j'ai  résolu  de  dis- 
poser d'une  partie  de  mon  bien  en  faveur  de  quelques-uns  des 
dits  enfants,  et  encore  plus  particulièrement  en  faveur  de  dame 
Madeleine  Muguet,  veuve  de  feu  monsieur  Le  Maire,  banquier 
expéditionnaire  en  cour  de  Rome,  et  en  faveur  de  M'^  Louis 
Muguet,  advocat  et  banquier  expéditionnaire  en  cour  de  Rome, 
lequel  est  affligé  de  ]a  perte  de  la  veue,  auquel  je  donne  et  lègue 
par  ce  mien  présent  testament  la  somme  de  six  miUe  livres, 
payable  deux  ans  après  mon  décez,  et  cependant  l'intérest  à  raison 
du  denier  vingt-cinq. 

De  plus,  je  donne  et  lègue  à  damoiselle  Catherine  Muguet, 
leur  sœur,  outre  et  par  dessus  ce  que  je  lui  ai  donné  par  donation 
entre  vifs ,  la  somme  de  six  mille  livres,  payable  deux  ans  après 
mon  décez,  et  cependant  l'intérest  à  raison  du  denier  vingt-cinq. 

Je  donne  et  lègue  à  damoiselle  Madeleine  Le  Maire,  ma  fîlliole, 
si  elle  n'est  pas  mariée  ou  religieuse  au  jour  de  mon  décez,  la 
somme  de  deux  mille  livres,  payable  deux  ans  après  mon  décez, 
et  cependant  l'intérest  à  raison  du  denier  vingt-cinq. 

Item  je  donne  et  lègue  à  mon  fiUot  Estienne  Bourgeois,  fUs  de 
monsieur  d'Origny,  la  somme  de  mille  livres,  payable  lorsqu'il 
sera  majeur,  et  cependant  l'intérest  à  raison  du  denier  vingt-cinq, 
sur  les  quittances  de  monsieur  d'Origny,  son  père,  à  compter 
d'un  an  après  mon  décez,  lequel  sieur  d'Origny  sera  déchargé 
d'en  rendre  compte  jusques  à  la  majorité  de  mon  dit  fîllot. 

Item  je  donne  et  lègue  à  Pierre-Nicolas  de  Levrye,  fils  de 
Nicolas  de  Levrye,  maistre  chirurgien  à  Paris,  pareille  somme 
de  mille  livres,  payable  lorsqu'il  sera  majeur,  et  cependant  l'in- 
térest à  raison  du  denier  vingt-cinq,  sur  les  quittances  de  mon- 
sieur de  Levrye,  son  père,  à  compter  d'un  an  après  mon  décez, 
lequel  sieur  de  Levrye  sera  déchargé  d'en  rendre  compte  jusques 
à  la  majorité  du  dit  Pierre-Nicolas  son  fils. 

Item  je  donne  et  lègue  à  damoiselle  Angélique  de  Levrye, 
laquelle  pendant  longtemps  a  pris,  avec  sa  mère,  le  soin  de  la 
dépense  et  économie  de  ma  maison,  et  en  prend  encore  soin  avec 
beaucoup  d'affection  et  de  fidélité,  la  somme  de  trois  mille  livres, 


490 

payable  deux  ans  après  mou  décez,  et  ce  pendant  Tintérest  à 
raison  du  denier  vingt-cinq;  à  laquelle  je  lègue  aussi,  en  tant 
que  de  besoin,  les  meubles  de  sa  chambre,  qui  lui  appartiennent 
d'ailleurs  presque  tous,  et  encore  la  copie  du  portrait  de  feu 
monseigneur  le  cardinal  de  Bouillon  par  M"  Rigaud,  avec  la  bor- 
deure. 

Item  je  donne  et  lègue  à  ladite  damoiseUe  Angélique  de  Levrye 
tout  ce  que  je  pourrois  lui  demander  pour  sa  nourriture  pendant 
tout  le  temps  qu'elle  a  logé  chez  moi  avec  sa  mère,  et  ce  en  con- 
sidération de  la  compagnie  qu'elle  m'a  faite  et  des  services  qu'elle 
m'a  rendus  pendant  ce  temps-là,  principalement  dans  mes  mala- 
dies, dont  je  la  remercie.  Je  ne  veux  pas  non  plus  qu'on  lui 
demande  rien  pour  sa  nourriture  pendant  les  trois  ans  et  demi 
que  j'ai  esté  éloigné  de  Paris,  attendu  qu'elle  a  esté  pendant  ce 
temps-là  dans  ma  maison  pour  la  garde  de  mes  livres  et  de  mes 
papiers,  ni  pendant  le  temps  qu'elle  sera  désormais  dans  ma  mai- 
son, où  elle  me  tient  compagnie  et  prend  soin  de  mon  ménage. 
Et  d'autant  que  la  dite  damoiselle  de  Levrye,  laquelle  j'ai  toujours 
connue  très  âdelle  dans  les  maniments  qu'elle  a  eus  de  mon  argent, 
pendant  mes  maladies  et  pendant  mes  voyages  et  absences  de 
Paris,  a  receu  [différentes!  sommes  d'argent  pour  moi  pendant 
mon  éloignement  de  Paris,  je  veux  et  ordonne  que,  si  je  viens  à 
décéder  auparavant  qu'elle  m'en  ait  rendu  compte,  on  s'en  rap- 
portera entièrement  à  sa  parole,  sans  qu'on  puisse  exiger  d'elle 
autre  preuve,  le  présent  article  lui  servant  de  décharge  pour  le 
passé  et  pour  l'avenir. 

Item  je  donne  et  lègue  à  Louis  Choubert,  garçon  menuisier, 
qui  m'a  servi  pendant  plusieurs  années  la  somme  de  deux  cens 
livres,  une  ibis  payable  deux  mois  après  mon  décez. 

Item  je  donne  et  lègue  à  Charles  Laubelle,  maistre  cordonnier 
à  Paris,  lequel  m'a  aussi  servi  pendant  plusieurs  années,  pareille 
sonmie  de  deux  cens  livres,  une  fois  payable  deux  mois  après 
mon  décez. 

Item  je  donne  et  lègue  à  Charlotte  Herison,  femme  dudit  Lau- 
belle, laquelle  m"a  aussi  servi  pendant  plusieurs  années,  pareille 
somme  de  deux  cens  livres,  une  fois  payable  deux  mois  après 
mon  décez. 

Et  au  surplus  de  tous  mes  biens  que  je  délaisserai  au  jour  de 
mon  décez,  de  quelque  nature  qu'ils  soient,  et  à  quoi  qu'ils 
puissent  monter,   sans  aucune  réserve,   après  mon  testament 


49^ 

accompli,  je  les  donne  et  lègue  et  institue  en  iceux  ma  légatrice 
universelle  la  sus  dite  dame  Geneviève  Magdeleine  Muguet,  veuve 
de  feu  M*"  Le  Maire,  lequel  lui  a  laissé  cinq  enfants  et  ne  leur  a 
laissé  aucuns  biens  pour  les  nourrir,  et  leur  ayant  laissé  plus  de 
dettes  que  de  bien,  pour  ces  raisons  et  pour  l'amitié  que  je  porte 
à  ma  dite  dame,  sachant  combien  elle  aime  ses  enfans,  et  voulant 
lui  donner  le  moyen  de  les  nourrir  et  conduire,  je  lui  fais  ledit 
legs  universel,  et  la  prie  de  prier  Dieu  pour  moi;  lequel  legs  uni- 
versel, dans  lequel  je  comprends  ma  bibliothèque  et  mes  papiers, 
ne  pourra  estre  troublé  ni  saisi,  en  tout  ou  en  partie,  par  quelque 
créancier  que  ce  soit  de  ma  dite  légatrice  universelle,  attendu 
que  je  ne  lui  fais  ce  legs  et  ne  la  fais  ma  légatrice  universelle 
que  pour  sa  subsistance  et  celle  de  ses  enfants  et  leur  conduite. 

Je  deffendset  prohibe  expressément  la  vente  de  ma  bibliothèque 
en  gros,  volant  qu'elle  soit  vendue  en  détail  au  plus  offrant  et 
dernier  enchérisseur,  afin  que  les  curieux  puissent  en  avoir  leur 
part,  y  ayant  une  très-grande  quantité  de  livres  rares,  difficiles 
à  trouver,  que  les  gens  de  lettres  seront  bien  aises  d'avoir  occa- 
sion d'acquérir  ^ .  J'excepte  néantmoins  de  cette  prohibition  ma 
bibliothèque  de  manuscrits,  au  cas  qu'il  se  trouve  quelqu'un  qui 
les  veuihe  acheter  en  gros  et  en  donner  un  prix  raisonnable,  dont 
ma  légatrice  universelle  puisse  estre  contente. 

Je  deffends  aussi  et  prohibe  expressément  de  faire  inventaire 
de  mes  papiers  de  littérature  et  autres  qui  sont  dans  les  trois 
armoires  garnies  de  fil  d'archal,  attendu  que  ce  seroit  une  très 
grande  dépense  et  très  inutile. 

Pour  exécuter  et  accomplir  mon  présent  testament,  je  nomme 
et  choisis  monsieur  de  Beauvais,  notaire  au  Châtelet  de  Paris, 
logé  rue  Coquillière,  paroisse  Saint-Eustache,  mon  ancien  ami, 
lequel  je  prie  de  me  rendre  ce  dernier  office,  auquel  je  donne  et 
lègue,  pour  l'indemniser  d'une  partie  des  peines  et  frais  que  cette 
exécution  pourroit  lui  coûter,  un  diamant  de  la  somme  de  cent 
pistoles,  ou  la  dite  somme  en  deniers  comptants,  à  son  choix, 
entre  les  mains  duquel  sieur  de  Beauvais  je  me  dessaisis  du  jour 
de  mon  décez  de  tous  mes  dits  biens,  suivant  la  coutume;  et  le 
compte  de  la  dite  exécution  en  sera  rendu  conformément  aux 
usages  de  la  ville,  prévosté  et  vicomte  de  Paris. 

1.  La  phrase  précédente  a  été  imprimée  dans  l'avertissement  du  catalogue  de 
la  bibliothèque  de  Baluze.  publié  par  Gabriel  Martin,  en  1719.  Voyez  aussi  Le 
Cabinet  des  Manuscrits,  I,  367. 


<92 

Je  révoque  tout  testament  et  codicilles  par  moi  ci-devant  faits, 
et  veux  que  celui  ci,  que  j'ai  fait  et  écrit  de  ma  main  et  signé  à 
chaque  page,  et  lequel  j'ai  leu  et  releu,  soit  exécuté  de  point  en 
point,  selon  sa  forme  et  teneur. 

Fait  à  Paris,  le  25"  jour  du  mois  de  mai,  l'an  de  grâce  1716. 

E.  BALUZE. 

Le  testament  qu'on  vient  de  lire  est  ici  publié  d'après  une  copie 
contemporaine  qu'un  heureux  liasard  a  fait  tomber  entre  mes  mains. 
Au  mois  de  janvier  IS72,  le  libraire  Baillieu,  établi  à  Paris,  quai  des 
Grands-Augustins,  n°  43,  fit  distribuer  son  SCe  catalogue  de  livres 
d'occasion,  dont  Farticle  37.53  était  annoncé  comme  il  suit  : 

3753.  BIBLIOTHECA  Baluziana,  hoc  est  catalogus  librorum 
Stephani  Baluzii  tutelensis.  Ce  catalogue  paraît  être  de  la 
plume  de  Baluze.  Manuscrit  in-4"  dérelié.  Une  liasse.  4  francs. 

Je  m'empressai  d'aller  vérifier  le  contenu  de  cette  liasse.  Il  y  avait 
bien  des  fragments  considérables  d'un  catalogue  raisonné  de  diffé- 
rents livres,  mais  l'écriture  n'avait  rien  de  commun  avec  celle  de 
Baluze,  et  les  livres  décrits  n'avaient  certainement  jamais  fait  partie 
de  la  Bibliotheca  Baluziana.  Toutefois,  avant  de  rejeter  la  liasse,  je 
parcourus  les  feuillets  un  à  un,  et  je  ne  regrettai  pas  ma  peine  quand 
mes  yeux  tombèrent  sur  la  copie  du  testament  de  Baluze.  Un  peu  plus 
loin,  je  rencontrai  une  sorte  de  codicille,  relatif  à  la  vente  desUvres 
prescrite  dans  le  testament.  Il  est  ainsi  conçu: 

Si  je  venois  à  mourir,  il  ne  faudroit  pas  vendre  mes  livres  aux 
libraires,  mais  faire  imprimer  promptement  le  catalogue  in  quarto, 
avec  une  petite  préface  en  latin  au  commencement,  dans  laquelle 
on  avertiroit  le  public  que  la  plus  grande  partie  de  ces  livres 
sont  notez  de  ma  main,  et  qu'il  y  en  a  une  très  grande  quantité 
de  corrigez  sur  les  anciens  manuscrits,  et  que  la  vente  s'en  fera 
en  destail  à  Paris  le  du  mois  de  ;  et  il  faudra 

marquer  ce  terme  à  trois  ou  quatre  mois  après  la  distribution  des 
exemplaires  du  catalogue,  qu'il  faudra  envoyer  en  Italie,  Angle- 
terre et  Hollande.  Il  faudra  les  vendre  selon  l'ordre  de  l'inven- 
taire, sans  en  démordre  en  aucune  manière  ni  pour  aucune  con- 
sidération. 

En  imprimant  le  catalogue,  il  ne  faut  pas  imprimer  ce  que  j'ai 


^93 

escrit  aux  marges  par  forme  de  renvoi.  Cela  n'est  fait  que  pour 
mon  soulagement  particulier. 

Il  faudra  composeï"  comme  il  suit  la  première  page  du  cata- 
logue imprimé  : 

BIBLIOTHEGA 

BALUZIANA 
hoc  est 

CATALOGUS 

LIBRORUM  STEPHANI  BALUZII 

Tutelensis 

quorum  auctio  incipiet 

Parisiis,  via ,  die 

mpnsis 

A  l'esgard  de  mes  papiers,  il  les  faut  garder  tous  ensemble 
pour  attendre  une  occasion  favorable  d'en  tirer  une  partie  de  ce 
qu'ils  valent  :  car  il  y  a  une  infinité  de  choses  très  curieuses  non 
encore  imprimées.  Mais  il  ne  faut  pas  vendre  les  deux  portefeuilles 
de  mes  lettres  latines,  ni  les  paquets  d'autres  lettres  à  moi 
escrites. 

Il  faut  garder  le  catalogue  escrit  de  ma  main,  et  en  faire  faire 
une  copie  pour  servir  à  l'impression. 

Le  modèle  de  titre  BIBLIOTHEGA  BALUZIANA,  écrit  en  grosses 
lettres  dans  ce  codicille,  avait  trompé  le  libraire,  qui  avait  pris  ce 
modèle  pour  le  titre  du  catalogue  avec  les  feuillets  duquel  se  trouvait 
mêlée  la  copie  du  codicille. 

Personne  ne  s'avisera,  je  pense,  d'élever  des  doutes  sur  les  docu- 
ments que  je  me  suis  ainsi  procurés.  Toutefois,  pour  édifier  complè- 
tement le  lecteur,  j'ajouterai  que  la  liasse  en  question  contenait 
encore  des  notes  autographes  de  Baluze  sur  un  projet  d'inscription 
pour  le  pont  de  Moulins.  En  voici  la  teneur  : 

Les  anciens  Romains  faisoient  des  inscriptions  courtes,  se  con- 
tentant de  marquer  ce  dont  ils  vouloient  instruire  la  postérité, 
sans  entrer  dans  le  destail  du  suject  qui  avoit  donné  lieu  à  l'ins- 
cription. Ils  laissoient  ce  soin  aux  historiens.  Ainsi,  je  crois  qu'il 
suffîroit  de  mettre  au  pont  de  ^Moulins  ce  qui  suit  : 

13 


^94 

HVNG  *  PONTEM 

ELAVERIS  v^  IMPETV  «  COLLAPSVM 

LVDOVICI  *  MAGNI  *  PROVIDENTIA 

FINITIM^  «  PROVINCI^. 

DE  *  PECVNIA  «  SVA 

RESTITVERVNT 

ANNO  «  CHRISTI  MDCGX 

Je  ne  mets  pas  d'accents  sur  l'ablatif  absolu  :  les  Romains  n'en 
ont  jamais  mis,  et  puis,  ceux  qui  liront  cette  inscription,  sça- 
chant  le  latin,  sçauront  bien  connoistre  que  c'est  à  l'ablatif  absolu. 

Les  Romains  mettoient  entre  les  mots  des  poincts  en  forme  de 
losange,  comme  j'ay  fait;  mais  ils  n'en  mettoient  jamais  à  la  fin 
des  lignes. 

On  trouve  très  souvent  dans  les  inscriptions  et  dans  les  mé- 
dailles PROVIDENTIA  AVGVSTORVM,  PRiNciPis,  etc,  et  dans  les  ins- 
criptions très  souvent  DE  pecvniasva  dans  le  mesme  sens  qu'icy. 

Pour  conserver  la  mémoire  de  ce  qui  a  esté  fait  pour  la  cons- 
truction de  ce  pont,  on  pourroit  dresser  un  procès-verbal  conte- 
nant la  démolition  de  ce  pont,  en  marquer  le  temps,  marquer 
encore  le  temps  auquel  ce  nouveau  pont  a  commencé  d'estre  cons- 
truit, quand  il  a  esté  achevé,  sous  quel  intendant,  l'architecte 
qui  l'a  entrepris,  la  longueur  du  pont,  combien  d'arcades,  com- 
bien de  largeur  à  chascune  de  ces  arcades,  les  provinces  qui  en 
ont  fait  la  despense,  et  sur  tout,  que  c'est  par  les  soins  et  par 
l'ordonnance  du  Roy.  Ce  procez-verbal  estant  ainsy  dressé  avec 
exactitude,  il  faudroit  le  faire  escrire  sur  le  registre  de  THostel- 
de-Ville,  et  le  faire  signer  par  M.  l'intendant  et  par  les  princi- 
paux officiers  de  la  ville  de  Moulins.  Après  quoy,  on  pourroit  le 
faire  imprimer,  en  distribuer  des  exemplaires  aux  curieux  et  aux 
gens  de  lettres,  non-seulement  à  Moulins,  mais  encore  à  Paris  et 
ailleurs. 

L'inscription  dont  Baluze  avait  pesé  les  termes  avec  tant  de  soin 
ne  fut  sans  doute  jamais  gravée.  En  effet,  le  pont  de  Moulins,  em- 
porté par  une  crue  de  J'Alller,  en  novembre  -iTiO,  fut  remplacé  pro- 
visoirement par  un  bac,  et  ce  fut  seulement  en  ^73^  qu'on  se  décida 
à  établir  au  même  endroit  \m  pont  de  bois  ^. 

1.  Vignon,  Etudes  historiques  sur  ('administration  des  voies  publiques  eu 
France,  11,  60  et  Cl. 


^95 

Du  moment  où  j'ai  eu  recouvré  le  texte  du  testament  de  Baluze,  je 
me  suis  cru  obligé  de  le  porter  à  la  connaissance  du  public.  En  effet, 
ce  document  a  été  bien  mal  jugé  dans  la  vie  de  Baluze  que  Chiniac  a 
ajoutée  à  l'Histoire  des  capilulaires.  Nous  y  lisons  '  :  «  Son  testa- 
«  ment  se  ressentit  un  peu  du  caprice  dont  il  ne  fut  pas  tout  à  fait 
))  exempt  pendant  sa  vie.  Il  fit  une  femme  étrangère  sa  légataire 
»  universelle,  pendant  qu'il  ne  laissa  presque  rien  h  sa  famille  et  à 
»  ses  domestiques.  »  On  saura  désormais  qu'il  ne  faut  tenir  aucun 
compte  d'une  appréciation  suggérée  sans  aucun  doute  par  des  héri- 
tiers qui  ne  comprenaient  pas  la  délicatesse  des  dispositions  prises 
par  Baluze  en  faveur  de  la  famille  de  François  Muguet. 

Madeleine  Muguet,  veuve  du  banquier  Le  Maire,  remplit  exacte- 
ment les  intentions  de  son  bienfaiteur,  au  moins  en  ce  qui  touchait 
la  bibliothèque  :  elle  en  fit  publier  par  le  libraire  Gabriel  Martin  un 
catalogue  qui  est  encore  fort  recherché  et  dont  le  titre  est  conforme 
aux  prescriptions  de  Baluze  2;  les  livres  imprimés  furent  vendus  en 
détail  au  mois  de  mai  1719,  au  domicile  du  défunt,  dans  la  rue  de 
Tournon  ;  quant  aux  manuscrits  et  aux  papiers  des  trois  armoires 
garnies  de  fil  d'archal,  ils  furent  cédés  la  même  année  à  la  Biblio- 
thèque du  roi  pour  une  somme  de  30,000  livres  3. 

Lkopold  DELISLE. 


1.  Uistoiredes  capilulaires  des  rois  François  de  la  première  et  seconde  race, 
elf.,  publiés  par  M.  de  Chiniac.  (Paris,  1779,  iQ-S»),  p.  170. 

2.  Biblioiheca  Baluziana.  seu  catalogus  librorum  bibliothecx  v.  cl.  Steph. 
Baluzii  tutelensis,  quorum  fietauclio  die  hune  mensisS  maii  anni  1719  etseqq. 
a  secunda  pomeridiana  ad  vesperam  in  œdibus  defundi,  via  vuhjo  dicta  de 
Tournon.  Prostat  catalogus  Parisiis,  via  Jacobea,  apxid  Gabrielem  Martin,  ad 
insigne  Stellae,  et  Joannem  Boudol,  sub  nrbe  Lutetia.  m  dcc  xix.  In  12,  en 
trois  parties. 

3.  Le  Cabinet  des  Manuscrits,  1,  367. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Alby  au  moyen  AGE.  Esstti  sur  l'histoire  économique  de  cette  ville, 
par  Emile  Jolibois,  arrhivisto  du  Tarn.  AIbi,  E.  Desrue,  1S7^: 
in-8°,  88  pages. 

La  Notice  de  M.  Jolibois  ne  répond  pas  tout  à  fait  aux  promesses  du 
titre.  Une  analyse  ra])ide,  n'offrant  qu'une  sèche  énumération  de  faits 
partiels  et  d'affirmations  sans  preuves,  passe  successivement  en  revue 
les  questions  les  plus  délicates  et  les  plus  épineuses  de  l'histoire  de  la 
société  au  moyen-âge;  nous  voulons  parler  des  questions  écono- 
miques. C'est  ainsi  que  six  chapitres  trop  sommaires,  qui  forment  à 
peine  la  moitié  de  la  brochure,  sont  consacrés  à  :  1°  La  ville  et  ses 
ressources  financières;  2°  L'administration  ;  3'  Industrie,  Commerce; 
li°  Les  impôts  ;  5°  La  misère  ;  6°  La  comptabilité.  On  pense  bien  que  des 
sujets  aussi  complexes  et  aussi  variés  sont  à  peine  abordés  dans  les 
quarante-cinq  pages  qui  leur  sont  consacrées.  Il  faudrait  un  volume 
entier  pour  les  traiter  convenablement  ;  car  leur  donner  tous  les 
développements  qu'ils  comportent,  c'est  faire  l'histoire  à  peu  près 
complète  du  pays  dont  on  s'occupe,  et  à  un  point  de  vue  qui  n'est  pas 
le  moins  intéressant. 

La  seconde  partie  de  la  publication  de  M.  Jolibois  est  consacrée  au 
pont  du  Tarn,  que  l'auteur  fait  remonter  au  xi""  siècle,  c'est-à-dire  à  une 
centaine  d'années  avant  qu'on  jetât  les  fondations  du  pont  d'Avignon. 
Le  fait  serait  assez  important  pour  mériter  une  étude  approfondie;  car 
on  croyait  jusqu'ici,  et  M.  Yiollet-Le-Duc  a  cru  pouvoir  affirmer  que 
les  premiers  ponts  de  pierre  construits  au  moyen- âge  ne  remontaient 
pas  au-delà  du  XII'-'  siècle.  Le  pont  d'Alby  ferait  donc  reculer  de  cent 
ans  la  date  de  la  construction  des  ponts  en  pierre.  Malheureusement 
M.  Jolibois  n'appuie  d'aucune  preuve  ce  fait  si  grave  au  point  de  vue 
archéologique.  Par  quel  document,  dans  quelle  chronique  a-t-il  appris 
que  ce  pont  fut  érigé  en  1035,  grâce  à  l'abandon  par  les  moines  de 
Saint-Salvi  des  revenus  du  pont  d'Alby  qui  leur  appartenaient?  C'est 
un  détail  qu'il  ne  nous  serait  pas  indifférent  de  savoir.  Après  une 
courte  notice  consacrée  aux  diverses  péripéties  de  l'histoire  de  ce  pont 
vénérable,  M.  Jolibois  arrive  à  la  partie  la  plus  importante  et  la 
plus  curieuse  de  sa  publication,  c'est-à-dire  la  pancarte  de  12Z|5  ou  la 


4  97 

taxe  frappée  sur  les  diverses  marchandises  qui  traversaient  le  Tarn 
pour  venir  au  marché  de  la  ville. 

La  pancarte  de  12Zi5,  rédigée  en  langue  vulgaire,  offre  un  vif  intérêt, 
tant  au  point  de  vue  philologique  que  sous  le  rapport  des  renseigne- 
ments qu'elle  fournit  à  l'histoire  du  commerce  au  xiir^  siècle.  M.  Joli- 
bois  a  placé  en  regard  du  texte  original  une  traduction  française.  Enfin, 
il  a  ajouté  à  ce  document  précieux  un  tableau  du  prix  des  grains 
vendus  au  setier  sur  le  marché  d'Albi  du  mois  de  septembre  1355  au 
mois  de  septembre  1359,  accompagné  du  cours  des  monnaies  d'or. 
Encore  un  sujet  nouveau  qui  pouvait  faire  à  lui  seul  l'objet  d'une 
étude  particulière. 

En  somme,  si  au  lieu  de  vouloir  embrasser  une  période  trop  étendue, 
et  des  matières  trop  diverses,  M.  Jolibois  s'était  contenté  de  publier 
sa  pancarte  de  12./i5,  avec  un  commentaire  et  des  éclaircissements 
historiques,  archéologiques  et  philologiques,  son  travail  eut  été  à  coup 
sûr  plus  utile  et  lui  eut  fait  par  conséquent  plus  d'honneur,  sans  lui 
coûter  peut-être  autant  de  peine. 

J.-J.  G. 

PouiLLÉ   du  diocèse  de  Poitiers^  par  H.  Beauchel-Filleau.  Niorl, 
L.  Clouzot,  et  Poitiers,  Oudin,  1869,  in-r  de  xliv  et  3J5  p. 

Vers  l'année  1302,  Gautier  de  Bruges,  évêque  de  Poitiers,  fit  dresser 
un  pouillé  de  son  diocèse,  qui  forme  la  septième  section  d'un  car- 
tulaire  de  l'évêché  de  Poitiers,  connu  sous  le  nom  de  Grand-Gauthier, 
et  conservé  à  la  bibliothèque  de  Poitiers.  M.  Beauchet-Filleau  a  tiré 
de  ce  pouillé  tous  les  articles  relatifs  aux  bénéfices  compris  dans  le 
territoire  qui  forme  aujourd'hui  le  diocèse  de  Poitiers  ;  il  les  a  com- 
plétés par  des  renseignements  très-abondants  et  très-variés  qu'il  a 
empruntés,  soit  à  des  chartes  antérieures  au  xiy<-'  siècle,  soit  à  des 
documents  plus  récents,  tels  que  le  compte  de  la  chambre  apostolique 
de  l'année  1326  (ms.  latin  993Zi  de  la  Bibl.  Nat.),  le  rôle  des  décimes 
de  l'année  1383  (Archives  de  la  Vienne),  et  plusieurs  rôles,  procès- 
verbaux  de  visites  et  pouillés  modernes.  Il  y  a  donc  dans  le  livre  de 
M.  Beauchet-Filleau  une  statistique  historique  fort  complète  de  tous 
les  anciens  établissements  religieux  du  diocèse  actuel  de  Poitiers. 
Nous  aurions  voulu  queTauteur  n'eût  pas  autant  subordonné  le  plan  de 
son  livre  à  la  circonscription  moderne,  et  qu'il  eût  publié  textuelle- 
ment tout  le  pouillé  de  Gautier  de  Bruges.  Toutefois,  M.  Beauchet- 
Filleau  a  commencé  par  donner  la  nomenclature  complète  des 
paroisses  du  diocèse  de  Poitiers,  telles  qu'on  la  trouve  dans  le  vieux 
})Ouillé  ;  de  plus,  il  a  très-clairement  indiqué  les  portions  de  l'ancien 
diocèse  qui  ont  été  démembrées  par  Jean  XXII  pour  former  les  diocèses 
de  Luçon  et  de  Maillezais. 


198 

Ainsi,  le  PouHlc  du  diocèse  de  Poitiers  constitue  une  bonne  œuvre 
de  géographie  liistorique,  qui  se  relie  bien  avec  le  Fouillé  de  iévéché 
de  Luçon,  publié  il  y  a  quelques  années  par  l'abbé  Aillery. 

L.  D. 

Caiitulaire  de  r abbaye  royale  de  Nolre-Daine  des  Chdtelliers,  publié 
avec  une  introduction  et  une  table  alphabétique  des  noms  de 
personnes  et  des  noms  de  lieux,  par  Louis  Du  val.  Niort,  Glouzot, 
•1872,  in-8"  de  cvilj  cl  328  p.  (E\Li"ail  des  Mémoires  de  la  Société 
de  statistique^  sciences  et  arts  du  département  des  Deux- Sèvres). 

Les  archives  de  l'abbaye  des  Châtelliers  n'existent  plus.  M.  Louis 
Duval,  aujourd'hui  archiviste  de  la  Creuse,  précédemment  bibliothé- 
caire de  Niort,  en  a  recueilli,  soit  parmi  les  copies  de  Dom  Fonteneau, 
soit  dans  diverses  collections  publiques  et  particulières  de  Paris  et  du 
Poitou,  près  de  360  pièces,  dont  113  antérieures  au  X1V«  siècle.  Il  a 
textuellement  publié  toutes  celles  qui  ont  de  l'importance,  et  analysé 
les  autres  avec  beaucoup  d'exactitude.  Dans  le  cartulaire  qu'il  a  ainsi 
formé,  on  remarque  des  bulles  d'Eugène  HI,  Alexandre  DI,  Alexandre  IV, 
Jean  XXIII,  Eugène  IV  et  Pie  II  ;  des  chartes  d'évêques  de  Poitiers; 
des  lettres  de  Philippe-le-Hardi,  Philippe-le-Bel,  Philippe  de  Valois, 
Charl.es  VI,  Charles  VII  et  Louis  XI;  différents  actes  des  comtes  de  la 
Marche,  d'Alfonse,  comte  de  Poitiers,  des  vicomtes  de  Thouars,  des 
seigneurs  de  Lusignan,  de  Mauzé,  de  Parthenay,  de  Rochefort,  etc. 

A  la  p.  113  est  indiquée  une  sentence  de  Philippe  de  Beaumanoir, 
chevalier,  sénéchal  du  Poitou,  en  date  du  «  lundi  devant  la  my-caresme 
MccLxxxv,  »  ce  qui  répond,  je  croiS;,  au  18  mars  1286  (n.  s.),  et  non  pas 
au  26  février,  comme  l'a  imprimé  l'éditeur. 

Signalons,  à  la  p.  206,  une  lettre  de  Louis  XI,  datée  d'Orléans  le 
ih  avril,  dans  laquelle  le  roi  s'exprime  ainsi  :  «...  Nous  avons  entendu 
que  feu  nostre  très  chiere  dame  et  mère,  que  Dieu  absoille,  alla  de  vie 
à  trespas  en  vostre  monastère  [des  Chastelliersj,  onquel  ses  entrailles 
sont  ensepulturées,  et  laquelle,  meue  de  devocion,  en  ycelui  a  fait 
plusieurs  dons  et  legaz^  dont  vous  estes  tenus  faire  plusieurs  prières 
et  services  pour  le  salut  de  son  âme  et  en  mémoire  d'elle,  et  aussi  pour 
demonstrance  que  ladite  abbaye  est  de  fondation  royale,  avés  intention 
de  faire  litrer  ledit  monastère  par  dedans  et  par  dehors  aux  armes  de 
feue  nostre  dite  dame  et  mère...  » 

La  première  partie  du  volume  est  remplie  par  une  très-ample  et 
très-bonne  histoire  de  l'abbaye  des  Châtelliers. 

Par  la  publication  dont  il  vient  d'enrichir  les  mémoires  de  la  société 
des  Deux-Sèvres,  notre  confrère,  M.  Duval,  s'est  donc  fait  avantageu- 
sement connaître,  et  comme  historien,  et  comme  éditeur  de  docu- 
ments diplomatiques  du  moyen-âge.  L.  D. 


^99 

Par  palimpaestoruin  Wirceburgeasium.  Antiquissmiœ  i^eteris  testa- 
menti  versionis  latinx  fragmenta  e  codd.  rescriptis  eruit,  edidit 
explicuit  Ernestus  Banke.  Vindobonac,  -187^.  Sumptibus  Guilielmi 
BraumuUer.  ln-°  de  xiv  et  434  p.  avec  deux  planches  photo- 
lithographiques. 

A  la  bibliothèque  de  Wurtzbourg  se  conserve,  sous  le  n"  64  A,  un 
manuscrit  du  vm^  siècle,  en  minuscule  mérovingienne,  contenant  le 
commentaire  de  saint  Augustin  sur  les  32  premiers  psaumes.  Les 
feuillets  de  ce  volume  sont  palimpsestes;  ils  ont  primitivement  appar- 
tenu à  deux  manuscrits  différents,  tous  deux  en  onciales,  et  qui,  tous 
deux,  avaient  peut-être  été  exécutés  dans  le  cours  du  v''  siècle. 

L'un  des  anciens  manuscrits  dont  les  fragments  constituent  le  ms. 
6Zi  A  de  Wurtzbourg  contenait  le  texte  latin  des  prophètes  ;  l'autre,  le 
texte  latin  du  Pentateuque. 

Au  commencement  du  siècle,  Jean-Michel  Feder  déchiffra  une 
notable  partie  du  texte  des  prophètes,  et  communiqua  le  résultat  de 
son  travail  à  Frédéric  Munter^  qui  le  fit  connaître  dans  un  programme 
publié  à  Copenhague  en  1819. 

Le  docteur  Ernest  Ranke,  professeur  à  l'université  de  Marbourg,  a 
consacré  quinze  ans  à  l'examen  du  volume  que  Feder  avait  précédem- 
ment étudié.  Il  a  reproduit  (p.  1-lZiZi)  avec  la  plus  minutieuse  exacti- 
tude, ligne  pour  ligne,  lettre  pour  lettre,  tout  ce  qu'il  a  pu  arracher 
aux  deux  palimpsestes.  Il  y  a  joint  :  1"  des  notes  diplomatiques 
(p.  145-160);  2°  des  notes  critiques  (P-  161-411),  dans  lesquelles  le 
texte  de  Wurtzbourg  est  rapproché  du  texte  des  Septante,  de  la  ver- 
sion italique  telle  que  D.  Sabatier  l'a  publiée  et  de  la  Vulgate  de  saint 
Jérôme  ;  3°  des  notes  grammaticales  (p.  412-427). 

Le  volume  est  complété  par  deux  planches  photolithographiques. 
L'une  représente  les  p.  32  et  17  du  manuscrit  de  saint  Augustin, 
lesquelles  correspondent  à  une  page  du  manuscrit  des  prophètes. 
L'autre,  les  pages  151  et  155  du  saint  Augustin,  correspondant  à  une 
page  du  Pentateuque. 

La  publication  du  docteur  Ranke  servira  en  même  temps  à  la  critique 
des  premières  versions  latines  de  l'ancien  Testament,  à  l'étude  du 
latin  vulgaire  et  à  l'histoire  de  la  paléographie.  Elle  vient  heureuse- 
ment s'ajouter  à  plusieurs  travaux  intéressants  dont  les  versions  latines 
de  l'Écriture  sainte  antérieures  à  la  Vulgate  ont  été  l'objet,  dans  ces 
derniers  temps,  et  dont  il  est  bon  de  réunir  ici  les  titres:  —  Volkmar, 
Esdra  propheta,  ex  duobus  mss.  Ilalœ  (Tubingen,  1863)  ;  —  Fritzsche, 
Fragmenta  iibri  Judicum  post  Pelrum  Sabatier  paullo  aucliora 
(Zurich,  1867);  —  Joseph  Cozza,  Sacrorum  biblioram  vetuslissima 
fragmenta  grœca  et  lalina  e  palimpseslis  codicibus  bibliolhecœ  Crypto- 
ferratensis  erula  atque  édita  (Rome,  1867)  ;  —  Librorum  Levitici  et 


200 

Numeroram  oersio  anli(/ua  ilala  e  codice  iteranliquo  in  fnbliotheca 
Ashbiirnhamiense  conservato.  mmc  primum  hjpis  édita  (Londres,  1868, 
voyez  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes,  G*^  série,  V,  366)  ;  —  Ranke, 
Fragmenta  versionis  sacrarum  scriplurarum  latinœ  antehieronymianœ 
e  codice  ms.  (de  Weingarten)  eruta  (Vienne^  1868);  —  article  de 
M.  Vansittart,  inséré  dans  The  journal  ofphllologjj,  18(i9,  t.  H,  p.  2/iO-'2Zi6, 
au  sujet  des  fragments  palimpsestes  d'une  ancienne  version  latine  du 
Nouveau-Testament  contenus  dans  le  ms.  latin  6Z|00  G  de  la  Bibliothèque 
Nationale  de  Paris. 

L'importance  des  renseignements  que  ces  vieux  textes  fournissent 
à  la  philologie  a  été  indiquée  dans  un  article  de  la  Revue  critique  du 
28  mai  1870,  p.  o'il-351. 

L.  D. 


Archiv  der  Gesellschaft  fiir  aeltere  deutsche  Gesc/ric/itkunde 
Herausgegeben  von  G.  H.  Pertz.  XII,  i  et  h.  Hannovre,  Hahn. 
1872.  In-8°  de  426  p. 

Ce  demi-volume  d'une  collection  justement  célèbre  contient  le 
mémoire  du  docteur  Ludvvlg  Weiland  sur  la  chronique  de  Martin  le 
Polonais  (p.  1-79),  celui  du  docteur  Hermann  Pabst  sur  les  sources  de 
l'histoire  de  Brauvveiler  (p.  80-200)  et  les  notes  du  docteur  Ludwig 
Bethmann  sur  les  manuscrits  des  bibliothèques  romaines  (p.  '201-Z|25). 
Ces  notes  fournissent  beaucoup  de  renseignements  sur  des  documents 
relatifs  à  l'histoire  de  France  qui  sont  conservés  au  Vatican  et  dans 
divers  dépôts  de  Rome. 

Yevdal  mamials  of  etiglish  history,  a  séries  of  popiilur  S/Seiches  of 
oiir  national  histoj^y,  compiled  ni  diff'erenl  periods^  from  the 
thirteenth  century  to  the  fifteenth^  for  the  use  ofthe  femlal  ge7itry 
and  nobility.  Noie  firsl  edited  from  the  original  manuscripts  by 
Thomas  Wright.  London.  ^872.  Petit  in-4o  de  xxiv  et  \SA  pages. 

Le  présent  volume,  imprimé  sous  les  auspices  de  M.  Joseph  Mayer, 
est  consacré  à  ces  rouleaux,  sur  lesquels  on  traçait  au  moyen-âge, 
pour  l'instruction  de  la  noblesse,  des  résumés  historiques,  des  arbres 
généalogiques,  etc.  M.  Thomas  Wright  n'a  compris  dans  son  recueil 
que  des  rouleaux  relatifs  à  l'Angleterre,  et  les  six  morceaux  qu'il  a 
donnés  comme  exemple,  sont  de  médiocres  compilations  dans  lesquelles 
on  aurait  peine  à  découvrir  quelques  traits  originaux. 

P.  1-37.  Résumé  en  français  de  l'histoire  d'Angleterre,  depuis 
Ethelbert  jusqu'à  Edouard  l.  Rôle  du  xiu«  siècle,  appartenant  à 
M.  Joseph  Mayer.  Au  dos  est  copié  le  roman,  en  vers  français, d'Idoine 
et  Amadas. 


20  < 

P.  38-60.  Résumé  du  même  genre,  s'arrêtant  au  règne  de  Richard  II. 
En  français.  Musée  britannique,  n°  21368  du  fonds  additionnel. 

P.  61-87.  Résumé  du  même  genre,  s'arrêtant  au  règne  de  Henri  III. 
En  français.  Musée  britannique,  Ciiarte  du  fonds  Lansdowne,  cotée 
Rot.  n"  3. 

P.  88-12i.  Chronique  latine  rédigée  dans  l'abbaye  de  Thornton 
(Lincolnshire),  commençant  au  départ  de  Louis  VII  pour  la  croisade 
et  finissant  à  la  mort  de  Philippe-le-Bel.  Rouleau  conservé  au  Musée 
britannique,  parmi  les  chartes  de  Campbell,  sous  le  n°  xxi,  U.  Il  s'y 
trouve  quelques  articles  pouvant  servir  pour  l'histoire  de  la  fin  du 
XIII«  siècle  et  du  commencement  du  XIV^ 

P.  125-153.  Tableaux  historiques,  commençant  à  Adam  et  s'arrêtant 
à  Henri  VI.  Texte  latin  appartenant  à  T.  L.  Duncombe  Jones  Parry. 
L'éditeur  a  négligé  la  partie  antérieure  au  règne  d'Arthur. 

P.  15M70.  Résumé  de  l'histoire  d'Angleterre,  depuis  Brut  jusqu'à 

Henri  VI.  Texte  anglais,  dans  lequel  les   rapports  de  l'Ecosse   avec 

l'Angleterre  sont  exposés  avec  quelques  développements.  Le  rouleau, 

conservé  au  Musée  britannique,  a  peut-être  été  exécuté  pour  le  roi 

Henri  VII. 

L.  D. 

First  report  of  tlie  royal  commission  on  historical  manuscripts. 
London,  1870.  In-iblio  de  xiij  et  133  pages.  —  Second  report  of 
the  royal  commission  on  historical  manuscripts.  London,  ^87^. 
In-folio  dexxij  et  349  pages. 

En  1869^  le  gouvernement  anglais  a  établi  une  commission  chargée 
de  rechercher  dans  les  archives,  bibliothèques,  ou  cabinets  des  cor- 
porations et  des  simples  particuliers,  les  documents  qui  peuvent  servir 
à  l'histoire,  au  droit,  aux  sciences  et  à  la  littérature  en  général.  Les 
possesseurs  des  documents  se  sont  empressés  de  favoriser  les  recher- 
ches prescrites  par  le  gouvernement,  et  c'est  par  milliers  qu'il  faut 
compter  les  pièces  intéressantes,  dont  l'indication,  l'analyse  et  parfois 
le  texte  remplit  deux  longs  rapports,  qui  ont  été  distribués  aux  deux 
chambres  du  Parlement  et  dont  le  titre  est  transcrit  ci-dessus. 

Il  serait  impossible  de  relever  ici  les  mémoires  et  les  correspon- 
dances des  trois  derniers  siècles  qu'ont  déjà  signalés  les  commis- 
saires anglais  et  qui  méritent  de  fixer  l'attention  des  historiens  fran- 
çais. Bornons-nous  à  citer  quelques  articles  empruntés  'à  d'autres 
genres,  et  d'après  lesquels  on  pourra  se  faire  une  idée  de  la  variété  et 
de  l'intérêt  des  morceaux  indiqués  dans  les  deux  premiers  rapports. 

Evangéliaire  latin  du  x«  siècle,  appartenant  au  colonel  Carevv  à 
Crowcombe  Court  dl,  llx).  11  contient  la  lettre  de  Foulques,  arche- 
vêque de  Reiras,  au  roi    Alfred,  touchant  l'envoi  en    Angleterre  de 


202 

Grimbaud,  moine  de  Saint-Bertin,  lettre  qui  a  été  publiée  en  1663  par 
Michel  Alford  d'après  un  ms.  des  Annales  de  Winchester,  et  en  1722 
par  le  rév.  Francis  Wise,  d'après  le  présent  manuscrit.  Sur  cette  lettre 
importante,  qui  a  été  contestée  sans  motifs  suffisants,  on  peut  voir  les 
Bollandistes,  juillet,  II,  651,  et  l'Histoire  littéraire  de  la  France, 
V, 693. 

Charte  originale  de  Richard  Cœur  de  Lion,  pour  Guillaume,  fils  de 
Guillaume  de  Berkeley,  datée  de  Cahagnes  (en  îsormandiej,  le  28  jan- 
vier 1199;  conservée  à  Belvoir  Castle,  chez  le  duc  de  Rutland  (I,  11). 

Longue  lettre  latine  de  Gautier  de  Coutances,  archevêque  de  Rouen, 
adressée  à  Richard,  doj-en  de  Lichlield  ei  au  chantre  de  cette  église, 
touchant  le  patronage  de  l'église  de  Chakenden;  original  scellé,  chez 
Frederick  Peake  (II,  93). 

Formulaire  du  xiv^  siècle,  ayant  appartenu  à  Richard  de  Bury, 
évêque  de  Durham,  et  dans  lequel  sont  beaucoup  de  lettres  écrites  ou 
reçues  par  des  papes,  par  des  rois  d'Angleterre  ou  d'autres  pays  et  par 
différents  dignitaires  ecclésiastiques,  à  partir  du  xii''  siècle;  dans  ce 
volume,  intitulé  «  Liber  epistolaris  quondam  Ricardi  de  Bury,  episcopi 
Dunelmensis,  »  on  remarque  beaucoup  de  lettres  adressées  aux  offi- 
ciers du  roi  en  Gascogne;  chez  J.-R.  Ormsby-Gore,  esq.  de  Brogyntyn 
(II,  8/1). 

Rôle  mortuaire  de  Ampelissa,  prieure  de  Lillecherche,  de  la  seconde 
moitié  du  \u\^  siècle,  long  de  50  à  60  pieds,  contenant  363  titres,  con- 
servé au  collège  de  Saint- Jean  à  Cambridge  (I,  7Zi). 

Vie  de  saint  Louis,  par  Joinville;  in-folio,  sur  parchemin,  beau 
ms.  du  XY*  siècle^  avec  initiales  enluminées  et  rubriques  en  couleurs; 
à  la  bibliothèque  des  avocats  d'Edimbourg,  sous  la  cote  15.  1.  6 
(I,  12Zj). 

Première  partie  des  Chroniques  de  Froissart;  in-folio,  sur  parchemin, 
copié  au  xv''  .siècle,  avec  quatre  grandes  peintures  et  21  petites. 
Premiers  et  derniers  mots  du  volume  :  «  Cy  commencent  les  croniques 
»  que  fist  sire  Jehan  Froissart,  lesquelles  parlent  des  nouvelles  guerres 
»  de  France,  d'Angleterre,  d'Escoce,  d"Espaigne  et  de  Bretaigne.  Et 
»  sont  divisées  en  quatre  parties;  dont  le  premier  chappitere  fait 
»  mencion  de  la  cause  pourquoy  elles  sont  faittes.  Affin  que  les 
»  honnourables  adventures  et  nobles  adventures...  —  ...  à  Carenten,  à 
»  Saint-Lo,  et  par  toutes  les  marches  sur  le  clos  de  Constantin. 
»  Explicit.  »  Pour  donner  une  plus  juste  idée  de  ce  ms.,  qui  est  au 
collège  des  Jésuites  à  Stonyhurst  (11,  1Z|6),  M.  Joseph  Stevenson  en  a 
reproduit  un  chapitre,  dont  le  texte  se  trouve  dans  l'édition  de 
M.  Siméon  Luce,  t.  I,  p.  l/i6. 

Lettre  anglaise  de  John  Albon  à  maître  Thomas  Palmer,  au  sujet  de 
la  bataille  d'Azincourt;  chez  Frederick  Peake  (II,  9/i).  Le  texte  de  cette 
lettre  est  inséré  dans  le  rapport. 


203 

Heures  attribuées  A  Anne  de  Bretagne;  au  collège  catholique  de 
Blairs  près  Aberdeen  (II,  202). 

Journal  et  recueil  des  choses  les  plus  remarquables  en  l'isle  de 
Jersey,  arrivées  pendant  les  guerres  civiles  sous  les  règnes  des  rois 
Charles  I  et  Charles  II  ;  par  Jean  Chevalier,  vingtenier  de  la  ville  de 
Saint-Hélier,  de  16/|3  à  1650  ;  copie  appartenant  au  docteur  Hoskins 
(II,  158).  Il  y  a  des  renseignements  très-précieux  sur  les  rapports  des 
îles  anglaises  avec  la  Basse-Normandie,  au  milieu  du  xvii«  siècle. 

Histoire  du  collège  écossais  à  Paris,  par  Thomas  Winterhope  ;  ms.sur 
parchemin,  in-folio,  de  77  pages,  appartenant  à  l'évêque  catholique 
d'Edimbourg  (1,  1^1);  il  renferme  un  des  plus  anciens  et  des  plus 
authentiques  portraits  de  Marie  Stuart,  exécuté  vers  1565. 

Différents  recueils  relatifs  à  l'établissement  des  bénédictins  anglais 
en  France  ;  au  collège  de  Saint-Laurent  à  Ampleforth  (II,  109  et  110). 

L.  D. 


MÉMOIRES  </e  la  Société  nationale  des  Antiquaires  de  France.  4^  série, 
tome  II.  Paris,  Dumoulin.  1871.  In-S"  de  216  p.  Ensemble  le 
bulletin  pour  1860,  172  p.  ;  et  le  bulletin  pour  1870,  183  p. 

Indépendamment  des  notes  fort  nombreuses  et  fort  variées  conte- 
nues dans  les  bulletins,  ce  volume  de  Mémoires  renferme  les  travaux 
suivants  : 

Trésor  de  l'abbaye  de  Saint-Maurice  d'Agaune,  par  M.  Edouard 
Aubert.  P.  1. 

Lieux  de  refuge  des  anciens  Helvètes,  par  M.  Keller.  P.  133. 

Inventaire  et  comptes  de  la  succession  d'Eudes,  comte  de  Nevers 
(Acre,  1266),  par  M.  Chazaud.  P.  16Zt. 

Inscription  tumulaire  d'un  civis  Mediomalricus,  trouvée  à  Milan,  par 
M.  Ch.  Robert.  P.  207. 


LIVRES   NOUVEAUX. 

1.  Baillv.  —  Étymologie  et  histoire  des  mots  (3rléans  cl  Orléanais. 
In-8°,  82  p.  Orléans,  lib.  Herluison. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'agriculture,  sciences,  belles-lettres  et 
arts  d'Orléans. 

•2.  Baudui.  —  Poëme  adressé  à  Adèle,  UUe  de  Guillaume  le  Conque- 


204 

rant;  par  Baudri,  abbé  de  Buurguoil.  Publié  par  M.  Léopuld  Didislo, 
membre  de  la  Société  des  antiquaires  de  Normandie.  In-4''.  40  p.  Caen, 
imp.  et  lib.  Le  F^lauc-Hardel. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  Normandie,  3''  série, 
t.  28. 

3.  B.woNNE.  —  Vie  du  B.  Réginald,  de  Saint-Gilles,  professeur  de 
droit  canon  à  l'Université  de  Paris,  doyen  de  Saint-Aii^nan  d'Orléans, 
un  des  premiers  disciples  de  Saint-Dominique  (ll75?-1220j;  parle  R.P. 
Emmanuel-Ceslas  Bayonne,  des  Frères  prêcheurs.  In-12,  168  p.  Dijon, 
Paris,  lib.  PoussielLrue  frères. 

Bibliothèque  dominicaine. 

4.  BENorr.  —  Nouvelles  recherches  historiques  sur  Phalsbourg  et  ses 
environs.  In-S",  31  p.  Nancy,  imp.  Grépin-Leblond. 

Extr.  des  Méra.  de  la  Soc.  d'archéol.  lorraine. 

ô.  Besson  (l'abbé).  —  Mémoires  pour  l'histoire  ecclésiastique  des  dio- 
cèses de  Genève,  Tarantaise,  Aoste  et  Maurienne ,  et  du  décanat  de 
Savoie.  In-4°,  viij-504  p.  Moutiers,  imp.  et  lib.  Cane. 

6.  Brassaut.  —  Fêtes  populaires  au  xvi*^  siècle  dans  les  villes  du  nord 
delà  France  et  particulièrement  à  Valenciennes  (1547  et  1548);  publiées 
d'après  les  manuscrits  de  Noël  Le  Boucq,  surintendant  de  l'artillerie,  et 
de  sire  Simon  Le  Boucq,  écuier,  prévôt  de  Valenciennes.  In-S",  38  p. 
Douai,  lib.  Crépin. 

Extr.  des  Souvenirs  de  la  Flandre  wallonne,  t.   11,  année  1871. 

7.  Bremond.  —  Notice  historique  sur  l'église  et  le  couvent,  des  corde- 
liers  de  Toulouse.  In-8°,  43  p.  Toulouse,  lib.  Devers-Arnauné. 

8.  Cartulaire  de  l'abbaye  royale  de  Notre-Dame  des  Chatelliers,  publié 
avec  une  introduction  et  une  table  alphabétique  des  noms  de  personnes 
et  des  noms  de  lieux,  par  Louis  Duval,  archiviste  du  dép.  de  la  Greuse. 
In-8°.  cviij-332  p.  Niort,  lib.  Clouzot. 

Extrait  des  Mém.  de  la  Société  de  statistique,  sciences  et  arts  du  départ,  des 
Deux-Sèvres. 

0.  Ghampfleury.  —  Histoire  de  la  caricature  au  moyen-âge.  ln-18 
Jésus,  xx-27()  pages.  Paris,  Dentu. 

10.  Chardon.  —  Etudes  historiques  sur  la  .sculpture  dans  le  Maine.  Le 
saint  Martin  de  Ghàteau-du-Loir  et  d'Ecommoy,  l'Hercule  et  TAntée 
du  château  du  Lude.  ln-8°,  35  p.  Le  Mans,  imp.  Monnoyer. 

Extrait  du  Bulletin  de  la  Soc.  d'agriculture,  sciences  et  arts  de  la  Sarthc. 

11.  Chevalier  (C.-U.-J.).  —  Cartulaire  municipal  de  la  ville  de  Mon- 
télimar.  In-8°,  iv-352  p.  Montélimar. 

12.  Gro.nholw  (A.).  —  Sveriges  historia  under  Gustav  H  Adolph? 


205 

regering  (Histoire  de  la  Suède  sous  le  règne  de  Gustave  Adolphe).  In-8", 
443  p.  Malmo. 

13.  Dareste  (C).  —  Histoire  de  France  depuis  les  origines  jusqu'à 
nos  jours.  T.  7.  Louis  XVI  et  la  Révolution  jusqu'en  1795.  In-8°,  635  p. 
Paris,  imp.  et  lib.  Pion. 

14.  Delpit  (M.).  —  Essai  sur  les  anciens  pèlerinages  à  Jérusalem, 
suivi  du  texte  du  pèlerinage  d'Arculphe.  In-8°,  xxxv,  388  p.  Paris. 

15.  Desm.\ze.  — Le  Ghàteletde  Paris,  son  organisation,  ses  pri\aléges. 
Prévôts.  Conseillers.  Chevaliers  du  guet.  Notaires.  Procureurs.  Commis- 
saires. Huissiers.  Registres.  Prisons  et  supplices.  Bazoche.  Tribunal 
de  la  Seine.  2"  édition.  In-18  jésus,  viij-438  p.  Paris,  Didier  et  G'. 

■16.  Dictionnaire  de  l'Académie  des  beaux-arts,  contenant  les  mots 
({ui  appartiennent  à  l'enseignement,  à  la  pratique,  à  l'histoire  des  beaux- 
arts,  etc.  T.  3,  2*^  livraison.  Gr.  in-8°  à  2  col.,  97-192  p.  Paris,  imp.  et 
lib.  Firmin  Didot  frères,  fils  et  C^ 

17.  Didier  (l'abbé).  —  Notice  historique  et  religieuse  sur  le  bourg  et 
les  seigneurs  de  Doulevant-le-Chàteau  (suivie  d'une  courte  notice  sur 
les  communes  du  canton).  In-8°,  189  p.  Wassy,  imp.  Guillemin. 

18.  Discours  de  la  mort  et  exécution  de  Gabriel,  comte  de  Montgom- 
mery,  par  arrest  de  la  court,  pour  les  conspirations  et  menées  par  luy 
commises  contre  leroy  et  son  estât,  qui  fut  à  Paris,  le  26«  de  juing  1574. 
In-8°  carré,  17  p.  Rouen,  imp.  Boissel. 

Société  des  bibliophiles  normands. 

19.  DuNOT  DE  Saixt-Maclou.  —  Robert  Guiscard  à  Rome,  en  1084. 
In-8",  19  p.  Caen,  Le  Blanc-Hardel. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  Normandie,  3'  série, 
7'  volume. 

20.  Espi.NAV  (d').— L'Architecture  civile  dans  la  Touraine  méridionale 
au  moyen-àge.  In-8°,  10  p.  Caen,  imp.  et  lib.  Le  Blanc-Hardel. 

Extr.  du  Bull,  monumental  publié  à  Caen  par  M.  de  Caumont. 

21.  FiETT.\  (Lorenzo).  —  Niccolo  Boccasino  di  Trevigi  e  il  suo  tempo. 
Vol.  L  I  Fatti  (histoire  de  Benoit  XI).  1871.  In-8%  xx  et  556  pages. 
Padoue. 

22.  Froehxeu.  —  Les  Musées  de  France,  recueil  de  monuments  .anti- 
ques (glyptique,  peinture,  céramique,  verrerie,  orfèvrerie);  par  W.  Frœh- 
ner,  conservateur  du  Louvre,  membre  de  l'institut  archéologique  de 
Rome.  Reproductions  en  chromolithographies,  eaux-fortes,  gravures  sur 
bois,  phototypographie,  etc.,  d'après  les  monuments  les  plus  intéres- 
sants des  collections  publiques  et  privées  à  Paris  et  en  province,  choisis 
au  point  de  vue  de  l'art,  de  l'archéologie   et  de  l'industrie  antique. 


206 

Livraisons  1  o.t  2.  In-folio,  Ki  pa.^'es  ot  8  planches.  Paris,   imp.  Claye; 
lib.  J.  Rothschild. 

23.  Froehneu. —  Colonne  (la)  Trajane,  d'après  le  surinoulage  exécuté 
à  Rome  en  1861-1862,  reproduite  en  phototypographic  par  Gustave 
Arosa.  220  planches  imprimées  en  couleur,  avec  texte  orné  de  nom- 
breuses vignettes.  Livraisons  1  à  6.  In-i'olio,  6  p.  et  11  pi.  Paris,  imp. 
Claye;  lih.  J.  Rothschild. 

24.  Gehmhu-Dur.vnd.  —  Découvertes  archéologiques  laites  à  Nîmes 
et  dans  le  Gard,  pendant  l'année  1869.  Second  semestre.  ln-8°,  84  p. 
Nîmes,  imp.  Glavel-Balivet  et  C^. 

Extr.  des  Mém.  de  l'Acad.  du  Gard,  1869-1870. 

25.  GiROUi).  —  Sidoine  Apollinaire,  ln-8",  8  pages.  Lyon,  imprimerie 
Vingtrinier. 

26.'  Glainville  (de),  —  Curieux  privilèges  de  l'ancien  prieuré  de 
Saint-L6,  à  Rouen,  ln-8°,  8  pages.  Caen,  imprim.  et  libr.  Le  Blanc- 
Hardel. 

Extr.  du  Bull,  monumental  publié  à  Caen  par  M.  de  Caumont. 

27.  GossELi.N.  —  Glanes  historiques  normandes  à  travers  les  xv-', 
xvi«,  XYu"  et  xv!!!*^  sièclcs.  Documents  inédits.  In-8%  177  p.  Rouen, 
imp.  Cagniard. 

Extr.  de  la  Revue  de  la  Normandie,  1869. 

28.  Grosjean. — Histoire  de  Notre-Dame  du  saint  Cœur  dite  Notre- 
Dame-du-Chêne,  commune  de  Maizières,  près  d'Ornans  (Doubs).  In-18, 
264  p.  Besançon,  imp.  Jacquin. 

29.  GuGLiELMOTTi  (P.  Alberto).  —  Storia  délia  marina  pontilicia  nel 
medio  evo,  dal  728  al  1499.  Deux  volumes  in-16.  pag.  iv-496,  556.  Flo- 
rence, 1871,  imp.  Suce.  Le  Monnier.  —  8  livres. 

30.  Hauréau.  —  De  quelques  auteurs  imaginaires^  par  M.  Hauréau. 
In-8°,  13  p.  Paris,  imp.  Donnaud. 

Extrait  des  Comptes-rendus  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
2"  série,  t.  7,  p.  262. 

31.  Héfélé  (Ch.).  —  Histoire  des  conciles.  Traduction  de  M.  l'abbé 
Delaré.  In-8°,  Ad.  Leclere. 

32.  Heptameron  (P)  des  nouvelles  de  très-illustre  et  très-excellente 
princesse  Marguerite  de  Yalois,  royne  de  Navarre,  remis  en  son  vrai 
ordre,  confus  auparavant  en  sa  première  impression,  et  dédié  à  très- 
illustre  et  très-vertueuse  princesse  Jeanne  de  Foix,  royne  ne  Navarre, 
par  Claude  Gruget,  parisien.  Edition  Jouaust.  4^  et  5^  journées.  Petit 
in-8°,  175  p.  et  grav.  Paris,  imp.  et  lib.  Jouaust. 

83.  Herrero  (L.).  —  El  monje  de  Yuste.  ultimes  momenlos  del  t-m- 
perador  Carlos  V.  In-8",  368  p.  Madrid. 


207 

34.  Historia  de  Portugal,  desde  os  tempos  mais  remotos  até  à  actua- 
lidade  escripta  segundo  o  piano  de  F.  Diniz  por  una  sociedade 
d'homens  de  lettras.  T.  I-VI.  In-8".  Lisbonne. 

35.  HoLM  (Adolfo).  —  Délia  geografia  antica  di  Sicilia,  prima  versione 
italiana  di  P.  M.  Latino,  con  note,  documenti  ed  una  carta.  In- 16. 
pag.  104.   Palerme. 

36.  Jaspar  (l'abbé).  —  Notice  biographique  sur  saint  Edmond  (ou 
saint  Edme),  archevêque  de  Cantorbéry.  In-8°,  21  p.  Lille,  imprimerie 
Béhague. 

37.  Labarte.  —  Histoire  des  arts  industriels  au  moyen-àge  et  à 
l'époque  de  la  Renaissance.  T.  I.  In-4°,  Yij-445  p.  et  32  pi.  Paris, 
V«  A.  Morel  et  O. 

38.  Lagombe.  —  La  Monarchie  pontificale  considérée  dans  sa  for- 
mation et  sa  suprématie,  histoire  de  la  papauté  depuis  son  origine  jus- 
qu'au pontificat  de  Clément  V;  par  Francis  Lacombe.  T.  1  et  2.  In-8°, 
1146  p.  Paris,  Adr.  Le  Glere  et  G^. 

39.  L'Épinois  (Henri  de).  —  Critiques  et  réfutations.  Henri  Martin  et 
son  histoire  de  France.  In-18  jésus,  xi-48Û  p.  Paris,  Libr.  delà  Société 
bibliographique. 

40.  Lettres  inédites  du  roi  Charles  IX  et  de  la  reine  Catherine  de 
Médicis,  écrites  à  l'occasion  de  la  campagne  de  1574.  In-8°  carré,  30  p. 
Rouen,  imp.  Boissel. 

Société  des  bibliophiles  normands. 

41.  Magny  (de).  —  Les  Gayetez  d'Olivier  de  Magny.  Texte  original 
avec  notice  par  E.  Courbet.  In-12,  xxiv-llO  p.  Paris,  lib.  Lemerre. 

Bibliothèque  d'un  curieux. 

42.  Martin  (Henrij.  —  Études  d'archéologie  celtique.  Notes  de 
voyages  dans  les  pays  celtiques  et  Scandinaves.  In-8«,  iY-430  p.  Paris, 
Didier  et  C". 

43.  Matton.  — Dictionnaire  topographique  du  département  de  l'Aisne, 
comprenant  les  noms  de  lieu  anciens  et  modernes,  rédigé  sous  les  aus- 
pices de  la  Société  académique  de  Laon.  In-4°,  xxxix-368  p.  Paris,  imp. 
nationale. 

Dictionnaire  topographique  de  la  France. 

44.  MuLLER.  —  Evangéliaire  de  la  cathédrale  de  Noyon.  Noyon, 
in-8%  31  p. 

45.  Paris  (Louis).  — Les  Manuscrits  de  la  bibliothèque  du  Louvre 
brûlés  dans  la  nuit  du  23  au  24  mai  1871,  sous  le  règne  de  la  Com- 
mune. In-8",  xj-171  p.  Paris,  bureau  du  Cabinet  historique;  librairie 
Dumoulin. 

Extr.  du  Cabinet  historique. 


208 

-ib.  Patron.  —  Recherches  historiques  sur  l'Orléanais,  ou  Essai  sur 
l'histoire^  l'archéologie,  la  statistique  des  villes,  villages,  hameaux, 
églises,  chapelles,  chàteaux-forts,  abbayes,  hôpitaux  et  institutions  de 
l'Orléanais  proprement  dit,  depuis  l'époque  celtique  jusqu'à  nos  jours. 
T.  2.  In-8°,  625  p.  Orléans,  lihr.  Ilerhiison  ;  Blancliard:  Séjourné: 
Vaudecraine. 

■'(7.  Po.NT  (l'abbé).  — Origines  du  patois  de  la  Tarentaise,  ancienne 
Kentronie.  Précis  historique,  proverbes^  chansons,  parallèle  avec  le 
patois  de  la  Suisse  romande,  etc.  In-8",  151  pages.  Paris,  .Maisonneuve 
et  Gi«. 

48.  Ranke  (E.).—  Par  Palimpsestorum  Wirceburgensium ;  antiquis- 
simœ  veteris  testamenti  versionis  latina'  fragmenta,  Gr.  in-4o.  Vienne. 
BraumùUer. 

49.  Ricard  (l'al)bé).  —  Les  Évèques  de  Marseille  depuis  saint  Lazare 
jusqu'à  nos  jours  (chronologie  et  notices).  In-8°,  159  p.  Marseille,  iiup. 
Ve  Chauffard. 

50.  Ricard  (A.)  —  Manuel  d'histoire  de  la  littérature  française,  ln-8*. 
Prague,  Galve. 

51.  RicciAHDi  (G.).  —  La  Republica  di  S.  xMarino  o  l'italia,  studio 
storico  critico.  In-16.  pag.  160.  Napoli  1871,  tipog.  Strada  S.  Pietro  a 
Maiella  31. 

52.  Robert.  —  Les  Armées  romaines  et  leur  emplacement.  In-8'>. 
16  p.  Paris,  imp.  et  lib.  J.  Dumaine. 

Extrait  du  Journal  des  sciences  militaires. 

53.  Saint-Maubis  (de).  —  Vies  des  saints  de  l'atelier.  Saint  Gloud. 
patron  des  cloutiers,  etc.  In-12,  21  p.  Paris,  lib.  Blériot. 

54.  Ségur-Dupeyron  (de).  —  Histoire  des  négociations  commerciales 
et  maritimes  de  la  France  aux  xvii«  et  xviu"  siècles,  considérées  dans 
leurs  rapports  avec  la  politique  générale.  T.  1  et  2.  In-8«,  1053  p.  Paris. 
Thorin. 

55.  SicKEL  (Th.).  —  Zur  Geschichte  des  Goncils  von  Trient  (Docu- 
ments sur  l'histoire  du  concile  de  Trente),  2«  partie,  1561-1563.  In-8", 
p.  217-472.  Vienne,  Gerold's  Sohn. 

56.  Tamizev  de  Larroque.  —  Un  grand  homme  oublié.  Le  Président 
de  Ranconnet.  In-S",  20  p.   Paris,  Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

57.  Terrebasse  (de).  —  Histoire  de  Pierre  Terrail ,  seigneur  de 
Bayart,  dit  le  bon  chevalier  sans  peur  et  sans  reproche.  In-8°,  xviij- 
485  p.  et  portr.  Vienne,  imp.  et  lib.  Savigné. 

58.  Van   Lokeren  (A.).    —    Guartet'    et  documents   de    l'abbaye  de 


209 

Saint-Pierre  au  Mont-Blandin,  à  Gand,  depuis  sa  fondation  jusqu'à 
sa  suppression,  avec  une  introduction  historique.  T.  IL  In-4°,  Ixxvj- 
475  p.  Gand. 

59.  VuY  (Jules).  —   Les  États   généraux  de   Savoie  de   l'an  1522. 
24  p.  In-4°.  Genève. 
Extrait  des  Mémoires  de  l'Institut  genevois,  tome  XIII. 


CHRONIQUE. 


Dans  sa  séance  du  8  février,  la  Société  de  TÉcole  des  chartes  a  voté 
des  reraercîments  à  M.  René  de  Lespinasse,  rédacteur  de  la  troisième 
table  décennale  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  qui  a  été 
distribuée  à  nos  souscripteurs  au  commencement  de  cette  année. 

—  M.  Paul  Meyer  a  été  nommé  secrétaire  de  TEcole  des  chartes  en 
remplacement  de  M.  Marty-Laveaux,  démissionnaire. 

—  M.  Rouland,  archiviste-paléographe,  a  été  nommé  archiviste  aux 
Archives  Nationales,  par  arrêté  en  date  du  30  mars,  en  remplacement 
de  M.  Paul  Meyer. 

—  Par  décret  en  date  du  3  mars,  notre  confrère  M.  Hippolyte 
Cocheris  a  été  nommé  conservateur-adjoint  à  la  Bibliothèque  mazarine. 

—  M.  Crozet,  ancien  élève  de  l'École  des  chartes  et  archiviste-paléo- 
graphe, est  mort  récemment.  M.  Crozet  était  à  Paris  pendant  le  siège  ; 
il  y  a  fait  honorablement  son  service  dans  la  garde  nationale. 

—  Le  ministère  de  l'instruction  publique  vient  de  faire  paraître  le 
«  Dictionnaire  topographique  du  département  de  l'Aisne,  comprenant 
les  noms  de  lieu  anciens  et  modernes,  rédigé  sous  les  auspices  de  la 
Société  académique  de  Laon,  par  M.  Auguste  Matton  »  (Paris,  impri- 
merie nationale,  1871),  \n■^°  de  xxxix  et  36Zi  pages. 

La  collection  à  laquelle  appartient  ce  volume  comprend  aujourd'hui 
les  dictionnaires  de  dix  départements,  savoir  : 
Aisne,  par  M.  Matton,  1871. 
Eure-et-Loir,  par  M.  Merlet,  1861. 
Gard,  par  M.  Germer-Durand^  1868. 
Hérault,  par  M.  Thomas,  1865. 
Meurthe,  par  M.  Lepage,  1862. 
Morbihan,  par  M.  Rosenzweig,  1870. 

U 


2^o 

Nièvre,  par  M.  de  Soultrait,  I8(j5. 

Basses-Pyrénées,  par  M.  Raymond,  1863. 

Haut-Rhin,  par  M.  StofTel,  1868. 

Yonne,  par  M.  Quantin,  1862. 
Les  volumes  de  la  même  collection  relatifs  aux  départements  de  la 
Dordogne  (par  M.  de  Gourgues),  de  la  Meuse  (par  M.  Liénard),  et  de  la 
Moselle  (par  M.  de  Bouteiller),  sont  sous  presse  depuis  plus  ou  moins 
longtemps,  et  le  Comité  des  travaux  historiques  a  entre  les  mains  la 
copie  de  plusieurs  autres  dictionnaires,  qui  ne  tarderont  pas  à  être 
donnés  aux  compositeurs. 

—  Dans  sa  séance  du  30  mars,  sur  le  rapport  de  notre  confrère 
M.  Charles  Tranchant,  et  conformément  aux  propositions  de  la  préfec- 
ture de  la  Seine,  le  Conseil  municipal  de  Paris  a  voté  une  somme  de 
80,000  francs  destinée  à  continuer  en  1872  les  publications  historiques 
et  topographiques  commencées  par  l'ancienne  administration. 

—  Nous  apprenons  la  publication  prochaine  du  cartulaire  de  l'abbaye 
de  Saint-Jean  de  Sorde,  diocèse  de  Dax  (Landes).  Ce  volume,  dont 
Marca,  pour  son  Histoire  de  Béarn,  et  les  auteurs  du  Gallia  Chris- 
liana  ont  profité,  renferme  encore  un  assez  grand  nombre  d'actes 
inédits.  Les  documents  qu'il  contient  vont  du  x«  siècle  au  xiii«  siècle. 

Lorsque  l'ouvrage  aura  paru,  nous  reviendrons  sur  l'intérêt  que 
présente  ce  cartulaire,  dont  la  publication  a  été  confiée  à  notre 
confrère  M.  P.  Raymond  par  son  possesseur,  M.  l'abbé  Lugat,  curé- 
doyen  de  Villeneuve-de-Marsan. 

—  M.  Hucher,  du  Mans,  dont  les  ouvrages  sur  la  numismatique  gau- 
loise et  sur  divers  points  d'archéologie  du  moyen-âge  sont  justement 
estimés  des  savants,  a  préparé,  d'après  les  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque du  Mans  et  de  la  Bibliothèque  Nationale,  une  édition  de 
différentes  versions  du  roman  du  Saint  Graal.  L'ouvrage  formera 
3  volumes  in-18,  avec  fac-similé,  du  prix  de  5  francs  chacun  pour  les 
souscripteurs.  Les  souscriptions  sont  reçues  dès  à  présent  par 
M.  Hucher,  rue  d'Hauteville,  n°  25,  au  Mans. 

—  Le  22  février  1872,  à  la  vente  de  la  bibliothèque  du  marquis  de 
Morante  (n°  1529  du  catalogue  de  vente),  M.  Didot  s'est  fait  adjuger, 
au  prix  de  1,350  francs,  un  manuscrit  in-folio,  sur  parchemin,  du 
xve  siècle,  renfermant  l'histoire  de  Simon  de  Montfort,  par  Pierre  des 
Vaux  de  Sernai.  Dans  ce  ms.  le  texte  ne  se  termine  pas  tout  à  fait 
comme   les  manuscrits  employés  par  les  éditeurs  du    tome  XIX  du 

'  Recueil  des  historiens;  il  s'arrête  à  la  sépulture  de  Simon  de  Montfort, 
et  les  derniers  mots  de  l'ouvrage  sont  :  «  ...  Corpus  paternum  apud 
Carcassonam.curatum  more  gallico,  exportavit.  »  Ce  sont  les  termes 
mêmes  dont  se  sert  Guillaume  de  Puy-Laurens  {Recueil  des  historiens, 


2<i 

XIX,  213),  et  il  serait  possible  que  dans  le  ms.  du  marquis  de  Morante, 
le  texte  de  Pierre  des  Vaux  de  Sernai  eût  été  complété  par  un  mor- 
ceau emprunté  à  Guillaume  de  Puy-Laurens. 

Dans  le  même  manuscrit,  à  la  suite  de  la  chronique,  le  scribe  a 
copié  un  mandement  de  Simon  de  Montfort,  adressé  à  ses  officiers, 
pour  protéger  les  maisons  et  les  biens  de  frère  Dominique.  Ce  mande- 
ment, daté  «  in  obsidione  Tholose^  ydibus  Decembris  »  (13  décembre 
1217),  se  conservait  dans  les  archives  du  couvent  de  Prouillan,  comme 
l'indiquent  les  mots  «  in  Pruliano  existit  »  ajoutés  à  la  fin  par  le  copiste. 
Il  a  été  publié  par  Percin  {Monumenta  convenlus  Tolosani),  et  traduit  par 
Besse  {Histoire  des  cofntes  de  Carcassonne). 

—  La  Commission  des  Arts  et  Monuments  historiques  de  la  Charente- 
Inférieure  vient  de  créer  une  section  des  archives  et  documents  his- 
toriques de  Saintonge  et  d'Aunis.  Elle  lui  a  donné  la  forme  d'une 
association  littéraire,  constituée  sous  le  règlement  suivant  : 

1.  Au  sein  de  la  Commission  des  Arts  et  Monuments  il  est  formé 
une  section  dite  Section  des  archives  et  documents  historiques  de 
Saintonge  et  d'Aunis. 

2.  Cette  section  se  livrera  séparément  aux  travaux  de  sa  spécialité. 

3.  Elle  a  pour  but  la  publication  des  textes  inédits  relatifs  à  l'histoire 
de  Saintonge  et  d'Aunis. 

4.  Elle  se  compose  de  membres  titulaires  et  de  membres  honoraires. 

5.  Pour  être  membre  titulaire,  il  faut  :  1°  Résider  dans  le  départe- 
ment; 2"  Faire  partie  de  la  Commission  des  Arts  et  Monuments; 
3°  Verser  une  cotisation  annuelle  de  15  fr.  ;  4*  S'engager  à  livrer  dans 
l'espace  de  deux  ans,  à  partir  du  dernier  jeudi  d'avril  1872,  un  travail 
propre  à  être  publié  par  la  section. 

Faute  de  remplir  l'une  de  ces  conditions,  l'on  sera  considéré  comme 
membre  honoraire. 

6.  A  partir  du  dernier  jeudi  d'avril  prochain,  jour  de  réunion  géné- 
rale, pour  être  admis  comme  membre  titulaire,  il  faudra  :  1°  Remplir 
les  trois  premières  conditions  ci-dessus  énoncées  dans  l'art.  V  ; 
2°  Fournir  en  entrant  le  travail  exigé  par  le  paragraphe  4°  du  susdit 
article  ;  3°  Etre  présenté  par  deux  membres  à  l'élection,  qui  aura  lieu 
au  scrutin  secret,  à  la  majorité  des  voix  des  membres  présents  dans  la 
séance  générale  qui  suivra  la  présentation. 

7.  Les  membres  honoraires,  dont  le  concours  actif  n'est  pas  obliga- 
toire, versent  une  cotisation  annuelle  de  20  fr.  Ils  sont  admis  sur  leur 
demande  écrite  et  la  présentation  de  deux  membres  titulaires. 

8.  Le  Rureau,  chargé  seul  de  diriger  les  publications,  se  compose  d'un 
Président,  d'un  Vice-Président,  d'un  Secrétaire-Trésorier  et  de  trois 
autres  membres  titulaires. 

Le   Président  de  la  Commission  est  de  droit  Président  du  Bureau; 


242 

les  autres  membres,  pris  parmi  les  titulaires,  sont  élus  dans  la  séance 
générale  d'avril. 
Le  Bureau  nomme  son  Vice-Président  et  son  Secrétaire. 

9.  La  Section  publie  à  ses  frais  les  textes  inédits  communiqués  par 
les  membres  ou  par  des  personnes  étransèrcs. 

10.  Chaque  document  ne  sera  accompagné  que  d'une  courte  notice 
explicative  indiquant  sa  provenance,  son  objet,  et  les  causes  qui  lui 
ont  mérité  d'être  publié. 

11.  Les  travaux  seront  publiés  dans  l'ordre  de  date  de  leur  dépôt. 

12.  Les  membres  titulaires  peuvent  être  chargés  par  le  Bureau  de 
préparer  la  publication  d'un  document. 

13.  La  Section  publie,  chaque  année,  un  ou  deux  volumes  in-4",  d'en- 
viron 25  feuilles  d'impression,  qui  seront  distribués  à  chaque  membre 
par  fascicules  mensuels. 

14.  Le  volume  est  tiré  à  deux  cents  exemplaires  numérotés,  sur 
papier  de  choix. 

15.  Chaque  volume  est  terminé  par  une  table  des  matières  par  ordre 
chronologique,  et  une  table  alphabétique  des  noms  de  lieux  et  de 
personnes. 

16.  Il  n'est  fait  aucun  tirage  à  part. 

17.  L'auteur  d'un  travail  égal  au  moins  à  deux  feuilles  d'impression 
inséré  dans  le  volume  recevra  un  second  exemplaire,  ainsi  que  les 
membres  du  Bureau  ou  ceux  qui  auront  été  chargés  de  la  confection 
des  tables. 

18.  Les  frais  des  copies  commandées  par  le  Bureau  sont  seuls  à  la 
charge  de  la  Section. 

19.  Tout  membre  qui  versera  en  entrant  une  somme  d'au  moins 
50  francs,  y  compris  sa  cotisation,  aura  le  titre  de  Fondateur,  et  recevra 
un  exemplaire  des  publications  sur  papier  vergé  à  bras.  Cet  exemplaire 
portera  dans  un  cartouche  le  nom  imprimé  du  fondateur. 

SOCIÉTÉ  DE  L'HISTOIRE  DE  L'ART  FRANÇAIS. 

Depuis  une  vingtaine  d'années  l'attention  des  érudits  s'est  portée  sur 
un  des  points  les  plus  obscurs  de  notre  histoire  nationale.  L'art  français 
était  seulement  représenté  jusqu'alors  par  quelques  noms  illustres, 
mais  isolés  et  sans  liaison  entre  eux,  par  un  petit  nombre  d'individua- 
lités presque  légendaires,  dont  on  connaissait  à  peine  quelques  œuvres 
authentiques.  Quant  à  la  biographie  de  ces  glorieux  artistes,  tout  au 
plus  pouvait-on  citer  la  date  approximative  de  leur  naissance  et  de 
leur  mort.  Leurs  contemporains  avaient  négligé  de  nous  laisser  sur 
eux  des  renseignements  exacts  et  complets,  et  leurs  successeurs  avaient 
substitué  à  une  histoire  sérieuse  et  appuyée  de  faits  et  de  preuves,  les 
anecdotes  les  plus  frivoles  et  souvent  les  fables  les  plus  ridicules.  11 
fallait  donc  remonter  directement  aux  sources,  c'est-à-dire  aux  archives 


2^3 

publiques,  aux  documents  originaux,  aux  actes  de  l'état-civil,  sans 
tenir  compte  des  affirmations  et  des  dates  des  biographes  intermé- 
diaires. 

Ce  travail  si  ingrat,  mais  en  même  temps  si  utile,  a  été  inauguré  vers 
1850  par  les  éditeurs  des  Archives  de  l'Art  français.  Leur  entreprise, 
bien  hardie  pour  l'époque,  fit  faire  un  pas  immense  à  la  question  qu'ils 
s'étaient  chargés  d'étudier.  Bien  des  dates  incertaines  furent  définitive- 
ment fixées,  bien  des  noms  ou  des  faits  ignorés  restèrent  désormais 
acquis  à  l'histoire.  Les  Archives  de  VArt  français  avaient  promptement 
trouvé,  parmi  les  archivistes  des  villes  ou  des  départements,  de  précieux 
et  infatigables  collaborateurs.  Est-il  besoin  de  citer  les  noms  de 
MM.  Achard,  Salmoa,  RoUe,  d'Arbois  de  Jubainville,  de  Beaurepaire, 
Grandmaison,  Merlet,  H.  Lepage?  Malheureusement,  les  conditions  dans 
lesquelles  avait  été  créé  le  recueil  des  Archives  de  VArt  français, 
portaient  en  elles  le  germe  de  leur  mort.  Que  le  libraire  qui  avait 
assumé  la  dépense  considérable  de  cette  publication  vît  l'entreprise  ne 
pas  donner  les  résultats  qu'il  en  espérait;  que  les  directeurs  sur  les- 
quels pesait  le  principal  fardeau  de  la  rédaction  se  fatiguassent  d'une 
charge  aussi  lourde,  et  c'en  était  fait  de  l'existence  des  Archives.  C'est 
ce  qui  advint.  Mais  l'entreprise  n'en  devait  pas  moins  porter  ses  fruits. 
Il  ne  s'agit  pas  seulement  de  ces  nombreux  documents  imprimés  dans 
les  huit  volumes  de  la  collection,  et  désormais  entrés  dans  le  domaine 
public  ;  les  Archives  de  l'Art  français  ont  rendu  un  service  encore  plus 
signalé  :  elles  ont  éveillé  chez  tous  les  chercheurs,  chez  tous  les  érudits 
de  la  province  comme  de  Paris,  la  préoccupation  des  problèmes  nom- 
breux que  présente  l'histoire  de  l'art  en  France,  et  le  désir  de  les 
résoudre,  ou  tout  au  moins  d'apporter  des  preuves  pour  l'instruction  de 
ces  questions  obscures. 

Depuis  lors,  ce  mouvement  d'investigation  ne  s'est  plus  arrêté;  les 
Recueils  des  travaux  des  Sociétés  provinciales  sont  pleins  d'intéressantes 
notices,  de  documents  curieux,  ou  de  dissertations  érudites  sur  un 
monument,  sur  une  œuvre  inconnue,  sur  un  artiste,  sur  le  développe- 
ment de  l'art  dans  une  ville  ou  dans  une  province.  De  tous  côtés  ont 
paru  de  précieuses  monographies  locales,  chacun  publiant  le  résultat 
de  ses  découvertes  et  apportant  ainsi  sa  pierre  à  l'édifice  commun. 

Que  manque-t-il  encore  à  ce  mouvement  général  pour  produire  des 
résultats  complets  et  définitifs?  II  lui  manque  jusqu'ici  ce  qui  a  fait 
défaut  aux  Archives  de  l'Art  français  pour  subsister,  c'est-à-dire  le  point 
d'appui  d'un  centre  commun  qui  groupe,  qui  coordonne,  qui  fortifie  et 
qui  multiplie  tous  ces  efforts  particuliers,  menacés  de  demeurer 
stériles  s'ils  restent  abandonnés  à  leur  isolement.  11  manque  une  asso- 
ciation, disons  le  mot,  qui  mette  en  rapport  tous  ces  chercheurs 
obstinés  que  la  communauté  d'études  doit  rapprocher,  qui  assure  à 
leurs  travaux  un  public  intelligent  et  disséminé  par  toute  la  France, 


2U 

qui  continue  en  même  temps  l'œuvre  si  bien  commencée  par  les 
Archives  de  l'Art  français,  qui  fasse  enfin'^poiir  l'histoire  de  -l'art  ce  que 
la  Société  de  l'histoire  de  France  a  fait  depuis  quarante  ans  pour  l'his- 
toire générale. 

Tel  est  le  but  que  se  propose  la  Société  de  l'histoire  de  l'Art  français. 
Elle  se  propose  de  l'atteindre  par  deux  moyens  ditïerents  : 

1°  En  publiant  chaque  année,  avec  le  produitdes  souscriptions,  fixées 
à  vingt  francs,  un  ou  plusieurs  volumes  de  documents  inédits,  impri- 
més avec  luxe  sur  beau  papier  et  tirés  à  petit  nombre. 

2°  En  formant  une  collection  de  volumes,  brochures,  monographies, 
biographies,  tirages  à  part  de  revues  ou  de  journaux,  qui  sera  annoncée 
dans  chaque  volume  de  la  Société.  La  Société  ne  supportera  pas  les 
frais  de  publication  des  travaux  compris  dans  cette  seconde  collection; 
mais  elle  leur  procurera  une  i)ublicité  constante  et  étendue;  elle  fera 
arriver  le  livre  directement  à  son  adresse.  En  échange  de  cet  avantage, 
elle  se  réserve  un  droit  de  contrôle  sur  chaque  volume,  afin  de  ne  pas 
être  exposée  à  annoncer  des  travaux  sans  aucune  valeur.  Elle  laisse 
d'ailleurs  à  l'auteur  et  à  l'éditeur,  en  même  temps  qu'une  liberté  com- 
plète d'appréciation  et  de  critique,  toute  latitude  pour  les  questions  de 
papier,  de  format,  de  tirage,  et  n'exige  qu'une  chose,  c'est  que  le  travail 
soumis  à  son  contrôle  et  accepté,  porte  la  marque  de  la  Société  et 
publie  la  liste  des  ouvrages  entrés  antérieurement  dans  cette  collection. 

Elle  espère  ainsi  faire  arriver  promptement  à  la  connaissance  du  public 
intéressé,  ces  monographies,  ces  extraits  de  Revue,  publiés  en  province 
à  un  petit  nombre  d'exemplaires  et  devenus  introuvables  avant  d'être 
parvenus  à  ceux  auxquels  ils  s'adressent. 

La  Société  compte  déjà  plus  de  cent  adhérents;  parmi  eux  beaucoup 
de  collaborateurs  des  anciennes  Archives  et  un  certain  nombre  d'archi- 
vistes de  Paris  ou  des  départements.  Elle  fait  appel  au  concours  de  tous 
les  archivistes  qui  peuvent  porter  intérêt  à  ses  travaux  ;  elle  réclame 
la  bienveillance  et  l'appui  des  Sociétés  littéraires  et  artistiques  de 
province  pour  faire  connaître  son  existence  ,  son  but  et  ses  moyens 
d'exécution,  assurée  qu'il  n'est  pas  un  département,  pas  une  ville  où 
elle  n'ait  chance  de  rencontrer  au  moins  un  collaborateur  ou  un  adhé- 
rent. 11  lui  importe  beaucoup  de  compter  ])artout  des  associés,  d'étendre 
ses  relations  dans  toute  la  France,  afin  que  le  travail  d'investigation  et 
de  publication  auquel  elle  espère  donner  un  nouvel  élan  en  même 
temps  qu'une  sorte  d'ordre  et  de  discipline ,  s'accomplisse  simulta- 
nément dans  toutes  les  régions  où  l'art  français  compte  des  représen- 
tants, et  aussi  pour  que  les  résultats  obtenus  aient  le  plus  de  retentis- 
sement, le  plus  de  publicité  et  par  conséquent  le  plus  de  résultats 
possible. 

Enfin,  elle  ne  borne  pas  le  champ  de  ses  recherches  à  une  époque 
plutôt  qu'à  une  autre  ;  et  si  elle  devait  indiquer  à  ceux  qui  voudront 


2J3 

bien  seconder  ses  efforts  les  points  sur  lesquels  leur  attention  doit  se 
jBxer  de  préférence,  elle  les  engagerait  à  rechercher  soigneusement 
tous  les  vestiges,  toutes  les  mentions  des  artistes  français  du  moyen- 
âge,  la  question  des  origines  de  notre  école  étant  encore  une  des  moins 
connues  et  des  moins  explorées  '. 

La  Société  publiera  son  premier  volume  de  Documents  inédits  dans 
le  courant  de  1872. 

Les  cent  cinquante  premiers  adhérents  auront  le  titre  de  fondateurs 
et  jouiront  de  certains  privilèges  particuliers  énoncés  dans  les  statuts. 

Les  communications,  adhésions,  ou  demandes  de  statuts  doivent  être 
adressées  à  M.  Liepmannssohn,  libraire  de  la  Société,  11,  rue  des 
Saints-Pères,  à  Paris. 

RECONSTITUTION  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  MUNICIPALE  DE  STRASBOURG. 

Les  soins  multiples  et  les  lourdes  obligations  qui,  après  le  siège  de 
Strasbourg,  pesèrent  sur  l'administration  municipale,  l'ont  empêchée 
jusqu'à  ce  jour  d'entreprendre  une  œuvre  qui  lui  était  chère  entre 
toutes,  et  à  l'accomplissement  de  laquelle  elle  attachait  le  plus  grand 
prix;  —  la  reconstitution  de  la  Bibliothèque  détruite  dans  la  nuit  du 
24  août  1870. 

Pendant  que  l'Université,  nouvellement  fondée  à  Strasbourg  par  le 
gouvernement  allemand,  s'occupait  d'accroître  l'ancienne  bibliothèque 
de  l'Académie,  qui  avait  échappé  entière  aux  effets  destructeurs  du 
bombardement,  pendant  qu'elle  faisait  dans  ce  but  un  appel  presque 
toujours  heureux  à  la  libéralité  des  divers  pays,  les  mêmes  efforts  ne 
pouvaient  être  tentés  par  la  ville,  en  vue  d'obtenir,  par  la  voie  de  dona- 
teurs généreux,  quelque  compensation  pour  tant  de  trésors  irrévo- 
cablement perdus.  Ces  efforts,  elle  les  tente  aujourd'hui  :  la  création 
d'une  bibliothèque  nouvelle  vient  d'être  résolue  par  le  Conseil  muni- 
cipal de  la  cité,  et  une  commission  nommée  par  le  Maire  s'est 
donné  la  mission  d'aider  l'administration  de  la  ville  dans  l'œuvre 
entreprise. 

C'est  cette  commission  qui  s'adresse,  en  leur  demandant  leur  con- 
cours, à  tous  ceux  qu'anime  un  même  amour  de  la  science  et  du 
progrès.  Elle  s'adresse  à  ses  concitoyens  qui  portaient  tous  un  atta- 
chement si  profond  à  ces  collections  anéanties;  elle  s'adresse  aux 
savants  de  tous  les  pays  qui  puisaient  si  largement  dans  cette  mine 

1.  Toutefois  de  ce  qui  précède,  on  ne  devra  pas  (irer  la  conclusion  que  la 
Société  se  propose  d'étudier  une  époque  particulière  à  l'exclusion  de  toute 
autre.  Elle  s'interdit,  il  est  vrai,  les  travaux  de  critique  contemporaine;  mais 
elle  admet  parfaitement  les  documents  relatifs  même  à  des  artistes  de  notre  temps, 
du  moment  qu'ils  n'existent  plus.  En  effet,  on  peut  souvent,  à  la  mort  d'un 
artiste,  recueillir  de  précieux  éléments  pour  sa  biographie  ;  et  quelques  années 
après  il  est  trop  tard  ;  ses  papiers  sont  dispersés  ou  détruits 


246 

t'écondo,  aux  sociétos  savantps,  aux  libraires,  aux  particuliers,  à  chacun 
de  ceux  qui  ont  partagé  notre  douleur  poignante  de  voir  détruites  en 
un  instant  tant  de  richesses  inestimables,  péniblement  amassées. 

Pourrions-nous  douter  que  cet  appel  trouve  un  puissant  et  même 
lointain  écho?  N'est-ce  pas  un  patrimoine  du  monde  civilisé  tout  entier 
qu'une  bibliothèque  telle  que  fut  la  nôtre? 

Nous  osons  donc  espérer  que  chacun  voudra  nous  prêter  son  con- 
cours dans  l'œuvre  que  nous  allons  entreprendre  pour  réparer,  dans  la 
mesure  du  possible,  la  perte  de  notre  bibliothèque  publique. 
Les  Membues  de  la  Commission  : 
MM.   Lauth  (Ernest),  maire  de  Strasbourg,  président; 
Brucker,  archiviste  en  chef  de  la  ville; 
GoNRATH,  architecte  de  la  ville  ; 
Flach  (Jacques),  avocat; 
GoGUEL.  adjoint  au  maire  de  Strasbourg; 
Hecht,  docteur  en  médecine; 
Kablé,    conseiller   municipal,   ancien    député    à    l'Assemblée 

nationale  ; 
Petiti,  conseiller  municipal; 
Redss  (Rodolphe),  professeur; 
RiSTELHUBER  (Paul),  homme  de  lettres; 
ScHiMPER,  professeur; 
ScHMiDT  (Ch.),  professeur. 
Les  personnes  qui  désireraient  prendre  part  à  la  création  de  la  nou- 
velle bibliothèque  en  nous  envoyant  des  livres,  des  manusci'its,  des 
objets  d'art  ou  d'archéologie,  sont  priées  de  les  adresser  à  M.  le  Maire  de 
Strasbourg,  avec  la  suscription  :  Bibliothèque  municipale  de  Strasbourg. 
Les  ouvrages  destinés  à  cette  bibliothèque  municipale   seront  reçus 
à  Paris  à  la  librairie  Franck,  rue  Richelieu,  n°  C7. 

—  Le  P.  Léopold  Janauschek,  professeur  de  théologie  au  couvent  de 
Notre-Dame-de-Clairvaux,  à  Heiligenkvenz,  en  Autriche,  nous  prie 
d'annoncer  que  depuis  longtemps  il  réunit  les  matériaux  d'un  Monasticon 
Cisterciense,  dans  lequel  il  se  propose  d'e.xposer  ou  de  résumer  tout  ce 
que  l'on  pourra  apprendre  de  l'histoire  des  monastères  de  l'ordre  de 
Citeaux  du  monde  entier,  et  des  abbés  ou  abbesses  qui  les  ont  gou- 
vernés. Avant  de  commencer  la  rédaction  de  ce  travail  considérable, 
auquel  de  longues  années  seront  encore  consacrées,  le  P.  Janauschek 
fait  un  appel  aux  érudits  pour  les  prier  de  lui  communiquer  tous 
documents,  notions  ou  simples  indications  concernant  les  monastères 
cisterciens  anciens  ou  modernes  qu'ils  peuvent  connaître.  Nous  nous 
empressons  de  déférer  au  désir  de  notre  honorable  et  savant  corres- 
pondant. Voici  l'adresse  exacte  à  laquelle  devront  être  envoyées  les 
communications  :  «  M.  le  professeur  Janauschek,  à  Heiligenkvenz,  près 
Vienne-Bade  (Autriche). 


DES 


FRAIS  DE  JUSTICE 

AU   XIV'  SIÈCLE. 


Je  ne  me  propose  pas  de  présenter  un  tableaiules  dépenses  que 
coûtait  à  la  France  l'organisation  judiciaire  au  xiv*'  siècle.  Le 
présent  mémoire  n'embrasse  même  ni  l'étendue  entière  de  ce  siècle, 
ni  l'ensemble  complet  des  juridictions  superposées  ou  coexistantes, 
qui  se  partageaient  alors  la  nombreuse  clientèle  des  plaideurs. 
Je  voudrais  seulement  mettre  en  lumière  les  résultats  d'une  décou- 
verte récemment  faite  dans  les  archives  du  Parlement  de  Paris, 
et  placer  sous  les  yeux  des  érudits  quelques-unes  des  conclusions 
que  cette  découverte  me  paraît  comporter. 

Les  recherches  de  Joh^de  Fleury,  de  Moreau,  de  Klimratli,  de 
M.  Beugnot,  de  M.  Griin  ont  tiré  de  l'oubli  les  actes  connus  sous 
le  nom  de  7^ouleauœ  du  Parlement.  Le  mode  de  conservation, 
qui  a  valu  à  ces  actes  une  désignation  désormais  consacrée,  avait 
été  maintenu  jusqu'ici  par  traditi(m,  sans  qu'on  eût  pris  garde 
s'il  était,  oui  ou  non,  le  meilleur.  Il  y  a  une  douzaine  d'années, 
j'eus  toutefois  Toccasion  de  signaler,  dans  un  travail  demeuré 
manuscrit,  le  double  inconvénient  d'un  système,  qui  rend  l'usage 
des  pièces  difficile,  et  met  quelquefois  leur  existence  en  péril. 
Dans  les  derniers  temps  de  sa  vie,  M.  Grûn  inclinait  à  l'adoption 
d'une  réforme,  dont  il  avait  reconnu  l'utilité.  Mais  c'est  à  M. 
Paul  ]\Ieyer,  mon  collègue  aux  Archives,  que  revient  le  mérite 
de  l'avoir  fait  prévaloir.  Grâce  à  un  procédé  délicat  et  qui 
demande  une  surveillance  assidue,  les  rouleaux  du  Parlement 
ont  pu  reprendre  leur  forme  primitive  et  devenir  Tobjet  d'un  clas- 
sement définitif.  C'est  dans  le  cours  de  cette  opération  que  M. 
Mever  fit  la  découverte  qui  donne  lieu  à  cette  étude.  Un  nombre 


2^8 

relativement  considérable  des  instruments  déroulés  contenaient 
sur  leurs  versos  des  actes  ou  plutôt  des  fragments  d'actes,  qui 
n'avaient  aucun  rapport  avec  la  pièce  principale.  Frappé  du 
caractère  de  ces  documents,  il  appela  sur  eux  mon  attention  et 
voulut  bien,  dès  que  je  lui  eus  témoigné  combien  j'y  trouvais 
d'intérêt,  les  mettre  tour  à  tour  à  ma  disposition. 

Le  nonibi'e  des  pièces,  que  j'ai  ainsi  recueillies,  s'élève  à  plus 
de  cent  (exactement  136).  Je  les  divise  en  deux  classes,  suivant 
qu'elles  ont  trait  aux  frais  de  justice  ou  qu'elles  ne  s'y  rattachent 
pas.  Je  parlerai  plus  tard  des  secondes,  ne  devant  pas,  ce  me 
semble,  les  omettre  tout  à  fait  ;  j'en  dirai  quelques  mots  seule- 
ment, parce  qu'elles  sortent  du  cadre  que  je  me  suis  tracé. 


I 

Je  rappelle  d'abord  de  quoi  se  compose  la  collection  des  rou- 
leaux du  Parlement. 

A  l'époque  où  Joly  de  Fleury  s'occupa  d'y  remettre  l'ordre, 
c'est-à-dire  vers  la  fin  du  premier  quart  du  xviii®  siècle  (soit 
1720),  elle  était  formée  d'une  masse  d'actes  infiniment  plus  im- 
portante que  celle  qui  nous  est  parvenue  ;  et  sans  accueillir  les 
évaluations,  évidemment  exagérées,  de  M.  Dessalles  (800,000, 
voir  Olim  Beugnot,  t.  I,  p.  996),  on  est  obligé  de  croire  qu'elle 
dépassait  le  chiffre  de  25,000  auquel  elle  est  aujourd'hui  réduite. 
Elle  comprenait  des  conclusions  ou  requêtes  d'audience  {peti- 
tiones),  des  articulations  de  faits,  dont  la  preuve  se  faisait  par 
enquête  [articuli),  des  transactions  [concordie), — des  réserves 
de  droit  (protestationes),  des  décrets  d'adjudication  [décréta). 
Ces  documents  se  trouvaient  conservés  ou  plutôt  entassés  pêle- 
mêle  dans  une  des  tours  du  Palais,  par  suite  de  l'incurie  à  laquelle 
toute  administration  active  se  laisse  naturellement  aller  à  l'en- 
droit des  choses  que  le  temps  a  mises  hors  d'usage.  Toutefois,  ce 
qui  dominait  dans  le  fonds  dès  cette  époque,  c'était  les  accords 
ou  transactions  ' . 


1.  Il  n'est  pas  inutile  de  rappeler  qu'on  passait  des  transactions  devant  les 
tribunaux  inférieurs,  comme  au  Parlement.  On  en  trouve  la  preuve  dans  un 
arrêt  de  1406,  qui  se  lit  au  folio  247  du  registre  XII  du  Conseil  et  qui  renvoie 
les  parties  à  s'accorder  ;i',i  Cli.Uelol.    Sans  doute  les  rouleaux  du   ChAtelet  ont 


219 

Les  rouleaux  d'accords  comportent  pour  une  seule  affaire 
quatre  sortes  d'actes  : 

r  L'accord  passé  entre  les  parties,  sous  seings-privés  ou 
devant  la  juridiction  du  domicile  de  celle  des  parties  qui  prend 
l'initiative  pour  faire  liomologuer  le  dit  accord  ; 

2°  La  procuration  ou  les  procurations  ^  délivrées  par  les  par- 
ties, à  l'effet  d'autoriser  leurs  procureurs  à  présenter  ledit  accord 
à  l'homologation  du  Parlement  ; 

3°  Le  congé  ou  la  permission  de  s'accorder  devant  le  Parlement, 
obtenue  de  la  chancellerie  ou  des  requêtes  de  l'hôtel.  Ce  congé 
avait  principalement  pour  objet  la  dispense  de  l'amende  encourue 
par  le  mal  appelant; 

4"  Enfin  l'homologation  de  l'accord,  l'arrêt  du  Parlement  con- 
sacrant la  transaction  et  lui  donnant  force  exécutoire. 
_  Ces  deux  dernières  pièces,  sortes  de  minutes,  le  plus  souvent, 
où  la  formule  joue  un  grand  rôle,   sont  généralement  brèves  et 
écourtées-. 

Dans  leur  état  actuel,  les  rôles  d'accord  ne  possèdent  pas  tou- 
jours ces  quatre  =^  éléments  de  leurs  dossiers.  Souvent  ils  n'en  ont 
que  trois,  bien  rarement  ils  en  ont  moins  de  deux  :  l'accord  et 
l'homologation  ou  la  permission. 

C'est  particulièrement  au  verso  des  accords  que  se  trouvent, 
à  partir  de  l'année  1367  jusqu'en  1385,  les  fragments  d'actes 
découverts  par  M.  Meyer. 

On  n'en  rencontre  pas  avant,  on  n'en  rencontre  plus  après  ces 
deux  dates. 


péri  de  bonne  heure,  vu  le  désordre  notoire  qui  régnait  au  greffe  de  celte  juri- 
diction. Toutefois  le  dépôt  de  la  préfecture  de  police  en  renfermait  peut-être 
encore  quelques  débris  mêlés  à  tant  d'autres  restes,  dont  la  destruction  est  défi- 
nitive. Les  regrets  d'une  pareille  perte  redoublent,  quand  on  pense  à  la  décision 
prise  par  M.  de  Kératry,  au  mois  d'octobre  1870,  qui  avait  pour  objet  la  trans- 
lation à  l'hôtel  Soubise  de  toutes  les  archives  de  la  police  antérieures  à  1789. 

1.  Cette  pièce  manque  toujours,  quand  les  parties  sont  présentes.  Mention  est 
alors  faite  de  leur  présence  dans  l'homologation. 

2.  Le  texte  de  l'accord  n'y  figure  que  pour  les  premiers  mots  avec  renvoi  au 
corps  de  l'acte. 

3.  Le  projet  de  transaction  était  en  outre  soumis  au  procureur  du  roi,  si  sou- 
vent intéressé,  par  ses  droits  qui  louchaient  à  tout,  dans  les  querelles  privées. 
Sans  doute  ce  procureur  faisait  ses  observations  et  donnait  son  consentement 
verbalement.  Du  moins,  je  n'ai  trouvé  aucune  trace  de  son  intervention  par 
écrit  dans  les  dossiers  d'accords. 


220 

A  quoi  cela  tiont-il  ? 

J'ai  d'abord  été  tenté  d'attribuer  la  cause  du  procédé  dont 
j'avais  le  résultat  sous  les  yeux,  à  la  pénurie  du  parchemin.  Il 
est  certain,  par  exemple,  qu'au  temps  de  Clément  de  Fauquem- 
berg  et  de  J.  de  Lespine,  les  opérations  du  greffe  furent  entra- 
vées i)ar  la  disette  de  cette  matière  (Conf.  Griin,  préface  du 
Parlement,  p.  XXIII).  Mais  j'ai  vainement  cherché  les  traces 
d'une  situation  qui  se  comprend  à  une  époque  aussi  troublée  que 
celle  de  1426-1435,  dans  les  documents  relatifs  à  la  période 
véritablement  prospère  qui  comprend  les  dernières  années  du 
règne  de  Charles  V  et  les  premières  de  celui  de  Charles  VI.  Les 
instruments  qui,  après  avoir  servi  à  un  autre  usage,  ont  été 
ensuite  employés  à  la  rédaction  des  accords,  ne  consistent  d'ail- 
leurs pas  tous  en  feuilles  de  parchemin;  un  certain  nombre  d'entre 
eux  sont  de  simples  morceaux  de  papier.  La  pratique  à  laquelle 
nous  devons  la  conservation  de  précieux  débris  de  procédure, 
doit  donc  être  regardée  comme  un  des  traits  propres  à  l'adminis- 
tration des  greffiers  Villemer  et  Jouvence. 

Il  ne  faudrait  pas  croire  toutefois  que  les  clercs  du  greffe  aient 
appliqué  indistinctement  aux  besoins  courants  de  leurs  écritures 
quotidiennes  les  actes  déposés  dans  leurs  archives,  en  y  puisant 
comme  dans  un  fonds  de  fournitures.  A  la  vérité,  la  plupart  des 
fragments  parvenus  jusqu'à  nous,  sont  taillés  par  le  ciseau  en 
plein  travers  et  ne  nous  fournissent  aucune  indication  sur  la  date 
de  leur  rédaction.  Mais  il  en  est  quelques-uns  qui,  coupés  par  le 
milieu,  nous  offrent  un  texte  intact  à  ce  point  de  vue,  quand  c'est 
la  partie  inférieure  qui  nous  a  été  conservée.  Or  la  comparaison 
des  deux  dates,  celle  de  l'instrument  primitif  et  celle  de  l'instru- 
ment ultérieur,  montre  invariablement  un  écart  de  15  à  20  ans 
au  moins,  de  30  ans  à  35  ans  au  plus,  entre  la  confection  des 
deux  actes.  Il  est  donc  permis  d'accepter,  d'après  la  moyenne, 
une  distance  ordinaire  de  20  à  25  années  entre  le  fragment  non 
daté  et  la  pièce  datée,  à  laquelle  ce  fragment  a  servi  de  matière 
à  écrire. 

Qu'étaient  ces  actes  dont  nous  ne  possédons  plus  que  des 
morceaux  souvent  informes,  ces  actes  qui  avaient  leur  impor- 
tance, puisqu'on  les  gardait  pendant  vingt  ans  et  au-delà,  mais 
une  importance  seulement  transitoire,  puisqu'on  ne  les  gardait 
pas  indéfiniment? 

C'étaient  :  1"  des  demandes  de  dépens  ;  2"  des  défenses  aux 


224 

dites  demandes.  C'était  en  un  mot  la  procédure  relative  aux  états 
de  frais. 

L'intérêt  qu'offrent  aujourd'hui  de  pareils  documents  porte 
principalement  sur  les  détails  de  mœurs  que  l'histoire  y  peut 
recueillir.  Le  mécanisme  judiciaire  qu'ils  nous  font  connaître 
mérite  toutefois  qu'on  s'y  arrête  un  peu.  Je  vais  l'exposer  som- 
mairement. 

Aussitôt  après  la  prononciation  de  l'arrêt,  la  partie  qui  a  eu 
gain  de  cause,  ou  plutôt  son  procureur,  présente  à  la  Cour  l'état 
des  dépens  où  l'a  engagée  la  poursuite  de  l'.iastance  et  au  rem- 
boursement desquels  a  été  condamnée  la  partie  adverse.  Cet 
état  est  rédigé  au  moins  en  triple  ^  (point  qui  a  son  importance, 
vu  les  vastes  proportions  que  prennent  les  écritures  de  l'Etat  et 
les  derniers  frais  qu'elles  entraînent),  et  en  autant  d'originaux 
qu'il  y  a  de  parties.  La  minute  de  l'instrument  reste  entre  les 
mains  delà  partie  gagnante  (a).  Un  des  originaux  est  signifié-  à 
la  partie  perdante  {b).  Les  deux  autres  sont  déposés  au  greffe. 
Dans  un  délai  assez  court,  mais  qui  ne  paraît  pas  avoir  été  fixe 
(il  y  a  des  exemples  de  huitaine  et  de  quinzaine),  la  partie 
perdante  (c^)  est  tenue  de  produire  devant  la  Cour  ses  dé- 
fenses à  la  demande  de  frais,  ses  diminutions,  selon  le  lan- 
gage du  xiY*^  siècle.  La  cour  commet  en  même  temps  deux 
de  ses  'membres  pour  examiner  les  pièces,  et  sans  doute,  bien 
qu'aucun  texte  n'en  fasse  expressément  mention,  les  dossiers,  les 
sacs  dont  elles  sont  le  résumé.  Dans  le  cas  où  les  diminutions 
n'auraient  pas  été  remises  au  greffe  en  temps  utile,  les  commis- 
saires passent  outre  à  l'opération  dont  ils  sont  chargés  et  taxent 
par  défaut.  Quelquefois  la  cour  permet  les  diminutions  i;(?rèa/e5; 

ainsi  qu'il  résulte  des  textes  suivants  :  «  il  y  respondra  de 

bouche  plus  à  plain...»  (v.  C,  p.  2,  anno  1343)  —  «...protestant 
aucune  chose  de  y  diminuer  plus  à  plain  de  bouche  »  (v.  C,  p.  4, 
anno  1349).  Le  demandeur  paraît  aussi  avoir  eu  le  droit  de  con- 
sentir à  des  prolongations  de  délais.  Il  y  en  a  un  cas  qui  se  rap- 
porte, il  est  vrai,  à  l'époque  des  vacances  (I  C,  p.  30,  3  sept. 

1.  Voir  les  pièces  cotées   l"-'  classe  38  (article  26)  et  29,  30,  31  in  fine. 

(a),  {b).  (c).  On  comprend  qu'au  point  de  vue  de  la  pratique,  le  mot  procu- 
reur doit  être  substitué  à  celui  de  partie. 

2.  La  partie  perdante  était  parfois  assignée  pour  voir  taxer  les  dépens.  Dans 
ce  cas  elle  prenait  communication  au  greffe  de  l'état  de  frais.  Consulter  en  ce 
sens  les  pièces  II  Cl.  7,  VI  Cil,  17.  23,  24. 


222 

1354).  La  taxe  ne  se  faisait  pas  trop  attendre  ;  on  la  voit  suivre 
de  vingt  à  vingt-cinq  jours  la  production  de  l'état.  Quant  à  l'exé- 
cution', le  grellier  en  fjîit  bien  mention  au  dos  de  l'acte,  mais  il 
n'en  indique  jamais  la  date.  Une  seule  fois  .il  constate  le  verse- 
ment de  dépens  effectué  entre  ses  mains.  Uy  avait  trois  mois  qu'ils 
étaient  taxés. 

Ainsi,  les  notions  générales  qui  résultent  au  point  de  vue  judi- 
ciaire des  pièces  que  j'ai  sous  lés  yeux  ne  sortent  pas  d'un  certain 
vague  et  ne  peuvent  être  ramenées  sûrement  à  des  termes  précis. 
Il  n'en  serait  pas  de  même,  si  les  fragments,  rapprochés  les  uns 
des  autres,  pouvaient  se  rejoindre  et  reconstituer  des  pièces  en- 
tières. A  peine  quelques-uns  d'entre  eux  permettent-ils  de  con- 
jecturer qu'ils  appartenaient  au  même  document;  ils  en  donnent 
deux  ou  trois  morceaux,  lorsqu'il  en  faudrait  quinze  ou  vingt 
pour  reformer  un  ensemble.  Les  fj'agments  de  défenses  ne  con- 
cordent pas  davantage  avec  ceux  de  demandes  et  se  rapportent 
presque  toujours  à  des  affaires  différentes.  Il  faut  donc  renoncer 
à  en  extraire  un  dossier  complet  et  propre  à  servir  de  spécimen. 
Toutefois  l'étude  intime  des  documents  supplée  dans  certaine 
proportion  à  leur  insuffisance  et  peut  fournir  des  renseignements 
exacts  et  précis. 

A  cet  effet,  je  les  divise  en  six  classes  : 

I.  Les  demandes  de  dépens,  taxées,  qui  ont  pu  être  rétablies  à 
leurs  dates,  1329-1382  (Il  y  en  a  34). 

IL  Les  demandes,  taxées,  qui  n'ont  pu  être  rétablies  à  leurs 
dates  et  portent  seulement  celles  des  instruments  postérieurs, 
1367-1387  (11  y  en  a  16). 

IIL  Les  demandes,  non  taxées,  rétablies  à  leurs  dates,  1347-1367 
(Il  y  en  a  4,  non  compris  une  de  1324,  dont  je  parlerai  ci-des- 
sous) . 

IV.  Les  demandes,  non  taxées,  qui  n'ont  pu  être  rétablies  à 
leurs  dates  et  portent  seulement  celles  des  intruments  postérieurs, 
1369-1374  (11  y  en  a  3). 

V.  Les  défenses  à  demandes,  qui  ont  pu  être  l'établies  à  leurs 
dates,  1336-1349  (11  y  en  a  4). 

VI.  Les  défenses  qui  n'ont  pu  être  rétablies  h  leurs  dates  et 
portent  seulement  celles  des  instruments  postérieurs,  1367-1385 
(Il  y  en  a  38). 

1.  J'cnlends  parler  de  la  pièce  ayaiil  force  e\éculoire. 


223 

L'ordre  chronologique  sert  de  base  au  classement  de  chacune 
de  ces  subdivisions.  Les  dates  rétablies  résultent  soit  d'une  men- 
tion expresse,  soit  d'un  passage  du  texte.  Quant  à  celles  qui 
n'ont  pu  l'être,  je  rappelle  qu'on  les  fixe  sans  trop  de  témérité,  en 
les  reculant  de  20  à  25  années. 

Peut-être  aurais-je  dû  ouvrir  une  septième  catégorie  de  pièces 
au  profit  des  défenses  taxées.  Il  existe  en  efi'et,  un  fragment  de 
ce  genre  au  verso  d'un  accord  du  13  avril  1375.  Mais  ce  mor- 
ceau est  unique  en  son  espèce.  C'est  le  seul  cas,  à  ma  connais- 
sance, où  le  magistrat  commis  (par  suite  de  distraction  ou  par 
toute  autre  cause),  se  soit  servi  de  la  pièce  de  défense  pour  y  ins- 
crire sa  taxe  ;  je  le  relègue  donc  au  rang  des  anomalies. 

Il  convient,  au  contraire,  de  mettre  à  part  quatre  documents 
d'un  caractère  exceptionnel,  parce  qu'ils  sont,  non  pas  des  frag- 
ments, mais  des  textes  intacts  et  complets.  De  ces  pièces,  trois 
seulement  sont  inédites.  La  plus  ancienne  (elle  est  de  1324), 
signalée  par  moi,  dans  mon  travail  manuscrit  sur  les  Olim,  puis 
par  M.  Griin,  dans  la  préface  du  Parlement  (p.  CXV)  a  été 
publiée  par  M.  Boutaric,  dans  son  inventaire  des  actes  de  la  Cour 
(t.  II,  p.  560).  Les  trois  dernières,  ignorées  jusqu'ici,  appar- 
tiennent aux  années  1373,  1375  et  1382:  je  les  donne  à  la  fin  de 
ce  travail'.  Elles  sont  toutes  les  quatre  des  demandes  de  dépens. 
La  première  seule  (celle  de  1324)  n'est  pas  taxée.  En  jetant  un 
coup  d'oeil  sur  le  classement  dressé  par  moi  })lus  liaut,  on  peut 
voir  que  plusieurs  fi^agments  (il  y  en  a  7)  offrent  la  même  par- 
ticularité. On  ne  s'en  étonnera  pas,  si  l'on  veut  se  rappeler  ce 
que  j'ai  déjà  dit,  que  les  états  de  frais  étaient  déposés  au  grefie 
en  double  original,  la  Cour  commettant  deux  conseillers  pour  les 
taxer.  Dans  la  pratique,  un  de  ces  deux  magistrats  se  chargeait 
seul  du  travail,  son  collègue  se  contentait  de  le  signer  après 
l'avoir,  ou  très-probablement,  sans  l'avoir  examiné,  les  conve- 
nances ne  permettant  guère  une  révision  de  cette  nature.  Ou, 
si  l'on  préfère  cette  conjecture,  ils  travaillaient  ensemble,  mais 
un  d'eux,  seul,  tenait  la  plume.  Dans  plus  d'un  cas,  la  Cour  ne 

l.  M.  Bordier  a  édité  dans  le  Bulletia  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France 
pour  l'année  1858  (p.  340),  et  M.  Desmaze  a  reproduit  dans  son  histoire  du  Par- 
lement (p.  90),  une  demande  en  taxe  de  dépens  rédigée  en  1351.  Mais  cet  acte 
n'est  qu'un  fragment  se  présentant  comme  les  autres,  au  verso  d'un  accord, 
comme  les  autres  mutilé,  fournissant  le  huitième  seulement  du  texte  primitif. 
Pour  ces  motifs,  je  ne  lui  donne  pas  une  place  à  part. 


224 

déléguait  inéiiic  qu'un  coniniissaire  (Voir  en  ce  sens  une  (axe  de 
1355:  «  Ces  présents  dépens  ont  été  taxés  par  moi,  Pierre  d'Or- 
geniont,  seul,  par  ordonnance  de  la  Cour.  »)  Il  y  avait  donc  tou- 
jours un  des  originaux  de  l'Etat,  qui  ne  ])ortait  pas  trace  de  la 
taxe.  C'est  à  cette  catégorie  d'actes  qu'appartiennent  celui  de 
1324  et  les  fragments  analogues. 

A  quelle  cause  devons-nous  la  conservation  des  quatre  textes 
qui  nous  sont  parvenus  intacts?  D'abord,  et  évidemment,  au 
désordre  de  toute  nature  qui,  en  bouleversant  les  divers  dépôts 
du  greffe,  a  lait  entrer  les  actes  dont  il  s'agit  dans  des  séries  des- 
tinées à  une  garde  indéfinie  et  où  ils  sont  restés,  faute  de  vérifi- 
cation ultérieure.  Peut-être  et  ensuite  à  leur  médiocre  volume, 
qui  leur  a  permis  d'échapper  plus  facilement  à  l'attention.  Il  s'en 
faut  en  effet  qu'ils  nous  offrent  de  bons  types  de  l'état  de  frais  au 
xiv°  siècle.  Ni  pour  l'intérêt  des  détails,  ni  pour  l'étendue  des 
développements,  ils  n'égalent  en  importance  certains  fragments. 
Ils  se  rapportent  en  un  mot  à  de  petites  affaires.  Leur  prix  réside 
principalement  dans  les  formules  initiales  et  finales,  dans  les 
notes  et  signatures,  qui  n'ayant  subi  aucune  mutilation,  donnent 
des  renseignements  indiscutables  sur  la  diplomatique  de  la  pro- 
cédure. 

Je  ne  veux  pas  insister  plus  longtemps  sur  l'étude  externe  des 
états  de  frais.  Sans  atteindre  une  clarté  parfaite,  toujours  diffi- 
cile en  ces  matières,  ce  que  j'en  ai  dit  suffit,  ce  me  semble,  à 
élucider  les  principales  questions  qu'elle  fait  naître.  J'ai  hâte 
d'aborder  l'examen  interne  des  documents. 


II 

L'intérêt  historique  des  actes  relatifs  aux  frais  de  justice  se 
concentre  sur  quatre  ordres  de  personnes  :  les  plaideurs,  les  pro- 
cureurs, les  avocats,  les  magistrats;  et  sur  quatre  séries  d'objets  ; 
la  procédure,  les  dépens,  les  diminutions,  la  taxe. 

^  P^  —  De  la  procédure. 

Un  état  de  frais  est  essentiellement  le  résumé  d'une  procédure  : 
elle  y  figure  tout  entière,  soit  par  la  mention  des  actes  contenus 
au  dossier,  soit  par  celle  des  vacations  auxquelles  donne  droit  le 


225 

tarif  ou  l'usage;  rien  n'y  est  omis.  Mieux  que  les  formulaires, 
mieux  que  les  styles  les  plus  précieux  (je  ne  fais  pas  d'exception 
même  pour  celui  de  du  Breuil),  l'état  de  frais  enseigne  la  marche 
d'une  affaire  depuis  ses  débuts  jusques  et  v  compris  l'arrêt  qui  y 
raet  fin.  C'est  ainsi  (pour  ne  signaler  qu'un  trait  relatif  à  un 
problème  qui  a  bien  souvent  embarrassé  les  auteurs)  que  V orga- 
nisation du  Conseil  est  élucidée  très- nettement  par  les  frag- 
ments réunis  sous  mes  yeux.  On  y  voit  qu'à  la  suite  de  l'assigna- 
tion et  de  la  réquisition  d'audience  la  Cour  admettait  les  parties  à 
plaider  '  et  rendait  son  arrêt,  ou  les  apjiointait  en  faits  C07i- 
traires,  c'est-à-dire  qu'elle  trouvait  leurs  assertions  contradic- 
toires et  que,  ne  possédant  pas  les  éléments  de  vérification,  elle 
ordonnait  une  enquête.  A  cet  effet,  des  commissaires  choisis  dans 
son  sein  ou  ailleurs,  étaient  désignés  par  elle,  qui  citaient  des 
témoins  et  sur  le  rapport  de  l'un  de  ces  commissaires,  la  cause 
était  examinée  et  jugée.  De  là  l'origine  des  trois  grandes  séries 
des  registres  civils  du  Parlement  :  les  arrêts  sur  plaidoiers,  le 
Conseil,  le^  jugés.  C'est  dans  la  série  du  Con^ezY  que  se  pla- 
çaient les  arrêts  ordonnant  les  enquêtes,  dans  celle  des  jugés 
que  s'inscrivaient  les  arrêts  rendus  sur  rapports  après  enquêtes. 
De  là  encore  la  mention  simultanée  des  mêmes  affaires  dans  les 
registres  du  Conseil  et  dans  ceux  des  jugés,  indice  des  deux 
phases  de  la  procédure. 

Malheureusement  les  morceaux  que  j'ai  pu  recueillir  sont  trop 
mutilés,  les  quatre  documents  qui,  par  exception,  sont  complets, 
se  rattachent  à  des  afftiires  trop  insignifiantes  pour  qu'il  soit 
permis  d'en  extraire  un  tableau  d'ensemble.  J'en  recommande 
l'étude  au  point  de  vue  des  détails.  Les  diminutions  surtout 
méritent  un  examen  attentif,  parce  que,  discutant  pied  à  pied  les 
prétentions  de  la  demande,  elles  ne  manquent  pas  de  signaler 
tous  les  actes  de  procédure  inutiles  ou  même  interdits,  en  s'ap- 
puyant  sur  des  ordonnances  et  sur  le  style  de  la  Cour. 

§  II.  —  Des  dépens. 

Les  dépens  avaient  avant  la  Révolution  et  notamment  au 
XIV®  siècle  une  portée  extrême.  Ils  comprenaient  le  coût  entier 
du  procès,  non  pas  seulement  les  déboursés  directs,  mais  tous 

1.  Voir  notammeiil  la  pièce  6  de  la  1""  classe,  art.  36. 


226 

ceux  qui  se  rattachaient  de  près  ou  de  loin  à  la  conduiti^  de  Tal- 
faire  ;  non-seulement  les  irais  d'instance,  d'actes  de  toute  nature, 
de  salaires,  de  vacations,  mais  encore  ce  que  nous  appellerions 
aujourd'hui  les  faux  irais  :  voyage,  entretien,  nourriture,  perte 
de  temps  même.  La  condamnation  aux  dépens  frappait  donc  la 
partie  perdante  d'une  charge  très-lourde  et  remettait  au  contraire 
la  partie  gagnante  à  peu  près  dans  le  statu  quo  ante,  en  la  ren- 
dant indemne  de  toutes  ses  avances.  De  là  un  effort  marqué,  non 
pas  de  forme,  mais  évidemment  sérieux,  pour  grossir  d'un  côté, 
pour  alléger  de  l'autre  ce  règlement  de  comptes,  pour  faire  pré- 
valoir en  certains  points  l'interprétation  favorable  de  la  magis- 
trature armée  de  la  puissance  que  désignait  l'expression  alors  si 
énergique  et  si  large  :  la  taxe  des  dépens. 

C'était  le  procureur  qui  rédigeait  l'état  de  frais,  c'était  lui 
aussi  qui  rédigeait  la  diminution.  Mais  les  actes  étaient  libellés 
aux  noms  et  qualités  des  parties,  il  importait  en  effet  qu'elles 
intervinssent  directement  au  moins  en  apparence.  Le  procureur 
n'aurait  pu  requérir  ou  repousser  que  les  dépens  de  procédure. 
Il  était  licite  au  contraire  aux  parties  (et  elles  ne  s'en  faisaient 
pas  faute)  de  remonter  aux  origines  les  plus  lointaines  de  l'ins- 
tance, de  faire  le  récit  de  toutes  leurs  aventures,  d'exposer  comme 
quoi  elles  demeuraient  à  telle  distance  de  Paris,  elles  s'étaient 
mises  en  route  à  telle  époque,  dans  tel  équipage,  avaient  fait  tant 
de  lieues  par  jour,  s'étaient  arrêtées  dans  telle  ville,  à  telle 
auberge,  avaient  couru  tels  dangers,  avaient  dépensé  tant  pour 
elles  et  leurs  gens  pendant  le  voyage;  comme  quoi,  une  fois  arri- 
vées à  Paris,  elles  y  avaient  employé  tant  de  jours  et  tant  d'argent 
à  chercher  conseil,  à  requérir  audience,  à  poser  des  conclusions, 
bref  à  attendre  l'issue  du  procès.  La  partie  perdante  prenait  le 
contrepied  des  affirmations  du  demandeur  et  niait  pas  à  pas  les 
frais  allégués  dans  la  requête.  Ou  la  distance  était  moindre,  ou 
elle  pouvait  être  franchie  beaucoup  plus  vite  ;  les  obstacles  étaient 
imaginaires,  ou  la  condition  du  personnage  ne  comportait  pas 
tant  et  si  bel  équipage.  11  avait  pris  deux  valets  :  un  seul  eût 
suffi.  Il  était  venu  à  cheval;  il  aurait  bien  pu  aller  à  pied.  Il 
avait  séjourné  longtemps  ici  ou  là,  mais  c'était  pour  des  affaires 
étrangères  à  la  cause  !  Pour  un  peu,  on  sent  qu'elle  s'écrierait  : 
qu'avait-il  besoin  de  plaider  ! 

Cependant,  et  au  fond,  la  légitimité  de  ce  genre  de  revendica- 
tions (toute  exagération  mise  à  part)  n'était  point  contestable  : 


227 

il  suffit  pour  le  comprendre  de  se  rappeler  quelle  immense  éten- 
due avait,  au  xiv*'  siècle,  le  ressort  du  Parlement,  quelle  incom- 
modité et  quelles  fatigues,  quels  périls  parfois  offraient  alors  les 
voyages  prolongés.  La  nécessité  de  ces  pérégrinations  n'était  pas 
moins  certaine,  puisque  les  plaideurs  devaient  encore,  au  moins 
en  principe,  comparaître  en  personne,  et  qu'alors  comme  aujour- 
d'hui, mais  surtout  k  cette  époque,  leur  présence  importait  gran- 
dement au  gain  du  procès.  Les  conditions  dans  lesquelles  elles 
s'accomplissaient,  suivant  les  âges,  les  mœurs,  les  sexes  et  la 
fortune  sont  indiquées  avec  beaucoup  de  précision  par  les  textes 
que  j'étudie. 

C'est  ainsi  qu'une  dame  Béatrix,  voyageant  vers  1342,  dans 
les  environs  de  Nîmes  «  cum  una  domicella,  duobus  scutiferis, 
»  quatuor  equis  et  tribus  varletis,  »  dépensait  singulis  diebus 
quarante  sous  tournois  (IF  C,  p.  4,  art.  33).  Dans  la  même  loca- 
lité et  à  la  même  époque,  le  louage  d'un  cheval  coûtait  par  jour 
trois  sous  tournois  (ibid.,  art  35).  Un  chevalier,  en  voyage,  ne 
dépensait  pas,  vers  1344,  «  par  jour,  plus  de  six  ou  de  huit  sous 
»  au  plus,  lesquelz  il  eust  aussi  bien  despendu  à  son  hostel, 
»  comme  à  Paris  »  (V*"  C,  p.  2);  et  son  valet  plus  de  douze  deniers 
(ibid).  Madame  de  Lautrec,  étant  venue  à  Paris,  vers  1337,  sou- 
tenir un  procès  qu'elle  avait  gagné,  réclamait  «  pro  quolibet 
»  equitum  et  saumeriorum,  garcifer[or]um  et  saumateriorum  »  six 
sous  tournois  par  jour  (P  C,  p.  2).  La  même  dame  voyageant 
«  pro  sequendo  dicta  négocia  cum  pluribus  scutiferis,  domicellis 
»  et  clerico,  et  suc  palafredo  et  duobus aliis  equis,  pro  necessario 
»  domus  sue  et  duobus  garciferis,  una  ancilla,  expendit,  compu- 
»  tando  per  diem,  pro  qualibet  persona,  que  sunt  pro  universo 
»  tredecim  personse,  compensata  una  ab  alia,  duos  solidos  tur. 
»  et  pro  quobibet  animalium  duos  solidos  sex  denarios  tur.  » 
(ibid.).  Une  demoiselle  Hamonne  réclame  «  pour  ses  dépens, 
»  d'elle  et  de  son  valet,  à  aler  devers  le  Roy,  pour  obtenir  cer- 
»  taines  lettres  »  quatre  sous  par  jour  (vers  1339,  F  G,  p.  5,  art. 
137).  Le  sire  de  Murviel,  allant  à  Béziers  (vers  1343),  «  despendi 
chascun  jour  avec  sa  mesnie  et  deux  chevax  viilgt  sols  tourn.  » 
(I  C,  p.  14).  Vers  1352,  un  chevalier  demande  «  pour  chascun 
»  jour,  pour  li,  ses  gens,  li  quatrième  à  cheval,  soixante  sols  » 
(I  C,  p.  27,  art.  7  et  11).  Pour  un  homme  à  cheval,  on  demande 
«  pour  luy  et  pour  son  cheval,  pour  chacun  jour,  S  sols  »  (en  1344, 
II  C,  p.  6).  Un  plaideur  dont  nous  ignorons  le  nom  et  les  qualités. 


228 

réclame  pour  un  voyage  iait  «  cuni  uno  notario,  duobus  aiiimalibus, 
(luobus  garcifferis  »  vingt  sous  par  jour  en  1347  (HIC,  p.  1). 
Pour  Robert  Ingrant  et  Thibaut  d'Athigny,  qui  étaient  venus  de 
Reims  à  Paris  en  1368,  «  à  quatre  chevaux,  car  ils  sont  des  plus 
»  notables  gens  de  la  dicte  ville  (Reims),  »  l'état  de  frais  porte 
une  dépense  de  quatre  francs  par  jour  (IIP  C,  p.  5).  Le  louage 
d'un  cheval  pour  un  voyageur  de  la  classe  moyenne,  «  quia  tune 
»  suus  infirmabatur,  »  est  coté  à  35  sous  tournois  pour  13  jours 
en  1342  (P  C,  p.  13),  et  trois  florins  en  1345,  sans  indication  de 
terme  (I  C,  p.  17). Le  coût  de  deux  chevaux  renvoyés  «  au  pais  » 
vers   1345,  est  compté  pour  3  sous  par  jour  (1"  C,  p.  4).  On 
évalue   à  trois  sous  par  jour  les  frais  d'un  voyage  d'Abbe- 
ville  à  Rennes,  exécuté  par  le  neveu  d'un  chanoine,    en  1344 
(I  C,  p.  16).  Vers  1346,  certain  Regnaud,  qui  déclarait  être 
allé  de  Gomercourt  à  Péronne  «  à  deux  chevaux  et  un  vallet 
»  à  pied  »  ne  venait,  dit  la  diminution,  «  que  sur  un  de  ses  che- 
vaux «de  sa  charrue,  tout  seul,  sans  vallet  et  ne  bevoit,  ne  man- 
»  goit  que  une  fois,  hors  de  sa  maison,  et  ne  despendoit,  lui  et 
»  son  cheval,  que  quatre  solz  ou  cinq;  car  il  s'en  retournoit  tout 
»  en  nn  jour  et  de  haute  heure  »  (VI  C,  p.  9).   L'homme  «  de 
»  poste  ^  »  opposé  à  l'homme  «  de  cheval  »  est  réputé  avoir  dépensé 
en  voyage  six  sous  par  jour,  au  lieu  qu'on  évalue  la  dépense  de 
l'homme  de«  cheval  »  à  douze  sous  (VI  C,  p. 4,  art. 29, 30 et  31).  Il 
s'agit  là  de  personnes  nobles  ou  assimilées  aux  nobles  (prêtres)  et 
d'hommes  libres  («  Messire  Jehan  Lenain,  prêtre,  homme  de  che- 
val,» ibid.,  art.  31,  etc.)  Ordinairement  il  n'est  question  dans  les 
pièces  que  de  valets,  allant  ou  accompagnant  à  pied  le  voyageur  à 
cheval.  La  dépense  est  presque  toujours  cotée  à  part,  surtout 
dans  les  diminutions.  Je  crois  que  certains  de  ces  valets  faisaient 
le  métier  de  coureurs,  c(mcurremment  avec  d'autres  besognes  et 
n'étaient  point  attachés  d'une  façon  permanente  au  service  des 
personnes  qui  les  emmenaient  avec  elles.  On  les  employait  aussi 
à  titre  de  messagers.  En  voici  du  moins  un  exemple  assez  pré- 
cieux, parce  qu'il  indique  en  même  temps  le  salaire  d'un  labou- 
reur vers  1345,  dans  le  pays  environnant  Béziers  :  «  pro  salario 
>/  ipsius  nuncii,  qui  recipiebat  die  qualibet  V  sol.  p.  quia  tantiim 
»  poterat  lucrayn,  fodendo  vel  arando.  »  (IllI  C,  p.  1). 

1.  J'enlentls  par  homme  de  |)osle  au  wx"  siècle,  l'homme    libre  de  tondilion 
inférieure,  le  roturier,  le  paysan  non  serf. 


229 

L'équipage  des  voyageurs  variait  donc  suivant  leur  position 
sociale  plutôt  que  selon  les  distances  qu'ils  avaient  à  parcourir. 
Pour  aller  de  Montpellier  à  Montauban  (40  à  45  lieues),  le  sire 
Bertrand  des  Prés  partait  à  15  montures,  tant  pour  lui  que  pour 
les  siens  (cum  XV  equitaturis  et  familia;  I C,  p.  1 1) .  Les  bourgeois, 
les  procureurs  notamment  n'emmenaient  qu'un  cheval  ou  deux 
avec  un  valet,  pour  accomplir  les  plus  longs  trajets.  Quelques 
personnes,  des  dames,  des  vieillards,  des  malades,  paraissent 
avoir  employé  le  char  ou  le  chariot  (VI  C,  p.  38),  mode  de  trans- 
port que  l'état  des  routes  devait  rendre  peu  commode,  surtout 
en  temps  de  guerre.  Au  reste,  qu'on  fût  à  cheval  ou  en  voiture, 
l'allure  delà  marche  ne  pouvait  être  fort  accélérée,  puisqu'on  était 
presque  toujours  accompagné  de  valets  à  pied,  qu'il  fallait  coucher 
à  l'hôtel  et  qu'on  gardait  les  mêmes  chevaux.  Je  remarque  tou- 
tefois que  la  distance  parcourue  en  un  jour  (10  à  12  heues)  ne 
diffère  pas  sensiblement  de  celle  que  franchissaient,  à  l'époque 
de  Louis  XIV,  les  voyageurs  ordinaires.  (Je  pense  en  ce  moment 
àM"'°deSévigné.)  En  effet,  si  je  recueille  dans  les  documents  que 
j'étudie,  l'indication  des  conditions  de  temps  dans  lesquelles  s'ac- 
complissaient les  voyages,  dont  la  poursuite  de  procès  était  le 
mobile,  je  trouve  qu'on  mettait,  vers  le  milieu  du  xiv*"  siècle,  pour 
venir  à  Paris  : 

D'Abbeville  [38  lieues],  trois  jours  (I«  C,  p.  33). 

U'Aurillac  [128  lieues],  neuf  jours  (¥!<=  C,  p.  12),  huit  jours  (I^C,  p.  18). 

De  Bayeux  [64  lieues],  cinq  jours  (IP  C,  p.  7). 

De  Bauquesne,  près  Amiens  [31  lieues],  trois  jours  (P  C,  p.  28). 

De  Bourges  [58  lieues],  six  jours  (t=  G,  p.  31). 

De  Chartres  [22  lieuesl,  un  jour  et  demi  (I*  C,  p.  27). 

De  Combet  près  Rodez  [160  lieues],  dix  jours  (F  C,  p.  17). 

De  La  Roche-en-Genevois  [132  lieues],  douze  jours  (IP  C,  p.  9). 

De  Lyon  [116  lieues],  huit  jours  {W  C,  p.  8). 

De  Mont-Redon  (Carcassonne)  [190  lieues],  quatorze  jours  (p  C,  p.  8). 

De  Murviel  [203  lieues],  douze  jours*  (P  C,  p.  14). 

De  Reims  [38  lieues],  trois  jours  (IIP  C,  p.  5). 


1.  Soit  17  lieues  par  jour.  C'est  le  voyage  le  plus  rapide  que  j'aie  pu  relever. 
11  eut  lieu  en  1343.  Sans  doute  le  sire  de  Murviel  qui  l'accomplit,  était  supé- 
rieurement monté.  La  même  observation  est  applicable  au  sire  de  Roquefeuil 
qui,  allant  des  environs  de  Rodez  à  Paris,  fit  10  lieues  par  jour.  Toutefois  la 
pièce  38  de  la  6*  classe,  porte  en  son  article  52,  qu'on  pouvait  bien  aller  de 
Lille  à  Paris  en  trois  jours  (39  lieues).  A  la  vérité  il  s'agit  là  d'une  diminu- 
tion. 


230 

De  Riom  [93  lieuesl,  six  jours  (1*^  C,  p.  i). 
De  Sle-llonnino  (Poitou)  1 107  lieuesl,  huit  jours  (IF  (1,  p.  13). 
De  Troyes  [il  lieuesi,  ([uatre  jours  (IP  C,  p.   11). 
De  Vaccayras  près  Nîmes  1 17.i  lieues],  quinze  jours  (I"  C,  p.  2). 
De  Vierzon  150  lieues),  cinq  jours  (II"  C,  p.  6). 

Pour  aller  de  Royaumont  aux  Andelys  (14  lieues)'  il  fallait  deux  jours  (II"'  C, 
.  14  et  15). 


§  3.  —  De  l'état  de  frais. 

J'ai  dit  que  malgré  le  libellé  en  apparence  contraire  à  cette 
assertion,  c'était  le  procureur  qui  dressait  l'état  de  frais,  ou  la 
diminution.  C'est  office  de  procureur  d' ordonner  dépens, 
porte  expressément  un  article  de  défense  repoussant  la  prétention 
d'une  partie  de  se  faire  payer  un  voyage  ayant  pour  objet  la 
rédaction  de  ses  dépens  (VI"  classe,  pièce  29  in  fine).  Pour  parler 
encore  plus  exactement,  ce  soin  était  confié  k  un  clerc  expéri- 
menté. Le  procureur  se  contentait  de  revoir  le  travail  et  de  le  com- 
pléter, ainsi  qu'on  peut  en  signaler  un  exemple  sous  la  pièce  24 
de  la  r"  classe,  où  une  vacation,  omise  (rejetée  d'ailleurs  par  le 
magistrat  taxateur),  a  été  rétablie  après  coup.  Déjà,  en  effet,  les 
clercs  suppléaient  leurs  patrons  dans  quelques-unes  de  leurs  tâches  ; 
il  résulte  de  plusieurs  textes  auxquels  nous  reviendrons  quand  je 
parlerai  de  la  taxe,  qu'ils  étaient  admis  sinon  à  la  barre,  au 
moins  à  l'audience  et  que  leur  intervention  de  foit,  fort  limitée 
sans  doute,  n'était  point  contestée.  Il  en  était  de  même,  dans  une 
certaine  mesure  des  avocats,  auxquels  la  Cour  reconnaissait  le 
droit  d'avoir  des  secrétaii^es  (F  classe,  pièce  10). 

Quoi  qu'il  en  soit,  et  sans  qu'elle  paraisse  avoir  été  astreinte  à 
aucune  règle  de  style,  la  rédaction  de  l'état  de  frais  comportait 
un  cadre  à  peu  près  uniforme.  Après  un  intitulé,  qui  rappelle  les 
noms  des  parties  et  l'objet  du  procès,  qui  contient  la  réquisition 
de  taxe  et  la  réserve  du  droit  de  modification  ultérieure,  se  place 
l'exposé  sommaire  des  circonstances  au  milieu  desquelles  a  surgi 
l'instance,  ordinairement  un  appel.  Vient  à  la  suite  chacun  des 
articles  des  dépens,  soit  que  ces  articles  soient  numérotés,  ce  qui 
est  rare,  soit  qu'un  simple  z^em les  relie  les  uns  aux  autres.  Dans 
la  disposition  des  lignes,  un  blanc  est  réservé  à  la  fin  de  chaque 
article  pour  la  taxe  et  les  observations  qui  lui  servent  de  base. 

1.  Le  procureur  en  compte  vingt. 


231 

L'acte  se  termine  par  l'offre  Je  toute  preuve  ou  déclaration  plus 
ample,  au  gré  de  la  Cour. 

Au  bas  de  l'instrument  le  greffier  inscrit  les  noms  des  magis- 
trats commis  par  la  Cour  pour  taxer.  Au-dessous,  il  mentionne 
le  délai  dans  lequel  la  partie  perdante  doit  fojirnir  ses  diminu- 
tions. 

§  4.  —  Delà  diminution. 

Les  diminutions  débutaient^  comme  la  demande  de  dépens,  par 
renonciation  des  noms  des  parties  et  de  l'objet  de  la  défense, 
augmentée  d'une  protestation  générale  contre  l'exagération  des 
frais.  Elles  s'attachaient  ensuite  à  l'examen  détaillé  de  chaque 
article,  dans  l'ordre  adopté  par  la  demande,  pour  en  réclamer  le 
rejet  ou  la  réduction.  Ou  bien  elles  groupaient  plusieurs  articles 
auxquels  elles  opposaient  les  mêmes  fins  de  non  recevoir.  Sou- 
vent elles  se  référaient  aux  arguments  précédemment  allégués, 
au  moyen  de  la  formule  :  ut  supra;  respont  comme  dessus,  avec 
ou  sans  les  mots  :  en  cas  semblable  (V  C,  p.  2,  anno  1343). 
Une  offre  de  preuves  en  formait  la  clôture. 

A  la  différence  de  la  demande,  la  diminution  était  écrite  d'un 
bout  à  l'autre  de  l'instrument  et  dans  tout  son  champ  et  le  procu- 
reur intervenait  plus  ostensiblement  (expressément  ou  implicite- 
ment), à  côté  de  la  partie,  dans  la  rédaction  de  l'acte  de  défense. 
En  effet  la  raison  qui  obligeait  le  procureur  à  s'effacer  (au  moins 
dans  les  premiers  temps,  car  à  la  fin  du  xrv°  siècle  ce  n'était 
déjà  plus  certainement  qu'affaire  de  style),  et  à  mettre  son  client 
en  scène,  n'existait  point  dans  le  rôle  défensif,  non  plus  que  celle 
qui  l'engageait  à  ménager  une  place  pour  l'insertion  de  la  taxe. 

§  5.  —  Observation  applicable  aux  demandes  et  aux 
défenses. 

L'étendue  matérielle  des  pièces  était  généralement  considérable. 
On  l'évaluait  par  peaux  (continens  VIII  pelles  et  ultra,  pièce  10 
de  la  P  classe),  ou  par  feuilles  (57  sous  pour  écrire  57  f'uelz  de 
'papier,  pièce  8  de  la  première  classe),  ou  par  rôles  (I'"'^  C,  T  p), 
dont  le  format  était  déterminé  d'une  façon  suffisamment  fixe,  puis- 
qu'il entrait  comme  élément  d'appréciation,  dans  l'examen  du 
'compte  (pro  quolibet  folio  magne  forme,  pièce  Iode  la  P^  classe; 


232 

—  Inlia  magna,  computalo  quolibet  iiii  sol.  pièce  4,  art.  37 
de  la  IF  classe;  — pro  quolibet  folio  majoris  forme  xx  dena- 
rios  tur.,  pièce  5  de  la  VT'  classe;  —  ])()ur  cliascun  roule  3  sols, 
pièce  7  do  la  première  classe). 

Ces  peaux  ou  oes  feuilles  étaient  à  leur  ])oint  d'attache  revê- 
tues de  la  signature  du  procureur  et  aussi  assez  souvent  de  celle 
du  magistrat  taxateur  ou  du  greffier,  et  marquées  d'un  numéro 
d'ordre.  C'était  sans  doute  une  sorte  de  ne  varietur.  Il  faut  en 
dire  autant  de  la  somme  ou  total  partiel,  qui  s'inscrivait  parfois, 
mais  pas  toujoui's,  au  ]jas  de  la  feuille  ou  de  la  peaU;,  sous  la 
mention  :  «  Suunna  hujus  rotuli.  »  Toutefois  l'usage  n'est  pas 
constant. 

Lorsque  les  parties  habitaient  les  régions  du  midi,  les  actes 
étaient  ordinairement  rédigés  en  latin,  autrement  ils  l'étaient  en 
français  du  nord.  On  conçoit  que  ce  dernier  cas  était  le  plus  fré- 
quent. Sur  les  136  fragments  ou  actes  que  j'ai  recueillis,  17  seu- 
lement sont  en  latin,  savoir  :  12  demandes,  5  diminutions. 

'     §  6.  —  De  la  taxe. 

La  taxe  était  toujours  mise  en  latin.  Elle  se  présente  sous  une 
forme  brève,  concise,  souvent  cassante,  parfois  obscure.  Elle 
consiste  en  trois  notations  principales,  à  savoir  :  Haheat  S  quand 
la  demande  est  agréée  (ce  qui  est  rare);  Nivhil,  quand  elle  est 
rejetée  (ce  qui  est  fréquent),  avec  ou  sans  indication  des  motifs 
de  décision  ;  Haheat  X  quand  elle  est  modifiée,  ou  pour  mieux 
dire  réduite  (ce  qui  est  le  cas  ordinaire). Elle  figure  en  regard  et  à 
la  fin  de  chaque  article  de  frais  ;  elle  réunit  souvent  plusieurs 
articles  sur  lesquels  elle  statue  en  bloc  (I  G,  p.  28,  13,  14,  15, 
17,  29,  31,  32,  34,  IP  C,  p.  4).  Le  total  est  marqué  au  bas  de 
la  demande,  avec  la  date  et  quelquefois  avec  les  signatures  des 
magistrats  taxateurs,  en  français  presque  aussi  souvent  qu'en 
latin.  Sur  11  pièces  dont  nous  possédons  la  fin,  six  portent  l'ad- 
dition en  latin,  cinq  en  français. 

Au  terme  de  la  procédure,  le  greffier  notait,  soit  au-dessous 
de  la  taxe,  soit  au  verso  de  l'acte,  l'expédition  et  la  délivrance 

1.  Je  ne  connais  qu'une  variante  de  celle  formule.  C'est  celle-ci  :  Haheat  ana 
(pièce  17  (le  la  première  classe  art.  22,  années  1352-1354).  Cela  revient  à  dire  : 
Uabeat  sequale  ou  (antum  quantum  petit. 


233 

de  l'exécutoire.  La  formule  de  cette  mention  consiste  invariable- 
ment dans  les  trois  mots  :  «  Executoria  facta  est.  » 

Au  reste  les  trois  demandes  inédites  (outre  un  fragment)  que 
je  publie,  faciliteront  l'intelligence  de  toute  cette  diplomatique. 
Je  les  complète  au  moj-en  de  quatre  fragments  de  défense  qui 
donneront  une  idée  suffisante,  l'une  de  l'intitulé,  l'autre  de  la 
disposition  finale  des  diminutions. 

On  peut  se  demander,  en  se  reportant  à  ce  que  j'ai  dit  en  tête 
de  ce  travail  sur  les  accords  ou  transactions,  ce  qu'il  advenait  du 
paiement  desfrais,  lorsque,  ce  qui  était  le  cas  ordinaire,  les  parties 
obtenaient  «  leur  congé  d'accord  sans  dépens  d'un  côté  ni  d'autre,  » 
n'y  ayant  alors  lieu  à  aucune  intervention  de  taxe.  Il  n'y  a  pas 
de  doute  que  chaque  procureur  dressait  un  état  de  ses  frais  et 
l'envoyait  à  son  client.  J'en  ai  trouvé  un  témoignage  assez 
curieux,  mais  unique,  dans  un  très-court  fragment,  une  sorte  de 
brouillon  qui  se  trouve  au  verso  d'un  accord  du  1«^  mars  1395. 
Ce  morceau  renferme  l'indication  d'une  série  d'actes  de  procé- 
dure faits  pour  le  compte  d'une  des  parties  qui  transigent.  Je  le 
joins,  à  cause  de  sa  rareté,  à  mes  pièces  justificatives.  Mais  il  ne 
porte  aucune  mention  de  prix.  Il  eût  été  intéressant  de  savoir 
si  le  procureur,  en  présence  de  son  propre  client,  avait  des  exi- 
gences aussi  étendues  que  lorsqu'il  adressait  ses  revendications 
à  la  partie  adverse,  et  la  comparaison  de  mémoires  de  cette  nature 
avec  ceux  dont  nous  possédons  les  débris,  n'eût  pas  manqué  d'être 
tort  instructive.  De  même,  il  est  permis  de  présumer  que  plus 
d'un  client  élevait  des  objections,  contestait  le  montant  de  l'état, 
plaidait  à  l'occasion  contre  son  procureur.  A  coup  sûr,  les  procès 
de  cette  espèce  jetteraient  sur  la  matière  qui  nous  occupe  une 
vive  lumière.  J'avoue  n'en  avoir  rencontré  aucune  trace  dans 
tout  le  cours  de  mes  études. 

III 

«  Les  difficultés  des  communications,  dit  M.  Desmaze,  en 
»  parlant  du  moyen-âge,  les  lenteurs  des  écritures,  les  forma- 
»  lités  à  accomplir,  étaient  une  cause  de  retard  et  souvent  de 
»  ruine  pour  les  plaideurs.  Pour  ces  causes,  les  grands  seuls 
»  plaidaient  ,  disaient  reconnaître  leurs  droits  ;  les  petits 
»  soufiraient,  courbaient  la  tête  et  se  résignaient  à  l'injustice. 

»  Il  appartenait  à  la  civilisation  moderne,  en  proclamant  l'éga- 

46 


234 

»  lité  de  tous,  devant  la  loi,  de  simplifier  la  procédure  et  d'ac- 
»  corder  à  chaque  citoyen  le  périlleux  droit  aux  procès.  »  (Le 
Parlement  de  Paris,  p.  95-96). 

L'opinion,  dont  un  magistrat  érudit  se  fait  ainsi  l'interprète, 
sorte  de  lieu  commun  à  l'usage  du  public  lettré,  est-elle  rigou- 
reusement scientifique  ?  Je  ne  le  pense  pas,  au  moins  si  je  me 
restreins  à  l'étude  du  xiv""  siècle.  Oui,  certes,  la  justice  alors 
coûtait  cher,  les  délais  étaient  excessifs,  les  formalités  nombreuses, 
les  écritures  multipliées.  Les  dépens,  grossis  de  tous  les  faux 
frais,  de  voyage,  de  séjour  à  Paris  ou  ailleurs,  etc.,  montaient  à 
des  sommes  considérables.  La  conclusion  qu'on  en  tire  qu'il  était 
impossible  de  plaider,  l'affirmation  qu'on  y  ajoute  qu'en  fait  les 
grands  (le  mot  riches  conviendi-ait  mieux)  seuls  plaidaient, 
sont-elles 'légitimes  ou  exactes?  En  vérité,  non!  sans  parler  de 
l'assistance  judiciaire  qui  existait  dès  cette  époque  tout  au  moins 
à  l'état  embryonnaire,  ainsi  queje  l'expliqueraisouslechapitre  IV, 
sans  recourir  à  une  opération  bien  simple  qui  consiste  à  ouvrir 
les  registres  du  Parlement,  à  en  compulser  les  tables,  il  suffit  de 
réfléchir  aux  conditions  de  la  vie  sociale  sous  les  règnes  de 
Philippe  yi,  du  roi  Jean,  de  Charles  V,  etc.,  pour  décider  à 
priori  que  la  civilisatioji  moderne  ne  mérite  pas  le  compliment 
qu'on  veut  lui  décerner.  Sans  doute  les  questions  d'état,  de  statut 
personnel,  comme  on  dit  aujourd'hui,  ne  pouvaient  guères  naître 
que  dans  les  familles  nobles  ou  opulentes;  la  simplicité,  et  il  faut' 
bien  le  dire,  l'honnêteté  relative  des  mœurs  domestiques  dans  les 
classes  plus  humbles  ne  les  exposaient  point  aux  difficultés  de 
cette  nature.  Il  est  permis  d'en  dire  autant  des  solutions  judi- 
ciaires qui  impliquent  ordinairement  l'aisance  ou  le  superflu,  et 
qui  interviennent  dans  les  règlements  d'inventaires,  de  liquida- 
tions, de  partages,  de  donations,  de  reprises,  de  douaires,  de 
comptes  de  tutelle  ou  de  gestion  d'affaires ,  dans  l'interprétation 
et  l'exécution  des  testaments  et  des  contrats  de  mariage.  Les 
discussions,  issues  de  ces  sortes  d'actes,  remplissaient  la  majeure 
partie  des  audiences  du  Parlement.  Elles  n'y  arrivaient  pas 
seules.  En  effet,  il  est  toute  une  série  d'obligations,  à  laquelle  nul 
n'est  maître  de  se  soustraire ,  soit  qu'elles  résultent  du  régime 
politique  ou  social,  soit  qu'elles  proviennent  de  nécessités  per- 
sonnelles. Les  redevances  et  les  services,  les  emprunts  et  les 
dettes  qui  peuvent  en  être  la  conséquence,  le  paiement  des  inté- 
rêts sous  forme  de  constitution  de  rentes,  voilà  quelques-unes  des 


235 

obligations  qui  devaient  se  produire,  qui  se  produisaient  très- 
fréquemment  au  xiv^  siècle,  qui  atteignaient  les  classes  pauvres 
aussi  bien  que  les  riches,  et  qui  les  mettaient  dans  le  cas  de 
plaider,  quelque  peu  de  goût  qu'on  leur  suppose  pour  la  procé- 
dure. Il  est  vrai  de  reconnaître  que  ces  redevances,  ces  services 
frappaient  généralement  un  ensemble  de  personnes,  une  imiver- 
sité,  comme  on  disait  à  l'époque  qui  nous  occupe,  une  coniinu- 
naiité  d'habitants,  comme  on  a  dit,  à  partir  du  xvi®  siècle.  Le 
nombre  des  unwersitates  intervenant,  comme  parties  au  Par- 
lement, est  considérable.  Il  monte  à  cinq  ou  six  cents  dans  une 
période  d'un  peu  plus  d'un  siècle  (1364-1490).  En  groupes,  les 
habitants  riches  ou  pauvres  présentaient,  je  l'admets,  une  force  ^ 
qui  les  assimilait  aux  seigneurs,  aux  gens  d'église.  Mais  il  y  avait 
aussi  des  obligations  tout  individuelles,  dont  le  non-paiement 
conduisait  le  débiteur,  appartînt-il  à  la  dernière  catégorie  sociale, 
devant  la  juridiction  civile. 

Il  n'est  donc  pas  exact  de  faire  de  la  distribution  de  la  justice 
au  xrv^  siècle  un  privilège  aristocratique.  Maintenant  à  quelles 
causes  faut-il  attribuer  la  cherté  des  procès?  En  dehors  de  celles 
que  j'ai  eu  occasion  d'énumérer  en  parlant  des  dépens,  en  est-il 
encore  d'autres  ?  Faut-il,  comme  l'écrivain  cité  plus  haut  (p.  90), 
s'en  prendre  exclusivement  aux  procureurs  et  à  leurs  états  de 
frais?  L'abus  de  la  procédure  est-il  le  seul  élément  d'un  grief 
aussi  sérieux?  C'est  ce  que  je  me  propose  d'examiner  en  peu  de 
mots. 

§  V\  —  De  la  cherté  des  procès. 

Le  préjugé  qui  fait  remonter  aux  procureurs  et  à  leur  rapacité 
la  responsabilité  du  coût  excessif  des  procès  est  trop  ancien, 
trop  populaire  en  France,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi,  pour  ne 
reposer  sur  aucune  base  solide.  J'en  conviens  et  moi-même  j'en 
fournirai  ci-dessous  la  preuve.  Plus  d'un  procureur  ne  se  faisait 
point  scrupule  de  traîner  la  procédure  en  longueur,  à  l'instar  de 

1.  Celte  puissance  même,  née  da  l'union  avait  ses  limites;  le  seigneur  met- 
tait le  plus  d'entraves  qu'il  pouvait  à  son  action.  Le  fragment  8  de  la  première 
classe  fournit  un  excellent  spécimen  de  cette  lutte  :  «  Et  la  cause  pourquoy  ils 
»>  tirent  tant  de  procuracions  fu  :  car  ils  ne  s'osoient  assembler.  Car  ils  quand 
»  ils  estoient  plus  de  VI,  le  dit  curateur  (le  sire  de  Lautrec  leur  adversaire)  les 
»  upprocho'd  de  monopole  et  leur  avoit  deffendu  que  ne  se  assemblassent.  » 


236 

celui  dont  se  plaint  un  plaideur  en  1355,  dans  les  termes  suivants  : 
«...  que  quand  le  dit  vit  que  on  le  nienoit  ainsy  par  fiiitez  et 
»  par  délays  ,  il  empêtra  unes  lettres  par  lesquelles  estoit 
»  mandé,  etc.  »  (P  C,  p.  31).  Peut-être  cependant,  le  blâme  en- 
couru par  les  intermédiaires  de  l'expédition  de  la  justice  est-il 
plus  fondé,  à  mesure  qu'on  se  rapproche  des  temps  modernes, 
vers  les  xvi*'  et  xvif  siècles  par  exemple,  qu'à  l'époque  dont  je 
m'occupe.  Il  est  certain  du  moins  que  la  réduction  à  laquelle  les 
taxes  soumettaient  l'état  de  frais  était  à  ladite  époque  tellement 
considérable,  qu'elle  ne  laissait  guère  de  marge  aux  exactions  et 
aux  dépens  fictifs.  Quoi  qu'il  en  soit,  au  moyen  âge,  comme  plus 
tard,  comme  de  nos  jours,  le  procureur  assumait  tout  le  soin  de 
recueillir  les  frais  du  procès,  de  même  qu'il  en  faisait  générale- 
ment les  avances.  C'est  à  lui,  entré  ses  mains,  que  venaient 
aboutir,  en  définitive,  toutes  les  prétentions,  toutes  les  revendi- 
cations, amassées  et  tenues  en  suspens  pendant  de  longues  années. 
Sur  sa  note  devaient  figurer,  avec  ses  déboursés  et  ses  propres 
vacations,  les  honoraires  des  avocats,  les  épices  des  magistrats, 
les  indemnités  des  commissaires  et  des  témoins.  Le  public,  le 
plaideur  malheureux,  ne  considérait  que  le  total,  la  somme  qu'il 
était  condamné  à  payer  et,  sans  tenir  compte  des  détails,  faisait 
l'attribution  du  montant  qu'il  soldait  en  bloc,  au  rédacteur  du 
mémoire,  au  procureur.  De  là  une  irritation,  où  l'ignorance,  l'ir- 
réflexion tenait  autant  de  place  que  le  sentiment  d'un  préjudice 
véritable. 

Parmi  les  parties  prenantes  au  gain  du  procès  qui  s'abritaient, 
se  dissimulaient  dès  le  xiv"  siècle,  sous  le  couvert  du  procureur, 
il  faut  indiquer  en  première  ligne  le  fisc,  et,  avec  lui,  celle  des 
puissances  sociales  aux  mains  de  qui  la  féodalité  avait  fait  tom- 
ber certains  démembrements  de  la  souveraineté.  Nul  acte  ne 
pouvait  être  produit  en  justice,  s'il  n'était  revêtu  d'un  sceau, 
scel  du  roi,  scel  du  seigneur,  scel  de  la  juridiction  compétente. 
Nul  acte  scellé  ne  pouvait  être  retiré,  une  fois  produit.  Tels  sont 
les  deux  principes,  dont  l'application  domine  la  matière  et  fait 
très-régulièrement  participer  au  bénéfice  des  procès,  contribuer 
à  leur  cherté,  les  pouvoirs  dont  la  mission  principale  est  la  pro- 
tection du  public,  qui  déjà  recueillait  peut-être  ses  plaintes  et 
en  colportait  l'écho.  Hypocrisie  parfois,  naïveté  le  plus  souvent, 
cette  contradiction  entre  l'attitude  de  l'autorité  souveraine  et  ses 
actes  est  plus  ou  moins  flagrante  selon  les  siècles.  Au  xiv%  le 


237 

droit  de  scel,  qui  correspond  à  notre  timbre  et  à  notre  enregis- 
trement, l'usage  de  retenir  les  pièces  originales,  usage  dont  l'ob- 
jet et  le  résultat  sont  la  multiplication  des  écritures,  et  dont  la 
trace  n'a  pas  encore  disparu  de  nos  mœurs  administratives,  gros- 
sissaient, dans  une  très-notable  proportion,  le  montant  des  états 
de  frais.  Les  exemples  de  cette  double  imposition  abondent  dans 
les  pièces  que  j'ai  recueillies.  J'en  citerai  quelques-uns  :  «  car  il 
»  ne  pot  avoir  les  autres  procuracions  qui  avoient  esté  mises 
»  par  devers  noz  dis  seigneurs  des  requestes,  mais  y  sont  et 
»  demourèrent  »  (IIP  G,  p.  5,  anno  1368).  —  «  Pour  le  scel  du 
»  dit  arrest,  marcbandèrent  le  plus  estroit  qu'ils  peurent  à  l'au- 
»  dience  ;  mais  pour  ce  qu'ils  estoient  plusieurs  et  que  chascun 
»  pour  sa  cause  y  estoient  ne  peurent  finer  à  mains  de  x  seaulx  » 

(Ibid).  — Il  fu  de  nécessité  qu'ils  baillassent  et  meissent 

»  devers  la  court  chascun  ses  lettres  obligatoires  ;  et 
»  et  quand  l'arrest  fu  rendu,  ou  ne  les  peut  avoir  de  la  cour,  se 
»  il  n'en  demourast  copie  »  (Ibid.).  —  «  Car  par  le  stile 
»  de  Parlement,  il  convient  produire  et  mettre  en  forme  de 
»  preuve  toutes  lettres  originaux  et  doivent  demourer  à  la 
»  court  avec  le  procès  »  (VPC,  p.  37,  anno  1360°).  Je  n'insiste 
pas  sur  le  paiement  du  droit  de  scel  qui,  d'ordinaire  est  réclamé 
avec  la  vacation  des  écritures.  La  formule  qui  varie  peu  est  celle- 
ci  :  Pour  V escripture  et  le  seel  de  l'acte  (Voir  notamment  I 
C,  p.  4,  5,  6,  7,  8,  10,  etc.,  II  C,  p.  6,  7,  8,  10,  14,  15,  etc.) 
Le  plus  souvent  le  droit  de  sceau  entre  seul  en  taxe  et  y  est 
admis  intégralement. 

Parmi  les  actes  assujettis  à  cet  impôt,  \q.^  procurations  occu- 
paient le  premier  rang.  Il  en  fallait  beaucoup  et  de  toutes  sortes. 
Au  seigneur,  à  la  corporation  dominante,  religieuse  ou  laïque, 
appartenait  non-seulement  le  droit  d'apposer  le  sceau,  mais 
encore,  au  moins  dans  certains  cas,  celui  d'autoriser  l'acte  :  «  ... 
»  les  diz  habitanz,  porte  l'article  21  du  fragment  10  de  la  pre- 
»  mière  classe  (1342),  ont  plusieurs  seigneurs  ausquels  il  leur 
»  estoit  de  nécessité  de  prendre  congié  de  faire  procuracion.  » 
(Voir  dans  le  même  sens  l'art.  33  du  même  fragment  et  la  pièce 
34  de  la  même  classe).  C'était,  on  le  voit,  l'exercice  d'une  sorte 
de  tutelle,  analogue  à  celle  de  l'Etat  sur  nos  communes.  Le 
fragment  8  de  la  première  classe,  cité  plus  haut,  à  propos  de  la 
lutte  du  sire  de  Lautrecavej  ses  vassaux  de  Mont-Redon,  montre 
auési  que  la  multiplicité  des  procurations  avait  parfois  pour 


238 

cause  rèloiguement  les  uns  des  autres  des  coplaideurs,  la  diffi- 
culté qui  s'en  suivait  pour  eux  de  s'entendre,  de  se  réunir.  «... 
»  Et  bonnement  ne  se  povaient  assembler,  disent-ils;  car  les  uns 
»  sont  loings  dez  autrez,  et  ne  furent  pas  tous  adjournez  en- 
»  semble.  » 

L'apposition  d'un  sceau  sur  un  acte  ne  suffisait  même  pas 
toujours  à  le  rendre  valable.  Comme  aujourd'hui  la  signature  de 
certains  fonctionnaires  doit  être  légalisée  par  le  président  du 
tribunal,  ainsi  le  sceau  de  certains  officiers  publics  devait  être 
consacré  par  celui  d'un  magistrat  d'ordre  plus  élevé  :  «  ...  pour 
»  faire  approuver,  porte  le  fragment  14  de  la  deuxième  classe 
»  (vers  1348),  le  seel  dudit  sergent  souz  le  seel  au  bailly  de 
»  Gisors.  »  Dans  cette  espèce  les  frais  de  sceau  étaient  doubles. 
La  taxe  dudit  fragment  en  fait  foi. 

Et  non-seulement  les  dépens  de  cette  nature  étaient  élevés,  il 
fallait  encore  emploj-er  beaucoup  de  temps  à  attendre  l'apposi- 
tion du  seel.  C'est  ce  que  nous  apprend,  (;ntre  autres,  ce  passage 
du  fragment  16  de  la  première  classe  :  «  pour  despens  de  chelui 
»  qui  les  dis  arrest  et  exécutoire  attendi  au  seel  par  l'espace  de 
»  XV  jours,  II  sols  par  jour,  valent  xxx  sols;  (taxe):  Habeatxx 
»  solides  »  (Anno  1345);  et  celui-ci:  «  pour  attendre  y  celle  et 
»  l'avoir  du  seel...  »  (PC,  p.  27,  anno  1352).  —  Et  encore: 
«  devant  qu'il  peust  avoir  la  lettre  scellée,  demoura  xv  jours  » 
(VrC,  p.  19,  anno  1347?). 

Quand  les  parties  se  trouvaient  dans  le  cas  de  se  délivrer  à 
elles-mêmes  «  le  congé  de  procuration,  »  le  seel  de  l'acte  ne 
devait  pas  entrer  en  taxe.  C'est  du  moins  la  doctrine  professée 
dans  un  fragment  de  diminution,  pièce  15  de  la  sixième  classe: 
«  à  l'article  où  il  demande  xv  sols  pour  une  procuracion,  etc.; 
»  respond  que  riens  n'en  doit  estre  tauxé.  Car  elle  fut  du  seel 
»  d'abbesse  et  de  couvent  ;  si  ne  cousta  riens,  mais  la  fistrent  » 
(vers  1350). 

Le  prix  du  sceau  variait  au  reste  suivant  les  localités.  A  Au- 
riUac  il  coûtait  moins  cher  qu'ailleurs  «  ...  à  ce  qu'il  demande 
»  pour  le  seel  de  la  citacion  v  solz,  dient  que  ne  l'en  devez  taxer 
»  que  12  deniers;  quar  pour  tant  les  a  on  communément  an  icellui 
»  pais  »  (VP  C,  p.  12,  anno  1346?). 

Deux  traits  particuliers  à  la  législation  du  moyen  âge  contri- 
buaient à  augmenter  les  frais  d'écritures  et  de  seel,  à  savoir  la 
multiplicité  des  juridictions  et  le  renouvellement  indéfini  des  ins- 


239 

tances.  La  compétence  d'un  tribunal  était  souvent  contestée  ; 
ses  sessions  («  l'assise  de  la  comté  de  Beauvais  qui  ne  se  tient 
»  pas  souvent;  »  P  C,  p.  34,  anno  1382),  celles  mêmes  de  la  Cour 
souveraine  éprouvaient  de  nombreuses  remises  ^ .  On  sait  par 
exemple  que  chaque  bailliage  ou  sénéchaussée  avait  ses  jours 
d'appel  marqués  à  l'avance,  son  rôle  propre.  Quand  par  suite 
de  l'encombrement  du  rôle  précédent-,  un  de  ces  bailliages  n'était 
pas  «  délivré  »  à  l'époque  assignée,  ou  renvoyait  l'expédition 
des  afiairesy  afférentes  à  une  date  plus  ou  moins  éloignée  (voir 
I''  C,  p.  10).  De  même,  chaque  Parlement  avait  en  quelque  sorte 
une  vie  personnelle  ;  il  fallait  le  saisir  à  nouveau,  poursuivre  ce 
qu'on  appelait  «  la  continuation  »  (voir  F  C,  p.  8),  faute  de  quoi, 
il  y  avait  ouverture  à  péremption  d'instance.  En  outre^  lors- 
qu'une des  parties  venait  à  décéder  (ce  qui  n'était  pas  rare,  on  le 
comprend,  vu  la  longueur  des  procès),  l'affaire  subissait  une 
sorte  de  temps  d'arrêt,  pendant  lequel  l'ayant  droit  du  défunt 
était  sommé  et  tenu  de  déclarer  s'il  entendait  «  reprendre  ou 
délaisser  »  la  cause  (P  C,  p.  3) .  Les  difficultés  nées  de  ces  diverses 
circonstances  donnaient  lieu  soit  à  des  procurations,  soit  à  des 
assignations,  soit  à  des  significations  nouvelles  (voir  notamment 
en  ce  sens  les  fragments  de  la  première  classe  21  et  31  ). Telle  est, 
pour  le  dire  en  finissant,  l'origine  de  la  très-grande  faveur  du 
Co7mnitti7nus  et  des  Evocations,  dont  le  principal  avantage 
était  la  dispense  d'une  foule  de  frais  préliminaires  et  accessoires. 
Les  plaideurs  s'efforçaient  de  se  dérober  aux  juridictions  infé- 
rieures et  de  faire  porter  directement  la  connaissance  de  leur 
cause  à  la  Cour  souveraine  qui,  une  fois  saisie,  dessaisissait  avec 
hauteur  les  tribunaux  compétents  (voir  p.  8  de  la  2"  C).  Parmi 
les  personnes  que  nos  pièces  nous  montrent  investies  du 
privilège  de  committimus,  ou  réussissant  à  faire  évoquer  la 
cause,  je  rencontre,  outre  l'évêque  de  Beauvais  (évidemment 
comme  Pair,  bien  que  cette  qualité  ne  soit  pas  invoquée  en  sa 
faveur  dans  l'acte,  1«  C,  p.  34),  un  chevaher  dont  nous  n'avons 
pas  le  nom,  qui  se  disait  exempt  du  bailli  de  Chartres  (F  C,  p.  27, 

1.  La  mort  de  Philippe  VI  n'interrompit  pas  seulemenl  les  audiences  et  la 
distribution  de  la  justice.  Elle  suspendit  le  cours  même  de  la  procédure.  «  Les 
I)  quelx  commissaires  respondirent  qu'ils  n'y  pooroient  entendre  ne  procéder 
»  pour  la  mort  du  roi  Philippe  »  (III'  C,  p.  3,  art.  67). 

2.  Cela  arriva  notamment  en  1346  «  à  cause  des  guerres  »  (P  C,  p.  19);  «inter 
»  guerras  quas  noster  rex  babebal  »  (1°  C,  p.  18). 


240 

vers  1352),  certaines  parties  qui  à  force  de  braire  et  crier 
obtinrent,  à  cause  de  lenr  2:>auvr été,  d'être  inscrites  au  rôle  des 
jours  de  Chartres,  en  faisant  joindre  leur  cause  à  une  affaire 
principale  (VP  classe,  pièce  31,  anno  1350?);  et  les  bourgeois  de 
Reims  qui  éludèrent,  en  1368,  la  juridiction  des  requêtes  du 
Palais  (IIP  G,  p.  5). 

§2.  —  Des  procureurs. 

Ce  ne  serait  pas  se  faire  une  idée  exacte  des  mœurs  judiciaires 
du  moyen  âge  que  d'assimiler  le  mandataire  ad  lites  de  cette 
époque  au  procm^eur  de  la  Renaissance  ou  des  temps  mo- 
dernes. Un  procureur,  au  xiv"  siècle,  c'est  un  homme  d'affaires 
chargé  de  procuration  à  l'effet  d'ester  en  justice  :  telle  est  la 
meilleure  définition  qu'on  en  puisse  donner.  Quand  on  avait  à 
plaider,  il  était  fort  rare  qu'on  eût  directement  recours  au^ 
procureurs  attitrés  auprès  des  juridictions  compétentes.  Dans  la 
plupart  des  villes,  fussent-elles  de  médiocre  importance,  il  y  avait 
des  personnes  connues  sous  la  dénomination  générale  de  clercs 
(ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu'elles  appartinssent  aucunement  k 
l'ordre  ecclésiastique),  versées  dans  la  connaissance  des  coutumes 
et  de  la  législation,  qui  faisaient  métier  de  renseigner  les  parties 
sur  la  nature  et  l'étendue  de  leurs  droits,  sur  les  moyens  de  les 
mettre  en  valeur.  Au  début  de  presque  toutes  les  instances  se 
place  donc  un  premier  conseil,  le  conseil  de  ce  clerc,  de  ce  pro- 
cureur au  petit  pied,  souvent  plus  écouté  que  les  maîtres  en  pos- 
session d'office  (encore  aujourd'hui  le  fléau  de  nos  campagnes), 
conseil  qu'il  importe  de  ne  pas  confondre  dans  les  textes  avec 
ceux  du  procureur,  de  l'avocat  au  Parlement,  qui  s'y  trouvent 
également  mentionnés.  Il  faut  en  dire  autant  des  vacations 
revendiquées  par  cette  espèce  de  procureurs  que  consultaient  les 
parties  domiciliées  hors  de  Paris.  Les  familles  riches  ou  aisées, 
que  l'administration  de  leurs  biens  exposait  à  des  procès  plus  ou 
moins  fréquents,  choisissaient  même  parmi  eux  des  clercs  qu'elles 
gardaient  constamment  à  leur  service,  qu'elles  payaient  à  l'an- 
née :  «  .. .  pour  le  salaire  de  son  procureur,  à  Senliz,  pour  chas- 
cune  année  »  (P  C,p.3I,  anno  13G2);  àe^ pensionnaires ,  selon 
le  langage  du  temps. 

Ainsi,  quand  on  parle  de  procureurs  au  xiv''  siècle,  il  faut  dis- 
tinguer deux  classes  de  personnes  :  les  procureurs  acceptés  par 


24^ 

les  tribunaux  pour  postuler  ordinairement  auprès  d'eux  (ana- 
logues à  nos  agréés  de  commerce),  et  les  procureurs  qu'on  pour- 
rait appeler  de  province  ou  de  pays.  On  comprend  que  les  procu- 
reurs de  pays,  tant  à  raison  de  la  nature  de  leurs  services  qu'à 
cause  du  moindre  développement  de  leur  instruction  juridique, 
ne  jouissaient  pas  d'une  autorité  égale  à  celle  de  leurs  confrères 
de  Paris;  leurs  émoluments  étaient  en  conséquence  évalués  à  un 
taux  fort  inférieur,  et  leur  traitement,  quand  ils  étaient  pension- 
naires, ne  dépassait  pas  un  cliiffre  relativ-eraent  minime.  «  

»  A  Hédin,  l'en  a  le  meilleur  procureur  de  la  ville  toute  l'année 
»  pour  XX  sols,  ou  pour  xxx  au  plus»  (VPC,  p.  36,  anno  1352?). 
—  «...  Pour  le  salaire  du  procureur,  vous  n'en  devez  tauxer 
»  plus  de  douze  deniers,  vu  l'usage  du  pais,  et  l'avèrent  toute 
»  l'année  et  en  toutes  causes  pour  xxx  sols  »  (VP  C.  p.  7,  anno 
1344?).  —  «  Pour  le  saalaire  du  procureur,  lequel  il  escrivit  C 
»  sols,  ne  devez  tauxer  plus  de  xi  sols,  concidéré  Testât  du  pro- 
»  cureur  »  (Ibid.).  —  «  Pour  le  salaire  du  procureur,  qui  a  esté 
»  son  procureur  pai'  le  temps  dessus  diz  à  Senliz  et  par  delà,  pour 
»  chascune  année  c  soulz  par.  valent  :  xv  livres.  (Taxe),  Habeat  : 
»  Lx  solidos  »  (P  C,  p.  31,  anno  1362).  —  «  ...  Si  comme  l'en  a 
»  accoustumé  de  faire  en  tel  cas  aus  procureurs  du  pais  »  (VF  C, 
p.  36,  anno  1352?). 

Au  reste,  qu'il  s'agisse  de  l'une  ou  de  l'autre  classe  des  pro- 
cureurs, leurs  émoluments  portent  sur  trois  catégories  d'actes  ou 
d'opérations;  ils  comprennent,  avec  les  honoraires  afférents  à 
chacune  de  leurs  vacations,  les  frais  de  voyage  et  ceux  de  séjour. 

Les  distances  que  les  procureurs  de  pays  avaient  à  parcourir 
pour  le  compte  de  leurs  clients  étaient  le  plus  souvent  assez 
courtes,  et  leur  séjour  peu  dispendieux,  puisque  le  lieu  de  leur 
résidence  était  naturellement  voisin  du  siège  de  la  juridiction  de 
premier  degré,  quand  il  ne  se  confondait  pas  avec  cette  localité 
même.  Il  n'y  avait  donc  pas  de  motifs  pour  leur  accorder  des 
dépens  considérables  à  raison  des  dérangements  dont  leurs  voyages 
pouvaient  être  l'occasion  ;  d'autant  qu'ils  ne  manquaient  pas  de 
profiter  de  leur  séjour  en  un  endroit  pour  y  expédier  les  affaires 
de  plusieurs  clients,  et  qu'ils  n'étaient  guère  recevables  à  récla- 
mer de  chacun  d'eux  le  montant  intégral  de  déboursés  assez  mal 
justifiés  même  après  fractionnement.  «...  Sy  y  seroit  il  venuz 
»  pour  les  autres  causes  pour  lesquelles  il  a  accoustumé  de 
»  venir...  »  (VF  C,  p.  26,  anno  1349?).  Toutefois  il  n'était  pas 


242 

rare  que  Jeiirs  clients  Jes  envoyassent  ou  produisissent  la  préten- 
tion de  les  avoir  envoyés  successivement  aux  sièges  des  diffé- 
rentes juridictions  d'ordre  supérieur  et  notamment  à  Paris.  «... 
y  Les  diz  hommes  firent  procureur  maistre  Jacques  JJertus,  clerc 
»  de  Realmont,  et  le  louèrent  pour  venir  à  leur  jornée. . .  ;  si  vint 
»  aus  jours  des  présentacions  de  Vermandois  »  (P  C,  p.  8,  anno 
»  1341).  —  «...  Pour  les  despens  du  procureur  qui  vint  es 
»  présentacions  de  parlement,  pour  vu  jours  à  venir,  vu  à 
»  retourner  et  m  mois  demorer  à  Paris,  cliascun  jour  x  sols, 
»  valent  xlvii  livres  (taxe):  Habeat  un  libras  »  (I''  C,  p.  1, 
»  anno  1329).  —  «...Où  il  demande  pour  les  despens  de  Durant 
»  Pellier,  qui  estoient  gens  de  conseil,  lesquelz  il  avoit  amenez 
»  avec  soi  à  Paris,  pour  estre  à  sa  collacion,  et  les  renvoia  arrière  > 
(VP  C,  p.  26,  anno  1349?).  —  «...Le procureur  du  dit  chevalier 
»  au  pais  vint  à  Paris  »  (ni«  C,  p.  4,  anno  1342).  — 
«  Le  procureur   vint  à  Paris    »    (F  C,  p,   9,    anno  1346). 

—  Là,  ils  s'abouchaient  ou  étaient  réputés  s'aboucher  avec 
des  procureurs  et  des  avocats  au  parlement,  choisissaient  ceux 
qui  leur  paraissaient  le  plus  propres  à  bien  conduire  l'affaire 
dont  ils  avaient  eu  d'abord  la  direction,  et  ne  regardaient 
leur  mission  comme  terminée  que  lorsqu'ils  avaient  arrêté  et 
accrédité  ces  nouveaux  conseils.  «...  Si  le  dit  procureur  ne 
»  demoura  il  que  i  jour  à  Paris  pour  soy  présenter  et  substituer 
»  Jehan  de  Lapion  »  (VF  C,  p.  16,  anno  1347?).  C'était  pour 
eux  l'occasion  et  le  motif  de  dernières  vacations,  vacations  que 
le  taxateur  repoussait  d'ailleurs  habituellement,  attendu  ou  que  la 
partie  était  venue  elle-même  à  Paris,  ou  qu'il  eût  suffi  d'y  envoyer 
un  valet,  un  commissionnaire  chargé  de  la  procuration  de  la  dite 
partie.  «...Où  il  dit  que  son  clerc  demoura  à  Paris  pour  poursuir  sa 
»  besoigne,  x  livres  x  sols;  respondent  que  riens  n'en  doit  être 
»  tauxé  :  car  il  suffisoit  de  maistre  d'Atechi,  son  procureur,  ne 
»  le  présence  du  dit  clerc  ne avançoit  la  cause...  »  (VP  C,  p.  38, 
anno  1360?). —  «N'enconvenoitquepour  un  valetàpié  qui  mist  ii 
»  jours  à  aler...  »  (VP  C,  p.  16,  anno  1347?).  —  ...«  Que  li  fust 
»  envoiez  par  aucun  de  ses  amis  »  (VP  C,  p.  12,  anno  1346?). 

—  «...  Que  de  renouveler  une  commission,  ce  n'estoit  pas  grans 
»  besoins  qu'un  procureur  se  transportast  à  Paris  pour  ceste 
»  cause  »  (VP  C,  p.  30,  anno  1350?).  —  «...  Et  supposé  que 
»  aucune  chose  en  deussiez  tauxer,  sy  ne  seroit  ce  fors  seule- 
»  ment  le  saalaire  d'un  vallet  à  pié,  par  lequel  il  peust  avoir 


243 

»  envoiée  instruction  de  sa  besoiugue  à  son  procureur  >»  (VP  C, 
p.  7,  anno  1346?). 

La  participation  des  procureurs  de  pays  à  la  conduite  des 
affaires  qui  se  résolvaient  devant  le  Parlement  est  d'ailleurs 
attestée,  selon  moi,  par  l'emploi,  que  j'ai  signalé  au  chapitre  I, 
de  la  langue  latine  dans  la  rédaction  des  actes  où  des  personnes 
de  nationalité  méridionale  figurent  comme  parties.  Il  est  clair 
que  le  procureur  de  Paris  ne  se  serait  pas  servi  de  cet  idiome, 
puisqu'il  écrivait  ordinairement  en  français  du  nord,  si  le  procu- 
reur de  pays  ne  lui  avait  pas  fourni  les  premiers  éléments  de  son 
travail  en  une  autre  langue  qui  ne  pouvait  être  le  français  du 
midi  parce  que  ce  français  était  certainement  d'un  usage  peu 
répandu  et  mal  commode  à  Paris.  Le  latin  étant  au  contraire  la 
langue  officielle  et  comprise  partout,  le  procureur  au  Parlement 
ne  se  donnait  pas  la  peine  de  traduire  à  nouveau  les  renseigne- 
ments que  lui  apportait  son  client  du  midi,  ou  le  procureur  de 
province,  amené,  envoyé  par  le  dit  client,  et  se  contentait  de 
compléter  dans  la  même  langue  scm  état  de  frais  ou  sa  diminu- 
tion. 

Quand  l'état  de  frais  fait  mention  de  procureurs  ayant  conseillé, 
voyagé,  séjourné  dans  tel  ou  tel  endroit,  auprès  de  telle  ou 
telle  juridiction,  devant  tel  ou  tel  commissaire,  étant  intervenus 
dans  telle  ou  telle  enquête,  il  ne  faut  donc  point  en  conclure 
qu'il  s'agisse  de  procureurs  au  Parlement.  Cependant  les  procu- 
reurs au  Parlement  voyageaient  eux  aussi,  séjournaient  et  con- 
seillaient au  loin,  si  l'intérêt  de  l'affaire  paraissait  l'exiger.  11  est 
impossible  de  savoir,  de  décider  à  priori,  lorsque  dans  les  textes 
il  est  question  de  frais  de  cette  nature,  s'il  s'agit  de  procu- 
reurs de  j3«y5  ou  de  procureurs  au  Parlement.  Ce  sont  les  cir- 
constances, les  détails  avoisinants,  qui  doivent  à  cet  égard  servir 
de  guide. 

Les  voyages,  les  séjours  des  procureurs  tiennent  une  grande 
place  dans  les  demandes  de  dépens  et  dans  les  diminutions.  On 
y  trouve  le  détail  de  l'équipage  dans  lequel  marchait  le  procu- 
reur, des  jours  employés  par  lui  à  ce  transport,  des  désagréments 
qu'il  y  a  essuyés.  Le  résumé  de  ses  déboursés,  dont  le  compte  est 
fait  par  journée,  s'y  présente  sous  une  formule  ainsi  conçue  : 
despendi par  chascun  jour,  venant,  demeurant  et  retour- 
noMt  (ou  pour  le  retour),  si  le  texte  est  écrit  en  français  (P  C,  p. 
1,  6,  19,  22,  25,  IP  C,  p.  7)  et  :  ^<  eundo,  stando  et  redeundo. 


244 

computando  per  diem,  »  s'il  est  écrit  en  latin'  (P  C,  p.  2,  17,  H" 
G,  p.  4).  Les  frais  sont  généralement  calculés  à  raison  de  dix  sous 
par  jour:  «...  il  devoit  seuffire  d'un  procureur  qui  eust  gaagnié 
>^  pour  sa  journée  x  sols  »  (VP  C,  p.  6,  anno  1345?).  D'ordinaire 
l'équipage  consiste  en  un  valet  et  un  cheval  ou  deux  loués  à  cet 
effet  :  «...  procuratoris  qui...  vaccavit...  per  octo  dies,  per  diem, 
»  cum  loquerio  ronsini  x  sol.  tur.  lacientes  in  universo  un  lib. 
»  tur.  (taxe)  :  Habeat  xl  sol.  tur.  »  (P  G,  p.  2,  anno  1337).  — 
«  ...Per  XII  dies,  expendit  pro  qualibet  die  cumfamuloetanima- 
»  libusxsolid.  par.  valent  vi  lib.  par.  (taxe):  Habeat  xxnii  sol. 
»  (P  G,  p.  17,  anno  1345).»  —  Pro  loquerio equi  conducti  iiiflo- 
»  renos  (taxe)  :  Habeat  x  solid.  par.  »  (Ibid.).  —  «...  Il  envoia 
'■>  son  procureur  à  cheval»  (VFG,  p.  24,  anno  1348?).— «...Pour- 
»  suit  par  l'espace  de  xxxvii  sepmaines  ledit  procureur,  et 
»  despendi  à  chascun  jour,  luy  et  son  cheval,  xii  sols  par.  par 
»  jour,  valent  vii^^  xv  livres  vin  sols  tournois  (taxe)  :  Habeat 
»  XX  libras  parisiensium  »  (IF  G,  p.  10,  anno  1353).— «...Pour 
»  les  despens  du  dit  procureur,  alant  et  demourant,  pour  chas- 
»  cun  jour  pour  li,  son  cheval  et  vallet,  x  sols,  valent  l  sols 
»  (taxe)  :  Habeat  xxiiii  sols  (IP  G,  p.  14,  anno  1347?  et  p.  15). 
»  —Pour  le  procureur...  pour  chascun  jour,  pour  les  despens 
»  de  li,  son  chevalet  valletx  solz...»  (IIP  G,  p.  4,  anno  1352). 
—  «...  Et  demoura  leur  iirocureur  à  poursuivre  la  dicte besoigne 
»  VI  jours,  pour  les  despens  de  lui  et  de  son  cheval  et  de  son 
»  valet  et  du  salaire  du  dit  valet,  pour  chascun  jour  vi  sols 
»  par.  valent  :  xlv  sols  tourn.  (taxe)  :  Habeat  xxx  solid.  paris.  » 
(P  G,  p.  6,  anno  1340). —  «...Revinst  ledit  procureur  à  Paris  et 
»  demoura  besoignant  par  xviii  jours  à  ii  chevaulz  et  un  valet  à 
»  pié,  et  despendi  chascun  jour  XX  sols,  valent  xviii  livres  (taxe): 
»  Habeat  xx  solid.  »  (P  G,  p.  19,  anno  1346).—  «...Pro  expensis 
»  nuncii  et  roncini,  in  itinere  per  octo  dies,  scilicet  qualibet  die 
»  x  sol.  tur.  valent  un  lib.  tur.  (taxe)  :  Habeat  xxiiii  sol.  par.  » 
(I«  G,  p.  18,  anno  1340).  Le  fragment  d'où  est  extraite  cette  dei'- 
nière  citation  fournit  l'échantillon  le  plus  remarquable   et,   on 
peut  le  dire,  le  plus  amusant  des  demandes  de  dépens.  On  y  voit 
le  procureur  porter  au  compte  de  ses  frais,  la  ferrure  d'un  cheval, 
le  coût  de  bottes  et  de  trois  paires  de  chaussures  :  «  pro  ferra- 

1.  Celle  formule  esl  d'ailleurs  d'un  connnun  usage,  qu'il  sagisse  des  parties, 
des  avocats,  des  sergents  ou  des  [irocureurs. 


»  tura  equi  iiii  sol.  tur.  »  —  «  pro  caligis  dicti  procuratoris  viii 
»  sol.  par.  »  —  pro  tribus  paribii s  sotulariiim  vu  sol.  vi  deu. 
»  par.  »  (Ibid.)  A  peine  est-il  besoin  d'ajouter  qu'en  face  de 
ces  articles,  le  taxateur  marque  :  «  Habeat  nichil.  » 

Les  périls  de  la  route  forment  un  des  éléments  de  l'état  de  frais: 
«...  car  alors  le  temps  estoit  cliier  et  périlleux  (de  Senlis  à  Paris) 
»  Il  royaux  d'or.  »  (P  G,  p.  31,  anno  1360);  raison  qui  ne  paraît 
guère  émouvoir  le  taxateur^  car  il  n'accorde  dans  l'espèce  que 
seize  sous,  et  plus  bas  il  ne  concède  que  quinze  sous,  à  une  de- 
mande de  seize  écus,  appuyée  du  même  argument. 

La  contestation  de  la  défense  porte  d'abord  sur  la  réalité  ou 
l'utilité  du  voyage,  ensuite  sur  le  train  du  procureur,  enfin  sur  la 
supputation  des  distances.  «...  ledit  procureur  n'a  accoustumé  à 
>■>  chevauLliier  que  à  un  cheval»  (VP  G,  p.  26,  anno  1349?);  — 
«...  il  pooit  aler  sans  soi  destourner  (de  son  chemin)  »  (VP  G, 
p.  24,  anno  1348?);  —  «...  vehu  Testât  et  discrecion  du  procu- 
reur, n'en  devez  tauxer  plus  de  douze  deniers  »  (VP  G,  p.  7, 
anno  1346?). 

J'ai  dit  du  procureur  au  xiv"  siècle,  que  c'était  un  homme 
d'affaires  chargé  de  procuration.  Cette  définition  que  je  crois 
propre  à  faciliter  l'intelligence  des  mœurs  judiciaires  dans  les 
parties  les  plus  éloignées  du  ressort,  n'est  pas  moins  exacte, 
appliquée  au  procureur  de  Paris. 

Gomme  celui  de  province,  il  recevait  une  procuration  spéciale, 
ou  pour  mieux  dire  une  série  de  procurations  spéciales,  chaque 
fois  que  la  présence  de  la  partie  était  requise,  alors  que  la  tolé- 
rance n'avait  pas  encore  prévalu  de  se  passer  des  lettres  ^  de 
grâce.  J'ai  déjà  eu  occasion  de  faire  remarquer  à  ce  propos  l'in- 
térêt qu'avait  le  fisc  à  multiplier  les  actes  et  notamment  les  pro- 
curations. Toutefois,  dès  le  xiv®  siècle,  l'usage  commençait  à 
s'étabhr  des  procurations  générales,  qui  permettaient  d'occuper, 
de  postuler  pour  une  cause  entière,  et  même  pour  toutes  les 
causes  qu'une  personne  pouvait  avoir  à  soutenir,  ainsi  que  je 
l'exposerai  tout  à  l'heure  quand  je  parlerai  des  avocats:  «... 

1.  Je  n'en  ai  rencontré  que  deux  exemples  dans  mes  pièces.  Ce  sont  les  sui- 
vants :  «  Item  pour  une  grâce  pour  plaidier  par  procureur  VII  sois  par.  (taxe)  : 

«  Habeat  VII  solid.,  par.  {V  G.  p.  4.  anno  1339-1351).  «  Pour  ce  que  le  dit 

Uegnaud  ne  pot  avoir  grâce  à  plaidier»  (V  G,  p.  4,  anno  1349).  On  peut  aussi  y 
rattacher  l'extrait  suivant:  «  pour  une  copie...  que  il  fussent  recheuz  à  plaidier 
par  procureur  »  {ï"  C,  p.  15,  anno  1344). 


2^.6 

»  Dient  que  il  est  son  procureur  en  plusieurs  causes  »  (VP  G, 
p.  19,  anno  1347?).  On  eut  des  procureurs  à  l'année,  des  pension- 
naires :  «...  le  procureur  est  de  la  pension  dudit  évesque  »  (VF 
C,  p.  23,  anno  1348?);  —  «  ...maistre  Gouillart  estoit  leur  procu- 
»  reur  et  pencionnaire  en  Parlement  »  (V?  G,  p.  30,  anno 
1350?);  —  ào^  j^rocureurs  généraux'.  «...  il  a  balle  sa  procura- 
»  cion  général  en  toutes  causes  »  (VP  G,  p.  23,  anno  1348?);  — 
«  ...pour  le  procureur  général  dudit  qui  vint  à  Paris,  xxxir  sols 
(taxe):  Habeat  viii  solidos  »(PG,  p.  34,  anno  1382).  La  trace  de 
cette  institution,  qui  se  perdit  dans  les  siècles  suivants,  a  seule- 
ment subsisté  dans  la  dénomination  que  retint  le  procureur  prin- 
cipalement employé  par  le  roi  ;  elle  y  atteste  encore  aujom^d'hui 
des  origines  aussi  antiques  que  peu  connues. 

Qu'il  fût  pensionnaire  à  l'année,  ou  qu'il  occupât  seulement 
en  vertu  d'une  délégation  temporaire,  le  procureur  au  Parlement 
revendiquait  des  honoraires  appropriés  k  son  instruction,  à  son 
expérience,  à  son  autorité. 

Ses  vacations  comprenaient  notanunent,  avec  les  droits  de  con- 
seil, ceux  d'assistance  à  l'audience  et  d'écriture  des  actes. 

On  conçoit  qu'elles  étaient  souvent  contestées  dans  leurs  quan- 
tum et  dans  leur  substance  même.  Il  en  est  peu  qui  trouvent 
grâce  devant  la  diminution  et  la  taxe.  Parmi  les  arguments 
allégués  à  l'encontre  des  demandes  de  dépens,  arguments  de  fait 
et  arguments  de  droit,  on  trouve  par  exemple  qu'il  n'était  pas 
besoin  de  faire  si  grandes  écritures  :  «...  riens  n'en  devez  taxer, 
»  quar  s'est  esbatus  à  faire  grans  escriptures  »  (VF  G,  p.  24. 
anno  1348);  —  «...  considéré  que  il  a  fait  les  despens  trop  grans 
»  la  moitié,  et  que  il  n'y  deust  avoir  que  i  rolle  »  (VF  G,  p.  23, 
anno  1348?);  —  «  ...  où  il  demande  pour  m  vidimus,  respont 
»  que  ne  dit  point  de  quoy ,  et  que,  s'il  en  y  avoit  trois  douzaines, 
»  si  ne  li  en  devez  riens  taxer  »  (VF  G.  p.  24)  ;  —  que  l'acte  ou 
l'opération  pouvait  s'exécuter  à  moindre  frais,  que  l'entremise 
du  procureur  était  inutile  ;  «...  il  estoit  présens,  et  ne  li  falloit 
»  avoir  procureur  »  (VF  G,  p.  12,  anno  1346?);  «  ...  à  ce  qu'il 
»  demande  pour  une  procuracion  m  solz  ix  deniers,  dit  que  il 
■>  n'avoit  mestier  de  procuracion»  (Ibid.);  —  «  pour  sa  procura- 
>•>  cioniisolz:  (Taxe):  Nichil»  (FG,p.34,annol382);— qu'on  ne 
doit  pas  taxer  pour  deux  procureurs  en  une  seule  cause:  «...  on  ne 
»  doit  mie  taxer  pour  ii  procureurs  en  une  cause  »  (VF  G,  p. 
17,  anno  1347?);  —  <■■  ...  in  parlamento sufficit unus  procurator  >» 


247 

(VF  C,  p.  14,  anno  1347?);  —  que  le  procureur  n'a  droit  k 
aucun  salaire  quand  la  partie  est  présente  ;  «...  n'en  devez  riens 
»  tauxer,  quar  il  estoit  présens,  et  neli  falloit  avoir  procureur  » 
(Vie  C,  p.  12,  anno  1346?);  —  «  ...  pour  le  salaire  du  procu- 
»  reur,  respont  que  il  n'y  est  en  riens  tenuz,  pour  ce  que  il  y  a 
»  esté  en  sa  personne  »  (VP  C,  p.  33,  anno  1350?)  ;  —  que  les 
dépens  doivent  être  fractionnés,  lorsqu'ils  s'appliquent  à  des 
affaires  diSérentes ,  ou  à  plusieurs  causes  connexes  dont  l'une 
est  encore  pendante  ;  «  ...  n'en  doit  on  taxer  que  la  moitié  du 
»  salaire,  car  les  despens  de  l'un  des  adjornements  sont  de  la 
»  cause  principal,  laquelle  peut  encore  »  (VP  C,  p.  17,  anno 
1347?); —  «...  n'en  devés  taxer  que  déduction  faite  pour  les 
»  autres  causes  »  (VPC,p.  30,  anno  1360?);  —  que  le  procureur 
n'avait  reçu  aucun  salaire,  attendu  qu'il  était  l'ami,  le  parent, 
ou  le  domestique  ordinaire  (gagé  ou  non)  de  la  partie  «  ...  dicit 
»  quod  erat  de  génère  suo  et  amicus  suus  specialis  »  (VP  C,  p. 
18,  anno  1347?);  —  «  Nihil  quia  de  familiâ  »  (P  C,  p.  4,  anno 
1339)  ;  —  que  les  frais  antérieurs  à  une  cause  résolue  en  appel 
ne  peuvent  figurer  dans  les  dépens  de  cette  cause  .  «  Les  despens 
'<  contenuz  es  dix  huit  articles  furent  fais  par  avant  l'appel  et, 
»  par  ainsi,  ne  doivent  mie  estre  tauxés  »  (VP  C,  p.  15,  anno 
1349?);  —  «...  si  y  lu  il  mis  avant  que  la  cause  veinst  en  Parle - 
»  ment,  pourquoi  ne  le  deuvez  taxer  »  (VF  C,  p.  23,  anno 
1348?);  «  ...  est  alia  causa,  et  non  consernit  causam  appella- 
»  cionis,  nec  est  de  dependenciis  ejus  >  (VF  C,  p.  14.  1347?): 
—  «...  non  constat  quod  habuerit  pro  causa  appellacionis  dun- 
»  taxât...  »  (VP  C,  p.  13,  anno  1347  ?)  ;  —  enfin  que  les  dépens 
sont  prescrits  par  suite  de  la  péremption  d'instance:  «  considéré 
»  que  l'instance  des  procès  fu  périe  et  interompue,  aussi  fu  la 
»  poursuite  des  despens,  comme  elle  leust  accessoire  »  (VP  C, 
p.  25,  anno  1348?). 

Un  des  moyens  auxquels  la  diminution  avait  encore  recours 
consistait  dans  la  délation  du  serment  :  «...  et  de  ce  se  mettent 
»  en  serment  du  dit  »  (VP  C,  p.  11,  anno  1346?);  —  «...  requiè- 
»  rent  à  vous,  nos  seigneurs  qui  serez  députez  à  faire  la  taxa- 
»  cion,  que  vous  faciez  jurer  le  dit  Guy  à  cliascun  article  des  diz 
»  despens  »  (VP  C,  p.  12,  anno  1346?).  Ce  mode  de  preuves 
était  en  effet  admis  par  les  magistrats.  La  taxe  porte  plus  d'une 
fois  la  mention  suivante  :  «  Habeat  quia  jura  vit  »  (IP  C,  p.  14. 
anno  1347  etc?). 


248 

Au  reste  le  procureur  devait  être  désigné  expressément  et  par 
son  nom  dans  la  demande  de  dépens  :  «  ...  dicit  non  teneri 
»  in  aliquo,  quia  non  nominal  procuratores  »  (VP  C,  p.  14, 
annol347?);  disposition  qui  lui  était  commune  avec  l'avocat, 
ainsi  que  je  l'exposerai  plus  loin. 

Malgré  toute  l'habileté  qui  présidait  k  la  l'édaction  de  la  dimi- 
nution, malgré  les  dispositions  d'e.sprit  qui  portaient  le  taxateur 
à  réduire  ou  à  supprimer  les  dépens,  les  honoraires  du  procureur 
ne  pouvaient  être  absolument  contestés.  Il  est  probable  que  l'ap- 
préciation se  fondait  principalement  sur  la  question  de  fait.  C'est 
ainsi  que  les  vacations  de  séjour,  les  vacations  à  l'audience, 
notamment  pour  les  appels  et  pour  les  remises,  sont  tantôt  ac- 
cordées, tantôt  rejetées  (Admises:  P  G,  p.  330  —  rejetées:  I*-"  C, 
p.  17  —  à  rejeter:  V*=C,  p.  2)  —  J'ai  dit  au  commencement  de 
cette  étude,  que  la  rédaction  des  dépens  était  regardée  comme 
la  tâche  naturelle  du  procureur  de  la  partie  gagnante.  Ses  vaca- 
tions pour  ce  genre  de  travail  sont  presque  toujours  admises 
(admises:  PC,  p.  30,  31,  34  —  rejetées  :  P  C,  — 'iP  C,  p.  15). 
Il  est  même  à  remarquer  que  la  partie  est  mal  venue  à  parler  de 
ses  démarches  à  ordener  despens,  «...  pour  ce,  dit  le  fragment 
29  de  la  VP  classe,  ne  convenoit  ja  qu'il  y  fust  en  personne  » 
(anno  1349).  11  faut  en  dire  autant  de  la  prétention  formulée,  au 
nom  de  la  partie,  de  dédommagements  dus  pour  avoir  attendu  à 
l'audience  :  «  ...  s'il  attendi  la  ditte  ordenance,  respondent  que 
»  rien  n'en  doivent,  quar  il  avoit  son  procureur  pour  la  attendre 
»  à  l'audience  »  (VP  C,  p.  28,  anno  1349?).  Toutefois  il  résulte 
de  plusieurs  textes,  que  je  citerai  plus  loin  à  propos  des  clercs, 
que  ces  praticiens  d'ordre  inférieur  faisaient  concurrence  aux 
procureurs,  ou  étaient  employés  par  eux,  dans  la  confection  de 
l'état  de  frais.  11  arrivait  encore  que  le  procureur  fit  de  cette 
nature  de  vacations  l'objet  d'articles  distincts,  contenant  deux 
demandes,  l'une  pour  avoir  ordonyiè,  l'autre  pour  avoir  écrit 
l'acte.  Dans  ce  cas  le  taxateur  n'admettait  qu'un  des  articles,  ou 
les  réduisait  en  statuant  sur  le  tout  en  bloc. 

En  passant  par  les  mains  du  procureur,  le  coût  des  actes,  tirés 
par  lui  des  chancelleries  ou  des  greffes,  pouvait  devenir  la  source 
de  bénéfices  illicites.  C'était  aussi  un  des  points  sur  lesquels  la 
diminution  attirait  l'attention  du  taxateur.  «  ...  A  ce  que  il 
»  demande  pour  le  dit  arrest  escripre,  un  escu  :  dient  que  riens 
»  n'en  est  accoustumé  de  compter,  et  ainsi  en  riens  ne  li  en  soit 


249 

»  tauxé...  »  (YP  C,  p.  20,  anno  1347?);  —  et  que  le  taxateur 
prenait  certainement  en  considération  :  «...  pour  une  procuration 
»  à  plaidier  en  parlement  xx  sols  parisis.  (Taxe)  :  Habeat  viii 
solidos  »  (IIeclasse,p.  5,  anno  1343?);  — «  ...  pour  le  mémorial, 
»  VIII  deniers.  (Taxe)  :  Habeat  iv  denarios  »  (P,  C,  p.  15,  anno 
»  1344);  —  «  pour  l'escripture  de  la  procuracion  xl  sols. 
»  (Taxe)  :  Habeat  xx  solidos  »  (PC,  p.  10,  anno  1342);  — 
«  pour  la  relacion  du  sergent  vsols.  (Taxe)  :  Habeat  ii  solidos  » 
(P  C,  p.  9,  anno  1341)  ;  —  «  pour  la  procuracion  du  dit  parle- 
»  ment  v  sols.  (Taxe)  :  Habeat  xii  denarios  »  (P  C.  p.  19, 
anno  1346). 

§  3.  —  Des  plaideurs. 

Les  divers  moyens  de  diminution,  que  je  viens  de  passer  en 
revue,  portent  sur  les  émoluments  des  procureurs  et  les  dé- 
boursés de  procédure.  11  y  en  avait  tout  une  autre  série,  et  de 
beaucoup  la  plus  importante,  qui  était  dirigée  contre  les  dépens 
de  la  partie.  J'ai  indiqué  sommairement  au  chapitre  H  la  forme 
et  l'aspect  général  sous  lequel  elle  se  présentait.  Le  moment 
est  venu  d'entrer  plus  avant  dans  ce  sujet  et  d'en  exposer  le 
détail. 

La  diminution,  il  ne  faut  pas  l'oublier,  était,  comme  l'état  de 
frais,  l'œuvre  du  procureur.  EUe  consistait  en  deux  ordres 
d'idées,  selon  qu'elle  tendait  à  un  rejet  pur  et  simple  des  articles 
ou  à  leur  réduction.  La  plupart  des  fins  de  non  recevoir  repo- 
saient sur  des  contestations  de  faits,  sur  des  affirmations  contre- 
disant la  réalité  des  opérations  énoncées  dans  la  demande.  Les 
autres  avaient  pour  fondement  des  circonstances  particulières, 
telles  que  l'absence  de  preuves  ou  de  mention  :  «  ...  doceat,  si 
»  comme  raison  veult  »  (V^  C,  p.  2,  anno  1343);  —  «  ...  qu'il 
»  en  face  foy  »  (Ibid.);  l'inutilité  de  l'acte,  la  violation  des 
usages  :  «...  mi'ïYz  solverunt  vu  libras  ii  solidos  tur.  (Taxe)  : 
Nicliil  y  (IP  C,  p.  2,  anno  1342?);  l'inobligation  du  paiement 
effectué  :  «  ...  Nicliil,  car  il  n'est  pas  acoustumé  »  (V*"  C,  p.  2, 
anno  1343).  Les  allégations  tendant  à  la  réduction  se  tiraient, 
de  l'exagération  du  prix  :  «  ...  ceste  raison  est  frivole,  ne  n'a 
>■>  esté  tant  payé  »  (V^  C,  p.  3,  anno  1348),  ou  du  double  compte  : 
«  Nichil,  car  dessus  est  compté  »  Y"  C.  p.  2,  anno  1343);  les 
articles  avaient  déjà  été  présentés  ailleurs  ou  sous  une  autre 

n 


250 

forme,  ils  demandaient  en  bloc  ce  qui  avait  été  porté  en  détail  et 
réciproquement,  etc. 

En  ce  qui  touche  les  dépens  propres  aux  parties,  les  critiques 
de  la  diminution  se  concentraient  sur  la  réalité,  sur  l'oppor- 
tunité, sur  l'objet  de  leurs  voyages  et  de  leurs  séjours,  sur  l'ap- 
préciation du  montant  des  dépenses  qu'avaient  nécessitées  ces 
déplacements. 

Ces  critiques  se  confondaient  d'ailleurs  souvent  dans  le  même 
article  ;  elles  venaient  s'y  doubler,  s'y  fortifier  l'une  l'autre. 
Rarement  on  se  contente  de  nier  le  voyage,  on  ajoute  qu'il  était 
inutile,  que  partant,  les  frais  en  sont  imputables  au  demandeur. 
Il  faut  en  outre  appliquer  aux  frais  de  voyage,  de  séjour  des  va- 
lets employés  par  les  parties,  les  observations  qui  s'adressent 
aux  dépens  de  même  nature  qu'elles  réclamaient  pour  elles- 
mêmes  :  «  ...  ad  hoc  quod  dicit  quod  a  dicta  die  fuit  Parisius... 
»  Respondit  quod  hoc  fuit  voluntarium  quia  venit,  nara  sufficiebat 
»  procurator  ^>  (V*"  G,  p.  1,  anno  1337).  —  «  ...  Respond  que 
»  riens  n'en  doit  estre  tauxé.  Car  il  n'estoit  mie  nécessité  qu'il 
»  y  fust...  »  (V  C,  p.  4,  anno  1349).  —  «...  Il  n'est  mie  né- 
»  cessité  que  il  venist  quérir  ledit  arrest  ;  car  il  eust  assés  trouvé 
»  message  de  jour  en  jour  pour  envoyer,  et  ne  deveroit  estre 
»  tauxé  que  xii  ou  xvi  deniers  par  jour,  tout  comme  l'en  tauxe- 
»  roit  à  un  vallet,  se  il  l'eust  envoyé  de  son  pais  quérir  le  dit 
»  arrest  »  (V  C,  p.  11,  anno  1346?).  —  «...  Il  n'estoit  pas 
»  besoing  qu'il  y  fust  en  personne  »  (VF  C,  p.  36,  anno  1352?). 
—  «  Il  n'estoit  mie  nécessité  que  l'en  y  envoyast  vallet  »  (VP 
»  C,  p.  11,  anno  1346?).  —  «  ...Si  ne  devez  taxer  que  pour  un 
»  vallet,  lequel  ne  despendi  que  xii  deniers  par  jour,  en  venant 
*  à  Paris  et  retournant  au  pais  »  (V*"  C,  p.  2,  anno  1343).  — 
«  ...  Pro  expensis  dicte  que  venit  apud  Nemausum...  et  sic  fue- 
»  runt  in  uni  verso  xx  dies,  et  expendit  diebus  singulis  xl  soli- 
»  dos  turon.  valent  :  xl  libras  tur.  (taxe)  :  Nichil,  quia  apparet 
»  per  processum  quod  morabatur  in  Nemauso  »  (IPC,  p.  3,  art. 
33,  anno  1367).  —  «  ...  Puis  qu'il  confesse  qu'il  avoit  procu- 
»  reur,  ...  pour  niant  y  venoit-il...  »  (VP  C,  p.  36,  anno 
1352?).  —  «  ...  Ne  estoit  pas  nécessité  qu'il  fust  en  icelle  assise 
»  mesmement.  Qnar  la  cause  ne  estoit  pas  criminele  »  (VF  C, 
p.  7,  anno  1344?).  —  «  ...Ne  vinst  point  à  Paris,  et  s'il  y  vinst, 
»  si  n'estoit  point  nécessité  »  (VP  C,  p.  38,  anno  1360?).  — 
«  ...  Il  n'y  vinst  onques,  ne  nécessité  n'estoit,  car  il  souffîsoit 


254 

»  (lu  procureur  »  (Ibid.).  —  «  ...  Semble  bien  que  il  venoit 
»  voluntairement  et  sans  nécessité...  »  (YP  G,  p.  38,  anno 
1360?). 

Sans  nier  le  fait  du  voyage  ou  son  opportunité,  la  diminution 
pouvait  en  attaquer  l'organisation  et  le  train.  Elle  en  critiquait 
le  coût,  soit  que  les  distances  fussent  minimes  et  ne  donnassent 
guères  lieu  à  des  frais  accessoires,  soit  qne  l'équipage  parût  peu 
en  rapport  avec  l'état  de  la  partie  :  «...  Il  estoit  si  près  de  sa 
»  maison  que  il  ne  lui  en  convenoit  ja  mettre  hors  denier  de  sa 
»  bourse...  »  (VF  G,  p.  36,  anno  1352?).  —  «...  Vint  à  mi- 
»  prime,  et  s'en  ot  pot  retourner  de  haute  heure  ;  car  les  jours 
»  estoient  bien  alongiez  et  estoit  la  my-Mars  »  (VF  G,  p.  38, 
»  anno  1360?).  —  «  ...  Où  il  demande  xxxii  sols  pour  le  louier 
»  du  cheval,  respond  qu'il  ne  convenoit  mie  louer  cheval, 
»  car  il  en  a  assez  sans  louer...  »  (Ibid.).  —  «  :..  Il  ne 
»  convenoit  point  que  il  y  venist,  et  par  conséquent  que  le 
»  cheval  fust  remené.  Et  aveques  ce,  supposé  qu'il  eust  renvoyé 
»  le  cheval,  si  fu  ce  par  une  personne  qui  le  mena  et  hut  grant 
»  joie  de  le  mener  pour  en  avoir  le  départ  et  l'aisement  »  (Ibid.). 
—  «...  Si  ne  convenoit  il  pas  que  le  dit  abbé  y  fust  alez  à  si 
»  grant  compaignie  de  gens  comme  il  dit...  »  (Vie  G,  p.  6,  anno 
1344).  —  «...  Et  ne  convenoit  mie  si  griève  compaignie...  (VP 
G,  p.  38,  anno  1360).  —  «  ...  Pour  luy,  pour  son  cheval  et 
»  pour  son  vallet  x  sols,  valent  vi  livres  (taxe)  :  Habeat  xxxvi 
>'  sohdos  »  (P  G,  p.  22,  anno  1348). 

Une  troisième  classe  d'arguments  consistait  à  dire  que  le 
voyage  de  la  partie  avait  eu  un  autre  objet  que  celui  de  soutenir 
le  procès,  ou  avait  servi  en  même  temps  à  la  poursuite  d'opéra- 
tions étrangères  à  la  cause  :  «  ...  il  y  alla  pour  esbattre  et  veoir 
»  ses  autres  besoignes  qu'il  avoit  à  faire  au  pais,  mesmement 
»  pour  une  canoisie  que  li  roys  nostre  sire  lui  devoit  avoir  donné, 
»  ce  doit  estre  à  son  coust...  »  (V"  G,  p.  3,  anno  1348);  — 
v<  ...  le  dit  avoit  autres  causes  en  parlement  que  ceste  ;  si  ne 
^>  seroit  tenuz  (le  perdant)  que  pour  la  porcion  afférant  à  ceste 
»  cause  tant  seulement  »  (V  G,  p.  4,  anno  1349);  —  «  ...  li- 
»  quelz  estoit  venus  à  Paris  pour  plusieurs  autres  besoingnes  » 
(VP  G,  p.  7,  anno  1345?)  ;  —  «...  si  n'y  vint  il  pour  ceUe 
»  cause,  mais  vint  au  lendit  qui  lors  séoit  pour  marchander,  ou 
»  autre  besoigne  faire...  »  (VP  G,  p.  11,  anno  1346?);  — 
«   ...  doit  estre  rabatu  la  moitié,  pour  ce  qu'il  y  vint  pour  autre 


2H-2 


»  chose,  c'est  assavoir  pour  faire  un  paiement  à  certaines  gens  » 
(Vie  c,  p.  12,  anno  1346?);  —  «  ...  s'il  y  vinst,  en  vérité  si  fu 
»  ce  pour  trouver  remède  de  sa  veue  (ses  yeux)  »  (VF  G,  p.  38, 
anno  1360?). 

Les  dépenses  de  séjour  étaient  contestées  dans  leur  principe 
même,  pour  des  raisons  de  droit  :  «  ...  à  ce  qu'il  demande  c  et  i 
»  livres  pour  ses  despens  de  demourer  à  Paris  jusques  à  la  fin 
»  du  Parlement,  Nicliil  ;  car^  puisque  la  cause  estoit  en  arrest, 
»  il  n'y  avoit  que  demourer...  »  (V^  C,  p.  2,  anno  1343)  ;  pour 
des  raisons  de  fait,  quand,  par  exemple,  la  partie  descendait 
notoirement  chez  un  hôte,  parent  ou  ami,  qui,  à  ce  titre,  l'hé- 
hergeait  sans  frais  :  «  ...  dient  qu'il  ne  puet  riens  demander  ; 
»  quar  il  demouroit  avec  son  cousin,  où  il  ne  despendit  riens  » 
(Vie  C,  p.  12,  anno  1346  ?j.  —  «...  Respont  que  riens  n'en  de- 
»  vez  tauxer,  pour  ce  que  il  est  touzjours  chiez  monseigneur 
»  son  père,  monseigneur  Symon  de  Bucy  »  (VI"  C,  p.  22,  anno 
1348?)  ;  —  et  dans  leur  estimation,  lorsqu'elles  s'appliquaient  au 
coût  de  la  vie  :  «  ...  es  articles  esquelz  est  faicte  mencion  des 
»  despens  de  bouche,  et  despendi  chascun  jour  c  sols,  dient  que 
»  en  vérité  n'est  A'raisemblable  que  il  despendi  c  sols  par  jour 
»  avec  un  varllet  sanz  cheval,  combien  que  il  soit  large  despen- 
»  deur  »  (VI«  C,  p.  19,  anno  1347?/  —  «  Si  ne  beust  ne  ne 
»  mauga  ledit  Guillaume  entre  les  deux  villes...  »  (VP  C,  p. 
38,  anno  1350?).  —  «  Fuit  Parisius  per  clxxv  dies,  et  expendit 
»  computando  per  diem,  pro  qualibet  persona,  que  sunt  pro  uni- 
»  verso  XIII  persone,  ii  solidns  tur.  et  pro  quolibet  animalium 
»  II  solid.  turon.  facientes  in  universo  m  c  xxix  libras  vni  soli- 
»  dos  VI  denarios  tur.  Eadem  fuit  Parisius,  se  nona  inter  scuti- 
>•>  feros  et  domicellas,  et  cum  tribus  equis  per  ii  c  xii  dies,  in 
»  quibus  expendit  prout  supra,  facientes  in  universo  :  m  c  iiii^x 
»  libras  et  xxxn  solidos  turon.  (Taxe)  :  Habeat  pro  toto  quod 
»  moravit  Parisius  i^i  c  libras  turon.  »  (P  G,  p.  2,  anno  1337). 
—  «...  Ne  venoit  ledit  Regnaud  que  sur  un  de  ses  chevaux  de 
»  sa  charrue,  tout  seul,  sans  vallet,  et  ne  bevoit  ne  mangoit  que 
»  une  fois,  hors  de  sa  maison,  et  ne  despendoit,  lui  et  son  che- 
»  val,  que  mi  solz  ou  v  »  (VP  G,  p.  9,  anno  1356?).  —  «  ... 
»  Et  revinst  boire  et  manger  à  sa  maison  »  (Ibid.). 

Qu'il  s'agît  de  frais  de  voyage  ou  de  frais  de  séjour,  la  condi- 
tion des  personnes  entrait  pour  une  part  importante  dans  la  dis- 
cussion des  dépens  qui  pouvaient  leur  être  légitimement  alloués. 


253 

«  ...  Ne  demoura  que  un  jour,  li  et  son  cheval  tant  seulement, 
»  si  dependi  v  sols  tournois,  et  pour  tant  povoit  passer  un 
»  homme  et  son  cheval  de  son  estât,  lors,  une  journée  au  pais 
»  de  par  delà  »  (VI'^  C,  p.  S,  anno  1345?);  —  «  ...  respond  que 
»  ne  doit  avoir  que  pour  un  cheval  et  un  vallet,  que  son  estât  ne 
»  requiert  mie  plus  »  (VP  C,  p.  12,  anno  1346?);  —  «...  là  où 
->  il  demande  pour  ses  journées  et  pour  ses  destourbes,  xn  livres, 
»  etc.;  dient  que,  considéré  l'état  et  la  personne  du  dit,  doit 
»  soufRre  xl  sols  »  (VI«  C,  p.  32,  anno  1350?).  —  Enfin,  dans 
une  assez  curieuse  espèce,  où  un  plaideur  réclame  deux  mille 
livres  de  dommages  intérêts  pour  avoir  subi  une  détention  ^  de 
quatre  années  («  et  ainsy  fn  démenez  en  fers,  sans  ce  qu'il  peust 
»  oncques  passer  sur  ses  pies,  ne  veoir  lune  ne  soleil,  ne  qu'il 
»  peast  estre  ois  ne  receus  en  raisons  »),  on  voit  le  défendeur 
arguer  «  que  grant  folie  est  de  requerre  pareille  somme  »  de  ce 
que  le  dit  «  Jehan  estoit  et  est  pouvres  homs,  de  petit  estât  » 
(VrC,  p.  2,  anno  1343?). 

H.  Lot. 

La  suite  prochainement. 


I.  Il  résulte  au  reste  de  l'extrait  suivant  qu'une  personne,  emprisonnée  par  le 
seigneur  du  lieu,  et  délivrée  par  les  gens  du  roi,  n'avait  pas  droit  de  ce  chef  à 
des  dommages  intérêts  :  «  ...et  oultre,  se  un  haut  justicier  prent  aucune  per- 
»  sonne  en  sa  haute  justice,  et  puis  après,  est  délivrés  par  commissaire  des 
))  gens  du  Roi,  pour  ce  ne  s'en  suit  il  pas  que  ledit  seigneur  doie  rendre  les 
»  despens  au  prisonnier  »  (VI"  C.  p.  6,  anno  I3i4?). 


ESSAI 


SCll   LE 


CÂRTULÂIRE  DE  L'ABBAYE  DE  SAINTE-FOI 

DE  CONQUES  EN   ROUERGUE 

(IX«-XIP  SIÈCLES). 


Dans  les  montagnes  du  Rouergue,  non  loin  de  Rodez,  prend 
sa  source  une  rivière  qu'on  appelle  le  Dourdou  et  dont  les  eaux 
rougeâtres  descendent  vers  le  Lot  à  travers  un  pays  tourmenté. 
Après  avoir  baigné  le  pied  du  village  de  Salles-la-Source,  célèbre 
par  ses  cascades ,  le  vallon  de  Marcillac  où  les  bourgeois  de 
Rodez  vont  en  villégiature,  à  la  saison  des  vendanges,  et  la 
plaine  de  Saint-Cyprien ,  unie  comme  le  bassin  d'un  étang  et 
fertile  en  melons;  elle  s'engage  tout  à  coup,  rapide  et  bruyante, 
dans  des  gorges  étroites  d'un  aspect  sinistre  ;  c'est  à  grand'- 
peine  qu'un  chemin  suffisant  pour  une  voiture  a  été  dérobé  à  son 
lit.  A  une  lieue  de  là,  le  mur  de  rochers  s'entr'ouvre  à  droite  pour 
livrer  passage  à  un  torrent  ;  ses  parois  écartées  forment  un 
immense  trou  ressemblant  assez  à  une  conque.  Dans  cet  espace, 
est  suspendue  à  mi-côte  une  petite  plate-forme.  On  y  grimpe 
par  une  pente  presque  verticale  sur  laquelle  se  hissent  les  mai- 
sons d'un  village,  et  on  arrive  en  face  d'un  grand  portail  sculpté, 
dans  le  tympan  duquel  un  bas-relief  déploie  les  terreurs  du  juge- 
ment dernier.  C'est  l'église  abbatiale  de  Sainte-Foi  de  Conques, 
bâtie  par  des  bénédictins  dont  le  couvent  a  été  démoli  depuis  la 
Révolution.  Une  nef  courte  précède  un  large  transept  et  une 
abside  de  vastes  proportions  que  l'obscurité  grandit  encore  ^ .  On 


1.  Mérimée  a  décrit  cette  église  dans  les  Notes  d'un  voyage  dans  le  midi  et 
dans  l'orient  de  la  France.  Paris,  1835,  2  vol.  in-8°. 


235 

ne  s'attend  pas  à  trouver  un  pareil  monument  dans  ce  pays 
presque  sauvage;  et  lorsque,  dans  l'ombre  des  armoires  du  chœur, 
on  voit  étinceler  des  reliquaires,  des  crucifix,  des  têtes  et  des 
bras  de  saints,  des  bas-reliefs,  des  tryptiques  en  argent  et  en  or, 
couverts  de  pierreries  parmi  lesquelles  on  ne  compte  pas  moins 
de  63  camées  et  intailles  antiques,  on  se  demande  si  ce  n'est  pas 
un  rêve  qu'on  fait  tout  éveillée  Avec  une  grande  croix  d'argent 
du  XV''  siècle,  ornée  de  21  figurines  dorées  d'un  travail  exquis, 
haute  de  1  mètre  40  centimètres  et  large  de  80  centimètres,  ce 
qui  frappe  davantage,  c'est  une  statue  de  sainte  Foi,  vierge  et 
martyre,  couronne  en  tête,  assise  sur  un  trône,  dans  l'attitude 
qu'on  donne  aux  reines  sur  les  sceaux  de  majesté.  Elle  est  en 
eifet  la  reine  de  ce  Heu,  et  elle  a  eu  au  loin  des  tributaires  qui 
sont  venus  lui  rendre  hommage  de  presque  toutes  les  provinces 
de  France,  de  l'Espagne,  de  la  Suisse,  de  l'Italie,  de  l'Allemagne 
et  même  de  l'Angleterre. 

Les  miracles  opérés  par  la  vertu  de  ses  reUques  ont  été  racon- 
tés dans  un  livre  édité  par  le  P.  Labbe  ~  et  le  P.  Ghesquier  ^.  Il 
en  est  parmi  eux  qui  ont  scandalisé  les  auteurs  de  Y  Histoire  lit- 
téraiï'e  '^.  Quelques-uns  en  effet  manquent  de  cette  gravité  qui 
fut  de  mode  au  grand  siècle  ;  d'autres  font  penser  aux  légendes 
naïves  des  Fioretti.  La  vieille  comtesse  Berthe  les  appelait,  au 
XI''  siècle,  «  les  plaisanteries  de  sainte  Foi,  »  joca  sanctœ  Fidis. 

Mabillon  a  parlé  de  l'origine  de  l'abbaye  de  Conques  dans  les 
Annales  de  l'ordre  de  saint  Benoit  ■\  Les  BoUandistes  ont  traité 
plusieurs  points  de  son  histoire  dans  l'article  consacré  à  sainte 
Foi  ^,  et  les  auteurs  du  G  allia  christiana  ont  rédigé  une  notice 
détaillée  des  abbés  ^.  Tous  ces  travaux,  très-importants,  con- 
tiennent cependant  un  assez  grand  nombre  d'inexactitudes.  On 
n'en  sera  pas  étonné,  si  l'on  considère  que  ces  illustres  érudits 


1.  M.  Darcel  a  publié  les  dessins  des  principales  pièces  de  ce  trésor,  avec  un 
commentaire  qui  prouve  une  grande  sagacité,  dans  les  Annales  archéologiques 
de  Didron,  t.  16,  20  et  21.  11  a  oublié  ou  négligé  quatre  camées  ou  intailles, 
t.  20,  p.  327. 

2.  Vovc  bibliotheca  manuscriptorum,  t.  II,  p.  531. 

3.  Ada  Sanctorum.  Octob.  t.  III,  p.  300. 

4.  T.  VII. 

5.  T.  II. 

6.  Ociob.,  t.  III,  p.  263. 

7.  T.  I. 


256 

n'ont  pu  consulter  que  les  documents  peu  complets,  recueillis  par 
le  conseiller  Doat  et  déposés  d'abord  chez  Colbert  et  depuis  à  la 
bibliothèque  du  roi  ' . 

J'ai  eu  le  bonheur  de  trouver,  aux  archives  de  la  Société  des 
lettres,  sciences  et  arts  de  l'Aveyron,  le  cartulaire  de  l'abbaye 
dans  lequel  sont  copiées  548  chartes  ,  parfaitement  sincères, 
comprises  entre  les  années  801  et  1180,  sans  compter  8  pièces 
transcrites  après  coup  dans  les  marges  et  dans  les  intervalles,  et 
12  autres  sur  les  gardes.  Ces  documents  fournissent  des  indica- 
tions certaines  sur  l'histoire  de  l'abbaye,  et  aussi  des  matériaux 
précieux  pour  l'étude  de  la  géographie,  des  institutions,  des 
mœurs,  de  la  condition  des  personnes  et  des  propriétés  du  ix*^  au 
xii°  siècle.  Je  me  propose  d'en  extraire  brièvement  les  faits  les 
plus  saillants  et  les  moins  connus.  Mais  d'abord  il  convient  de 
dire  quelques  mots  de  l'âge  et  de  l'état  du  cartulaire. 

Pour  l'œil,  ce  manuscrit,  de  format  in-8°,  contenant  267 
feuillets  en  vélin,  se  divise  en  trois  parties.  La  première  com- 
prend 17  cahiers,  de  8  feuilles  chacun-.  Les  pages,  réglées  et 
encadrées  de  traits  à  la  pointe,  ont  22  hgnes.  L'écriture,  qui 
paraît  des  premières  années  du  xii"  siècle,  est  fort  belle;  les 
mots  sont  bien  espacés,  les  lettres  initiales  coloriées  d'un  ver- 
millon très-vif.  Les  plus  récentes  des  pièces  nomment  l'abbé 
Begon,  mort  avant  1110.  —  Les  13  cahiers  suivants,  aussi  de 
8  feuilles  chacun  ^  (f^^  cxxxvii  à  ccxxxvii),  sont  d'une  écriture 
plus  serrée,  bonne  encore,  avec  28  lignes  à  la  page.  Le  rouge 
des  initiales  est  moins  fin.  La  main  est  certainement  aussi  de  la 
première  moitié  du  xif  siècle.  Les  actes  copiés  ne  descendent  pas 
plus  bas  que  l'époque  où  vivait  Etienne,  prédécesseur  immédiat 
de  Begon.  —  Le  reste  du  manuscrit  '^  présente  les  écritures  et  les 
encres  les  plus  diverses,  antérieures  cependant  au  xiii«  siècle. 
Jusqu'au  feuillet  ccli,  on  ne  rencontre  pas  un  document  qui  soit 
postérieur  à  1110.  Dans  les  pages  qui  terminent  le  volume,  se 
trouvent  des  pièces  avec  le  nom  d'Isarn,  abbé  vers  1170.  C'est 

1.  Vol.  143  et  144  de  la  Collection  Doat. 
î.  A  l'exception  du  5°  qui  n'en  a  que  sept. 

3.  A  l'exception  du  13%  le  30<^  de  tout  le  maauscril,  qui  a  seulement  sept 
feuillets. 

4.  11  forme  quatre  cahiers  ayant,  les  deux  premiers  huit,  le  troisième  six,  et 
le  dernier  sept  feuillets. 


257 

à  cette  époque  que  le  cartulaire  a  été  clos  ;  pour  y  faire  entrer 
un  acte  de  1183,  on  a  été  obligé  de  récrire  dans  les  marges. 

En  résumé,  il  a  dû  être  fait  au  commencement  du  xif  siècle,  à 
l'exception  des  4  derniers  cahiers  qui  ne  sont  guère  postérieurs 
à  1170.  On  n'y  voit  pas  la  copie  de  la  donation  du  prieuré  de 
Schélestadt  en  1167  S  qui  était  cependant  digne  d'y  trouver 
place.  Quant  à  la  méthode  adoptée  pour  la  transcription  des 
documents,  le  copiste  semble  avoir  eu  le  projet  de  les  ranger  par 
ordre  de  lieux.  Mais  le  premier  classement  ayant  sans  doute  été 
mal  exécuté,  il  a  fallu  insérer  les  pièces  oubliées  à  fur  et  à 
mesure  qu'on  les  découvrait  :  de  là  quelque  confusion  qui  rend 
les  recherches  assez  difficiles.  Les  bulles  des  papes,  à  l'exception 
d'un  acte  d'Honorius  III,  copié  en  marge  du  feuillet  xxiv,  et  les 
diplômes  des  souverains  de  la  France,  octroyés  à  l'abbaye,  n'ont 
pas  été  transcrits  dans  le  cartulaire.  Sa  reliure  date  duxvf  siècle, 
car  quelques  notes  écrites  vers  1550  sur  le  bord  du  feuillet 
cxiii  v"  ont  été  rognées.  Une  main  de  cette  époque  a  donné  au 
manuscrit  ce  titre  prétentieux  :  Liber  Mirabilis  ~. 


I. 

HISTOIRE  DE  L'ABBAYE  DE  CONQUES. 

1°  Origine   de   l'abbaye.    —  Procès   avec  le  monastère 

DE   FiGEAC. 

Fondation  de  Conques.  —  Au  temps  de  Charlemagne , 
Dadon,  voulant  se  livrer  à  la  vie  contemplative,  alla  chercher 
la  solitude  dans  l'âpre  désert  de  Conques.  Là,  pendant  l'invasion 
des  Sarrasins  qui  dévastèrent  le  Rouergue,  quelques  chrétiens 
réfugiés  avaient  élevé  un  petit  oratoire.  Dadon  s'y  bâtit  un 
ermitage  où  il  reçut  un  compagnon  nommé  Madraldus. 

La  sainteté  des  deux  ermites  fut  bientôt  en  renom  dans  le  voi- 
sinage et  un  certain  nombre  de  prosélytes  se  mit  sous  leur 
direction.  Guibert,  comte  de  Rouergue,  leur  fit  don  du  territoire 
qui  appartenait  au  fisc,  et  ils  construisirent  un  monastère  et  une 
église  sous  l'invocation  du  Saint-Sauveur. 


1.  Doat.  143. 

2.  Les  chartes  onl  été  numérotées  au  xvn°  siècle  d'une  manière  très-fautive. 


258 

Mais  Dadoii,  pour  qui  la  solitude  avait  plus  d'attrait  que  la  vie 
commune,  se  retira  à  Grandvabre,  laissant  à  Madraldus  le  gou- 
vernement de  la  congrégation.  Dans  le  même  temps,  saint  Benoit 
d'Aniane  restaurait  en  Aquitaine  la  règle  bénédictine.  Louis  le 
Débonnaire,  qui  prit  sous  sa  protection  le  nouveau  couvent,  le 
visita  plusieurs  fois  et  l'enrichit  de  ses  bienfaits,  invita  les  céno- 
bites à  la  suivre  et  leur  envoya  des  bénédictins  capables  de 
joindre  l'exemple  à  la  leçon  ^  Une  charte  constate  qu'elle  floris- 
sait  à  Conques  en  801  -. 

Fondation  de  Figeac.  —  Environ  vingt  ans  après  que  Louis 
le  Débonnaire  eût  doté  l'abbaye,  Pépin  II,  roi  d'Aquitaine,  lui 
donna  le  monastère  de  Jonant,  tombé  en  décadence  et  peut-être 
en  ruines''.  Mais  quand  il  fallut  en  recevoir  les  habitants,  l'étroi- 
tesse  des  rochers  ne  permit  pas  de  construire  des  bâtiments  suffi- 
sants. La  difficulté  des  chemins,  rendait  d'ailleurs  l'approvision- 
nement presque  impossible.  Alors  le  i"oi,  sans  doute  à  l'instigation 
de  l'abbé  Elle,  forma  le  projet  de  fonder  une  succursale  dans  un 
lieu  plus  accessible  et  plus  commode.  Figeac  fut  choisi;  on  y 
bâtit  un  couvent  qui  fut  nommé  la  Nouvelle  Conques.  Les 
moines  de  Jonant  s'y  réunirent  à  une  partie  de  ceux  de  Conques, 
sous  l'autorité  d'Elie.  Cependant,  l'honneur  de  la  priorité  étant 
réservé  à  l'abbaye-mère,  le  roi  laissa  aux  moines  de  la  Nouvelle 
Conques,  après  la  mort  d'Elie  ou  de  son  successeur,  s'ils  trou- 
vaient dans  leurs  rangs  un  frère  en  état  de  les  conduire  selon  la 
règle  de  saint  Benoît,  la  faculté  de  l'éhre  abbé-*. 

Procès  entre  les  deux  abbayes.  —  Il  semble  que,  dans  le 
cours  du  x"  siècle,  ces  dispositions  aient  été  respectées.  Vers 
961 ,  le  testament  de  Raymond  V^,  comte  de  Rouergue  et  marquis 
de  Gothie,  nous  montre  les  deux  abbayes  vivant  en  bonne  intel- 
ligence ;   ce  seigneur   partage  entre    elles  l'éghse  d'Auriniac. 

1.  Gui.  christ.,  p.  236,  diplôme  de  Loiiis-le-Déboniiaire,  819.  —  Arch.  de  la 
Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  VAveyron.  Diplôme  de  Pépin  d'Aquitaine, 
839,  eu  original. 

2.  Gaitul.,  fol.  II. 

3.  Dans  un  lilre,  faux,  il  est  vrai,  tiré  des  archives  de  Figeac  et  cité  dans  le 
Gallia  christiana,  t.  1,  p.  171,  on  lit  que  l'abbaye  de  Jonant  avait  été  détruite 
par  une  inondation. 

4.  Diplôme  de  Pépin  d'Aquitaine,  839,  déjà  cité. 


259 

L'abbaye  de  Conques  est  nommée  la  première  :  inprimis  dono 
ad  illo  cœnohio  de  Conquas  illa  medietate  de  illo  alode  de 
Auriniaco  et  de  illas  ecclesias  et  de  omnibus  villariis  quœ 
ibi  aspichmt  et  alia  medietate  ad  illo  cœnobio  de  Figiaco^. 
Une  autre  pièce  prouve  que,  vers  972,  Figeac  avait  un  abbé 
spécial,  Castlo,  auquel  Rainulphe  donne  l'église  de  Fons  en 
Querci.  Castlo  s'empresse  de  faire  confirmer  cette  donation  par 
le  pape  Benoît  YI  ^.  Il  craignait  donc  que  quelqu'un  n'en  contes- 
tât la  propriété  à  son  couvent.  Les  abbés  de  Conques  avaient-ils 
déjà  élevé,  à  ce  moment,  la  prétention  de  dominer  Figeac?  On  peut 
le  supposer,  car  les  deux  maisons  ne  tardèrent  pas  à  être  en 
guerre  ouverte.  Au  milieu  du  xi*'  siècle,  l'abbé  de  Conques,  Odolric, 
invoque  contre  Figeac  le  secours  du  bras  séculier.  A  sa  demande, 
Begon  de  Calmont  réunit  de  force  le  second  monastère  au  pre- 
mier et  décide  que,  après  la  mort  de  l'abbé  existant  de  Figeac, 
son  successeur  sera  nommé  par  l'abbé  de  Conques,  avec  l'agré- 
ment des  seigneurs  de  Calmont^.  Il  faut  remarquer  que  les  inten- 
tions du  roi  Pépin  sont  méconnues  dans  cet  acte,  au  préjudice 
de  l'abbaye  de  Figeac. 

Celle-ci,  pour  échapper  au  joug  de  sa  rivale,  va  se  mettre  dans 
l'obédience  de  l'abbaye  de  Cluny  ,  gouvernée  alors  par  saint 
Hugues  qui  ne  s'empresse  pas  d'accueillir  cette  recrue  amenée 
par  le  dépit.  Mais  les  moines  de  Figeac  circonviennent  le  père  de 
Begon,  Hugues  de  Calmont,  qui  avait  pris  le  froc  à  Cluny.  Ce 
seigneur  triomphe  des  scrupules  de  saint  Hugues.  Sur  ces  entre- 
faites, Hugues  de  Calmont  vient  à  mourir,  et  l'abbé  de  Cluny 
hésite  de  nouveau.  Alors  Begon,  pour  se  conformer  sans  doute 
aux  derniers  désirs  de  son  père,  changeant  tout  à  coup  de  réso- 
lutions, consent,  en  1074,  par  une  donation  solennelle,  à  trans- 
porter à  l'abbé  de  Cluny  les  droits  qu'il  avait  précédemment 
assurés  à  l'abbé  de  Conques^. 

Le  successeur  d'Odolric,  Etienne  II,  présent  au  concile  con- 
voqué à  Rome,  en  1070,  pour  juger  l'empereur  d'Allemagne,  en 
appelle  à  Grégoire  YII  ^.  Le  pape,  dans  une  buUe  datée  de  l'an- 

1.  Doin  Vaissete,  Hist.  du  Languedoc,  l.  II,  Preuves,  p.  107. 

2.  P.  5i0  el  Preuves,  p.  103. 

3.  Gallia  chriatiana,  t.  I,  Instr.  p.  52,  XI. 

4.  Instr.,  p.  44,  XXXVI  el  XXXVII. 

5.  Cartul.  de  Conques,  f'XLVII.  —  ...eo  tempore  quo  papa  Greyorius  VII  con- 
vocavit  Roinae  magnum  sinodum  episcoporum  el  abbatum  adversum    Hœnrici 


260 

née  1084,  déclare  que  Figeac  doit  se  soumettre  à  Conques,  et 
pour  le  bien  de  la  paix,  ordonne  que  d'Etienne,  abbé  de  Conques, 
ou  d'Airald,  abbé  de  Figeac,  celui  qui  survivra  réunira  les  deux 
abbayes  ' .  On  voit  que  cette  décision  ne  tient  aucun  compte  du 
diplôme  de  Pépin  d'Aquitaine. 

Etienne,  abbé  de  Conques,  meurt  le  premier;  mais  son  couvent 
refuse  d'obéir  à  un  supérieur  venant  de  Figeac,  et  lui  donne  un 
autre  successeur.  L'affaire  est  portée  devant  le  concile  de  Cler- 
mont  en  1095.  Les  moines  de  Conques  y  présentent  la  bulle  de 
Grégoire  VII  qui  les  condamnait  eux-mêmes.  A  la  lecture  de  ce 
document,  le  concile  dépose  l'abbé  qu'ils  avaient  élu  et  réunit  les 
deux  monastères  dans  la  main  de  l'abbé  de  Figeac.  «  Il  y  eut 
»  alors,  dit  le  pape  Urbain  II,  une  telle  discorde,  que  le  tempo- 
»  rel  des  deux  maisons  fut  compromis  et  le  salut  des  âmes  en 
»  péril.  »  L'abbé  de  Cluny,  à  qui  la  bulle  produite  par  les  défen- 
seurs de  Conques  enlevait  les  droits  qu'il  tenait  de  la  volonté  des 
moines  de  Figeac  et  de  la  donation  de  Begon  de  Calmont,  pré- 
tendit qu'elle  avait  été  expédiée  subrepticement  et  qu'elle  n'était 
pas  conforme  au  prononcé  du  jugement  de  Grégoire  VII  auquel 
il  assistait.  Enfin  en  1097,  le  concile  de  Nîmes  imposa  un  terme 
à  ces  débats,  en  séparant  les  deux  abbayes  et  en  donnant  à  cha- 
cune d'elles  le  droit  de  nommer  son  abbé  ~. 

Il  est  certain,  d'après  le  texte  des  jugements  rendus  dans  ce 
long  procès,  que  les  moines  de  Conques  ne  produisirent  jamais 
que  des  copies  tronquées  du  diplôme  de  Pépin  d'Aquitaine.  On  le 
comprend:  cette  pièce  les  eût  convaincus  d'usurpation  flagrante. 

Chronique  de  Figeac.  —  Les  moines  de  Figeac  savaient  par 
tradition  qu'ils  avaient  droit  à  l'indépendance,  mais  ils  ne  pos- 
sédaient aucuns  titres  qui  pussent  le  prouver.  Ils  en  inventèrent. 
Baluze  a  publié  une  chronique  de  Figeac  qui  a  dû  être  composée 
à  la  fin  du  xf  siècle  ^  Elle  traite  de  l'origine  de  l'abbaye  et 
donne  un  catalogue  d'abbés  qui  s'arrête  justement  à  Airald,  mis, 

régis  placitum,  etquo  t empare  Stephanus,  abbas  Conchensis,  Figiaci  monasie- 
rium  ob  eodem  papa  mpetravit,  assercniibus  omnibus  qui  erantin  palatio  7it, 
siciit  prœcepta  regalia  monstrabant,  perpétua  abbali  Conchensi  esset  subdiium 
et  serviret  sicul  membra  capitu 

1.  Gai.  Christ.,  t.  I,  p.  241. 

1.  Instr.,  p.  44,  XXXVIII. 

3.  Miscellanea,  l.  IV,  p.  1.  Lucœ,  1761-1764. 


26i 

en  1095,  à  la  tête  des  deux  maisons  par  le  concile  de  Clermont. 

D'après  ce  document,  l'abbaye  de  Figeac,  fondée  par  Pépin  le 
Bref,  est  détruite  par  une  invasion  de  Barbares  au  commence- 
ment du  ix*^  siècle.  Elle  est  reconstruite,  en  822,  par  Aimar  qui 
réunit  autour  de  lui  une  nouvelle  communauté  et  la  dirige  32 
ans.  On  ne  sait  de  quels  Barbares  le  chroniqueur  veut  parler. 
Les  Sarrasins  franchirent,  il  est  vrai,  les  Pyrénées  en  793,  mais 
ils  ne  s'étendirent  pas  au-delà  de  la  Septimanie  ' . 

Aimar  a  pour  successeurs  de  puissants  abbés,  dont  plusieurs 
sont,  comme  lui,  sacrés  par  le  Souverain-Pontife.  Cependant,  la 
chronique  ne  cite  pas  d'acte  auquel  ces  abbés  aient  pris  part,  pas 
de  donation  qu'ils  aient  reçue.  Leurs  noms  se  suivent  avec  une 
date  vague  et  quelques  indications  banales.  A  l'exception  d'Adal- 
gerius  et  de  Lautardus,  on  n'en  trouve  aucun  dans  les  chartes 
de  Conques.  Castlo,  dont  j'ai  parlé  plus  haut,  est  le  seul  qui  ait 
été  mentionné  dans  une  pièce  authentique. 

La  chronique  insiste  sur  les  plus  petits  détails  des  relations 
entre  Figeac  et  Conques.  Ainsi  Aimar,  le  restaurateur  de  l'ab- 
baye, fait  faire  deux  croix  de  dimensions  différentes  :  la  plus 
petite  pour  Conques,  la  plus  grande  pour  Figeac,  supérieur  en 
dignité.  Géraud,  sous  Charles  le  Simple,  est  offensé  par  les  moines 
de  Conques  et  les  punit  en  leur  imposant  pour  prieur  un  jardi- 
nier du  couvent  de  Figeac.  Adalgerius,  après  s'être  emparé  à 
prix  d'argent  de  Conques,  achète  également  Figeac  et  se  casse  la 
jambe  en  visitant  ses  nouveaux  domaines.  Le  chroniqueur  va 
même  jusqu'à  insinuer  que  les  moines  de  Conques  ont  bien  pu 
empoisonner  l'abbé  Lautard  qui  meurt  chez  eux. 

Mais  il  ne  sait  rien  des  faits  contraires  aux  prétentions  soute- 
nues par  son  abbaye,  et  il  oublie  un  événement  contemporain 
assez  important  cependant  :  la  réunion  de  Figeac  à  Conques  par 
Begon  de  Calmont. 

A  proprement  parler,  ce  document  est  donc  plutôt  un  factum 
qu'une  chronique.  Il  a  été  rédigé  au  cours  du  procès,  porté  devant 
les  papes  et  les  conciles,  et  pour  les  besoins  delà  cause. 

Chronique  de  Conques.  —  De  leur  côté ,  les  moines  de 
Conques  avaient  aussi  composé  une  chronique  qui  est  imprimée 
dans  le  Thésaurus  Anedectorum  de  dom  Martène^  L'auteur, 

1.  Hist.  du  Languedoc,  t.  I,  p.  452.  —  2.  T.  III. 


202 

anonyme,  s'nppuio  sur  des  documents  dont  nous  pouvons  encore 
aujourd'liui  vèritier  rautlienticité.  A  l'exception  de  trois  ou 
quatre,  les  noms  des  abbés  dont  il  présente  la  courte  notice  s'y 
retrouvent,  à  peu  près  à  la  date  qu'il  leur  assigne.  Le  Gallia 
christiana  corrige  avec  raison  quelques  interversions  dans 
l'ordre  de  succession  de  ces  dignitaires. 

Le  chroniqueur  met  aussi  en  relief  les  faits  qui  se  rapportent 
à  Figeac.  Il  note  d'aboi-d  sa  fondation  sous  Pépin  d'Aquitaine, 
puis  il  énumère  des  confirmations  par  Charles  le  Chauve  et 
Charles  le  Simple  des  droits  de  Conques  sur  cette  abbaye  qui,  si 
elles  ont  jamais  existé,  ont  disparu.  Comme  l'historien  de  Figeac, 
il  accuse  de  simonie  Adalgerius.  Il  raconte  ensuite  qu'un  neveu 
de  Lautard  usurpa  Figeac  et  que,  condamné  par  l'autorité  apos- 
tolique, il  se  soumit  à  cette  sentence;  et  vint  faire  pénitence  à 
Conques.  Suivant  lui,  l'abbé  Etienne  II  aurait  fait  à  Figeac 
beaucoup  de  bien  et  l'aurait  remis  en  possession  d'un  grand 
nombre  de  domaines  enlevés.  Mais  il  ne  dit  mot  de  la  déposition 
de  son  successeur  par  le  concile  de  Clermont,  Il  s'arrête  à 
Begon  III,  contemporain  d'Airald,  dernier  abbé  nommé  dans  la 
chronique  de  Figeac. 

Ce  document,  qui  se  termine  à  la  même  date  que  cette  der- 
nière, et  dans  la  rédaction  duquel  on  relève  des  préoccupations  • 
analogues,  avec  moins  d'animosité  cependant,  a  été  évidemment 
rédigé  à  la  même  époque  et  dans  le  même  but. 

En  tête  de  cette  chronique,  on  ht  dans  la  collection  manuscrite 
de  Doat  ^  un  préambule  qui  traite  des  origines  de  l'abbaye  de 
Conques.  M.  de  Gaujal  Ta  publié  dans  les  Etudes  historiques 
sur  le  Rouer gue  ^.  D'après  ce  texte,  le  monastère  existait  bien 
avant  le  patriarche  des  moines  d'Occident.  Les  vertus  de  la 
Thébaïde  y  florissaient  du  vivant  même  de  saint  Paul,  premier 
ermite,  et  de  saint  Antoine.  Déjà  en  371,  les  païens  ymassa- 
crent  un  millier  de  solitaires  et  un  archimandrite.  Un  second 
couvent,  rebâti  aussitôt,  est  détruit  par  les  Francs  qui  ravagent 
l'Aquitaine  sous  la  conduite  de  Théodebert  «  en  564  ^,  »  Ces  bar- 
bares y  tuent  encore  une  quantité  innombrable  de  moines.  Un 


1.  Vol.  143. 

2.  2"^  édil.,  t.  IV,  p.  391. 

3.  Il  faudrait  au  moins  :  574.  —  Hht.  du  Languedoc,  t.  I,  p.  452. 


263 

troisième  sort  de  cette  terre  féconde  ;  il  est  l'objet  des  faveurs 
toutes  spéciales  des  rois  et  surtout  de  Clovis  qui  le  visite  et  le 
fortifie;  mais  en  730,  les  Sarrasins  n'y  laissent  ni  une  pierre 
debout  ni  un  habitant  vivant.  L'auteur  a  soin  de  remarquer  qu'ils 
brûlèrent  les  archives  ;  il  est  ainsi  dispensé  de  fournir  la  preuve 
de  son  récit.  Pépin  le  Bref  rétablit  le  couvent,  y  appelle  Dadon 
et  ce  désert  est  encore  une  fois  repeuplé.  La  quatrième  abbaye 
devient  même  si  considérable  que  Charlemagne,  voulant  marquer 
qu'elle  est  le  premier  de  tous  les  monastères  royaux,  lui  envoie 
un  reliquaire  en  forme  d'A,  première  lettre  de  l'alphabet.  On  a 
lu  plus  haut  l'analyse  des  diplômes  de  Louis  le  Débonnaire  et  de 
Pépin  d'Aquitaine  qui  donnent  sur  la  vraie  fondation  les  détails 
les  plus  circonstanciés.  Ils  me  dispenseront  de  réfuter  ces  inven- 
tions, forgées  seulement  au  xvi*^  siècle. 

Le  style  de  ce  morceau,  bien  différent  du  latin  incorrect  de  la 
chronique,  a  les  mêmes  allures  qu'un  récit  de  la  translation  des 
reliques  de  sainte  Foi  que  je  discuterai  tout  à  l'heure,  et  qui  est, 
à  n'en  pas  douter,  contemporain  de  la  Renaissance.  A  cette 
époque,  les  moines  soutinrent  en  cour  de  Rome  un  procès,  dont 
le  résultat  fut  la  suppression  de  l'abbaye.  Une  partie  du  dossier 
de  cette  affaire  est  conservée  aux  archives  départementales  de 
l'Aveyron,  fonds  de  l'évêché  de  Rodez.  Le  préambule  qui  vient 
d'être  analysé  a  dû  être  rédigé  à  l'occasion  de  ce  débat.  Au 
xf  siècle,  on  se  contentait  à  Conques  de  dire  vaguement  que 
«  Pépin,  Charles  et  Louis  »  avaient  comblé  l'abbaye  de  leurs 
dons  S  et  de  supposer  que  Dadon  avait  été  non  le  fondateur,  mais 
le  restaurateur  de  l'abbaye. 

M.  Darcel  croit  que  l'A  de  Charlemagne  est  un  alpha,  jadis 
pendu  au  bras  d'un  crucifix.  S'il  n'avait  pas  lu  dans  la  chronique 
de  Figeac  qu'Aima r,  soi-disant  abbé  de  Conques  et  de  Figeac  en 
816,  avait  fait  présent  d'une  croix  à  chacun  de  ces  monastères,  il 
n'hésiterait  pas,  d'après  le  caractère  de  l'orfèverie,  à  dater  ce 
bijou  du  xif  siècle'.  Or  nous  savons  maintenant  que  la  plus 

1.  Arch.  de  VAveijron.  Evêché  de  Rodez,  bulle  d'Urbain  II,  1099. 

1.  Ami.  arch.,  t.  20,  p.  264.  —  Voyez  ce  qu'a  dit  de  l'A  de  Charlemagne 
M.  de  Lasteyrie,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France, 
3"  série,  t.  VIII.  p.  61  et  suiv.  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  qu'au  xii'  siècle  le 
trésor  de  Saint-Julien  de  Brioude  renfermait  un  C  qui  devait  avoir  quelque  ana- 
logie avec  l'A  de  Conques  :  M.  Paul  Le  Blanc,  de  Brioude,  possède  l'original 
dune  sentence  d'excommunication  lancée  au  xu°  siècle  contre   un  malfaiteur 


264 

grande  partie  do  la  chronique  de  Figeac  et  le  préambule  de  celle 
de  Conques  ont  tout  juste  la  valeur  d'un  roman. 

Jugement  du  procès  par  les  érudits  de  la  Congrégation 
de  Saint-Maur.  —  La  cause  des  deux  monastères  est  évoquée 
de  nouveau  au  xviii''  siècle,  cette  fois,  devant  le  tribunal  de  l'his- 
toire.  Mabillon  se  prononce  d'abord  avec  une  grande  sûreté 
de  critique.  Sans  aller  au  fond  du  débat,  il  juge  sommairement 
la  chronique  de  Figeac  et  déclare  que  la  fondation  de  cette  abbaye 
doit  être  attribuée  à  Pépin  d'Aquitaine  et  non  à  Pépin  le  Bref'. 
Pour  Conques,  il  entre  dans  plus  de  détails  et  démontre,  par  une 
citation  du  diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  que  ce  monastère 
devait  son  origine  à  Dadon  ~. 

Après  qu'il  a  ainsi  tranché  cette  double  question,  ce  n'est  pas 
sans  étonnement  qu'on  le  voit  ensuite  infirmer  son  premier  juge- 
ment^. Le  chapitre,  qui  avait  succédé  à  l'abbaye  de  Figeac, 
n'avait  pas  abandonné  les  prétentions  de  sa  devancière  et  s'était 
empressé  d'envoyer  au  savant  bénédictin  des  documents,  accom- 
pagnés sans  doute  des  plus  vives  sollicitations.  Mabillon,  non 
sans  embarras,  dit  qu'il  a  entre  les  mains  une  copie,  écrite  au 
xf  siècle  à  la  vérité,  d'un  diplôme  de  Pépin  le  Bref,  fixant  à  752 
la  fondation  de  Figeac.  Comme  ce  diplôme  fait  mention  de  la 
donation  à  cette  abbaye  du  '<  couvent  des  ermites  de  Conques,  » 
le  voilà  obligé,  pour  accorder  des  documents  contradictoires,  de 
revenir  sur  son  excellente  dissertation  et  d'expliquer,  en  dépit  du 


«  qui  furatus  est  auream  litteram  Beali  Juliani  videlicet  G.  »  L'exislenre  de 
leUres  semblables  dans  différentes  églises  est  attestée  par  plusieurs  chroniqueurs 
du  moyen-âge,  tels  que  Philippe  Mousket,  vers  3686,  dont  le  passage  a  été 
rapporté  par  M.  Gaston  Paris,  Histoire  poétique  de  Charlemogne,  p.  356.  Aux 
auteurs  que  M.  Paris  indique  comme  ayant  attribué  à  Charlemagne  l'origine  de 
ces  lettres,  il  faut  ajouter  Bernard  Gui,  lequel  s'exprime  ainsi  dans  ses  Fleurs 
des  chroniques  :  «  Deinde  ad  numerum  elementorum  alfabeli  WIIII"'  cenobia 
fundavit,  eî  in  unoquoque  per  ordineni  litteram  unam  ex  auro  fabricatam  reli- 
quit,  ad  tempus  fundacionis  unius  cujusque  monastcrii  dinoscendum,  que  litière 
adhuf  in  picrisque  monasteriis  conservantur,  quorum  nomina  sunt  hec...  » 
Bernard  Gui  n'a  pas  dressé  la  liste  des  monastères  qu'il  se  proposait  d'insérer 
à  la  suite  de  cette  phrase;  voyez  à  la  Bibl.  Nal.  le  ms.  latin  1171  des  nouvelles 
acquisitions,  fol.  44  v,  et  le  ms.  latin  4976  A,  fol.  53. 

1.  Annal,  ordiii.  S.  Bened..  t.  I,  p.  358. 

2.  T.  II,  p.  401. 

3.  T.  II.  p.  402. 


265 

texte  formel,  que  les  premiers  fondateurs  de  ce  dernier  furent, 
avant  Dadon,  les  chrétiens  qui  avaient  cherché  dans  ce  lieu  reculé 
un  abri  contre  la  fureur  des  Sarrasins.  Ne  croyez  pas  cependant 
qu'il  regarde  comme  parfaitement  sincère  l'acte  de  Pépin  le 
Bref.  Il  reconnaît  qu'il  contient  des  interpolations  manifestes  ; 
mais  il  lui  paraît  devoir  faire  autorité  sur  le  point  de  l'établisse- 
ment de  Figeac.  Singulier  raisonnement  !  Ne  fallait-il  pas  con- 
clure, au  contraire,  que  le  reste  du  document  étant  altéré,  le 
passage  relatif  à  la  fondation,  objet  du  litige,  devait  être  consi- 
déré au  moins  comme  suspect?  Remarquez  d'ailleurs  la  date  de 
la  copie  :  elle  est  du  xi^  siècle,  c'est-à-dire  qu'elle  a  été  faite  à 
l'époque  du  procès  entre  les  deux  abbayes,  autre  motif  grave 
d'être  en  défiance. 

Mabillon  est  d'autant  moins  excusable  de  s'être  laissé  prendre 
à  ces  inventions  qu'il  publie,  dans  le  même  volume  ^  un  docu- 
ment dont  il  résulte  clairement  que  Figeac  n'existait  pas  encore 
au  commencement  du  ix°  siècle.  Dans  l'état  des  charges  des 
monastères  de  France,  dressé  en  817,  Conques  est  désigné  parmi 
ceux  qui  ne  devaient  ni  impôt  ni  service  militaire,  mais  seulement 
des  prières.  On  3^  lit  en  même  temps  les  noms  des  abbayes 
d'Aniane,  de  saint  Gilles,  de  Psalmodi,  de  Moissac,  de  Saint- 
Antonin,  etc.  Figeac  n'est  pas  mentionné.  Il  est  vrai  que  la 
chronique  a  imaginé  fort  à  propos  des  barbares  pour  le  renverser 
de  fond  en  comble  avant  822.  Mabillon  pourtant  n'a  pas  été 
jusqu'à  croire  à  cette  invasion  qui,  épargnant  tous  les  couvents 
voisins,  se  serait  attaquée  au  seul  Figeac. 

Les  auteurs  du  GalUa  christiana ,  malgré  l'autorité  de 
Mabillon,  répugnent  à  admettre  les  documents  de  Figeac.  Mais 
ils  n'ont  pas  le  courage  de  les  réfuter  ouvertement,  ils  se  con- 
tentent, en  puisant  dans  les  mémoires  qu'on  leur  a  adressés,  de  se 
laver  les  mains  des  inexactitudes  qu'ils  renferment.  «  Je  ne  dis 
»  pas,  »  écrit  le  rédacteur  de  la  notice  de  l'abbaye  de  Figeac,  «  ce 
»  que  je  pense,  mais  j'expose  de  bonne  foi  ce  que  je  lis  dans  les 
»  titres  de  ce  monastère  ~  ;  »  et  plus  loin  :  «  tous  les  documents 
»  produits  par  Figeac  ne  me  semblent  pas  exempts  d'altéra- 
»  tions^.  »  Il  relève  les  difficultés  que  présente  la  chronique  et 

1.  T.  II,  p.  436. 

2.  T.  I,  p.  171. 

3.  T.  I,  Insir.,  p.  43. 


266 

lui  oppose  les  pièces  venant  de  Conques  avec  une  préférence  peu 
dissimulée  pour  elles.  Mais  cela  ne  l'empêche  pas  d'insérer, 
parmi  les  preuves  ,  deux  bulles  qui  déshonorent  le  premier 
volume  du  G  allia  chrisiiana  ^ . 

L'une,  mise  sous  le  nom  d'Etienne  II,  expose  le  voyage  fait 
par  ce  pape  pour  consacrer  l'édifice  bâti  par  les  ordres  de  Pépin 
le  Bref,  la  confirmation  de  l'union  à  Figeac  du  monastère  de 
Gaillac  et  de  l'ermitage  de  Conques,  et  les  étonnants  privilèges 
accordés  à  la  nouvelle  abbaye.  Certainement  Etienne  n'a  pas 
béni,  en  755,  une  maison  qui  date  seulement  de  839,  et  son  pou- 
voir n'a  pas  été  jusqu'à  lui  adjoindre  des  couvents  qu'on  ne  son- 
geait pas  encore  à  fonder.  Il  suffit  d'ailleurs  de  lire  le  texte  de 
cet  acte,  pour  être  convaincu  de  sa  fausseté. 

L'autre  bulle,  attribuée  à  Pascal  pr,  est  tout  à  fait  divertis- 
sante. Elle  a  pour  objet  la  reconstruction  de  l'abbaye  après  l'in- 
vasion des  barbares  dont  j'ai  déjà  parlé.  Tous  ses  habitants  ont 
été  massacrés  ;  seul,  un  clerc,  élevé  dans  la  maison,  a  survécu. 
Il  est  fait  abbé  par  le  pape,  qui  l'envoie  pour  relever  le  monas- 
tère ruiné.  Plus  soucieux  de  leur  trésor  et  de  leurs  archives  que 
de  leur  propre  existence,  les  moines  les  avaient  mis  en  sûreté 
dans  le  château  de  Capdenac  qui  leur  appartenait.  Le  pape  invite 
Guillaume  et  Girbert,   «  chevaliers,   seigneurs  de  ce  lieu,  »  à 

réintégrer  l'abbaye  dans  toutes  ses  possessions Est-il  besoin 

de  pousser  plus  loin  cette  analyse?  Le  faussaire  du  xi"^  siècle 
ignorait  que  la  France  du  ix®  ne  ressemblait  pas  à  celle  qu'il 
avait  sous  les  yeux  ;  qu'il  n'y  avait  pas  encore  de  chevaliers  en 
822  ;  que  Capdenac  était  le  siège  d'une  vicairie  au  temps  des 
Carlovingiens,  et  que  le  règne  de  la  féodalité  n'était  pas  encore 
venu. 

Dom  Vaissète,  dans  Y  Histoire  du  Languedoc,  publiée  en 
1761,  ne  s'en  est  pas  laissé  imposer  par  les  défenseurs  de  l'anti- 
quité de  Figeac.  Sans  avoir  égard  aux  tergiversations  de  Mabil- 
lon  ni  à  la  faiblesse  des  auteurs  du  Gallia  christiana,  il  établit 
nettement  que  le  diplôme  de  Pépin  le  Bref  est  controuvé,  et  que 
la  fondation  de  Figeac  date  seulement  de  Pépin  d'Aquitaine  ''. 

L'abbaye  de  Conques,  transformée  depuis  le  xvi"'  siècle  en 

1.  T.  I,  Instr.,  |).  43,  XXXIV  et  XXXV.  —  2.  T.  I,  Notes,  p.  740. 


267 

chapitre  séculier,  pouvait  faire  rentrer  dans  le  néant  les  préten- 
tions de  Figeac  à  cette  haute  antiquité,  en  exhibant  le  diplôme 
de  ce  dernier  roi.  Mais  il  est  à  remarquer  que  ce  document  a  été 
laissé  dans  l'ombre,  au  xviif  comme  au  xi"  siècle,  par  ceux  qui 
le  détenaient.  Le  chapitre  n'a  sans  doute  pas  voulu,  en  le  pro- 
duisant au  grand  jour  de  l'histoire ,  infliger  un  démenti  aux 
moines,  ses  prédécesseurs.  Bosc,  ci-devant  chanoine  de  Conques, 
l'a  édité  dans  les  Mémoires  2^our  servir  à  Vhistoire  du 
Rouer gue^,  avec  des  erreurs  de  lecture  et  quelques  lacunes. 
L'original,  dont  rauthenticité  est  inattaquable,  est  conservé  aux 
archives  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  l'Aveyron. 


2°   PÈLERINAGE   DE    SaINTE-FoI   DE   CONQUES. 

Translation  des  reliques  de  sainte  Foi  d'Agen  à  Conques. — 
A  la  fin  du  ix*"  siècle,  l'abbaye  possédait  un  petit  nombre  d'églises 
et  de  domaines  autour  d'elle,  dans  les  paj's  de  Rouergue,  de 
Quercy  et  d'Auvergne,  sur  les  confins  desquels  elle  estbâtie^.  Elle 
aurait  sans  doute  végété  dans  une  obscure  médiocrité,  si  un  évé- 
nement inattendu  ne  lui  avait  donné  une  notoriété  extraordi- 
naire. Je  veux  parler  de  la  translation  des  reliques  de  sainte  Foi 
d'Agen. 

En  858,  un  moine  du  monastère  de  Saint-Germain-des-Prés, 
primitivement  dédié  à  saint  Vincent  de  Sarragosse,  Usuard, 
l'auteur  du  martyrologe,  entreprit  d'aller  chercher  à  Valence  le 
corps  du  patron  de  sa  maison.  Trompé  par  des  renseignements 
inexacts,  il  ne  dépassa  pas  Cordoue  et  se  borna  à  rapporter  des 
reliques  de  chrétiens  martyrisés  pendant  la  persécution  d'Abdé- 
rame^.  A  ce  moment,  les  restes  de  saint  Vincent  se  trouvaient 
en  la  possession  de  Senieur,  évêque  de  Sarragosse,  qui  ne  savait 
pas  quel  trésor  était  tombé  entre  ses  mains.  Un  moine  de  Conques, 
Audaldus,  sur  les  indications  d'un  espagnol  nommé  Berta,  les 
avait,  en  855,  enlevés  de  Valence.  Comme  il  passait  à  Sarragosse, 
une  femme  chez  qui  il  était  logé,  le  voyant,  pendant  la  nuit, 
psalmodier  avec  des  cierges  allumés,  le  dénonça  à  l'évêque  qui  le 


1.  T.  III,  p.  153. 

2.  Cartulaire  de  Conques. 

3.  Hist.  du  Long.,   t.  I,  p.  557. 


268 

fit  saisir  avec  les  reliques.  Audaldus,  mis  à  la  torture,  refusa 
de  dire  do  quel  saint  elles  étaient.  Après  l'avoir  retenu  quelque 
temps  prisonnier,  on  le  laissa  partir,  saiis  lui  rendre  son  précieux 
fardeau.  Revenu  à  Conques,  il  raconta  ses  aventures  à  ses  con- 
frères qui  refusèrent  de  le  croire  et  le  chassèrent.  Il  fut  recueilli 
par  Gislebert,  abbé  de  Castres,  et  huit  ans  après^  avec  le  secours 
de  Salomon,  comte  de  Cerdagne,  il  parvint  à  arracher  le  corps  de 
saint  Vincent  à  l'évêque  de  Sarragosse,  et  il  en  fit  présent  au  cou- 
vent qui  lui  avait  donné  asile  ^  Bientôt,  les  pèlerins  affluèrent  à 
Castres.  Helissacliar,  évêque  de  Toulouse,  y  vint  avec  son  clergé 
et  une  multitude  de  ses  diocésains  qui  furent  témoins  de  miracles 
éclatants  ^. 

Les  moines  de  Conques  se  repentirent  alors  d'avoir  laissé 
échapper  cette  relique  insigne  qui  pouvait  donner  à  leur  couvent 
un  si  grand  lustre.  Ils  cherchèrent  à  la  remplacer.  Le  diocèse 
d'Agen  possédait  un  martyr  du  nom  de  saint  Vincent  dont  le 
corps  était  déposé  à  Pompejac.  Ils  s'en  emparèrent  ;  par  quel 
moyen?  on  l'ignore.  D'une  part,  les  chartes  de  l'abbaye  men- 
tionnent, dès  883,  sa  présence^;  d'autre  part,  d'antiques  leçons 
du  bréviaire  d'Agen  constatent  que  Pompejac  ne  possédait  plus 
que  le  tombeau  du  martyr  et  ajoutent  que  le  corps  avait  été  porté  à 
Conques.  La  translation  est  donc  certaine,  et  les  doutes  élevés  sur 
elle  par  Plensclienius  ne  tiennent  pas  devant  cette  double  affirma- 
tion^. Du  reste,  les  Bollandistes  corrigèrent  eux-mêmes  l'erreur  de 
leur  confrère^.  Plus  tard,  les  reliques  de  ce  saint  furent  sans  doute 
partagées  entre  les  maisons  de  l'obédience  de  Conques  ;  il  n'en 
demeure  plus  aujourd'hui  au  trésor  que  quelques  fragments, 
conservés  dans  deux  autels  portatifs,  l'un  du  x'^  siècle^,  l'autre 
de  1106^,  et  dans  un  tryptique  du  xiif  ^. 

En  allant  chercher  le  corps  de  saint  Vincent,  les  émissaires 
de  Conques  trouvèrent  l'occasion  de  dérober  les  reliques  de  sainte 
Foi,  vierge  d'Agen,  mal  gardées  dans  une  église  du  faubourg  de 
cette  ville.  Les  Bollandistes  publient  deux  récits  de  cet  événe- 

1.  Hist.  transi.  S.   Vinc.  act.  SS.  Beiied.  socc.  IV,  part.  I,  p.  G'i'^. 

2.  Hlst.  du,  Laug.,  I.  I,  p.  567. 

3.  Cartul.,  f"  V. 

4.  Act.  Sanct.  Juin,  t.  II,  p.  163. 

5.  Octobre,  t.  III,  p.  278. 

6.  Annales  archéolog.,  {.  XVI,  p.  84. 

7.  T.  XVI,  p.  87,  fait  par  les  ordres  de  Begon  III.  —  8.  T.  XX.  p.  219. 


269 

ment'.  Le  premier  le  place  sub  C arolo  yninore ,  et  le  second 
ajoute  que  ce  Charles  fut  détrôné  par  Eudes,  duc  d'Aquitaine  : 
ce  serait  donc  Charles  le  Simple.  Les  BoUandistes  s'appuient  sur 
une  charte  de  Conques-,  datée  de  888,  pour  démontrer  que,  cette 
année  déjà,  sous  Charles  le  Gros,  le  corps  de  sainte  Foi  était  à 
Conques  et  il  leur  semble  que  c'est  ce  prince  qui  est  désigné  par 
cette  expression.  Mais  le  cartulaire  contient  une  pièce  qui  prouve 
que  la  translation  était  accomplie,  la  4"  année  du  règne  de  Car- 
loman,  le  30  juillet  883^.  —  Dom  Vaissète  tire  du  cartulaire  de 
Conques  une  charte  de  Bernard,  comte  d'Auvergne,  qu'il  date 
du  21  juillet  de  la  même  année  ^.  Elle  énumère  les  reliques  de 
l'ahbaye  et  ne  nomme  pas  sainte  Foi.  Il  faudrait  conclure  du 
rapprochement  de  ces  deux  documents  que  les  restes  de  cette 
vierge-martyre  ont  été  apportés  à  Conques,  du  21  au  30  juillet 
883.  Mais  j'objecterai  d'abord  que  l'époque  de  la  translation  était 
rappelée  dans  l'abbave  par  une  fête  qui  se  célébrait  en  janvier. 
Ensuite,  je  ferai  remarquer  que  Bernard  ne  prend  dans  ce  docu- 
ment que  le  titre  de  comte.  Or  il  avait  été  fait  marquis  de  Gothie 
dès  878  ■'.  Use  serait  intitulé,  en  883,  coraes  et  marcliio.  Nous 
n'avons  pas  d'ailleurs  sous  les  j-eux  l'origmal,  mais  seulement 
une  copie  qui  peut  être  fautive,  et  je  préfère  ne  tirer  aucun  parti 
d'une  pièce  dont  la  date  n'est  pas  incontestable  que  de  conclure 
avec  dom  Vaissète,  contre  tous  les  monuments  publiés  par  lui- 
même,  que  Charles  le  Gros  a  été,  du  vivant  de  Carloman,  re- 
connu comme  roi  dans  une  partie  de  l'Aquitaine.  Du  reste  dom 
Vaissète  apporte  à  cette  conclusion  tant  de  correctifs  qu'on  peut 
dire  qu'il  n'en  laisse  subsister  à  peu  près  rien^. 

Je  ne  pense  pas  qu'il  faille  se  creuser  la  tête  pour  savoir  quel 
Charles  le  versificateur  anonyme  a  voulu  désigner  par  ces  mots  : 
sub  Carolo  ^ninore.  Ce  n'est  pas  un  témoin  qui  parle,  mais  un 
écrivain  qui  rédige,  au  xi"  siècle,  la  narration  d'un  événement  passé 
déjà  depuis  200  ans.  Son  opinion  n'a  pas  une  grande  importance. 
—  Il  est  vrai  que  Jean  Ghesquier  date  son  œuvre  des  premières 

1.  Ada  Sanct.  Octobre,  l.  III,  pp.  289  et  294. 

2.  Gallia  Christ.,  t.  I,  p.  259.  —  Hlst.  du  Long.,  l.  II,  Preuves,  p.  23. 

3.  F-  V. 

4.  Hist.  du  Lawj.,  l.  Il,  p.  1  i. 

5.  P.  7. 

6.  P.  14,  <;1  Preuves,  p.  21,  note. 


270 

années  du  x""  siècle.  Voici  comment  il  raisonne  :  on  possède,  dit- 
il,  deux  versions  de  la  translation  de  sainte  Foi.  L'une,  en  prose, 
raconte  la  construction  d'une  église  k  Conques  par  Etienne,  évêque 
de  Clermont,  et  un  prodige  qui  aurait  empêché  le  transport  des 
reliques  dans  la  basilique  nouvelle.  Cet  événement  a  dû  se  passer 
vers  937.  Comme  elle  ne  dit  mot  du  monument  bâti  vers  1035 
par  Odolric,  elle  est  antérieure  à  cette  dernière  époque  et  se 
place  par  conséquent  entre  937  et  1035.  L'autre  récit,  en 
vers,  ne  faisant  aucune  allusion  à  la  tentative  infructueuse  de 
translation  d'Etienne,  est  nécessairement  antérieur  à  937. 

Toute  cette  argumentation  est  seulement  spécieuse.  L'histoire 
écrite  en  prose  n'est  autre  chose  que  l'amplification  du  poëme  en 
périodes  cicéroniennes.  Elle  ne  contient,  sur  le  vol  des  reliques, 
pas  un  détail  de  plus  que  ce  dernier.  Elle  est  écrite  dans  ce  latin 
si  facilement  reconnaissable  de  la  Renaissance,  émaillé  d'expres- 
sions grecques  comme  le  français  de  Ronsard,  et  qui  témoigne 
d'une  érudition  fort  au-dessus  de  la  portée  d'un  moine  du  xi'' 
siècle  ^ .  Nous  avons  encore  là  une  des  productions  du  procès 
soutenu  par  l'abbaye  contre  l'évèque  de  Rodez,  au  temps  de 
François  P'".  L'auteur  a  imaginé  la  fable  de  la  translation  des 
reliques  dans  une 'église  nouvelle,  d'après  un  passage  tronqué  et 
obscur  de  la  chronique  de  Conques  :  hic  denique  ecclesiam  de 
Rofflaco  cimi  suis pertinentiis  etplures  villasinpago  Arver- 
nico  beatœ  Fidi  concessit  atque  ejusdem gloyHosœvirginis et 
martyris^...  auctor  extitit  ubi quoque jjartem ipsius ca2ntis 
venerabiliter  i^eposuit,  midtaque  alia  bénéficia,  ut  legitur, 
monasterio  suo  contidit.  C'est  de  la  confection  d'une  châsse  et 
non  de  la  construction  d'un  édifice  qu'il  s'agit  ici.  Il  existe  encore 
à  Conques  une  antique  statue  de  sainte  Foi  qui  est  le  commentaire 
vivant  de  la  chronique.  M.  Darcel  en  fixe  la  confection  au  ix*' 
siècle.  Les  reliques  ayant  été  apportées  à  Conques  peu  avant 
883,  je  'pense  qu'il  me  permettra  de  la  faire  descendre  jusqu'à 
940  ou  environ.  Jean  Ghesquier  observe  que  le  prosateur  ne 
parle  pas  de  l'église  construite  par  Odolric.  Or  précisément  c'est 

I.  Librarios  philochiislos...  themala  rede  vlvendi...  sophismatis  stemate... 
celeuinata  exercendo...  septenirionale  clima...  litterarum  anaglypha...  poliaii- 
drum  sacrx  virginis...  chaire  Stella,  etc.,  etc. 

1.  Il  manque  ici  un  mot  ;  dom  Martène  propose  translaiionis  qui  ne  s'accorde 
pas  avec  la  piirase  complémentaire  qui  suit  :  ubi  qiioque,  etc.  Je  mettrais 
capsœ  avec  lequel  on  forme  la  phrase  à  peu  près  correctement. 


274 

l'édifice  du  xi®  siècle  qu'il  décrit,  avec  les  modifications  apportées 
plus  tard  dans  l'intérieur.  Ne  pouvant,  dit-il,  transporter  les 
reliques  dans  l'église  qu'Etienne  venait  d'élever  pour  elles,  on 
prit  le  parti  de  les  laisser  derrière  l'autel  de  Saint-Sauveur.  Elles 
y  sont  encore  dans  une  armoire,  ménagée  au  milieu  d'un  mur 
qui  bouche  les  entrecolonnements  du  chœur  depuis  le  xvi®  siècle. 
De  ce  que  le  versificateur  n'a  pas  parlé  de  la  construction 
d'une  basilique  imaginaire  sous  Etienne  I,  on  ne  saurait  conclure 
qu'il  a  écrit  avant  l'époque  où  cet  abbé  gouverna  Conques.  Pour 
dater  sa  narration  nous  avons  une  indication  bien  plus  caracté- 
ristique. Tandis  qu'il  fait  passer  à  Figeac  le  voleur  du  corps  de 
sainte  Foi,  il  ne  peut  s'empêcher  de  dire  son  mot  sur  la  question 
en  litige  entre  les  deux  abbayes  : 

Lœtus  venit  Figiacum 
Quem  locum  procul  dubio 
Conchariim  sut  dominio 
Pippinus  rex  qui  fuerat 
Olim  construi  jusserat . 

Ce  sans  doute  m'a  bien  l'air  d'une  allusion  au  procès  pen- 
dant au  XI*"  siècle.  L'amplificateur  du  xvf  ne  prend  plus  intérêt 
à  cette  querelle  qui  avait  tant  passionné  ses  devanciers,  et  avec 
un  laconisme  qui  n'est  pas  exempt  de  mépris,  il  dit  simplement  : 
obtigit  si  quidemcwm  vicumquenidarn,  Figiacum  l'ocatimi, 
idem  pertransiret . . .  Les  vers  du  poëme  qui  nous  occupe  ont  la 
même  facture  que  ceux  gravés  sur  le  portail  de  l'église  et  sur  le 
tombeau  de  l'abbé  Begon,  monuments  de  la  seconde  moitié  du 
XI*  et  des  premières  années  du  xii''  siècle  ^    ■ 

Livre  des  miracles  de  sainte  Foi.  —  A  la  suite  des  deux 
versions  de  la  translation  de  sainte  Foi,  les  Bollandistes  publient 
le  Livre  des  Miracles,  opérés  par  son  intercession.  Le  style  en  est 
tellement  semblable  à  celui  de  la  version  en  prose  qu'à  première  vue 
on  est  disposé  à  l'attribuer  au  même  auteur.  Pourtant,  ici,  nous 
n'avons  plus  affaire  à  un  anonyme  ;  l'écrivain  se  nomme  à  la 
première  page  :  Bernard,  écolàtre  d'Angers  ;  et  il  dédie  à  Ful- 
bert, évêque  de  Chartres  de  1007  à  1029,  son  ouvrage  qui  est 
divisé  en  trois  livres,  composés  chacun  de  plusieurs  chapitres  et 

1.  Voyez  ces  inscriptions  dans  louvrage  de  Mérimée  cité  plus  haut. 


272 

encadrés,  comme  l'histoire  delà  translation,  entre  un  prologue 
et  un  épilogue.  En  le  lisant,  on  remarque  d'abord  au  chapitre  IP 
du  livre  I  ces  mots  :  cujus  mcntioncm  si  in  prccedenli  épis- 
lola  non  fecerim  qui  ne  répondent  guère  à  sa  forme  et  à  sou 
titre.  Puis,  les  Bollandist(^s  nous  apprennent  que,  dans  le  manus- 
crit d'après  lequel  ils  ont  donné  leur  édition,  un  moine  de 
Conques  paraît  se  substituer  souvent  à  l'êcolâtre  d'Angers  et  dit  : 
nos,  nostrmn  monnsto-iiun,  7iostro  in  vico  *,  etc.  Enfin  l'on 
pêche,  çà  et  là,  noyés  dans  ces  flots  de  latinité  classique,  quelques 
mots  barbares,  épaves  d'un  texte  plus  ancien.  Nous  sommes  en 
présence  d'un  monument  hybride,  résultat  d'un  travail  identique 
à  celui  qui  a  produit  la  version  en  prose  de  la  translation.  Un 
moine  du  xvf  siècle  a  pris  quelques  vieilles  légendes,  peut-être 
deux  ou  trois  lettres  adressées  par  Bernard  à  l'évêque  Fulbert, 
et  a  fondu  ces  éléments  divers  en  un  amalgame  qu'il  a  fait  passer 
sous  l'étiquette  d'un  écolàtre  du  xf  siècle. 

Les  érudits  qui  se  sont  occupés  du  Livre  des  Miracles  citent 
cinq  manuscrits  de  cet  ouvrage,  tous  dissemblables.  Les  Bollan- 
distes  ont  trouvé  le  leur  au  Vatican.  Ils  y  joignent  quelques 
extraits  d'un  second,  conservé  autrefois  à  la  Chartreuse  de 
Strasbourg,  qui  paraît  composé  ou  retouché  par  la  même  main  -. 
Bonal,  juge  des  montagnes  du  Rouergue,  cité  pardom  Vaissète. 
transcrit,  dans  son  histoire  manuscrite  des  comtes  de  Rodez, 
deux  passages  d'un  texte,  mis  également  sous  le  nom  de  Ber- 
nard, divisé  en  trois  livres  et  contenant  un  plus  grand  nombre 
de  chapitres  que  celui  des  BoUandistes  ^.  Le  P.  Labbe  a  donné, 
avant  ces  derniers,  une  édition,  sans  prologue  ni  épilogue,  sans 
division  en  livres  et  sans  nom  d'auteur;  c'est  le  même  texte, 
avec  quelques  additions  d'une  part  et  quelques  retranchements 
de  l'autre  ^  Enfin  dom  Mabillon  publie,  d'après  un  manuscrit  de 
Chartres,  un  prologue  contenant  d'abord  la  dédidace  à  Fulbert 
qui  est  dans  le  manuscrit  du  Vatican,  et  de  plus  une  description 
de  l'église  dans  laquelle  il  est  facile  de  reconnaître  l'édifice 
actuel,  suivie  du  récit  d'une  procession,  où  l'on  aurait  porté  les 
reliques  de  sainte  Foi  dans  une  châsse  offerte  par  Charlemagne  ^ 

1.  Ad.  Sand.  Odob.  t.  111,  -287. 

2.  P.  325. 

3.  Hist.  du  Long.,  l.  II,  Preuves,  p.  6. 

4.  Nova  bibliotheca  manuscriptonan,  t.  Il,  p.  531. 

5.  Annal,  bened.,  t.  IV,  p.  703. 


273 

Un  auteur  du  xi'  siècle  n'a  pu  entendre  à  Conques  attribuer  à 
cet  empereur  le  don  d'un  reliquaire  destiné  à  contenir  le  corps 
de  cette  vierge-martyre.  Le  chronographe,  qui  est  de  cette 
époque,  exprime  l'opinion  accréditée  dans  l'abbaye  et  nous 
avons  vu  qu'elle  ne  fait  pas  remonter  la  translation  plus  haut 
que  la  fin  du  ix°  siècle.  C'est  une  preuve  de  plus  que  le  texte  du 
Livre  des  Miracles  a  été  remanié,  qu'il  est  impossible  d'y  recon- 
naître ce  qui  appartient  à  Bernard,  écolàtre  d'Angers,  et  que  les 
Bollandistes,  en  lui  faisant  l'honiieur  d'une  place  dans  l'admirable 
monument  qu'ils  ont  élevé  à  l'érudition  chrétienne,  n'ont  pas 
montré  la  sévérité  de  critique  k  laquelle  ils  nous  ont  habitués. 

Bulle  de  Pascal  II.  —  Si  l'on  en  croit  une  bulle  de  Pascal  II, 
adressée  à  l'abbé  Begon,  entre  1099  et  1110,  il  existait,  dès  cette 
époque,  des  leçons  de  ces  miracles  qui  se  lisaient  dans  l'église. 
Cette  pièce,  reproduite  par  les  Bollandistes  S  donne  aux  moines 
l'autorisation  de  nommer  sainte  Foi  au  canon  de  la  messe  et  met 
l'abbaye  dans  la  juridiction  des  légats  du  Saint-Siège,  à  l'exclu- 
sion de  l'Ordinaire.  Il  est  certain  que  Pascal  a  donné  à  l'abbaye 
de  Conques  des  témoignages  d'une  bienveillance  toute  spéciale. 
Sur  le  socle  d'un  bas-relief  formé  de  débris  de  plusieurs  pièces 
d'orfèvrerie,  on  lit  un  fragment  d'inscription  qui  prouve  que  le 
trésor  lui  était  redevable  de  reliques  insignes-. 

Malgré  cela,  j'avoue  que  cette  bulle  me  paraît  suspecte.  Sa 
teneur,  j'en  conviens,  ne  s'écarte  pas  des  formules  des  petites 
bulles  de  Pascal  II  ;  il  n'y  manque  que  l'année  de  l'indiction. 
Mais,  dans  le  grand  procès  du  xvf  siècle,  les  moines  ont  pré- 
senté comme  l'original  de  ce  document  une  grossière  contre- 
façon dont  la  fausseté  saute  aux  yeux  les  moins  exercés.  Ils  y 
ont  joint  une  copie,  homologuée  au  parlement  de  Toulouse,  de  ce 
même  original  supposé  que  le  greffier  a  pris  pour  l'acte  authen- 
tique. Et  qu'on  ne  dise  pas  qu'ils  ont  fait  cette  production  falla- 
cieuse pour  ne  pas  s'exposer  à  perdre  le  vrai  titre,  car  je  répon- 

1.  Ad.  Sancl.  Oclob.  t.  III,  p.  282. 

2.  M.  Darcel  observe  {Ann.  arch.,  I.  XX,  p.  219)  que  le  bas-relief  esl  sur- 
monté d'ua  petit  fronton,  étranger  à  la  composition  primitive.  11  est  facile  de 
voir  que  le  socle  ne  lui  appartient  pas  davantage.  Ces  retranchements  opérés, 
on  aura  dans  la  plaque  du  milieu,  représentant  le  crucifiement  avec  ces  mots  : 
me  fieri  jussit  Bego,  démens  cui  Dominus  sU,  l'un  des  plats  de  la  reliure  d'un 
évangéliaire  fait,  suivant  le  chronographe  de  Conques,  sous  l'abbé  Begon  III. 


274 

drai  qu'ils  n'ont  pas  craint  de  se  dessaisir  d'une  grande  bulle 
d'Urbain  II  qui  n'avait  pas  moins  d'importance  pour  le  soutien 
de  leurs  privilèges. 

Sincère  ou  fausse,  la  décision  de  Pascal  II  ressortit  son  double 
effet  dans  le  cours  des  siècles  ;  les  Bollandistes  citent  un  grand 
nombre  de  missels,  peu  anciens  à  la  vérité,  de  divers  diocèses 
dans  lesquels  le  canon  de  la  messe  porte  le  nom  de  sainte  Foi. 
Quant  aux  légats,  ils  prirent  leur  rôle  de  supérieurs  si  fort  au 
sérieux  que  les  moines,  en  1225,  se  virent  réduits  à  leur  faire 
interdire  par  le  pape  de  disposer,  suivant  leur  convenance,  des 
prieurés  de  l'abbaye  ^ 


3"  Propagation  du  culte  de  sainte  Foi  et  en  même  temps 

DE  l'école  d'architecture  ROMANE  DITE  LANGUEDOCIENNE. 

Progrès  du  pèlerinage  de  Sainte-Foi.  —  Les  vieilles 
légendes,  dont  on  retrouve  le  souvenir  dans  le  Livre  des  Mi- 
racles, mentionnent  plusieurs  personnages  historiques  du  x- 
siècle  ;  on  y  note  aussi  des  noms  d'évêques  dont  l'épiscopat  a 
commencé  après  1029.  Les  pèlerins  dont  elles  parlent  viennent 
du  Rouergue,  de  l'Auvergne,  du  Quercy,  du  Limousin,  des  envi- 
rons de  Toulouse,  du  nord  de  l'Espagne.  L'écolâtre  Bernard 
serait  parti  d'Angers,  après  avoir  liabité  Chartres,  qui  aurait 
déjà  possédé  une  chapelle  de  Sainte-Foi.  Il  est  certain  qu'avant 
la  Révolution  cette  ville  avait  sous  ce  vocable  un  prieuré-cure 
de  la  fondation  duquel  on  ignore  la  date  précise  ;  mais  j'ai  peine 
à  croire  qu'elle  remonte  plus  haut  que  la  fin  du  xi''  siècle. 

Le  cartulaire  ne  laisse  pas  supposer  une  diffusion  si  rapide- 
ment étendue  de  la  dévotion  à  sainte  Foi.  Pendant  les  cinquant(^ 
années  qui  suivent  la  translation  des  reliques,  les  propriétés 
dont  s'enrichit  l'abbaye  ne  sortent  pas  de  son  premier  centre 
d'influence,  c'est-à-dire  des  provinces  de  Rouergue,  d'Auvergne 
et  de  Quercy.  La  première  trace  d'un  pèlerinage  en  dehors  de 
ces  limites  est  une  donation,  bien  modeste,  d'un  demi-muid  de 
vigne  dans  le  comté  de  Gap,  en  930  ^  Il  faut  ensuite  descendre 
jusqu'à  1003  pour  trouver  un  voyageur  venu  de  loin,  du  comté 


I .  Oarlulâire,  1°  XXIV  v  en  marge. 

':.  F-ccxxxii. 


275 

d'Orange  ^  Sous  le  règne  de  Robert,  le  rayon  s'agrandit  et  va 
d'un  côté  jusqu'au  pays  toulousain,  de  l'autre  il  atteint  le  dio- 
cèse d'Agde,  les  comtés  de  Narbonne  et  de  Viviers.  Au  temps 
d'Odolric  (av.  1030  —  ap.  1062),  on  vient  du  Gêvaudan,  des 
comtés  d'Uzès  et  du  pays  de  Comminges.  Vers  le  nord,  le  culte 
de  sainte  Foi  ne  franchit  pas  encore  les  bornes  de  l'Aquitaine. 
C'est  seulement  entre  1065  et  1110  qu'il  acquiert  des  prosé- 
lytes d'abord  dans  le  diocèse  de  Langres,  puis  dans  celui  de 
Meaux.  Dans  cette  période ,  il  prend  des  proportions  inouïes. 
A  l'est,  il  gagne  le  Velay,  les  diocèses  de  Lyon,  de  Saint-Paul- 
Trois-Châteaux,  de  Sisteron,  d'Avignon,  d'Apt,  de  Genève  ;  au 
sud  et  à  l'ouest,  ceux  de  Nîmes  et  de  Dax,  les  comtés  de  Fenouil- 
lède,  de  YaUespir,  les  diocèses  de  Bazas,  de  Bordeaux,  de  Péri- 
gueux  ,  le  Limousin.  Pierre  d'Andoche,  moine  de  Conques, 
devenu  évêque  de  Pampelume,  le  porte  dans  la  Navarre  '  et  dans 
l'Aragon.  Il  va  jusque  dans  le  comté  de  Minorque.  Pour  tout 
dire,  l'évêque  d'Agen  et  ses  diocésains  viennent  vénérer  à 
Conques  les  reliques  qui  leur  ont  été  enlevées  et  enrichir  de  leurs 
libéralités  les  ravisseurs.  Au  xn'  siècle,  la  dévotion  à  sainte  Foi 
passe  l'océan  et  s'établit  dans  le  diocèse  de  Norwick  en  Angle- 
terre. En  1167,  elle  fleurit  en  Alsace.  La  pancarte  inédite ^  des 
bénéfices  dépendant  du  monastère  nous  la  montre  en  Italie  dans 
les  diocèses  de  Yerceil  et  de  Forh. 

L'église  abbatiale  de  Conques,  type  du  style  roman 
languedocien.  —  Dans  le  remarquable  cours  d'archéologie  que 
M.  Quicherat  professe  à  l'École  des  chartes,  il  observe  que  du 
style  auvergnat,  caractérisé  par  une  voiite  centrale  en  berceau, 
contreboutée  par  les  voûtes  des  bas-côtés  à  la  hauteur  de  la  nef 
du  milieu,  est  dérivé  le  style  languedocien.  Dans  cette  seconde 
branche,  le  bas-côté  est  divisé  en  deux  étages  :  une  nef  et  au- 
dessus  une  tribune  dont  la  voûte  sert  de  soutien  au  vaisseau 
principal.  M.  Quicherat  cite,  parmi  les  monuments  les  plus 
complets  de  cette  école  d'architecture  romane,  Sainte-Foi  de 
Conques  et  Saint-Sernin  de  Toulouse. 

L'abhaj-e  de  Conques,  bâtie  sur  les  confins  de  l'Auvergne  où 


1.  F°  CXCVII. 

1.  Le  prieuré  de  Roncevauv  appaiienail  à  l'abbaye. 

3.  Fouillé  des  diocèses  de  Rodez  et  de  Vabres,  manuscrit,  xvi'  siècle. 


276 

elle  possédait  de  nombreuses  terres,  a  été,  au  x*"  siècle,  adminis- 
trée par  des  évêques  de  Clermont.  En  partie  peuplée  de  moines 
originaires  de  cette  province,  il  est  très-naturel  de  supposer 
qu'elle  aura  subi  Tinfluence  des  idées  et  des  goûts  qui  y  avaient 
cours.  L'église  de  Conques  a  donc  pu  être  construite  par  un 
architecte  auvergnat  qui,  faisant  faire  à  l'art  roman  un  pas  con- 
sidérable, a  produit  dans  cet  édifice  un  type  nouveau. 

Mais,  objectera-t-on,  n'est-ce  point  Saint-Sernin  de  Toulouse 
qui  a  servi  de  modèle  à  Sainte-Foi  de  Conques?  C'est  une  ques- 
tion de  dates.  Urbain  II,  en  1095,  consacra  l'église  encore  ina- 
chevée de  Saint-Sernin  qui  a  été  commencée  vers  1060  ^  D'après 
le  chronographe  de  l'abbaye  rouergate,  celle  de  Conques  était  à 
peu  près  terminée  au  moment  où  l'on  posait  la  première  piéride 
de  Saint-Sernin.  Odolricus...  hasilicam  ex  maxinia  parte 
consunwiaxit...,  corpus  beatœ  Fidis  de  veteri  ecclesia  in 
novam  basilicam  transiulit,  ac  etiam  monasterium  in  ea 
forma  in  qua  est  ad  honorem  Dei  et  heatœ  Fidis  /crisse 
creditur,  tempore  Henrici,  Francorum  [régis]...  Odohic, 
abbé  avant  1030,  est  cité  pour  la  dernière  fois  dans  une  pièce  de 
1062.  J'ai  démontré  plus  haut  que  l'auteur  anonyme  écrivait 
vers  1095.  On  ne  saurait  lui  refuser  créance,  quand  il  parle 
d'événements  récents  qu'il  a  vus  ou  appris  de  témoins  ocu- 
laires, surtout  si  l'abbaye  de  Figeac  n'est  pas  en  question.  11 
ajoute  que  Begon  III,  qui  gouvernait  Conques  au  moment  où  il 
composait  sa  chronique,  a  fait  bâtir  le  cloître  qui  s'appuyait  sur 
le  bas-côté  méridional  de  la  nef.  C'est  une  preuve  de  plus  que 
l'église  était  alors  achevée.  Le  cloître  est  détruit  et  il  n'en  reste 
que  quelques  débris  recueillis  par  le  curé  ;  il  abritait  le  tombeau 
de  son  fondateur,  demeuré  intact  contre  le  mur  de  l'église,  avec 
une  inscription  que  M.  Mérimée  a  relevée. 

La  comparaison  de  Sainte-Foi  et  de  Saint-Sernin  fait  ressortir 
dans  le  monument  de  Toulouse  une  hardiesse,  un  ensem])le,  une 
sûreté  d'exécution  qu'on  est  loin  de  trouver  dans  celui  de 
Conques.  Ce  dernier,  parmi  des  beautés  de  premier  ordre,  porte 
la  trace  de  quelques  gaucheries  qui  trahissent  des  tâtonnements 
et  une  certaine  inexpérience. 

Au  xf  siècle,  les  relations  entre  Conques  et  le  pays  toulou- 
sain étaient  devenues  fréquentes.  Durand,  évêque  de  Toulouse, 

I.  Hist.  du  Lang.,  l.  II,  p.  175  et  Î65. 


277 

et  son  successeur  Isarn  firent  à  l'abbaye  d'importantes  donations. 
Le  cartulaire  nous  montre  les  moines  bâtissant,  dans  tous  les 
lieux  où  ils  vont  s'établir,  des  églises,  des  couvents  et  même  des 
bourgs  dits  salvetats,  localités  franches  dont  je  parlerai  dans  la 
seconde  partie  de  ce  travail.  Un  document  nous  a  conservé  les 
noms  de  trois  de  ces  moitiés  architectes  :  Amancius  donne  deux 
manses  dans  le  Bazadois  à  condition  que  Deusdet,  moine,  ou 
Pierre,  ou  Odolric  y  construira  une  église  en  l'honneur  de  sainte 
Foi  ^ .  Ainsi  le  culte  de  cette  sainte  a  porté  avec  lui  le  style  né  à 
Conques  dans  toutes  les  contrées  où  il  s'est  propagé,  et  nous  sai- 
sissons sur  le  fait  la  formation  et  le  développement  d'un,  mode 
d'architecture  romane,  très-répandu  dans  le  midi  de  la  France. 
A  ce  titre,  l'église  de  Sainte-Foi,  fort  intéressante  déjà  en  elle- 
même,  mériterait  d'être  l'objet  d'une  monographie  détaillée. 


4°  Chronologie  des  abbés  de  Conqces. 

I.  Dado.—  Deux  diplômes,  l'un  de  Louis  le  Débonnaire,  l'autre 
de  Pépin  d'Aquitaine,  nous  ont  appris  que  Dadon  était  le  fonda- 
teur de  l'abbaye  de  Conques  au  vnf  siècle. 

II.  Madraldus.  — Madraldus  lui  avait  succédé  en  801 2.  Il 
vivait  encore  en  819  ;  c'est  à  lui  qu'est  adressé  le  diplôme  de 
Louis  le  Débonnaire  qui  confirme  l'érection  du  monastère  ^. 

III.  Anastase. —  Madraldus  était  mort  en  823.  Anastase,  cette 
année,  conclut,  par  les  soins  d'un  niissus  dominicus,  un  ac- 
cord avec  Bertrand,  vasse  du  Roi,  et  avoué  de  l'église  Sainte- 
Marie  de  Laon  ^. 

IV.  Élie.  —  Pépin  d'Aquitaine  fonde  le  monastère  de  Figeac, 
en  838,  et  l'abbé  Ehe  le  peuple  d'une  colonie  formée  de  moines 
de  Jonant  et  de  Conques. 

V.  Begon  I. —  Le  Gallia  christiana  donne  pour  successeur  k 
Elie,  en  855,  Blandinus,  nommé  dans  le  récit  de  la  translation 
des  reliques  de  saint  Vincent  de  Sarragosse  que  nous  a  laissé 


1.  Cartulaire,  f"  LYI. 
L  V  11. 

3.  Argofredus  placé  ici  par  le  Gallia   christiana,  d'après  la  chronique,   n'est 
pas  mentionné  dans  le  cartulaire. 

4.  Cartul.,  f»  CCXLUl. 


278 

Aimoin.  Mais  le  moine  de  Saint-Germain-des-Prés  était  mal 
renseigné,  car  Begon  reçoit  une  première  donation  en  851  ^ ,  et 
une  seconde  après  864^. 

VI.  GiBERT.— En883,  Bernard  donne  k  cet  abbé  les  églises  de 
Verneducio,  aujourd'hui  Saint-Cyprien  près  de  Conques,  par 
une  charte  qui  détermine  l'époque  de  la  translation  des  reliques 
de  sainte  Foi  -^ 

VIL  Frotarius.  —  Il  est  désigné  dans  une  pièce  de  887  ou 
888-*. 

VIII.  Arlaldus  ou  AiRALDUs.  —  Diverses  chartes  nous  ap- 
prennent qu'il  gouverna  l'abbaye  peut-être  depuis  898'',  certaine- 
ment depuis  901  ^  jusqu'en  janvier  904  '^ . 

IX.  Raoul  et  Fredelon. —  Les  moines  lui  élirent  immédiate- 
ment un  successeur,  car  on  trouve  une  charte  prestaire  faite  pai' 
Raoul  pendant  ce  même  mois  de  janvier  904^.  En  925^,  il 
s'était  associé  Fredelon  qui  parait  être  son  frère.  Du  moins,  leurs 
mères  portaient  toutes  deux  le  nom  de  Sénégonde^^.  Fredelon 
devint  abbé  de  Vabres  "  ;  on  ne  le  retrouve  plus  k  la  tête  de 
Conques  que  Raoul  gouverne  encore  en  930  ^-. 

X.  Jean  ^^.—  Il  était  prévôt  de  l'abbaye  en  915  ^^  et  abbé  avant 
933  '^  Il  est  vrai  qu'une  charte  prestaire  de  la  x'^  année  de 
Charles  le  Simple  lui  donnerait  ce  titre  dès  909  ^°.  Mais  il  y  a 
évidemment  une  erreur  de  date  qui  est   sans  doute  le  fait  du 


1.  F"  CLIl. 

2.  F°  CXXIII  V». 

3.  F"  V.  C'est  à  tort  que  le  GalUa  christiana  met  cet  abbé  avant  Begon  I. 

4.  F"  LXXXIX. 

5.  F-  CXXXI. 

6.  F"  CLXX. 

7.  F"  XGIII. 

8.  F»  GXXXV. 

9.  F"  VI. 

10.  F"  VII. 

11.  Gallia  chriaiiana,  t.  I,  p.  275.  Les  auteurs  de  la  notice  des  abbés  de  Vabres 
n'ont  pas  remarqué  que  Fredelon,  abbé  de  Vabres,  était  le  môme  personnage 
que  l'abbé  de  Conques,  quoiqu'ils  citent  le  nom  de  sa  mère. 

12.  Carlulaire,  f"  VII  v°. 

13.  Geraldus  qoi  précède  Jean  dans  le  Gallia  christiana  et  la  chronique  n'est 
désigné  dans  aucune  charte. 

14.  F"  CLVI  V". 

15.  F"  LXXV  V». 

16.  F"  CLXXXIX  V. 


279 

copiste.  Si  l'on  compare  les  signatures  de  ce  document  à  celles  de 
la  prestaire  de  904,  passée  par  Raoul,  on  voit  que  les  dignitaires 
de  l'abbaye  sont  différents.  Or  il  est  bien  difficile  qu'ils  aient  tous 
disparu  de  904  à  909.  La  première  de  ces  pièces  désigne  parmi 
les  témoins,  en  904,  Adraldus,  Rotgarius,  Widbaldus,  enfants, 
Astarius,  adolescent.  Ils  ont  grandi,  quand  on  rédige  la  seconde, 
et  sont  devenus  Astarius,  prévôt;  Guitbaldus,  gardien  de  l'église; 
Adraldus,  portier  du  couvent;  Rodgerius,  portier  des  pauvres. 
Astarius,  prévôt,  est  souvent  mentionné  dans  les  chartes,  un 
peu  avant  et  après  930.  Le  scribe  qui  a  composé  la  seconde  pres- 
taire est  Hictor,  clerc,  auteur  de  plusieurs  pièces  à  cette  dernière 
époque.  C'est  donc  vers  930  que  je  crois  devoir  placer  la  se- 
conde prestaire  portant  le  nom  de  Jean.  Il  était  encore  abbé 
en  935  '. 

XL  Etienne  I,  Begon  II  et  Hugues. — Après  lui  Etienne  gou- 
verne l'abbaye  de  942-  à  984  ^.  Il  était  en  même  temps  évêque 
de  Glermont.  En  958,  les  documents  portent  Stephanus  episco- 
23US  et  Bego  et  Hugo  abba  ^.  Une  charte  de  961  donne  à  Begon 
le  titre  d'évêque^\  Il  était  sans  doute  le  coadjuteur  d'Etienne 
auquel  il  succéda  sur  le  siège  de  Glermont.  Hugues  était  le  véri- 
table abbé  ;  un  document  de  962  l'appelle  abbas  secwidmn 
regulam^.  Etienne  et  Hugues  sont  nommés  pour  la  dernière 
fois  en  984^. 

XII.  Begon  II  et  Arlaldus  IL — Begon  partage  alors  l'admi- 
nistration de  l'abbaye  avec  Arlald  II  qui  vit  sous  Hugues 
Gapet». 

XIII.  Begon  II  et  Girbert. — On  lui  associe  ensuite  Girbert  ^ 
qui,  de  996  à  1004,  ne  passe  pas  moins  de  29  contrats  d'acqui- 
sition pour  arrondir  les  propriétés  du  monastère. 

XIV.  Begon  II  et  Arlaldus  III. — Begon  ne  mourut  que  vers 

1.  F"  CXLVI. 

2.  F"  CXIV  v°. 

3.  Le  Galiia  christiana  ne  le  fait  vivre  que  jusqu'en  97U. 

4.  Carlulaire,  f"  CLXXXIII  v°. 

5.  F"   CCIII  v°.    Son  épiscopat  n'aurait,   d'après   le  GalUa  christiana,  com- 
mencé qu'en  970. 

6.  Cartulaire,  f°  CLXXXVIII  v°. 

7.  F"»  LXXIII  v°  et  C.  Hugues  est  ment^opnç  seul  la, même  année  deux.iqois 
après,  f»  CLXXIII. 

8.  F"  CCII  V  et  CCXXIX. 

9.  F-  CXXXVI  V. 


280 

l'an  1010'.  A  Girbert  avait  succédé,  en  1004,  Arlaldus  III -. 

XV.  AiRADUS.  —  On  pourrait  croire  que  le  nom  d'Airadus  est 
une  vai'iante  d'Arlaldus,  si  l'on  ne  lisait  dans  une  charte  ces 
mots:  Arlaldus,  ahhus;  decaniœ  curam  gerens  Airadus '' , 
qui  démontrent  qu" Airadus,  doyen  du  temps  d'Arlaldus,  devint 
abbé  après  sa  mort  ■*. 

Il  est  impossible  de  dire  combien  de  temps  vécurent  Arlaldus 
et  Airadus.  Il  est  probable  que  ni  l'un  ni  l'autre  ne  conservèrent 
longtemps  la  dignité  d'abbé,  car  les  actes,  peu  nombreux,  qui 
les  mentionnent,  sont  rédigés  par  des  clercs  dont  on  trouve  déjà 
les  signatures  au  bas  de  documents  de  l'époque  de  Hugues 
Capet  ^ 

XVI.  Adalgerius.—  Doyen  du  temps  d'Airadus  ^;  il  lui  suc- 
céda'^. Il  n'est  désigné  que  dans  quatre  actes,  sous  le  règne  de 
Robert^. 

XVII.  Lautardus.  —  Le  cartulaire  ne  contient  qu'une  pièce 
non  datée  qui  le  nomme '••.  Les  chronographes  de  Conques  et  de 
Figeac,  qui  écrivaient  environ  60  ans  après  Adalgerius,  s'accor- 
dent tous  deux  pour  le  placer  à  la  suite  de  cet  abbé  '°. 

XVIII.  Odolric— Déjà  sous  le  roi  Robert,  Odolric  avait  suc- 
cédé à  Lautard^^  Il  demeura  plus  de  30  années  sur  le  siège 
abbatial  qu'il  occupait  encore  en  1062  '~.  Son  nom  se  trouve  dans 
66  chartes  ;  20  autres  où  il  n'est  pas  désigné  sont  certainement 


1.  GalUa  christiana. 

2.  Cartulaire,  l"  CXCI  v°. 

3.  F»  CXCVII. 

4.  F»  CCIII. 

5.  Le  Gallia  christiana  emprunte  à  la  chronique  de  Conques  un  abbé  Nepos 
dont  l'existence  me  paraît  fort  problématique. 

G.  Cartulaire,  f  CLXVI  y". 

7.  F''LXVII. 

8.  Le  chrononraphe  de  Conques  met  ici  un  Odolric  en  s'appuyani  sur 
quelque  charte  de  l'abbé  Odolric,  successeur  de  Lautard,  qu'il  aura  mal 
datée. 

9.  Cartulaire,  f"  LXVIIL 

10.  Dans  le  Gallia  christiana,  le  successeur  de  Lautard  est  un  simouiaque  du 
nom  de  Willelmus,  d'après  la  chronique  de  Figeac  qui  me  semble  dénuée  de 
loule  autorité,  quand  elle  avance  un  fait,  sur  l'abbaye  de  Conques,  non  continué 
par  les  documents  venant  de  cette  dernière.  Airadus,  qui  suit  Willelmus  dans 
le  Gallia  christiana,  doit  précéder  Adalgerius,  suivant  le  cartulaire. 

11.  Cartulaire,  f"  CLXXX  n« 
n.  F"  XVL 


28^ 

contemporaines,  puisqu'elles  sont  comprises  entre  1031  et  1060; 
et  je  ne  parle  pas  d'un  grand  nombre  d'actes  sans  date  précise, 
passés  pendant  les  règnes  de  Robert  et  de  Philippe  ou  ne  conte- 
nant aucune  indication  chronologique,  qui  paraissent  être  de  son 
temps.  C'est  à  lui  qu'on  doit  l'église  qui  existe  encore. 

XIX.  Etienne  II. —  Il  remplace  Odolric  en  1065^ .  Onle trouve, 
en  1076,  au  concile  de  Rome  où  il  obtient  la  bulle  de  Grégoire, 
expédiée  en  1084,  qui  unit  Figeac  à  Conques  ^.  Les  dernières 
chartes  datées  qui  contiennent  son  nom  sont  postérieures  à 
1085  3. 

XX.  Begon  III.—  Begon,  élu  en  violation  de  la  bulle  de  Gré- 
goire VII,  aux  termes  de  laquelle  l'abbé  survivant  de  Figeac 
devait  commander  aux  deux  abbayes,  et  déposé  par  le  concile 
de  Clermont  en  1095,  ne  souscrivit  pas  à  cette  sentence.  Nous 
trouvons  un  acte  passé  par  lui  en  1096"^.  En  1097,  le  concile 
de  Nîmes,  qui  rendit  aux  deux  abbayes  leur  autonomie,  le  remit 
en  possession  de  son  siège  qu'il  conserva  jusqu'après  1108  ^.  Le 
chronographe  de  Conques,  son  contemporain,  dit  de  lui  :  Bego 
venerabilis,  qui  claustrmn  construœit,  multas  reliquias  in 
aitro  posuit,  textus  evangeliorum  fieri  fecit.  En  outre  des 
monuments  que  j'ai  cités  plus  haut,  le  trésor  de  Conques  possède 
un  petit  édicule,  en  forme  de  lanterne,  sur  lequel  on  déchiffre 

cette   indication   incomplète  :    abbas   sanctoruni  Bego 

partes  ^...  Peut-être  Begon  III  a-t-il  fait  commencer  le  cartulaire. 

XXI .  BoNiTACE . — Deux  chartes  nous  apprennent  son  existence 
en  1110  ■^.  Mais  je  ne  saurais  dire  jusqu'à  quelle  époque  elle  s'est 
prolongée.  Les  documents  qui  le  concernent  sont  rares  et  sont 
datés  vaguement  des  règnes  de  Henri,  roi  d'Angleterre  de  1100 
à  1135,  et  de  Louis,  roi  de  France  de  1108  à  1137.  Il  est  fort 
probable  que  le  cartulaire  a  été,  de  son  temps,  conduit  jusqu'au 
30"^^  cahier  inclusivement. 

Les  chartes  postérieures  à  Boniface  sont  trop  peu  nombreuses 

1.  F»  CCLX  y. 

2.  F"  XLVII. 

3.  F°»  CCXXXIX  T»  et  CCXLIX  v». 

4.  F°  ce,  (après  le  CCLXrV'')  n°  provisoire  548. 

5.  Fo  LXX. 

6.  Annal,  archéol.,  t.  XVI,  p.  277. 

7.  Cartulaire,  f»  CCL...  (après  le  CCLII'),  n"  provisoire  504. 

49 


282 

pour  qu'elles  puissent  servir  à  établir  la  suite  complète  des  suc- 
cesseurs de  Boniface  jusqu'à  la  fin  du  xn''  siècle. 

Une  pièce  de  1139  '  contient  l'initiale  B.  du  nom  d'un  abbé 
qui  serait  Bernardus,  si  l'on  en  croit  un  autre  document  du  car- 
tulaire  ~,  ou  Berardus,  si  l'on  s'en  rapporte  à  une  formule  de 
serment  prêté  à  l'êvêque  de  Rodez  ^.  Le  Gallia  ohristiana  ne 
nomme  pas  cet  abbé. 

En  revanche  il  indique,  en  1154,  Eudes  et,  en  1165,  Hugues, 
qui  n'ont  laissé  aucune  trace  dans  le  cartulaire. 

Il  cite,  en  1167,  Isarn  qui  aurait  encore  vécu  en  1172.  Mais 
une  charte,  offerte  avec  quelques  autres  aux  archives  départe- 
mentales de  l'Aveyron  par  M.  le  curé  de  Conques,  donne  en  1170 
une  initiale  G.  qui  est  peut-être  celle  de  Gaucelmus  dont  le  nom 
se  trouve  dans  deux  pièces  sans  indication  chronologique  '*.  — 
Le  Gallia  ohristiana  qui  place  Gaucelmus  plus  haut,  après  Bo- 
niface, ne  justifie  pas  ce  rang  par  une  preuve.  —  Il  y  aurait 
donc  un  Isarn  I  en  1167,  et  un  Isarn  II  en  1172.  Le  cartulaire 
contient  bien  une  pièce  avec  ce  nom  ^  ;  mais  comme  elle  est  seu- 
lement datée  de  l'épiscopat  de  Gautier,  évêque  de  Langres  de 
1163  à  1179,  elle  ne  tranche  point  la  difficulté. 

Le  dernier  abbé  du  xu*"  siècle  désigné  dans  ce  manuscrit  est 
Gualbert  en  1183^.  Il  manque  dans  le  catalogue  dressé  par  les 
frères  de  Sainte-Marthe. 

G.  Desjardins. 

La  fin  2^rochainement . 


1.  N°  provisoire  552. 

2.  N°  provisoire  553. 

3.  Arch.  de  l'Aveyron.  Évôché  de  Rodez. 

4.  Cartulaire,  n"'  prov.  563  et  505.  ' 

5.  N"  prov.  561. 

6.  F"  LXII  v°  en  marge. 


CONFIRMATION    D'ACTES 

PAR    DES   NOEUDS   FAITS   A   DES    COURROIES. 


Un  ecclésiastique  dévoué  aux  études  historiques,  M.  l'abbé  Lugat, 
curé-doyen  de  Yilleneuve-de-Marsan,  arrondissement  de  Mont-de- 
Marsan  (Landes),  in  a  confié,  pour  l'examiner  et  le  publier  au  besoin, 
un  manuscrit  en  latin  renfermant  une  histoire  de  l'abbaye  de  Saint- 
Sever-Cap-de-Gascogne  (Landes).  Parmi  les  nombreuses  chartes 
contenues  dans  ce  précieux  recueil  formé  au  xvii^  siècle,  j'ai  trouvé 
un  extrait  de  l'un  des  cartulaires  de  l'abbaye,  mentionnant  une 
forme  singulière  de  confirmation  des  actes.  11  s'agit  de  nœuds  faits 
à  la  courroie  (corrigium)  qui  pendait  à  la  charte,  comme  les  lacs 
sur  lesquels  étaient  fixés  les  sceaux.  Voici  du  reste  la  formule  qui 
indique  cette  pratique.  N...  nodum  in  hoc  corrigio  primus  fecit,  et 
nlium  nodum  N...,  alias  deinceps  nodoshujus  rei  testes  fecerunt. 

Cet  emploi  des  nœuds  n'a  guère  été  remarqué  des  auteurs  qui  ont 
écrit  sur  la  diplomatique  ',  c'est  pourquoi  j'ai  pensé  qu'il  était 
utile  de  le  faire  connaître.  Je  me  suis  borné  à  publier  un  acte  daté 
d'une  manière  très-complète  :  c'est  la  donation  du  patronage  de 
l'église  Saint-Martin-de-Lirac  par  Pierre,  vicomte  de  Sault,  à  Tab- 
baye  de  Saint-Sever,  confirmée  par  son  fils;  j'aurais  pu  ajouter  un 
autre  exemple,  tiré  de  la  même  source,  mais  cet  acte  n'est  pas  daté 
d'une  façon  aussi  précise,  bien  qu'il  soit  certainement  du  xn^  siècle. 

Le  «  petit  cartulaire  »  d'où  est  tiré  l'extrait  ci-dessous,  apparte- 
nait à  la  catégorie  des  cartulaires-notices  qui  ne  donnent  pas  les 
contrats    in  extenso,   mais  se  bornent  à  en   reproduire  le  sens  ; 


1.  M.  Delisle  {Revue  des  sociétés  savantes,  i"  série,  III,  509,  année  1866)  a 
signalé,  comme  propre  à  la  Gascogne,  l'usage  de  valider  les  actes  par  des  nœuds 
de  courroies,  et  il  a  cité  le  cartulaire  du  prieuré  de  la  Réole,  publié  au  t.  V  des 
Archives  historiques  du  département  de  la  Gironde,  dans  lequel  on  lit  (p.  110): 
«  Hoc  est  signum,  unum  corrigium  nodatum.  Signum  corrif^ium  nodatura  cura 
w  carta.  Signum  corrigii  nodati  cum  carta.  » 


284 

cependant  il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  le  dernier  paragraphe,  depuis 
llorum  neenon...,  est  la  copie  textuelle  de  l'acte  original.  C'est  la 
seule  jjartie  de  ce  document  sur  laquelle  j'appelle  l'attention  des  lec- 
teurs. 

P.  Raymond. 


Extrait  du  «petit  cartulaire  »  de  l'abbaye  de  Saint-Sever 
{Histoire  manuscrite, p.  133). 

Scire  vos  oportet  fratres^  quia  Petrus,  vicecomes  de  Saltu^ 
pro  remedio  animse  suae  et  pro  redemptione  animarum  patris  et 
matris  suse,  senioratum  abbatiœ  sive  ecclesise  Sancti  Martini  de 
Liraco^,  adlmc  vivente  Gregori()\  bonœ  memoriaj,  Sancti  Se- 
veri  abbate  egregio,  Deo  et  sancto  Severo  concessit. 

IIlo  autem  defuncto,  Fort  Anerius,  filins  ejus,  in  honorera  et 
donationem  ejus  jure  hereditario  successit,  et  se  in  eodem  domi- 
nio,  sicut  pater  suus  posséderai,  tanidiu  proclamavit,  donec  cum 
domino  Sancti  Severi  Raimundo''  duellum  in  manu  Gastonis 
vicecomitis^  firmavit  et  pepigit.  Adultiniumvero,  finerafirmissi- 
mum  faciendo  et  praedictum  honorera  irrevocabiliter  retinendo , 
prsescriptus  abbas  c  et  xxx  solidos  morlanensis  monetee  ipsi  For- 
toni  Anerio  dédit,  etabeo  Bernardum  de  Murrino'''  et  Durandura 


1 .  Moines  de  l'abbaye  de  Saint-Sever. 

2.  Pierre,  vicomte  de  Sault-de-Navailles,  (ils  de  Guilhem-Raymond.  —  Ce 
lieu  est  aujourd'hui  une  commune  du  canton  et  de  l'arrondissement  dOrthez 
(Basses-Pyrénées).  La  motte  et  les  ruines  du  donjon  des  vicomtes  de  SauU 
existent  encore. 

3.  Senioratum  abbatisc  ne  signifie  pas  le  patronage  d'une  abbaye,  mais  le 
patronage  de  l'église,  ce  qu'on  a  exprimé  jusqu'en  1789  dans  les  Pyrénées  par  le 
terme  abbaye  laïque;  les  abbés  laïques  ])renaient  rang  dans  l'ordre  de  la  no- 
blesse, et  non  dans  celui  du  clergé,  c'étaient  de  simples  genlilshommes. — Auxvii^ 
siècle  l'emplacement  de  Lirac  était  déjà  inconnu  aux  annotateurs  du  cartulaire 
de  Saint-Sever,  on  sait  seulement  que  ce  lieu  était  près  de  la  Crabe  et  de  Mor- 
ganx,  canton  de  Hagetmau,  arrondissement  de  Saint-Sever  (Landes). 

4.  Grégoire  de  Montaner,  abbé  de  Saint- Jean-de-Sorde,  abbé  de  Saint- Sever, 
évêque  de  Dax  et  évéque  de  Lescar,  gouverna  l'abbaye  de  Saint-Sever  de  1028 
à  1072. 

5.  Raymond-Bernard  d'Arboucave,  abbé  de  Saint-Sever  de  1107  à  1128. 

6.  Gaston  V,  vicomte  de  Béarn  (1088-1130). 

7.  Le  nom  de  Murrino  était  douteux  dans  le  cartulaire,  car  les  annotateurs 
ont  mis  en  marge  :  seu  Meurino,  seu  Merrino. 


285 

de  Monstror  ^  tenore  inconcutiendo  fidejussores  accepit;  ita  sci- 
licet  qiiod  ipse  Forto  Anerius,  vel  generatio  ejus,  in  iEum  senio- 
ratum  se  numquam  amplius  proclamet.  Nec  hoc  etiam  prsetere- 
imdum  est  quod  de  rustico  illo  quem  ipse  Forto  Anerius  Deo  et 
sancto  Severo  dederat,  qiiando  cum  Guillelmo  Raimundo,  fratre 
suo,  bellimi  fecit  et  victor  extitit,  nec  ullum  penitus  censum  vel 
servitium  vel  opus  ad  suum  castrum  sibi  retinuit,  iino  totum 
absque  ulla  servitii  subjectione  Deo  et  sancto  Severo  attribuit  et 
omnino  illum  délibéra  vit. 

Horum  necnon  signo  donorum  ipse  Forto  Anerius  nodum  in 
hoc  corrigio  primus  fecit,  et  alium  nodum  Bruno  de  Saltu,  frater 
ejus,  alios  deinceps  nodos  idonei  barones,  hujus  rei  testes,  fece- 
runt,  videlicet  Bonus  Homo  Adurensis  episcopus~,etBernardus 
de  Merrino  et  Bernardus  de  Mumii  ■'  et  Durandus  de  Monstror  et 
Arnaudus  de  Peda.  Hoc  factum  est  tempore  Pictaviensis  comitis 
Vasconiœ'*,  et  Raimundi  abbatis  ipsius  loci,  atque  Adurensis 
episcopi  Boni  Honiinis,  Ausciensis  archiepiscopi  Bernardin 
currente  incarnationis  Domini  nostri  Jesu  Christi  anno  m°  c°  xx", 
régnante  domino  Calixto  papaii"®. 


1.  Mouslrou,  aujourd'hui  section  de  la  cominuae  de  Piels-PIasence-Moustrou, 
canton  d'Arzacq,  arrondiss.  d'Orlhez  (Basses-Pyrénées), 

2.  Bozom,  évèque  d'Aire  (1120-1148). 

3.  Momuy,  commune  du  canton  de  Hagetmau,  arrondissement  de  Sainl-Sever 
(Landes). 

4.  Guillaume  IX,  comte  de  Poitou  et  de  Gascogne  (1087-1127). 

5.  Bernard  de  Sainte-Christine,  archevêque  d'Auch  (1118-1126). 

6.  Calixte  11  fut  pape  de  II 19  à  1124. 


NOTE 
SUR    UN    MANUSCRIT    PERDU 

DES  CHRONIQUES  DE  FROISSART. 


Les  recherches  de  Dacier  au  xviii'"  siècle,  et  de  nos  jours  celles  de 
Buchon,  de  M.  Lacabane,  du  docteur  Rigollot,  de  M.  Kervyn  de 
Lettenhove,  de  M.  Caslan  et  de  M.  Siméon  Luce,  ont  mis  en  lumière 
un  grand  nombre  de  manuscrits  des  chroniques  de  Froissart,  et 
nous  pouvons  aujourd'hui  nous  rendre  un  compte  exact  des  pi-inci- 
pales  vicissitudes  qu'a  subies  l'un  des  monuments  les  plus  précieux 
de  la  littérature  historique  du  moyen-àge.  Nous  sommes  loin  cepen- 
dant de  posséder  tous  les  exemplaires  que  nous  aurions  besoin  de 
consulter  pour  résoudre  difTérents  problèmes  que  présente  encore 
l'histoire  de  la  composition  des  célèbres  chroniques.  Il  faut  donc 
appeler  d'une  façon  toute  spéciale  l'attention  des  bibliographes  sur 
des  manuscrits  dont  la  trace  est  perdue  depuis  plus  ou  moins  long- 
temps, et  dont  la  découverte  nous  apporterait  un  utile  supplément 
d'informations.  De  ce  nombre  est  une  copie  des  deux  premiers  livres 
de  Froissart,  qui  existait  à  Lille  au  milieu  du  xviii"  siècle  et  que  les 
derniers  éditeurs  n'ont  point  retrouvée. 

Elle  est  ainsi  mentionnée,  sous  le  n°  336-^,  dans  le  Catalogue  des 
livres  de  la  bibliothèque  de  feu  Monsieur  l'abbé  Favier,  prêtre  à 
Lille^  dont  la  vente  commencera  le  jeudi  \  9  septembre  \  765  ' . 

Chronique  de  Froissard.  Manuscrit  en  deux  grands  volumes 
in-folio,  maroquin  noir. 

Elle  fut  adjugée  au  prix  de  440  livres.  Ce  prix  n'avait  certes  rien 
d'exagéré  :  car  le  manuscrit  devait  offrir  des  particularités  curieuses 

1.  Lille,  F.  J.  Jacquez,  1765.  in-oclavo  de  bll  pages. 


287 

que  laisse  entrevoir  la  noie  suivante,  imprimée  en  tête  du  Catalogue 
(pages  xv-xviijj  : 

Le  manuscrit  de  feu  M.  l'abbé  Favier  a,  sans  contredire,  bien 
des  avantages,  et  pourroit  servir  plus  qu'aucun  autre  à  donner 
une  édition  plus  parfaite  de  cette  importante  chronique.  Le  pos- 
sesseur, qui  l'a  voit  soigneusement  comparé  avec  les  imprimés,  a 
assuré  plusieurs  fois  que  son  manuscrit  renfermoit  une  infinité  de 
choses  qui  ne  se  trouvent  que  là.  Il  a  fait  plus  :  il  a  entrepris  de 
faire  une  dissertation,  dans  laquelle  il  donne  l'extrait  d'un  grand 
nombre  d'augmentations,  qui  prouvent  très-bien  que  son  manus- 
crit est  plus  étendu,  et  nous  sommes  en  état  de  les  communiquer 
aux  amateurs  qui  voudront  vérifier  la  chose. 

Ce  qui  doit  augmenter  le  prix  de  ce  manuscrit,  c'est  que  le 
caractère,  ainsi  que  le  langage,  en  paroit  fort  ancien,  et  appro- 
cher du  temps  où  Froissard  vivoit.  Voici  ce  qu'en  dit  M.  Favier  : 
«  Les  deux  volumes  de  ce  manuscrit  sont  écrits  de  la  même 
»  main,  et  portent  avec  eux  le  coin  de  la  première  antiquité,  et 
»  la  date  du  temps  de  l'auteur,  soit  par  le  vieux  langage  d'alors, 
»  soit  par  les  mots  écrits  comme  dans  ce  temps,  soit  par  les  aug- 
»  mentations  considérables  qu'on  pourroit  croire  avoir  été  faites 
»  sous  les  yeux  de  Froissard.  » 

Il  ose  même  avancer,  dans  un  autre  endroit,  qu'après  avoir 
parcouru  ce  manuscrit  en  entier  et  l'avoir  collationné  avec  les 
éditions  de  1505  et  de  1549,  il  l'a  trouvé  presque  augmenté  du 
double. 

On  lit  à  la  fin  du  prologue  de  ce  manuscrit  une  particularité 
qu'on  ne  trouve  point  dans  les  éditions  connues  :  «  On  m'appelle, 
»  qui  tant  me  voelt  honnourer,  sire  Jehan  Froissard,  prêtre, 
»  canosne  de  Chimay  et  de  Liles  en  Hierbe,  et  ce  fis,  comppiUy, 
»  dittay  et  ordonay  à  la  requête,  contemplation,  plaisance  de 
»  hault  prinche  et  renommé  monsseigneur  Guy  de  ChatiUon  , 
»  comte  de  Blois,  seigneur  d'Avesnes,  de  Chimay  et  de  Beau- 
»  mont,  de  Sconnehove  et  de  la  Gode,  mon  bon  maitre  et  souve- 
»  rain  seigneur.  » 

Ce  qui  ajoute  un  nouveau  prix  à  ce  manuscrit,  ce  sont  trois 
autres  écrits  qui  tiennent  à  notre  histoire,  dont  la  main,  le  style 
et  le  langage,  paroissent  à  peu  près  les  mêmes  des  chroniques. 
Le  premier  contient  une  généalogie  de  plusieurs  rois  de  France 
et  de  leurs  descendans,  rédigée  par  le  sire  Jehan  le  Tartier, 


288 

prieur  de  l'église  de  Cantimpré;  comme  aussi  beaucoup  de  détails 
curieux  sur  le  règne  de  Philippe-le-I3el,  sur  les  Flamands,  sur  le 
siège  de  la  ville  de  Lille,  sur  l'origine  des  divisions  et  guerres 
entre  la  France,  l'Angleterre  et  la  Flandre.  Cette  pièce  semble 
faite  exprès  pour  servir  d'introduction  à  la  chronique  de  Frois- 
sard. 

Le  deuxième  écrit  contient  le  détail  de  la  révolution  et  rébel- 
lion des  Liégeois,  à  l'occasion  de  Jean  de  Bavière,  promu  et 
investi  de  l'évêché  de  Liège. 

Le  troisième,  enfin,  est  une  description  historique  des  choses 
qui  ont  conduit  à  la  fameuse  bataille  de  Rousseauville  près 
d'Azincourt.  Le  style  et  la  manière  de  s'exprimer  faisoient  croire 
au  possesseur  que  deux  de  ces  morceaux  pouvoient  être  de  la 
main  de  Froissard.  On  lit  à  la  fin  du  manuscrit  :  «  Ja.  Carlier. 
»  Orate  pro  hujus  presentis  scriptore  Hbri.  » 

L'abbaye  de  Cantimpré,  où  ce  manuscrit  a  été  rédigé,  située, 
pour  ainsi  dire,  dans  le  pays  même  de  l'auteur,  est  un  préjugé 
favorable  pour  son  autenticité.  Il  est  probable  que  Froissard, 
depuis  la  mort  de  son  protecteur  Wenceslas  de  Luxembourg,  duc 
de  Brabant,  arrivée  en  1384,  jusqu'au  moment  qu'il  s'attachât 
au  comte  de  Blois,  s'arrêta  dans  sa  patrie  ou  dans  quelque  lieu 
voisin.  11  dit  lui  même  que,  de  retour  de  ses  voyages  d'Avignon, 
de  Foix  et  de  Blois,  il  vint  dans  le  Hainaut  et  dans  le  Cambresis. 
On  peut  donc  raisonnablement  présumer  que,  vers  l'année  1390, 
il  mit  la  dernière  main  aux  deux  premiers  livres  de  sa  chronique, 
et  qu'à  cet  eff'et  il  choisit  l'abbaye  de  Cantimpré. 

Quoique  ce  manuscrit  ne  renferme  que  les  deux  premiers  livres 
de  l'histoire  de  Froissard ,  il  n'est  ni  moins  important  ni  moins 
précieux,  pour  quiconque  voudroit  donner  une  nouvelle  édition 
de  cet  illustre  historiographe,  qui  est  entièrement  défiguré,  tron- 
qué et  même  inintelligible  dans  toutes  les  éditions  publiées  jusqu'à 
ce  jour. 

Dans  aucun  des  manuscrits  connus  de  Froissart,  le  prologue  ne 
renferme  les  lignes  citées  plus  haut  par  le  rédacteur  du  catalogue. 
Toute  courte  qu'elle  est,  cette  citation  suffit  pour  nous  autoriser  à 
rattacher  le  manuscrit  de  l'abbé  Favier  à  la  famille  que  M.  Luce  a 
dénommée  première  redagtioî<  révisée,  et  qui  est  aujourd'hui  repré- 
sentée par  trois  manuscrits  de  la  Bibliothèque  Nationale  et  par  le 

manuscrit  de  M.  le  duc  de  Mouchy. 

Léopold  Delisle. 


NOTICE 


SUR 


LÀ  CONTRÉE  DU   COMTÉ  DE  BOURGOGNE 


APPELEE 


«PAGUS   SCODINGORUM  ». 


La  Séquanie  conquise  pai'  les  Burgundes  fut  divisée  par  eux 
en  quatre  régions  principales  ou  pagi,  division  qui  se  perpétua 
jusqu'au  xiif  siècle  dans  les  arcliidiaconés,  l'organisation  ecclé- 
siastique s'étant  à  peu  près  calquée  sur  l'organisation  civile  et 
politique.  Les  travaux  de  Dunod,  Perreciot,  Droz,  de  Gingins, 
Désiré  Monnier  et  de  MM.  Roget  de  Belloguet  et  Edouard  Clerc, 
ont  dêterniiné  quelles  étaient  les  contrées  spéciales  delà  Franche- 
Comté  comprises  dans  chaque  pagus.  En  résumant  les  indica- 
tions que  fournissent  ces  auteurs  on  peut  dire  que  le  pagus 
Varascormn  embrassait  toutes  les  hautes  montagnes  du  Jura, 
depuis  la  source  du  Doubs  jusqu'à  Saint-Ursanne  ;  au  nord,  il 
était  limité  par  les  Rauraques,  peuple  appartenant  primitivement 
à  la  Séquanie,  mais  qui  avait  cessé  d'en  faire  partie  au  v*"  siècle; 
au  sud,  par  le  jmgiis  Scodingor^um  (entre  eux  s'étendait  toute- 
fois un  territoire  neutre,  désigné  dans  les  documents  sous  le  nom 
de  pagus  Heriensis,  pays  des  Hériens,  comprenant  la  partie 
montagneuse  du  canton  de  Salins  et  une  portion  de  celui  de  Le- 
vier); à  l'est,  par  l'Helvêtie  :  à  l'ouest,  par  l'Ognon,  Le  nom  du 
pays  des  Varasques  est  resté,  dit  M.  Désiré  Monnier,  à  une  porte 
orientale  de  la  citadelle  de  Besançon  qu'on  appelle  encore  la 
porte  de  Varesco  et  au  village  de  Scey-sur-la-Loue,  désigné  géné- 
ralement par  l'appellation  de  Scey-en-Varais. 

kw  pagus  Portensis,  qui  avait  pour  capitale  Pqrt-sur-Saône, 
l'ancien  Port-Abucin  cité  dans  la  carte  de  Peutinger  et  dans  la 


290 

Notitia  dignitatnm  imperii  romani,  correspondait  la  plus 
grande  partie  du  département  de  la  Haute-Saone.  Au  pagus 
Amausiensis,  qui  tirait  son  nom,  soit  des  tribus  chamaves  qui 
avaient  repeuplé  ce  pays  au  v'  siècle,  soit  de  ce  qu'il  avait  pour 
capitale  Amagotobrie,  aujourd'hui  liroye-les-Pesmes,  d'après  la 
plupart  des  savants,  se  rapportaient  l'arrondissement  de  Dôle  et 
la  partie  inférieure  de  la  vallée  de  la  Loue,  qui  a  conservé  le  nom 
de  val  d'Amour,  corruption  du  mot  Amaous.  Le  prieuré  de 
Saint-Vivant,  près  de  Dole,  fut  désigné  pendant  le  moyen-àge  par 
les  expressions  de  Saint-Vivant  en  Amaous,  pour  le  distinguer 
du  prieuré  de  Saint-Vivant  de  Vergy,  dans  le  pagus  Portensis. 
Enfin  le  pagus  Scodingorum  embrassait  l'arrondissement  de 
Lons-le-Saunier,  la  partie  montagneuse  de  celui  de  Poligny,  à 
partir  de  Salins,  et  quelques  lambeaux  de  celui  de  Saint-Claude, 
car  il  y  avait  entre  le  pagus  Scodingorum  et  le  pagus  Urbi- 
genus  (d'Orbe)  des  régions  désertes  et  couvertes  de  forêts,  sans 
appellation  géographique,  qui  furent  données  plus  tard  à  l'abbaye 
de  Saint-Claude. 

C'est  au  pagus  Scodingorum  que  nous  voulons  consacrer 
quelques  mots,  et,  nous  fondant  sur  une  charte  que  nous  avons 
eu  la  bonne  fortune  de  trouver,  établir  que  ce  pagus  tirait  sou 
nom  d'une  localité  spéciale  et  non  pas,  comme  on  l'a  prétendu 
jusqu'ici,  soit  d'une  caste  particuhère  de  la  nation  burgunde, 
soit  de  l'Ain  qui  l'arrosait. 

IL 

La  première  mention  du  mot  «  Scoding  »  apparaît  dans  la  lé- 
gende de  saint  Anatoile,  rédigée  probablement  au  vu''  ou  viii** 
siècle.  On  y  lit  que,  sous  le  règne  de  Gondebaud,  roi  de  Bour- 
gogne, c'est-à-dire  vers  la  fin  du  v®  siècle,  Anatoile,  fils  d'un 
roi  d'Ecosse,  revenant  d'un  pèlerinage  à  Rome,  se  fixa  dans  la 
vallée  de  Scoding,  où  s'élève  maintenant  la  ville  de  Salins  : 
«  vaUis  Scodinga  in  Sequanis,  ubi  nunc  Salinarum  locus.  » 

Ce  renseignement  nous  semble  très-décisif,  et  nous  ne  compre- 
nons pas  comment,  en  ayant  connaissance,  de  graves  auteurs,  tels 
que  Droz,  Chevalier,  Désiré  Monnier,  ont  pu  mettre  en  doute  que 
Salins  ait  lait  partie  du  p)agus  Scodingorum.  L'auteur  anonyme 
de  la  légende  de  saint  Anatoile  a  écrit  à  une  époque  où  les  anciennes 
appellations   géographiques  tendaient  peut-être  à  disparaître, 


29^ 

mais  n'étaient  pas  encore  inintelligibles,  et  l'indication  qu'il 
donne  est  très-précise.  Elle  a  paru  suffisante  d'ailleurs  à  Adrien 
de  Valois  {Notifia  Galliaruni)  et  plus  tard  à  M.  Alfred  Jacobs 
{Géographie  de  Grégoire  de  Tours  et  de  Frédégaire),  pour 
assimiler  le  fjagus  Scodingorum  au  pays  de  Salins. 

Saint  Anatoile,  voulant  se  consacrer  complètement  à  la  vie 
solitaire,  se  retira  dans  une  grotte  située  sur  le  versant  de  la 
montagne  de  Belin,  à  l'endroit  où  s'est  élevée  depuis  l'église  qui 
lui  a  été  dédiée.  De  ce  fait  paraît  résulter  que,  vers  490,  la  ville 
de  Salins,  si  elle  existait,  était  en  tous  cas  peu  considérable  et 
qu'elle  devait  s'étendre  surtout  du  côté  de  Bracon,  c'est-à-dire 
au  sud-est,  car  on  ne  pourrait  s'expliquer  comment,  en  admet- 
tant le  contraire,  saint  Anatoile  aurait  recherché  la  solitude  dans 
un  lieu  habité.  Les  expressions  de  la  légende  indiquent  ensuite 
d'une  manière  positive  que  l'appellation  Scoding  s'appliquait 
alors,  non  à  une  ville,  ni  à  une  contrée  en  général,  mais  à  une 
vallée,  celle  de  la  P^urieuse,  que  des  auteurs  ^  ont  désignée  à  tort 
comme  formant  un  pagus  spécial,  celui  des  Hériens. 

Un  siècle  plus  tard,  vers  l'année  G03,  Frédégaire  nous  apprend 
que,  comme  Protadius,  romain  d'origine,  était  fort  considéré 
de  tous  dans  le  palais  du  roi  Thierri,  et  que  Brunehault,  dont  il 
partageait  le  lit,  voulait  le  combler  de  dignités,  il  fut  nommé,  à 
la  mort  du  duc  Wandalmar,  patrice  du  paj's  ultra-jurain  et  de 
celui  de  Scodingue  :  «  Defuncto  Wandabnaro  duce,  in  pago 
Ultrajurano  et  Scotingorum  Protadius  patricius  ordinatur.  » 

Ainsi,  au  commencement  du  vn®  siècle,  le  pagus  Scodingo- 
l'urti  dépendait  du  royaume  de  Bourgogne,  et,  réuni  au  pagus 
Ultrajuranus,  qui,  selon  ]M.  Alfred  Jacobs,  comprenait  les 
villes  d' Avenche  et  d'Orbe,  ainsi  que  les  parties  les  plus  orientales 
de  la  Séquanie,  il  avait  pour  l'administrer  des  patrices  particu- 
liers. Frédégaire  en  cite  deux  antérieurs  à  Protadius,  Theutfried 
et  Wandalmar.  Il  résulte  certainement  des  indications  de  Frédé- 
gaire que,  de  490  à  603,  le  mot  Scoding,  qui  avait  primitive- 
ment désigné  spécialement  la  vallée  de  la  Furieuse,  s'était  étendu 
à  tout  le  pays  formant  les  parties  orientale  et  occidentale  du 
département  du  Jura.  C'est  qu'il  est  probable  que,  dans  cet  inter- 
valle, la  ville  de  Salins,  qui  nous  apparaît  déjà  comme  une  loca- 
lité d'une  certaine  importance  dans  la  donation  de  Sigismond  à 

1.  MM.  Bechet  el  Désiré  Moimier. 


292 

l'abbaye  d'Agaune  en  525,  s'était,  grâce  à  l'exploitation  de  ses 
sources  salées,  considérablement  développée  et  était  devenue 
peut-être  la  résidence  du  patrice  lors  de  ses  séjours  dans  la  par- 
tie de  la  Séquanaise  située  à  l'ouest  du  Jura,  et  pour  ce  motif 
avait  transmis  son  nom  à  toute  la  contrée. 

En  901  (Dunod,  Histoire  du  comié  de  Bourgogne,  page 
29()),  une  charte  embrasse,  sous  le  nom  de  cornitutus  Sculias- 
sensis,  tout  le  pays  composant  la  partie  méridionale  du  dépar- 
tement du  Jura,  et,  en  1102,  un  titre  désigne  le  prieuré  de 
Ruffey  '  par  ces  mots  :  p)-ioralus  Ruffiacensis  in  Escoens. 
L'antique  vocable  Scoding  avait  subi  la  loi  générale  qui,  du  vm'' 
au  XII*'  siècle,  avait  transformé  la  plupart  des  noms  géogra- 
phiques, qu'ils  dérivassent  du  latin  ou  des  idiomes  germaniques. 
Scoding  était  devenu  d'après  cette  règle  Escoens.  Ce  dernier 
renseignement  est  précieux,  car  il  prouve  d'une  manière  irréfu- 
table que  \q  pagus  Scodingorum  s'est  étendu  à  l'ouest  bien  au- 
delà  des  limites  que  lui  ont  fixées  Chevalier  et  Désiré  Monnier. 

Enfin,  au  commencement  du  xiii''  siècle,  à  une  époque  indé- 
terminée, mais  antérieure  pourtant  à  l'année  1221,  puisque 
Baudin,  archidiacre  de  Salins,  qui  figure  dans  la  pièce  que  nous 
allons  citer,  peut  être  considéré  comme  le  successeur  de  Girard, 
cité  pour  la  dernière  fois  en  1203,  et  le  prédécesseur  de  Hugues, 
qui  apparaît  en  1221,  une  charte  inédite  (Archives  du  Jura, 
série  H)  mentionne  l'éghse  de  Goailles  ~  sous  le  nom  de  ecclesia 
Scodinge.  Cette  pièce  est  si  importante  et  tranche  d'une  ma- 
nière si  décisive  la  question  qui  nous  occupe  que  nous  croyons 
devoir  la  reproduire. 

Notum  sit  omnibus,  tam  presentibus  quam  fuluris,  quod,  cum  ec- 
clesia Scodinge  haberet  mansum  unum  apud  Blane,  mansum  illum 
cum  appendiciis  suis,  scilicet  domo,  furno,  molendinis,  batatorio  et 
terra  circumadjacente,  concessiL  eadem  ecclesia  sub  bac  pensione 
Guilelmo  Gemello,  quod  idem  Guillermus  singulis  annis  daturus  sit 
in  vita  sua  seplem  bichetos  frumenti  et  duo  libéra  et  quasdam  tibias 
et  unam  gallinam,  et  post  ipsius  mortem  octo  bichetos  frumenti  cum 
aliis  prenominatis  memorata  percipiet  ecclesia,  et  si  aliquam  melio- 


1.  Sur  la  Seille,  canton   de  Bletterans,  arrondissement  de  Lons-le-Saunier, 
département  du  Jura. 

2.  Section  de  Salins,  à  la  source  d'un  petit  affluent  de  la  Furieuse. 


293 

rationem  fecerit  sepe  dictus  Guillermus  in  jam  dicto  manso,  totum 
concessit  in  helemosinam  idem  Guillermus  ecclesie  Scotinge.  Heredes 
autem  ejusdem  Guillermi  sub  pensione  octo  biclietorum  frumenli 
cum  supradictis  mansum  memoratum  tenere  poterunt;  et  si  quam 
meliorationem  ibi  fecerint,  totum  in  helemosinam  ad  ecclesiam  sepe 
dictam  devolvetur.  Hoc  autem  ita  recognovit  jam  dictus  Guillermus 
in  presentia  Baudini,  archidiaconi  Salinensis,  qui  in  rei  geste  testimo- 
nium  cum  aliis  sigillis  sigillo  suo  présentera  fecit  cartulam  insigniri. 
(Les  sceaux  qui  étaient  pendants  manquent). 

Cette  charte,  mentionnée  dans  les  anciens  inventaires  de 
Cxoailles,  et  cotée  sous  la  rubrique  DA  •,  veut  sans  aucun  doute 
désigner  l'église  de  Goailles  parles  termes  de  «  ecclesia  Scotinge.» 
Nous  serions  porté  à  croire  qu'elle  est  antérieure  à  l'année  1207, 
époque  de  la  fondation  de  l'abbaye  de  Goailles,  car  il  n'y  est  fait 
aucune  mention  de  cette  abbaye,  et,  Baudin  étant  déjà  archidiacre 
de  Salins  en  1204,  elle  peut  être  datée  de  cette  année  ou  des  deux 
suivantes.  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  document  est  le  dernier  où  figure 
le  mot  Scocling. 

D'ailleurs,  dès  M70,  une  charte  de  Girard  de  Vienne  (Bibl. 
nat.  Bourgogne,  81,  n°  603)  accordant  des  moutées  de  muire  à 
l'abbé  Guillaume  de  la  Ferté  sur  les  puits  de  Salins  et  Lons-le- 
Saulnier,  plaçait  ces  deux  localités  «  in  pago  Bisuntinensi  »,  ce 
qui  indique  que  l'appellation  Scoding  tendait  déjà  à  dispa- 
raître. 

III. 

Nous  avons,  nous  l'espérons,  démontré  que  le  mot  Scoding 
s'appliquait  dans  le  principe  à  une  localité  qui  était  Goailles, 
et  qu'il  s'était  étendu  ensuite  à  toute  la  contrée  composant  le 
pagus.  Nous  n'entrerons  pas  dans  l'examen  des  différentes  éty- 
mologies  qui  ont  été  proposées  pour  expliquer  l'origine  de  ce 
vocable. 

Nous  ne  croyons  pas  avoir  à  revenir  sur  les  limites  du  pays 
de  Scoding  que  nous  avons  indiquées  en  commençant  cette  no- 
tice et  que  nous  déterminerons  d'une  manière  exacte  en  leur 

1.  Les  litres  de  l'abbaye  de  Goailles  étaient  classés  d'après  l'ordre  des  mots 
de  l'oraison  dominicale  et  des  psaumes. 


294 

faisant  comprendre  la  partie  occidentale  et  méridionale  du  can- 
ton de  Salins,  ceux  d'Arbois,  Poligny,  Chauipagnole,  Voitcur, 
Sellières,  Bletterans,  Lons-le-Saunier,  Conliège,  Beaufort,  Or- 
gelet, Clairvaux,  Arinthod,  Saint-Julien.  Quant  aux  cantons 
des  Planches,  jMorez,  Saint-Claude,  Moirans,  les  Bouclioux,  qui 
ont  formé  la  terre  de  Saint-Claude  et  plus  tard  la  grande 
judicature,  nous  pensons  que  ces  contrées  n'étaient  comprises 
au  vi"  siècle  dans  aucune  subdivision  de  la  Séquanaise,  puisque 
postérieurement  elles  ont  èiè  rattachée»  a.\i  coïnitaliis  Varesi- 
nus  ou  pays  de  Nantua,  et  que  c'est  pour  ce  motif  que  Saint- 
Claude  a  toujours  fait  partie  du  diocèse  de  Lyon,  dont  dépendait 
ecclésiastiquement  le  jjagusVaresinus,  et  que  l'évêque  de  Saint- 
Claude  est  encore  suffragant  de  l'archevêque  de  Lyon. 

Jules  FiNOT. 


BIBLIOGRAPHIE. 


DocDMENTS  MANUSCRITS  de  l'ancienne  littérature  de  la  France  conser- 
vés dans  les  bibliothèques  de  la  Grande-Bretagne.  Rapports  à  M. 
le  ministre  de  l'instruction  publique.,  par  M.  Paul  Meyer,  membre 
du  comité  des  travaux  historiques.  V^  partie:  Londres  (musée 
britannique),  Durham,  Edimbourg,  Glasgow,  Oxford  (Bodleienne). 
Paris,  imp,  nat.  iS7l.  8°,  268  p.  (Extrait  àQ?>  Archives  des  mis- 
sions, 2^  série,  t.  LU,  IV,  V).  —  Chez  Franck,  prix  :  6  francs. 

Pour  plusieurs  causes,  que  M.  Paul  Meyer  a  justement  rappelées  au 
début  de  son  livre,  les  bibliothèques  anglaises  sont  très-riches  en  ma- 
nuscrits de  notre  ancienne  littérature.  Aussi  n'est-ce  pas  la  première 
fois  que,  soit  agissant  de  son  initiative  privée,  soit  chargé  d'une  mission 
officielle,  quelqu'un  de  nos  compatriotes  passe  la  Manche  pour  aller 
consulter  et  fouiller  ces  importants  dépôts.  Sans  parler  des  publica- 
tions séparées  d^ouvrages  tirés  des  manuscrits  de  la  Grande-Bretagne, 
quatre  travaux  d'ensemble  ont  déjà  paru  *.  Il  restait  cependant  encore 
beaucoup  à  glaner  après  eux,  et  M.  P.  M.,  ainsi  qu'il  le  reconnaît  lui- 
même,  est  loin  d'avoir  épuisé  la  matière  ;  nous  en  donnerons  plus  loin 
quelques  preuves.  M.  P.  Meyer  n'en  a  pas  moins  fait  plusieurs  décou- 
vertes du  plus  haut  intérêt  pour  notre  histoire  littéraire,  et,  à  part 
quelques  erreurs,  qu'il  a  pour  la  plupart  rectifiées  depuis,  le  contin- 
gent qu'il  apporte  à  la  science  est  considérable. 

La  mission  dont  avait  été  chargé  M.  Meyer  avait  (c'est  lui  qui 
nous  l'apprend)  un  double  objet:  «  Le  premier  était  d'étudier  et 
de  coUationner  un  certain  nombre  de  manuscrits  qui  renferment 
des  chansons  de  geste,  destinées  à  prendre  place  dans  le  recueil  des 
Anciens  poètes  de  la  France;  le  second  consistait  à  rechercher  d'une 

1.  C'est  d'abord  deux  rapports  de  M.  Francisque  Michel,  l'un  de  1835  et 
l'autre  de  1837,  parus  tous  deux  en  1839.  {Rapports  au  ministre.  Paris,  impr. 
royale.  4%  pp.  39-203  et  204-286.)  Ils  parlent  de  divers  rass.  conservés  à  Lon- 
dres, Oxford,  Durham,  Lincoln,  York  et  Edimburgh.  Les  découvertes  faites, 
qui  sont  considérables,  s'y  trouvent  entassées  pèle-méle  et  sans  table  ni  index. 
Les  autres  publications,  moins  développées,  sont  celles  de  MM.  Sachs  {Beiirœge 
zur  Kunde  altfranzœsischer,  englischer  und  provenzalischer  Liieratur),  H.  de 
la  Villemarqué  {Archives  des  missions,  t.  V,  p.  89-116),  et  Hippeau  {Ibid.,  p. 
129-176). 


296 

manière  générale  tout  ce  qui  peut  intéresser  l'histoire  littéraire  de  la 
France  pendant  le  moyen  âge.  »  C'est  dans  la  seconde  partie  de  ses 
explorations  que  M.  Meyer  a  été  plus  particulièrement  heureux. 
Aussi  y  insiste-t-il  davantage,  et  non  sans  raison.  Pour  donner  à 
nos  lecteurs  une  idée  plus  exacte  et  plus  profitable  des  innombrables 
faits  fournis  par  le  livre  où  il  a  consigné  le  résultat  de  ses  recherches, 
nous  le  suivrons  pas  à  pas,  en  notant  au  passage  chaque  révélation 
importante,  que  nous  aurons  soin  de  contrôler,  s'il  y  a  lieu,  d'après 
les  publications  postérieures  de  M.  Meyer  ou  d'autres. 

Envoyé  en  Angleterre  à  plusieurs  reprises  depuis  1865,  notre  confrère 
a  vu  successivement  les  bibliothèques  publiques  de  Londres,  Durham, 
Edimbourg,  Glasgow,  Oxford  et  Cambridge,  et  a  eu  la  bonne  fortune 
d'être  admis  à  connaître  l'immense  collection  delordAshburnham.Les 
3  rapports  qu'il  réunit  aujourd'hui  ont  paru  dans  les  Archives  des  Mis- 
sio7is  scientifiques  el  littéraires  de  1866  à  1868,  et  constatent  les  décou- 
vertes et  les  études  faites  dans  les  cinq  premières  bibliothèques- 
Chaque  rapport  est  suivi  d'appendices  et  de  nombreux  extraits. 

^er  rapport.  —  Muske  Britannique.  M.  P.  Meyer  s'y  est  d'abord  oc- 
cupé de  coUationer  des  manuscrits  de  plusieurs  chansons  de  geste 
déjà  signalés.  Après  une  série  de  notes  contenant  des  renseignements 
bibliographiques  un  peu  confus  sur  les  catalogues  de  manusc.  anglais, 
commence  la  série  des  découvertes.  Voici  d'abord  un  volume  conte- 
nant de  très-remarquables  poésies  latines  du  chancelier  de  Paris, 
Philippe  de  Grève,  connu  surtout  par  ses  luttes  contre  l'Université. 
Ce  qu'en  dit  en  cet  endroit  M.  Meyer  a  été  corrigé  et  surtout  complété 
dans  un  intéressant  article  du  second  numéro  de  la  Romania  (pp.  i90- 
215)  où  se  trouvent  aussi  de  nombreuses  rectifications  à  plusieurs 
passages  des  Rapports  qui  nous  occupent.  Le  même  manuscrit  (Eger- 
ton  27Zi)  récemment  acquis  par  le  British  .Muséum,  contient  19  chan- 
sons françaises,  dont  cinq  étaient  inconnues.  A  ce  propos  M.  P.  Meyer 
publie  une  table  de  concordance  des  chansonniers  français,  qu'il  a 
avoué  depuis  n'être  pas  satisfaisante  et  dont  il  annonce  une  refonte. 

Un  nouveau  nom  pour  notre  histoire  littéraire  est  fourni  par  le  ms. 
addit.  10,015:  c'est  Jean  de  Journi,  auteur  d'un  poème  allégorique  en 
vers  de  huit  syllabes.  Son  ouvrage,  qui  se  recommande  surtout  par  sa 
nouveauté  et  sa  date,  est  appelé  par  le  poète  la  Ditm  de  Pénitence  et 
fut  composé  à  Nicosie  en  1288,  Il  va  être  prochainement  édité  par 
M.  H.  Breymann. 

Après  trois  ouvrages  provençaux,  dont  le  plus  ancien  est  une  tra- 
duction de  la  Chronique  de  Turpin,  nous  arrivons  à  la  découverte  que 
M.  Meyer  regarde  à  juste  titre  comme  la  plus  importante  de  toutes 
celles  qu'il  a  faites.  Jusqu'alors  on  connaissait  d'après  une  pièce  de 
vers  français  d'un  ms.  des  Chroniques  de  Saint-Denis  conservé  à  la 
bibliothèque  Sainte-Geneviève,  un  personnage  du  nom  de  Primat  qui 


297 

tantôt  avait  été  pris  pour  un  simple  copiste,  tantôt  pour  l'auteur  — 
ou  tout  au  moins  le  traducteur  —  de  ces  mêmes  Chroniques.  Dans  un 
des  manuscrits  du  musée  britannique  (Reg.  19.  D.  I),  qui  n'aurait  pas 
dû  rester  ignoré  aussi  longtemps,  puisqu'il  fait  partie  du  plus  ancien 
fonds  de  la  BibliotJièque  et  qu'il  est  décrit  dans  le  catalogue  publié 
en  173i,  M.  Meyer  n'a  pas  été  peu  étonné  de  trouver  un  fragment  con- 
sidérable d'une  chronique  des  règnes  de  Louis  IX  et  de  Philippe  III. 
Or  cette  chronique,  dont  nous  n'avons  ici  que  la  traduction  française 
faite  par  Jean  de  Vignay^  pour  la  femme  de  Philippe  de  Valois,  Jeanne 
de  Bourgogne,  est  attribuée  expressément  à  Primat  par  le  traducteur  ; 
J.  de  Vignay  ajoute  même  un  renseignement  important,  c'est  qu'il  s'est 
servi  de  l'œuvre  de  Primat  pour  faire  une  suite  au  Miroir  hislorial  de 
Vincent  de  Beauvais,  lequel  s'arrête  à  1250.  De  1250  à  1285,  plusieurs 
faits  inconnus  ou  mieux  présentés  constituent  l'intérêt  de  ce  nouveau 
document  historique. 

Mais  qu'était-ce  que  Primat?  M.  Meyer  s'est  livré  à  de  longues 
recherches,  qui  l'ont  amené  à  conjecturer  que  cet  auteur  avait  dû  être 
l'original  de  Guillaume  de  Nangis.  Celui-ci  redescendait  donc  au  rang 
de  compilateur;  M.  Meyer  donnait  d'ingénieuses  raisons  à  l'appui  de  son 
opinion.  Mais  depuis,  M.  Léopold  Delisle,  dans  un  mémoire  lu  à  l'Ins- 
titut, en  1869,  et  dont  les  conclusions  ont  été  publiées  dans  la  Biblio- 
Ihèque  (t.  XXXI,  p.  126j,  a  établi  que  la  vie  de  saint  Louis  par  Guil- 
laume de  Nangis  ne  dérivait  pas  de  la  Chronique  de  Primat,  et  montré 
à  l'aide  de  documents  nouveaux,  que  chacun  de  ces  deux  ouvrages  a 
été  en  partie  rédigé  d'après  un  même  recueil  de  notes  et  de  mémoires 
historiques  qui  se  formait  et  se  conservait  dans  l'abbaye  de  Saint- 
Denis.  Si  M.  P.  Meyer  n'avait  pas  réussi  du  premier  coup  à  déterminer 
d'une  façon  aussi  certaine  le  rapport  des  deux  écrivains,  il  ne  lui  reste 
pas  moins  l'honneur  d'avoir  reconnu  et  signalé  le  premier  l'existence 
d'une  source  précieuse  de  notre  histoire. 

Les  manuscrits  du  British  Muséum  dont  la  notice  vient  ensuite 
offrent  un  intérêt  bien  moins  vif.  Signalons  toutefois  un  exemplaire 
-  du  roman  de  Thésée  de  Cologne,  dont  la  France  ne  possède  pas  de 
copie,  et  un  manuscrit  des  Chroniques  de  Saint-Denis,  volé  à  la  Biblio- 
thèque nationale.  Enfin  une  version  catalane  de  la  traduction  française 
de  Tite-Live,  faite  auxiv«  siècle  pour  le  roi  Jean.  C'est  là  une  nouvelle 
preuve  —  et  bien  frappante  —  du  succès  de  cette  traduction,  dont  on 
connaît  plus  de  cinquante  manuscrits,  pour  la  plupart  magnifiques. 
Dans  un  des  prochains  numéros  de  la  Bibliothèque  nous  nous  efforce- 
rons de  faire  connaître,  avec  le  relief  qu'elle  mérite,  l'intéressante 
figure  de  son  auteur,  qu'on  s'obstine  à  appeler  Pierre  Bercheure  ou 
Berceure,  et  qui  se  nommait  tout  simplement  Bersuire. 

2'  rapport.— \.  Durham.  —  Une  des  deux  bibliothèques  de  cette  ville, 
celle  du  Chapitre,  avait  déjà  été  visitée  par  M.  Fr.  Michel  qui  y  avait 

20 


298 

copié  plusieurs  manuscrits  imporlants.  Il  avait  cependant  trop  peu 
Insisté  sur  l'un  d'eux  qui  contient  le  second  exemplaire  connu  de 
VAlexandre  de  Tliomas  de  Kent.  Dans  la  bibliothèque  de  Tévêque 
Cosin,  M.  i^aul  Meyer  avait  à  revoir  un  manuscrit  contenant  deux 
chansons  de  Geste,  celle  d'Anseïs  et  celle  d'Ogier.  Il  donne  un  long 
extrait  de  ce  dernier  poème  dont  il  apprécie  la  valeur  au  regard  des 
quatre  autres  copies  qui  se  trouvent  en  France. 

II.  Edimbourg. —  Là  aussi,  il  y  a  deux  bibliotlièques  publiques;  mais 
on  ne  trouve  de  manuscrits  anciens  que  dans  VAdvocales  library.  Ceux 
que  M.  P.  Meyer  a  revus  après  M.  Fr.  Michel,  ou  découverts  à  nou- 
veau^ n'ont  pas  une  grande  valeur'.  Le  plus  digne  de  remarque  est 
l'exemplaire  (seul  connu)  d'un  ouvrage  de  Guibert  de  Tournai,  inti- 
tulé Erudilio  regum  et  prhiciptan.  Los  recettes  (ou  quentyses)  en  fran- 
çais, publiées  pages  107  111,  sont  simplement  curieuses. 

III.  Glasgow. — L'intérêt  des  manuscrits  d'une  des  deux  bibliothèques 
de  cette  ville,  le  musée  Hunter,  qui  n'avait  encore  été  que  peu  explo- 
rée par  nos  compatriotes,  consiste  surtout  en  ce  que  beaucoup  de  ces 
volumes  sont  en  bel  état  et  proviennent  de  bibliothèques  françaises; 
parmi  celles-ci,  citons  surtout  la  collection  Gaignat,  dont  plusieurs 
livres  ont  passé  à  Glasgow  en  17G9.  Mais  c'était  une  collection  d'ama- 
teur, où  se  trouvaient  de  beaux  exemplaires  plutôt  que  de  bons 
ouvrages.  M.  Paul  Meyer  en  donne  des  descriptions  détaillées,  où 
nous  ne  voyons  à  noter  qu'un  volume  des  Chroniques  de  Saint-Denis 
et  un  manuscrit  du  premier  livre  de  Froissart'-  Un  autre  nom  nouveau 
révélé  par  M.  P.  Meyer,  est  celui  de  liaiif  de  Linham,  auteur  d'un  Arl 
de  Kale7ider,  qui  compte  ù  peu  près  1200  vers.  Depuis  la  publication 
déjà  ancienne  de  ce  rapport,  M.  Stengel  '  a  signalé  deux  autres  copies 
de  ce  traité  du  comput.  Mais  de  tous  les  manuscrits  du  Hunterian 
Muséum  celui  qui  a  paru  à  notre  confrère  avoir  le  plus  de  valeur 
scientifique  est  «  un  mince  cahier  de  quatre  feuillets  in-S",  contenant 
un  fragment  de  glossaire  latin-français  du  milieu  du  xiii'=  siècle  et 
disposé  par  matières.  »  D'après  les  extraits  qu'il  en  a  donnés  en 
appendice,  ainsi  que  dans  le  Jahrbuch  flir  Rom.  lileratar  (t.  VII,  p.  37- 
38)  au  milieu  d'autres  Bribes  anglo  normandes  rapportées  de  ses 
voyages  en  Angleterre,  on  peut  juger  du  prix  de  ce  document  lexico- 
graphique.  Il  serait  bien  désirable  que  M.  P.  Meyer  le  publiât 
bientôt  dans  le  recueil  que  M.  G.  Paris  et  lui  nous  promettent. 

1.  Depuis  on  a  signalé  dans  celle  bibliothèque  un  ms.  de  Joinville.  V.  ci- 
dessus  p.  "202,  un  article  de  M.  L.  Delisle,  relatif  à  deux  rapports  sur  les  ma- 
nuscrits historiques  d'Angleterre. 

2.  Dans  les  deux  volumes  dont  il  est  question  à  la  note  précédente,  on  voit 
qu'un  autre  ms.  de  Froissart,  du  xv"  siècle,  se  trouve  dans  la  bibliothèque 
des  révérends  pères  jésuites,  à  Stonyhurnst. 

^.  Codex  manuscriplus  Digbij  80.  Halle,  187],  8",  \>.  viii. 


299 

5«  rapport.  —  Oxford.  Comme  le  British  Muséum,  la  Bibliothèque 
Bodleienne,  qui  est  la  plus  riche  d'Oxford  et  la  seule  dont  M.  Meyer 
se  soit  occupé,  a  été  déjà  souvent  visitée  et  explorée  avant  lui.  Toute- 
fois le  long  rapport  qu'il  lui  a  consacré,  rédigé  avec  plus  de  compétence 
et  de  maturité  que  les  précédents,  est  un  travail  qui  mérite  d'arrêter 
encore  quelque  temps  notre  attention.  M.  P.  M.  s'y  est  proposé  de 
faire  une  «  exploration  générale  des  documents  de  la  Bodleienne  qui 
intéressent  l'histoire  de  notre  littérature,  »  et  son  rapport  devra  être 
entre  les  mains  de  tous  les  Français  qui,  désormais,  iront  travailler  à 
Oxford.  Il  donne  d'abord  une  histoire  abrégée  de  la  formation  de  la 
riche  bibliothèque  à  laquelle  Bodley  a  laissé  son  nom,  et  une  très-utile 
liste  des  catalogues  de  manuscrits  des  vingt  bibliothèques  que  compte 
l'université.  Puis  il  énumère  les  travaux  généraux  faits  avant  le  sien, 
et  les  publications  de  textes  tirés  de  la  Bodleienne,  qui  a,  comme  on 
sait,  l'honneur  de  posséder  le  manuscrit  de  la  chanson  de  Roland. 
Nous  ne  suivrons  pas  M.  Meyer  dans  toutes  ses  descriptions;  nous 
nous  arrêterons  seulement  aux  principaux  passages  de  son  rapport. 

A  propos  du  manuscrit  Digby  53,  qui  n'était  pas  inconnu  des  sa- 
vants, et  contient  des  poésies  latines,  voici  en  premier  lieu  une  longue 
dissertation  sur  les  deux  poètes  qui  ont  porté  le  nom  de  Serlon*  et  les 
écrits  qu'il  convient  d'attribuer  à  chacun  d'eux.  Dans  le  même  volume, 
mêlés  aux  pièces  latines,  se  trouvent  des  proverbes  français  qui,  bien 
que  défigurés  par  un  scribe  anglais,  paraissent  pour  la  plupart  plus 
anciens,  et  par  conséquent  plus  curieux,  que  leurs  correspondants 
publiés  par  Le  Roux  de  Lincy. 

Un  manuscrit  (Canonici  mise.  Ik)  qui  contient  des  textes  impor- 
tants pour  l'histoire  des  lettres  françaises  au  moyen  âge,  est  signalé 
par  M.  Meyer  pour  la  première  fois;  c'est  un  livre  du  début  du  xui» 
siècle.  De  tous  les  poèmes  qu'il  contient,  un  seul,  la  vie  de  sainte 
Marie  égyptienne,  était  connu  par  d'autres  copies  '.  Ce  qui  nous  a 
le  plus  frappé  dans  ce  volume,  c'est  une  œuvre  assez  considérable  en 
quatrains  monorimes,  à  laquelle  M.  Meyer  a  donné  le  nom  de  poème 
moral.  Par  la  modération  de  sa  pensée  comme  par  la  pureté  de  son 
style,  l'auteur  se  montre  digne  de  prendre  place  à  côté  des  bons  écri- 
vains du  XII'  siècle,  tels  que  Chrestien  de  Troyes  et  Garnier  de  Pont- 
Sainte-Maxence.  Pour  que  nos  lecteurs  en  soient  juges,  nous  ne  pou- 
vons mieux  faire  que  de  rapporter  ici  quelques  quatrains.  Dans  le 
passage  qu'on  va  lire,  le  poète,  développant  un  thème  favori  aux  clercs, 

1.  Conférez  cependant  \s.Roviania,  I,  195. 

2.  Nous  croyons  que  M.  Meyer  aurait  pu  en  dire  autant  d'un  autre  morceau 
du  recueil,  qui  est  une  rédaction  de  la  Vie  de  St- Alexis  absolument  indépen- 
dante de  la  version  que  M.  G.  Paris  vient  de  publier.  Il  y  en  a  un  autre  exem- 
plaire. 


300 

essaye  de  prouver  que  «  granz  péchiez  est  de  donneir  as  juglors  et  as 
lecheors :  » 

Sanz  Polz  ilist  kc  li  hom  se  doit  bien  Iravilhier  ; 
Par  oevre  qui  bone  osl  li  lisl  bien  gaanier, 
Donl  il  puisl  ceaz  qui  sunl  i)essignos  adrecier. 
Bien  gaaniet  ki  si  gaaniel  donl  allrui  vuit  aidier. 

Mais  cui  doit  hom  aidier  elcui  doit  on  doneir? 
Celui  qui  seit  as  tables  et  as  escas  joueir, 
Ke  maintenant  en  puisl  a  la  taverne  aleir, 
Ki  bien  sachet  les  uns  et  les  altres  gabeir  ? 

Ceaz  qui  scvent  les  jambes  enconlremont  jeleir, 

Qui  sevenl  lote  nuit  rolruenges  chanteir, 

Ki  la  niainie  font  e  saillir  e  danceir, 

Doit  lioin  a  ileil  geni  lo  bien  Deu  aloweir? 

Kant  k'il  font,  kant  k'il  dient,  lot  lurne  alecherie: 
Pardoneiz  moi  cesl  mot  se  j'ai  dit  vilonie: 
N'en  puis  mais,  car  mut  font  pis  ke  je  ne  vos  die  ; 
C'est  une  gent  ke  Deus  a  dempneie  et  maldie. 

Ensi  ke  l'altre  gent  ne  vont  il  ne  ne  rient  : 
Or  sallenl,  or  vielent,  or  braient  et  or  crient. 
Trestot  lurne  apechiet  cant  k'il  funl,  cant  k'il  dienl; 
Ce  sunl  cil  quiles  anrmes  deslruient  et  ocient. 


Ki  a  telle  gent  donent  n'ont  ne  sens  ne  savoir, 
Car  en  granz  maz  les  funt  et  en  pechiet  chaoir; 
E  a  Deu  respondronl,  bien  lo  sachiez  par  voir, 
De  ce  k'en  vanileit  ont  doneit  lor  avoir'. 


Parmi  les  morceaux  que  renferme  le  manuscrit  Douce  308,  déjà 
connu  antérieurement,  M.  Meyer  insiste  sur  un  texte  inédit  des  Tour- 
nois de  Chauvenci,  à  l'aide  duquel  il  publiera  bientôt  une  édition  plus 
complète  que  celle  de  Delmotte,  et  surtout  sur  un  recueil  de  chansons, 
pastourelles  et  jeux-partis,  qui  offre  un  caractère  particulier  :  c'est 
que  les  pièces  n'y  sont  pas  notées  et  sont  classées  à  peu  près    par 

1.  Ainsi  qu'on  peut  le  remarquer,  ce  ms.  présente  des  formes  dialectales  assez 
accentuées.  Ce  fait  n'a  pas  échappé  à  la  science  exercée  de  M.  P.  Meyer  :  il  a 
étudié  ces  formes  curieuses  et  les  attribue  à  la  région  septentrionale  de  la  Bour- 
gogne. De  l'avis  de  notre  confrère  M.  Bonnardot,  si  compétent  sur  ce  sujet,  il  fau- 
draitencore  remonter  un  peu  plus  vers  le  nord,  et  nous  aurions  ici  la  pure  lan- 
gue de  la  Lorraine  au  xii'-'  siècle.  Bien  plus  :  la  même  particularité  se  remarque 
dans  le  ms.  dont  nous  allons  parler,  qui  est  marqué  comme  ayant  appartenu 
au  XV'  siècle  à  deux  membres  de  la  famille  Le  Gournaix.  Or,  d'après  M.  Bon- 
nardot, les  Le  Gournaix  auraient  fourni,  dès  le  xiii''  siècle  plusieurs  magistrats 
municipaux  à  la  ville  de  Metz. 


304 

genres.  Eq  outre,  beaucoup  des  morceaux  de  ce  chansonnier  ne  se 
trouvent  pas  ailleurs.  M.  Meyer  en  donne  une  table  complète  avec 
nombreuses  concordances  et  publie  plusieurs  pastourelles  qui  sont 
charmantes. 

II  faut  finir  :  je  passe  divers  manuscrits  contenant  entre  autres  des 
Sermons  de  Maurice  de  Sully,  le  Roman  d'Hercule  et  VHistoire  de 
Jules  César,  vaste  compilation  sur  l'histoire  ancienne  dont  nous  nous 
occuperons  quelque  jour.  Voici,  pour  terminer,  un  autre  chansonnier, 
provençal,  cette  fois  (Douce  269j,  à  propos  duquel  M.  Meyer  avait 
dressé  une  ample  table  des  poésies  des  Troubadours,  Lui-même  en  a 
reconnu  depuis  les  imperfections  et  se  propose  de  les  rectifier  pro- 
chainement dans  un  travail  d'ensemble.  En  attendant,  on  peut  con- 
sulter les  articles  qu'il  a  consacrés  dans  la  Bibliothèque  au  manuscrit 
Giraud,  et  le  Grundriss  ziir  geschichle  der  Provenzalichen  lileralur  de 
Bartsch. 

il  ne  nous  reste  plus  qu'à  former  un  vœu  :  que  M.  Meyer  nous 
donne  au  plus  tôt  le  résultat  de  ses  explorations  à  Cambridge  et  à  Ash- 
burnham-Place,  qui  teroiinera  la  série  de  ses  Rapports.  Puis,  l'œuvre 
menée  à  bonne  fin,  qu'il  la  complète  par  une  table  où  seront  réunies 
toutes  ses  recherches,  et  par  un  travail  d'ensemble  où  il  achèvera  de 
relever  les  erreurs  inévitables  à  tout  ouvrage  dont  les  diverses  parties 
sont  publiées  à  des  intervalles  si  éloignés  ! 

Léopold  Pannier. 

ALlSCA^s,  chanson  de  geste  publiée  d'après  le  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal  et  à  l'aide  de  cinq  autres  manuscrits  par  MM.  F. 
Guessard  et  A.  deMontaiglon.  Paris,  Franck,  1870,  in-32,  lxix, 
et  327  pages. 

Quelle  est  l'étymologie  d'Aliscans?  Ce  nom  paraît  être  composé.  Le 
second  terme  serait  le  latin  campus.  Quant  au  premier,  on  l'explique 
par  l'adjectif  elysii.  Il  n'y  aurait  pas,  ce  me  semble,  d'objection  pho- 
nétique à  opposer  à  cette  étyraologie  :  e,  atone,  suivi  d'/,  se  change 
quelquefois  en  a  dans  le  bas  latin  et  le  français  (Brachet,  dans  les 
Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris,  t.  I,  p.  Zil9-Zi20).  Seu- 
lement l'intervention  de  la  mythologie  grecque  semble  extraordinaire 
Ici.  Alis  est  peut-être  le  débris  d'un  nom  d'arbre  gaulois,  adopté  par 
plusieurs  langues  germaniques  et  gardé  en  français,  l'alisier  {Gram- 
matica  celtica,  2"  édition,  p.  808;  cf.  Grimm,  Deutsche  Grammatik,  t. 
II,  2'  édition,  p.  139-lZiO-269;  Corssen  Aussprache,  2«  édition,  p.  531; 
Schade,  Wôrterburch,  p.  78,  Diez,  Worterbuch,  2*  édition,  t.  II,  p. 
196)'.   C'est  peut-être  aussi  un  nom  de  famille   importé    d'Italie  en 

1.  MM.  Liltré  et  Brachet  dans  leurs  dictionnaires  écrivent  eli'M  {=:  alita),  au 
lieu  d'elira,  «  aune,  »  qui  peut  être  la  forme  moderne  d'un  primitif  alisa. 


302 

Gaule,  Halesius  (Fabretti,  Glossarium  ilalicum,  p.  559),  ou  un  nom 
d'homme  germanique  (Zeuss,  Die  Deutschen,  p.  12Zi;  Foerstemann,  A^a- 
merbuch,  col.  69). 

Le  nom  d'Aliscans  est  porté  par  un  ancien  cimetière  qui  sert  au- 
jourd'hui de  promenade  aux  habitants  d'Arles.  Suivant  une  légende, 
qui  est  une  des  bases  de  notre  chanson  de  geste,  une  partie  des  com- 
pagnons de  Roland,  morts  à  Roncevaux,  aurait  reçu  la  sépulture  dans 
le  cimetière  d'Aliscans.  Ce  cimetière  aurait  plus  tard  été  le  théâtre 
de  deux  batailles  qui  tiennent  dans  notre  chanson  de  geste  une  place 
considérable. 

Le  héros  du  poème  est  Guillaume  au  court  nez,  autrement  dit  Guil- 
laume d'Orange  ou  le  marquis  Fierebrace.  C'est  Guillaume  II,  comte 
de  Poitiers,  Zi*  du  nom  comme  duc  d'Aquitaine,  9G3  990,  mort  dans 
l'abbaye  de  Saint-Maixent,  où  il  était  moine,  en  99/j  {Art  de  vérifier  les 
dates,  3'  édition,  t.  II,  p.  353). 
Le  sujet  est  résumé  par  M.  Guessard,  ainsi  qu'il  suit  : 
«  Le  comte  Guillaume,  vaincu  en  Aliscans  et  réduit  à  la  fuite,  rentre 
»  à  Orange  sous  un  déguisement  et  couvert  de  blessures.  La  comtesse 
»  panse  ses  plaies,  ranime  son  courage  et  l'excite  à  une  revanche. 
»  Mais  les  siens  sont  morts  ou  prisonniers;  il  ira  donc  demander  aide 
»  à  son  beau-frère  le  roi  Louis.  Il  part,  obtient,  non  sans  peine,  le 
»  secours  dont  il  a  tant  besoin,  et  revient  défaire  les  Sarrasins  sur  le 
»  même  champ  de  bataille  où  il  a  fui  devant  eux.  » 

Il  y  a  donc  dans  ce  poème,  trois  parties  :  la  première  est  le  récit  de 
la  défaite  de  Guillaume,  la  seconde  celle  de  son  voyage,  la  troisième 
celle  de  sa  victoire.  M.  Paulin  Paris  a  soutenu  que  l'auteur  primitif 
n'a  composé  que  la  première  partie.  Cette  opinion  a  été  adoptée  par 
M.  Jonckbloet,  elle  est  rejetée  par  les  éditeurs  qui  trouvent  seulement 
certains  vices  de  composition  dans  le  rôle  de  Rainouart  au  Tinel,  per- 
sonnage comique  qui  apparaît  au  milieu  de  la  seconde  partie.  Le  sys- 
tème de  MM.  Guessard  et  de  Montaiglon  est  défendu  avec  tant  de 
talent  qu'il  est  difficile  de  ne  pas  l'adopter. 

Ce  poème,  qui  renferme  incontestablement  de  grandes  beautés,  et 
qui,  sur  bien  des  points,  peut  soutenir  la  comparaison  avec  la  chanson 
de  Roland,  paraît  avoir  été  composé  à  la  fin  du  xii^  siècle,  à  une  date 
presque  contemporaine  du  plus  ancien  manuscrit.  On  en  connaît 
douze  manuscrits,  une  version  française  en  prose,  un  texte  italianisé, 
une  version  italienne  en  prose,  tous  trois  du  xiv*  siècle,  une  rédaction 
allemande  du  xiii«. 

Le  manuscrit,  qui  a  servi  de  base  à  l'édition,  appartient  à  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal.  Ce  manuscrit  est  le  seul  où  chaque  laisse  soit 
suivie  du  petit  vers  de  six  syllabes  qu'on  remarque  dans  la  chanson  de 
Roland.  Il  paraît  artésien  et  du  commencement  du  xiii*  siècle,  malheu- 
reusement il  n'est  pas  complet. 


303 

Le  plan  de  cette  édition  est  le  même  que  celui  des  autres  tomes 
de  la  collection  des  anciens  poètes  de  la  France.  La  préface  est  suivie 
d'un  sommaire  détaillé,  que  peuvent  se  contenter  de  lire  les  hommes 
pressés  et  ceux  que  la  langue  française  du  moyen  âge  effraie.  Vient 
ensuite  le  texte.  Les  notes  et  variantes  terminent  le  volume,  qui  est 
en  tout  point  digne  de  ceux  qui  Pont  précédé.  Ajoutons  que  cette 
chanson  de  geste  est,  comme  œuvre  littéraire,  une  des  pièces  capi- 
tales de  la  collection. 

H.   d'ArBOIS  de  JUBAIXVILLE. 

ÉTUDES  critiques  sur  les  sources  de  l'histoire  mérovingienne  par 
M.  Gabriel  Monod,  directeur-adjoint  à  V école  des  hautes  étiides,  et 
par  les  membres  de  la  conférence  d'histoire.  I  "•  partie.  Introduc- 
tion. —  Grégoire  de  Tours.  —  Mariusd'Avenches.  —Paris;  Franck, 
i872,  in-8''dei63  pages. 

L'École  pratique  des  Hautes  Études,  dans  laquelle  nous  comptons 
plusieurs  de  nos  confrères,  s'est  occupée  pendant  l'année  1869  de 
l'étude  critique  des  sources  de  l'histoire  de  France  à  l'époque  méro- 
vingienne; M.  Monod,  directeur-adjoint,  en  résumant  les  observations 
faites  par  chacun  des  élèves,  aux  conférences  hebdomadaires,  a  com- 
mencé une  publication  d'un  haut  intérêt. 

L'étude  sérieuse  des  sources  de  notre  histoire  nationale  n'avait  pas 
encore  été  abordée  d'une  manière  sérieuse;  on  avait  des  travaux  par- 
ticuliers sans  doute;  mais  ces  efforts  isolés  ne  sont  pas  appelés  à  être 
aussi  complets,  aussi  autorisés,  aussi  impartiaux  qu'un  travail  collec- 
tif dans  lequel  la  discussion  verbale  permet  d'arriver  plus  prompte- 
ment  et  plus  sûrement  à  des  conclusions. 

On  apprend  à  travailler,  à  chercher  et  à  trouver  à  l'École  des 
chartes;  on  apprend  à  écrire  et  mettre  en  œuvre  les  documents  édités, 
à  l'École  normale.  Nous  voyons  avec  plaisir  l'École  des  Hautes  Études 
réunir  les  aptitudes  spéciales  de  l'une  et  de  l'autre^  pour  les  appliquer 
à  la  critique  des  sources  de  l'histoire  de  France. 

M.  G.  Monod,  dans  une  introduction  de  vingt  pages,  jette  un 
coup  d'œil  d'ensemble  sur  les  documents  les  plus  anciens  relatifs  à 
l'histoire  du  moyen  âge.  H  montre  le  clergé  conservant  la  tradition  de  la 
science  historique,  et  la  continuant  en  lui  donnant  un  cachet  religieux; 
de  là  la  préférence  attachée  aux  événements  ecclésiastiques,  au  préju- 
dice des  faits  d'ordre  politique,  dans  les  vies  de  saints,  les  chroniques 
et  les  histoires.  Il  rappelle  ensuite  qu'à  côté  de  ces  précieux  matériaux, 
il  y  aies  lois,  les  formules,  les  canons  des  conciles,  les  diplômes,  les  do- 
cuments littéraires,  qui  ne  doivent  pas  être  négligés.  Cette  introduction, 
par  le  fait,  est  un  vaste  programme,  qui,  à  mesure  qu'il  sera  rempli, 
vulgarisera  la  science  historique  sous  son  véritable  jour,  et  servira 


304 

puissamment  à  reconstituer   notre  histoire,  qui,  il  faut  l'avouer,  est  à 
refaire  depuis  la  première  page. 

Ce  premier  cahier  contient  une  étude  approfondie  des  ouvrages  de 
saint  Grégoire  de  Tours,  et  de  \di  Chronique  de  Marins,  éviîque  d'A- 
venche.  Les  écrits  de  saint  Grégoire  s'arrêtent  en  591,  etMarius  mourut 
en  594.  Ce  sont  ces  deux  prélats  qui  fournissent  les  renseignements 
les  plus  sérieux  sur  le  vi'^  siècle. 

La  partie  du  travail  qui  concerne  le  premier  est  la  plus  considé- 
rable, et  c'était  naturel,  eu  égard  à  l'importance  et  au  nombre  des 
écrits  de  l'évêque  de  Tours.  Nous  y  voyons  défendue,  avec  autant  de 
tact  que  d'érudition,  l'autorité  de  saint  Grégoire  comme  historien;  sa 
vie  est  complètement  retracée;  sa  bibliographie  complète;  la  recherche 
des  sources  auxquelles  il  a  emprunté  les  éléments  de  ses  travaux  est 
faite  avec  un  soin  méticuleux;  les  impressions  personnelles  qu'il  a  su- 
bies sont  mises  en  relief  avec  tact.  Toute  personne  qui  voudra  lire 
avec  fruit  l'aîuvre  de  saint  Grégoire,  devra  prendre  connaissance  tout 
d'abord  du  fascicule  dans  lequel  M.  Monod  a  résumé  les  travaux  de  ses 
élèves  en  y  ajoutant  beaucoup  du  sien. 

La  chronique  de  Marins  d'Avenches  ne  fournissait  pas  un  champ  aussi 
étendu  à  la  critique.  M.  Monod  en  fait  remarquer  Texactitude:  son 
avis  est  que  ce  prélat  se  servit  des  travaux  de  saint  Grégoire,  mais  les 
compléta  plus  d'une  fois,  en  consignant  des  détails  particuliers  à  la 
région  orientale  des  Gaules,  occupée  par  les  Burgundes.  Il  maintient 
que,  sauf  quelques  erreurs,  la  chronologie  de  Marins  est  bonne  ;  quel 
est  l'ouvrage  purement  chronologique  dans  lequel  on  ne  puisse  trouver 
quelque  faute? 

A.  de  B. 

ViTA  Sancti  Bertini  metrica,  Simone  auclore. —  Vie  de  saint  Berlin, 
en  vers,  composée  par  Simon,  transcrite  du  manuscrit  original, 
avec  une  notice  préliminaire  et  des  notes,  par  M.  François  Morand, 
membre  du  comité  des  travaux  historiques.  Paris.  Imp.  nat.,  1 872, 
4°,  43  pages  (Extrait  des  Documents  inédits  publiés  par  les  soins 
du  ministère  de  l'instruction  publique). 

Mabillon  et  les  Bollandistes  avaient  déjà  publié  trois  vies  en  prose 
de  saint  Bertin.  xMais  ils  s'étaient  bornés  à  signaler  l'existence  de  deux 
poèmes  relatifs  au  même  personnage,  jugeant  qu'ils  n'ajoutaient  rien 
il  sa  biographie.  M.  François  Morand,  tout  en  partageant  sur  ce  dernier 
point  l'opinion  de  ses  devanciers,  a  pensé  que  l'une  au  moins  de  ces 
deux  vies  en  vers  latins  offrait  de  l'intérêt  comme  production  littéraire 
du  xu^'  siècle,  et  il  a,  non  sans  raison,  entrepris  de  la  publier  d'après 
le  manuscrit  conservé  à  Boulogne-sur-Mer.  L'auteur  de  cette  vie  est 
Simon,  qui  fut  abbé  du  monastère  de  Saint-Bertin  de  1131  à  1136. 


305 

Ce  qui  ajoute  encore  à  l'opportunité  de  cette  édition,  ce  sont  les  pro- 
cédés de  versification  employés.  Parmi  ces  procédés  il  y  en  a  qui  sont 
connus:  ainsi  la  plus  grande  partie  du  poème  est  en  vers  léonins, 
quelquefois  rimant  deux  à  deux;  il  en  est  de  même  pour  un  autre 
tour  de  force  poétique  déjà  signalé  par  VHistoire  Hltéraire  de  la 
France  (XIII,  588),  et  que  Simon  a  plusieurs  fois  tenté;  tels  sont  les 
deux  vers  /i57  et  Zi58  : 

Vates,  dus  casu,  vacuum  vas,  qui  jacet,  haustu, 
Previdet  ;  artatur  ;  vino  manat  ;  relevatur. 

qui  doivent  se  lire  de  cette  façon  :  «Vates  previdet;  dux  casu  artatur; 
vacuum  vas  vino  manat;  qui  jacet  relevatur  haustu. 

Mais  M.  Morand  insiste  surtout  sur  une  combinaison  nouvelle  que  Si- 
mon a  employée  dans  onze  vers  de  sa  Vita  sancli  Bertini  (/|99-509)  et 
qu'il  appelle  lui-même  vers  catapultes,  t'ersica<ûf/?«<//mt.  Voici  comment 
ils  sont  disposés  dans  le  manuscrit,  je  prends  par  exemple  le  vers  505  : 

dapibus  pie 

In  ce >  na 

le  raenle  refre 

qui  doit  se  lire  en  ce  sens  : 

In  cena  dapibus  pleua  te  mente  refréna. 

M.  Morand  pense  que  ce  genre  de  vers  est  une  sorte  de  symbole,  une 
«  figure  de  la  plume  en  rapport  avec  l'intention  du  poète  et  le  but  de 
son  discours.  »  Il  aurait  surtout  été  employé  dans  la  satire,  la  maxime, 
la  sentence,  et  M.  M.  a  cru  retrouver  la  même  disposition  dans  une 
pièce  de  Kilinde,  abbesse  de  Hohenbourg  au  xii»  siècle,  et  parmi  les 
œuvres  du  célèbre  Marbode. 

La  publication  de  M.  Morand  est  faite  avec  soin  et  sera  consultée 
avec  profit  par  les  savants  qui  étudient  la  poésie  latine  du  moyen-âge. 

L.  P. 

Rôles  de  l'armée  de  Gaston  Pluebus,  comte  de  Foix  et  seigneur  de 
Béarn  '  \  37  ù-\ '37  H),  publiés  d'après  un  manuscrit  inédit  par  Paul 
Rajmond.  Bordeaux,  imp.  G.  Gounouilhou,  IS72.  In-4°dexxet 
i  S4  pages. 

Sous  ce  titre,  notre  confrère  M.  Paul  Raymond  a  publié  l'un  des 
plus  curieux  documents  que  nous  possédions  sur  l'organisation  des 
armées  féodales  au  xiv^  siècle.  L'original  en  est  conservé  aux  archives 
des  Basses-Pyrénées,  sous  la  cote  E  303.  Pour  en  faire  connaître  la 
nature,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  reproduire  le  sommaire 
analytique  dont  l'éditeur  a  fait  précéder  sa  publication  : 

«  Le  registre  commence  par  un  rôle  relatif  à  l'artillerie  et  au  train 


306 

des  équipages.  —  Viennent  ensuite  :  un  rôle  contenant  la  désignation 
des  maréchaux  de  l'hôtel,  prévôts,  etc.  —  le  rôle  des  officiers  de  la 
maison  du  comte;  —  le  rôle  des  commissions  pour  faire  la  levée  des 
troupes  et  les  réquisitions  en  argent  et  en  nature;  —  une  ordonnance 
pour  quatre  capitaines  chargés  du  choix  des  soldats  et  fixant  les  bail- 
liages où  ils  doivent  les  lever;  —  les  formules  diverses  employées  par 
Gaston  Pha^bus  pour  convoquer  à  Morlaas,  le  2  août  1376,  les  évêques, 
les  barons  et  nobles  du  Béarn,  les  bailes,  les  commissaires  des  gens 
d'armes  de  Béarn  et  de  Marsan,  les  capitaines  des  sergents,  puis  les 
amis  et  les  alliés  du  comte,  etc.;  —  une  montre  proprement  dite,  où 
figurent  les  barons,  nobles  et  autres  gens  de  guerre  de  la  vicomte  de 
Béarn  qui  se  présentèrent,  à  l'époque  indiquée,  dans  l'église  des  Cor- 
deliers  de  Morlaas,  devant  Arnaud-Guilhem  de  Béarn,  lieutenant  du 
comte;  les  nobles  de  Nébouzan,  Foix,  Albigeois,  Lauragais,  Bigorre, 
Biscaye,  Navarre,  prévôté  de  Saint-Sever,  Carcasses,  Agenais,  Astarac, 
risle,  Bordelais,  pays  toulousain,  et  les  parents  du  comte;  — le  rôle 
des  chevaux  que  devaient  fournir  les  habitants  du  Béarn <ît  du  Marsan; 
—  une  note  des  vérifications  de  détails  militaires  à  faire  par  Arnaud- 
Guilhem  de  Béarn,  Pierre  de  Navailles  et  Bernard  de  Luntz;  —  une 
autre  note  pour  Arnaud  de  Castaing,  chargé  de  veiller  aux  équipages 
de  Gaston  Phœbus;  —  le  rôle  de  distribution  aux  gens  de  guerre  des 
harnais  et  armes  défensives  fournis  parles  communautés;  —  l'état  des 
réquisitions  de  toute  nature  faites  en  1378  sur  les  vassaux  de  Mathieu 
de  Castelbon,  seigneur  de  Navailles;  —le détail  de  ce  qui  était  néces- 
saire à  l'artillerie  et  des  matières  pour  fabriquer  la  poudre;  —  la 
répartition  entre  les  gens  d'armes  des  chevaux  fournis  par  le  clergé 
des  diocèses  de  Lescar  et  d'Oloron;  —  le  rôle,  nominatif  et  détaillé  par 
localités,  des  sergents  choisis  en  Béarn,  en  1378,  indiquant  l'arme- 
ment de  chacun  :  arc,  épieu,  bassinet,  opée  ou  hache.  » 

A  part  Tintérêt  qu'il  offre  pour  l'étude  des  institutions  militaires,  le 
registre  de  M.  Ilaymond  abonde  en  renseignements  sur  la  topographie 
et  l'histoire  des  familles;  il  est  rédigé  en  langue  vulgaire,  et  à  ce  titre 
il  mérite  de  fixer  l'attention  des  philologues.  —  Ce  registre  a  été 
inséré  dans  le  tome  XII  des  Archives  historiques  de  la  Gironde,  il  en  a 
été  tiré  à  part  cent  exemplaires,  auxquels  l'éditeur  a  joint  une  introduc- 
tion, où  il  a  résumé,  en  quelques  pages  substantielles,  les  données  his- 
toriques qui  ressortent  de  la  lecture  du  document. 

L.  D. 


Sigillographie  du  Maine.  Le  Mans,  i87i .  In-4»  de  vi  et  0  pages,  civec 
une  planche. 

La  Société  d'agriculture,  sciences  et  arts  de  la  Sarthe  a  entrepris 
la  publication  des  sceaux  relatifs  à  l'histoire  du  Maine  :  chaque  sceau 


307 

ou  chaque  groupe  de   sceaux,  sera  l'objet  d'une  notice  particulière, 

paginée  séparément,  de  façon  que  les  différentes  parties  de  l'ouvrage 

puissent,  dans  la  suite,  être  classées  méthodiquement. 

La  première  livraison  est  consacrée  au  sceau  de  Charles  IV,  comte 

du  Maine,  pour   les   contrats  de  Chizé,  dont  la  matrice  originale  se 

trouve  à  Poitiers  dans  la  collection  Daniau  :  S.  AD  CONTRACTUS  APUD 

CHIZIACUM  PfiO  DOMINO  COMITE  DU  MAYNE.  Ce  sceau  a  été  gravé 

et  décrit  par  M.  Hucher,  qui  a  démontré  que  les  armes  de  Charles  IV 

étaient:  de  France  à  la  bordure  de  gueules  chargée  d''un  lionceau  d'ar 

gent,  et  non  paS;,  comme  dit  le  P.  Anselme  :  semé  de  France  au  lion 

d'argent  au  franc  canton^  a  la  bordure  de  gueules. 

L.  D. 

Deusdedit  presbyterl  cardinalis  tituli  apostolorum  in  Eudoxia  col- 
lectio  canonum  e  codice  Vaticano  édita  a  Pio  Martinucci  praefecto 
altero  bibliothecse  Vaticanae.  Venetiis,  ex  typographia  iEmiliana. 
^869;  in-S^de  xix  et  520p. 

Le  cardinal  Deusdedit  a  composé  deux  ouvrages  :  l'un,  dédié  au 
pape  Victor  III  (1086-1087)  et  intitulé  Canonimi  collectio;  l'autre,  rédi- 
gé du  temps  d'Urbain  II  (10  88-1099)  et  intitulé,:  Libellus  contra  inva- 
sores  et  simoniacos  et  reliquos  schismaticos. 

Le  volume  que  nous  annonçons  est  la  reproduction  pure  et  simple 
de  la  Collectio  canonum,  telle  qu'on  la  trouve  dans  un  manuscrit  du 
Vatican,  du  xii»  siècle,  dont  le  fac-similé  se  voit  en  regard  du  frontis- 
pice. Il  n'y  a  ni  notes  ni  tables.  L'introduction  se  réduit  à  peu  près  à 
ce  que  les  frères  Ballerini  ont  dit  de  la  collection  de  Deusdedit  dans 
leur  édition  des  œuvres  de  saint  Léon. 

Monseigneur  Martinucci  n'a  point  connu  ou  du  moins  n'a  point  men- 
tionné des  fragments  d'un  autre  ms.  des  canons  de  Deusdedit,  égale- 
ment du  xii"  siècle,  dont  M.  de  Rozière  a  fait  usage  pour  la  publica- 
tion du  Liber  diurnus.  Ces  fragments  forment  les  fol.  2^2-261  du  ma- 
nuscrit latin  lZi58  de  la  Bibliothèque  nationale,  jadis  2576  de  Colbert. 
Voici  à  quelles  parties  de  la  collection  ils  répondent  : 

Fol.  2/|6-253.  Chap.  218-251  du  livre  I,  et  chap.  1-16  du  livre  II  (p. 
153-180  de  l'édition). 

Fol.  25ZI-261.  Chap.  H8-1A9  du  livre  III  (p.  295-321  de  l'édition). 

Fol.  242-2/i5.  Chap.  13/i-156  du  livre  IV  (p.  465-480  de  l'édition). 

L.  D. 

Notice  rfes  fayences  françaises  du  musée  du  Louvre,  par  L.  Clément 
de  Ris.  Paris,  ^87^.  Prix  \  fr. 

Le  département  des  objets  d'art  du  moyen-âge  et  de  la  Renaissance, 
au  musée  du  Louvre,  est  celui  qui  est  le  plus  avancé  dans  la  confec- 


308 

tlon  de  ses  catalogues.  Déjcà  MM.  Barbet  de  Jouy.  Sauzay  et  Darcel 
avaient  donné  des  notices  du  musée  des  Souverains,  des  gemmes  et 
joyaux  de  la  galerie  d'Apollon,  des  ivoires,  des  bois  sculptés,  terres 
cuites,  etc.,  de  la  verrerie  et  des  vitraux,  des  émaux  et  de  l'orfèvrerie, 
des  fayences  peintes  italiennes,  hispano-mauresques  et  françaises. 
M.  Clément  de  Ris  vient  d'ajouter  à  cette  importante  série  une  notice 
désirée  depuis  longtemps,  celle  des  fayences  françaises,  comprenant 
les  fayences  dites  de  Henri  II,  et  les  fayences  de  Bernard  Palissy  et 
de  ses  imitateurs. 

La  première  partie  contient  la  description  des  pavés  de  carrelage, 
malheureusement  trop  peu  nombreux,  que  possède  le  musée  :  les  plus 
anciens  sont  du  xiv"  siècle  et  proviennent  de  l'abbaye  de  Cluny. 
M.  Clément  de  Ris  a  tort  d'assigner  la  fin  du  xvi«  siècle  comme  limite 
de  l'usage  de  ce  mode  d'ornementation  :  on  en  a  fabriqué  pendant  le 
XVII'  siècle,  et  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  des  carreaux  armoriés 
du  xviue  siècle.  Je  puis  même  ajouter  que  de  nos  jours  certaines  fa- 
briques et,  entre  autres,  celle  de  MM.  Bock  à  Maubeuge  et  Boulanger 
à  Beauvais,  s'en  occupent  avec  succès;  il  en  est  de  même  de  la  fabri- 
que de  Minton,  en  Angleterre,  où  l'emploi  de  ces  carreaux  (eticauslic 
liles)  est  très-répandu. 

Les  fayences  de  Henri  II,  que  M.  B.  Fillon  a  proposé  d'appeler 
faye7ices  d'Oiron,  ont  donné  lieu  déjà  à  des  travaux  nombreux,  dont  on 
trouvera  la  bibliographie  très-exacte  dans  cette  notice.  Je  me  permet- 
trai une  petite  observation  sur  la  description  du  magnifique  biberon 
qui  provient  de  la  collection  Sauvageot.  Il  n'y  a  que  deux  têtes  de 
jeune  homme  autour  du  socle;  la  troisième,  qui  fait  pendant  à  la  tête 
de  mort  sur  laquelle  repose  le  crucifix,  est  une  tête  de  personnage 
barbu  d'un  certain  âge.  Dans  la  coupe  décrite  sous  le  n"  6,  la  partie 
bombée  du  socle  ne  se  rattache  pas  au  fût  par  quatre  volutes,  ainsi 
que  le  dit  le  catalogue,  mais  par  trois  seulement,  ce  qui  est  beaucoup 
plus  gracieux.  Il  faut  également  réduire  à  trois  les  sirènes  du  chapi- 
teau indiquées  comme  étant  au  nombre  de  quatre. 

Les  œuvres  de  Bernard  Palissy  sont  décrites  avec  soin,  et  l'auteur 
a  résumé  en  quelques  pages  tout  ce  que  l'on  sait  sur  la  vie  et  les 
essais  du  grand  artiste,  mais  il  ne  dit  rien  de  la  marque  BB  qui, 
d'après  M.  Grasset,  ne  saurait  être  attribuée  à  Palissy'.  Les  deux 
nourrices  (n"*  '20  et  21)  sortent  très-probablement  de  la  fabrique  de 
Fontainebleau,  comme  l'indique  un  passage  des  mémoires  d'Hérouard, 
médecin  de  Louis  XIII,  et  sont  postérieures  à  Palissy.  Quelques-unes 
des  pièces   de   la   collection   du  Louvre  sont  gravées  dans  Marryat; 


1.  Notice   établissant   que  la  marque  Bli  ne  peut  être  allrihuéo  à  Bernard 
Palissy,  célèbre  potier  agénois,  par  M.  Grasset,  aîné.  —  Paris. 


309 

M.  Clément  de   Ris  n'indique   que   celles   reproduites   dans  le  grand 
ouvrage  de  MM.  Sauzay  et  Delange. 

Parmi  les  fabriques  dont  les  produits  sont  analogues  à  ceux  du 
célèbre  potier,  je  n'ai  pas  trouvé  la  mention  du  Pré  d'Auge,  dont  il 
nous  reste  des  œuvres  parfaitement  certaines.  Tout  le  monde  connaît 
en  effet  les  merveilleux  épis  sortis  de  cette  fabrique.  Puisque  j'ai  pro- 
noncé ce  nom,  je  ne  puis  m'erapêcher  de  rectifier  une  erreur  que  je 
lisais  récemment  :  M.  Demmin^  qui  appartient  à  l'école  de  ces  gens 
dont  l'habitude  est  de  prendre  le  Pirée  pour  un  homme,  avait  parlé 
jadis  des  épis  fabriqués  à  Pont-Valin  (Normandie)  par  M.  Malicorne*. 
Or,  Pont-Valin  n'est  pas  en  Normandie,  et  Malicorne  n'est  pas  un  homme, 
mais  une  fabrique.  Dans  une  nouvelle  édition  de  son  Guide  %  il  a  fait 
disparaître  cette  balourdise,  mais  il  en  commet  une  autre,  en  attri- 
buant au  Pré  d'Auge  une  pièce  qui  provient  de  la  fabrique  de  Gour- 
celles.  S'il  avait  su  lire  l'inscription  qu'il  publie  à  ce  sujet,  il  en  aurait 
facilement  trouvé  la  preuve.  Je  me  contenterai,  pour  le  prouver,  d'en 
reproduire  une  semblable,  inscrite  sous  une  petite  écuelle  de  la  fa- 
brique de  Courcelles,  appartenant  à  mon  ami  M.  de  Liesville.  Le 
couvercle  représente  une  bonne  femme  assise,  mangeant  sa  soupe, 
entre  son  chien  et  son  chat;  au-dessous  de  l'écuelle  on  lit  : 

Par  P 

Guimonneau 

de  la  Forterie 

père,  ancien 

chirurgien 

de  Gourcelles 
1789. 
et  non  pas  1669,  comme  l'a  imprimé  M.  Demmin. 

Il  reste  encore,  dans  cette  suite  de  fayences  françaises,  des  monu- 
ments intéressants  qui  mériteraient  une  publication  spéciale.  Je  signa- 
lerai le  grand  plat  (n"  229)  provenant  de  la  collection  Sauvageot  et 
portant  au  centre  les  armoiries  des  Villiers  de  l'Isle-Adam  et  des 
Néelle.  surmontées  du  mot  Ludovicus. 

Ant.   HÉRON  DE  ViLLEFOSSE. 

Recherches  historiques  sur  l'Orle'anais...  depuis  l'époque  celtique 
jusquà  nos  jours  par  M.  l'abbé  Patron,  chanoine,  aumônier  du 
Sacré-Cœur  d'Orléans.  2  vol  in-8°,  de  3  H  et  622  pages. 

L'ouvrage  dont  on  vient  de  lire  le  titre  se  compose  d'une  série  de 
trois   cents   notices  sur   les   villes   et  villages  de  l'Orléanais,  réunis 

1.  Guide  de  l'amateur  de  fayences.  1861,  p.  10'2. 

2.  I,  p.  447. 


310 

aujourd'hui  pour  la  plupart  dans  lo  département  du  Loiret.  Ce  n'est 
pas  une  mince  entreprise  que  d'écrire  l'histoire  même  d'une  seule 
province  pendant  le  cours  de  tant  de  siècles;  aussi  ne  saurait-on  être 
trop  reconnaissant  aux  humbles  et  laborieux  savants  qui  ont  la  persé- 
vérance de  mener  à  bonne  fin  une  étude  aussi  pénible  et  aussi  diffi- 
cile. M.  l'abbé  Patron  mérite  à  ce  titre  nos  félicitations  les  plus  sin- 
cères et  nous  sommes  convaincu  que  son  ouvrage  rendra  de  grands 
services  aux  habitants  du  département  qui  désirent  connaître  les  his- 
toires spéciales  des  localités  environnantes. 

Le  grand  mérite  de  notre  école  historique  moderne  est  d'avoir 
poussé  à  la  publication  des  histoires  locales,  qui  ne  sont  peut-être  pas 
celle  de  la  France,  mais  qui  sont  certainement  celle  du  peuple  fran- 
çais. Pour  arriver  à  ce  but,  il  y  a  deux  moyens  à  employer,  la  publica- 
tion des  pièces  originales  et  la  vulgarisation  de  l'histoire  du  pays.  C'est 
à  ce  second  point  que  M.  l'abbé  Patron  s'est  attaché  de  préférence;  il 
a  voulu  donner  sur  le  pays  qu'il  étudie  tous  les  renseignements  qui 
peuvent  instruire  et  intéresser  l'habitant  et  le  touriste,  sur  la  nature 
du  sol,  les  constructions,  l'industrie,  les  événements  politiques,  la  vie 
et  les  habitudes,  l'administration,  etc-,  etc.  L'histoire  d'un  village 
ordinaire  ne  comporte  pas  autre  chose  que  quelques  mots  sur  cha- 
cune de  ces  questions;  mais  où  la  réunion  de  ces  notices  offre  de 
l'attrait,  c'est  à  l'apparition  d'un  monastère  dont  l'influence  se  fait 
sentir  sur  toute  une  région,  d'un  château  habité  par  des  seigneurs 
plus  ou  moins  turbulents,  d'une  ville  où  la  bourgeoisie  gagne  pied  à 
pied  ses  privilèges;  des  faits  de  ce  genre  émaillent  agréablement  la 
description  un  peu  monotone  de  chaque  village. 

Dans  ce  rapide  compte-rendu  nous  sommes  obligés  d'effleurer  le 
sujet  sans  y  entrer.  Nous  avons  lu  avec  une  grande  satisfaction  les 
250  premières  pages  qui  contiennent  un  coup  d'oeil  historique  sur  le 
département  et  sur  la  ville  d'Orléans.  L'auteur  semble  s'être  surtout 
attaché  à  donner  la  topographie  de  la  ville,  tout  en  rapportant  son 
histoire  politique,  ses  divers  pouvoirs  judiciaires,  administratifs  et 
municipaux  ;  aussi,  malgré  les  soins  qu'il  y  a  mis,  il  est  loin  d'avoir  tout 
dit  sur  cette  ville,  qui  fut  une  des  plus  importantes  de  France.  Nous 
aurions  désiré,  pour  notre  compte  personnel,  une  liste  des  prévôts 
d'Orléans  qui  administrèrent  la  ville  au  nom  du  roi  jusqu'en  1569, 
époque  à  laquelle  ils  prirent  le  nom  de  maires.  Les  écoles  d'Orléans 
auraient  pu  être  traitées  avec  plus  de  détails,  parce  qu'elles  sont  une 
des  gloires  de  la  cité;  nous  nous  rappelons  à  ce  sujet,  une  très-inté- 
ressante lecture  de  M.  Delisle  à  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  où 
l'auteur  aurait  pu  puiser  de  précieux  renseignements  s'il  en  eût  eu 
connaissance.  La  partie  religieuse  a  été  naturellement  l'objet  d'une 
étude  approfondie. 

M.  l'abbé  Patron  a  suivi  l'histoire  de  la  ville  jusqu'à  nos  jours,  ea 


3^^ 

sorte  que  le  lecteur  peut  se  reporter  aisément  de  l'état  actuel  à  ce 
qu'elle  était  autrefois;  cette  remarque  du  reste  s'applique  aux  autres 
notices,  où  la  situation  présente  des  paroisses  occupe  une  grande 
place.  Les  Recherches  sur  l'Orléanais  sont  donc  un  précieux  guide 
historique,  où  les  faits  du  passé  viennent  s'ajouter  aux  événements 
modernes.  Nous  avons  déjà  constaté  les  heureux  résultats  de  plusieurs 
ouvrages  de  ce  genre  sur  d'autres  départements;  toutefois  en  se  pla- 
çant au  point  de  vue  de  l'École  des  chartes,  ce  livre  attire  moins  l'at- 
tention des  érudits  par  l'absence  des  pièces  inédites,  des  étymologies 
de  noms  de  lieux  et  de  personnes,  et  aussi  en  raison  de  la  compilation 
un  peu  confuse  des  événements  de  tous  les  siècles  qui  intervertit  l'ordre 
chronologique.  Cette  observation,  que  je  dois  aux  lecteurs  de  la  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes,  n'est  point  un  défaut  pour  le  livre,  si  on 
le  prend,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  pour  un  ouvrage  de  vulgarisa- 
tion ;  la  seule  chose  très-admissible,  sans  rendre  la  lecture  plus  aride, 
c'eût  été  de  mettre  les  citations  des  sources  au  bas  des  pages,  surtout 
pour  les  villes  et  les  couvents  dont  on  a  des  cartulaires,  comme  Saint- 
Mesmin-deMicy,  la  Cour-Dieu,  Saint-Benoit-sur-Loire,  Beaugency, 
Montargis,  Courtenay,  Lorris,  Pithiviers,  Gien,  Briare,  etc. 

M.  l'abbé  Patron  eût  ainsi  allié  les  exigences  de  l'érudition  moderne 
avec  l'élégance  de  style  dont  son  livre  est  empreint  à  chaque  page  et 
qui  fera  donner  une  belle  place  aux  Recherches  sur  l'Orléanais  parmi 

les  nombreux  ouvrages  de  cette  province. 

René  DE  Lespinasse. 

Mémoires  de  l'Académie  de  Stanislas.  1869.  Nancy,  1870,  in-8°, 
Lxviii  et  360  p. 

On  remarque  dans  ce  volume,  l'histoire  de  l'ancienne  chevalerie  lor- 
raine, par  M.  Meaume  (p.  31-l/i5)  et  la  suite  des  recherches  de  M.  J. 
Chautard  sur  les  monnaies  au  type  esterlin  (p.  337-/i50i. 

En  même  temps  que  ce  volume,  l'Académie  de  Stanislas  a  fait  paraître 
une  table  générale  de  ses  mémoires  sous  le  titre  suivant  :  «  Tables 
alphabétiques  des  matières  et  des  noms  d'auteurs  contenus  dans  les 
trois  premières  séries  des  mémoires  de  l'Académie  de  Stanislas.  1750- 
1866.  »  (^ancy,  1870,  in-8°  de  300  p.)  —  La  collection  des  mémoires 
de  cette  compagnie  est  ainsi  divisée:  1"  série,  de  \lh!\  à  1759,  k  vo- 
lumes in-12;  2^  série,  de  1803  à  1832,  ik  fascicules  ou  volumes  ;  3^  sé- 
rie, de  1833  à  1866,  35  volumes  in-8°;  Zi^  série,  en  cours  de  publica- 
tion et  commençant  parle  volume  de  1867. 

Publications  de  la  section  historique  de  l'Institut  (ci-devant  Société 
archéologique  du  grand-duché)  constitué  sous  le  protectorat  de  S. 
M.  le  roi  grand-duc,  par  arrêté  du  24  octobre  1868.  Année  1869- 


3\2 

1S70.XXV   (111  .  Liixemhoiii-i:.  im|).-Iil)r.  do  V.  P.iick.  1870.  In- 
4° de  XVI  et  312  p. 

Les  p.  1-238  de  ce  volume  sont  remplies  par  un  important  travail 
diplomatique  de  M.  Wurtli-Paquet,  intitulé:  «  Table  chronologique 
des  chartes  et  diplômes  relatifs  à  l'histoire  de  l'ancien  pays  de  Luxem- 
bourg. Règne  de  Wenceslas  II,  roi  des  Romains  et  de  Bohême,  duc  de 
Luxembourg  et  comte  de  Chiny,  du  8  décembre  1383  au  16  août  l/ilO.» 
L'auteur  y  a  analysé  dans  le  plus  grand  détail  869  pièces  se  rappor- 
tant à  cette  période  pendant  laquelle  l'histoire  du  Luxembourg  est 
souvent  mêlée  à  l'histoire  de  France. 

RELATION  inédite  de  la  défense  de  Dunkerque  (1051-1052)  par  le 
maréchal  d'Estrades^  sîdvie  de  quelques-unes  de  ses  lettres  égale- 
ment inédites  {]f>o3-i6oD),  publiées  avec  une  introduction  et  des 
liâtes  par  Philippe  Tamizey  de  Larroque.  Paris,  Claudin  ;  Bor- 
deaux, GounouilhoLi,  1872.  In-8°  de  98  pages.  (Tome  III  delà 
Collection  méridionale) . 

Aucune  des  trois  éditions  des  papiers  du  comte  d'Estrades  publiées 
au  xviii'2  siècle  ne  contient  la  relation  de  la  défense  de  Dunkerque  en 
1651-1652^  important  morceau  d'histoire  militaire,  dont  le  ms.  auto- 
graphe est  à  la  Bibliothèque  Nationale,  fonds  français,  n»  11607.  Cette 
lacune  ne  pouvait  manquer  d'être  comblée  :  car  dès  l'année  1852,  le 
Comité  historique  du  ministère  de  l'Instruction  publique  {Bidlelin, 
Histoire,  III,  108)  annonçait  l'intention  de  comprendre  la  relation  du 
comte  d'Estrades  dans  un  volume  de  Mélanges.  Personne  ne  reprochera 
à  M.  Tamizey  de  Larroque  d'avoir  devancé  les  intentions  du  Comité; 
car  il  eût  été  impossible  de  donner  une  édition  plus  exacte  et  d'une 
lecture  plus  facile. 

Les  lettres  ajoutées  à  la  suite  de  la  Relation  et  la  Notice  prélimi- 
naire suffiraient  d'ailleurs  pour  faire  rechercher  le  petit  volume  de 
M.  Tamizey  de  Larroque  par  tous  ceux  qui  s'occupent  de  l'histoire  du 
siècle  de  Louis  XIV.  11  y  a  dans  les  lettres  beaucoup  de  renseignements 
utiles,  principalement  sur  les  événements  de  la  Fronde  en  Guyenne. 

La  Notice,  dont  tous  les  élnments  sont  empruntés  à  des  documents 
authentiques,  souvent  inédits,  met  pour  la  première  fois  en  pleine  lu- 
mière la  vie  et  le  caractère  d'un  militaire  et  d'un  négociateur  dont  le 
nom  revient  souvent  dans  les  mémoires  du  xviie  siècle. 

L.  D. 


CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 


Le  25  avril,  la  Société  de  l'École  des  chartes  a  constitué  comme  il 
suit  son  bureau  et  ses  commissions  pour  l'année  1872-1873  : 

Président:  M.  Audren  de  Kerdrel. 

Vice-président  :  M.  Tranchant. 

Secrétaire:  M.  Lecoy  de  la  Marche. 

Secrétaire-adjoint:  M.  Brcel. 

Membres  du  comité  de  publication:  MM.  Delisle,  An.  de  Barthélémy, 
J.  Tardif. 

Membres-adjoints  du  même  comité  :  MM.  Mabille,  Sepet. 

Membres  du  comité  chargé  de  diriger  la  publication  d'un  recueil  de 
documents  inédits  :  MM.  de  Barthélémy,  Boutaric,  Delisle,  Guiffrey, 
Marion,  de  Rozière  et  Jules  Tardif. 

Membres  du  comité  des  fonds:  MM.  Douet  d'Arcq^  Dupont  et  Lot. 

Trésorier  :  M.  Guiffrey. 

—  La  Société  de  l'École  des  chartes  a  adopté  le  règlement  suivant, 
relatif  au  recueil  de  documents  historiques  dont  elle  a  voté  la  publi- 
cation dans  ses  dernières  séances  : 

Art.  1.  —  La  Société  de  l'École  des  chartes  fera  paraître,  indépendam- 
ment de  la  Bibliothèque  de  V École  des  chartes,  un  recueil  de  documents 
inédits. 

Art.  2.  —  Ce  recueil  aura  pour  titre  général  :  Documents  historiques  pu- 
bliés par  la  Société  de  l'École  des  chartes. 

Art.  3.  —  Il  sera  publié  par  volumes  d'environ  30  à  35  feuilles,  qui 
paraîtront  à  des  intervalles  indéterminés. 

Art.  4.  —  Chaque  volume  pourra  être  divisé  en  plusieurs  parties, 
ayant  chacune  une  pagination  séparée. 

Art.  5.  —  Le  recueil  ne  comprendra  que  des  documents  purement 
historiques,  c"est-à-dire  des  pièces  d'archives  et  des  chroniques. 

Art.  6.  —  Ces  documents  ne  pourront  être  postérieurs  à  l'année  1500. 

Art.  7.  —  Le  format,  la  justification  et  les  caractères  seront  ceux  de 
la  Bibliothèque  de  VÉcole  des  chartes,  le  caractère  le  plus  fort  (corps  10) 
étant  réservé  pour  le  texte  des  documents. 

Art.  8.  —  Les  collaborateurs  du  recueil  seront  exclusivement,  comme 
ceux  de  la  Bibliothèque,  d'anciens  élèves  de  l'École  des  chartes  ou  des 
membres  de  l'Institut. 

Art.  9.  —  Ils  ne  recevront  aucune  rétribution;   mais   il  sera  remis  à 

2^ 


3i4 

chacun  d'eux,  à  titro  gratuit,  cinquante  exemplaires  du  travail  publié 
par  lui. 

Art.  10.  —  Us  conserveront  la  propriété  littéraire  de  leurs  publications; 
mais  ils  ne  pourront  les  reproduire,  en  dehors  du  recueil,  qu'avec  l'au- 
torisation de  la  Société. 

Art.  11.  —  La  direction  du  recueil  est  confiée  à  un  comité  composé 
de  sept  membres.  Les  trois  membres  du  comité  de  publication  de  la 
Bibliothèque  et  le  trésorier  de  la  Société  en  font  partie  de  droit.  Les 
autres  membres  seront  désignés  par  la  Société  aux  élections  générales, 
à  la  majorité  des  deux  tiers. 

Art.  12.  —  Ce  comité  désignera  un  des  membres  de  la  Société  pour 
suivre  la  publication  de  chaque  travail  et  se  tenir  en  communication 
constante  avec  l'auteur. 

Art.  13.  —  Le  texte  des  pièces  publiées  ne  pourra  être  accompagné 
que  d'introductions  sommaires,  de  notes  courtes  et  d'une  table.  Les  au- 
teurs s'entendront  avec  le  comité  pour  que  ces  développements  ne  por- 
tent que  sur  la  partie  essentielle  du  texte. 

Art.  14.  —  Le  comité  soumettra  chaque  année  à  la  Société  un  compte- 
rendu  des  publications  projetées  ou  en  cours  d'exécution. 

Art.  15.  —  11  sera  proposé  à  toutes  les  personnes  abonnées  à  la.  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes,  faisant  ou  non  partie  de  la  Société,  une  coti- 
sation supplémentaire  de  dix  francs,  moyennant  quoi  elles  recevront 
chaque  volume  qui  aura  paru  des  Documents  historiques.  Cette  cotisation 
reste  essentiellement  facultative. 

Art.  16.  —  Les  personnes  non  abonnées  à  lu  Bibliothèque  qui  voudront 
souscrire  au  recueil  des  Documents  historiques  payeront  chaque  volume 
quinze  francs. 

Art.  17.  —  Le  prix  de  chaque  volume  ou  de  chaque  partie  de  volume 
vendue  au  détail  sera  inscrit  sur  sa  couverture  et  toujours  proportionné 
à  son  étendue. 

—  Par  arrêté  du  ministre  de  l'instruction  publique,  en  date  du 
10  janvier  1872,  MM.  de  Mas  Latrie  et  Quicherat,  professeurs  à  l'École 
des  chartes,  ont  été  nommés  officiers  d'Académie. 

—  L'Acadt''mie  des  inscriptions,  dans  sa  séance  du  7  juin,  a  décerné 
le  prix  Gobert  à  notre  confrère  M.  Gaston  Paris,  pour  l'ouvrage  sui- 
vant :  «  La  vie  de  saint  Alexis,  poème  du  xi"  siècle,  et  renouvellements 
»  des  xiie,  xiii«  et  xiv  siècles,  publiés  avec  préface,  variantes,  notes 
»  et  glossaire,  par  Gaston  Paris,  directeur-adjoint  à  l'Ecole  des  Hautes 
»  Etudes,  et  Léopold  Pannier,  élève  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes  » 
(Paris,  librairie  A.  Franck,  1872,  in-S"). 

Le  second  prix  du  même  concours  a  été  obtenu  par  notre  confrère 
M.  Léon  Gautier,  pour  l'ouvrage  intitulé  :  «  La  chanson  de  Roland  ; 
»  texte  critique,  accompagné  d'une  traduction  nouvelle  et  précédé 


345 

»  d'une  introduction  historique  ;  —  seconde  partie,  contenant  les 
»  notes  et  variantes,  le  glossaire  et  la  table;  supplément  renfermant 
I)  les  additions  et  corrections  »  (Tours,  A.  Marne,  1872,  2  vol.  in-8°). 

—  La  première  médaille  du  Concours  des  Antiquités  nationales  a 
été  décernée  à  M.  Paul  Meyer,  qui  avait  envoyé  à  l'Académie  :  1°  le 

.travail  qui  a  paru  dans  les  précédents  volumes  de  la  Bibliothèque  de 
l'École  des  chartes,  sous  le  titre  de  :  Les  derniers  troubadours  de  la 
Provence,  d'après  le  chansonnier  donné  à  la  Bibliothèque  impériale  par 
M.  Ch.  Giraud  ;  2°  la  première  partie  de  ses  rapports  sur  différents 
manuscrits  des  bibliothèques  d'Angleterre,  dont  nous  avons  rendu 
compte  plus  haut,  p.  295. 

La  seconde  mention  honorable  a  été  décernée  à  notre  confrère 
M.  René  de  Maulde,  pour  son  ouvrage  intitulé  :  Etude  sur  la  condition 
forestière  de  l'Orlcanais  au  Moyen-Age  et  à  la  Renaissance  (Orléans, 
1871,  in-8°). 

—  Un  décret  du  Président  de  la  République  a  ordonné  la  suppres- 
sion du  musée  des  souverains  et  la  réintégration  des  objets  qui  le 
composaient  dans  les  établissements  d'où  ils  avaient  été  distraits  par 
le  décret  du  15  février  1852. 

—  La  collection  des  dictionnaires  topographiques  des  départements 
de  la  France,  dont  nous  parlions  dans  notre  dernière  livraison,  s'est 
augmentée  d'un  onzième  volume  :  «  Dictionnaire  du  département  de 
»  la  Meuse,  comprenant  les  noms  de  lieu,  anciens  et  modernes,  rédigé 
»>  sous  les  auspices  de  la  Société  philomathique  de  Verdun,  par  M.  Fé- 
»  lix  Liénard;  »  Paris,  imprimerie  nationale,  1871.  In-à""  de  xnv  et 
297  pages. 


ROBERT  DE  CLARL 

M.  Abrahams,  dans  sa  Description  des  manuscrits  français  du 
moyen  âge  de  ta  bibliothèque  royale  de  Copenhague  (CiOpenhague,  18M, 
in-i°),  a  fait  connaître  en  détail  un  ras.  de  la  fin  du  xii"'  siècle  ou  du 
commencement  du  xive,  qui  a  jadis  appartenu  à  Paul  Petau  et  qui 
porte  le  n"  Zi87  dans  le  fonds  royal.  Ce  volume  contient  : 

1°  Une  chronique  française  anonyme.  D'après  les  passages  cités  par 
M.  Abrahams,  il  est  incontestable  que  c'est  l'ouvrage  dont  M.  Louis 
Paris  a  donné  une  première  édition  en  1837,  sous  le  titre  de  la  Chro- 
nique de  Rains. 

2°  Une  traduction  française  de  Darès  le  Phrygien,  se  terminant  par 

ces  vers  : 

En  l'an  de  l'Incarnation, 

Que  Diex  pour  nostre  rédemption 


3^6 

Envoia  en  tero  son  fil, 

M  ce,  el  mois  d'avril, 

Et  LXII,  commenchie 

Fu  clieste  oevre  et  acomplie. 
Explicit. 

Chi  faut  li  rommans  de  Troies. 
3°  Une  traduction  de  Turpin,  datée  de  l'an  1206. 
W  Le  livre  des  castoiernents  et  des  proverbes  des  philosophes,  com- 
mençant par  les  mots  :  «   Pierres  Aufunses,  sers  de  Jhesu  Crist,  qui 
»  fist  che  livre  dist  :  «  Je  rench  grâces  h  Dieu  qui  a  doné  sapience  et 
»  raison...» 

5°  Une  histoire  de  la  croisade  de  Constantlnople,  commençant  par 
ces  mots:  «  Chi  commenche  li  estoires  de  chiaus  qui  conquisent  Cons- 
»  tantinoble.  Si  vous  dirons  après  qui  il  furent  et  par  quele  raison  il 
»  i  alèrent.  Il  avint  en  ichel  tans  que  li  papes  Innocens  estoit  apos- 
»  toiles  de  Roume...  » 

Cette  dernière  chronique  est  un  morceau  fort  important,  dont  aucun 
autre  exemplaire  n'a  été  signalé.  Il  y  a  plusieurs  années,  elle  fixa  l'atten- 
tion de  M.  le  comte  Paul  Riant,  bien  connu  par  son  livre  sur  les  Expé- 
dilions  et  pèlerinages  des  Scandinaves  en  terre  sainte  au  temps  des 
croisades  (Paris,  1865,  S"),  et  par  sa  dissertation  De  Uaymaro  Monacho, 
archiepiscopo  Cœsariensi  et  postea  Ilierosolymilano  palriarcha  (Paris, 
1865,  8°;  réimprimée  à  Lyon  en  1866,  sous  le  titre  de  Haymari  Mona- 
chi  de  expiujnala  Accone  liber  lelrasticlius).  M.  Paul  Riant  reconnut  que 
cette  chronique  avait  été  composée  par  Robert  de  Clari,  et  qu'elle 
méritait  de  prendre  place  dans  nos  collections  historiques  à  côté  du 
livre  de  Geoffroi  de  Villehardouin.  Il  en  prépara  activement  une  édi- 
tion, amassa  des  matériaux  pour  expliquer  les  passages  douteux  et 
recueillit  des  renseignements  sur  la  vie  et  le  caractère  de  l'auteur.  La 
partie  essentielle  de  l'entreprise,  l'impression  du  texte,  était  achevée 
il  y  a  trois  ans,  comme  nous  l'avons  annoncé  dans  notre  volume  de 
l'année  1869  (page  723 1,  quand  l'éditeur  fut  obligé,  d'abord  par  la  ma- 
ladie, puis  par  nos  malheurs  publics,  à  interrompre  son  travail.  Il  vient 
de  se  remettre  à  l'œuvre,  et  pour  mieux  réaliser  des  améliorations 
que  l'expérience  lui  a  suggérées,  il  a  résolu  de  recommencer  l'édition 
sur  un  plan  nouveau  ;  il  a  donc  sacrifié  les  exemplaires  précédemment 
tirés.  Toutefois,  il  en  a  laissé  subsister  un  certain  nombre,  à  l'aide 
desquels  le  public  peut,  dès  maintenant,  consulter  Robert  de  Clari. 
Cette  édition^  complète  et  correcte,  malgré  le  caractère  provisoire 
auquel  la  modestie  de  l'éditeur  l'a  condamnée,  forme  une  plaquette 
grand  in  S»,  précédée  de  ce  titre  :  Li  estoires  de  chiaus  qui  conqui- 
sent Conslantinoble,  de  Robert  de  Clari  en  Aminois,  chevalier.  Un 
exemplaire,  tiré  sur  grand  papier,  a  été  offert  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale 


3n 


LES  VICOMTES  DE  CHATELLERAULT. 

Le  registre  A  de  Philippe-Auguste,  conservé  au  Vatican,  fonds  Otto- 
boni,  n°  2796,  contient,  au  fol.  72,  la  notice  suivante  qu'on  retrouve 
aux  archives  nationales  dans  le  registre  B  (fol.  77),  lequel  est  une 
mauvaise  copie  du  registre  A  : 

Testes  qui  interfuerunt  securilati  comitis  Augi. 

«  Hii  sunt  testes  de  eo  quod  cornes  Augi  recognovit  quod  ipse  super 
»  terram  suam  plegius  erat  quod  ille  et  fratres  sui  cornes  Marchie  et 
»  vicecomes  Castri  Eraudi  servirent  fldeliter  domino  régi  et  fideliter  ad 
)>  suum  servicium  essent.  Hujus  recognicionis  testes  fuerunt  Noviomen- 
»  sis  episcopus,  thesaurarius  Turonensis,  cantor  Parisiensis,  Guido  de 
»  Domna  Petra,  Droco  de  Melloto,  Ivo  de  Lauduno  clericus,  frater  Ai- 
<>  mardus,  Galterus  camerarius,  Barthoiomeus  de  Roia,  frater  Garinus, 
»  Ursio  Camerarius,  Henricus  Marescallus,  Rogerus  Falconarius,  Guido 
»  de  Atheiis  clericus.  Milo  pesbiter  de  Croci. 

»  Talem  autem  plegiacionem  quam  fecit  cornes  Augi  similiter  fecit 
»  cornes  Marchie  pro  duobus  fratribus  suis  comité  Augi  et  vicecomite 
»  Castri  Eraudi;  et  vicecomes  Castri  Eraudi  pro  illis  duobus,  scilicet 
»  comité  Augi  et  comité  Marchie.» 

J'ai  publié  cette  notice  dans  le  Catalogue  des  actes  de  Philippe - 
Auguste  (p.  515),  et  je  l'ai  analysée  comme  il  suit  (p.  272,  n°  1182)  en 
proposant  de  lui  assigner  pour  date  l'année  1209: 

«  Notice  constatant  l'engagement  que  le  comte  d'Eu  et  ses  frères,  le 
»  comte  de  la  Marche  et  le  vicomte  de  Ghâtellerault,  ont  pris  de  servir 
»  fidèlement  Philippe-Auguste-  » 

Dans  un  intéressant  mémoire  sur  la  Chronologie  des  vicomtes  de 
Châtellerault,  qui  fait  partie  du  volume  XXXV  des  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  Dom  Fr.  Chamard  n'a  pas  cru 
devoir  maintenir  la  date  que  j'avais  proposée  et  qui  contrarie  le  sys- 
tème auquel  il  s'est  arrêté.  «  C'est  à  tort,  dit-il,  que  M.L.  D.,  d'ailleurs 
»  si  exact  et  si  sûr  dans  ses  données  scientifiques,  attribue  à  l'année 
»  1209  un  acte  où  figurent  les  trois  frères  Raoul  de  Lusignan,  comte 
»  d'Eu,  Hugues,  comte  de  la  Marche,  et  Geofifroi  de  Lusignan,  vicomte 
"  de  Châtellerault.  —  Geoffroi  de  Lusignan  n'ayant  été  vicomte  que  de 
»  Tan  122/1  à  l'an  1238,  ce  document  ne  peut  être  que  de  l'an  1229  ou 
»  environ.  » 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  accepter  la  rectification  du  savant  béné- 
dictin, et  je  persiste  à  croire  que  c'est  en  1209  ou  environ,  que  le  roi 
a  fait  prendre  au  comte  d'Eu  et  à  ses  frères,  le  comte  de  la  Marche 
et  le  vicomte  de  Châtellerault,  l'engagement  de  le  servir  fidèlement. 
Il  serait  trop  long  de  montrer  que  toute  autre  date  se  concilierait 

2r 


3^8 

difficilement  avec  différentes  particularités  de  l'histoire  de  nos  pro- 
vinces de  rOuest  au  commencement  du  xiii*  siècle.  Je  me  contenterai 
de  signaler  plusieurs  des  objections  radicales  qu'on  doit  opposer  à 
riiypothèse  de  dom  Chamard. 

l'Le  comte  de  la  Marche,  qui  eut  pour  frère  le  comte  d'Eu,  était 
Hugues  IX,  comme  je  l'ai  montré  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes  (/i«  série,  II,  539).  Or  Hugues  IX  mourut  en  1219. 

2°  Le  comte  d'Eu,  frère  du  comte  de  la  Marche,  était  Raoul  II,  sur- 
nommé d'Exoudun,  lequel  mourut  le  !«■'  mai  1219.  J'ai  établi  cette 
date,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  (W'  série,  II,  5/i9),  en 
m'appuyant  sur  deux  chartes  authentiques  combinées  avec  le  témoi- 
gnage de  Bernard  Hier  et  avec  celui  de  l'obituaire  de  Fontevraud.  On 
en  trouvera  la  confirmation  dans  la  chronique  des  comtes  d'Eu,  dans 
l'obituaire  de  l'église  d'Eu  et  dans  celui  du  Tréport,  que  contiendra 
le  tome  XXIII  du  Recueil  des  historiens,  p.  /iZi2,  /i/(9  et  /i52. 

Voilà  donc  morts  en  1217  deux  des  personnages  auxquels  se  rap- 
porte la  notice  qui,  suivant  dom  Chamard,  ne  peut  être  que  de  l'an- 
née 1229  environ.  Mais  ce  n'est  pas  tout. 

3"  L'un  des  témoins  de  l'acte  est  appelé  fraler  Garinus.  C'est  le 
fameux  frère  Guérin,  qui  devint  évêque  de  Senlis  vers  1213.  Si  la  no- 
tice était  postérieure  à  1213,  il  y  serait  question,  non  pas  de  frater 
Garinus,  mais  de  Garinus  electus  Silvaneclensis,  ou  de  Garinus  episco- 
pus  Silvanectensis,  et  dans  cette  hypothèse,  Guérin  n'occuperait  pas 
la  dixième  place  sur  la  liste  des  témoins,  il  y  serait  cité  à  la  première 
ou  à  la  seconde,  à  côté  del'évêque  de  Noyon.  En  aucun  cas,  Guérin  ne 
saurait  figurer  dans  un  acte  de  1229^  puisqu'il  est  mort  en  1227.  Voir 
Gallia  Christiana,  X,  Uoq-l/il3. 

[x°  Mais  il  n'était  pas  nécessaire  d'établir  que  plusieurs  des  person- 
nages mentionnés  dans  la  notice  ne  vivaient  plus  à  la  date  proposée 
par  dom  Chamard.  En  effet,  le  texte  de  la  notice  nous  a  été  conservé 
par  le  registre  A  de  Philippe-Auguste,  et  il  est  hors  de  doute  que  ce 
registre  A  a  été  clos  en  1212,  et  que  toutes  les  pièces  qu'il  renferme 
sont  au  plus  tard  des  premiers  mois  de  l'année  1212.  Cela  suffirait 
pour  prouver  que  l'acte  inscrit  au  fol.  72  de  ce  registre  ne  peut  être 
rapporté  à  l'année  1229. 

Mon  honorable  contradicteur  a  trop  de  sens  critique  et  trop  de 
droiture  pour  ne  pas  reconnaître  qu'il  a  beaucoup  trop  rajeuni  la 
notice,  et  qu'il  doit  modifier  son  tableau  des  vicomtes  de  Chiitellerault 
de  façon  à  y  faire  figurer  sous  le  règne  de  Philippe-Auguste,  vers  l'an- 
née 1209,  un  vicomte  de  Châtellerault,  qui  était  frère  de  Hugues  IX  de 
Lusignan,  comte  de  la  Marche,  et  de  Raoul  II  d'Exoudun,  comte  d'Eu. 

Je  me  permettrai  encore  de  signaler  à  l'attention  de  dom  Chamard 
une  charte  de  l'année  1109,  insérée  au  cartulaire  blanc  de  l'abbaye  de 
Saint-Denis  (II,  Zi32),  et  déjà  connue  par  une  citation  de  M.  Le  Pré- 


3i9 

vost  (édition  d'Orderic  Vital,  IV,  378).  Par  cette  charte,  Aimeri  I, 
vicomte  de  Chàtellerault,  fait  une  donation  au  monastère  de  Vaux,  du 
consentement  de  sa  mère  Adenor,  de  sa  femme  Dangerosa  et  de  ses 
frères  Boson  et  Pierre  :  «  Consilio  matris  mee  Adenoris,  et  uxoris  mee 
»  Dangerose,  fratrumque  meorum  Bosonis  et  Pétri  consensu.  »  Le  nom 
de  Dangerosa  ne  figure  pas  dans  le  travail  de  dom  Chamard.  Le  savant 
bénédictin  n'a  pas  touché  au  problème  que  soulève  le  mariage  d'Ai- 
meri  I<^^  problème  dont  les  termes  ont  été  nettement  posés  par  M.  Le 
Prévost,  à  propos  du  passage  d'Orderic  Vital  qui  concerne  les  amours 

de  Guillaume  VII,  duc  d'Aquitaine,  et  de  Maubergeon. 

L.  D. 


LES  PROFESSEURS  DE  DROIT  A  ORLÉANS  SOUS  CHARLES  V. 

Dans  notre  dernier  volume,  M.  Thurot  a  publié  des  documents  fort 
précieux  pour  l'histoire  de  l'Université  d'Orléans  au  xiv' siècle.  M.  Do- 
range,  le  savant  et  zélé  conservateur  de  la  bibliothèc(ue  de  Tours^  veut 
bien  aujourd'hui  nous  communiquer  un  ms.  qui  fournit  d'utiles  rensei- 
gnements sur  la  manière  dont  le  droit  était  enseigné  dans  ces  célèbres 
écoles  au  temps  du  roi  Charles  V,  Ce  ms.,  copié  sur  papier  à  la  fin 
du  xiv«  siècle,  était  jadis  conservé  à  la  cathédrale  de  Tours.  Il  est 
ainsi  indiqué,  sous  le  n«  132,  dans  le  catalogue  publié  par  Montfaucon 
(II,  l27Zi): 

«  Lectura  Bertrandi  Capreoli  super  x  collationes.  —  Item  de  stylo 
curige  Francise.  Constitutiones  Philippi  régis  super  correctionem  quo- 
rumdam  in  stylo  parlamenti.  » 

On  en  trouvera  une  description  plus  complète  et  plus  exacte  dans  le 
catalogue  que  prépare  M.  Dorange  et  dont  l'impression  est  déjà  fort 
avancée. 

Le  ms.  de  Tours  a  surtout  le  mérite  de  nous  faire  connaître  le  nom 
et  quelques  travaux  de  sept  jurisconsultes  qui  semblent  avoir  professé 
avec  succès  dans  les  écoles  d'Orléans  sous  le  règne  de  Charles  V. 

L  BERTRAND  CHABROL.  Le  ms.  renferme  trois  ouvrages  de  ce  profes- 
seur. Le  plus  considérable  est  un  cours  sur  le  droit  des  fiefs,  qui  occupe 
les  fol.  l-9i  et  qui  commence  ainsi: 

«  Assit  principio  sancta  Maria  meo.  Amen. —  Hic  incipit  lectura  domini 
Bertrandi  Capreoli  super  décima  collatione.  Et  quando  loquitur  de  do- 
mino suo,  intelligitur  de  domino  Johanne  Nicoti.  De  hiis  qui  feudura 
dare  possunt  et  qualiter  etc.  Numquid  ista  rubrica  continuatur.  Videtur 
quod  non,  quia  continuacio  débet  fîeri  ad  conjuncta...»  L'ouvrage  rem- 
plit les  94  premiers  feuillets  du  ms.;  mais,  par  suite  d'une  erreur  du 
copiste,  la  fin  se  trouve  sur  le  fol.  79:  «...  Et  non  plus  de  ista  aut.  nec 


320 

per  consequens  de  tota  décima  collatione,  lecta  per  subtilissimum  ba- 
calarium  in  jure  civili,  licenciatum  tune,  et  nunc  venerabilis  doctor  {sk) 
in  eadem  facultate,  vocatum  dominum  Bertrandum  Capreoli,  natum  in 
Avergnia.  Eum  diu  conservare  velit  Altissimus  in  studio  Aurelianensi. 
Et  ego  Jacobus  de  la  Mare,  Attrebatensis  dyocesis,  hujus  lecture  scrip- 
tor,  eam  finivi  eum  magnis  pena  et  labore  die  xvm  mensis  Februarii, 
circa  nonam,  inanno  Domini  M"  ccc»  lxxvii.  Qui  insignia  doctoratus  rece- 
pit  a  domino  Johanne  Nichoti,  Aurelianensi  episcopo,  qui  episcopus 
eum  per  substitutum  croavit,  ergo  per  se.:..  Et  postquam  fuit  doctor 
factup,  dicto  episcopo  succedit  in  cathedra,  et  incepit  légère  ordinaric. 
Et  dictus  de  novo  factus  episcopus  suam  lecturam  sibi  dimisit.  Et  hoc 
de  precepto  domini  pape  Gregorii.  Detur  pro  pena  scriptori  pulcra 
puella.  Explicit  décima  collatio.  »  Cette  souscription  n'était  pas  néces- 
saire pour  nous  montrer  que  nous  étions  en  présence  d'un  document 
du  règne  de  Charles  V.  On  remarque,  en  effet,  au  fol.  64,  une  allusion 
à  la  concession  du  comté  de  Longueville  que  ce  prince  fit  à  Bertrand 
du  Guesclin  :  «  Hanc  partem  credo,  ut  predixi,  et  quod  isti  comiti  sua 
actio  non  restituitur,  in  favorem  domini  Bertrandi  de  Claquino,  ne  per- 
dat  comitatum  de  Longa  Villa,  si  rex  Navarre  restituatur  a  rege  Fran- 
corum...  »  —  Un  peu  plus  loin  (fol.  84),  l'auteur  cite  l'opinion  de  Jacques 
de  Beauvoir:  «  Jacobus  de  Belle  Visu  dicit  quod  non  incidit  in  legem 
istam:  nam  hic  loquitur  de  pace  generali,  in  qua  per  judicem  exigitur 
juramentum;  ideo  minor  qui  habet  guerram  eum  aliquo,  si  jurât  se  ser- 
vaturum  et  non  servat,  non  tenebitur...  » 

Le  second  morceau  de  Bertrand  Chabrol  occupe  les  fol.  177  v-180 
v°  du  ms.:  «  Incipit  repetitio  domini  Bertrandi  Capreoli  supra  legem 
Jubere  cavere,  FF.  de  juridicione  omnium  judicum.  Jiibere  cavere. ■  Eec 
lex,  quam  Deo  duce  sum  repetiturus,  situata  est  in  titulo  illo  FF.  de 
juridicione  omnium  judicum...  » 

Le  troisième  morceau  du  même  professeur  se  trouve  aux  fol.  194  v- 
197  V  :  nPadaque  contra  leges:  Hec  lex  quam  Deo  duce  sum  repetiturus 
est  in  titulo  de  Pactis —  Et  ista  fuit  repetita  per  dominum  Ber- 
trandum Capreoli.  » 

II.  JEAN  INICOT.  Les  opinions  de  Jean  Nicot  sont  fréquemment  citées 
dans  les  leçons  de  Bertrand  Chabrol  et  dans  celles  des  autres  juriscon- 
sultes Orléanais  que  nous  a  conservées  le  ms.  de  Tours.  Jean  Nicot  fut 
évêque  d'Orléans  depuis  1371  jusqu'en  1382  ou  environ  {GalUa  christiana, 
VIII,  1476).  Nous  avons  vu,  par  la  souscription  du  fol.  79,  que  Jean  Nicot, 
avant  de  monter  sur  le  siège  épiscopal  d'Orléans,  avait  professé  le  droit 
à  l'université  de  la  même  ville  et  qu'il  s'était  choisi  pour  successeur 
Bertrand  Chabrol. 

III.  PIEBRE.  Du  fol.  95  au  fol.  112  v  du  ms.  sont  des  répétitions  de 
droit,  dont  voici  les  premiers  et  les  derniers  mots:  «  Iteyn  quia  conven- 
ciones:  Lex  ista,  quam  Deo  propicio  repetiturus  sum,  situata  est  in  titulo 


3'H 

de  Pactis,  FF.  In  qua  repeticione,  duce  Deo,   hune  ordinem  observabo. 

Primo  ponam  casum;  secundo  faciam  tria  nobilia;  iercio  faciam  tria  vel 

quatuor  contraria,  et  in  solucione  contrariorum  movebo  aliqua  dubia 

secundum  quod  hora  pacietur —  Nichil  pluscircamateriam  istius 

legis,  licet  sit  lomgua  (sic)  secundum  lecturam  aliorum  doctorum.  Et  ita 

repetiit  Petrus.  Expliciunt  repeticiones  iste.  Deo  gratias.  » 

Je  suis  porté  à  croire  que  le  professeur  ici  désigné  par  le  simple  nom 

de  Pierre  est  le  même  que  Pierre  Morin,  dont  la  lettre  suivante  nous  a 

été  conservée  dans  un  formulaire  Orléanais,   contemporain  de  l'évêque 

Jean  Nicot. 

Absolucio  pro  arma  defferentibus. 

«  Universis,  etc.  Petrus  Morin,  utriusque  juris  professer,  penitenciarius 
et  canonicus  ecclesie  Aurelianensis,  commissarius  in  hac  parte  a  reve- 
rendo  in  Ghristo  pâtre  ac  domino  domino  J.  Dei  gratia  episcopo  Aure- 
lianensi,  judice  unico  a  domino  papa  dato  in  hac  parte,  ad  impenden- 
dum  in  forma  ecclesie  benefficium  absolucionisclericis  et  personis  eccle- 
siasticis,  studentibus  Aurelianis,  a  sentencia  excommunicatis,  in  taies 
defferentes  arma  per  civitatem  et  suburbium  Aurelianensia'  auctori- 
tate  sedis  apostolice  promuigata,  salutem  in  Domino.  Notum  facimus 
quod  nos  Hugonem  Virart,  clericum,  Aurelianis  studentem,  a  senten- 
ciis  excommunicaiionisquas  ipse  incurrebat,  gladia,  baculos,  barras  seu 
quevis  alia  armorum  gênera  per  civitatem  et  suburbium  Aurelianensia 
defferendo,  ac  ea  defferentibus  consilium  etfavorem  per  modum  acomo- 
dacionis,  precarii,  depositi  seu  alias  impendendo,  et  a  quibuscunque 
cunctis  aliis  sentenciis,  juxta  tenorem  seu  per  modum  statut!  generalis 
in  ipsum  latis,  tam  eciam  auctoritate  dicti  reverendi  patris,  tam  vicario- 
rum  seu  officialium  suorum,  si,  prout  et  in  quantum  ac  tociens  quociens 
absolucione  indiget  pro  premissis  et  quolibet  premissorum,  absolvimus 
in  hiis  scriptis,  ipsumque  remittimus,  auctoritate  qua  supra,  absolutum, 
recppto  tamen  ab  ipso  tali  juramento  quod,  si  ipse  personis  et  locis  qui- 
bus  occasione  premissorum  deliquit*  et  tenetur  non  satisfecerit,  satisfa- 
ciet  competenter,  eidemque  pro  modo  culpe  penitenciam  injunximus 
salutarem.  Datum  etc.  » 

Cette  formule  se  trouve  au  fol.  151  du  ms.  de  Tours. 

IV.  MATHIEU  DE  DAROU.  De  ce  docteur,  originaire  du  Maine,  nous 
avons  une  question  relative  à  l'exercice  du  droit  d'asyle  (fol.  113-117). 
<•  Burgaudus  ob  démérita  incarceratur,  certis  caucionibus  liberatur 
quod  villam  Aurelianensem  non  exibit,  et  quod  terminis  sibi  assignatis 
judicio  comparebit,  sub  certa  pena  citatus.  Reahter  villam  non  exivit, 

sed  ecclesiam  introivit — Hic  finis  Deo  gratias.  Hec  questio  fuit 

facta  Aurelianis,  die  Carniprivii',  per  magistrum  Matheum  de  Darou, 

1.  Aurelianensîbus  dans  le  ms. 

2.  Delinquit  dans  le  ms. 

3.  23  février  1379,  n.  s. 


322 

CenomanenFis  dioccsis,  licenciatum  in  utroque,  et  postmodum,  videlicet 
die  Jovis  post  Dominicain  qua  cantatum  fuit  in  sancta  Dei  ecclesia  Oc- 
culi  mei,  in  die  raedie  Quadragesime',  anno  Domini  millesimo  ccc  sep- 
tuagesimo  octavo,  fuit  factus  doctor  utriu.^que  juris  in  legibus,  sub 
domino  J.  de  Boisiaco,  commisse  ad  hec  per  dominum  Johannem  Nieoti, 
epîFCopum  Aurolianensem,  licontialus  sub  ipso  tempore  quo  in  legibus 
legebat  et  in  decretis.  »  —  Mathieu  de  Darou  avait  été  l'élève  de  Jean 
Nicot  et  df  Bertrand  Chabrol;  il  dit  au  fol.  116:  «'  Quid  dicunt  domini 
mei  Jo.  Ny.  et  Bpr.  Capri.?  Multum  late  déterminant  deeffectu  more...» 

V.  GUILLAUME  DE  DORMANS.  Le  ms.  de  Tours  nous  a  conservé  deux 
questions  di.scutées  en  1373  et  1375  parce  professeur: 

^(fol.  180  v°  —  183).  «  Sequitur  questio  disputata  per  dominum  Guil- 
lermum  de  Dormano  solempnit.er.  Pantonius  Avitus  confessori  suo  Clau- 
diano,  ordinis  Fratrum  Minorum,  in  codicillis  fundum  Tusculanum  reli- 

quit —  Et  hanc  predictam  questionem  disputavit,  me  présente, 

vir  venorabilis  et  discretus  dominus  Guillermus  de  Dormano,  legum 
professer,  in  scoUs  suis,hora  ordinaria,  anno  LXXIIII,  in  die  Carnibrivii.» 
(7  mars  1375). 

2°  (fol.  183-185).  «Hec  lex  repetenda  situatur  G.  de  judic.  Ajudice.  Hic 

imperator  tria  facit — Et  hanc  legem   supra   scriptam   repetiit 

predictus  dominus  Guillermus  de  Dormano,  in  scolis  suis,  hora  nona, 
anno  septuagesimo  tercio.  Et  ego  Anfredus  Saisiz  presens  fui,  et  eam 
postea  scripsi.  Et  sum  Brito,  Corisopitensis  diocesis,  de  villa  de  Karahes 
oriundus.  » 

VL  HENRI  DE  MARLE.  Anfroid  Saisi  nous  a  également  copié  une  ques- 
tion que  maître  Henri  de  Marie  avait  discutée  en  1373  (fol.  185-187  v). 
«  Et  questionem  sequentem  disputavit  publiée,  me  présente,  magister 
Henricus  de  Malla,  licenciatus  in  legibus,  in  scolis  domini  Bertrandi 
Capreoli,  hora  ordinaria,  me  présente,  anno  Domini  m°  ccc°LXXirr".  Fide- 
lis  servus  quera  constituit  dominus  super  familiam  suam,  vicarium  non 
occiosum,  cum  uxore  domini  deprehensum,  occidit >■< 

VJl.  JEAN  GILLES.  C'est  encore  à  Anfroid  Saisi  que  nous  devons  la 
transcription  d'un  opuscule  de  Jean  Gilles,  de  l'année  1374  (fol.  188-194): 
«  Claudius  Félix,  blandimentis  uxoris  conjugalibus  inductus,  Pamphilo 
et  Eroti,  tune  pauperibus,  annua  alimenta  legavit...  »  Le  copiste  a  fait 
précéder  son  travail  de  cette  note  qu'on  lit  au  bas  du  fol.  187  v°:  «Hanc 
questionem  sequentem  disputavit  publiée  magister  Johannes  Egidii, 
licenciatus  in  legibus,  me  présente,  hora  ordinaria,  anno  millesimo  ccc 
LXXIIII,  in  scolis  domini  Bertrandi  Capreoli.  Et  ego  scripsi  eam,  vel  sal- 
tim  incepi  eam    scribere,  prima  die  Lune  Quadragesime  anno  Domini 

1.  17  mars  1379.  Ici  la  mi-carème  est  placée  au  jeudi  après  le  troisième 
dimanche  de  carême,  tandis  que,  dans  les  textes  du  moyen  âge,  les  mots  média 
quadragesiina  désignent  ordinairement  le  quatrième  dimanche  de  carême. 


323 

M-  Gcc°  Lxxviii».  Et  sum  Brito,  Corisopitensis  dyocesis,  de  villa  Ahosie, 
videlicet  Anfredus  Saisiz.  »  —  Jean  Gilles  cite  les  opinions  d'un  certain 
nombre  d'autres    professeurs:  «  Post  Johannem  Rollandi,  et  dominum 

meura  dominum  Bertrandiim  Capreoli (fol.  189  v°).  —  Secundo  dico 

post  dominum  meum  dominum  Johannem  îsieoti.....  (fol.  190).  —  Hanc 
partem  tenet  Jacobusfîutrigalensis (fol.  191  v°).  » 

Les  leçons  des  professeurs  d'Orléans  recueillies  par  Jacques  de  la  Mare, 
par  Anfroi  Saisi  et  peut-être  encore  par  d'autres  étudiants,  remplissent 
les  fol.  1-13-2  et  175-199  du  ms.  de  Tours.  Il  y  a,  en  outre,  dans  cemanus- 
crit,  deux  ouvrages  dignes  de  quelque  attention.  L'un  (fol.  201-240)  est  le 
Style  de  Guillaume  du  Breuil,  avec  des  notes  et  des  additions.  L'autre 
(fol.  133-174)  est  un  formulaire  à  l'usage  de  l'officialité  d'Orléans.  Il  y  a 
plusieurs  actes  de  l'année  1377  (fol.  152,  159  v°,  164  et  172  v°).  Tout  y 
dénote  le  temps  de  l'évèque  Jean  Nicot  (1371-1382).  Entre  les  nombreux 
actes  dont  se  compose  le  formulaire,  je  choisis,  comme  exemple,  le  con- 
trat de  vente  d'un  livre,  tel  qu'il  est  consigné  au  fol.  151. 
Caucio  Ubri  venditi. 

«  Universis  etc.  officialis  etc.  Personaliter  constitutus  Petrus  Veri,  Au- 
relianis  studens,  confessus  fuit  se  vendidisse  ac  titulo  pure  et  perfecte 
vendicionis    tradidisse,    cessisse,   quitavisse   et  penitus   in    perpetuum 

dimisisse  tali  talem  librum,  cujus  secundum  folium  fuit  in  textu  sic , 

et  in  apparatu  sic ,   pro  tali   precio,  a  dicto  emptore  dicto  venditori 

in  presencia  {sic)  solutorum,  de  quo  dictus  venditor  se  tenuit  adicto  emp- 
tore pro  contempto  libère  et  soluto  integraliter  cum  effectu,  jus,  domi- 
nium,  proprietatem  et  possessionem  dicti  libri  in  dictum  emptorem  tota- 
liter  transferendo,  et  se  de  ipso  libro  sic  vendito  desaisiando  et  deves- 
tiendo,  dicturaque  emptorem  saisiando  et  investiendo  de  eodem  per 
tradicionem  dicti  libri  et  concessionem  presencium  litterarum,  promit- 
tens  idem  venditor  per  fldem  suam  ob  hoc  in  manu  nostra  corporaliter 
prestitam  quod  ipse  contra  vendicionem,  cessionem,  quittacionem  et 
liberacionem  predictas  per  se  vel  per  alium  non  veniet  in  futurum  nec 
venire  aliquatenus  attemptabit,  ymo  dictum  librum  sic  venditum  dicto 
emptori  promisit  per  dictam  fidem  suam  garantizare,  liberare  et  deffen- 
dere  in  judicio  et  extra  judiciura,  erga  et  contra  omnes.  toriens  quo- 
ciens  opus  erit  et  fuerit  super  hoc  requisitus,  suis  propriis  sumptibus 
et  expensis  suis,  et  prestare  quidquid  consuetum  est  facere  prestari  in 
casu  evictionis,  tnm  secundum  jura  quam  secundum  usus  et  consuetu- 
dines  universitatis  studii  Aurelianensis.  Et  quoad  premissa  firmiter 
tenenda  et  inviolabiliter  observanda  ac  integraliter  adimplenda,  dictus 
venditor  obligavit  dicto  actori\  et  supposuit  juridicioni,  cohercioni  et 
compulsioni  curie  Aurelianensis  se  heredesque  suos  et  successores  uni- 
versos  et  omnia  singula  bona  sua  et  herodum  suorum,  ubicunque  exis- 

1.  Liseï  emptori. 


324 

tencia  et  poterunt  inveniri,  renuncians  dirtus  emptor  per  fidem  suam 
benefficio  minoris  etatis,  excepcioni  dictorum  florenorura  sibi  non  tra- 
ditorum,  solutorum  et  numeratorum  et  ab  ipso  non  receptorum,  et  om- 
nibus aiiis  excepcionibus,  rationibus  et  deffenssionibus  facti  et  juris 
canonici  et  civilis  que  contra  présentes  possunt  obici  sive  dici.  In  cujus 
rei  testimonium  etc.» 

Ce  formulaire,  qui  contient  plus  de  cent  pièces,  mériterait  à  lui  seul 
d'être  l'objet  dune  étude  détaillée. 


I..D. 


ERRATUM. 


Au  dernier  numéro  de  la  Bibliothèque   de   l'École  des   chartes,   t. 
XXXIII,  page  211  : 
Au  lieu  de  Monastère  de  Prouillan,  lisez  Monastère  de  Prouille. 


NOTICE  BIOGRAPHIQUE 


SER    LE    BENEDICTIN 


PIERRE    RERSUIRE 


PREMIER  TRADUCTEUR  FRANÇAIS  DE  TITE  LIVE. 


.i>f=®=|a. 


Nous  voudrions  contribuer  à  faire  mettre  au  rang  qui  lui  est 
dû  un  homme  que  Tliistoire  littéraire  de  son  pays  nous  semble 
avoir  trop  longtemps  dédaigné.  Ce  n'est  pas  qu'elle  l'ait  laissé 
absolument  dans  l'ombre  ;  mais,  jusqu'ici,  c'est  surtout'  comme 
théologien  que  le  bénédictin  dont  il  est  question  a  été  connu.  Ses 
immenses  encyclopédies  latines,  d'abord  recueillies  dans  d'innom- 
brables manuscrits,  n'ont  ensuite  cessé  d'être  imprimées  jusqu'au 
miheu  du  dernier  siècle  ;  il  paraît  même  qu'elles  n'ont  pas  encore 
tout  à  fait  perdu  leur  ancienne  réputation.  Et  pourtant,  là  n'est 
pas  l'originalité  de  Pierre  Bersuire,  là  n'est  pas  son  principal 
titre  à  l'attention  de  ses  compatriotes.  Le  premier,  il  chercha  à 
comprendre  l'antiquité  et  à  la  faire  comprendre,  et  s'avisa  d'étu- 
dier l'Histoire  romame,  non  plus  dans  les  compilations  fabuleuses 
des  bas-temps  du  moyen-âge,  mais  dans  les  historiens  Romains  ; 
le  premier,  en  même  temps  qu'il  s'efforçait  d'introduire  dans 
notre  langue  des  termes  nouveaux  pour  exprimer  des  idées  nou- 
velles, il  tenta  de  lui  donner  un  peu  de  l'ampleur  et  de  l'élévation 
qu'il  admirait  dans  son  original  latin. 

Grâce  à  lui,  grâce  aux  traducteurs,  qui,  sur  ses  pas,  se  mirent 
à  l'œuvre,  la  France  du  xiV  siècle,  reprenant  goût  aux  chefs- 
d'œuvre  classiques,  eût  peut-être  pu,  comme  l'Italie  avec  Dante  et 
Pétrarque,  renouer  dès  lors  la  tradition  littéraire  interrompue,  et 

22 


326 

avancer  de  150  ans  la  Renaissance.  Les  circonstances  arrêtèrent 
ce  môuvenient  dès  le  début, et,  il  le  faut  dire  aussi,  le  génie  manqua 
à  ces  initiateurs.  Mais  si  la  tentative  ne  fut  pas  suivie  de  succès, 
si  la  tâche  était  trop  lourde,  il  n'y  en  a  pas  moins  de  mérite  à 
avoir  fait  l'effort,  et  le  fait  n'en  est  pas  moins  digne  d'être  étudié 
de  près  et  avec  quelques  développements. 

Nous  nous  pi'oposons  de  consacrer  plusieurs  études  à  Pierre 
Bersuire,  à  ses  œuvres  et  au  mouvement  littéraire  qu'il  provoqua. 
Pour  le  moment,  c'est  la  vie  de  ce  savant  écriAain  que  nous 
voulons  essayer  de  faire  connaître.  On  n'avait,  jusqu'ici,  sur 
son  compte,  que  quelques  renseignements  disséminés  de  tous 
côtés  et  trop  souvent  reproduits  sans  contrôle,  malgré  leur  peu 
de  valeur  et  leur  caractère  fréquemment  contradictoire  ou  erroné. 
Pour  rares  encore  qu'aient  été  les  matériaux  que  nous  avons  eus 
entre  les  mains,  nous  pensons  au  moins  avoir  réussi  à  disposer 
cet  essai  de  biographie  d'après  un  ordre  chronologique  rationnel. 
Nous  n'avons  pas  d'autre  prétention  que  d'avoir  tracé  un  cadre 
que,  seules,  des  découvertes  postérieures  permettront  de  remphr. 

I. 

SUR    LE    NOM    FRANÇAIS    DE    BERSUIRE. 

vVvant  toutes  choses,  entendous-nous  sur  le  nom  qu'il  convient 
de  donner  au  traducteur  dont  nous  nous  occupons.  Pour  n'avoir 
pas  consulté  les  chartes  ou  pour  avoir  mal  Iules  manuscrits,  pres- 
que tous  ceux  qui  ont  parlé  de  lui  jusqu'aujourd'liui  ont  défiguré 
son  nom  de  cent  façons,  toutes  également  arbitraires.  11  laut 
d'abord  distinguer  le  nom  latin  du  nom  français,  et  commencer 
par  parler  du  premier  qui  eut  une  grande  influence  sur  les  vicissi- 
tudes du  second. 

Dans  le  prologue  du  Reductoriurn  'inorale  on  lit  :  «  Sum 
quidam  peccator...,  nomine  Petrus,  cognomine  Berchorius^ .  » 
Déplus,  un  acte  dont  nous  parlerons  plus  loin  et  qui  est  signé  de  lui 
comme  secrétaire  du  roi,  porte  en  toutes  lettres  :  P.  BercJiorius . 
Cependant,  dans  plusieurs  documents,  ce  dernier  nom  est  écrit 
sans  h,  Bercorius,  et  on  trouve  aussi  quelquefois  Petrus  Ber- 

1 .  Voir  le  passage  enlier  auquel  nous  nous  référerons  fréquemment  par  la  suite: 
«  Sum  quidam  peccator,  ordinis  Saucli  lienedicli  monacbus,  de  lerris  Francorum 
genitus,  natione  gallus,  palria  piclavinus,  nomine  Petrus,  cognomine  BercLo- 
rius,  etc.  »  Bibl.  Nal.  Ms.  lat.  1(;785,  f"  '2  verso,  1"=  col. 


327 

chorii  ^  Mais  dans  les  chartes,  c'est  surtout  la  première  de  ces 
trois  formes  qui  se  rencontre  ~. 

Il  est  vrai  que  les  imprimés,  et  même  un  certain  nombre  de 
manuscrits,  ont  quelquefois,  par  suite  de  négligence  ou  de  mau- 
vaise lecture,  écrit  Bertliorius,  Bertorius,  Brichorius,  etc.;  quoi 
qu'il  en  soit  il  ne  peut  y  avoir  de  doute  sur  le  nom  latin  de  notre 
Bénédictin  :  il  s'appelait  Petrus  Berchorius. 

Son  nom  français  n'est  pas  aussi  facile  à  établir.  Deux 
causes  ont  contribué  à  l'altérer  :  d'abord,  même  dans  les  premiers 
manuscrits  de  la  traduction  de  Tite-Live,  il  n'a  point  été  dans  le 
principe  reproduit  sous  la  forme  orthographique  que  nous  adop- 
tons, et,  dans  les  autres,  il  n'a  pas  tardé  à  se  déformer. 

Ensuite  la  plupart  des  savants  qui  se  sont  occupés  de  Bersuire 
n'ont  pas  connu  la  forme  de  son  nom  dans  les  bons  manuscrits 
de  sa  traduction  et  lui  ont  forgé  une  dénomination  française  d'a- 
près son  nom  latin  et  ses  mauvaises  variantes,  ^wv  Berceure{èY\- 
demment  pour  Berçure),  on  a  fait  Berceur,  Berseure,  Le  Berceur, 
Bercevre,  Bercenne,  Bercerie  ;  d'après  Berchorius,  on  a  imaginé 
Bercliore,  Bercheur,  Berchoir,  Berchoire,  Bertheure,  Berchur, 
Berchaire,  Bercheuvre,  Barcheuvre,  Bercœur,  Barchœur;  une 
fois  lancées,  l'imagination  et  la  fantaisie  des  biographes  et  des  cri- 
tiques n'ont  plus  connu  de  limites.  Généralement,  comme  on  sent 
bien  qu'aucun  de  ces  vocables  n'est  le  bon,  on  en  donne  deux  ou 
trois  à  choisir.  Les  plus  savants  mêmes  s'y  sont  trompés  :  ainsi 
V Histoire  littéraire  de  la  France  '^  et  M.  Littré,  dans  son 
Dictionnaire,  emploient  le  terme  de  Bercheure  ;  l'abbé  de  Sade, 
copié  par  M.  Barbeu  du  Rocher,  celui  de  Le  Bercheur,  et  enfin 
M.  Léopold  Delisle  (Inv.  des  mss.  latins  8823-18613)  Le  Ber- 
ceur et  le  Bercheur. 

Deux  personnes  ',  jusqu'à  ce  jour,  ont  entrevu  la  vérité  et 
cela  parce  qu'elles  avaient  eu  recours  aux  originaux. 

M.  Paulin  Paris ^  a  adopté  l'orthographe  de  Berceure,  qui  est 

1.  B.  N.  mss.  lat.  16785  et  16789.  Cf.  l'épitaphe  de  Bersuire  à  Sainl-Eloi. 
'J.  Voir  par  exemple  la  pièce  datée  de  1363,  à  l'Appendice,  a"  IV. 

3.  T.  XXIV,  passim. 

4.  On  va  voir  tout  à  l'heure  que  Mercier  de  Saint-Léger  et  MM.  Qaicherat  et 
Benjamin  Fiilon  n'ont  pas  été  loin  d'arriver  au  même  résultat,  mais  nous  nous 
occupons  surtout  ici  des  opinions  appuyées  sur  des  preuves,  les  seules  qui 
pouvaient  faire  autorité. 

3.  Mss.  français  de  la  Bibl.  du  roi,  l.  1,  p.  33  et  suiv. 


328 

en  effet  celle  que  portent  les  meilleurs  *  manuscrits  de  la  traduc- 
tion de  Tite-Live.  Berceure  cependant  n'est  admissible  que  sous 
la  réserve  de  la  remarque  suivante  :  le  diphthongue  eu  de  Ber- 
ceuve  est  ici  pour  u,  et  il  faut  prononcer  comme  s'il  y  avait 
Bevçuve.  C'est  ainsi  qu'on  prononçait  certainement  au  xrv®  siècle, 
et  dans  les  manuscrits  mêmes  de  notre  traduction,  on  voit  : 

deue         pour  due 

scewent    —     surent 

armeure   —     armure 

feus  sent    —     fussent,  etc. 
Au  siècle  dernier,  cette  prononciation  de  la  diphthongue  eu 
s'était  conservée,  témoins  ces  vers  de  Voltaire^  : 

Près  des  bords  de  l'iton  et  des  rives  de  VEure, 
Est  un  champ  fortuné,  l'amour  de  la  nature. 

Enfin,  elle  s'est  maintenue  jusqu'à  nos  jours  dans  les  mots 
yeus,  etc.,  et  gageure. 

Mais  l'honneur  d'avoir  presque  atteint  le  but  revient  à  l'abbé 
Lebeuf,  qui  avait  eu  sous  les  yeux  des  titres  originaux.  Aussi 
bien  avait-il  remarqué  que  la  forme  de  Bercheure  qu'il  avait 
rencontrée  dans  les  imprimés  n'était  pas  la  bonne  ^,  et  dans  sa 
liste  des  prieurs  de  Saint-Eloi  ■*,  il  appelle  l'un  d'eux,  celui  qui 
nous  occupe  :   Pierre  Berseure,  ou  Bresseure,  ou  Bersuyre 

1.  Beaucoup  demss.,  même  très-peu  postérieurs  à  l'auteur,  ont  déjà  Bercheure 
et  Berteure  ;  c'est  même  cette  orthographe,  dépourvue  de  toute  espèce  de  sens, 
qui  peut  seule  expliquer  bien  des  mauvaises  lectures  d'après  les  mss.,  comme 
lorsqu'on  trouve  dans  le  Cat.  de  la  reine  de  Suède,  au  Vatican,  Berfhense  et 
Bericin,  et  dans  les  Recherches  sur  Louis  de  Bruges,  de  M.  Van  Praët, 
Besleure. 

Par  contre  certains  documents,  presque  contemporains  de  notre  auteur,  don- 
naient peut-être  la  bonne  forme  qu'on  n'a  pas  su  reconnaître,  et  d'où  on  pour- 
rait tirer  un  nouvel  argument  en  faveur  de  noire  opinion.  On  lit  en  eflctdans  le 
Catalogue  de  la  Librairie  de  la  Sainte-Chapelle  de  Bourges,  publié  par  M.  Hiver, 
p.  96  :  «  Un  grant  livre  en  latin,  en  deux  volumes,  appelle  de  Proprieiafihus 
Rerum,  compilé  par  feu  Pierre  Bersivre,  etc.  »  —  Nous  pensons  que  c'est  une 
mauvaise  lecture  et  que  le  manuscrit  du  Catalogue  porte  Bersuire. 

2.  Henriade,  chant  VIII,  v.  65. 

3.  Mém.  de  l'Ac.  des  InsciHp.,  t.  XVII,  p.  747:  «  Ce  religieux  se  nommait 
P.  Bercheure,  nom  qui  a  été  défiguré  de  diverses  manières  par  les  copistes.  » 
—  Mais  dans  un  mémoire  du  même  auteur  sur  VHist.  de  Charles  V  par  Christ, 
de  Pisan,  on  voit  :  «  Pierre  Berceure,  c'est  Pierre  de  Bressuire.  » 

'i.  Ilist.  du  dioc.  dp  Paris.  Ed.  Cocheris,  t.  III,  p.  381. 


329 

(car,  dit-il,  les  titres  varient  sur  ce  nom).  —  Mais,  comme  on  le 
voit,  il  n'ose  se  décider. 

Eh  bien,  la  vraie  orthographe  et  la  seule  prononciation  est 
Pierre  Bersuire,  c'est-à-dire  le  nom  même  du  chef-lieu  d'arron- 
dissement des  Deux-Sèvres  ^ 

Cette  ville,  il  est  vrai,  s'appelle  et  s'écrit  aujourd'hui  Bres- 
suire,  et  l'on  pourrait  expliquer  la  différence  avec  Bersuire, 
par  la  métathèse^,  accident  très-fréquent  dans  la  formation  fran- 
çaise des  noms  de  lieu.  Bressuire  vient  du  latm  Berçorium 
comme 

Drevant  de  JDervantum, 
Drwat    de  Durcaptuni  ^. 
et  comme,  parmi  les  noms  communs,  brebis  vient  de  vervex. 

Mais  Bressuire  est  moderne.  Au  xviif  siècle,  on  prononçait 
et  on  écrivait  encore  Bersuire.  C'est  ainsi  que  le  mot  est  écrit 
par  Expilly  '^.,  et  surtout  par  Lamartinière  ^,  qui  dit  même  : 
«  Bersuire  est  nommée  souvent  Bressuire  par  ceux  du  dehors.» 
Donc,  Bersuire  est  la  prononciation  indigène  et  ancienne*'. 

Or,  c'est  à  cette  prononciation  que  se  rapporte  la  façon  dont 
le  nom  du  prieur  de  Saint-Eloi  est  écrit  dans  les  seuls  documents 
qui  puissent  faire  foi  en  pareille  matière,  dans  les  chartes.  Nous 
n'avons  pas  encore  pu  rencontrer  d'acte  en  français  où  Pierre 
Bersuire  soit  ainsi  nommé  de  son  vivant,  mais  nous  avons  copié 


1.  Nous  devons  dire  que  celte  explication  de  la  fonne  Berceure  nous  avait  déjà 
été  indiquée  par  M.  Quicherat,  alors  que  nous  n'avions  pas  encore  trouvé  de 
preuves.  A  plusieurs  reprises,  notre  savant  professeur  nous  avait  fait  remar- 
quer la  similitude  qui  existait  enlre  Bercheure  ou  Berceure  et  B/es^uVe.  Dès  le 
siècle  dernier,  du  reste,  Mercier  de  Saint-Léger,  sans  avoir  davantage  consuUé 
les  chartes,  avait  fait  le  même  rapprochement.  Voy.  dans  VEspvit  des  Journaux, 
janv.  1779,  p.  211  et  suiv.,  un  arliele  sur  lu  Bibliothèque  générale  des  écri- 
vains de  l'ordre  de  Saint-Benoit  (p.  Doni  Jean  François). 

1.  «  Une  loi  commune  à  toutes  les  langues  indo-européennes  permet  la  mé- 
talhese  dans  les  racines  finissant  par  une  liquide  :  certus  =  cretus,  lernus  = 
irinus.  »  Bréal,  les  doublets  lutins  {Mém.  de  la  Soc.  de  ling.  de  Paris,  I,  p. 
165.) 

3.  Voir  Quicherat,  de  la  formation  française  des  noms  de  lieu,  p.  19. 

4.  Dictionnaire  géographique. 

5.  Gr.  Bict.  Bist.  Geogr.  et  Crit.,  t.  1,  p.  163.  Ed.  de  1739. 

6.  Du  reste  le  nom  français  de  la  ville  de  Bressuire,  qui  en  latin  s'écrivait 
Berchorium  et  Beirorium,  a  subi  les  mêmes  vicissitudes  orthographiques  que 
celui  de  notre  auteur  :  nous  avons  relevé  les  variantes  suivantes  de  Bersuire, 
au  moyen-âge  :  Bersiires,  Bersurre,  Bersoire,  Bressure,  etc. 


330 

aux  Archives  nationales,  quatre  pièces  que  l'on  trouvera  à  l'Ap- 
pendice, et  qui  suffisent  poui'  fixer  dès  à  présent  son  véritable 
nom.  Deux  de  ces  actes  sont  relatifs  à  une  personne  qui  était  cer- 
taincanent  parente  de  Pierre  Bersuire  et  qui  est  nommée  Jehon 
Berswjre,  dans  une  charte  du  20  mai  1346  S  et  Jehan 
Bersoire,  dans  une  charte  du  1«""  décembre  de  la  même  année  ^ 

Les  deux  autres  pièces  qui  concernent  spécialement  Pierre, 
sont  : 

1"  Un  vidimus  de  1388  relatant  la  vente  d'um;  maison  faite  à 
Pierre  Berssuire  par  Hugues  de  la  Vergne,  vers  la  saint  Jean- 
Baptiste  13(31  •'. 

2"  Un  acte  sans  signe  de  validation  ni  date,  qui  doit  être  du 
commencement  du  xv®  siècle,  par  lequel  Pierre  Philippeau  fonde 
une  messe  en  laveur  de  son  oncle  <<  Pierre  Bersure,  précédent 
prieur  de  Saint-Eloi'.  » 

Grâce  à  ces  pièces,  et  malgré  les  légères  différences  d'ortho- 
graphe qu'on  y  remarque,  nous  pensons  que  nous  sommes  auto- 
risé à  nommer  désormais  notre  traducteur  Pierre  Bersuire  '". 
Son  nom  était  tout  simplement  le  même  que  celui  de  la  ville  des 
environs  de  laquelle  sa  famille  était  sans  doute  originaire.  Il  ne 
faut  cependant  pas  l'appeler  Pierre  de  Bressuire  ;  car  les  actes  que 
nous  avons  cités  ne  portent  jamais  la  particule,  et  nous  retrouvons 
évidemment  ici  la  même  formation  que  dans  les  noms  de  personne 
tels  que  Tliiers,  Marseille,  Carcassonne,  Bordeaux. 

II. 

premières  années  de  bersuire. 

SON    SÉJOUR    A    LA   COUR   d' AVIGNON;    SES   OUVRAGES   LATINS. 

Les  renseignements  sur  la  vie  de  Pierre  Bersuire  sont  rares, 
et  le  peu  qu'on  en  a  est  disséminé  dans  vingt  ouvrages  incom- 


1 .  Appendice,  u"  1. 

2.  Ibid,  n»  II. 

3.  Ibkl,  n"  m. 

4.  Ibid,  n°  VI. 

5.  Pétrarque  qui,  ainsi  qu'on  le  verra  plus  loin,  a  adressé  deux  leUres  à 
Pierre  Bersuire,  ne  lui  donne  jamais  son  nom  de  litmille.  11  l'appelle  en  latin 
Petrus  Piciavensis,  ce  que  De  Sade  et  M.  Barbeu  du  Rocher  Iraduisenl  par 
Pierre  de  Poitiers;  n'aurail-il  pas  été  au  moins  j)lus  simple  et  en  même  temps 
plus  exact  de  rendre  ce  terme  i)ai'  Pierre  le  Poitevin  ? 


331 

plets  et  remplis  d'erreurs.  Bien  que,  de  l'aveu  même  de  ses  con- 
temporains, il  ait  été  certainement  un  des  hommes  les  plus 
savants  de  son  époque.  Lien  que  Pétrarque  se  soit  à  plusieurs 
reprises  fait  honneur  de  son  amitié,  on  ne  trouve  aucune  trace  de 
lui  dans  les  historiens  du  xiv"  siècle.  Il  vécut  près  de  quinze  ans 
à  la  cour  d'Avignon,  et  fut  le  familier  du  roi  Jean  pendant  dix 
ans  au  moins,  mais  comme  il  ne  se  mêla  pas  aux  luttes  politiques 
de  ces  temps  agités,  Villani,  le  continuateur  de  G.  de  Nangis, 
la  Chronique  des  quatre  premiers  Valois,  les  Chroniques  de  St- 
Denis  et  Froissard,  se  taisent  sur  son  compte  ^ 

Nous  nous  sommes  efforcé  de  réunir,  de  coordonner  et  de  com- 
pléter les  notes  éparses  recueillies  sur  sa  vie  par  M.  Gautier-,  par 
la  Bibliothèque  historique  du  Poitou  de  Dreux  du  Radier  ■\ 
(ce  sont  les  deux  seuls  semblants  de  monographie  qui  lui  aient 
été  jusqu'à  présent  consacrés),  ainsi  que  par  l'abbé  de  Sade  ^, 
M.  Barbeu  du  Rocher^,  Y  Histoire  littéraire  (t.  XXIV, 
passim),  l'abbé  Lebeuf  ^,  et  divers  dictionnaires  biographiques 
qui  répètent  tous  les  mêmes  erreurs,  avec  le  même  laconisme. 
INfous  avons  aussi  rencontré  quelques  renseignements  et  quelques 
dates  dans  des  documents  originaux  tels  que  les  manuscrits  latins 
et  français  de  Bersuire,  les  lettres  de  Pétrarque,  les  chartes  des 
Archives  nationales  et  des  archives  du  Ministère  de  l'Instruction 
pubhque,  et  enfin  l'épitaphe  même  de  Bersuire. 

Pierre  Bersuire  naquit  à  Saint-Pierre-du-Chemin.  Ce  village 
n'est  pas  à  trois  lieues  de  Poitiers,  comme  l'ont  dit  Moréri,  La 
Croix  du  Maine,  la  Biographie  Feller  et  d'autres  :  après  avoir  fait 
partie  de  l'ancien  évêché  de  Maillezais,  il  compte  aujourd'hui 
1744  h.  et  se  trouve  dans  le  département  de  la  Vendée  ^,  arron- 
dissement de  Fontenay-le-Comte.  Il  n'est  distant  de  Bressuire 

1.  Depuis  le  xiv'  siècle  jusqu'à  uos  jours,  aucune  histoire  générale  de  la 
France  ne  fait  mention  de  lui,  et,  chose  plus  incroyable,  les  histoires  littéraires 
ne  le  citent  jamais  :  MM.  Villemain,  Nisard,  Gérusez,  Demogeot,  Mezières,  qui 
ont  au  moins  un  mot  pour  Oresme,  ne  connaissent  pas  Bersuire. 

2.  Notice  biographique  et  bibliographique  sur  Pierre  Berceure.  Dans  les 
Actes  de  l'Académie  de  Bordeaux,  l.  VI,  1844,  p.  495  et  suiv. 

3.  T.  I,  p.  357.    . 

4.  Mémoires  pour  la  vie  de  Pétrarque,  t.  I  et  III  passim. 

5.  Mém.  présentés  à  l'Ac.  des  Inscript,  par  divers  savants.  1'  série.  T.  lil. 
|).  187  et  ss. 

6.  Hist.  du  dioc.  de  Paris,  édit.  Cocheris,  t.  III,  p.  381. 

7.  Dict.  des  Postes. 


332 

que  de  25  kilomètres,  sur  la  vonU-  qui  joini  cette  ville  à'Fontenay. 

M.  Gautier  ^  confond  à  tort  Saint-Pierre-du-Chemin  avec 
Saint-Pierre-le-Vieux,  autre  village  fort  distinct  du  premier,  et 
qui  est  situé  au-dessous  et  tout  près  de  Maillezais.  L'épitaphe  de 
Pierre  Bersuire,  dans  l'église  Saint-Éloi  de  Paris,  qui  nous  a 
conservé  le  nom  de  son  pays  natal,  dit  positivement  :  «  Qui  fuit 
oriundus  de  villa  Sancti  Pétri  de  Itinere  -.  » 

(  >n  n'a  aucun  renseignement  sur  sa  famille  ni  sur  l'époque  de 
sa  naissance,  et  nous  sommes  réduits,  pour  les  premières  années 
de  sa  vie,  à  des  suppositions.  M.  Gautier  conjecture  qu'il  naquit 
vers  1290,  et  la  Biographie  Didot  donne  aussi  comme  date  appro- 
ximative la  fin  du  xiif  siècle.  C'est  probablement  en  effet  dans 
les  quinze  dernières  années  de  ce  siècle  que  l'on  peut  placer  sa 
naissance.  Dans  une  de  ses  lettres,  Pétrarque^,  peu  de'temps 
après  sa  mort,  le  traite  de  rénérable.  Or  Pétrarque,  né  en  1304, 
n'aurait  pas  donné  cette  épitliète  à  un  homme  qui  n'eut  pas  été 
sensiblement  plus  âgé  que  lui.  D'un  autre  côté,  comme  c'est  dans 
les  dernières  années  de  sa  vie  que  Bersuire  traduisit  Tite-Live, 
il  est  à  supposer  qu'il  n'aurait  pas  entrepris  une  œuvre  aussi 
considérable  s'il  avait  eu  alors  (en  1352  ou  1353)  plus  de  65  à 
70  ans. 

On  peut  encore  penser  avec  M.  Gautier  qu'il  entra  jeune  à 
l'abba}' e  de  Maillezais,  la  plus  célèbre  et  la  plus  puissante  de  son 
pays,  avant  qu'elle  ne  fût  érigée  en  évêché,  par  Jean  XXII,  en 
1317.  C'est  là  sans  doute  qu'il  se  consacra  à  l'ordre  de  St-Benoît, 
où  il  resta  toute  sa  vie.  Quand  Pierre  parle  de  lui  dans  le  prologue 
d'un  de  ses  ouvrages  latins,  le  Reductorium.'inorale'^,  il  s'inti- 
tule Bénédictin,  et  nous  le  voyons  désigné  comme  tel  dans  tous 
les  manuscrits.  Nous  ne  savons  donc  d'après  quelle  autorité  l'abbé 

1.  Loc.  cil.,  p.  497. 

2.  Du  Breiiil,  Ant.  de  Paris,  p.  102.  Reproduit  par  M.  P.  Paris,  Mss.  fr., 
t.  V,  p.  417,  et  Gall.  Christ.,  t.  Vil,  col.  282. 

3.  Epist.  senti.,  lib.  X,  epist.  2.  Ed.  de  Bâle,  p.  869  :  «  J'ea  ai  écrit  au 
vénérable  Pierre  de  Poitiers,  lequel  est  mort  trop  tard,  hélas!  puisqu'il  a  été 
témoin  de  tous  ces  malheurs.  »  —  D'après  Barbeu  du  Rocher,  loc.  cit.,  tiré  à 
part,  p.  17.  Dans  une  autre  lettre,  celle-là  adressée  à  Boccace,  où  il  parle  d'une 
épître  sur  la  mobilité  de  la  fortune  qu'il  avait  envoyée  à  Bersuire,  Pétrarque  dit 
encore  :  «  J'ai  écrit  au  savant  vieillard  Pierre  de  Poitiers.  »  —  Barbeu  du  Ro- 
cher, ibid,  p.  19. 

4.  Bibl.  Nat.  ms.  latin  16785,  fol.  2,  verso,  1"  col.,  et  8864,  fol.  1,  recio, 
1"  col. 


333 

de  Sade  prétend  qu'il  entra  de  bonne  heure  dans  l'ordre  de  saint 
François  ^ .  Il  n'y  a  trace  de  cela  nulle  part,  tandis  que  toutes  les 
abbayes  auxquelles  Bersuire  appartint  dans  la  suite  observaient 
la  règle  de  saint  Benoît. 

C'est  aux  années  de  sa  vie  que  Bersuire  dut  passer  dans  l'ab- 
baye de  Maillezais  qu'on  peut  rapporter  les  paroles  de  la  préface 
de  son  Rediictorium^ :«...Lahova\'].  primo  et  ante  omnia  Bibliae 
textum  quater  studendo,  et,  ut  sic  sine  concordantiis  allegare 
scirem,  figuras,  auctoritates  ethistorias  diligentissime figurando.  » 
— Il  se  préparait  ainsi  aux  immenses  travaux  que  nous  le  verrons 
entreprendre  par  la  suite. 

En  1317,  Geoffroy  Povereau^,  abbé  de  Maillezais,  devint  le 
premier  évêque  du  nouvel  évêché.  Il  n'est  pas  impossible,  comme 
le  croit  M.  Gautier,  que  Geoffroy,  en  allant  se  faire  sacrer  à 
Avignon,  ait  emmené  avec  lui  son  moine  Pierre  Bersuire,  qui 
était  sans  doute  dès  lors  le  plus  instruit  et  le  plus  remarquable  du 
monastère. 

Du  reste,  quelles  qu'aient  été  les  circonstances  qui  aient  amené 
Bersuire  à  Avignon,  soit  qu'il  y  vint,  en  effet,  avec  Geoffroy 
Povereau  dès  1317,  soit  qu'il  n'y  arrivât  que  quelques  années 
plus  tard,  il  est  certain  qu'il  y  fit  entre  1320  et  1340  un  très- 
long  séjour. 

C'est  là  qu'il  eut  l'occasion  d'entrer  en  relations  avec  le  cardinal 
Pierre  des  Prés  ^  vice-cliancelier  du  pape,  à  qui  il  s'attacha  et 

1.  Loc.  cil.,  t.  I,  p.  3G6.  Le  même  fait  esl  rapporté,  mais  également  sans 
preuves,  par  M.  Fracasselti  (Lettere  di  Fi:  Petrarca  rolgartzzate.  Firenze, 
1866,  in- 12,  1.  IV,  p.  497).  M.  FracasseUi,  qui  du  reste  n'a  fait  que  copier  De 
Sade,  ajoute  que  c'est  le  pape  Jean  XXll  ([ui  lit  passer  Bersuire  de  l'ordre  de 
saint  François  en  relui  de  saint  Benoit,  et  que  c'est  étant  encore  cordelier  que 
Bersuire  fit  la  connaissance  de  Pierre  des  Prés  et  sut  gagner  son  aflection. 

Dans  un  passage  delà  Marguerite  de  France  Hq  Jean  Thénaud,  cordelier  (1509), 
manuscrit  cité  par  Mercier  de  Saint-Léger  dans  l'article  mentionné  plus  haut,  on 
lit  aussi  :  «  Pierre  de  Bersuyre,  qui  fit  le  Dictionnaire,  etc.,  fut  premièrement 
cordelier,  puis  moine  et  prieur  de  Saint-Victor.  »  Nous  prouverons  tout  à 
l'heure  que  Bersuire  n'entra  jamais  à  l'abbaye  de  Saint-Victor;  il  est  probable 
que  l'autre  assertion  de  Jean  Thénaud  n'a  pas  plus  de  fondement,  et  qu'il  n'a 
pas  eu  d'autre  raison  pour  faire  de  Bersuire  un  cordelier  que  le  désir  bien 
naturel  de  partager  ave«;  les  Bénédictins  une  de  leurs  illustrations  littéraires. 

2.  B.  N.  ms.  latin  16785.  Prologue,  fol.  3,  recto,  2-=  col. 

3.  Voir,  sur  ce  nom,  un  article  de  M.  Marchegay  {Bibl.  de  l'Ec.  des  chartes, 
t  I,  p.  155). 

4.  Ce  cardinal  était  originaire  de  Montpezat,  diocèse  de  Cahors.  (V.  Baluze, 


334 

auprès  duquel  il  resta  au  moins  pendant  douze  années.  C'est 
aussi  durant  celte  période  qu'il  composa  ses  deux  plus  importants 
ouvrages  latins,  tous  deux  dédiés  à  son  protecteur,  le  Reducto- 
rium  morale  d'abord  et  le  Repertotnuni  morale.  On  va  voir 
que  ce  sont  les  manuscrits  mêmes  de  ses  œuvres  qui  nous  fournis- 
sent ces  détails  :  «  Et  ego  *,  frater  Petrus  Bercliorii,  ordinis  sancti 
Benedicti  raonachus,  in  pictavico  solo  natus,  secundam  partemlabo- 
rum  meorum,  scilicet Morale  Ivopertorium,  iiicipio,  ipsiimquereve- 
rendissimo  in  Xristo  palri  ac  domino  meo  Domino  Petro  de  Pratis, 
episcopo  Penestrino,  ac  sancte  Romane  ecclesie  vicecancellario 
cardinali ,  cujus  sum  ego  lamiliaris  et  domesticus  apud  ipsum 
DUODECiM  annis,  cui  meum  laborem  offerro  et  presento,  etc.  » 

Ce  manuscrit,  qui  provient  de  l'abbaye  de  St-Victor  et  semble  avoir 
été  fait  au  xiv''  siècle,  peu  de  temps  après  la  mort  de  Bersuire, 
porte  l'indication  de  la  date  de  la  l'édaction  de  l'ouvrage.  On  lit, 
en  effet,  à  la  fin  de  l'avertissement  qui  précède  la  table  :  «  Anno 
Domini  m°  ccC  xl°,  ad  bene  placitum  paternitatis  nostre  et 
ad  laudem  et  gloriam  omnipotentis  Dei,  etc.-  »  Terminé,  comme 
on  le  voit,  en  1340,  le  Repertorium  avait  coûté  cinq  ans  de 
travail  à  son  auteur.  C'est  encore  ce  que  nous  apprend  le  pro- 
logue déjà  souvent  cité  de  son  Reductorium  corrigé  et  revu  ^. 

Nous  apprenons  enfin  dans  le  même  prologue  que  Bersuii-o 
n'entreprit  ces  immenses  travaux  que  sur  l'avis  du  cardinal, 
lequel  l'aida  de  ses  conseils  et  lui  prêta  ses  livres  ■*. 

Du  reste,  Pierre  des  Prés  était  lui-même  un  savant  théologien. 


Hisl.  des  Papes  d'Avignon,  l.  1,  col.  746).  —  Il  fui  successivement  évèquc  de 
Riez  en  Provence  en  1317,  archevêque  d'Aix  en  1319,  cardinal  du  titre  de 
Sainte-Potentienne  et  évoque  de  Palestrina  en  1320,  et  resta  vice-chancelier  des 
Papes,  depuis  celte  époque  jusqu'à  sa  mort  en  1361. 

1.  Biblioth.  Nat.,  fonds  latin,  nis.  14270.  Prologue  du  Repertorium,  f"  35  v". 
\'  col. 

2.  Ibkl.,  1"  fol.  r°,  1"  col.  Voir  la  même  dale  dans  lesmss.  lat.  8861  et  16790, 
où  elle  est  placée  à  la  lin  de  l'ouvrage,  avant  la  lable  :  «  Quim  quidem  labu- 
lam  feci  et  compilavi  in  curia  romana  anno  Domini  mUlesiino  ireceniesimo 
quadrageshno.  » 

3.  «  Laboravi  insnper  opus  magis  arduum  et  diflicile,  quod  Reporlorium  mo- 
rale vocavi,  aggrediendo  et  ibi  quasi  per  quinquennium  insudando.  «  —  Prol. 
du  Heductorium,  éd.  de  1730,  p.  3. 

4.  «  Qui  (Bersuire)  etiam  per  iiisum  (le  cardinal)  libris  et  nccessariis  milii 
commimicalis  et  tradilis,  ad  istos  labores  meos  sum  inductus,  et  in  islis  etiam 
directus  multipliciter  et  adjutus.  »  Ibid,  p.  2. 


335 

On  a  de  lui,  selon  Dreux  du  Radier  ',  un  livre  intitulé  De  lau- 
dibus  Beatœ  Virginis,  dont  le  manuscrit  était  à  la  bibliothèque 
de  Saint-Victor  de  Paris.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  qu'il  ait 
dirigé  et  encouragé  son  savant  familier. 

A  la  suite  de  Pierre  des  Prés,  qui  était  un  des  conseillers  in- 
times du  pape,  Bersuire  fut  introduit  à  la  cour  d'Avignon,  et,  s"il 
faut  en  croire  l'abbé  de  Sade  ^  que  nous  allons  citer,  il  y  eut  quel- 
que part  aux  concessions  "  dont  les  pontifes  comblaient  leur  en- 
tourage :  «En  1331,  le  pape  Jean  XXII ^  le  (Bersuire)  transféra 
dans  l'abbaye  de  Saint-Sauveur,  ordre  de  saint^  Benoit,  diocèse 
de  Poitiers,  et  le  rendit  capable  de  posséder  tous  les  bénéfices  de 
son  ordre.  11  fut  d'abord  prieur  de  Bruère-Château,  ensuite  Clé- 
ment VI  '"  lui  conféra  le  prieuré  de  Clisson,  membre  de  l'abbaye 
de  Saint-Jouin  de  Marnes*^.  » 

Nous  avons  vainement  consulté  le  Gallia  Chrisiiana,  le  Char- 
tularium  sancti  Jovmi  '^ ,  et  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale  pour  y  retrouver  les  traces  du  passage  de  Pierre  Bersuire 
dans  les  trois  monastères  mentionnés  par  de  Sade.  Des  recher- 
ches faites  pour  nous  dans  les  archives  départementales,  si  pau- 
vres, d'ailleurs,  en  documents  de  cette  époque,  n'ont  pas  eu  plus 
de  succès.  Toutefois,  nous  avons  lieu  de  penser  que  ce  fut  anté- 
rieurement à  1340  que  notre  bénédictin  se  fit  octroyer  sa  dernière 
nomination.  Nous  le  retrouvons,  en  effet,  vers  cette  époque,  sim- 
ple moine  d'une  quatrième  abbaye  de  son  ordre,  Saint-Florent  de 
Saumur.  Un  autre  clerc  attaché  à  Pierre  des  Prés,  Jean  Colombe, 
qui,  sans  doute,  avait  collaboré  aux  travaux  de  Bersuire,  en  nous 
apprenant  que  c'est  lui-même  qui,  peu  de  temps  après  l'achève- 


1.  Bihl.  du  PoUou,  t.  I,  p.  357,  noie. 

2.  M(')n.  pour  la  vie  de  Pétrarque,  t.  I,  p.  366. 

3.  Les  abus  de  ces  concessions  sont  nombreux.  Ou  voit  dans  VArt  de  vérifier 
les  dates  (éd.  de  1750,  in-4°,  2=  partie,  p.  392)  qu'Innocent  VI,  en  1353,  sus- 
pendit les  réserves  accordées  par  Clément  YI,  et  révoqua  absolument  toutes  les 
commendes  et  toutes  les  concessions  de  bénélices  et  prélatures. 

4.  Regist.  Joan.  XXII,  t.  XXXIX,  f"  594. 

5.  Regist.  Cléra.  VI,  t.  VIII,  f"  15. 

6.  Ces  assertions  ne  peuvent  être  facilement  contrôlées,  les  registres  des 
Papes,  d'où  elles  sont  tirées,  étant  à  Rome,  et  les  extraits  qui  en  avaient  été 
faits  par  La  Porte  du  Theil,  déposés  à  la  Bibl.  Nat.,  s'arrétant,  selon  M.  Léo- 
pold  Delisle,  à  Boniface  YIll,  qui  mourut  en  1303. 

7.  Publ.  par  M.  Cb.  Grandmaison,  Mém.  delà  Soc.  de  statistique  des  Deux- 
Sevres,  t.  XVII,  1854. 


336 

ment  du  Repertorium,  c'est-à-dire  en  1340  (voir  page  334),  fut 
chargé  par  le  cardinal  d'en  faire  la  table,  ajoute  que  Bersuire 
était  alors  moine  de  Saumur  ^  Combien  de  temps  resta-t-il  dans 
ce  nouveau  couvent?  y  mil-il  môme  jamais  les  pieds?  Autant  de 
questions  encore  auxquelles  il  ne  nous  est  pas  donné  de  répon- 
dre '^. 

D'ailleurs,  dans  (jnelque  ordre  qu'elles  se  soient  succédé,  les 
diverses  concessions  qu'il  obtint  n'empêchèrent  pas  Bersuire  de 
demeurer  à  Avignon  ;  on  peut  même  supposer  qu'il  ne  résida 
jamais  dans  les  abbayes  où  il  fut  successivement  envoyé  ^.  C'est 
une  des  raisons,  croyons-nous,  pour  lesquelles  il  n'est  jamais 
nommé  dans  les  actes. 

Outre  l'intérêt  que  Bersuire  pouvait  avoir  à  rester  à  la  cour 
Pontificale  où  il  trouvait  des  protections  matérielles  et  aussi  une 
société  littéraire  et  savante,  nous  avons  d'ailleurs  des  preuves  de 
son  séjour.  Il  nous  apprend  lui-même  que  c'est  à  Avignon  qu'il 
composa  son  premier  ouvrage:  «quodin  Avinionefuitfactum'*;» 
et  comme  nous  savons  déjà  que  le  second,  son  Repertorium,  lui 
coûta  cinq  ans  de  travaux  et  fut  terminé  en  1340  "',  également  à 


1.  Cal.  of  mss.  in  ihe  British  Muséum.  New  Séries.  Pari.  1.  Arundel  viss., 
in-fol.  1834,  p.  70.—  N°238.  Mcmbranaceus,  in-â"  Sbcc.  XIV.  5°;  Johannis  Co- 
lumbœ  clerici  tabula  super  Pétri  Berchorii  Repertorium  morale  ad  Petrum 
(Després)  episcopum  Penestrinum  inscripta,  fol.  108.  Incip.  :  «  Reverendissirao 
in  Chrislo  palri  ac.  domino  suo  Domino  Petro,  digna  Dei  providenlia  episcopo 
Penestrino,  Johannes  Coiumbe,  pauper  ipsius  familiaris  el  clericus,  se  ipsum 
ad  perpeluam  el  humilimam  servitulcm.  Cum  ex  injuncto  révérende  paterni- 
talis  vestre  ultra  vires  ingenii  mei  manuni  meam  extenderim  ad  ardana,  vide- 
licel,  ad  fac.iendum  labiilam  super  librum  novum  erf/<«»i  a  religioso  viro,  fralrc 
Petro  lirichorii,  Salmuriensi  monacho,  qui  liber  Moralis  Tabula  seu  Morale 
Repertorium  nuncupatur.  » 

1.  Notre  confrère  M.  Cél.  Port,  (jui  a  eu  l'obligeance  de  consuUer  pour  nous 
le  fonds  de  St-Florent  aux  Archives  de  Maine-et-Loire,  nous  écrit  qu'il  n'a  rien 
trouvé  sur  Bersuire. 

3.  On  voit  encore  dans  le  passage  de  VArl  de  vérifier  les  dates  que  nous 
avons  cité  en  note  à  la  page  précédente,  qu'Innocent  VI  ordonna  en  même  temps 
que  tous  les  prélats  et  autres  bénéficiers  se  retirassent  chacun  dans  leurs  béné- 
lices  et  y  Jisseni  leurs  résidences  sous  peine  d'excommunication,  ce  qui  permet 
de  croire  qu'ils  n'y  résidaient  guère  auparavant. 

i  B.  N.  ms.  lai.  8864,  explicit. 

5.  «  Quam  Tabulam  (*)  feci  et  compilavi  in  curia  Romana  anno  1340,  etc. 
—  Explicit  du  Repertorium,  B.  N.  ms.  lat.  1G789. 

(*)  On  vient  de  voir  pourtant  qu'il  laissa  à  un  de  ses  clercs  le  soin  de  faire  cette  table. 


337 

Avignon,  à  la  cour  des  Papes,  on  peut  affirmer  que,  malgré  sa 
nomination  à  divers  bénéfices,  c'est  à  Avignon  qu'il  resta  de  1320 
environ  jusqu'à  1340. 

Enfin,  un  dernier  témoignage  de  sa  présence  nous  vient  des 
lettres  de  Pétrarque  :  nous  y  voyons,  en  effet,  Bersuire  cité 
comme  un  des  plus  fidèles  visiteurs  du  poète  dans  sa  retraite  de 
Vaucluse.  C'est  même,  à  la  date  de  1338,  le  seul  que  Pétrarque 
se  plaise  à  nommer',  et,  à  cette  occasion,  il  se  sert  de  termes  qui 
montrent  en  quelle  haute  estime  il  tenait  Pierre  Bersuire.  Il 
l'appelle  «  Vir  insignis  pietate  et  litteris  ^.  » 

Sans  parler  ici  de  l'influence  que  ces  fréquents  entretiens 
eurent  sur  l'esprit  de  Bersuire,  il  faut  remarquer  que  c'est  de 
cette  époque  que  date,  entre  le  poète  et  le  savant,  une  liaison 
dont  nous  aurons  bientôt  de  nouvelles  preuves. 

m. 

p.    BERSUIRE    CHAMBRIER   DE   COULOMBS    ET   ECOLIER 
DE    l'université    DE   PARIS.    SES   DEMELES   AVEC    l'ÉVÈQUE. 

En  1342,  Pierre  Bersuire  est  à  Paris.  Ce  renseignement  nous 
vient  encore  des  manuscrits  de  ses  ouvrages  latins,  si  précieux 
pour  fixer  les  dates  de  sa  vie,  et  que  ses  biographes  ont  trop  peu 
feuilletés  jusqu'à  présent.  Nous  y  voyons  que  cette  année-là, 
il  y  reprit  et  corrigea  son  Reductorium ,  achevé  avant  le 
Repertorium,  et  qu'il  en  fit  la  table  ^. 

Quelle  cause  avait  amené  notre  Bénédictin  à  Paris  ?  Nous  pen- 
sons qu'il  y  accompagna  Pierre  des  Prés,  envoyé  vers  cette  épo- 
que par  le  Pape,  avec  Hannibal,  évêque  de  Tusculum,  auprès 
des  rois  de  France  et  d'Angleterre,  pour  leur  conseiller  la  paix^. 
M.  Gautier  fait   la   même    supposition,  seulement  il  croit  que 


1.  Voir  De  Sade,  Mémoires  cités,  t.  I,  p.  36G. 

2.  Seniles  liiterœ,  édit.  de  Bâle,  1.  13,  ép.  I.  —  On  peut  consulter  aussi  ibid., 
t.  15,  ép.  Vil,  d'après  M.  Barbeu  du  Rocher  :  «  Me  trouvant  en  France  dans  ma 
jeunesse,  alors  que  je  n'étais  presque  rien  par  moi-même,  des  hommes  impor- 
tants ont  désiré  s'entretenir  avec  moi,  entre  autres  Pierre  de  Poitiers.  »  (Barbeu 
du  Rocher,  mém.  cit.,  p.  24). 

3.  Bibl.  Nat.,  ms.  f.  lat.  16787,  à  la  tin  :  «  Explicit  liber  Reductorii  Moralis 
quod  in  Avinione  fuit  factum,  Parisius  vero  correctum  et  tahulatum,  anno 
Domini  millesimo  triccntesimo  quadragesimo  secundo.  Deo  gralias.  » 

4.  Baluze,    Me  des  Papes  d'Avignon,  t.  I,  col.  74tJ. 


338 

cette  ambassade  de  Pierre  des  Prés  n'eut  lieu  qu'en  1347,  après 
la  bataille  de  Cvécy.  Selon  Baluze  (qui,  du  reste,  s'en  réfère  à 
Orderic  Raynald,  anno  1342),  ce  serait  après  la  bataille  de 
l'Écluse,  et  les  deux  envoyés  n'obtinrent  qu'une  trêve  de  quatre 
ans;  après  quoi,  le  cardinal  partit  pour  les  Flandres,  atin  de 
tâcher  aussi  d'y  rétablir  la  concorde. 

Il  est  probabb^  que  Pierre  Bersuire  préféra  demeurer  à  Paris, 
oîi  il  avait  son  Reduclorium  à  corriger,  comme  nous  savons,  et 
où  il  devait  désirer  suivre  les  lectures  de  l'Université,  avant 
d'entreprendi'e  le  troisième  ouvrage  qu'il  projetait,  ainsi  qu'il 
l'annonce  dès  cette  époque  dans  la  Préface  du  Reductorium. 
Ce  troisième  ouvrage  (en  latin),  est  le  Bréviaire  moral  ^. 

Depuis  cette  époque  jusqu'en  1351,  on  manque  de  renseigne- 
ments sur  Bersuire  ;  pendant  qu'il  travaillait  obscurément,  de  tris- 
tes années  s'écoulaient  pour  la  France  :  au  désastre  de  Crécy  suc- 
cédait la  peste  de  1348,  et  les  historiens  ont  alors  autre  chose  à 
faire  que  de  s'occuper  d'un  moine  bénédictin.  —  Quant  aux 
documents  et  aux  manuscrits,  ils  se  taisent  sur  son  compte 
durant  toute  cette  période. 

Ce  n'est  que  vers  1351,  que  nous  le  retrouvons  religieux  à 
l'abbaye  de  Coulombs,  car  il  a  encore  une  fois  changé  de  inonas- 
tère;  cependant  c'était  toujours  un  couvent  de  Tordre  de  saint 
Benoit.  Un  incident  de  la  vie  de  Bersuire,  qui  a  donné  lieu  à  beau- 
coup de  suppositions  et  d'erreurs,  se  rapporte  à  cette  année  : 
nous  croyons  devoir  nous  y  arrêter. 

Sauvai  -  prétend  avoir  lu  dans  la  vie  de  Pierre  Berchorc  (sic) 
que  celui-ci,  étant  religieux  de  Saint-Yictor,  fut  emprisonné  dans 
une  tour  ^  située  dans  ce  monastère  «  pour  n'avoir  pas  eu  les 
sentiments  qu'il  devoit  avoir  de  la  foi.»  Sauvai  est  désolé  d'avoir 
«  diffamé  la  mémoire  d'un  homme  illustre,  »  et  dit  qu'il  n'aurait 
pas  parlé  de  lui  s'il  n'avait  eu  des  preuves.   Ce  qui   n'a  pas 


1.  Teriia  vei'o  parlidila,  quam  necdum  complevi,  erit  de  diversis  Ihematibus 
el  aiictorilalibus,  etc.  »  —  El  plus  bas  :  «  Laborabo  vero  poslea  opusculuni 
Brevarii  moralis  collalionum  scilicet  et  theniatum  conipilaiido,  ol  illos  labores 
meos  sub  islo  Iriplici  ordiiie  consiimando.  »  Prol.  du  Kéduct.  (Edition  de  1730, 
p.  3). 

2.  Antiquités  de  Paris,  i.  I,  p.  509.  Comme  le  fait  remarquer  Lebeuf  [loc. 
cil.),  ou  ne  Irouve  oeUe  vie  nulle  pari. 

3.  Celte  lour,  selon  Sauvai,  s'appelait  Tour  d'Alexandre,  et  l'on  y  mettait  les 
(i  enfants  de  famille  débaucbés.  » 


339 

empêclié  Piganiol  de  la  Force  ^  de  le  copier  et  de  s'indigner  avec 
lui  qu'on  ait  osé  confondre  Berchore  avec  Despautere.  Mais  ils 
tombent  tous  deux  dans  une  bien  autre  erreur  ! 

Déjà,  au  siècle  dernier,  la  bévue  avait  été  relevée  par  deux  des 
meilleurs  historiens  de  Paris,  Jaillot  et  Lebeuf.  Jaillot  -  s'est  livré 
à  des  études  sur  la  tour  mentionnée  par  Sauvai,  appelée  la  tour 
d'Alexandre,  et  à  propos  de  l'assertion  de  Piganiol  de  la  Force,  il 
avoue  ne  pas  savoir  où  celui-ci  a  pris  les  indices  de  ce  qu'il  avance. 
Pour  moi,  dit-il,  je  n'ai  rencontré  aucune  preuve,  «  ni  de  l'anti- 
quité qu'on  lui  donne  (à  cette  tour),  ni  de  l'usage  auquel  on  pré- 
tend qu'elle  a  servi.  »  Lebeuf^  a  été  plus  loin,  et  grâce  à  sa  par- 
faite intelligence  des  titres  originaux,  il  a  entrevu  une  partie  de 
la  vérité.  Il  pense,  en  effet,  avec  raison,  que  l'erreur  de  Sauvai 
provient  de  ce  que  Bersuire  ayant  acheté  une  maison  près  de  la 
porte  Saint-Victor,  on  en  conclut  qu'il  avait  été  religieux  de 
cette  abbaye,  et  tout  ce  qui  s'ensuit.  De  notre  côté,  nous  avons 
retrouvé  aux  Archives  nationales  plusieurs  des  pièces  qu'avait 
connues  Lebeuf,  et  qui  confirment  son  opinion,  tandis  que, 
malgré  de  longues  recherches,  nous  n'avons  rencontré  aucune 
preuve  de  l'incarcération  de  Bersuire  à  Saint-Victor. 

Cependant,  il  est  un  fait  qui  peut  expliquer  en  partie  l'erreur 
de  Sauvai  :  Bersuire,  il  est  vrai,  a  été  enfermé,  et  pour  ses  opi- 
nions religieuses,  mais  l'abbaye  de  Saint-Victor  n'a  rien  à  voir 
dans  cette  affaire. 

C'est  au  contraire  au  temps  où  il  était  religieux,  ou  plutôt  cham- 
brier,  de  l'abbaye  de  Coulombs,  que  se  rattache  le  fait  de  sa 
détention.  Malgré  ses  fonctions  de  cliambrier,  nous  avons  déjà 
supposé  que,  pour  continuer  ses  travaux,  il  suivait,  en  dépit  de 
son  âge  déjà  avancé,  les  lectures  de  l'Université  de  Paris  ;  il  se 
faisait  même  donner  le  titre  d'écolier.  Or,  en  1351,  justement 
pour  sortir  de  prison,  il  eut  à  se  prévaloir  du  privilège  de  la 
scholarité.  Un  acte  du  5  mars  1350  '^  (n.  s.  1351)  établit  que 
Pierre  Bersuire  (Petrus  Berchorius)  était  alors  détenu  dans  les 
prisons  de  l'évêque  de  Paris.    Robert  de  Villette,   régent  de 


1.  Descript.  de  Paris,  t.  V,  p.  286. 

2.  Recherches  sur  Paris,  t.  JV,  p.  127. 

3.  Hist.  du  dioc.  de  Paris,  t.  III,  p.  381. 

4.  Cet  acte  et  celui  dont  nous  allons  parler  ont  été  publiés  par  M.  Jourdain, 
dans  les  pièces  sur  VHist.  de  l'Vniversdé. 


340 

théologie,  y  déclare,  dans  une  réunion  de  rUriiversité,  que  ce 
Pierre  liersuire,  chainbrier  de  l'église  de  Noti'e-Dame  de  Cou- 
lombs, diocèse  de  Chartres,  est  bien  son  véritable  écolier  ;  et  le 
fait  est  ensuite  confirmé  par  une  délibération  de  l'Université. 

Mais  ce  n'était  là  qu'un  acte  préparatoire,  et  l'Université 
n'établissait  la  scholarité  de  Bersuire  que  pour  pouvoir  le  récla- 
mer comme  sien  et  le  faire  sortir  des  prisons  de  l'Evêché.  La 
preuve  en  est  donnée  par  une  seconde  pièce  ^  contenant  les  instru- 
ments du  procès  survenu  entre  l'évêque  et  l'Université  de  Paris 
à  propos  de  Pierre  Bersuire,  enfermé  par  sentence  de  l'official. 

Bersuire  était  un  homme  pieux  ;  nous  avons  déjà  cité  un  pas- 
sage de  Pétrarque  qui  en  témoigne.  Mais  sa  pensée  brisait  sou- 
vent les  bornes  trop  étroites  de  la  scholastique,  et  dans  de  nom- 
breux passages  de  ses  travaux  théologiques  il  fait  preuve  d'une 
certaine  indépendance  de  pensée  en  émettant  des  idées  contraires 
au  dogme  et  en  exprimant,  sous  forme  de  moralités,  ce  qu'il  pensait 
des  mœurs  du  clergé  de  son  temps  ^\  C'est  là  sans  doute  ce  que 
Sauvai  appelle  :  «  n'avoir  pas  eu  les  sentiments  qu'on  doit  avoir 
de  la  foi.  »  Toujours  est-il  que  l'EgUse  de  Paris,  sans  cesse 
occupée  à  lutter  contre  l'Université,  voyant  dans  ces  œuvres  des 
attaques  d'un  esprit  avancé  et  honnête  contre  la  religion,  avait 
fait  saisir  et  emprisonner  Bersuire.  Pour  justifier  un  tel  acte  de 
violence  elle  n'avait  naturellement  rien  trouvé  de  mieux  que  de 
l'accuser  d'hérésie  ^, 

Le  17  mars  1351  l'Université  se  réunit  de  nouveau  et  déclara 
que  Pierre  Bersuire,  qu'elle  avait  reconnu  le  5  du  même  mois 
être  son  écolier,  était  saisi  indûment  et  contre  les  privilèges  de 
l'Université,  menaçant  de  cesser  ses  leçons  jusqu'à  ce  que 
l'évêque  se  fût  amendé,  et  eût  délivré  le  clerc  écolier.  Alors, 
intervint  le  roi  Jean  qui  se  constitua  (on  verra  tout  à 
l'heure  pourquoi)  juge  de  la  querelle.  Les  quatre  facultés  déli- 
bérèrent et  portèrent  de  nouveau  au  roi  leur  réclamation  contre 
l'évêque  et  l'ofiicial,  le  priant  de  fixer  l'amende.  Bersuire  "*  fut 

1.  Arch.  du  Minisl.  D'après  Jourdain  {Index  carlarum  univ.  Paris.,  p.  146). 

2.  Voir  enlres  autres  passages  :  Moralités  sur  la  Bible  :  Apocaly])se,  eh.  XIV. 
—  Reductorium.  Livre  XII,  cli.  481.  —  Eeductorium.  Prologue,  à  la  fin. 

3.  «  ....  Officialis  parisiensis  dicebal  ipsuni  IVatrem  Pelruin  fore  capluni 
propter  presumpliones  eonlra  ipsuni,  quia  ulebalur  scienliis  proliibilis  cl  inalis 
et  sapientibus  heresim.  » 

4.  n  ...  Diniillalui-  scolaris  secundum  tenorem  privilegii.  » 


341 

immédiatement  relâché,  mais  sous  une  caution  juratoire,  qui  fut 
encore  le  sujet  de  nouvelles  contestations  entre  l'évêque  et  l'Uni- 
versité.  Enfin,  le  dernier  jour  du  mois,  toujours  en  présence  du  roi 
et  des  députés  des  quatre  facultés,  l'évêque  jura  de  ne  rien  faire 
désormais  qui  fut  contraire  aux  privilèges  des  maîtres  et  des  étu- 
diants ^  [in  capite  et  in  membris  seu  suppositis  suis)  ;  l'offi- 
cial,  à  son  tour,  jura  qu'il  n'avait  pas  fait  maltraiter  Bersuire 
dans  sa  prison,  et  que  même  la  nouvelle  de  l'incarcération  l'avait 
fort  contrarié.  Maître  Jean  Leroyer,  commissaire  de  l'official, 
qui  avait  torturé  Bersuire  dans  sa  prison,  et  par  cela  même  fait 
injure  au  roi  ^,  dut  payer  à  l'Université  une  amende  de  deux 
cents  livres  parisis.  Mais  le  roi,  pour  sa  peine,  sans  doute,  et 
afin  de  remplir  un  peu  les  caisses  du  Trésor,  se  la  fit  céder  par 
l'Université  ^.  Enfin  Bersuire,  dont  les  sergents  de  l'évêque 
avaient  dévalisé  et  pillé  la  maison,  demanda  à  être  indemnisé. 

Tels  sont  les  faits  importants  qui  résultent  de  ces  deux  actes. 
Après  les  avoir  reproduits,  M.  Jourdain  se  demande  s'ils  se  rap- 
portent bien  à  Pierre  Bersuire,  traducteur  de  Tite-Live,  et  auteur 
d'autres  nombreux  ouvrages-*.  Cela  ne  peut  être  mis  en  doute, 
pour  plusieurs  raisons  : 

1°  D'abord  cette  détention  à  l'évêché  expliquerait  la  confusion 
de  Sauvai  qui  dit  que  Bersuire  a  été  enfermé  pour  ses  œuvres, 
avant  d'être  prieur  de  Saint-Eloi.  Or,  s'il  s'est  trompé  sur  le 
lieu  de  l'incarcération,  il  n'en  fait  pas  moins  mention  du  fait  en 
lui-même,  d'après  des  documents  aujourd'hui  perdus,  et  qu'il 
avait  mal  compris  sur  un  point. 

2«  Le  nom  de  l'écolier  Petrus  Berchorius  est  bien  celui  que 
Bersuire  prenait  dans  ses  ouvrages  latins  et  que  les  actes  latins 
lui  donnent. 

3°  (3n  le  qualifie  de  chambrier  de  Coulombs.  Or,  s'il  est 
vrai  que,  malgré  nos  recherches  dans  le  Gallia  Christiana  et 


1.  Celle  partie  de  la  délibéralion  a  élé  connue  de  :  Du  Boulay,  Hist.  Univ. 
Par.,  t.  IV,  p.  420;  Crevier,  7//*^  de  li'niv.,  l.  II,  p.  380;  el  Grancolas,  id.,  t.  II, 
p.  167.  —  Mais  aucun  des  Irois  ne  nomme  Bersuire,  et  Gruncolas  croit  que 
c'est  le  pape  Jean  XXII,  mort  depuis  133i,  qui  arrangea  celte  affaire! 

2.  «  Qui  ob  hoc  injuriam  domino  Régi  fecerat.  » 

3.  «  El  illam  emendam  pecierat  et  volebat  sibi  dari  dominus  Rex.  » 

4.  «  Nescio  an  is  Bercorius,  guUice  Berceure,  idem  ille  sit,  qui  Titum  Li- 
vium,  jibente  Johanne  I,  in  linguam  Gallicam  translulit.  «  {Index  Carlarum 
Vniversitatis,  p.  145,  note). 

23 


3'Î2 

VHistoiro  de  Vdbhmje  de  Com/o)h&5  surtout  ^  nous  n'avons  pas 
ti'ouvé  d'autre  trace  du  passage  de  Bersuire  dans  cette  abbaye, 
Lebeuf  nous  fournit  ici  encore  un  témoignage  précieux:  «  Pierre 
Bersuire,  dit-il,  paraît  avoir  été  d'abord  religieux  à  Coulombs, 
diocèse  de  Chartres-.  »  Pour  émettre  un  semblable  avis,  même 
sous  la  forme  dubitative,  il  faut  que  Lebeuf  ait  eu  quelque  acte 
sous  les  yeux ,  car  il  n'est  pas  homme  à  rieu  avancer  sans 
preuves. 

4°  Enfin  nous  voyons  dans  le  procès  entre  l'Eglise  de  Paris  et 
l'Université  intervenir  le  roi  Jean-le-Bon  ;  et  nous  allons  trouver 
bientôt  de  nouvelles  marques  de  la  faveur  dont  Bersuire  a  joui 
auprès  de  ce  roi.  Il  n'est  pas  présumable  que  le  monarque  ait 
favorisé  à  la  même  époque  et  en  même  temps  deux  religieux 
bénédictins,  portant  le  même  nom  et  également  coupables  de 
professer  des  opinions  soi-disant  hérétiques.  Nous  nous  croyons 
donc  autorisé  à  conclure  que  les  documents  épars  par  nous 
7'ecueillis  à  propos  de  ces  faits  d'incarcération  concernent  et  ne 
peuvent  concerner  qu'une  seule  et  même  [)ersonne. 

IV. 

BERSUIRE   SECRÉTAIRE    ROYAL,    PRIEUR   DE   SAINT-ELOI 
ET   TRADUCTEUR   DE    TITE    LIVE. 

Voilà  donc  un  fait  acquis  :  en  1351  Pierre  Bersuire  était  déjà 
dans  les  bonnes  grâces  du  roi  Jean  et  devait  à  cette  liaison  une 
protection  évidente.  Ceroi,nousenavonsde  nombreux  témoignages 
dans  l'histoire^,  aimait  les  lettres  et  recherchait  la  société  des 
savants,  bien  que  son  père  eût,  de  parti  pris,  négligé  de  l'instruire. 
Une  fois  sur  le  trône,  il  racheta  son  impéritie  à  gouverner  et 
sa  dissipation  par  une  grande  bravoure,  par  la  tournure  cheva- 
leresque de  son  esprit,  et  surtout  par  ses  aptitudes  littéraires  ^ 
Ce  goût  mélangé  pour  les  lettres  et  les  batailles  est  même  une  par- 
ticularité de  son  caractère  et  explique  tout  naturellement  le  choix 
qu'il  ht  (le  Tite-Live  pour  ouvrir  la  série  des  ouvrages  classiques 


1.  Par  M.  Meiiet  (Chartres,  1868,  iii-8°).  M.  Merlet,  consulté  par  nous,  veut  bien 
nous  écrire  que  les  archives  d'Kure-et-Loiv  ne  (îonliennent  rien  sur  Bersuire. 
'2.  Ehl.  du  dioc.  de  Paris,  t.  111,  p.  381. 

3.  Pétrarque,  entre  autres,  le  dit  très-avide  de  s'instruire. 

4.  Hisi.  lut.,  I.  XXIV,  p.  173  et  suiv.  De  Sade,  Mém.  cit.,  t.  III,  p.  343. 


343 

qu'il  voulait  faire  traduire  en  française  Mais  nous  allons  bien- 
tôt parler  de  cette  traduction  de  Tite-Live  qui  est  pour  nous  le 
fait  important  de  la  vie  de  JBersuire.  Disons  auparavant  un  mot 
des  circonstances  dans  lesquelles  le  roi  avait  pu  rencontrer 
notre  Bénédictin. 

La  chose  ne  laisse  pas  que  d'être  un  peu  obscure.  Si  l'on  en 
croyait  M.  Gautier,  Jean,  accompagnant  son  père  à  Avignon, 
en  1349  ^,  put  avoir  l'occasion  de  visiter  Pétrarque  et  de  voir 
Bersuire  chez  le  poète,  ou  à  la  cour  des  Papes.  Mais  n'est-il  pas 
plus  simple  de  présumer  que  Jean,  qui  n'avait  pu  satisfaire  son 
goût  pour  la  fréquentation  des  gens  de  lettres  pendant  le  règne 
de  son  père  Philippe  VI,  chercha,  dès  son  avènement  au  trône, 
à  attirer  auprès  de  lui  tous  les  hommes  distingués  de  France  par 
leur  savoir  ou  leur  talent  ^,  et  que  Pierre  Bersuire  fut  un  des 
premiers  appelés^? 

En  tous  cas,  le  service  rendu  par  le  roi  au  savant  religieux 
dans  son  affaire  avec  l'évêque,  ne  fit  que  les  attacher  davantage 
l'un  à  l'autre.  Jean  le  Bon  ne  tarda  même  pas  à  donner  à  Ber- 
suire de  nouvelles  preuves  d'affection.  Peu  de  temps,  en  effet, 
après  ce  procès,  le  souverain  fixa  auprès  de  lui  le  religieux 
en  le  choisissant  pour  l'un  de  ses  secrétaires.  M.  Benjamin  Fillon 
a  trouvé  la  signature  de  Bersuire  apposée  en  cette  qualité,  au 
bas  de  lettres  royales  délivrées,  le  21  août  1353,  en  faveur  de 
l'église  de  Pontoise^.  Mais  Bersuire  exerçait  certainement  cette 
charge  depuis  dix-huit  mois,  car  son  nom  figure  déjà  à  la  suite  d'une 
pièce  de  février  1352  (a.  s.  1351)  du  registre  81  du  Trésor  des 
Chartes^,  et  nous  l'avons  rencontré,  quoique  assez  rarement, 


1.  Tile-Live,  en  eflet,  esl  rempli  de  beaux  faits  d'armes  racontés  dans  un 
style  noble,  et  c'est  là  ce  qui  touchait  surtout  Jean  le  Bon.  Son  fils  Charles  V, 
qui  était  un  esprit  plus  sérieux,  fit  de  préférence  traduire  des  livres  de  science, 
de  philosophie  ou  d'aslronomie. 

2.  Selon  ['Histoire  liitémire  (t.  XXIV,  p.  172),  Jean  le  Bon  retourna  une 
seconde  fois  à  Avignon  en  1351,  mais  à  cette  époque,  nous  l'avons  vu,  Bersuire 
était  à  Paris. 

3.  En  1353,  il  veut  même  faire  venir  Pétrarque  à  la  cour  {Histoire  littéraire, 
loc.  cit.). 

4.  Peut-être  aussi  fit-il  la  connaissance  du  chambrier  Pierre  Bersuire,  à  la 
mort  de  Philippe  de  Valois  qui  eut  lieu  près  de  l'abbaye  de  Coulombs. 

5.  Poitou  et  Vendée,  éludes.  Fonlenay-le-Comte,  1863,iu-4°,  p.  11.  M. B.  Fil- 
lon publie  le  fac-similé  de  celte  signature,  P.  Berchorius. 

6.  Fol.  78.  Ici  et  dans  les  autres  pièces  du  Trésor  des  Chartes,   la  signature 


344 

dans  les  volumes  suivants  jusqu'à  1355,  date  à  laquelle  il  est 
probable  que  notre  secrétaire  se  démit  de  son  office,  pour  prendre 
le  repos  auquel  il  avait  droit. 

Mais  la  preuve  plus  éclatante  encore  du  cas  que  le  roi  faisait 
de  Bersuire',  c'est  qu'il  lui  commanda,  vers  la  même  époque,  un 
travail  considérable,  la  traduction  des  histoires  romaines  de  Tite- 
Live^. 

Malheureusement,  ici  encore,  non-seulement  nou:s  n'avons 
pas  de  date  précise,  mais  même  nous  ne  savons  pas  quel  profit 
pécuniaire  cette  traduction  rapporta  à  son  auteur.  Sur  les  autres 
traducteurs  qui  ont  immédiatement  suivi  Bersuire,  les  documents 
abondent.  Ainsi  on  sait  que  la  traduction  delà  Cité  de  Dieu  par 
Raoul  de  Presles  fut  faite  de  1371  à  1375  ^,  et  lui  fut  payée  400 
livres  par  au  ;  Nicole  Oresme  date  lui-même  sa  traduction  des 
Ethiques  d'Aristote  de  1370^  et  reçoit  pour  son  travail  cent 
livres.  Mais  nous  avons  vainement  consulté  les  Comptes  de 
r argenterie  :  ils  ne  font  pas  mention  de  sommes  d'argent  don- 
nées à  Bersuire  pour  quelque  ouvrage  que  ce  soit  ;  et  si  nous 
avons  trouvé  quelques  renseignements  précieux  dans  les  manus- 
crits des  ouvrages  latins  de  Bersuire,  nous  n'avons  pas  été  aussi 
heureux  dans  les  trente  ou  quarante  manuscrits  français  que 
nous  avons  dépouillés. 

Il  y  en  a  cependant  un  à  la  Bibliothèque  nationale^  qui  porte 
une  indication  capable  de  nous  mettre  sur  la  voie.  Ce  manuscrit 
splendide  de  la  traduction  de  Tite-Live,  qui,  selon  MM.  Van 
Praet^  et  Paulin  Paris''',  a  été  fait  pour  Louis  àe  Bruges,  sei- 


n'est  qu'en  abrégé  :  Berch.  Cama.  Faut-il  interpréter  ce  dernier  mol  par  cû»ho 
rarius,  et  y  voir  une  nouvelle  preuve  que  liersuire  était  alors  chambrier  de 
Coulombs? 

1.  Bersuire  accompagnait  la  cour  assez  voyageuse  de  ce  temps.  Une  des 
pièces  signées  de  lui  qui  se  trouvent  au  Trésor  des  Chartes  (Reg.  JJ.  81,  p.  807), 
nous  le  montre  au  mois  de  septembre  1353,  en  villégiature  dans  le  manoir 
préféré  du  roi  Jean,  la  Noble  Maison  de  Saint-Ouen. 

2.  Sur  ce  point,  que  la  traduction  fut  faite  à  l'instigation  du  roi,  il  ne  peut  y 
avoir  de  doute.  Voir  le  Redud.  au  mot  Borna,  la  Préface  même  de  la  traduction, 
l'Épitaphe  de  Bersuire,  17//*/.  litL,  t.  XXIV,  p.  173. 

3.  Paulin  Paris  {Mss.  franc.,  t.  I,  p.  18).  —  Van  Praët  {Catal.  de  la  Bib.  du 
Louvre,  p.  43).  Voir  aussi  la  gratification  donnée  à  Jean  Corbichon,  ibid.,  p.  114. 

4.  Meunier  {Thèse  sur  Oresme),  p.  17. 

5.  Fonds  français,  n"  34. 

0.  Recherche!,  sur  Louis  de  Bruges,  u"  87.  —  7.  Mon.  Franc.,  t.  I,  p.  37. 


345 

gneiir  de  La  Gruthuyse,  est  de  la  fin  du  xv*"  siècle  ;  cependant  il 
contient  une  assez  bonne  leçon  et  doit  reproduire  un  manuscrit 
contemporain  de  Bersuire.  Après  le  prologue  et  la  table,  en  tête 
du  premier  livre  de  la  première  décade,  on  lit  la  rubrique  sui- 
vante :  <-<  Cy  commence  Titus  Livius,  translaté  de  latin  en  fran- 
çois  à  la  requeste  de  très  noble  et  souverain  prince  Jehan,  par  la 
grâce  de  Dieu  roy  de  France,  par  frère  Pierre  Berteure,  à  pré- 
sent prieur  de  Saint-Eloy  de  Paris,  Van  mil  ccc  l  et  deux^.  » 

Que  signifie  cette  date?  Yeut-elle  dire  qu'en  cette  année  la  tra- 
duction était  terminée,  ou  seulement  commencée?  Je  pense  que, 
si  on  peut  lui  attacher  quelque  importance,  c'est  comme  indi- 
quant simplement  l'époque  vers  laquelle  elle  fut  commencée  ^. 
Ce  n'est  pas  que  je  me  rende  à  la  supposition  toute  gratuite 
&e  Y  Histoire  littéraire'^,  qui  dit  d'abord:  «  Sous  Charles  V 
on  continue  la  traduction  de  Tite-Live;  puis^:  «  Pierre  Ber- 
cheure  fit  la  traduction  de  Tite-Live  pour  le  roi  Jean  qui  la  vit 
au  moins  commencer .  » 

Il  est  incontestable  en  effet  que  celte  traduction  fiit  complète- 
ment achevée  sous  Jean-le-Bon^,  par  Pierre  Bersuire.  Quand 
celui-ci  en  parle,  c'est  toujours  au  passé  et  comme  d'un  ouvrage 
terminé^. 

Maintenant  l'était-il  dès  1352,  comme  pourrait  le  faire  croire 


1.  M.  Van  Praet  a  lu  à  tort  136Î.  Il  \  a\ail,  dans  un  ms.  dont  nous  n'avons 
pu  retrouver  la  trace,  une  autre  date  qui,  du  reste,  se  rapporte  assez  bien  avec 
ce  que  nous  alloijs  dire  plus  loin.  Monlfaucon  {Bihl.  mss.,  t.  II,  col.  1281), 
dans  le  Catalogue  des  mss.  de  M.  le  conseiller  Ranchin,  décrit  un  ms.  de  Ber- 
suire en  ces  termes  :  «  Les  Décades  de  Tite-Live,  traduites  par  le  commande- 
ment du  roi  Jean,  par  Pierre  Berchore,  religieux  de  Sainl-Benoit,  en  1355  : 
in-fol.  vélin.  » 

2.  Dans  cette  mention,  Bersuire  est  qualifié  de  prieur  de  Saint-Eloi  en  1352. 
Or,  on  le  verra,  il  ne  le  fut  que  deux  ans  plus  tard.  Cela  peut  venir  de  ce  que 
le  copiste,  qui  trouvait  toujours  dans  les  autres  mss.  à  côté  du  nom  de  Bersuire, 
rette  phrase  :  «  à  présent  prieur  de  Sainl-Eloij  de  Paris,  »  l'a  accolé  de  sa 
propre  autorilc  dans  une  rubri<iue  qu'il  ne  peut  avoir  inventée,  et  dont  il  a 
certainement  pris  la  substance,  au  moins,  dans  un  ms.  plus  ancien. 

3.  T.  XXIV,  p.  182. 

4.  P.  456. 

5.  Du  moins  pour  ce  qui  concerne  les  portions  du  texte  de  Tite-Live  connues 
du  temps  de  Bersuire. 

6.  En  1359,  Bersuire  corrigea  son  Rcpeiiorium,  nous  l'apprendrons  tout  à 
l'heure.  Voici  ce  qu'il  dit,  dans  ce  volume,  au  mot  Roma  :  «  In  linguam  galli- 
cam  transtuli  de  latina,  »  à  propos  de  sa  version  de  Décades. 


346 

le  ms.  (le  La  Grutlmyse?  cela  est,  fort  douteux.  Mais,  comme  le 
suppose  avec  raison  M.  Gautier,  il  l'était  certainement  en  135G, 
avant  le  départ  de  Jean  pour  la  bataille  de  Poitiers  ^ 

Ce  n'était  pas  là  un  ti'avail  facile  ni  de  peu  d'importance,  et  il 
dut  occupei"  liersuire  plusieurs  années.  C'est  sans  doute  pendant 
qu'il  l'acluîvait  et  pour  le  récompenser  de  ses  fatigues  ^  que  Jean 
fit  nonnner  Bersuire  au  prieuré  de  Saint-Éloi  de  Paris.  C'était  en 
même  temps  uu  moj'en  de  le  fixer  à  Paris,  à  deux  pas  de  son 
palais,  et  le  savant  pouvait  venir  lire  au  roi  les  beaux  passages 
de  son  auteur  à  mesui-e  qu'il  les  avait  translatés. 

Nous  ne  pouvons  fixer  la  date  précise  où  Bersuire  devint  ainsi 
prieur  de  Saint-Eloi.  11  ne  se  trouve,  à  notre  connaissance,  aux 
Archives  nationales,  qu'un  seul  acte  émané  de  Bersuire  pendant 
les  huit  ou  neuf  années  qu'il  tint  ce  bénéfice^.  Lebeuf,  pourtant, 
en  avait  vu  plusieurs  et  dit  :  «  On  le  trouve  quaUfié  de  prieur  de 
St-Eloy  en  des  actes  de  l'année  1354  et  des  suivantes  ^  » 

Il  n'est  pas  impossible  de  suppléer  à  la  perte  de  ces  pièces.  Le 
dernier  acte  de  son  prédécesseur,  que  nous  ayons  vu,  est  du 
15  juin  1353,  et  ce  prédécesseur  est  nommé  Pierre  Gresle''.  Nous 
avons  même  fait  à  ce  propos  un  rapprochement  peut-être  conjec- 
tural, dont  ne  s'est  pas  avisé  Lebeuf,  et  c'est  cependant  d'après 
ses  assertions  que  nous  le  hasardons. 

Nous  savons  que  Bersuire  est  qualifié  (d'après  les  chartes  du 
ministère),  en  1351,  chambrier  de  l'abbaye  de  N.-D.  de  Cou- 
lombs; et  Lebeuf^  prétend,  d'après  des  liasses  de  concordats 
au  palais,  qui  ne  sont  pas  aux  Archives,  que  Bersuire  eut  à 
Coulombs  quelques  mauvaises  affaires,  au   sujet   desquelles  le 


1.  Le  ton  même  du  prologue  que  Hersuire  a  mis  en  fêle  de  sa  traduction  esi 
encore  on  indice.  11  parlerait  autrement  au  roi  après  sa  défaite  de  1356  et  sa 
captivité. 

2.  Bersuire  avoue  la  peine  qu'il  s'est  donnée,  dans  le  Répertoire,  au  même 
mol  Borna  :  non  sine  labore  et  sudoribus,  »,  dil-il. 

3.  El  encore  cet  acte,  où  Bersuire  n'est  même  pas  nommé,  esl-il  de  1358.  Voir 
V Appendice,  n"  VII. 

4.  Hist.du  dioc.  de  Paris,  t.  III,  p.  381. 

5.  Arch.  Nat.  Cariul.  de  St-Eloi.  LL,  167.  Mais  Lebeuf  connaissait  môme  un 
bail  du  17  avril  1354,  où  ce  Pierre  Gresle  est  qnalifié  de  Chapelain  du  St-Siér/c 
de  Rome.  Il  ne  dit  pas  si  dans  cet  acte,  que  je  n'ai  pas  retrouvé,  Pierre  Gresle 
est  encore  prieur  de  Sainl-Eloi. 

6.  Uisl.  du  dioc.  de  Paris,  loc.  cil. 


347 

chambrier,  nommé  Pierre  Gresle,  le  poursuivait  en  Parlement 
en  1354,  et  qu  «  ils  se  mirent  en  arbitrage  le  14  mars.  » 

Pourquoi  ce  Pierre  Gresle  ne  serait-il  pas  l'ancien  prieur  de 
Saint-Eloi,  du  même  nom,  lequel  aurait  échangé  cette  charge, 
de  gré  ou  de  force,  contre  celle  de  chambrier  à  Coulombs,  tandis 
que  Bersuire  aurait  laissé  cette  dernière  charge  pour  celle  que 
quittait  Pierre  Gresle  ?  Et  ne  peut-on  pas  facilement  admettre 
que  ce  fut  justement  ce  chassez-croisez  et  ce  mélange  d'intérêts 
qui  donna  lieu  entre  les  deux  religieux  au  procès  dont  parle 
Lebeuf? 

En  admettant  donc  que  le  Pierre  Gresle,  prieur  de  St-Eloi 
le  15  juin  1353,  et  le  Pierre  Gresle,  chambrier  de  Coulombs, 
en  mars  1354,  se  rapportent  au  même  individu,  nous  pouvons 
arriver,  en  serrant  de  près  ces  deux  dates,  à  fixer  l'entrée  de 
Bersuire  à  Saint-Eloi,  malgré  l'absence  de  documents  person- 
nels. 

La  date  du  15  juin  1353  est  inattaquable.  Le  cartulaire  de 
Saint-Eloi  S  existant  encore  aujourd'hui,  est  là  pour  prouver 
que  ce  jour-là  Pierre  Gresle  était  bien  encore  prieur  de  Saint- 
Eloi.  Mais  par  suite  de  la  perte  des  liasses  de  concordats  au 
palais  où  Lebeuf  a  trouvé  la  mention  de  l'arbitrage  du  14  mars 
1354,  une  supposition  est  permise.  Cette  année  1354,  l'a-t-il 
calculée  d'après  le  nouveau  style  ou  d'après  l'ancien?  si  c'est  d'a- 
près le  nouveau,  notre  hypothèse  tombe  ;  mais  si  c'est  d'après 
l'ancien  style,  et  que  (Pâques  ne  tombant  cette  année-là  que  le 
5  avril)  il  faille  lire  1355,  toute  difficulté  est  résolue.  Piéride 
Gresle  prieur  le  15  juin  1353,  et  peut-être  encore  le  17  avril 
13542,  malgré  son  titre  nouveau  de  Chapelain  du  St-Siége  de 
Rome,  ne  l'était  probablement  plus  dans  le  courant  de  cette 
même  année  1354  (puisque  Lebeuf  a  vu  des  actes  de  Bersuire 
comme  prieur,  datés  de  cette  année  même),  et  ne  l'était  certai- 
nement pas  en  1355,  puisque  le  14  mars  un  concordat  le  quali- 
fie de  chambrier  de  l'abbaye  de  Coulombs. 

En  somme,  voici  ce  qui  nous  semble  résulter  de  toutes  les  con- 
jectures que  nous  venons  de  faire  :  la  traduction  de  Tite-Live 
était  au  moins  connnencée  en  1352,  quand  Bersuire  était  encore 
chambrier  de  Coulombs;  puis  arriva,  durant  le  cours  de  son 


1.  Arch.  Nat.,  LL.,  167. 

1.  Selon  Lebeuf,  Hist.  du  dioc.  de  Paris,  loc.  cit. 


348 

travail,  sa  nomination  au  prieuré  de  Saint-ÉIoi  vers  la  fin  de 
1354,  et  enfin  ce  fut  peu  de  temps  après,  et  étant  en  possession 
de  ce  nouveau  bénéfice,  qu'il  termina  sa  traduction'. 

Le  prieuré  de  Saint-Éloi  fut  la  dernière  concession  faite  à  Ber- 
suire.  Après  avoir  occupé  tant  de  charges  de  diff'érents  côtés, 
tout  en  n'ayant  peut-être  jamais  résidé  ailleurs  qu'à  Avignon  et 
à  Paris,  ce  fut  dans  ce  prieuré  qu'il  put  enfin  passer  tranquille- 
ment ses  dernières  années. 

Et  cependant  tout  n'était  que  mouvement  et  trouble  autour  de 
lui:  à  l'extérieur,  la  lutte  avec  l'Angleterre;  à  l'intérieur  les  Etats 
généraux,  Etienne  Marcel  les  Jacques,  soumettaient  la  France 
à  une  des  plus  terribles  ci'ises  qu'elle  ait  eu  à  traverser  jamais. 

Durant  ce  temps  Bersuire,  éloigné  de  la  cour,  déplorait  ces 
agitations,  qu'il  voyait  étouff'er  dès  le  début  la  renaissance 
littéraire  à  laquelle  il  avait  le  premier  ouvert  la  voie,  et  que  les 
événements  retardèrent  de  deux  siècles.  Pourtant,  enfermé  dans 
son  prieuré,  il  étudiait  encore,  corrigeant  ses  anciens  ouvrages 
et  les  divisant  à  nouveau.  Il  y  a  à  la  Bibliothèque  nationale  un 
excellent  manuscrit  de  son  Rejoertorium,  où  il  est  dit  qu'en 
1359  Bersuire  le  compléta^'.  Ce  doit  être  à  cette  époque  qu'il 

1.  Ce  dernier  fait  est  le  plus  inconteslable  des  trois  :  on  a  vu  plus  haut,  en 
note,  la  mention  contenue  dans  le  nis.  de  la  Bibl.  du  conseiller  Ranchin,  qui 
le  confirmerait.  Mais  nous  en  avons  une  meilleure  preuve  dans  la  dédicace 
même  de  sa  traduction  par  Bersuire.  Il  dit  en  eflel:«Je,  Pierre  Berceure,pr/eM7- 
A  PRÉSENT  de  St-Eloi  de  Paris.  »  D'où  il  résulte  : 

1°  Que  Bersuire  termina  lui-même  sa  traduction; 

2°  Qu'il  la  termina  à  St-Eloi; 

3°  Que,  quand  il  la  termina,  il  n'était  pas  prieur  depuis  longtemps. 

2.  B.  N.,  F.  lat.  16790.  La  mention  de  ce  fait  est  à  la  fin  de  l'ouvrage,  avant 
la  table  :  «  Explicit  tertia  pars  et  ultima  repertorii  moralis,  cum  suis  addicio- 
nibus  et  supplementis,  locis  suis  ut  cum  decet  ordiuatis,  factum  a  fratre  Petro 
Rerchorii,  jiriore  Sancli  Eligii  parisiensis.  Quem  quidem  librum  complevit 
supradiclus  frater  Petrus  Berchorii,  anno  Domino  millesimo  trecenlesimo  quin- 
quagesimo  nono.  »  Nous  ne  savons  jusqu'à  présent  à  quelle  époque  de  sa  vie 
P.  Bersuire  com[iosa  l'ouvrage  qui  lient  le  4'  rang  dans  la  liste  que  lui-même 
a  donnée  de  ses  œuvres.  Nous  lisons  en  eflét  dans  le  prologue  de  sa  traduction 
de  Tite-Live,  qu'après  le  Iléducloire,  le  Dictionnaire  et  le  Bréviaire,  et  avant 
cette  traduction,  il  écrivit  un  livre  qu'il  appelle  la  Mappemonde  et  que  son  épi- 
taphe  met  à  la  même  place  sous  le  litre  de  Descriptio  mundi.  Il  est  probable 
que  cet  ouvrage,  qui  était,  comme  les  trois  premiers,  en  latin,  fut  composé  avant 
1350,  peu  de  temps  après  le  Bréviaire  moral.  Nous  traiterons  du  reste  ce  point 
plus  en  détail  quand  nous  nous  occuperons  des  travaux  qu'il  convient  d'attri- 
buer à  Bersuire. 


349 

ajouta  au  mot  Roma  la  phrase  où  il  parle  de  sa  traduction  de 
Tite-Live  comme  aclievée. 

Il  s'occupait  aussi  des  intérêts  de  son  monastère.  Une  charte 
de  1358  nous  le  montre  obtenant  du  dauphin  Charles  la  faculté 
d'établir  six  étaux  de  boucherie  à  la  porte  Baudoyer,  sur  les  terres 
de  Saint-Éloi  ^  Mais  cette  pièce  est  le  seul  souvenir  de  son  admi- 
nistration que  nous  ayons  pu  découvrir.  Bien  qu'en  raison  de 
l'importance  de  son  prieuré,  Bersuire  ait  dû  avoir  à  intervenir 
dans  de  nombreuses  négociations,  aucun  des  actes  relatifs  aux 
vastes  dépendances  de  Saint-Eloi  durant  son  administration  ne 
fait  mention  de  lui.  C'est  ainsi  que  nous  ne  le  voyons  pas  même 
apparaître  en  1361  quand  son  ami  le  Dauphin  acquit  l'hôtel 
Saint-Paul,  et  cependant  plusieurs  des  biens  qui  furent  rattachés 
à  cet  hôtel  étaient  dans  la  censive  du  prieuré. 

Si  retiré  toutefois  qu'il  vécût,  il  ne  fut  pas  sans  ressentir  le 
contre-coup  des  événements.  Non-seulement  Saint-Eloi  était 
assez  voisin  du  palais  pour  qu'on  y  eut  aussitôt  connaissance  de 
toutes  les  manœuvres  de  la  bourgeoisie  contre  le  Régent,  mais 
c'est  même  dans  ce  prieuré  que  furent  décidés  plusieurs  actes 
importants  de  la  révolution.  Les  églises  offraient  à  Etienne 
Marcel  des  lieux  de  réunion -fort  commodes  pour  ses  partisans,  et 
on  le  voit,  en  effet,  les  convoquer  tantôt  dans  l'une,  tantôt  dans 
l'autre.  Le  22  février  1358  (1357,  anc.  st.),  le  jour  même  où  le 
prévôt  des  marchands  décida  le  meurtre  des  deux  maréchaux  de 
Clermont  et  de  Champagne,  ce  fut  dans  l'église  de  Saint-Eloi 
qu'il  assembla  les  représentants  des  métiers  avant  de  monter  au 
palais^.  Cinq  mois  plus  tard,  le  vendredi  20  juillet,  Marcel  y  était 
encore  et  y  tenait  conseil  avec  les  gouverneurs^.  Il  semble  même 
qu'il  s'y  trouvait  plus  souvent  que  dans  la  maison  de  ville,  sur  la 
place  de  Grève.  Mais,  dans  aucune  de  ces  occasions  il  n'est  ques- 
tion des  gens  du  monastère  ni  de  leur  prieur. 


1.  Appendice,  n-  Vil. 

2.  «  Le  Jeudi  vint-deuxiesme  jour  du  nioys  de  février,  l'an  mil  trois  cens 
cinquante-sept  à  matin,  et  fu  le  secont  jeudi  de  karesme,  le  dit  prevost  des 
raarchans  fist  assemliler  à  Sl-Eloy,  près  du  Palais,  tous  les  mesliers  de  Paris 
armés,  et  tant  qu'on  estimoit  qu'ils  estoient  bien  trois  mil  tous  armés...  etc.  » 
—  Les  grandes  Chroniques  de  Si-Denis  (Edit.  P.  Paris,  t.  VI,  p.  87). 

3.  Les  grandes  Chroniques,  Id..  p.  127. 


350 
V. 

PÉTRARQUE    A    PARIS   EN    1361  ;    SES   ENTRETIENS   AVEC 
BERSUIRE.  —    LA    MAISON    DE   LA    RUE    DES   MURS. 

Cependant  de  meilleurs  jours  étaient  revenus  pour  la  France. 
La  finesse  et  la  ruse  du  régent  avaient  fini  par  triompher  des  vio- 
lentes aspirations  du  tiers-état,  et  d'un  autre  côté,  le  roi  Jean,  le 
protecteur  de  Bersuire,  n'était  plus  prisonnier  des  Anglais.  Il  fit 
sa  rentrée  à  Paris  le  13  décembre  1360,  et  reprit  bientôt  ses  fêtes 
et  ses  entretiens  littéraires.  Bersuire  revint  un  des  premiers 
auprès  de  lui. 

Mais  une  autre  joie  était  réservée  peu  de  jours  après  à  notre 
savant.  Son  ami  Pétrarque  arriva  à  Paris  dans  le  commence- 
ment de  janvier  1361  ',  envoyé  par  Galéaz  Yisconti,  seigneur  de 
Milan,  pour  complimenter  le  roi  Jean  sur  sa  délivrance,  et  lui 
remettre  un  anneau  qu'il  avait  perdu  à  la  bataille  de  Poitiers. 
Bien  que  son  ambassade  fût  officielle  et  qu'il  eut  des  devoirs 
politiques  à  remplir,  il  est  certain  qu'il  vit  souvent  Bersuire ~. 

Celui-ci  était  présent  le  13  janvier,  lorsque  le  grand  poète 
italien  remit  son  anneau  au  roi  Jean,  et  le  harangua  au  nom  de 
l'ambassade.  Dans  ce  discours,  Pétrarque  ayant  parlé  incidem- 
ment de  la  Fortune,  le  dauphin  et  le  roi  qui  n'avaient  pas  à  se 
louer  d'elle,  voulurent  savoir  de  Pétrarque  ce  qu'au  fond  il  en 
pensait. 

Il  fut  convenu  que  le  lendemain,  à  la  suite  d'un  dîner  qui  devait 
avoir  lieu  à  la  cour,  Bersuire  et  d'autres  savants  personnages 
amèneraient  la  discussion  sur  ce  sujet.  Pétrarque,  averti  à  temps, 
passa  la  nuit  à  se  préparer,  mais  quelque  désir  qu'en  eut-  le 
Dauphin,  le  temps  fut  employé  tout  autrement  à  la  table  royale, 
et  c'est  seulement  une  fois  le  banquet  terminé  que  Pétrarque 


1.  Voir  Dp  Sade,  Mém,  sur  Pétrarque,  t.  III,  p.  5'i5  ;  et  Barbeii  du  Rocher, 
Ambassade  de  Pétrarque,  mém.  ciL  —  De  Sade  (t.  III,  p.  545)  prétend  par 
erreur  que  Pétrarcjue  passa  trois  mois  à  Paris  :  arrivé  dans  les  premiers  jours 
de  janvier,  il  était  déjà  en  route  pour  retourner  en  Italie,  à  la  lin  de  février, 
puisque  la  lettre  qu'il  adressa  des  Alpes  à  Bersuire  est  justement  du  27  février. 

2.  Ils  se  voyaient  même  tous  les  jours,  s'il  faut  prendre  à  la  lettre  ce  qu'é- 
crivait plus  lard  Pétrarque  à  Bersuire  :  «  L'autre  année,  pendant  que  je  me 
plaisais  chaque  jour  à  jouir  de  ta  conversation,  avec;  d'autant  plus  d'avidité 
que  j'en  avais  été  privé  plus  longtemps,  etc.  »  (Barbeu  du  Rocher,  p.  26). 


351 

emmena  chez  lui  Bersuire  avec  ^<  trois  autres  maîtres-ès-arts,  » 
et  pendant  six  heures  ils  discoururent  sur  ce  sujet  et  une  foule 
d'autres. 

Tout  cela  est  raconté  avec  beaucoup  de  détails  dans  une  lettre 
que  Pétrarque  écrivit  par  la  suite  à  Bersuire  ^  et  que  celui-ci  ne 
reçut  pas,  étant  mort  dans  l'intervalle.  Cette  lettre,  datée  du 
8  des  ides  de  septembre  1362  (6  septembre),  accompagnait, 
sous  forme  d'envoi,  une  autre  épitre  du  27  février  1361,  dont  il 
a  été  question  dans  une  note  précédente  ^ 

Nous  pourrions  nous  étendre  davantage  sur  cet  épisode  si 
intéressant  de  la  vie  de  Bersuire.  Il  nous  aurait  convenu  d'in- 
sister sur  le  cas  que  Pétrarque  faisait  de  Bersuire  et  sur  le  haut 
rang  que  le  prieur  de  St-Eloi  tenait  parmi  les  lettrés  de  l'époque, 
car  Pétrarque,  ici  encore,  ne  nomme  toujours  que  lui  et  regrette 
beaucoup  d'avoir  au  Palais  perdu  l'occasion,  dit-il,  d'entendre  un 
homme  d'autant  de  mérite  ;  —  mais  le  peu  que  nous  en  avons  dit 
suffira.  D'ailleurs  les  deux  lettres  du  poète  au  savant  ayant  été 
très-bien  publiées  et  commentées  dans  l'excellent  mémoire  de 
M.  Barbeu  du  Rocher,  nous  ne  pourrions  que  répéter  notre 
savant  confrère,  et  nous  préférons  nous  étendre  sur  un  point 
moins  connu  que  nos  recherches  nous  ont  permis  de  fixer. 

Nous  avons  déjà  parlé  plus  haut  d'une  maison  que  Bersuire  pos- 
sédait près  de  la  porte  Saint-Victor,  à  Paris .  C'est  ici  le  moment  d'y 
revenir.  Nous  citerons  de  nouveau  Y  Histoire  de  Paris  de  Lebeuf^: 
«  Bersuyre  acheta  en  1361,  de  Hugues  de  la  Vergne,  écuyer,  de 
la  paroisse  du  Puy  de  Serre,  au  diocèse  de  MaiUezais,  une  mai- 
son à  Paris,  rue  des  Murs,  près  la  porte  Saint-Victor,  dans  la 
censive  du  chapitre  de  Paris,  touchant  par  derrière  aux  murs  de 
la  viUe:  on  voit  qu'il  y  avait  autrefois  fait  sa  demeure...  »  — 
Nous  avons  retrouvé  aux  Archives  nationales  plusieurs  pièces 
relatives  à  cette  maison  et  que  l'on  peut  Ure  à  l'Appendice.  Elles 
nous  permettent  de  préciser  ce  que  dit  Lebeuf. 


1.  Elle  existe  dans  le  ms.  lat.  8568,  de  la  Bibl.  Nat.  et  a  été  traduite  en  entier 
l)ar  M.  Barbeu  du  Rocher  (p.  26  et  ss.),  ainsi  que  la  suivante. 

2.  Parti  sans  doute  de  Paris,  vers  le  commencement  de  février,  Pétrarque  ne 
revit  plus  Bersuire.  C'est  donc  à  tort  que  YHistoire  littér.  (t.  XXIV,  p.  574)  pré- 
tend qu'il  le  revit  ensuite  avec  Nicole  Oresme,  à  Avignon. 

3.  Hisi.  de  Paris,  t.  III,  p.  381.  Ici  encore  c'est  Lebeuf  qui  nous  a  mis  sur  la 
voie. 


352 

Malgré  le  nombre  de  bénéfices  dont  il  avait  été  successivement 
gratifié,  Pierre  Bersuire,  plus  occupé  de  ses  travaux  que  de  ses 
revenus,  n'était  pas  riche.  Nous  avons  bien  vu  déjà,  qu'en  1351, 
il  réclame  à  l'évêque  ce  que  les  sergents  du  chapitre  ont  pillé  dans 
sa  maison.  Mais  peut-être  alors  demeurait-il  seulement  chez  son 
parent,  Jehan  Bersuire,  écuyer,  qui,  non  loin  de  l'Université, 
avait  acheté,  en  1346,  une  maison  rue  des  Mnrs,  comme  nous 
allons  le  voir  :  car  Lebeuf  vient  de  nous  le  dire,  Pierre  n'acquit 
la  sienne  qu'en  1361. 

Ce  devait  être,  par  elle-même,  une  assez  pauvre  demeure,  sans 
doute  une  sorte  de  maison  de  campagne,  où  Bersuire  allait  se 
reposer  et  lire.  Le  quartier  où  elle  se  trouvait  '  était  aux  extré- 
mités du  Paris  d'alors.  La  rue  des  Murs  où  était  située  cette  mai- 
son, longeait,  comme  son  nom  l'indique,  les  anciens  murs  de 
l'enceinte  de  Philippe-Auguste-. 

D'après  une  pièce  des  Archives  nationales  {Appendice,  n°V) 
on  peut  se  figurer  cette  maison  assez  étroite,  avec  pignon  du  côté 
de  la  rue,  et  séparée  de  l'enceinte  par  un  jardin  ou  préau.  Elle 
avait  probablement  trois  étages.  Ce  même  acte  prouve  encore, 
ce  que  nous  disions  plus  haut  relativement  à  la  position  peu  aisée 
de  Bersuire.  C'est  en  effet  un  inventaire  de  ce  qui  avait  été  trouvé 
chez  lui,  longtemps  il  est  vrai  après  sa  mort  et  quand  la  maison 
était  passée  en  d'autres  mains  ;  mais  tout  j  est  vieux  et  rien  ne 
montre  aucune  trace  de  luxe  ni  de  bien-être^. 


1.  Bersuire  n'y  avait  pour  voisins  que  des  pauvres  gens.  Dans  le  Uôie  de  la 
taille  de  1292  (V,  Géraud,  Paris  sous  Phil.  le  Bel,  p.  164),  on  voit  que  cette 
rue  et  les  rues  d'alentour  ne  sont  habitées  que  par  des  maçons,  des  couvreurs 
et  autres  ouvriers  en  bâlimenls,  qui  aujourd'hui  encore  recherchent  les  quar- 
tiers éloignés.  La  maison  de  Bersuire  élail,  d'ajires  la  charte  des  Arch.  (S.  1186, 
n°  31),  contigiie  à  celle  qui  avait  apparlenu  à  un  Jehan  Le  Breton  qui  figure 
dans  la  taille  de  1Î92. 

2.  11  restait  jusqu'à  ces  derniers  temps  (les  fragments  de  ces  murs,  et  dans  la 
rue  des  Murs  elle-même  (aujourd'hui  rue  cFArras).  Mais  celte  rue  vient  tout 
récemment  d'être  largement  évenirée  par  deux  grandes  voies,  la  rue  des  Ecoles 
et  la  rue  Monge,  qui  l'ont  supprimée  presqu'en  entier.  Nous  croyons  cependant 
avoir  reconnu  un  fragment  épargné  de  l'ancienne  fortification  dans  le  bout  res- 
tant de  la  rue  d'Arras,  à  l'angle  sud-ouest  formé  par  celle  rue  et  la  rue  Monge. 
—  Un  autre  pan  de  l'enceinte  de  Phil.  Aug.  a  été  signalé  rue  Clovis,  par  Dulaure 
{Hist.  de  Paris,  éd.  de  1825,  t.   Il,  p.  387). 

La  maison  de  Bersuire  pouvait  n'être  pas  très-loin  du  premier  fragment  de 
mur  que  nous  signalons. 

3.  Append.,  n°  V.  De  quelque  peu  de  valeur  que  fussent  ses  meubles,  on 


353 

C'est  vers  la  Saint-Jean-Baptiste  1361,  que  Pierre  Bersuire, 
au  nom  de  son  prieuré,  avait  acheté  cette  maison,  pour  le  prix 
de  100  écus  d'or  du  coing  du  roi^;  la  charte  qui  nous  a  conservé 
le  souvenir  de  l'acquisition  nous  en  apprend  en  même  temps  la 
cause.  L'occasion  lui  en  avait  été  offerte  par  un  compatriote  S  et 
lui-même  avait  par  là  cherché  à  devenir  le  voisin  de  son  parent 
Jehan  Bersuire  dont  la  maison,  achetée  le  20  mai  1346  ^  était 
dans  la  même  rue  et  du  même  côté.  Depuis  la  même  année  1346 
Hugues  de  la  Vergne  possédait  ou  tenait  à  cens  rue  des  Murs, 
une  maison  et  un  terrain  ^.  C'est  probablement  sur  ce  terrain 
vide,  contigu,  selon  la  pièce  qu'on  trouvera  à  V  Appendice,  n°  II, 
à  la  propriété  de  Jehan  Bersuire,  que  Hugues  fit  élever  la  maison 
qu'il  vendit  plus  tard  à  Pierre  Bersuire. 

Mais  notre  vieux  prieur  ne  jouit  pas  longtemps  de  la  retraite 
qu'il  s'était  choisie.  Car  il  mourut  dans  les  premiers  mois  de  1362. 
Nous  ne  pouvons  dire  si  ce  fut  rue  des  Murs. 

Nous  ne  savons  non  plus  la  date  du  jour  au  juste,  mais  il  était 
mort  certainement  avant  le  20  septembre,  puisque  Lebeuf  parle 
d'un  acte  de  ce  jour  où  son  successeur  est  déjà  nommé  ^. 

Sur  l'année  il  ne  peut  y  avoir  de  doute  ^ .  D'abord,  outre  l'acte 
dont  il  vient  d'être  parlé,  nous  avons  une  pièce  du  9  janvier 
1362  (n.  s.  1363)  où  Bersuire  est  déjà  désigné  comme  défunt'. 
Mais  une  preuve  irrécusable  est  son  épitaphe  même  que  l'on 
voyait  encore,  selon  Du  Breuil,  en  1612,  et  qui  disait  formelle- 
ment: «  qui  obiit  anno  Domini  1362^. 


voit   cependant  l'abbé   de  Saint-Maur  et  le  prieur  qui    avait  succédé  à  Pierre 
Bersuire  se  les  disputer  après  sa  mort. 

1.  Append.,  n»  111. 

2.  Hugues  de  la  Vergne,  escuier,  de  la  paroisse  de  Puy  de  Serre,  diocèse  de 
Maillezais  (aujourd'hui  dans  le  département  de  la  Vendée,  non  loin  de  Saint- 
Pierre-du-Chemin,  à  mi-chemin  de  Maillezais). 

3.  Append.,  n'  I. 

4.  Ibid.,  n"  H. 

5.  Lebeuf,  Hist.  de  Paris,  loc.  cit. 

6.  Le  Gallia  christ.,  t.  Vil,  col.  136,  dit  d'abord  par  erreur  1361.  Mais  à  l'ar- 
licle  des  prieurs  de  Sainl-Eloi,  t.  VII,  col.  282,  on  lit  1362. 

7.  Appendice,  n"  IV. 

8.  Antiq.  de  Paris,  p.  102.  —  Cette  épitaphe,  reproduite  aussi  par  M.  P.  Paris 
{3hs.  fr.,  t.  V,  p.  427),  et  par  Quélif  {Vie  de  sainte  Anne,  2°  éd.,  p.  80),  était 
gravée  sur  une  tombe  plate  de  cuivre.  Il  n'y  en  avait  que  deux  autres  dans  l'église. 
Elle  disparut  probablement    dans  la   recouslruction  que  les  Barnabites,   qui 


35/, 

Ce  fut  Pierre  Philippeau,  son  neveu,  qui  succéda  k  Pierre 
Bersuire.  Il  resta  longtemps  prieur,  jusque  vers  1406.  Mais  long- 
temps aussi,  il  conserva  la  mémoire  de  son  oncle,  qui  avait  été 
la  gloire  du  prieuré,  et  au  commencement  du  xv"  siècle,  on  le 
voit  fonder  dans  l'église  de  Saint-Eloi  trois  messes  en  faveur  de 
son  oncle,  et  de  ses  père  et  mère  Guillaume  Philippeau  et 
Lorence  Bersuire  ^ . 

Quant  à  la  maison  de  la  rue  des  Murs  ce  fut  probablement 
Pierre  Philippeau  qui  en  hérita  pour  le  prieuré,  ainsi  que  de  celle 
de  Jehan  Bersuire.  Mais  la  jouissance  de  ces  biens  ne  fut  pas 
sans  trouble,  ainsi  que  le  montrent  de  nombreuses  chartes  des 
archives  ^. 

LÉOPOLl)  Pannikr. 


APPENDICE. 


I 


Vente  par  Jean  de  Bury  et  Michèle  sa  femme  à  Jean  Bersuyre  d'une 
maison,  rue  des  Murs,  à  Paris. 

■20  Mai   1346. 

A  louz  ceus  qui  ces  lettres  verront,  Guillaume  Germent,  garde  de 
la  prévosté  de  Paris,  salut.  Savoir  faisons  que  par  devant  nous,  pour 
ce  personnellement  eslabliz  en  jugement,  Jehan  de  Bury,  tavernier, 
et  Michiele,  sa  femme,  demourans  en  la  rue  des  Murs,  près  la  porte 
Saint-Victor,  si  comme  ils  disoient,  recongnurent  et  confessèrent 
euls  de  commun  acord  avoir  vendu  et  en  nom  de  pure  vente  otlroié, 
quittié,  cessié  et  delessié  désormais  à  tous  jours,  à  Jehan  Bersuyre, 
escuier,  de  l'éveschié  de  Maillezès,  pour  lui,  pour  ses  hoirs,  et  pour 
ceus  qui  de  lui  auront  cause,  une  meson  si  comme  elle  se  com- 


avaient  succédé  aux    Béaédiclins,  tirenl   de  ceUe  église  dans    le  coiiranl  du 
xvii'  siècle. 

1.  Appendice,  n°  VI. 

"2.  Appendice,  n"  IV  el  V.  et  Arcb.  nal.  S  1186,  ir»  -24.  25  et  26, 


355 

porte,  avec  ses  droiz,  entrées,  issues  et  appartenances  toutes,  que 
les  diz  vendeeurs  avoient  et  tenoient  d'appartenant  au  dit  Jehan  de 
Bury,  de  son  propre  héritage,  séant  en  ladicte  rue  des  Murs,  tenant 
d'une  part  à  la  meson  maistre  Symon  Vairet,  et  d'autre  à  une  ma- 
sure ou  place  qui  fu  maistre  Jehan  Le  Breton,  aboutissant  aux  murs 
de  la  ville  de  Paris,  en  la  censive  du  chapitre  de  Notre-Dame  de  Pa- 
ris, chargiée  en  cent  soulz  parisis  de  cens  ou  rente  annuele  et  perpe- 
tuele  deuz  au  dit  chapitre  pour  les  enfans  de  cuer,  c'est  assavoir 
moitié  à  la  Saint  Jehan-Baptiste  et  moitié  à  Noël,  sans  autre  charge, 
si  comme  les  diz  vendeeurs  disoient.  Et  fut  faite  ceste  vente  pour 
le  priz  de  cinquante  et  cinq  livres  parisis  que  les  diz  vendeeurs  con- 
fessèrent avoir  euz  et  receuz  de  l'acheteeur  dessus  nommé  par  la 
main  de  messire  Jehan  Bretel,  prestre,  procureur  d'icelui  acheteeur, 
si  comme  l'en  disoit,  en  bonne  pécune  bien  comptée  et  nombrée;  et 
s'en  tindrent  à  bien  paiez  et  agréez  par  devant  nous. 

En  tesmoing  de  ce,  nous  avons  mis  en  ces  lettres  le  seel  de  la 

prévosté  de  Paris.  Ce  fu  fait  lan  de  grâce  mil  ccc quarante  et  six,  le 
samedi,  xx''  jour  de  may. 

M.  De  la  Pierre. 

(Au  dos,  on  lit  en  lettres  de  la  fin  du  xiv"  siècle  :) 
Pour  la  meson  des  murs  laquelle  tient  monsieur  Paien,  prestre. 
(Orig.  aux  Archives  nationales,  S  1186,  n°  31). 

II 

Accord  entre  Guillaume  du  Mesnil  et  Hugues  de  la  Vergne,  au  sujet 
(le  la  confrontation  d'un  terrain  vide,  sis  à  Paris,  rue  des  .Murs, 
donné  à  cens  par  le  dit  Guillaume  au  dit  Hugues. 

Vendredi  1"  décembre  1346. 
Guillaume  du  Mesnil  vend  à  Hugues  de  la  Vergne  une  maison,  une 
allée,  un  terrain  vide  et  un  appentis,  rue  des  Murs. 

Mardi  19  décembre  1346. 

A  tous  ceuls  qui  ces  lettres  verront,  Audoin  Chauveron,  chevalier, 
du  roy  nostre  sire,  garde  de  la  prévosté  de  Paris,  salut.  Savoir  fai- 
sons que  nous  l'an  de  grâce  mil  ccc  xiij^^-  et  huit,  le  mardi  treize 
jours  du  mois  d'ottobre,  veimes  unes  lettres  seelées  du  seel  de  la  pré- 
vosté de  Paris,  contenant  celte  forme: 

Atous  ceulx...,  etc.,  Guillaume  Gormont,  chevalier  le  Hoy  nostre 
sire  et  garde  de  la  prévosté  de  Paris,  salut.  Savoir  faisons  que  par  de- 


356 

vant  nous  viiulreiiL  en  jugement  maislrc  Guillaume  DuMesnil,  chap- 
pelain  et  escoUier  à  Paris,  d'une  part,  et  Hugues  de  la  Vergne,  escuier 
de  la  diocèse  de  Malcsoiz,  d'autre  part;  aO'ermerent  ycelles  parties 
dessus  nommées,  que,  comme  altercation  et  descort  eust  esté  espéré  à 
mouvoir  entre  eulx,  sur  la  confrontation  de  une  certaine  place  vuide, 
laquelle  estoit  partie  maoonnée  et  partie  à  maronner,  assise  à  Paris, 
en  la  rue  des  Murs,  qui  jadis  fut  des  appartenances  de  la  Maison- 
Dieu  de  Paris,  tenant  d'une  part  à  la  dicte  rue  des  Murs,  et  d'autre 
part  aux  murs  de  Paris,  et  laquelle  place  le  dit  maistro  Guillaume 
avoit  jiiera  adcensé  à  tous  jours  au  dit  Hugues  et  à  ses  hoirs,  parmi 
dix  solz  parisis  de  rente,  qu'il  en  devoit  paier  par  an  au  terme  de 
Pasques  au  dit  cliappellain  et  à  ses  hoirs,  si  comme  il  disoit  plus  a 
plain  apparoir  es  lettres  de  l'accensement  faictes  soubz  le  seel  de  la 
prévosté  de  Paris;  à  la  parfin,  pour  bien  de  paix  et  de  concorde  et 
pour  les  dictes  confrontations  estre  plus  plainementdéclairées,  il  fu 
et  avoit  esté  accordé  entre  les  dictes  parties  par  le  conseil  de  leurs 
amis  en  ceste  manière  :  c'est  assavoir  que  toute  la  place  avecques  les 
pierres  et  les  murs  dedanz  contenuz  touchant  d'une  part  à  la  maison 
Jehan  Bersoire^  qui  jadiz  fut  Jehan  de  Bury,  en  descendant  jusques 
au  hault  mur  qui  est  pignon  de  la  maison  du  dit  chappellain,  qui 
peut  contenir  six  toises  de  mur  ou  environ,  si  comme  elle  se  com- 
porte de  la  rue  des  Murs  jusques  aux  murs  de  la  fermeure  de  Paris, 
avec  la  moitié  du  hault  mur,  demourra  perpétuellement  au  dit  Hu- 
gues et  a  ses  hoirs,  et  sera  le  dit  mur  moitoien  aus  deux  parties, 
avec  un  autre  mur  nuef,  lequel  ledit  Hugues  a  édifié  au  livel  du  dit 
viez  mur  jusques  aus  murs  de  la  dicte  fermeure  de  Paris,  et  ycelui 
mur  sera  aussi  moitoien  jusques  à  diz  piez  de  hault,  et  le  édefice  que 
le  dit  Hugues  a  fait  et  entend  à  faire  par  dessus  les  dis  dix  piez 
demourra  en  son  estât  et  y  poui'ra  faire  tele  maison  comme  bon  lui 
semblera,  et  aussi  le  dit  maistre  Guillaume  pourra  édiffier  contre  le 
dit  mur  par  devers  lui  sans  faire  préjudice,  selon  lus  et  coutume  de 
la  ville  de  Paris,  sanz  ce  que  l'un  ou  l'autre  y  puisse  faire  trou  ne 
fenestre  pour  y  avoir  veue  ne  aguet  l'un  par  dessus  l'autre;  et  les 
diz  murs  seront  parfais  au  dit  de  jurez  en  ce  cognoissans  et  expers 
selon  raison.  Et  doresenavant  les  devant  dis  murs  seront  rctenuz 
aux  coux  des  dictes  parties  et  des  aianz  cause  d'eux.  Et  demourra 
l'usaige  et  l'issue  des  murs,  et  sur  les  murs  de  Paris  à  chascune  des 
dictes  parties  en  droit  soy.  Et  memement  le  devant  nommé  maistre 
Guillaume  comme  dessus  promist  la  dicte  place  et  les  choses  des- 
sus dictes  garantir,   délivrer  et  deffendrc  à  ses  coux  et   despens 


357 

franches,  quittes  et  délivrez  à  la  charge  des  dis  dix  soulz  parisis  de 
rente  tant  seulement  de  toutes  autres  charges  et  débites  envers 
tous  autres  seigneurs  et  toutes  autres  personnes  quelconques  aux 
dessus  nommés  Hugues,  à  ses  hoirs  et  successeurs  et  a  ceux  qui 

cause  auront  de  lui,  etc obligeanz  quant  à  ce  le  dit  maistre 

Guillaume  par  especial  en  contre  plege  et  pour  nom  de  gaige 
toute  sa  dicte  meson  et  les  appartenances,  et  le  dit  Hugues  aussi 
par  especial  la  dicte  place  si  comme  elle  se  comporte...,  etc.  —  En 
tesmoing  de  ce  nous  avons  mis  à  ces  lettres  le  seel  de  la  prévosté 
de  Paris,  l'an  mil  ccc  xl  six,  le  venredi  premier  jour  de  décembre. 

Item,  veismes  unes  autres  lettres  scellées  du  seel  de  la  dicte  pré- 
vosté  de  Paris  contenant  ceste  forme  : 

A  tous  ceuls  qui  ces  présentes  lettres  verront,  Guillaume  Gor- 
mont,  chevalier  le  Roy  nostre  sire  et  garde  de  la  prévosté  de  Paris, 
salut.  Savoir  faisons  que  par  devant  nous  vint  en  jugement 
honnorable  homme  messire  Guillaume  du  Mesnil,  prestre,  demeu- 
rant à  Paris  en  l'ostel  des  escoUiers  de  Navarre  si  comme  il  disoit, 
afferma  et  pour  vérité  confessa  et  recongnut  en  droit  que  il  avoit  eu, 
pris  et  retenu  à  crois  de  cens  ou  de  rente  à  touz  jours  des  religieux 
maistre,  frères  et  suers  de  l'Ostel  Dieu  de  Paris  une  maison,  une 
place  vuide,  une  allée  par  terre  et  uneappentiz  tout  en  un  pourpris 
assiz  à  Paris  oultre  petit  Pont,  en  la  rue  des  Murs,  tenant  d'une 
part  aux  maisons  Jehanne  de  Bury,  et  d'autres  aux  maisons  Hu- 
gue  de  la  Yergne,  escuier,  aboutissans  de  l'un  des  houx  aux  murs 
du  Roy,  et  d'autre  à  la  dicte  rue  des  Murs,  partie  et  partie  à  la  mai- 
son du  dit  escuier,  en  la  seigneurie  du  chappitre  Notre-Dame  de  Paris, 
pour  la  somme  de  rente  ou  crois  de  cens  contenue  es  lettres  de  la 
prise  que  le  dit  messire  Guillaume  en  avoit  faicte,  comme  dit  est. 
Lesquelles  maison,  place  vuide,  alée  et  appentiz  dessus  dites,  si 
comme  elles  se  comportent  et  extendent  de  toutes  parts,  avecques 
tous  leurs  drois,  veues,  aygoux,  entrées,  issues,  appartenances  et 
appendances  quelconques,  et  tous  les  droiz,  raisons  et  actions  quel- 
conques que  le  dit  messire  Guillaume  avoit,  povoit  et  devoit  avoir  en 
ycelles,  etc...  ycellui  messire  Guillaume  dessus  nommé  confessa  et 
recongnut  par  devant  nous...  etc....  avoir  vendu...  à  la  charge  de 
soixante  sols  parisis  tant  pour  fons  de  terre  comme  pour  crois  de  cens 
ou  de  rente,  qui  seront  paiéz  par  an  au  dit  chappitre  Notre-Dame 
de  Paris  et  à  l'Ostel  Dieu  de  Paris  dessus  dit  aux  termes  accoutumez 

au  dessus  nommé  Hugues  de  la  Yergne,  escuier,  à  ses  hoirs  et 

successeurs,  et  à  ceux  qui  ont  et  auront  cause  de  lui;  —  et  la  ven- 

24 


358 

due  dont  menl.ion  est  faicle  ci  dessus,  est  faicle  pour  et  parmi  la 
somme  et  le  pris  de  vint  et  deus  livres  parisis  fort  monnoie  à  pré- 
sent courant,  que  le  dessus  nommé  vendeur  en  avait  eues  et  retenues 
dudit  achetteur  en  bons  fleurins  d'or  à  la  chaierre  pour  seize  sols 
parisis  la  pièce  et  en  autre  monnoie  à  la  value,  avant  la  concession 
de  ces  lettres  et  desja  tournées  et  converties  en  son  prouffît  et  utilité 
si  comme  il  le  confessa,  et  s'en  tint  pour  bien  paie  par  devant  nous, 
et  du  dit  pris  de  cestc  vendue  il  quitta  et  quitte  clama  à  tousjours  sans 
rappel  le  dit  achetteur,  ses  hoirs  et  ceulx  qui  ont  ou  auront  cause  de 
lui,  etc..  En  tesmoing  de  ce,  nous  avons  mis  à  ces  lettres  le  seel  de 
la  prévosté  de  Paris,  l'an  mil  ccc  xl  et  six  le  mardi  dix  neuf  jours 
de  décembre,  —  G.  Deschamps. 

Et  nous  à  ce  présent  transcript  avons  mis  le  seel  de  la  dicte  pré- 
vosté, l'an  et  mardi  dessus  dis. 

(Orig.  aux  Archives  uat.  S  I18G.  n"  29). 


m 

Hugues  de  la  Vergne,  écuyer,  du  diocèse  de  iMaillezais,  reconnaît 
avoir  vendu,  en  1361,  vers  la  Saint-Jean  d'été,  à  frère  Pierre 
Bersuire,  prieur  de  Saint-Eloi,  une  maison,  rue  des  Murs,  à  Paris. 

Mercredi  7  octobre  1388. 
A  tous  ceuls  qui  ces  lettres  verront  Audoin  Chauveroii,  chevalier, 
conseiller  du  Roy  nostresire  et  garde  de  la  prévosté  de  Paris,  salut. 
Savoir  faisons  que  par  devant  Jehan  le  Bourguignon  et  Guillaume 
Piedur,  clers  notaires  jurez  du  Roy  nostre  dit  seigneur  de  par  lui 
establis  au  Chastellet  de  Paris,  fu  présent  Hugues  de  la  Vergne,  es- 
cuier,  demeurant  en  Poitou,  en  la  paroisse  de  Puidesserre  en  l'éves- 
chié  de  Malesois,  si  comme  il  disoit,  et  affirma  et  dit  pour  vérité 
que  en  l'an  mil  trois  cens  soixante-et-un,  environ  la  saint  Jehan- 
Baptiste,  il  vendià  frère  Pierre  Berssuire^  jadiz  prieur  de  Saint-Eloy 
de  Paris,  au  nom  de  sa  dicte  prieuré,  une  maison  ou  hostcl  avecques 
ses  appartenances,  si  comme  tout  se  comporte,  que  il  avoit,  estant 
à  Paris,  en  la  rue  des  Murs,  près  de  la  porte  Saint-Victor,  tenant  a 
présent  ycelle  maison  et  ses  appartenances  à  maistre  Jehan  de  la 
Baux,  et  d'autre  part  à  Colin  Boute,  aboutissant  par  derrières  aux 
murs  de  la  clôture  de  Paris;  auquel  hostel  est  nagaires  aie  de  vie  a 
trespassement  messire  Jehan  Mainnart,  jadis  curé  de  l'église  de  St- 
Pol  de  Paris,  et  ouquel  demourra  par  avant  le  dit  frère  Pierre  Bers- 


359 

suire,  jadis  prieur  dudit  prieuré  de  Saint -Eloy  de  Paris.  Et  fu  la 
vente  faite  pour  le  pris  et  somme  de  cent  escus  d'or  du  coing  du  Roy 
Jehan  noslre  sire,  dont  Dieux  ait  l'âme,  que  il  en  avoit  eu  et  reçea 
du  dit  frère  Pierre  Berssuire,  jadis  prieur  du  dit  Saint-Eloy,  comme 
dit  est,  et  s'en  tint  pour  lors  etencorez  tient  à  présent  pour  bien  paie, 
content  et  agréé;  et  avoit  promis  et  encores  promet  par  ces  pré- 
sentes ladicte  vente  et  autres  choses  dessus  dictes  estre  vrayes,  et  non 
venir  ne  faire  venir  encontre  jamais  à  nui  jour  par  lui  ne  par  autres 
pour  quelque  cause  que  ce  soit;  et  à  rendre  et  paier  touscoux,despens, 
mises,  domaiges  et  interez  qui  fais  seroient  par  le  contraire,  etc.,  etc. 
(Suivent  les  clauses  finales). 

En  tesmoing  de  ce  nous,  à  la  relacion  des  dis  notaires  jurez,  avons 
mis  à  ces  lettres  le  seel  de  la  prévosté  de  Paris.  Ce  fu  fait  et  passé 
l'an  de  grâce  mil  ccc  quatre  vins  et  huit,  le  mercredi  sept  jours  d'ot- 

tobre. 

(Orig.  aux  Archives  nat.  S  118G,  n°  27). 

lY 

Accord  passé  entre  Jean,  abbé  de  Saint-Maur-les-Fossés  et  Pierre 
Philippeau,  prieur  de  Saint-ÉIoi  de  Paris,  àla  suite  d'un  différent 
survenu  entre  eux  au  sujet  des  meubles  de  feu  Pierre  Bersuire, 
précédent  prieur  de  Saint-Eloi. 

9  Janvier  1362  (1363). 
In  Dei  nomine  amen.  Per  hocpresens  publicum  instrumentum  cunc- 
lis  pateat  evidenter,  quod  anno  Domini  millesimo  ccc"  Ixij",  mense 
januarii  die  ix,  pontificatus  sanctissimi  in  Xristo  patris  ac  Domini 
nostri  Domini  Urbani  divina  providentia  Pape  quinti  anno  primo, 
indictione  prima,  in  mei  publici  notarii  testiumque  subscriptorum 
propter  hocpersonaliterconstiluti  (sic)  presentia,  reverendus  in  Xristo 
pater  ac  dominus  Dominus  Johannes  permissione  divina  monasterii 
sancti  Mauri  Fossatensis,  ordinis  sancti  Benedicti,Parisiensis  dyoce- 
sis,  humilis  abbas,  ex  parte  una,  et  fraler  Petrus  Philipelli,  prior 
prioratus  sancti  Eligii  Parisiensis,  ordinis  et  dyocesis  predictorum, 
ab  eodum  monasterio  immédiate  dependens.  asseruerunthinc  etinde 
quod,  cum  nuper  inter  ipsum  dominum  abbatem  et  dictum  priorem 
super  bonis  mobilibus  defuncti  Pétri  Berchorii,  ultimi  et  immédiat! 
sacriste  prioratus  sancti  Eligii  Parisiensis  predicti,  discordia  vel  dis- 
sencionis  materia  oriretur  seu  oriri  verissimiliter  crederetur,  dicto 
priore  asserente,  proponente  et  dicente  quod,  cum  ipse  sit  prior  con- 


360 

ventualis  liahens  sub  se  cerlum  et  detcrminatum  numerum  mona- 
chorum   sihi  sub   regulari   obcdicncia  cL  correclione  subjeclorum, 
quibus  eliam   tenetur  ad   certam  quanlilaLcm   peciinie  pro  vesli- 
mentis  eorum  necessario  providere,  niiUi  erat  dubium  ad  ipsum 
perUncre  bona  mobilium  (sic)  decedenlium  monachorum  sibi   ta- 
liter   sul)jcclorum  ;   —  prelalo  domino  abbaLe    conlrarium  asse- 
rente  et  dicentc  quod,  licetdiclus  prior  babeat  vel  haberedebeat  cer- 
tum  numerum  monachorum  sibi  in  premissis  subjeclorum  et  eisdem 
babeat  de  ccrtaquanlilate  pccunie  pro  eorum  veslimenlis  necessario 
providere,  quarc  ad  ipsum  priorem  non  spcclat  monachorum  receptio, 
institucio  nec  distitucio,  per  consequens  necad  ipsum  pertinere  pos- 
sunt  vel  debent  bona  mobilia  talium  decedentium  monachorum  ;  — 
tandem  dicte  parles  ad  bonum  pacis  et  concordie,  ut  dicebanl,  de- 
venire  cupientes,  nolentesque  inter  se  rixa  vel  jurgia  suscitare,  sed 
pocius  pacis  fédéra  confovere,de  et  super  lotali  discordia  seu  dissen- 
sione  predicta,  sic  inler  se  concordiler  et  unanimiter  ordinarunt,  quod 
neulri  dictarum  partium  in  adepcione  seu  possessione  bonorum  mo- 
bilium defuncli  Pétri  Berchorii,  iiltimi  et  immediati  sacriste  priora- 
tuspredicti  Sancti  Eligii  Parisiensis,  prejudicio  generato  quicquid 
una  pars  contra  alteram,   videlicet  prefatus  dominus  abbas  contra 
priorem  predictum  vel  dictus  prior  contra  prefalum  dominum  abba- 
tem,  petere  vel  exigere  de  bonis  eisdem,  totum  in  omnibus  et  per 
omnia  se  ad  invicem  una  pars  alteri,  videlicetdominus  abbas  predicto 
priori  et  dictus  prior  predicto  domino  abbati,  quo  ad  casumpresen- 
tem  totaliler  et  omnimode  (sic)  remitlebant;   quittantes  una  pars 
alteram  bine  et  inde  modo  quo  predicitur  penitus  de  eisdem,  pro- 
mittenles  bine  et  inde,  bona  fide,  et  cum  juramento  in  manu  mei 
publici  notarii  inter  partes  predictas  stipulanlis,  contra  presentem 
ordinacionem,  paciflcacionem  et  quitlacionem  quoad  casum  presen- 
tem aller  contra  alterura  non  venire  nec  veniri  facere  quomodobbet 
in  futurum.  Prolestantes  tamen  hinc  et  inde  quod  per  hujusmodi 
ordinacionem  seu  pacificacionem  presentem  nullum  in  casibus  futu- 
ris  consimilibus  alteri  partium  prediclarum  prejudicium  quomodo- 
libet  grevetur,  sed  res  eadem  ita  se  babeat  et  in  tali  statu  remaneat, 
ac  si  nuUa  tenus  accidisset,  de  et  super  quibus  premissis  omnibus  et 
singulis  superius  enarratis  et  per  parles  predictas  sic  factis,  dicte 
partes  hinc  et  inde  pecierunt  et  requisierunt  a  me  suscripto  publico 
notario  sibi  unum  vel  plura  fieri  publica  instrumenta.  Acla  f'uerunt 
in  parrocbia  sancti  Gervasii,  in  domo  Carnelorum,  sita  in  vico  rétro 
caput  ecclcsie  ejusdem  sancti  Gervasii,  videlicet  in  magna  superiori 


36f 

aula  domus  predicte,  anno,  die,  mense,  indictione,  et  pontificatu 
supradictis,  presentibus  nobili  viro  Helya  de  Garnoto,  armigero, 
fratre  Adam  Heronis,  priore  prioratus  sancti  Johannis  de  Corbolio, 
Ancello  dicto  Jalousie,  preposito  sancti  Mauri  Fossatensis,  Guillelmo 
dicto  Beau,  et  Johanne  Sahur  dicto  Poncin,  clerico,  testibus  ad  pre- 
missa  vocatis  specialiter  et  rogatis. 

Et  ego  Johannes  dictus  de  Guerardo,  clericus  parisiensis  dyoce- 
sispublicus,  imperiali  et  regia  auctoritate  notarius,  etc. 

(Orig.  aux  Archives  nat.  S  1181,  n°  22). 


Inventaire  des  meubles  contenus  dans  la  maison  de  la  rue  des  Murs. 

Vendredi,  13  janvier  1390  (1391  n.  s.) 
A  tous  ceuls  qui  ces  lettres  verront,  Michiel  Marchant,  licencié  en 
loys  et  en  decrez,  chamberier  lay  de  l'église  Notre-Dame  de  Paris, 
salut.  Savoir  faisons  que  de  notre  commandement  et  à  la  requeste 
de  Pierre  de  Grés,  procureur  de  religieuses  personnes  et  honnestes 
les  prieur  et  couvent  de  l'église  Saint-Eloy  de  Paris,  si  comme  il 
nous  est  apparu  par  lettres  procuratoires  scellées  du  seel  de  la  ditte 
église  de  Saint-ÉIoi,  Guillemin  le  Picart,  notre  clerc  et  tabellion, 
s'est  transporté  en  un  hostel  appartenant  aus  dis  religieux  situé  et 
assis  en  la  rue  des  Murs,  en  la  haulte,  moyenne,  basse  et  foncière 
juridiction  de  la  ditte  église  de  Paris  ;  et  lequel  hostel  japieça  avoit 
esté  mis  en  la  main  de  nos  dis  seigneurs  pour  certaines  causes  que 
ilz  prétendoient,  et  depuis  ce  a  esté  délivré  à  yceuls  religieux  de 
Saint-Éloy,  si  comme  par  lettres  de  délivrance  sur  ce  faittes  et  pas- 
sées soulz  le  seel  de  la  ditte  église  nous  est  souffisamment  apparu.  Et 
après  ce.que  Jehan  Hays,  sergent  de  la  ditte  église,  qui  avoit  les  clefs 
dudit  hostel  en  garde  de  par  nos  dis  seigneurs,  ot  fait  ouverture  du 
dit  hostel,  il  fist  inventaire  des  biens  estant  en  ycellui,  et  yceulx 
prisés  par  Jehan  Cristot,  priseur-juré  de  la  ditte  église,  en  la  pré- 
sence du  dit  Pierre  de  Grès,  procureur  desdis  reUgieus,  de  messire 
Jehan  Hemat,  prestre,  Pasquier,  chevalier,  Jehan  Hays  et  Pierre  de 
Mores,  sergens  de  la  ditte  église,  et  Jehan  Moreau,  en  la  manière 
qui  s'en  suit  : 

Et  premièrement  fu  trouvé  en  la  cave  dudit  hostel  un  vieil  poins- 
son  vuit  et  les  douves  d'un  autre  poinsson,  prisez  xn  den.;  —  item, 
ou  petit  cellier  sur  la  ditte  cave,  une  vieille  huche,  deux  poulains  à 


362 

deschargier  vin,  un  viel  cacque  vuit,  un  pou  de  menue  fustaïUe 
vielle,  tout  prisié  ensemble  trois  sols  parisis;  —  item,  en  la  cuisine 
dudithostel,  deux  viez  ais  en  manière  de  dresseoirs,  prisés  deux  sols 
parisis; —  item,  en  Testable  du  dit  hostel,  dix  pièces  de  vielle  fustaille 
a  mettre  vin  et  une  vielle  fourme,  prisez  huit  sols  parisis; — item,  en 
la  salle  du  dit  hostel  deux  viez  bancs  tourneis,  une  table  vielle,  une 
autre  petite  table  vielle,  et  une  fourme,  tout  prisié  vint  quatre  sols 
parisis;  —  item,  en  une  chambre  sur  le  préau,  fu  trouvé  une  vielle 
huche,  une  vielle  table,  deux  paire  de  tréteaux,  une  eschielle,  une 
queue  vuide,  une  fourme,  tout  prisié  huit  sols  parisis;  —  item,  en 
une  autre  chambre  sur  le  dit  préau,  un  petit  bancs  tourneis,  une 
table  vielle,  un  petit  dresseoir,  une  petite  chaire,  et  une  couche  de 
boys,  vint  sols  parisis;  —  item,  en  une  chambre  lambroissiée,  un 
petit  banc  tourneis  viez,  une  table  à  quatre  piez,  un  petit  pupitre 
et  une  petite  couche  de  boys,  prisez  diz  sols  parisis; — item,  une  petite 
couste  sans  coissin,  prisiée  douze  sols  parisis;  —  item,  en  une  petite 
chambre(?)tout  amont,  une  fourme,  prisiée  deux  sols  parisis; — après 
lequel  inventoire  ainsi  fait,  le  dessus  dit  Jehan  Hays  bailla  et  livra 
la  clef  du  dit  hostel  au  prieur  dudit  Saint-Éloy,  pour  et  au  nom  de 
lui  et  des  dis  religieux,  en  la  présence  des  dessus  nommez. 

En  tesmoing  de  ce,  nous  avons  mis  à  ces  présentes  le  seel  de  la 
ditte  chambrerie  laye.  Ce  fu  fait  l'an  de  grâce  mil  trois  cens  quatre 
vins  et  dix,  le  vendredi  treziesme  jour  de  janvier. 

G.  Le  Picakt. 
(Orig.  aux  Archives  nat.  S  1186,  n"  92). 

VI 

Déclaration  de  la  fondation  de  trois  messes,  par  Pierre  Philippeau, 
prieur  de  Saint-Eloi  de  Paris,  pour  ses  père  et  mère  et  pour  Pierre 
Bersuire,  son  oncle,  précédent  prieur  de  Saint-Eloi. 

Sans  date  '. 

C'est  la  déclaracion  de  la  fondacion  de  trois  messes  en  l'église  de 
Saint-Éloy  de  Paris,  par  feu  frère  Pierre  Philippeau,  prieur  de  la 
ditte  église,  pour  la  grant  dévocion  qu'il  a  toujours  eue  à  la  dicte 

1.  Le  testaraent  dans  lequel,  avec  la  permission  du  pape  Clément  Vil,  Pierre 
Philippeau  fit  la  fondation  dont  il  s'agit,  est  du  23  janvier  liOi  (Voir  Lcbeuf, 
Hist.  du  dloc.  de  Paris,  éd.  Cocheris,  t.  III,  p.  382).  N'ayant  pas  retrouvé  le 
texte  du  testament,  nous  nous  contenterons  de  donner  cette  déclaration,  qui  peut 
en  tenir  lieu. 


363 

église  et  prieuré  de  Saint-Éloy,  pour  les  prières,  messes,  oraisons, 
bienfais  et  autres  suffrages  que  Ton  y  a  fais  et  fait  assiduement 
et  pour  l'augmentacion  du  service  divin,  et  aussy  pour  le  salut  et 
remède  de  son  âme  et  aussi  de  feu  religieuse  et  honneste  personne 
frère  Pierre  Bersure,  jadis  son  oncle  et  prieur  dudit  prieuré,  et  de 
feu  Guillaume  Philippeau  et  de  Lorence  sa  famé,  père  et  mère  du  dit 
prieur,  dont  Dieux  ait  les  âmes,  à  la  loenge,  gloire  et  exaltacion  de 
Notre-Seigneur  Jhesu- Christ  et  de  la  très  glorieuse  et  benoite  Vierge 
Marie,  sa  mère,  et  de  toute  la  benoite  court  et  compaignie  du  royaume 
de  paradis,  voult  et  ordena  trois  messes  la  semaine  estres  dictes  et 
célébrées  en  la  chappelle  de  Notre  Dame  chascune  sepmaine  à  tous 
jours  :  c'est  assavoir  l'une  de  Notre  Dame  à  note  conventuelle  par 
chascun  samedi  devant  prime,  et  deux  autres  messes  basses  de 
requiem.  Et  seront  dictes  à  tels  autres  jours,  si  comme  le  dit  cou- 
vent vouldra,  lequel  couvent  et  ses  successeurs  au  dit  lieu  seront 
tenus  à  tousjours  de  faire  dire  par  chascune  sepmaine  ycelles  trois 
messes  sans  aucune  defFaulte  et  intermission.  Et  pour  ce  baille  et 
délaisse  dès  maintenant  à  tousjours  au  dit  couvent  et  à  leurs  succes- 
seurs au  dit  lieu  les  choses  qui  s'ensuivent  que  le  dit  prieur  se  di- 
soit  avoir  et  à  lui  et  non  à  autre  appartenir  de  son  conquest  :  pre- 
mièrement, une  maison  et  jardin  et  toutes  ses  appartenances  et 
appendances,  si  comme  tout  se  comporte  et  extent  de  toutes  pars, 
haut,  bas,  devant,  derrière,  en  long,  en  lé,  en  font  et  en  parfont, 
séant  à  Paris  en  la  rue  des  Murs,  près  de  la  porte  Saint- Victor, 
tenant  d'une  part  à  feu  maistre  Jehan  de  la  Saulx  et  d'autre  part  à 
Colin  Boute,  aboutissant  par  derrières  aus  murs  de  la  ville  de  Paris, 
en  la  censive  de  honourables  et  discrètes  personnes  le  doyen  et 
chappitre  de  Paris,  chargée  en  quarante  quatre  sols  parisis  par  an 
pour  toutes  charges  paies  au  dit  chappitre  égalment  aus  quatre 
termes  généralement  en  la  ville  de  Paris  acoustumés.  Item  dix- 
sept  livres  sept  sols  parisis  de  rente  perpétuelle  dont  il  en  y  a 
sept  livres  prinses  à  Paris  es  lieux  qui  ensuivent:  c'est  assavoir  qua- 
rante sols  parisis  de  rente  après  fons  de  terre  chascun  an  égalment 
aux  dis  quatre  termes  à  Paris  accoustumés,  sur  la  maison  Jehan  Le 
Pastre,  marchant  et  bourgeois  de  Paris,  séant  à  Paris  et  faisant  le 
coing  delà  rue  Putimusse,  tenant  à  l'ostel  duroy  noslre  sire;  etc. 

(Suit  le  détail  des  maisons  et  biens,  situés  rues  de  la  Savatterie, 
Calendre,  Saint-Martial,  aux  Fèvres,  et  à  Vitry  et  Poitronville,  sur 
lesquels  est  assis  le  reste  de  la  rente  . 

(Orig.,  Arch.  uat.  L  613;. 


964 


VII 


Licence  accordée  par  le  régent  Charles  au  prieur  de  Saint-Éloi 
d'établir  six  étaux  de  boucherie  sur  les  terres  du  prieuré  à  la 
porte  Baudover. 

Au  Louvre,  2  novenibre  1358. 
Charles,  etc.  Savoir  faisons  à  touz  presenz  et  a  venir  que  notre 
amé  le  prieur  de  Saint-Éloi  de  Paris  nous  a  fait  exposer  humble- 
ment que,  comme  a  cause  de  son  dit  prieuré  il  ait  terre  certaine  à  la 
porte  Baudeoir  et  oultre  la  porte  Saint-Anthoine  vers  la  rue  Saint- 
Pol  et  environ  en  autres  parties  voysines  et  prochaines  a  ycelle, 
esquelles  il  se  dit  avoir  toute  juridiction  haute,  basse  et  moyenne,  et 
il  soit  ainsi  que  ses  subgets  et  habitanz  en  ycelle  es  dites  rues  et 
parties  soient  moult  loins  et  distans  de  toutes  boucheries  estanz  à 
Paris  et  dehors,  qui  leur  est  moult  grève  chose  et  dommageable,  si 
nous  a  supplié  que  sur  ce  li  vuillions  pourveoir  de  remède  gracieux 
et  convenable  a  touz  jours  perpetuelment,  mesmement  que  l'abbé  de 
Saint-Germain  des  Prez  et  le  prieur  de  Saint-Martin  des  Champs,  en 
leurs  terres  qu'il  ont  hors  les  portes  de  Paris  es  forsbours  d'icelle 
ville  en  laquelle  ont  toute  justice  haute,  basse  et  moienne,  ont  bou- 
cheries plusieurs  pour  l'aisement  de  leurs  subgets  et  d'autres  habi- 
tanz et  résidans  en  leurs  dictes  terres  ;  —  pour  quoy  nous,  consi- 
dérant les  choses  dessus  dictes  en  tant  qu'il  puet  touchier  le  droit 
de  notre  dit  seigneur  et  de  nous,  de  notre  plain  povoir  et  auctorité 
royal  dont  nous  usons  de  certaine  science  et  grâce  espécial,  avons 
donné  et  ottroié,  donnons  et  ottroions  par  ces  présentes,  licence,  po- 
voir et  auctorité  au  dit  prieur  pour  lui  et  ses  successeurs  prieurs  du 
dit  lieu  de  faire  establir,  avoir,  tenir  et  posséder  perpetuelment  a 
touz  jours  six  estaulx  de  boucherie  en  sa  dicte  terre  es  lieux  toutes- 
voies  a  ce  plus  convenables  et  par  le  consentement  des  habitanz 
d'icelle  terre  ou  de  la  greigneur  partie  d'iceulx,  ou  cas  toutesvoies 
que  sanz  préjudice  d'autrui  se  puisse  bonnement  faire,  etc.  Et  pour 
que  ce  soit  ferme  chose  et  estable  a  touz  jours  nous  avons  fait  met- 
tre notre  seel  a  ces  présentes  sauf  le  droit  de  noire  dit  seigneur  et 
le  notre  en  autre  choses  et  l'autrui  en  toutes.  Donné  au  Louvre  jouxte 
Paris,  le  deuxième  jour  de  novembre  l'an  de  grâce  mil  ccc  lvih. 
(Archives  nat.  Très,  des  Ch.  Reg.  W.  pièce  131). 


COMPTE      . 

DE 

LA   REFONTE   DTNE   CLOCHE 

DE   NOTRE-DAME  DE   PARIS 

EN    1396 


De  tous  les  historiens  de  Paris,  Du  Breuli  est,  croyons-nous,  le 
seul  qui  ait  parlé  de  la  cloche  de  Notre-Dame,  appelée  Marie. 
11  a  même  connu  la  refonte  dont  nous  pubhons  le  compte,  mais 
plutôt  par  une  tradition  que  par  un  document  authentique,  car 
il  a  cru  qu'elle  avait  eu  lieu  en  1397.  Le  compte  que  nous  publions, 
d'après  une  pièce  originale  des  Archives  nationales  (L.  olo),  permet 
de  rectifier  cette  erreur;  c'est  là,  on  le  verra,  son  moindre  intérêt. 
Sans  prétendre  faire  l'histoire  de  Marie,  nous  donnerons  ici  les 
renseignements  que  nous  fournissent  sur  elle  les  registres  capitu- 
laires  et  les  extraits  des  comptes  du  chapitre  par  le  chanoine  Sarra- 
zin.  Fondue  en  -13782,  et  refondue  en  -1396  dans  les  circonstances 
qu'on  verra,  elle  avait  déjà  besoin  de  réparations  en  1397^.  Le  16  jan- 
vier ^430  (n.  s.),  le  chapitre,  alarmé  par  le  rapport  d'un  fondeur  et 
du  charpentier  juré  de  Notre-Dame,  décida  qu'on  ne  s'en  servirait  plus 


1.  Théâtre  des  aniiq.  de  Paris,  éd.  1612,  p.  11. 

2.  «  In  facUone  campane  Marie  fabrica  teaelur  clerico  dicte  fabrice  in  qua- 
dam  pecunie  summa  plenius  infra  déclarais  »  Arch.  nal.  LL373,  f.  18.  «  A  ma- 
gislro  Th.  Tornaloris  pro  uno  rnilliario  melalli  de  residuo  campane  dicle  Marie 
ad  mandalum  dominorum  de  capitiilo  per  clericum  fabrice  Iradilo,  nomine 
Régis,  magislro  Jo.  Jouvente,  campanario,  pro  iniplicando  in  campana  de  novo 

fada  in  ecclesia  S.  Dyonisii  in  Francia Pro  reassedendo  el  in  priori  statu 

refonnando  coloiiobas  cum  archis  de  claustro  laceralis  pro  funditura  campane 
dicte  Marie...  »  ibid.,  f.  19. 

3.  Arch.  nat.LL  211  b. 

25 


3()6 

jusqu'à  nouvel  ordre  et  la  fit  descendre  du  clocher.  On  reconnut 
bientôt  qu'elle  ne  pouvait  pas  être  réparée  et  qu'une  refonte  était 
nécessaire,  et  on  ordonna  une  quête  dans  la  ville  pour  en  faire  les 
frais  1.  Enfin  en  i'(72  une  nouvelle  refonte  —  la  dernière  dont  nous 
ayons  relevé  la  mention  dans  les  registres  capitulaires  —  porta  le 
poids  de  Marie  à  plus  de  23,000  livres  et  en  fit  la  principale  cloche 
de  Notre-Dame  2. 

G.  Fagniez. 

1.  Audita  relacionc  magistri  Roberli  Chauvin,  carpenlarii  jiirati  occlesie  Pa- 
ris, ac  eciam  magistri  qui  débet  nunc  faceie  Jaquclinam  novara,  super  deffec- 
libns  per  eos  repjjertis  in  caiiipana  nuncupala  Marie,  ordinalum  est  quod  non 
jHilsabitur  aniplius  donec  fueril  repparala  vel  de  novo  facla,  quia  reppererunl 
dicii  inagislri  quod  les  hunes  galiice  per  quas  pendet  ipsa  cainpana  Marie 
non  tencnt  sufticienter  ipsi  canipane  et,  si  caderet,  faccret  dampnum  irrepara- 

bile »  LL  21G,  p.  185.  «  Ordinatum  est   quod  deponatur  a  berfredo  et  des- 

cendalur  canipana  Maria  nuncupata  quia  indiget  rep()aracione  el  niagister  An- 
Ihonius  de  Laneo  niera  liberalitale  motus,  oblulit  se  daturum  decem  francos  in 
reffectione  dicte  campane  expouendos  qui  volucrit  eam  rellundcre  de  novo.  » 
ibid.,  p.  210.  «  Cbuffart  Pasquier,  Braulart  et  Hubert  sunt  comniissi  ad  factum 
campane  Marie  ut  refundatur  et  deputabunt  quos  voluerint  de  sociis  ecclesie 
ad  faciendam  questam  per  villam  bostiatim  si  sit  necesse,  »  ibid.  «  Conclusum 
est  quod  ambe  magne  campane  existantes  in  ecolesia,  quarumuna  a  jamdudum 
nuncupatur  Jaquelina,  data  per  dominum  Jobannem  de  Monlagu,  militem,  ma- 
gnum magislrum  bospicii  régis  noviter  propter  ejus  fractionem  refusa,  et  Maria 
que  indiget  refusione  aut  saltem  repparacione,  ponentur  subtus  torarnen  per 
quod  ascendi  debent  in  berfredo  novo  et  post  prandium  domini  deputali  ad 
queslam  faciendam  erunt,  simililer  et  deputabunt  de  sociis  ecclesie  quos  volue- 
rint ad  faciendam  dictam  questam  et  eciam  inquirent  an  dicta  campana  Maria 
possit  repparari  sine  nova  fusione.  »  ibid.,  p.  211.  «  Domini  mei  CbulVart 
Viviani  et  Hubert  depulantur  per  ca[)itulum  ad  eligendum  socios  de  ecclesia 
qui  erunt  ydonei  el  babiles  ad  supplicandum  personis  divitibus  in  civitate  Pa- 
risiens! ut  dignentur  de  suis  bonis  erogare  pro  nova  factione  campane  Marie.  » 
ibid.,  p.  232. 

2.  «  Auditis  votis  singulorum  dominum,  conclusum  est  quod  magna  campana 

Maria  reficiatur et  quare  necesse  est  babere  magnam  quantitatem  metalli, 

ordinatum  est  quod  capiatur  campana  Gillehert  que  non  pulsalur  ex  qua  capie- 
lur  aliqua  pars  metalli  et  reficietur.  »  LL  224,  p.  625.  «  Ordinatum  est  quod 
campana  Maria  fiai  magis  grossa  quod  sit  campana  Jaquelina.  »  ibid,  p.  629. 
«  Quia,  Deo  dante,  campana  Maria  die  Jovis  instante  fiet,  ordinatum  est  quod 
processio  ecclesie  adeat  modo  consueto  et  liant  letania  et  cetera  solila.  »  Cliap. 
du  28  septembre  1472.  «  Celebretur  die  craslina,  bora  viia  de  mane,  missa  so- 
lemnis  de  beala  Maria  pro  campana  Maria  que,  Deo  dante,  fiet  dicta  die.  Jovis 
sequentis  bora  quasi  prima  post  meridiem,  campana  Maria,  laus  Deo,  facla 
fuit  in  domo  dicta  de  Brelaigne  sita  in  vico  Cithare  et  est  ponderis  xxiii  mil- 
lium  el  ultra.  »  Ghap.  du  30  septembre  1472.  «  Benedicalur  campana  Maria  de 
die  dominica  in  viii°  dies.  »  27  octobre  1472.  LL  224,  p.  653,  658. 


367 

Gompotus  campane  vocate  Marie  ecclesie  Parisiensis  noviter 
facte  que  fracta  fiierat  xxiiii^  die  raensis  februarii  anno  domini 
millesimo  trecentesimo  nouagesimo  quinto  pulsando  missam  do- 
mini nostri  régis,  factus  per  Johannem  de  Villaribiis,  ad  presens 
clericum  fabrice  dicte  ecclesie,  tara  in  receptis  quam  in  misiis, 
modo  et  forma  que  secuntur.  Et  sciendum  est  quod  dicta  cam- 
pana  fuit  liquefacta  et  facta  ultiraa  die  mensis  Augusti  anni  mil- 
lesimi  trecentesimi  nonagesimi  sexti. 

Recepta.  Et  primo  : 

A  dominis  et  magistris  meis,  magistris  Laurencio  de  Mongeria 
et  Philiberto  de  Saux,  canonicis  Parisiensibus,  provisoribus  fa- 
brice ejusdem  ecclesie,  v^  die  junii  m  ccc  iiri^  et  xvi,  l  fr.  valent 
xllib.  p. 

A  dictis  dominis  meis  iii^  die  Augusti  sequentis,  l  fr,  valent 
xllib. 

Ab  eisdem  xix^  die  dicti  mensis,  c  fr.  valent  iin^  lib. 

Ab  eisdem  xxix**^  die  dicti  mensis  Augusti,  viii^^  fr.  valent 
vi^^  viii  lib. 

Ab  eisdem  xxii^  die  septembris  sequentis,  xx  fr.  valent  xvi 
lib. 

Ab  eisdem  iii^  die  mensis  octobris  sequentis,  c  fr.  valent  iiii^^ 
lib. 

Ab  eisdem  xxiin^  die  dicti  mensis,  xx  fr.  valent  xvi  lil). 

Summa  :  iiii*^  lib.  par.  levium. 

Expensa  presentis  compoti.  Et  primo  pro  emptione  merreni 
pro  faciendo  ingénia  pro  descendendo  dictam  campanara,  chables 
gaUice,  vecturarum  et  pro  salario  carpentariorum ,  etc.  Et 
primo  : 

Allermo  la  Mouche,  mercatori  merreni  in  Mortallaria  commo- 
ranti,  pro  sex  peciis  merreni  duarum  tesiarum  cum  dimidia  lon- 
gitudinis  et  sex  aliis  peciis  duarum  tesiarum  longitudinis  et 
unius  spanni  furneture  in  uno  sensu  et  dimidio  pede  in  alio. 

nnoi'  clieverones  pro  debitando  ad  faciendum  lévriers  gallice, 
cavillias  et  alla  ad  dicta  ingénia  neccessaria. 

Pro  toto  per  forum  factum  per  Johannem  de  Haya,  carpenta- 
rium  juratum  ecclesie,  et  pro  onerando  et  adducendo  et  infra 
dictam  ecclesiam  dictum  merrenum  ponendo  Lvni'. 


368 

Stephano  de  la  Nasse,  carpentario  in  platea  Mauberti  commo- 
ranti,  pro  una  pocia  merreni  xiiii*='"'  pedum  loiigitudinis  et  duo- 
rum  pedum  cum  diiiiidio  latitudinis  iii  omnibus  sensibus  pro 
faciendo  trolium  pro  dicta  campaiia,  per  dictum  Johannem  de 
Haya  empta  vu  liv.  iiif. 

Pro  seccando  dictam  peciam  in  1111°'"  partibus  xiii^ 

Pro  onerando  et  adducendo  predictam  peciam  et  ponendo  infra 
ecclesiam  x'. 

In  ebdomado  finiente  sabbato  xxv*  die  marcii  m  ccc  iiii'^^  et 
XV  pro  faciendo  predicta  ingénia  dicto  Jobanni  de  Haya  pro  opé- 
rande in  dictis  ingeniis  per  unam  diem  Yf  vi''. 

Philipoto  de  la  Garde  pro  similiter  pro  una  die  v^ 

Oudineto  Clergastre  pro  eodem  pro  una  die  luf.  vi*^. 

In  ebdomada  sancta  pro  operando  in  dictis  ingeniis  ut  super 
et  pro  descendendo  predictam  campanam,  dicto  Jobanni  de 
Haya  per  quinque  dies,  pro  quolibet  die  vi'  yi'^  valent  xxxif 
vi*!. 

In  dicta  ebdomada  pro  eadem  causa  Jobanni  Bonnart,  carpen- 
tario, per  1111°^'  dies,  pro  qualibet  die  vi  s.  per  ordinatiônem  Jo- 
hannis  de  Haya,  val.  xxini  s.  Jobanni  Lami  per  quinque  dies, 
pro  die  vi  s.  val.  xxx  s.  Pbilipoto  de  la  Garde  per  quinque  dies, 
pro  die  v  s.  val.  xxv  s.  Matbie  Boileaue  pro  similiter  per  quin- 
que dies  xxv  s.  Radulplio  Balduini  per  quinque  dies,  pro  die 
iiii  s.  val.  XX  s.  Jobanni  Lambert  per  1111°''  dies,  un  s.  vi  d. 
pro  die  val.  xviii  s.  Stephano  Britonis  per  iiif  '  dies,  pro  die  iiii  s. 
val.  XVI  s.  Jobanni  Lescuier  per  iiii"'"  dies,  pro  die  iiii  s.  vid.  val. 
xviii  s.  Thome  Herlebot  per  im°'"  dies,  pro  qualibet  die  nii  s.  vi  d. 
val.  xvin  s.  Guillelrao  de  Longueville  per  iiii"'"  dies  pro  similiter 
xviii  s.  Oudineto  Clergastre  per  quinque  dies,  pro  die  iiii  s,  vi  d. 
val.  XXII  s.  VI  d.  Thierrico  d'Aunoy  per  ilii*""  dies,  pro  qualibet 
die  iiii  s.  vi  d.  val.  xviii  s.  Jobanni  de  Lassuz  per  iiii"'  dies,  pro 
die  V  s.  val.  xx  s.  Guillebno  Briart  per  lili"""  dies,  pro  die  iiii  s.  vi 
d.  val.  xviii  s.  Somma  parcium  :  xiiii  lib.  x  s.  vi  d. 

Pro  unctura  necessaria  ad  unguendum  quinque  ingénia  pro 
dicta  campana  descendenda  iiii*. 

Tribus  sociis  qui  die  jovis  dicte  ebdomade  adjuverunt  ad  des- 
cendendum  predictam  campanam,  cuilibet  viiid.  val.  ii  s. 

Jobanni  Régis,  cordario  in  vico  Straminis  prope  sanctum  Inno- 
centem  commoranti,  pro  uno  cliahlo  gallice  de  canabe,  longitu- 


369 

dinis  Ixii  tesiariim  cnra  iiii*'''  gallice  chemhliaux^  ponderantibus 
insimul  iiii°  l  lib.  de  canabe  et  duabus  vintanis  fiirnitis  de  jon- 
cheriis-  ad  dictam  campanam  descendendam  necessariis  pro  toto 
per  forum  factum  per  predictum  Johannem  de  Haya  cum  dicto 
cordario  xvi  lib.  xii  s. 

Pro  adducendo  dictum  diable  de  vico  S.  Salvatoris  ad  eccle- 
siam  ii'. 

Que  partes  faciunt  in  somma  xlv  lib.  iii  s.  In  presenti  com- 
poto  nichil,  quare  dictus  clericus  fabrice  de  hiis  computavit  in 
compoto  ordinario  ejusdem  fabrice  fîniente  in  festo  beati  Johan- 
nis  Baptiste  anni  nonagesimi  sexti.  Et  modo  hic  ponit  partes 
supradictas,  ut  clarius  videantur  omnia  illa  que  circa  dictam 
campanam  fuerunt  expensa^.  Summa  :  xlv  lib.  iii  s. 

Expensa  pro  emptione  metalli,  mitallie,  stanni  et  vecturarum 
propter  hoc  factarum.  Et  primo  : 

Priori  S.  Martini  de  Campis  pro  viii°  [lib.]  metalli  pro  quolibet 
centum  viii  lib.  valent  Ixiiii  lib. 

Pro  onerando  et  adducendo  dictum  metallum  de  ecclesia  dicti 
S.  Martini  ad  ecclesiam  Parisiensem  vi  s. 

Reginaldo  Morise, in  vico  S.  Martini  commoranti,  pro  vii°  ihi^^^ 
xiii  lib.  cum  dimidia  de  mitallia,  quolibet  centum  vii  lib.,  val. 
Iii  lib.  ii  s.  x  d. 

Pro  apportagio  iiii  s. 

Johanni  Testart,  speciario,  in  vico  S.  Dionisii  commoranti,  pro 
una  pecia  stanni  •*  ponderis  ii°  xxi  lib.  stanni  xix  fr.  xi  s.  viii  d. 
val.  XV  s.  viii  d. 


1.  Cliembliaux,  cableaux  ou  cablots,  petits  cables. 

2.  Vintanis  furnitisjoncheriis,  \ingiaiaes,  cables  garnis  de  paille  pour  proté- 
ger conlre  les  chocs  la  descente  de  la  cloche. 

3.  Les  dépenses  d'échafauds  et  de  cables  pour  descendre  la  cloche  cassée, 
ayant  déjà  fait  partie  du  compte  général  clos  à  la  saint  Jean-Baptiste  (24  juin) 
1396,  ne  (igureni  ici  que  pour  mémoire  et  doivent  être  négligées  dans  le  calcul, 

4.  Trois  métaux  sonl  entrés  dans  la  composition  de  notre  cloche.  Le  mot  me- 
tallum, là  où  il  se  présente  pour  la  première  fois,  ne  peut  guère  désigner  que 
le  cuivre  de  roselle,  c'est-à-dire  le  cuivre  épuré  par  un  procédé  dont  on  peut 
lire  la  description  dans  Théophile,  chap.  de  cupro;  plus  loin,  lorsqu'il  s'ap- 
plique à  la  petite  cloche  ou  à  l'ancienne  cloche  Marie,  il  a  le  sens  vulgaire  de 
métal.  Le  mot  mitallia  esl  plus  difficile  à  expliquer.  Faut-il  le  rattacher  aux 
mots  metalla,  metullia,  relevés  par  Du  Gange  et  y  voir  des  médailles  de  bronze 
antiques,  qui  étaient  au  moyen  âge  plus  communes  encore  que  de  nos  jours? 


370 

Pro  apportagio  xvi  d. 

Ex  précepte  dominorum  meorum  de  capiLulu  i'uiL  amota  una 
parva  campanilla  que  erat  in  parvo  campanilli  ecclesie  et  ponde- 
rabat  vi^"^  lib.  metalli. 

Tercia  die  julii  fuit  predicta  campana  Marie  fracta  peciatim  in 
ecclesia  et  portata  in  aula  capituli  et  ibi  luit  ponderata  et  inven- 
tum  fuit  quod  ponderabat  ix"'  iii°L.  lib.  de  métallo. 

Pro  portagio  illarum  peciarum,  pluribus  personis  viii  s.  Jo- 
hanni  Dote  pro  apportando  de  vittrearia  ecclesie  ad  logiam  S. 
Dionisii  de  Passu  unum  milliare  metalli  quod  remanserat  de  resi- 
duo  alterius  campane  dicte  Marie  ^  ii  s,  viii  d. 

Petro  Clerici,  ferroni  supra  Parvum  Pontem  commoranti,  pro 
uno  mailleto  de  lerro  neccessario  ad  IVangendum  dictum  metallum 
quod  erat  per  magnas  pecias,  ponderis  xxx*'^  lib.  terri  viii  d. 
pro  libra  val.  xx  s. 

Sciendum  est  quod,  postquam  dicta  campana  fuit  totaliter  facta 
et  completta,  remanserunt  ii"'  l[x]  lib.  metalli,  de  quibus  deducun- 
tur  dicte  Ix  lib.,  quia  non  erant  bone  neque  pure.  Sic  sunt  de 
residuo  ii'"  metalli  que  fuerunt  pondérale  in  presentia  magistri 
Johannis  Voygnon,  canonici  Parisiensis,  et  domini  Pétri  de  Mail- 
lerac,  capellani  dicte  ecclesie  Parisiensis. 

Cum  hoc  remanserunt  Ix  lib.  stanni,  de  quibus  capte  fuerunt 
pro  repparacionibus  organorum  que  pro  tempore  repparabantur, 
xxviii  lib.  Et  pro  faciendo  solduram  pro  repparacionibus  vittrea- 
rum  ecclesie  viii  lib,  stanni.  Sic  restant  xxix  lib.  stanni. 
Summa  vis^^xiiii  lib.  vi  d.  lev. 

Expensa  facta  pro  locagio  suffletorum  per  villam  Parisius 
captorum,  et  pro  salario  sociorura  qui  juverunt  ad  sufflandum  pro 
fuudendo  metallum  ad  faciendum  dictam  campanam,  ac  eciam 
pro  pluribus  aliis  misiis  ratione  dicte  campane  factis.  Et  primo  : 

Pro  sigillo  litterarum  domini  nostri  Régis  ecclesie  Parisiensi 
concessarum  pro  capiendo  suffletos  per  villam  Parisius,  ubicun- 
que  poterint  inveniri,  tamen  pro  justo  precio  vi  s. 

Sequitur  expensa  pro  locagio  suffletorum  : 


On  croyait  donner  un  son  plus  harmonieux  aux  cloches  en  nieltanl  dans  le  four- 
neau des  pièces  de  monnaie.  Enfin  stannum,  c'est  l'étain  qui  entre  dans  la  com- 
position pour  une  proportion  bien  inférieure  à  celle  que  lui  assigne  Théophile 
1.  Le  poids  de  la  cloche  était  donc  de  10,16i  liv. 


37^ 

Primo  Johanni  de  Gonmoy  unum  par  sufHatorum.  Reginaldo 
de  Hallis  unum  par  souffletorum.  Pontio  Belin  unura  par  souf- 
fletorum.  Guillelmo  Brisset  unum  par  suffletorum.  Uxori  quon- 
dam  Andrée  du  Vergier  unum  par  suffletorum.  Guillelmo  de 
Yalle  Martini  unum  par  suffletorum.  Hennequido  Laloge  unum 
par  suffletorum.  Guillelmo  Anglici  unum  par  suffletorum.  Thier- 
rico  Lalemant  unum  par  suffletorum.  Johanni  Episcopi  duo  pa- 
ria suffletorum.  Hennequino  de  Gant  unum  par  suffletorum.  Et 
sic  sunt  insimul  xiic'"^  paria  suffletorum,  qui  servierunt  ad  faden- 
dum  dictum  metallum  a  principio  usque  ad  finem.  Pro  quolibet 
pari  viii  s.  val.  iiii  lib.  xvi  s. 

Pro  repparando  coria  duorum  dictorum  suffletorum,  que  fue- 
runt  combusta  in  sufflando  dictam  campanam,  pro  quolibet  x  s. 
val.  XX  s. 

Alii  suffleti.  Radulpho  de  Reims  unum  par  suffletorum.  Simo- 
nideFossa...  Rogero  de  Parisius;..  Thome  Sainterio...  Regi- 
naldo de  Hallis...  Et  sic  sunt  insimul  quinque  paria  suffletorum 
de  qulbus  nichil  factum  est,  et  fuerunt  positi  in  custodia,  in  du- 
bio  ne  esset  in  aliis  suffletis  deffectus,  pro  quolibet  pari  iiii  s.  val. 
XX.  s. 

Et  sic  pro  omnibus  suffletis  ^  vi  liv.  xvi  s. 

Sequitur  expensa  pro  salario  sufflatorum.  Et  primo  : 

Stephano  de  Lyon,  Simonetto  de  Vy  et  Johanni  Episcopi, 
omnes  sufflatores,  quilibet  una  dies  et  sic  sunt  diète  quibus  ope- 
rati  fuerunt,  tam  in  sufflando  quam  ordinando  metallum  et  po- 
nendo  in  fornace,  cuilibet  sex  solidi  paris,  val.  xviii  s. 

Aliis  sufflatoribus,  videlicet  Petro  Rosette,  etc ,  omnes  suf- 
flatores quilibet  in  una  die  et  una  nocte  qui  valent  duos  dies,  com- 
putando  unam  noctem  pro  una  die,  et  faciunt  insimul  Ivi  dietas 
unius  liominis  sufflatoris  qui  operati  fuerunt,  tam  in  sufflando  de 
die  quam  in  ponendo  dictum  metallum  et  ordinando  ipsum  in 
dicta  fornace  de  nocte,  cuilibet  iiii  s.  p.  val.  xi  lib.  iv  s. 

Gilleto  Lescuier,  etc omnes  sufflatores  qui  sufflaverunt  in- 
simul per  unum  diem,  quorum  dierum  somma  ascendit  ad  Ixxiiii 
dies,  cuilibet  pro  die  iiii  s.  val.  xiiii  lib.  xvi  s.  par. 

GuiUelmo  Rouget,  clienti  ad  virgam,  pro  eundo  per  viUam 


1.  Presque  tous  les  soufflets  de  forge  paraissant  avoir  été  mis  en  réquisition 
(ubicumqiie  poterint  inveniri),  il  faudrait  en  conclure  qu'il  n'y  avait  pas  à  Pa- 
ris plus  de  dix-sept  forges. 


372 

Parisiiis  in  rloinibus  plurium  fahrorum,  laciendo  ois  preeeptum  ex 
parte  domini  nostri  Régis  quod  cito  et  sine  aliqua  dilatione  tra- 
derent  sufHetos  siios  ad  sufflandum  metalluin  pro  dicta  campana 
componenda,  in  quo  servicio  predictus  ciiens  vacavit  per  très 
dies,  pro  die  vi  s.,  val,  xviii  s, 

Sinionneto  deFossa,  fabro,  pro  eundo  cumdicto  cliente,  ados- 
tendendum  eidem  clienti  ubi  morabantur  l'abri  qui  habebant  soul- 
fletos  predictos,  ubi  vacavit  per  très  dies,  sicut  pi-edictus  ciiens 
et  pro  die  \i  s.  val.  xviii  s. 

Jobanni  dicto  le  Gras,  incissori  cunoriun  ad  faciendum  merel- 
los,  pro  faciendo  et  tailliando  unum  poinconem  pro  imprimendo 
formam  nierellorum,  qui  tradituri  ei-ant  illis  qui  electi  fuerunt  ad 
venienduni  ad  locuni  ubi  Ibrnax  erat,  pro  sufflando,  ut  facilius 
et  levius  intrarent  viii  s. 

Dionisiole  Berclieron,  vecturario,  pro  eundo  per  dictam  villam 
Parisius  quercndo  cura  sua  vectura  xvii  paria  sufîietorum  supra- 
dictorum  et  eos  adducere  ad  dictum  locum,  et  inde,  quando  dicta 
campana  esset  completta,  reducere  in  locis  in  quibus  eos  ceperat, 
et  pro  pari  adducendo  et  reducendo,  sicut  ordinatuni  fuerat  per 
magistrum  Remondum  de  TemploS  xvi  d.  val.  xxii  s.  p. 

Summa  parcium  :  xxxvii  lib.  vi  s.  viii  d.  lev. 

Expensa  facta  pro  operariis  et  sufflatoribus  supradictis,  scili- 
cet  pro  commestione  matutinali,  antequam  inciperent  sufflare  et 
postquam  campana  ftiit  liquefacta,  pro  eorum  prandio,  et  fuerunt 
ad  faciendum  dictam  expensam  tam  sufflatores  quam  adjutores 
usque  adnuraerum  vi^^  persouarum  et  plus.  Et  primo  : 

Pro  xvi*^'™  duodenis  pani  empti  in  platea  Mauberti,  pro  duo- 
dena  xxii  d.  valent  xxix  s.  iiii  d. 

Pro  una  cauda  vini  rubei  empta  a  Johanne  Candelario  capta 
ad  signum  Gaude  Yulpis  prope  ecclesiam  Sancte  Marine  iiiiliv. 

Pro  adducendo  dictam  caudam  vini  ad  clarum,  ac  eciam  in 
cave  (sic)  logie  prope  ecclesiam  S.  Dionisii  de  Passu  ponendo  et 
assedendo  iiii  s. 

Johanni  Henrici,  carnificis  (sic)  apud  S,  Germanum  de  Pratis 
commoranti,  pro  mutonibus  et  pro  uno  quarterio  bovis  xlviii  s. 


1.  Raimond  du  Temple,  l'arohilecle  du  Louvre,  était  maçon  juré  du  chapitre 
et  figure  souvenl  en  cette  qualité  dans  les  rejjistres  capilulaires.  Vo\.  sur  cet 
artiste  les  titres  publiés  par  M.  Quiclierat,  Bibl.  de  l'École  des  cli.,  1"  série. 
I.  111,  p.  55. 


373 

Pro  sale  ad  salsandum  dictas  carnes  et  pro  prandioiiii  s. 

Pro  senapio  iiis. 

Pro  racemis  per  dominos  meos  expensis  iiii  s.  viii  d. 

Johannete  de  Aurelianis,  ante  signum  Ursi  et  Leonis  commo- 
ranti,  pro  oleribus  iii  s. 

Pro  semicentiim  de  costeretis  emptis  in  buscheria  Parvi  Pontis 
et  pro  apportagio  vi  s. 

Pro  tribus  quarteronis  de  essaule  ad  faciendum  scissoria' 
xviii  d. 

Pro  potis  et  godetis  terre  iiii  s'. 

Pro  piris  ad  dandum  sufflatoribus  faciendo  negocium  iiii  s. 

Johanni  Régis,  commoranti  in  vico  Galandie,pro  locagio  map- 
parum  et  manutergioriim  vi  s. 

Pro  locagio  scutellarum  et  potorum  de  stanno  vi  s. 

Pro  portando  et  repportando  dictos  potos  et  scutellas  viii  d. 

Pro  locagio  vesselamenti  coquine  xx  d. 

Duobus  portitoribus  aque  ii  s.  viii  d. 

Pro  uno  coquo,  cum  duobus  formulis  proparandio(sic)  cibaria 
vi  s. 

Pluribus  adjutoribus  qui  fuerunt  ad  querendum  et  repportan- 
dum  mensas,  formas  et  trestellos  qui  ibi  neccessaria  erant  iiii  s. 

Summa  x  lib.  xviii  s.  vi  d.  lev. 

Expensa  facta  pro  salario  operariorum  qui  dictam  campanam 
fuderunt,  suspenderunt  ac  eciam  in  loco  ubi  est  posuerunt  et 
assederunt.  Et  primo  : 

Thome  de  Claville^  sainterio  ~  Parisius  commoranti,  pro  fun- 
dendoet  dictam  campanam  faciendo  propriis  sumptibus  et  expen- 
sis suis,  exceptis  suffletis,  sufflatoribus  et  expensis  hic  superius 
scriptis,  ex  foro  cum  dicto  Thoma  facto  ii°  fr.  val.  viii^^  lib. 

Johanni  deHaya,  carpentatori  jurato  dicte  ecclesie,  pro  addu- 
cendo  dictam  campanam  de  loco  ubi  fuerat  liquefacta  ad  eccle- 
siam,  et  illam  ascendendo  et  ponendo  in  loco  suo  debito,  ex  foro 
facto  inter  dominos  meos  de  capitulo  et  dictum  Johannem  xxxii 
lib. 

I.  Bardeaux  pour  faire  des  tranchoirs,  c'est-à-dire  des  rondelles  sur  les- 
quelles on  coupait  les  aliments. 

1.  Suinieriits,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  Du  Gange,  signifie  fondeur  de  cloches 
et  a  élé  fait  sur  le  vieux  nom  français  des  cloches  saints,  que  le  rédacteur  du 
compte  a  fait  dériver  ilesundl,  tandis  qu'il  se  rattache  h  signa. 


374 

Pro  uno  bracali  de  corio  Hongarie,  empto  in  magno  vico  S. 
Dionisii  pro  dicta  campana,  et  soluto  iii  presentia  Pétri  dicti  du 
Marches  alias  Pouret,  pulsatori  dicte  ecclesie  xviii  s. 

Prouna  buscla  cumcavillia  ferri  dicto  bracalli  neccessaria  ii  s. 

Summa  :  ix^^  xiii  lib.  lev. 

Expensa  facta  pro  defferrando  antiquam  campanam  fractam  et 
ferrando  novam.  Et  primo  : 

Tliome  de  Belvaco,  l'abro,  pro  reformando  et  fabricando  de  no- 
Yo  duas  magnas  virolas,  que  sunt  in  duobus  extremitatibus 
tî'eullii  et  rotonditare. 

Pro  refabricando  duas  magnas  gallice  esquierres  per  longum, 
et  illas  facere  quadratas,  et  in  ipsis  celibem  ponere  circa  duas 
extremitates  et  elongare  alias  duas  extremitates  qui  transeunt 
perdesuper  treulium  de  longitudine  unius  pedis  quolibet,  et  perfo- 
rare,  sicut  decet. 

Pro  refabricando  la  maistre  haigne  gallice,  etillam  ponere  in 
sua  rotonditate  in  duabus  extremitatibus  de  alto,  et  amovere  ma- 
lum  ferrum,  et  elongare  quamlibet  extremitatem  de  semipede  et 
perforare  hérissas  que  ad  liée  pertinent.  Pro  rafabricando  et  po- 
nendo  in  eorum  statu  duas  gallice  forces,  quatuor  gaUice  es- 
triers,  et  illa  elongare  in  qualibet  extremitate  de  longitudine  semi- 
pedis.  Pro  refabricando  duos  conos  ferri  qui  sunt  desuper  duas 
magnas  esquierras,  quilibet  conus  de  uno  pede  cum  dimidio  in 
longum.  Pro  refabricando  duos  alios  parvos  estriers  gallice,  qui 
sunt  per  médium  duorum  magnarum  esquierres,  que  vadunt  in 
ascendendo,  et  facere  foramina  quadrata  et  tradere  clavos  et 
roellas  qui  pertinent  ad  factum,  et  totum  per  ordinationera  Jo- 
hannis  de  Haja,  carpentarii  jurati  ecclesie.  Pro  toto  vihb.  viii  s. 

Predicto  Thome  pro  duabus  bendis  ferri,  quelibet  duorum  pe- 
dum  cum  dimidio  longitudinis,  ad  ligandum  gallice  le  fieau  dicte 
campane,  et  pro  quinque  grossis  cavillis  ferri  in  dicto  fléau  posi- 
tis,  et  pro  una  belleria  in  dicta  campana  situata,  totum  insimul 
ponderans  Iviii  lib.  cum  dimidia  ferri  Iviii  s. 

Summa  ix  lib.  vi  s.  lev. 

Alla  expensa  pro  emptione  merreni  pro  repparacione  scolarum 
S.  Dionisii  de  Passu,  ubi  molum  dicte  campane  fuit  factum,  et  pro 
faciendounamchargiam,  ^alYxce  charge,  adponendum  super  tro- 
lium  predicte  campane,  ac  eciam  pro  salario  carpentariorum.  Et 
primo  : 


373 

Johanni  le  Brancha,  commoranti  in  Mortalaria,  pro  una  pecia 
merreni,  pro  laciendo  predictam  chargiam,  empta  per  Johannem 
de  jHaya,  carpentarium  ecclesie  xxxvi  s. 

Pro  duabus  aliis  peciis  merreni,  ad  faciendum  le  fieau  dicte 
campane  viii  s. 

Pro  adducendo  dictiim  merrenum,  et  in  quadriga  onerando,  et 
ponendo  infra  ecclesiam  iiii  s. 

Dicto  Johanni  et  socio  suo,  pro  seccando  dictam  peciam  in  duas 
partes,  cum  aliomerreio  (sic)  pro  repparatione  dictarum  scolarum 
viii  s. 

Thome  Sainterio,  pro  iiii*""  peciis  merreni  ab  eodem  emptis  pro 
eadem  causa  xx  s. 

Dominico  Pilot  et  Johanni  Juppin,  carpentariis,  pro  operando 
in  dicta  repparacione  in  septimana  incipiente  die  Sabbati  xiiii^  die 
mensis  octobris,  quilibet  per  très  dies,  pro  die  v  s.  cuilibet,  val. 
XXX  s. 

Guillelmo  Britonis,  hucherio  in  platea  Mauberti  commoranti, 
pro  repparando  et  reformando  bancos  et  scanna  scolarum  S.  Dio- 
nisii  de  Passu,  ubipredictummolum  campane  fuit  factum,  quequi- 
dem  scanna  fuerunt  fracta  et  dirrupta  pro  dicto  facto  campane 
V  s. 

Pro  clavis  ad  hoc  neccessariis  xii  d.  . 

Summa  :  cxii  s.  lev. 

Expensa  pro  lathomia  facta  in  claustro  capituh  et  in  ecclesia 
pro  eodem  facto  et  pro  portando  terras  et  gravesia  ad  terrale.  Et 
primo  : 

Berthaudo  de  Grigny,  scissori  lapidum,  pro  deassedendo  co- 
lumpnas  et  artus  de  claustro,  qui  fuerunt  pro  facto  campane 
amoti,  in  quo  negocio  laboravit  per  unam  diem  in  septimana 
incipiente  lune  xxviii  die  augusti  v  s. 

Guillelmo  dicto  d'Istreville,  Johanni  Filleul  et  Johanni  de  Tem- 
plo,  pro  simili  causa,  quilibet  pro  una  die  v  s.  val.  xv  s. 

Guillelmo  de  Lozana,  adjutori,  pro  una  die  ii  s.  iiii  d. 

Pro  duobus  saccis  plastri  ii  s. 

Summa  :  xxiiiis.  iiiid. 

Dicto  Berthaudo,  pro  reassedendo  dictas  columpnas  et  artus, 
postquam  dicta  campana  fuerat  facta  et  completta  in  septimana 
fînientexxv  die  mensis  septembris,  pro  duobus  diebus  x  s.  Thome 
Dantgille,  pro  duobus  diebus  pro  eadem  causa  x  s.  Guillelmo  de 
Lozana  et  Johanni  Moreau,  adjutoribus,  quilibet  per  duos  dies, 


376 

cuilibet  pro  die  ii  s.  iiii  d.  val.  ix  s.  iiii  d.  Simoni  Burneau,  pro 
una  via  plastri  vii  s.  Petro  Belon  et  Guillelmo  de  Montargiaco, 
pro  portando  gravesia  ad  terrale,  de  dicta  lathomia  provenientia 
et  pro  reiniplendo  fossam  ubi  dicta  campana  fuit  facta,  quilibet 
per  duos  dies,  pro  die  ii  s.  iiii  d.  val.  ix  s.  iiii  d. 

Somma  :  xlv  s.  viiid. 

Predictis  Thome  Dantgille  et  Bertbaudo  de  Grignjs  scissoribus 
lapidum,  pro  operando  in  septimana  finiente  ultima  die  septem- 
bris,  ad  repparanduin  pavimentum  in  introitu  ecclesie  in  loco 
ubi  dicta  campana  l'uerat  cassata  in  minutis  peciis,  cuilibet  v  s. 
pro  die  val.  l  s.  Guillelmo  de  Lozana,  adjutori,  per  quinque  dies, 
pro  die  ii  s.  iiiid.  val.  xi  s.  viii  d. 

Simoni  Burneau,  plastrario,  pro  xiii^''"  saccis  plastri  ad  facien- 
dum  dictum  pavimentum,  modio  xxviii  s.  val.  xi  s.  iiii  d.  ob.  Pe- 
tro Munerii,  pro  portando  gravesia  ad  terrale,  provenientia  ex 
dicto  pavimento,  pro  una  die  ii  s.  iiiid. 

Summa  :  iiii  lib.  xv  s.  iiii  d.  ob. 

Johanni  dicto  le  Corbilloys,  lathomo,  pro  operando  in  septi- 
mana tiniente  sabbato  xxviii^  die  mensis  octobris,  ad  repparan- 
dum  et  reformandum  muros  et  clausuras  logie  et  scolarum  juxta 
ecclesiam  S.  Dionisii  de  Passu  existentium,  qui  fuerunt  rupti  et 
dilacerati  propter  causam  dicte  campane,  in  quo  negocio  opera- 
tus  fuit  per  iiii"''  dies  cum  dimidio  pro  quolibet  die  v  s.  val.  xxii 
s.  vi  d. 

Petro  Cailleuze,  adjutori,  pro  iiii°^"  diebus  cum  dimidio  et  pro 
die  ii  s.  val.  ix  s. 

Simoni  Burneau,  plastrario,  pro  quinque  viis  plastri,  modio 
xxiiii  s.  val.  xxx  s.  Eidem  pro  duobus  aliis  saccis  plastri  ii  s. 

JulianoMajoris  et  Johanni  Bonel,  pro  portando  gravesia  ad  ter- 
rale, que  venerunt  et  processeruut  de  dictis  mûris  et  clausuris  per 
unum  diem,  cuilibet  pro  die  ii  s.  val.  iiii  s.  summa  Ixviis.  vi  d. 

Johanni  Mandelot  et  Guillelmo  Gobet,  in  septimana  finiente 
sabbati  xi"  die  mensis  novembris,  pro  portando  terras  ad  terrale, 
de  quibus  fornax,  ubi  dicta  campana  fundita  e[s]t,  facta  fuerat, 
quilibet  per  quinque  dies,  pro  die  cuihbet  ii  s.  val.  xx  s. 

Pro  pena  et  salario  dicti  officiarii  vi  lib. 

Pro  scribendo,  ordinando  et  dupplicando  istum  presentem 
compotum  et  pro  papiro  et  pergameno  xl  s. 

Summa  xx  lib.  xii  s.  x  d.  ob.  lev. 

Somma  totahs  expense  iiii'^x  lib.  xvi  s.  vi  d.  ob.  lev.  Facta 


377 

deductione  de  recepta  superius  contenta,  que  est  iiii^  lib.,  misia 
ex[c]edit  receptam  in  x  lib.  xvi  s.  vi  d.  ob.,  que  debentur  dicto 
officiario. 

De  Socco. 

Auditus  fuit  presens  compotus  anno  Domini  millesimo  ccc" 
nonagesirao  vi°  mense  aprilis  die  xv. 

R.  DE  LONIACO. 


QUELQUES  MOTS 


SUR 


LES   «DICTATUS   PAP/E  » 


Les  célèbres  dictahts^  où  a  élé  formulé  au  xie  siècle  le  système 
de  la  toute-puissance  et  de  la  majesté  papales,  se  trouvent  inter- 
calés sans  date  dans  le  Registre  de  Grégoire  VII  entre  deux  lettres 
de  ce  pontife,  datées  l'une  et  l'autre  du  mois  de  mars  1075^.  Ces 
dictains  ont  donné  lieu,  comme  on  sait,  à  de  nombreux  débats.  On 
en  a  nié  l'authenticité  2,  et  plusieurs  écrivains  en  ont  attribué  la 
rédaction,  non  à  Grégoire  lui-même,  mais  à  un  partisan  de  ce  pape  3, 
Si  l'on  s'attache  au  sens  des  dUtatus^  il  n'y  a  point  de  raison  pour 
contester  que  Grégoire  en  ait  été  l'auteur  ;  car  l'esprit  de  ce  docu- 
ment se  retrouve  tout  entier  dans  les  idées  et  les  actes  de  ce  pontife. 
L'examen  du  texte,  abstraction  faite  de  sa  signification,  conduit 
à  la  même  conclusion.  Tel  est  du  moins  le  sentiment  d'un  érudit 
dont  l'autorité  est  considérable,  de  Giesebrecht,  qui  a  examiné  de 
près  le  manuscrit  original  aux  Archives  du  Vatican,  et  n'a  saisi  nul 
indice  trahissant  une  interpolation*.  Il  est  dès  lors  permis  de 
regarder  comme  véridique  la  rubrique  «  Dictatus  papse  »  inscrite  ici, 
comme  à  d'autres  endroits  du  Registre  de  Grégoire,  pour  indiquer, 
dans  les  pièces  qui  le  composent,  l'œuvre  personnelle  de  ce  pape. 

L'authenticité  des  Dictatus  une  fois  établie,  doit-on  croire,  avec 
Labbe^  et  Raronius^,  qu'ils  ont  été  proclamés  dans  le  synode  de 


l.Jaffé.  Monumenia  gregoriana,  \}.  I7'i-17G.  Bciolini,  18G5,  in-8°. 

2.  Fleury.  Uist.  eccL,  liv.  LXIII,  p.  408. 

3.  Voigt'  Vie  de  Grégoire  VII.  Trad.  Jager,  p.  380-382.  Paris,  1842,  in-8°. 

4.  Giesebreclil  :  Die  Geselzgebung  der  rœmischen  Kirche  zur  /eit  Grcgors  VII 
(Annuaire  historique  de  Munich,  1866). 

5.  Labb.  Concil.,  X,  p.  358. 

G.  Baron.,  Ann.  eccl.y  XVII,  p.  430. 


379 

carême  de  l'année  1076?  Assurément  non  ;  car,  outre  qu'il  faudrait 
expliquer  comment  ils  se  trouvent  insérés  dans  le  Registre  un  an 
avant  cette  date,  on  ne  saurait  admettre  qu'un  document  de  cette 
importance  eût  été  omis  dans  la  relation  des  actes  de  ce  synode, 
alors  que  d'ordinaire  le  rédacteur  du  Registre  mentionne  avec  détail 
les  événements  accomplis  dans  ces  sortes  d'assemblées.  D'un  autre 
côté,  on  ne  voit  dans  aucun  des  chroniqueurs  du  temps  que  les  Dic- 
tatus  aient  donné  lieu  à  une  notification  publique.  On  ne  peut  d'ail- 
leurs supposer  que  les  Dictatus  aient  été  expédiés,  sous  forme  de 
missive,  à  quelque  personnage.  La  nature  du  document,  non  moins 
que  l'absence  de  désignation  d'un  destinataire,  s'oppose  à  cette  opi- 
nion. D'après  ces  considérations,  on  est  amené,  ce  semble,  à  ne  voir 
dans  les  Dictatus  que  de  simples  notes  rassemblées  par  Grégoire, 
ou  tout  au  moins,  selon  que  le  mot  l'indique,  dictées  par  ce  pon- 
tife. 

Ces  Dictatus^  composés  de  vingt-sept  sentences  ou  aphorismes, 
paraissent  offrir,  en  effet,  quand  on  les  analyse  avec  soin,  le  carac- 
tère que  nous  leur  attribuons.  On  n'y  reconnaît  point  la  netteté  de 
style  habituelle  à  Grégoire,  et  qu'il  montre  si  visiblement  dans  sa 
correspondance.  La  rédaction  pèche  sur  certains  points  par  trop  de 
brièveté,  et,  sur  d'autres,  par  la  diffusion.  La  logique,  l'une  des 
qualités  de  Grégoire,  fait  également  défaut.  Les  sentences  se  succè- 
dent sans  ordre  saisissable  et  comme  si  nul  plan  n'eût  été  arrêté 
par  avance  dans  l'esprit  de  leur  auteur.  Telles  qui,  en  vertu  de  leur 
objet  commun,  ou  par  ce  que  l'une  est  le  corollaire  de  l'autre,  de- 
vraient être  rapprochées,  se  trouvent  au  contraire  à  distance,  et 
réciproquement.  Le  cadre  qui  les  embrasse  n'a  rien  de  précis  et 
pourrait  également  être  réduit  ou  s'étendre  davantage.  En  un  mot, 
les  Dictatus  ne  nous  semblent  pas  être  autre  chose  qu'un  résumé 
de  doctrine  tracé  à  la  hâte  sous  l'empire  de  circonstances  particu- 
lières qui  en  auraient  motivé  la  rédaction. 

Quelles  ont  pu  être  ces  circonstances?  Ni  l'une  ni  l'autre  des 
lettres,  entre  lesquelles  ont  été  intercalés  les  Dictatus^  ne  peuvent 
sur  ce  point  fournir  de  renseignements,  l'objet  de  ces  lettres  ne  se 
rapportant  en  rien  à  celui  des  Dictatus.  Les  biographes  de  Grégoire 
ne  renferment  également  aucune  indication.  Quelles  que  soient  ces 
circonstances,  elles  se  rattachent  évidemment  aux  vues  d'omnipuis- 
sance  que  poursuivait  Grégoire.  Or,  dans  le  Registre  de  ce  pontife, 
peu  avant  l'endroit  où  sont  inscrits  les  Dictatus,  se  lit  la  mention 
du  synode  des  24-28  février  -1075  :  synode  important  par  le  nombre 


380 

des  personnages  qui  s'y  rendirent,  et  dans  lequel  Grégoire  montra 
avec  quelle  hardiesse  il  entendait  user  des  prérogatives  attachées  au 
Saint-Siège,  On  peut  supposeï-  que  les  prétentions  qu'il  manifesta 
excitèrent  de  la  surprise,  et  l'intitulé  «  quid  valeani  ponti/iccs  ro- 
mani )),  placé  en  tête  des  Diciatus,  reproduit  peut-être  les  termes 
d'une  question  soulevée  alors  autour  de  lui  ;  peut-être  cette  ques- 
tion naquit-elle  uniquement  dans  son  esprit  à  la  suite  de  scrupules 
qu'il  aurait  conçus  lui-même.  Dans  l'un  ou  l'autre  cas,  il  aurait, 
quelques  jours  après  le  synode,  répondu  à  ces  doutes,  —  qu'ils 
vinssent  de  ses  amis  ou  de  lui-même,  — en  dictant  les  vingt-sept 
articles  qui  composent  les  Diclaius.  Ainsi  s^expliquerait  la  place 
occupée  dans  le  Registre  par  ce  document  qui,  inséré  entre  deux 
lettres  datées,  l'une  du  3,  et  l'autre  du  4  mars  ^075,  doit  nécessai- 
rement se  rapporter  à  une  date  approchante. 

Grégoire  était  très-versé  dans  les  livres  canoniques.  Il  invoque 
fréquemment,  dans  sa  correspondance,  les  traditions  de  l'Église  et 
les  écrits  des  Pères  ;  et,  en  particulier,  quand  il  parle  de  ses  préro- 
gatives, c'est  un  soin  qu'il  n'ouhlie  pas.  D'après  cela,  il  n'est  pas  à 
supposer  qu'il  ait  tiré  des  seules  hardiesses  de  sa  pensée  les  vingt- 
sept  sentences  des  Dictatus\  il  y  a  lieu  de  croire,  au  contraire,  qu'il 
s'aida  de  recherches  faites  antérieurement  dans  les  livres  canoni- 
ques. Transportant  dans  ses  Dictatus  le  résultat  de  ces  recherches, 
il  aura,  à  son  insu,  emprunté  aux  auteurs  qu'il  avait  consultés  cer- 
taines formes  de  langage  ;  ainsi  s'explique  le  mot  «  debemus  »  de  la 
sixième  sentence,  mot  étrange  de  la  part  de  Grégoire,  puisqu'il 
s'agit,  dans  les  Dictatus^  de  règles  imposées  par  le  Saint-Siège  et 
non  des  devoirs  qu'il  subit.  Il  y  a  plus  :  le  fait  de  ces  recherches 
est,  en  une  certaine  mesure,  attesté  par  Grégoire  qui,  à  l'appui  de 
la  sentence  n»  23,  cite  un  ancien  document  avec  une  précision  mi- 
nutieuse. Or  cette  citation  est  extraite  du  Pseudo-Isidore.  Il  est  cer- 
tain, d'autre  part,  que  toutes  ces  sentences,  à  n'en  regarder  que  la 
signification,  ne  sont  que  des  répétitions  ou  des  corollaires  directs  des 
Fausses  Décrétâtes. 

On  est  donc  autorisé  à  penser  que  les  recherches  opérées  par  Gré- 
goire ou,  d'après  ses  ordres,  par  quelqu'un  de  son  entourage,  ont 
porté  sur  le  recueil  d'Isidore.  L'usage  de  ce  recueil  paraît  être,  au 
reste,  familier  à  Grégoire;  car  il  en  a  reproduit  des  fragments,  parfois 
considérables,  à  divers  endroits  de  sa  correspondance'.  Nous  avons 

1,  Ephi.,  VIII,  '21;  VI,  .35;  VII,  2.  Dans   la    leUre  Yl,  35,  il  y  a  une  longue 


38^ 

comparé  le  texte  des  Dictatus  à  celui  d'Isidore  dans  l'excellente  édi- 
tion qu'en  a  donnée  Hinschius  '.  Nous  avons  ainsi,  pour  la  plupart 
des  sentences,  établi  des  rapprochements  qu'il  n'est  pas  sans  intérêt 
de  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur,  et  qui  contribueront  sans  doute 
à  lui  faire  accepter  comme  vraisemblable  le  procédé  attribué  par 
nous  au  rédacteur  des  Dictatus. 


Quod  Romand  ecclesia  a  solo  Domino  sit  fundata. 

«  Ecclesia  Romana...  Domino  instituante  prima  et  caput  caete- 
rarum  (ecclesiarum) .  »  Decr.  Julii-.  —  «  Nulli...  dubium  est 
quod  ecclesia  Romana  fundamentum  et  sors  sit  ecclesiarum,  a 
qua  omnes  ecclesias  principium  sumpsisse  nemo...  ignorât...  » 
Decr.  Pelagii  P.  —  «  Hsec  sacrosancta  Romana  apostolica 
ecclesia  non  ab  apostolis,  sed  ab  ipso  Domino...  primatum  obti- 
nuit.  »  Epist.  Anacleti"*. 

Quod  soins  Romanus  pontifeœ  jure  dicatur  universalis. 

«  Pietas  tua  evidenter  advertit  nunquam  quolibet  penitus 
hmnano  consilio  elevare  se  quemquam  posse  illius  (sedis  aposto- 
lic8eprœsulis)privilegio  vel  confession!  quem  Ghristi  tox  prœtu- 
lit  universis.  »  Epist.  Gelasii^.  —  «  Beato  Silvestro,  patri  nos- 
tro,  sumno  pontifici  et  universali,  urbis  Romœ  papse...  contradi- 
mus  palatium.  »  Exemplar  Constantini  imp.  ^. 

Quod  ille  solus  possit  deponere  episcoposvel  reconciliare . 

«  Episcoporum  judicia...  apostolicse  sedis  auctoritate  sunt 
agenda  et  finienda  »  Epist.  Marcelli^. 

Quod  cum  eœcommunicatis  ah  illo  inter  cœtera  nec  in 
eadem  domo  debemus  manere. 

«  Nec  loqui  (debetis)  bis  quibus  ipse  (sedis  apostolicse  prœsul) 
non  loquitur.  —  Si  quis  amicus  fuerit  liis  quibus  ipse  non  loqui- 


page  extraite  mot  pour  mot  du  pseudo-Isidore. 

1.  Decrelales  PseudoisidoriauEe,  éd.  Iliuscliius,  in-S". 

2.  Hinschius,  p.  459. 

3.  Hinschius,  p.  712.  Cf.  epist.  Marcelli,  ibid.,  p.  224. 

4.  Hinschius,  p.  83,  84. 

5.  Hinschius,  p.  639.  Ce  passage  de  Gelase  est  reproduit  dans  la  correspon- 
dance de  Grégoire,  epist.,  VIII,  21. 

6.  Hinschius,  p.  253. 

7.  Hinschius,  p.  224.  —  Cf.,  epist.  Anacleti,   ibid.,  p.  74;  epist.  Zeppherni, 
ibid.,  p.  132;  decr.  Julii,  ibid.,  p.  459. 

26 


382 

tur,  uniis  est  ex  iUis  qui  exterminare  ecclesiam  Dei  volunt.  » 
Epist.  Gementis  ^. 

Quod  solus  possit  uti  imperialibus  insigniis. 

«  Beato  Silvestro,  patri  nostro,  sunimo  pontifîci  et  imiversali, 
urbis  Roniœ  papae,  et  omnibus  ejus  successoribus  pontificibus  qui 
usque  in  finem  mundi  in  sede  Beati  Pétri  apostoli  erunt  sessuri, 
contradimus  palatium  imperii  nostri  Lateranense  quod  omnibus 
in  toto  oi'be  terrarum  pi'œfertur  atque  prœcellit  palatiis,  deiudè 

diadema,  videlicet  coronam  capitis  nostri etimperialia  scep- 

tra,  simulque  et  cuncta  signa  atque  banta  etiam  et  diversa  orna- 
raenta  imperialia  et  omnem  processionem  imperialis  cuhninis  et 
gloriam  potestatis  nostrse.  »  Exemplar  Constantini  imp.^ 

Quod  soliiis  papœ  pedes  omnes  p^rincipes  deosculentur. 

«  Licet  prsesideas  humano  generi  dignitate^  verum  tamen  prai- 
sulibus  rerum  divinarum  devotus  colla  subniittis...;  et  si  cunctis 
sacerdotibus  recte  divina  Iractantibus  fîdelium  convenit  colla  sub- 
mitti,  quantô  potiùs  sedis  illius  prœsuli?  »  Epist.  Gelasii  ad 
Anastas.  imp.^ 

Quod  un  liceat  imperatores  deponere. 

«  Nosti  inter  liœc...  ex  iUorum  (sacerdotum)  te  pendere  judi- 
cio,  non  illos  ad  tuam  velle  redigi  voluntatem.  »  Epist.  Gelasii 
ad  Anastas.  imp.^ 

1.  Hinschius,  p.  36.  Ce  passage  est  cité  par  Grégoire  (epist.  VIII,  21).  Le 
droit  de  délier  les  sujets  de  leur  fidélité  aux  princes  ennemis  de  l'Église  (sen- 
tence n"  27  des  Dictatus)  ressortant  naturellement  de  ces  etlets  de  l'excommu- 
nication, la  sentence  oii  ce  droit  est  formulé  peut  être  rapprochée  de  ce  passage. 

2.  Hinschius,  p.  253.  Ce  renvoi  à  Hinschius  avait  été  indiqué  par  Jaffé,  Mon. 
Gregor,  p.  174. 

3.  Hinschius,  p.  639.  Ce  passage  est  cité  par  Grégoire  (epist.  VHI,  21).  Au 
même  endroit  de  sa  correspondance,  se  trouve  une  citation  qui  peut  être  rap- 
prochée de  celte  sentence,  citation  puisée  par  lui  dans  un  livre  attrihué  à  saint 
Ambroise(rfe  dignitate  sacerdotali)  :  «  Si  reguni  fulgori  compares  (sublimitatem 
episcopalem)  et  principum  diademali,  longé  erit  inferius  quam  si  plumbi  me- 
tallum  ad  au  ri  fulgorcm  compares;  quippè  cum  videas  regum  colla  et  princi- 
pum submitti  genibus  sacerdotum,  et,  exosculata  eorum  dexlera,  orationibus 
eorum  credant  se  communiri.  »  L'un  des  arguments  familiers  de  Grégoire  c'est 
de  constater  les  prérogatives  dont  jouit  le  sacerdoce  à  ses  divers  degrés  et  de 
conclure  de  là  à  des  prérogatives  sans  égales  pour  le  Saint-Siège. 

4.  Hinschius,  p.  639.  Ce  passage  est  cité  par  Grégoire  (epist.  VIII,  21),  le- 
quel invoque  en  même  temps  cet  autre  passage  extrait  de  saint  Grégoire  :  «  Si 
quis  vero  regum,  sacerdotum,  judicum  atque  sœcularium  personnarum,  hanc 
constitutionis  nostra;  paginam  agnoscens,  contra  eam  venire  lemptaverit,  potes- 
tatis honorisque  sui  dignitate  careat  (S.  Gregorii  regist.  L.  XIII,  ep.  8).  « 


383 

Quod  illi  liceat  de  sede  ad  sedem,  necessitate  cogente, 
episcopos  transmutare. 

«  His  apostolicis  fultus  auctoritatibus,  muta  episcopum  causa 
necessitatis  aut  utilitatis  ;  quià  sicut  potestatem  habes  episcopos 
et  sacerdotes  regulariter  titulare  et  ordinare,  ità...  causa  neces- 
sitatis aut  utilitatis  habes  et  mutare  ac  de  titulo  ad  titulum  trans- 
latare.  »  Epist.  Pelagiill  ad  Benign.  archiepiscopum ^ 

Quod  nulla  synodus  àbsque  prœcepto  ejus  débet  gêner a- 
lis  vocari. 

«  A  sanctis  apostolis  successoribusque  eorum  in  antiquis  de- 
cretura  fuerat  statutis,  quse  hactenùs  sancta  et  universalis  apos- 
tolica  tenet  ecclesia,  non  oportere  preeter  sententiam  Romani 
pontificis  concilia  celebrari.  »  Decr.  Julii^  —  «  Synodum  sine 
ejus  auctoritate  fleri  non  est  catholicum  »  Decr.  Damas^. 

Quod  nullimi  ca2ntulum  nidlusque liber  canonicus  habea- 
tur  absque  illius  auctoritate. 

«  Opuscula,  tractatus  omnium  patrum  orthodoxorum  qui  in 
nullo  a  sanctse  ecclesise  Romanae  consortio  deviarunt,  nec  ab 
ejus  fide  vel  praedicatione  sejuncti  sunt...,  legendos  decernimus. 
Item  decretales  epistolas  quas  beatissimi  papse  diversis  tempori- 
bus  ab  urbe  Roma  dederunt...  Item  etc.  »  Decr.  Gelas,  «de  reci- 
piendis  et  non  recipiendis  libris"*.  » 

Quod  se7itentia  illius  a  nullo  debeat  retractari,  et  ipse 
omnium  solus  retractare  possit . 

Quod  a  nemine  ipse judicari debeat^. 

«  Canones  appellationes  totius  ecclesise  ad  hujus  sedis  (aposto- 
licse)  examen  voluere  deferri,  ab  ipsa  verô  prorsùs  nusquam 
appellari  debere  sanxerunt,  ac  per  hoc  illam  de  tota  ecclesia 
judicare,  ipsara  ad  nullius  commeare  judicium,  nec  de  ipsius  um- 


1.  Hinschius,  p.  729.  CeUe  lettre  du  pape  Pelage  II  est  adressée  àua  arche- 
vêque. Grégoire,  selon  sa  métbode,  applique  au  Saint-Siège,  dans  une  propor- 
tion plus  grande,  les  pouvoirs  attribués  à  ce  prélat.  Le  même  passage  peut  être 
cité  à  l'appui  de  la  sentence  suivante  :  Quod  de  omni  ecclesia,  quocumque 
voluerif,  clericum  valeat  ordinare. 

2.  Hinschius,  p.  459;  cf.  ejusd.  pap,  decr.,  ibid.,  p.  466,  471;  decr.  Pelagiill, 
ibid.,  p.  721. 

3.  Hinschius,  p.  503. 

4.  Hinschius,  p.  635-637. 

5.  Ces  deux  sentences  se  trouvent  reproduites  textuellement  par  Grégoire, 
epist.  VIII,  21. 


384 

quam  prœceperunt  judicio  judicari,  sententiamque  illius  consti- 
tuerunt  non  oportere  dissolvi.  »  Decr.  Gelasii'.  «  Niillo  modo 
potest  major  a  minoi-e  judicari.  »  Decr.  Julii~. 

Quod  nullus  audeat  condemnare  apostolicam  sedem 
appellantem. 

«  His  et  aliis  quamplurimis  documentis  manifestum  est  nul- 
liimdampnari  aut  suis  expoliari  rébus  debere  episcopum  qui  banc 
sanctam  sedem  interpellaverit  aut  sibi  defeusatricem  asciverit, 
donec  judicium  deeo  nostrae  apostobcœ  auctoritatis,  lioc  est  prin- 
cipis  apostolorum  Pétri,  agnoscat.  »  Decr.  Felicis  11'^ 

Quod  inajores  caiisœ  cujuscumque  ecclesiœ  ad  eam 
referri  debeant. 

«  Majores  et  difficiles  quœstiones ad  sedem  apostolicam 

semper  referantur.  »  Decr.  Pelagii  ir^.  —  «  Ad  eam  (apostoli- 
cam sedem)  quasi  ad  matrem  atque  apicem  omnes  majores  eccle- 
siœ... recurrant.  »  Decr.  Julii^. 

Quod  Roinana  ecclesia  nunquàm  erravit  nec  in  perpe- 
tuum,  scriptura  testante,  errabit. 

«  Haec  sancta  et  apostolica,  mater  omnium  ecclesiarum, 
Christi  ecclesia...  per  omnipotentis  Dei  gratiam  a  tramite  apos- 
tolicaj  traditionis  nunquàm  errasse  probabitur  nec  hereticis  no- 
vitatibus  depravanda  subcubuit.  »  Epist.  Marci  ad  Athanas^. 

Quod  Romanus  pontifex,  si  canonicè  fuerit  ordiiiatus, 
meritis  Beati  PetrH,  indubitanter  efficitur  sanctus,  testante 

1.  Hinschius,  p.  638. 

2.  Hinschius,  p.  459. 

3.  Hinschius,  p.  489.  Celle  idée  de  l'appel  au  Saint-Siège  se  représente  fré- 
quemment dans  les  fausses  décrétales.  «  Siquidem  ad  illam  (sedem  apostolicam), 
de  qualibet  mundi  parle  canones  appellare  voluerint,  ab  illa  aulem  uemo  sil 
appellare  permissus.  »  Decr,  Gelasii  Hinschius,  |).  643.  Cf.  epist.  Fabiani,  ibid. 
p.  168;  decr.  Damasi,  ibid.,  p.  507.  Ainsi  entendue,  cette  idée  était  féconde  en 
conséquences  ;  on  peut  y  rattacher  notamment  la  sentence  n"  24  :  Quod  illius 
prœcepto  et  licentia  subjectis  Uccat  accusare. 

4.  Hinschius,  p.  724. 

5.  Hinschius,  p.  459  et  466.  —  Epist.  Anadeti,  Hinschius,  p.  84,  epist.  Feli- 
cis I,  ibid.  p.  204  ;  decr.  Pelagii  I,  ibid.  p.  712. 

6.  Hinschius,  p.  454.  —  Cf.  epist.  Lucii,  ibid.,  p.  I7U;  epist.  Felicis  I,  ibid.. 
p.  205.  Celle  sentence  en  comprend  nécessairement  plusieurs  dont  elle  peut  »Hre 
considérée  comme  le  principe,  telles  (jue  la  sentence  antérieure  (n"  17):  Quod 
nullum  capiiulum  nullusque  liber  canonicus  habcatur  absque  illiiis  uuctoritate, 
et  l'avant  dernière  sentence  (n"  26)  :  Quod  caiholicus  non  habeatur,  qui  non 
concordat  Romanx  ecclesia. 


38d 

sancto  Ennodio  2}cipiensi  episcopo,  ei  multis  sanctis  patri- 
bus  faventïbus,  sicut  in  decretis  heati  Symmachi  continetur. 

«  Non  nos  Beatum  Petrum  a  Domino,  cum  sedis  privilegiis, 
vel  successores  ejus  peccandi  judicamus  licentiam  suscepisse.  Ille 
perennem  meritorum  dotem  cum  hereditate  innocentise  misit  ad 
posteros...  Quis  enim  sanctum  esse  dubitet  quem  apex  tantae 
dignitatis  (apostolicse)  atollit?  »  Decr.  Symmachi^. 

Quod  absque  sijnodali  conventu  ptossit  ejnscopos  deponere 
et  reconciliare. 

«  Sed  nec  illa  praeterimus  quod  apostolica  sedes  fréquenter, 
utdictumest,  more  majorum,  etiam  sineulla  synodo  prsecedente, 
exsolvendi  quas  synodus  iniqua  damnaverat,  et  damnandi,  nulla 
existente  synodo,  quas  opportuit,  habuerit  facultatem.  »  Decr. 
Gelasii^. 


En  s'appuyant,  comme  nous  le  croyons,  sur  le  recueil  d'Isidore 
pour  la  rédaction  des  Dkfahts,  Grégoire  considérait-il  ce  recueil 
comme  authentique?  La  solution  de  cette  question  n'intéresse  pas 
seulement  le  caractère  de  Grégoire;  au  point  de  vue  des  doctrines  et 
de  leur  développement  dans  l'Église,  elle  a  son  importance.  Mais 
cette  question  ne  rentrant  pas  dans  l'objet  spécial  que  nous  nous 
étions  proposé  en  écrivant  cet  article,  nous  ne  chercherons  pas  à  la 
résoudre, 

Félix  RocQUAiN. 


1.  Hinschius,  p.  666  et  675.  Cette  dernière  phrase  est  citée  dans  la  correspon- 
dance de  Grégoire  {EpisL  VIII,  21). 

2.  Hinschius,  p.  643.  Dans  cette  sentence  ([ui  est  la  vingt-cinquième,  l'auteur 
des  Dictatus  revient  sur  l'idée  exprimée  dans  la  sentence  n°  3  en  termes  presque 
identiques  :  Quod  ille  solus  possit  deponere  episcopos  vel  reconciliare.  Cette 
particularité,  applicable  à  d'autres  sentences,  est  une  preuve  du  peu  de  soin  qui 
a  présidé  à  la  confection  des  Dictatus. 


JOINVILLE 


ET    LES 


ENSEIGNEMENTS  DE  SAINT  LOUIS 

A    SON   FILS. 


Il  y  a  quelques  années  que  M.  Paul  Viollet  a  publié,  dans  la 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  S  un  savant  article  où  il  a 
essayé  de  démontrer  que  le  texte  le  plus  usuel  des  Enseignements 
de  saint  Louis  à  son  fils,  c'est-à-dire  le  texte  de  Joinville  et 
des  Grandes  Chroniques  de  Saint-Denis,  présente  plusieurs 
passages  très-suspects.  La  même  thèse  a  été  soutenue  tout 
récemment  par  le  R.  P.  Gros,  de  la  compagnie  de  Jésus,  dans 
son  livre  intitulé  :  Vie  intime  de  saint  Louis,  'roi  de  France''. 
Si  la  conclusion  des  deux  auteurs  est  la  même,  rien  n'est  plus 
différent  que  leur  méthode.  J'essaierai  d'établir  que  l'un  et  l'autre 
se  sont  trompés,  mais  je  ne  combattrai  ces  deux  adversaires  que 
successivement.  M.  Viollet  aurait  droit  de  se  plaindre  si  je 
confondais  sa  critique  mesurée  avec  les  affirmations  téméraires 
du  P.  Gros.  L'un  s'occupe  uniquement  de  discuter  le  texte  des 
Enseignements  de  saint  Louis;  l'autre  s'attaque  en  même  temps 
au  livre  même  de  Joinville  qu'il  prétend  avoir  été  altéré  par  des 
faussaires.  Je  me  hâte  de  proclamer  liautement  la  bonne  foi  du 
R.  P.  Gros,  qui  est  indubitable,  mais  qui  rend  d'autant  plus 
dangereuse  son  hérésie  historique  :  c'est  ainsi  que  je  qualifie  cette 

1.  Sixième  série,  tome  V,  p.  1-28- 

1.  1  vol.  ia-18,  Toulouse,  Ad.  Regnaull,  1872. 


387 

erreur  involontaire,  mais  funeste,  qu'il  faut  s'empresser  de 
combattre  avant  qu'elle  n'ait  pu  empoisonner  une  des  sources  les 
plus  pures  de  notre  histoire. 

Ce  que  je  reproche  particulièrement  au  P.  Gros,  ce  n'est  pas 
son  opinion  peu  favorable  au  texte  des  Enseignements  de  saint 
Louis,  tel  que  nous  le  trouvons  dans  les  manuscrits  de  Joinville; 
M.  Viollet  pense,  comme  lui,  que  les  articles  relatifs  aux  tailles 
et  aux  franchises  des  bonnes  villes  ne  sont  pas  l'œuvre  de  saint 
Louis,  et  qu'il  faut  les  rejeter  comme  des  interpolations.  J'ad- 
mettrai encore  que  le  même  savant  (si  ce  détail  ne  lui  avait  pas 
échappé)  aurait  jugé,  comme  le  P.  Gros,  qu'il  faut  rétablir  dans 
le  texte  des  Enseignements  une  phrase  où  saint  Louis  recom- 
mande à  son  fils  d'être  dévot  envers  l'Eglise  et  le  pape.  Mais  ce 
que  le  P.  Gros  lui  seul  affirme  hautement  et  à  plus  d'une  reprise, 
c'est  que  ces  altérations  du  texte  des  Enseignements  n'exis- 
taient pas  à  l'origine  dans  le  livre  de  Joinville  et  qu'elles  y 
ont  été  pratiquées  après  coup.  Enfin,  ce  qui  caractérise  mieux 
encore  son  hérésie  historique,  c'est  de  faire  planer  cette  accusa- 
tion de  fraude  sur  d'autres  passages  du  même  livre  qu'il  se 
réserve  de  signaler  en  temps  et  lieu.  «  On  ne  saurait,  dit-il, 
»  admettre  d'une  manière  absolue,  comme  vérités  liistoriques, 
»  tous  les  faits  racontés,  nous  ne  disons  pas  par  le  sire  de  Join- 
»  ville,  mais  dans  le  livre  publié  sous  son  nom.  » 

Ainsi  donc,  selon  le  P.  Gros,  Joinville  n'est  pas  l'auteur  de 
tous  les  récits  contenus  dans  l'histoire  qui  porte  son  nom  ;  cette 
histoire  ne  nous  est  par  Avenue  qu'altérée  par  des  faussaires.  Et  il 
ne  faut  pas  croire  que  le  P.  Gros  entende  parler  seidement  des 
anciennes  éditions  de  Joinville,  et  qu'il  excepte  de  sa  réprobation 
celles  qui  ont  paru  depuis  la  découverte  du  manuscrit  de  Bruxelles. 
Ce  serait  une  erreur  :  il  est  bien  vrai  que  le  P.  Gros  invoque,  on 
ne  sait  pourquoi,  à  l'appui  de  sa  thèse,  l'opinion  du  P.  Daniel, 
qui  n'a  connu  et  critiqué  que  les  éditions  anciennes,  où  il  existe 
en  effet  des  interpolations;  mais  il  n'est  pas  douteux  que  pour 
son  propre  compte  il  condamne  aussi  les  éditions  modernes,  et 
jusqu'au  manuscrit  qui  en  est  la  base  principale  :  «  Les  idées  qui 
»  se  répandirent  en  France,  avant  même  1350,  date  la  plus 
»  favorable  du  premier  manuscrit,  furent,  dit-il,  sur  certains 
»  objets,  si  violemment  opposées  aux  idées  du  siècle  de  saint 

1.  lulroductioD,  p.  xxvi. 


388 

»  Louis,  qu'il  fout,  à  cet  égard  du  moins,  ne  pas  admettre  sans 
»  contrôle  les  appréciations  ou  les  récits  publiés  sous  le  nom  du 
»  sire  de  JoinviUe*.  » 

J'affirme  au  contraire  que  les  éditions  modernes  de  Joinville 
ne  contiennent  pas  une  phrase  qui  n'ait  existé  dans  ses  manus- 
crits originaux;  que  le  texte  de  ce  livre,  tel  qu'il  est  établi 
maintenant,  est  authentique  depuis  le  premier  mot  jusqu'au 
dernier,  en  sorte  que  si  le  P.  Gros  y  reconnaît  des  idées  opposées 
aux  idées  du  règne  de  saint  Louis,  la  responsabilité  en  retombe 
sur  Joinville  et  non  sur  de  prétendus  faussaires  qui  n'ont  jamais 
existé.  Je  comprends  qu'il  ne  soit  pas  commode  d'engager  une 
lutte  avec  Joinville,  et  que  trouvant  dans  son  livre  des  apprécia- 
tions et  des  récits  qui  contrarient  le  système  qu'on  s'est  lait,  on 
aime  à  se  persuader  que  ce  sont  des  passages  de  mauvais  aloi 
dont  il  faut  débarrasser  le  livre  et  décharger  la  mémoire  de 
l'auteur.  Telle  est  l'illusion  qui  a  séduit  le  P.  Gros,  mais  qui  va 
s'évanouir  à  la  clarté  des  faits. 

Le  texte  de  Joinville,  tel  qu'il  est  établi  aujourd'hui,  est  conforme 
à  deux  exemplaires  authentiques,  l'un  offert  en  1309  ^  Louis  le 
Hutin  par  l'auteur  lui-même,  l'autre  servant  à  son  usage  person- 
nel et  conservé  dans  son  propre  château.  Ges  deux  exemplaires 
ont  péri  ;  mais  le  premier  est  représenté  par  une  copie  exécutée 
vers  l'an  1350  et  connue  sous  le  nom  de  manuscrit  de  Bruxelles, 
le  second  par  deux  copies  du  seizième  siècle,  dont  l'une  est  le 
manuscrit  de  Lucques  et  l'autre  le  manuscrit  de  M.  Brissart- 
Binet^.  Ge  qui  existe  à  la  fois  dans  la  copie  du  quatorzième  siècle, 
qui  représente  l'exemplaire  royal,  et  dans  celles  du  seizième,  qui 
représentent  l'exemplaire  de  l'auteur,  ne  peut  donc  y  avoir  été 
introduit  par  fraude,  puisque  la  même  interpolation  ne  peut  avoir 
été  concertée  entre  des  faussaires  qui  ne  se  connaissaient  pas,  et 
que  séparait  un  intervalle  de  deux  siècles.  Par  la  même  raison, 
ce  qui  manque  à  la  fois  dans  ces  mêmes  copies  ne  peut  non  plus 
en  avoir  été  retranché  fr'auduleusement.  Voilà,  dans  sa  simplicité 
et  dans  son  évidence,  le  fait  qui  détruit  radicalement  les  supposi- 
tions du  P.  Gros,  et  qui  défend  de  toute  atteinte  l'intégrité  du 


1.  lalioduclion,  p.  xxxii. 

■2.  Le  manuscril  de,  Bruxelles  (13568  du  fonds  français)  el  le  manuscril  de 
Lueques  (10148  du  même  fonds)  appartiennent  à  la  Bibliothèque  nationale 
depuis  le  siècle  dernier. 


389 

texte  de  Joinville.  Je  reprends,  pour  les  justifier  une  à  une,  les 
circonstances  principales  de  ce  fait.  Le  manuscrit  de  Bruxelles 
reprêsente-t-il  l'exemplaire  offert  à  Louis  le  Hutin  ?  Oui ,  parce 
qu'il  reproduit  un  exemplaire  de  luxe,  autre  que  celui  de  l'auteur; 
car  si  les  deux  grandes  miniatures  dont  il  est  orné  ont  leur 
équivalent  .dans  le  manuscrit  de  Lucques,  en  revanche  on  n'y 
trouve  pas,  comme  dans  ce  dernier  manuscrit,  avant  le  début  du 
texte,  un  avertissement  explicatif  suivi  de  quatre  petites  miniatures 
qui  peignent  les  quatre  circonstances  où  saint  Louis  mit  son  corps 
en  aventure  de  mort  ;  et  d'un  autre  côté,  on  j  trouve,  à  la  fin, 
une  date  du  mois  d'octobre  1309,  qui  manque  dans  le  manuscrit 
de  Lucques. 

Le  manuscrit  de  Lucques  représente-t-il  l'exemplaire  de  l'au- 
teur? Oui,  parce  qu'il  offre,  au  frontispice  même,  pour  certificat 
d'origine,  un  écu  écartelé  aux  armes  d'Antoinette  de  Bourbon  et 
de  Claude  de  Lorraine,  baron  de  Joinville,  qui  furent  enterrés 
l'un  et  l'autre  dans  la  collégiale  de  Saint-Laurent  de  Joinville,  et 
qui  seuls  pouvaient  posséder  l'exemplaire  de  l'auteur.  J'ajoute 
que  dans  l'avertissement  explicatifdont  le  manuscrit  de  Bruxelles 
est  dépourvu,  c'est  Joinville  lui-même  qui  parle  en  son  nom,  et 
que  le  copiste  du  seizième  siècle  y  a  conservé  à  son  insu,  comme 
dans  le  corps  du  texte,  des  traces  incontestables  de  la  langue  et 
de  l'orthographe  de  l'auteur. 

Le  manuscrit  de  M.  Brissart-Binet,  qui  est  dépourvu  des 
armoiries,  des  miniatures  et  de  l'avertissement  explicatif  du 
manuscrit  de  Lucques,  peut-il  néanmoins  représenter  l'exemplaire 
de  l'auteur?  Oui,  parce  que,  copié  dans  le  même  temps  que  le 
manuscrit  de  Lucques,  il  renferme  un  texte  identique,  où  sub- 
sistent aussi,  dans  un  certain  nombre  d'archaïsmes,  des  traces 
incontestables  de  la  langue  et  de  l'orthographe  de  l'auteur.  Il 
sert  d'ailleurs  à  combler  deux  grandes  lacunes  qui  existent  dans 
le  manuscrit  de  Lucques,  du  chapitre  lxvi  au  chapitre  lxxiv, 
et  du  chapitre  xciv  au  chapitre  cii. 

En  dehors  de  ces  deux  grandes  lacunes  du  manuscrit  de 
Lucques,  si  heureusement  comblées  par  celui  de  M.  Brissart- 
Binet,  en  existe-t-il  d'autres  qui  puissent  porter  quelque  atteinte 
à  l'intégrité  du  texte  de  Joinville?  Non,  il  existe  seulement  de 
courtes  omissions,  comme  les  copistes  en  commettent  toujours, 
qui  sont  d'ailleurs  particulières  à  tel  ou  tel  manuscrit,  et  que 
tel  ou  tel  autre  manuscrit  permet  de  combler.  Peut-on  signa- 


890 

1er  au  contraire  des  passages  suspects  qui  résulteraient  de 
quelque  interpolation  frauduleuse?  On  trouve  seulement  à  la 
page  78  du  manuscrit  de  M.  Brissart-Binet,  une  courte  anecdote 
qu'on  ne  peut  attribuer  à  Joinville,  dont  elle  interrompt  brusque- 
ment le  récit;  mais  le  copiste,  qui  a  transcrit  cette  anecdote,  n'a 
pas  eu  intention  de  la  iaire  accepter  comme  appartenant  au  texte 
original  ;  et  d'aiJJeurs  le  contrôle  des  deux  autres  manuscrits  ne 
permettrait  pas  de  l'y  admettre.  Voit-on  enfin  qu'il  y  ait  eu 
quelques  tentatives  pour  dénaturer  ou  altérer  le  fond  des  idées  ? 
Non,  il  existe  seulement  de  mauvaises  leçons,  qu'il  faut  attribuer, 
comme  les  lacunes,  à  l'inadvertance  des  copistes.  La  fraude 
n'apparaît  nuUe  part,  et  le  seul  changement  notable  qui  ait 
été  volontairement  apporté  au  texte  de  JoinviUe,  c'est  le  rajeu- 
nissement de  la  langue  dans  les  deux  copies  du  seizième  siècle, 
rajeunissement  qui  devait  faciliter  à  Antoinette  de  Bourbon 
l'intelligence  du  texte  original.  Mais  là  encore  le  contrôle  des 
manuscrits  s'exerce  avec  toute  son  efficacité,  et  permet  de  cons- 
tater qu'en  modifiant  la  forme  on  s'est  attaché  à  respecter  le  fond, 
qui  est  exactement  le  même  dans  les  manuscrits  du  seizième 
siècle  et  dans  celui  de  Bruxelles. 

Telle  est  pourtant  la  préoccupation  du  P.  Gi^os  qu'il  a  fermé 
les  yeux  à  l'évidence  de  ces  faits.  Il  les  a  connus,  puisqu'il  cite 
l'édition  des  œuvres  de  Joinville  où  ils  sont  exposés  ^  mais  il  les 
a  bien  mal  compris  puisqu'il  en  tire  la  conclusion  que  la  science 
actuelle  manque  des  matériaux  nécessaires  pour  reconstruire 
l'œuvre  de  Joinville^.  Veut-on  savoir  comment  il  qualifie  ces 
matériaux  ?  «  Il  faut  se  souvenir,  dit-il,  que  les  rares  manuscrits 
»  des  Mémoires  de  Joinville,  diffèrent  notablement  entre  eux,  et 
»  qu'il  n'en  est  pas  un  seul  où  l'on  ne  constate  d'évidentes 
»  lacunes  ou  d'évidentes  interpolations^.  »  Le  P.  Gros  a  le  droit 
sans  doute  de  contester  les  résidtats  auxquels  m'a  conduit  l'étude 
attentive  des  manuscrits;  mais  j'ai  le  droit  de  mon  côté  d'avertir 
qu'il  n'a  jamais  eu  occasion  de  voiries  manuscrits  qu'il  condamne. 
Il  ne  prend  même  pas  la  peine  de  discuter  lui-même  ce  qu'il 
conteste,  et  il  croit  avoir  assez  fait  quand  il  m'oppose  l'opinion 
de  Capperonnier,  de  Daunou,  de  Michaud  et  de  Poujoulat  ^  sur 


1.  Paris,  Adrien  Leclerc,  1867. 

2.  Introduction,  p.  xxx. 

3.  Page  xxviii.  —  4.  Page  xxix,  note  1. 


391 

l'infériorité  du  manuscrit  de  Lucques.  Mais  j'ai  proclamé  moi- 
même  l'infériorité  de  ce  manuscrit  ;  seulement  j'ai  constaté 
et  démontré  que,  malgré  cette  infériorité,  il  pouvait  rendre  de 
grands  services,  parce  qu'en  conservant  le  fond  de  la  pensée  de 
Joinville,  il  a  aussi  emprunté  directement  à  l'original  quelques 
traits  de  l'orthographe  et  de  la  langue  qui  ne  se  retrouvent  pas 
dans  le  manuscrit  de  Bruxelles.  Si  je  me  suis  trompé,  ce  ne  sont 
pas  des  savants  morts  avant  la  publication  de  mon  travail,  qui 
le  peuvent  savoir,  de  même  que  les  prétendues  interpolations  des 
éditions  modernes  de  Joinville  ne  peuvent  avoir  été  aperçues  par 
le  P.  Daniel,  qui  n'a  connu  que  les  anciennes.  On  voit  de  reste 
quelle  inexpérience  le  P.  Gros  apporte  dans  de  telles  discussions  ; 
mais  ce  qui  est  plus  regrettable  encore  c'est  qu'il  n'y  apporte  pas 
non  plus  le  calme  nécessaire. 

Le  P.  Gros  constate  qu'il  manque  dans  plusieurs  textes  fran- 
çais des  Enseignements  une  phrase  où  saint  Louis  recommande 
à  son  fils  d'être  dévot  à  l'Église  de  Rome  et  au  pape.  Il  n'a  pas 
admis  un  seul  instant  que  ce  pût  être  une  omission  involontaire  ; 
la  seule  explication  qui  se  soit  présentée  à  son  esprit  c'est  que  la 
phrase  avait  été  supprimée  frauduleusement.  Là  est  la  base  de 
son  système  contre  l'authenticité  du  texte  de  Joinville.  Gette  idée 
de  fraude  l'obsède  :  il  y  revient  peut-être  dix  fois  de  la  page 
XLviii  à  la  page  lv  de  son  introduction.  De  là  les  expressions  de 
texte  tronqué,  àe  traductions  mutilées,  àe  versions  falsifiées, 
de  fraude  anti-romaine.  Je  ne  fais  qu'un  choix,  et  cela  suffit 
pour  bien  faire  connaître  la  pensée  de  l'auteur.  JNlais  la  preuve 
de  ces  affirmations,  ou,  pour  être  plus  précis,  de  ces  accusations 
beaucoup  trop  répétées,  je  n'ai  pu  la  découmr  nulle  part. 
Cependant  il  eût  été  bien  nécessaire  de  la  donner,  car  une 
accusation  sans  preuve  ne  saurait  obtenir  de  crédit.  Veut-on 
savoir  pourquoi  la  preuve  n'a  pas  été  articidée?  c'est  parce 
qu'elle  n'existe  pas.  Le  P.  Gros  avait  besoin  d'un  faussaire  pour 
justifier  son  système,  et  son  imagination,  dont  il  devrait  se  défier 
davantage,  a  créé  le  fantôme  qui  s'est  joué  de  lui,  mais  qui  ne 
fera  illusion  qu'aux  plus  crédules  de  ses  lecteurs. 

En  efîét,  par  une  circonstance  véritablement  heureuse,  il  y  a 
moyen  d'opposer  aux  assertions  du  P.  Gros  une  réfutation  qui  a 
toute  la  clarté  de  l'évidence.  Voici  sa  pensée  exacte  en  ce  qui 
concerne  la  phrase  omise  dans  plusieurs  textes  des  Enseigne- 
ments :  un  article  fort  importim  a  été  sans  raison  éliminé  du 


392 

texte  de  Joinville  (pape  li)  ;  or  cet  article  existe  dans  le  texte  de 
Geoffroi  de  lîeaulieii,  que  nous  avons  tel  qu'il  sortit  des  mains 
de  son  auteur,  et  dans  celui  du  Confesseur  de  la  Reine,  dont  le 
manuscrit  date  de  la  fin  du  treizième  siècle,  tandis  que  le  plus 
ancien  manuscrit  de  Joinville  remonte  à  peine  à  1350  (page  lui). 
J'abrège  le  raisonnement  du  P.  Gros,  sans  en  altérer  la  clarté,  et 
j'y  réponds  en  disant  que  l'article  im2^ortun  n'a  pas  été  éliminé 
du  texte  de  Joinville,  attendu  qu'il  manquait  auparavant  dans  un 
manuscrit  de  la  fin  du  treizième  siècle,  manuscrit  au  moins  aussi 
ancien  que  celui  du  Confesseur,  aussi  digne  de  la  confiance  du 
P.  Gros,  et  antérieur  au  temps  où  Joinville  commença  d'écrire 
son  histoire.  Ce  manuscrit  est  celui  qui  renferme,  à  la  suite  de  la 
Vie  de  saint  Louis,  par  Geofiroi  de  Beaulieu,  un  texte  français 
des  Enseignements.  Ce  texte  est  de  la  même  main  et  de  la  même 
encre  que  l'ouvrage  auquel  il  est  joint  comme  pièce  justificative. 
Ainsi  s'écroule  le  système  des  fraudes  pratiquées  dans  le  texte  de 
Joinville  entre  la  publication  de  son  livre  en  1309  et  l'année 
1350,  date  approximative  du  plus  ancien  manuscrit  qui  nous  soit 
parvenu. 

Il  y  a  plus  :  Joinville  n'est  pas  le  premier  qui  ait  employé  ce 
texte  des  Enseignements  où  manque  la  phrase  relative  à  la  dévo- 
tion envers  l'Eglise  et  le  pape  :  Guillaume  de  Nangis  Ta  reproduit 
dans  sa  Vie  de  saint  Louis  en  français,  qtfil  écrivait  avant  la 
canonisation  du  saint  roi,  et  qui  renferme  plusieurs  autres 
passages  empruntés  par  lui  au  livre  de  Geofî'roi  de  Beaulieu.  Or 
Capperonnier,  qui  a  publié  le  premier  cet  ouvrage,  juge  le  carac- 
tère des  deux  manuscrits ^  dont  il  s'est  servi,  antérieur  à  la 
canonisation  de  saint  Louis,  et  les  savants  éditeurs  du  vingtième 
volume  des  Historiens  de  France  les  déclarent  à  leur  tour  de  la 
plus  haute  antiquité.  Voilà  donc  un  second  motif  pour  que  le 
P.  Gros  renonce  à  son  iUusion  et  à  son  système  :  au  lieu  d'une 
falsification  pratiquée  entre  les  années  1309  et  1350,  il  ne  s'agit 
plus  évidemment  que  d'une  simple  inadvertance  commise  avant 
la  fin  du  treizième  siècle. 

Le  P.  Gros  regrettera  sans  doute  d'avoir  méconnu  des  vérités 
aussi  incontestables;  il  le  regrettera  d'autant  plus  qu'il  a  consulté 
et  cité  les  ouvrages  d'où  je  les  tire  moi-même.  Il  a  bien  su  trou- 


1.  Coll).  9648.3.3  et  Gaign.  282,  auj.  n  '  4978  el  23277  du  fonds  français, 


393 

ver  ^  que  Capperonnier  parlait  du  manuscrit  de  Lucques  avec  une 
sorte  de  mépris;  pourquoi  n'a-t-il  pas  vu  aussi  que  le  même 
savant  déclare  le  manuscrit  de  Joinville,  qu'il  estimait  pourtant 
de  l'an  1309,  postérieur  à  ceux  qui  lui  fournissaient,  avec  la  Yie 
de  saint  Louis  par  Guillaume  de  Nangis,  un  texte  des  Enseigne- 
ments où  manquait  déjà  la  phrase  en  question?  Pourquoi  n'a-t-il 
pas  vu  que  Capperonnier  signale  cette  omission  à  la  page  285, 
en  disant  :  «  Le  texte  latin  ajoute,  sis  devotus  et  obediens  ma- 
»  tri  nostrœ  Romance  ecclesiœ  et  summo  Pontiflci  tanquarn. 
»  patri  spirituali  ?  »  Il  a  bien  su  citer,  d'après  la  page  26  du 
vingtième  volume  des  Historiens  de  France,  un  texte  français 
des  Enseignements  où  il  constate  cette  omission  ;  pourquoi  ne 
dit-il  pas  que  ce  texte  français  fait  suite  à  l'ouvrage  de  Geoffroi 
de  Beaulieu,  qu'il  est  contenu  dans  le  même  manuscrit,  et  que 
ce  manuscrit  est  des  plus  anciens,  perantiquum  et  optimœ 
notœ?  C'est  parce  que  dans  toutes  ses  recherches  il  a  pris  poui' 
guide  son  imagination,  et  que  demandant  à  l'histoire  des  ar- 
guments pour  le  système  dont  il  s'est  infatué,  il  a  passé  devant 
la  vérité  sans  la  voir  ou  sans  la  comprendre. 

Avant  de  répondre  raix  objections  exprimées  par  M.  Viollel 
sur  la  sincérité  de  certains  passages  des  Enseignements  de  saint 
Louis,  je  tiens  à  déclarer  que  ces  objections  ne  se  sont  formées 
dans  son  esprit  qu'après  une  étude  attentive  des  principaux 
manuscrits.  Mais  tout  en  reconnaissant  que  M.  Viollet  avait 
observé  exactement  la  plupart  des  faits,  j'ai  cru  m'apercevoir 
qu'il  avait  erré  sur  certains  points,  et  que  ses  conclusions 
n'étaient  pas  toutes  également  acceptables. 

M.  Viollet  s'était  proposé  surtout  de  frayer  le  chemin  à  qui- 
conque voudrait  préparer  une  édition  critique  des  Enseignements 
de  saint  Louis.  Cette  édition,  que  j'ai  entreprise  après  lui,  et 
qu'il  m'a  rendue  plus  facile,  sera  le  complément  naturel  de  ce 
mémoire  ;  mais  avant  d'examiner  jusqu'à  quel  point  il  est  pos- 
sible de  ramener  ce  texte  à  sa  forme  primitive,  il  en  faut 
déterminer  exactement  le  fond.  Or  c'est  précisément  sur  cette 
question  préliminaire  et  capitale  que  je  me  trouve  en  désaccord 
avec  M.  Viollet.  Il  croit  plus  sage  de  ne  pas  maintenir  dans  les 
Enseignements  de  saint  Louis  certains  passages  relatifs  aux 
tailles,  aux  gens  de  l'hôtel  du  roi  et  aux  bonnes  villes,  parce 

1.  Introduction,  p.  xxix,  note  1. 


394 

qu'on  n'en  trouve  aucune  trace  dans  la  plupart  des  manuscrits. 
Je  crois  au  contraire  que  l'autorité  de  certains  manuscrits  des 
Chroniques  de  Saint-Denis,  concourant  avec  celle  des  manuscrits 
de  Joinville,  suffit  pour  établir  l'authenticité  de  ces  mêmes  pas- 
sages. 

Voici  comment  M.  Viollet  justifie  son  opinion.  Il  n'y  a,  selon 
lui,  que  trois  sources  d'où  puissent  découler  les  Enseignements 
de  saint  Louis  tels  que  nous  les  connaissons:  1°  Texte  de  la 
Chambre  des  comptes  publié  d'après  le  registre  Noster  ou 
d'après  une  copie  de  ce  registre  par  Théveneau,  en  1627,  et  par 
Moreau  dans  le  tome  XX  de  ses  Discours  sur  l'Histoire  de  France  ; 
2"  Texte  du  Confesseur  de  la  reine  Marguerite,  qu'on  retrouve 
en  latin  dans  le  Moine  de  Saint-Denis  (Gilles  de  Pontoise); 
3"  Texte  abrégé  latin  inséré  par  Geoffroi  de  Beaulieu  dans  son 
opuscule  sur  la  vie  de  saint  Louis,  ou  texte  abrégé  français  placé 
à  la  suite  du  même  opuscule,  et  qui  peut  être  attribué  au  même 
auteur.  Tout  passage  qui  manque  à  la  fois  dans  les  deux  premiers 
textes  (Registre  Noster  et  Confesseur)  et  dans  le  texte  abrégé 
de  Geoffroi  de  Beaulieu,  est  par  cela  seul  suspect  à  M.  A^iollet.  Il 
n'admet  pas  même  que  les  manuscrits  où  ces  passages  se  trouvent 
puissent  constituer  une  famiUe  particulière,  parce  que  selon  lui 
le  texte  de  ces  manuscrits  dérive,  sauf  les  additions  suspectes,  du 
texte  abrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu. 

La  conclusion  de  M.  VioUet  n'est  pas  la  conséquence  rigou- 
reuse des  faits  qu'il  a  exposés;  mais  elle  deviendra  plus  contes- 
table encore  quand  j'aurai  plus  exactement  indiqué  quelles  sont 
les  sources  réelles  du  texte  des  Enseignements  de  saint  Louis. 
D'abord  en  ce  qui  concerne  la  version  la  plus  étendue,  que  je 
crois  néanmoins  incomplète,  il  n'y  a  pas  lieu  d'admettre  qu'elle 
découle  de  deux  sources  différentes,  parce  que  la  version  du 
registre  Noster  est,  tout  aussi  bien  que  celle  du  Confesseur,  une 
simple  traduction  du  texte  latin  des  Enseignements  que  GiUes  de 
Pontoise  a  emprunté  à  l'enquête  pour  la  canonisation  de  saint 
Louis.  M.  A'ioUet  reconnaît  que  le  texte  du  Confesseur  pourrait 
bien  n'être  qu'une  traduction,  mais  il  pense  que  celui  du  registre 
Noster  paraît  généralement  se  rapprocher  davantage  de  l'original*. 
Pour  moi,  après  les  avoir  comparés,  plu-ase  par  phrase,  avec  le 
texte  latin  de   GiUes  de  Pontoise,   je  crois    pouvoir   affirmer 

1.  Page  143. 


995 

qu'ils  ne  sont,  l'un  et  l'autre,  que  la  traduction  de  ce  texte  latin. 
Cette  hypothèse  peut  seule  expliquer  comment  ces  textes,  toujours 
conformes  pour  le  fond  des  idées,  diffèrent  si  souvent  dans  la 
forme,  et  comment  en  même  temps  celui-là  même  que  M.  VioUet 
considère  comme  plus  rapproché  de  l'original,  reste  dans  cer- 
taines parties  inférieur  à  l'autre ^ 

En  effet,  ces  différences  d'expressions  et  cette  supériorité 
alternative  de  l'un  et  de  l'autre  texte  n'ont  rien  que  de  naturel 
quand  on  y  voitl'œuvre  de  deux  traducteurs  différents,  qui  aj^ant 
eu  chacun  à  choisir  leurs  expressions,  ont  dû  réussir  tour  à  tour 
à  en  rencontrer  qui  étaient  plus  d'accord  avec  le  génie  de  la 
langue  du  treizième  siècle.  J'aurai  occasion  de  compléter  la 
démonstration  de  ce  fait  dans  la  dernière  partie  de  mon  mémoire; 
mais  ce  que  je  viens  de  dire  suffit  déjà  pour  étabhr,  au  moins  à 
titre  de  présomption  tout  à  fait  probable,  qu'il  n'y  a  pas  pour  le 
texte  le  plus  étendu  des  Enseignements  de  saint  Louis,  deux 
sources  différentes,  mais  une  seule  et  unique  source,  je  veux 
dire  le  texte  latin,  inséré  par  Gilles  de  Pontoise  dans  sa  Chro- 
nique^. 

Il  me  paraît  impossible  au  contraire  de  faire  dériver  d'une 
source  unique  tous  les  textes  abrégés  des  Enseignements  qui 
nous  sont  parvenus  en  français. 

Je  suis  d'accord  avec  M.  Viollet^  pour  penser  que  ces  textes 
français  ne  sont  pas  des  traductions  de  l'abrégé  latin  que  Geoffroi 
de  Beaulieu  déclare  lui-même  ^  avoir  fait  sur  une  copie  du  texte 
original.  Je  ne  conteste  pas  non  plus  qu'il  ne  puisse  être  l'auteur 
de  l'abrégé  français  transcrit  à  la  fin  de  sa  Vie  de  saint  Louis  ^, 
et  reproduit  dans  un  grand  nombre  de  manuscrits;  mais  je  ne 
puis  accorder  que  cet  abrégé  français  soit  la  source  d'un  autre 
texte  abrégé  qu'on  lit  dans  l'exemplaire  des  Chroniques  de 
Saint-Denis  conservé  à  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  et  dans 
le  manuscrit  2813  de  la  Bibliothèque  nationale. 

Je  ferai  remarquer  d'abord  que,  si  l'on  fait  abstraction  des 
passages  litigieux,  le  texte  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève 
est  d'un  tiers  plus  court  que  l'abrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu,  ce 

1.  Viollet,  p.  145. 

2.  Hist.  de  Fr.,  t.  xx,  p.  47. 

3.  Viollet,  p.  143. 

4.  Hist.  de  Fr.,  t.  xx,  p.  8. 

5.  Ib..  p.  26. 


396 

qui  indique  d'avance  que  ces  deux  textes  doivent  différer  dans 
un  f-rand  nombre  de  détails.   M.  Viollet  s'est  bien  aperçu  que  le 
conseil  rclatil'  à  la  liaine  du  péché  est  i)lus  court  et  mieux  conçu 
dans  le  textedelabildioLhèque  Sainte-Geneviève,  mais  il  en  conclut 
bien  à  tort  que  ce  texte  est  un  abrégé  de  celui  de  Geoffroi  de 
Beaulieu^  Puisqu'il  y  reconnaissait  avec  plus  de  brièveté  dans 
la  forme  plus  d'exactitude  dans  le  fond,  il  était  peu  naturel  de 
croire  que  l'auteur  de  cet  abrégé  avait  réussi  à  se  préserver  de 
l'erreur  commise  par  Geoffroi  de  Beaulieu  sans  avoir  eu  sous  les 
yeux  le  texte  original.    L'omission  d'un  passage  relatif  aux  . 
mauvaises  conversations,  devait  encore  induire  à  penser  que  le 
texte  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  n'avait  pas  pour  type 
celui  de  Geoffroi  de  Beaulieu.  Cependant  M.  Viollet  signale  cette 
omission  2  sans  en  tirer  aucune  conséquence.    Ce  fait  l'aurait 
certainement  frappé  s'il  eût  remarqué  dans  le  même  texte  l'omis- 
sion de  plusieurs  autres  passages  qui  existent  dans  l'abrégé  de 
Geoffroi  de  Beaulieu,  etqui  représentent  autant  de  conseils  différents 
adressés  par  saint  Louis  à  son  fils.  Ces  omissions,  que  j'indique 
dans  l'ordre  même  du  texte  de  Geoffroi  de  Beaulieu,  portent  sur 
les  conseils  suivants  :  réprimandes  du  confesseur  et  des  amis, 
bonnes  et  mauvaises  sociétés,  sermons  et  indidgences,  amour  du 
bien  et  haine  du  mal,  second  avis  pour  les  bienfaits  de  Dieu, 
ménager  les  gens  d'église  à  l'exemple   de  Philippe -Auguste, 
respect  des  parents,   apaiser  les  guerres  à  l'exemple  de  saint 
Martin,   troisième  avis  sur  les  bienfaits  de  Dieu.  Si  toutes  ces 
différences,  qui  sont  considérables,  ont  échappé  à  M.  Viollet, 
c'est  parce  qu'il  a  presque  toujours  oublié  le  texte  de  la  biblio- 
thèque de  Sainte-Geneviève  dans  les  nombreux  rapprochements 
qu'il  a  faits  entre  le  texte  le  plus  étendu  et  les  textes  abrégés. 
Il  était  surtout  occupé  de  montrer  que  le  texte  le  plus  étendu 
devait  être  préféré  aux  autres,    et  il  ne  s'est  pas  aperçu  que 
la  plupart  de  ses  citations  étaient  empruntées   à  des    éibrégés 
autres  que  celui  du  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Gene- 
viève. U  est  donc  certain  que  cet  abrégé  ne  doit  pas  être  englobé 
dans  des  conclusions  déduites  d'un  examen  où  il  n'a  pour  ainsi 
dire  pas  été  compris. 

En  dehors  des  différences  que  j'ai  signalées  tout  à  l'heure,  il 


1.  Page  137. 

2.  Page  140. 


397 

en  existe  d'autres  qui  empêchent  de  supposer  que  le  texte  du 
manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  dérive  de  celui  de 
Geoffroi  de  Beaulieu.  En  effet  le  premier,  qui  est  généralement 
le  plus  court,  offre  quelquefois  des  développements  qui  manquent 
dans  le  second.  Au  lieu  de  répéter,  après  Geoffroi  de  Beaulieu, 
se  aucun  a  afere  ou  querele  contre  toi,  l'auteur  de  l'abrégé 
contenu  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève 
ne  se  contente  pas  d'employer  d'autres  expressions,  en  disant 
se  aucuns  a  entrepris  querelle  contre  toi;  il  ajoute  ce  déve- 
loppement qui  manque  entièrement  dans  l'autre  texte,  j90Mr 
aucune  injure  ou  pour  aucun  tort  qu'il  li  soit  avis  que  tu 
H  faces.  De  même,  quand  au  lieu  de  aversité  on  trouve  aucune 
adversité  ou  aucioi  tonnent;  quand  on  voit  le  mot  pros- 
périté remplacé  par  habondance  de  bien;  quand  pour  équi- 
valent de  envers  tes  sougiés  on  lit  envers  ton  peuple  et 
envers  ta  gent  ;  quand  au  lieu  de  personnes  bonnes  et  dignes 
on  rencontre  bonnes  personnes  qui  soient  de  bonne  vie  et 
nete,  on  n'est  pas  amené  à  supposer  que  l'abrégé  qui  visait  à 
être  le  plus  concis  ait  eu  pour  type  en  tous  ces  passages  un  texte 
d'une  plus  grande  brièveté.  Comment  s'expliquer  en  effet  que  ce 
texte  plus  bref  n'ait  pas  été  préféré  à  des  formules  où  le  nombre 
lies  mots  augmentait  sans  rien  apprendre  de  plus  au  lecteur  ? 

Au  lieu  de  renvo}'er,  comme  je  le  pourrais,  à  d'autres  passages 
où  l'expression  emplojée  par  Geoffroi  de  Beaulieu  s'allonge  sans 
nécessité  pour  le  sens  dans  le  texte  de  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  je  préfère  signaler  une  pln'ase  où  le  second  texte 
.dérive  certainement  du  texte  original,  puisqu'il  en  reproduit  le 
sens  plus  exactement  que  le  premier.  Yovci  la  leçon  textuelle  de 
Gilles  de  Pontoise  où  je  rectifie,  après  collation  des  manuscrits, 
quelques  détails  du  texte  publié  dans  le  vingtième  volume  des 
Historiens  de  France  ^  :  «  Si  Dominus  Noster  mittat  tibi  aliquam 
»  persecutionem,  vel  inlîrmitatis,  vel  aliam,  tu  debes  [benivole 
»  sustinere,  et  debes]  ei  regratiari  et  scire  bonas  grates.  »  Saint 
Louis  recommande  ici  deux  choses,  d'abord  souffrir  patiemment 
l'adversité,  puis  en  rendre  grâces  et  en  savoir  bon  gré,  en 
d'autres  termes  se  résigner  et  remercier;  à  ces  deux  pensées 
distinctes  correspondent  deux  degrés  différents  de  la  vertu  chré- 
tienne. Geofîroi  de  Beaulieu  jette  ici  quelque  confusion  en  disant: 

1 .  Page  47  E. 

27 


39S 

«  Sueffre  la  en  bonne  grâce  et  en  bonne  patience.  »  Ou  bien  les 
mots  sucfj'i'e  la  en  bonne  grâce  figurent  connue  équivalent  de 
regratiari  et  sûire  hones  grates,  ou  bien  ils  représentent  beni- 
vole  sustinere.  Dans  le  premier  cas,  la  pensée  de  l'action  de 
grâces  est  obscurcie  par  une  expression  louclie  et  douteuse  ;  en 
outre  on  n'observe  plus  cette  gradation  par  laquelle  le  chrétien 
s'élève  de  la  résignation  à  la  reconnaissance.  Dans  le  second  cas, 
c'est  le  conseil  de  l'action  de  grâces,  c'est-à-dire  celui  de  la 
perfection  chrétienne ,  qui  disparaît  entièrement.  Que  l'on 
choisisse  l'une  ou  l'autre  de  ces  interprétations,  il  est  impossible 
de  retrouver  dans  l'abrégé  de  GeofiFroi  de  Beaulieu  les  deux 
pensées  de  saint  Louis  distinguées  et  coordonnées  comme  elles  le 
sont  dans  le  texte  latin.  Au  contraire  cette  double  condition  est 
remplie  dans  le  texte  du  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève  :  «  Reçoif  le  en  bonne  patience,  et  en  rent  grâces  à 
Dieu.  » 

Je  dois  d'autant  plus  insister  sur  la  différence  qui  existe  en  cet 
endroit  entre  la  leçon  contenue  dans  le  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque Sainte-Gene^•iève  et  celle  du  texte  français  attribué  par 
M.  Viollet  à  Geoffroi  de  Beaulieu,  que  je  puis  citer  ici  un 
exemple  frappant  de  la  confusion  involontaire  qui  s'est  établie 
dans  l'esprit  de  mon  savant  adversaire.  Il  s'est  lui-même  occupé 
spécialement  de  ce  passage,  afin  de  montrer  que  là  comme  ailleurs 
le  texte  de  l'enquête  était  préférable  aux  textes  abrégés.  Mais  ce 
qui  le  préoccupait  uniquement  c'était  de  signaler,  dans  la  seconde 
partie  de  la  phrase  dont  je  citais  tout  à  l'heure  le  commencement, 
une  omission  qui  est  en  effet  commune  à  tous  les  textes  abrégés. 
Or  il  est  parfaitement  exact  que  cette  pensée  de  saint  Louis,  qui 
complète  sa  doctrine  sur  les  épreuves,  debes  pensare  quod 
bene  me?misii,  et  hoc  et  plus  si  ipse  vellet,  n'est  pas  complè- 
tement reproduite  dans  les  textes  abrégés,  où  l'on  ne  retrouve 
pas  l'équivalent  des  mots  et  hoc  et  ^jIus  si  ipse  vellet.  Mais  ce 
qui  est  tout  à  fait  inexact  c'est  que  tous  les  textes  abrégés  soient 
ici  conçus  dans  les  mêmes  termes.  Cependant  M.  Viollet  s'est 
tellement  persuadé  à  lui-même  cette  prétendue  identité  que  son 
erreur,  devenue  pour  lui  un  argument,  l'entraîne  à  tromper, 
bien  involontairement,  ses  lecteurs;  car  il  cite  de  bonne  foi, 
comme  étant  commune  à  tous  ces  textes,  une  leçon  qui  n'est  ni  celle 
de  Geoffroi  de  Beaulieu,  ni  celle  de  Guillaume  de  Nangis,  ni  celle 
de  Juin\ille,  ni  celle  du  manuscrit  de  la  bibliothèque Sainte-Gene- 


399 


viève^  Voilà  pourquoi  il  ne  s'est  pas  aperçu  que  le  conseil  de 
l'action  de  grâces  est  exprimé  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève,  et  qu'assurément  le  texte  de  ce  manuscrit  ne 
peut  dériver  de  l'abrégé  français  de  Geoffroi  de  Beaulieu,  où  le 
même  conseil  ne  se  trouve  pas. 

Mais  ce  n'est  pas  seulement  en  cette  occasion  que  M.  Yiollet 
se  persuade  qu'il  a  comparé  entre  eux  les  textes  abrégés,  quoique 
presque  toujours  il  les  ait  seulement  comparés  au  texte  plus 
développé  de  l'enquête.  Sur  dix  passages  où  il  signale  la  supé- 
riorité du  texte  développé,  il  n'y  en  a  que  deux  où  il  parle 
du  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte  -  Geneviève,  et  c'est 
pour  constater  que  ce  manuscrit  diffère  de  l'abrégé  de  Geof- 
Iroi  de  Beaulieu,  d'une  part,  en  parlant  plus  exactement  de 
la  fuite  du  péché,  de  l'autre  en  ne  parlant  pas  de  la  médisance.  Il 
avait  certainement  perdu  de  vue  ce  manuscrit  lorsqu'il  reprochait 
aux  textes  abrégés  de  n'être  pas  complets  sur  le  conseil  de  se 
recueillir  au  moment  de  la  consécration,  parce  qu'Os  omettent  et 
une  2^iece  devant.  Il  est  bien  vrai  que  plusieurs  textes  abrégés, 
au  nombre  desquels  est  celui  de  Geoffroi  de  Beaulieu,  ont  pour 
caractère  commun  d'omettre  ces  mots  tout  en  exprimant  d'ailleurs 
le  conseil  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes.  Est-ce  aussi  le  carac- 
tère du  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève?  non,  car 
il  omet  le  conseil  tout  entier.  Ailleurs,  M.  VioUet  fait  observer 
que  dans  le  texte  de  l'enquête,  saint  Louis  dit  expressément  avoir 
recueilli  de  la  bouche  d'un  témoin  une  parole  de  Philippe- 
Auguste.  «  Ce  détail,  dit  M.  Viollet,  est  caractéristique  et 
»  tout  à  fait  personnel  ;  le  bon  roi,  avant  de  raconter  l'anecdote, 
»  cite  son  auteur:  et  y  est  oit  cil  qui  la  me  recorda.  »  Je 
reconnaîtrai  volontiers  que  le  besoin  d'abréger  a  fait  supprimer 
ce  trait  dans  le  texte  de  Geoffroi  de  Beaulieu  et  dans  les  textes 
qui  en  dérivent;  mais  je  dirai  que,  là  encore,  le  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  Sainte-Geneviève  devait  être  mis  à  part,  puisque, 
au  lieu  de  supprimer  le  trait  caractéristique,  il  omet  l'anecdote 
tout  entière.  Voici  un  grief  d'une  autre  nature  :  dans  le  texte  de 

1.  Ce  qu'il  cite  en  cet  endroit,  c'est  une  traduction  faite  par  Jean  de  Vignay 
sur  le  texte  latin  que  Primat  avait  emprunté  à  Geoffroi  de  Beaulieu.  On  a  dû 
faire  plusieurs  traductions  de  cet  abrégé  latin;  M.  Paul  Meyer  en  a  trouvé  une 
à  Londres  (Harl.  2253,  fol.  128  V).  1]  faut  se  garder  de  confondre  de  telles 
traductions  avec  les  abrégés  français  dont  je  parle  ici,  lesquels  dérivent  immé- 
diatement du  texte  original. 


400 

l'enquête,  saint  Louis  dit  à  son  iils,  «  je  t'enseigne  que  tu  aimes 
»  ta  mère  et  lionoures.»  Le  tort  des  textes  abi'éfjés,selonM.Viol- 
let,  serait  ici  d'avoir  inlrodiiit  une  addition  maladroite:  «  A  ton 
»  jif^'c  et  à  ta  mère  dois  tu  lioneur  et  révérence  porter.  »  J'exami- 
nerai plus  tard  si  les  mots  à  ton  père  sont  une  addition  qu'il 
faille  en  effet  proscrire;  mais  il  est  manifeste  dès  à  présent  que 
le  reproche  n'atteint  pas  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève  où  le  conseil  tout  entier  est  omis.  J'aurai  aussi  à 
examiner  si  la  pensée  de  saint  Louis  a  été  dénaturée  dans  les 
textes  abrégés  où  l'espérance  d'obtenir  de  plus  grands  bienfaits 
est  présentée  comme  un  motif  pour  remercier  Dieu  de  ceux  qu'on 
a  déjà  reçus.  Je  me  borne  à  dire  maintenant  que  cette  opinion, 
inacceptable  aux  yeux  de  M.  Viollet,  n'existe  pas  dans  le  manus- 
crit de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  où  la  phrase  entière  est 
encore  omise.  Assurément  ce  manuscrit  n'en  est  que  plus  défec- 
tueux dans  les  passages  que  je  viens  de  signaler,  mais  il  l'est 
d'une  autre  manière,  et  l'étendue  seule  des  lacunes  oblige  à  ne 
pas  le  confondre  avec  les  autres  textes  abrégés. 

Je  passe  à  la  dixième  et  dernière  comparaison  que  M.  Viollet 
a  établie  entre  le  texte  de  l'enquête  et  les  textes  abrégés.  Là,  plus 
que  partout  ailleurs,  il  a  perdu  de  vue  le  manuscrit  de  la  biblio- 
tlièque  Sainte-Geneviève,  puisqu'il  n'a  pas  signalé  ces  mots,  tien 
en  grant  viltéjuis,  qui  manquent  non-seulement  dans  l'abrégé 
de  Geoffroi  de  Beaulieu,  mais  dans  le  texte  même  de  l'enquête. 
Entre  les  dix  passages  que  M.  Viollet  a  examinés,  celui-ci  est  le 
septième  où  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève 
diffère  des  autres  abrégés.  J'en  ai  dit  assez  pour  montrer  que, 
de  cet  examen  une  seule  conclusion  pouvait  être  légitimement 
tirée,  à  savoir  que  le  texte  de  l'enquête  est  le  plus  complet  de 
tous.  Mais  quand  M.  Viollet  affirme  la  commune  origine  des 
textes  abrégés,  quand  il  annonce  que  si  une  nuance  de  la  pensée 
manque  dans  l'un  de  ces  textes,  on  peut  à  l'avance  être  certain 
qu'elle  manquera  dans  tous  les  autres,  il  affirme  ce  qu'il  n'a  pas 
suffisamment  vérifié,  il  annonce  ce  que  doit  démentir  uli  examen 
plus  complet  que  le  sien.  En  effet,  il  est  constant  que  l'abrégé  de 
Geoffroi  de  Beaulieu  altère  la  pensée  de  saint  Louis  sur  le  péché, 
qu'il  obscurcit  ou  supprime  le  conseil  de  l'action  de  grâces  dans 
les  épreuves,  qu'il  ne  dit  rien  de  la  politiqu(î  à  observer  avec  les 
Juifs,  tandis  que  le  texte  contenu  dans  le  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque Sainte-Geneviève  est  sur  tous  ces  points  plus  net  ou  plus 


404 

complet.  D'un  autre  côté  il  est  également  constant  que,  dans 
plusieurs  occasions,  le  même  manuscrit  omet  des  phrases  tout 
entières,  alors  que  l'abrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu,  et  les  textes 
qui  lui  ressemblent  habituellement,  reproduisent  ces  phrases 
moins  un  certain  nombre  de  mots  déterminés.  Donc  c'est  à  ces 
textes-là  seulement  qu'on  peut  assigner  pour  origine  l'abrégé  de 
Geoffroi  de  Beaulieu.  Quant  au  texte  du  manuscrit  de  la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève,  qui  omet  si  souvent  ce  que  l'autre  contient,  et 
qui  parfois  est  plus  exact,  plus  clair  ou  plus  complet,  il  dérive 
nécessairement  d'une  source  toute  différente. 

Ce  fait,  une  fois  constaté,  la  thèse  de  M.  VioUet  n'est  plus 
facile  à  défendre.  Il  opposait  aux  passages  contestés  l'accord  de 
tous  les  manuscrits  qui  pouvaient  constituer  une  famille  distincte; 
mais  cet  accord  n'existe  plus  du  moment  où  le  manuscrit  de  la 
bibliothèque  Sainte-Geneviève,  rattaché  à  sa  filiation  véritable, 
reprend  pai"  cela  même  l'autorité  qui  lui  est  propre. 

Il  est  temps  maintenant  de  s'occuper  du  texte  des  Enseigne- 
ments que  Joinville  a  inséré  dans  son  livre.  Comme  il  reproduit, 
sauf  un  petit  nombre  de  variantes,  l'abrégé  de  Geofi'roi  de  Beaulieu, 
et  que  d'un  autre  côté  il  y  ajoute  les  passages  dont  l'équivalent 
existe  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  il 
dérive  évidemment  de  l'une  et  de  l'autre  source.  Mais  ce  n'est  pas 
Joinville  qui  a  directement  puisé  à  ces  deux  sources  distinctes  ; 
c'est  l'auteur  de  l'ouvi'age  en  langue  vulgaire  ou  du  romant 
auquel  il  a  emprunté  le  complément  de  ses  propres  récits.  M.  Viol- 
let  n'est  pas  d'avis  que  ce  romant  pût  être,  comme  je  l'ai  conjec- 
turé, une  ancienne  Chronique  de  Saint-Denis.  Il  demande  ^  s'il  est 
possible  d'admettre  que  l'on  conservât  dans  l'abbaye  de  Saint- 
Denis  un  quatrième  texte  des  instructions  de  saint  Louis  à  son 
fils,  texte  duquel  dériveraient  celui  de  Joinville  et  celui  du 
manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  ÎNIais  cette  hypo- 
thèse, qui  n'a  d'ailleurs  selon  moi,  rien  d'invraisemblable,  n'est 
pas  nécessaire  pour  expliquer  la  composition  du  texte  des 
Enseignements  inséré  dans  le  livre  de  Joinville.  J'accorderai 
volontiers  que  la  combinaison  de  l'abrégé  de  Geoffroi  de  Beaidieu 
avec  les  éléments  propres  au  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  s'est  faite  en  dehors  de  l'abbaje  de  Saint-Denis.  Ce  qui 
importe  c'est  que  ces  éléments  ont  une  source  autre  que  l'abrégé 

1.  Page  147. 


'.02 

de  Geoffroi  de  Jteaulieu,  et  qu'une  simple  collation  a  «ulli  pour  les 
introduire  dans  le  texte  que  Joinville  nous  a  l'ait  connaître. 

Si  je  fais  cette  concession  à  M.  "^'iollet,  c'est  pour  poser  la 
question  dans  ses  termes  les  plus  simples.  Je  persiste  à  croire  que 
le  romant  dont  parle  Joinville  est  une  des  anciennes  rédactions 
des  Chroniques  de  Saint-Denis,  parce  que  je  retrouve  dans  ces 
anciennes  rédactions  tout  ce  qu'il  peut  avoir  emprunté  à  ce 
romant  ;  mais  il  est  inutile  de  compliquer  la  question  spéciale  de 
l'authenticité  du  texte  des  Enseignements  de  saint  Louis,  en  y 
mêlant  la  question  beaucoup  plus  complexe  de  l'origine  et  de 
l'accroissement  successif  des  Chroniques  de  Saint-Denise  J'ai 
prouvé  qu'un  exemplaire  ancien  de  ces  Chroniques,  le  manuscrit 
de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  qui  contient  les  passages 
controversés,  dérive  d'une  autre  source  que  l'abrégé  de  Geoffroi 
de  Beaulieu.  Ces  passages,  dont  l'équivalent,  combiné  avec 
l'abrégé  de  Geofiroi,  se  retrouve  dans  le  liATC  de  Joinville,  sont- 
ils  authentiques?  Telle  est  la  véritable  question  qu'il  faut  résoudre. 
Peu  importe  que  nous  ne  sachions  point  par  quelle  voie  ils  ont 
pu  pénétrer  dans  le  texte  de  Joinville,  si  nous  pouvons  acquérir 
la  certitude  qu'ils  font  réellement  partie  des  Enseignements 
adressés  par  saint  Louis  à  son  fils. 

M.  Yiollet  a  pris  soin  de  réunir  tous  ces  passages;  mais  il  s'est 
borné  à  citer  tantôt  le  texte  de  Joinville,  tantôt  celui  du  manu- 
scrit de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  :  il  m'a  paru  préférable  de 
placer  en  regard  l'une  et  l'autre  leçon. 


1.  Le  p.  Gros  reconnaît  que  ce  romoni  se  coniposail  en  partie  d'extraits  des 
Annales  de  Guillaume  de  Nangis,  des  Chroniques  de  Saint-Denis  et  dune 
traduction  de  l'œuvre  latine  de  GeolTroi  de  Beaulieu  ;  il  affirme  qu'il  s'y  trou- 
vait en  outre  certains  autres  faits  qui  n'ont  pas  la  même  valeur  historique 
parce  qu'ils  sont  étrangers  à  ces  trois  sources,  ce  qui  ne  l'empêche  pas  de  se 
demander  si  jamais  cette  compilation  française,  qu'il  dit  ne  plus  exister,  exista 
sous  cette  forme  (p.  xxvii  de  l'introduction).  Je  ne  comprends  pas  comment  on 
peut  tout  à  la  fois  connaître  les  élémenl-s  d'une  compilation,  en  ignorer  la  forme 
et  savoir  qu'elle  n'existe  plus. 


403 


TEXTE  DE  JOIINVILLE. 


Maintien  les  bones  coustumes 
de  ton  royaume,  et  les  mauvaises 
abaisse. 

Ne  couvoite  pas  sus  ton  peuple, 
ne  ne  le  charge  pas  de  toute  ne 
de  taille,  se  ce  n'est  pour  ta  grant 
nécessité. 

Garde  que  tu  aies  en  ta  com- 
paignie  preudomes  et  loiaus  qui 
ne  soient  pas  plein  de  convoitise, 
soient  religieus  soient  séculier. 


A  ce  dois  mettre l'enlente  com- 
ment tes  gens  et  li  sougiet  vivent 
en  pais  et  en  droiture  desouz  toy; 
meismement  les  bones  villes  et 
les  coustumes  de  ton  royaume 
garde  en  Testât  et  en  la  franchise 
où  ti  devancier  les  ont  gardées  ; 
et  se  il  y  a  aucune  chose  à  amen- 
der, si  l'amende  et  adresce,  et 
les  tien  en  faveur  et  en  amour. 
Car  par  la  force  et  par  les  riches- 
ces  des  grosses  villes,  douteront 
li  privé  et  li  estrange  de  mes- 
penre  envers  toy,  especialment  ti 
per  et  ti  baron. 


MAÎSDSCRIT  DE  LA  BIBLIOTHEQUE 
SAi:STE-GENEVIÈVE. 

Fai  les  bonnes  coustumes  gar- 
der de  ton  reamme,  les  mau- 
vaises abesse. 

Ne  couvoite  pas  seur  ton  pue- 
pie  toutes  ne  tailles,  se  ce  n'est 
pour  trop  grant  besoing. 


Garde  que  cil  de  ton  hostel 
soient  preudomme  et  loiaus,  et 
te  souviegne  de  l'Escripture  qui 
dit  :  a  Elige  viros  timentes  Deum, 
»  in  quibus  sit  justicia  et  qui 
»  oderint  avariciam;  »  c'est-à- 
dire  :  «  Aime  gent  qui  doutent 
»  Dieu,  et  qui  font  droite  justice 
»  et  qui  béent  convoitise;  «  et  tu 
profiteras  et  gouverneras  bien  ton 
reamme. 

A  ce  dois  tu  mètre  t'en  tente 
comment  tes  genz  et  ton  pueple 
puissent  vivre  en  pais  et  en  droi- 
ture, meesmement  les  bonnes 
villes  et  les  bonnes  citez  de  ton 
reamme;  et  les  garde  en  Testât 
et  en  la  franchise  où  tes  devan- 
ciers les  ont  gardez.  Quar  par  la 
force  de  tes  bonnes  citez  et  de 
tes  bonnes  villes  douteront  li 
puissant  homme  à  mesprendre 
envers  toy.  Il  me  souvient 
bien  de  Paris  et  des  bonnes 
villes  de  mon  reamme  qui 
me  aidierent  contre  les  barons 
quant  je  fui  nouvellement  cou- 
ronné. 


404 

.l'intervertirai  l'ordre  de  ces  passages  pour  m'occuper  d'al)ord 
d'une  petite  incise  ajoutée  dans  le  texte  de  JoinviUe  à  l'abrégé  de 
Geoffroi  de  Beaulieu  :  je  veux  parler  des  mois  cfui  ne  soient  pas 
plein  de  convoitise.  Assurément  ils  ne  changent  rien  au  sens 
de  la  phrase  où  saint  Louis  recommande  à  son  fils  de  faire  sa 
compagnie  des  gens  de  bien.    Ont-ils  disparu   de  l'abrégé   de 
Geoffroi  de  Beaulieu  pai"  l'inadvertance  d'un  copiste,  comme  le 
précepte  concernant  la  dévotion  à  l'Eglise  et  au  pape?  Ou  bien 
faut-il  y  voir  une  do  ces  gloses  qu'un  lecteur  ajoute  à  la  marge, 
et  qui  pénètrent  ensuite  dans  le  texte  parce  qu'on  les  a  prises 
pour  un  renvoi?  Peu  importe,  puisque  le  sens  reste  le  même,  et 
qu'on  ne  peut  soupçonner  de  fraude  quand  on  n'aperçoit  pas  de 
motif  qui  ait  pu  entraîner  à  la  commettre.  Seulement  je  dfjis  faire 
observer  qu'ici  encore  ce  n'est  pas  seulement  l'incise,  c'est  la 
phrase  entière  qui  manque  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève.  En  effet  l'avis  qu'on  y  trouve  relativement  au 
choix  des  gens  de  l'iiôtel  ne  doit  pas  se  confondre  avec  celui  dont 
je  viens  de  parler.  Dans  l'un  il  s'agit  des  relations  intimes  du  roi, 
dans  l'autre  de  l'administration  de  sa  maison.  Il  est  vrai  qu'il  est 
question  de  prudliommes  dans  l'un  et  dans  l'autre;  mais  ce 
n'est  pas  là  un  double  emploi.  Ce  mot  revient  souvent  dans  le 
texte  des  Enseignements  :  qu'il  s'agisse  de  choisir  un  confesseur, 
de  confier  ses  peines  ou  de  prendre  conseil  pour  la  coUation  des 
bénéfices,  c'est  toujours  à  des  prud'hommes  qu'il  faut  s'adresser. 
Ce  titre  de  prud'homme,  saint  Louis  le  préférait  à  tout  :  «  Car 
»  preudom  est  si  grans  chose,  disait-il,  et  si  bone  chose,  que 
»  neis  au  nommer,  emplist  il  la  bouclie'.   »  On  trouvera  donc 
tout  naturel  qu'il  ait  écrit  souvent  un  mot  qu'il  aimait  tant  à 
prononcer. 

Mais  ce  n'est  pas  seulement  l'emploi  de  ce  mot  qu'il  s'agit  de 
justifier,  c'est  le  passage  tout  entier  où  il  est  question  du  choix 
des  gens  de  l'hôtel.  M.  VioUet  le  signale  comme  suspect  parce 
qu'il  manque  à  la  fois  dans  le  texte  de  l'enquête  et  dans  celui  de 
Geoffroi  de  Beaulieu  ;  mais  cette  raison  n'a  plus  de  valeur  puisque 
j'ai  démontré  que  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Gene- 
viève a  son  autorité  propre,  et  qu'au(;un  lien  de  filiation  ne  le 
rattache  à  un  abrégé  dont  il  diffère  si  souvent.  Quel  motif  pour- 
rait-on alléguer  contre  l'authenticité  du  passage  dont  je  m'occupe? 

1.  Joinvillc,  p.  2U  DE. 


405 

Serait-ce  le  mélange  rlu  latin  et  du  français?  ÎMais  c'est  un  signe 
certain  que  le  texte  contenu  dans  ce  manuscrit  n'a  pas  subi 
l'épreuve  dangereuse  d'une  traduction.  Dira-t-on  que  saint  Louis 
n'avait  pas  à  parler  du  choix  des  gens  de  son  hôtel  dans  la 
première  partie  de  ses  Enseignements,  puisque  vers  la  fin  il 
recommande  de  les  soumettre  à  des  enquêtes?  Je  répondrai  que 
l'obligation  de  rendre  grâces  à  Dieu  pour  ses  bienfaits  est  expri- 
mée jusqu'à  trois  fois  dans  le  texte  le  plus  étendu.  Il  n'y  a  donc 
pas  lieu  de  s'étonner  qu'après  avoir  recommandé  de  choisir  des 
prud'hommes  pour  gens  de  son  hôtel,  il  conseille  plus  loin  de 
faire  examiner  leur  conduite  par  des  enquêteurs.  Cette  pensée 
d'enquête  se  rapporte  principalement  aux  baillis  et  ne  se  présente 
qu'incidemment  pour  les  gens  de  l'hôtel  dans  l'abrégé  de  Geofiroi 
de  Beaulieu  :  «  Soies  diligens  d'avoir  bons  prevos  et  bons  baillis, 
»  et  enquier  souvent  de  eus  et  de  cens  de  ton  ostel  comment  il  se 
»  maintiennent.  »  Joinville  y  insiste  un  peu  davantage  en  ajou- 
tant :  «  et  se  il  a  en  aus  aucun  vice  de  trop  grant  convoitise, 
»  ou  de  fauseté,  ou  de  tricherie.  »  Mais  c'est  surtout  dans  le 
manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  que  cet  article  des 
enquêtes  à  faire  sur  les  gens  de  l'hôtel  prend  un  certain  dévelop- 
pement :  «  De  cens  de  ton  ostel  enquier  plus  souvent  que  de  nul 
»  autre,  s'ils  sont  trop  convoiteus  ou  trop  bobencier.  Car  selonc 
»  nature  les  menbres  sont  volen tiers  de  la  manière  du  chief  ;  c'est 
»  à  savoir  quant  li  sires  est  sages  et  bien  ordenez,  tuit  cil  de  son 
»  hostel  i  prennent  exemple  et  en  valent  miex.  » 

Néanmoins  M.  Viollet  n'allègue  rien  ni  contre  la  courte 
addition  faite  par  Joinville  au  texte  de  Geoffroi  de  Beaulieu,  ni 
contre  la  rédaction  assez  étendue  qui  appartient  en  propre  au 
manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève.  De  son  silence  je 
conclus  qu'il  n'a  pas  d'objection  à  faire  contre  ces  modifications 
de  forme  qui  ne  changent  rien  au  fond  de  la  pensée  exprimée 
dans  l'abrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu.  Il  admet  donc  à  la  fois  et 
la  pensée  de  soumettre  les  gens  de  l'hôtel  à  des  enquêtes,  et  les 
différentes  manières  dont  cette  pensée  est  exprimée.  Mais 
quand  même  il  en  serait  autrement,  quand  même  il  aurait 
oublié  de  faire  ses  réserves  en  faveur  de  la  rédaction  de 
Geofi"roi  de  Beaulieu,  je  ne  comprendrais  pas  pourquoi  le  pre- 
mier passage,  relatif  au  choix  des  gens  de  l'hôtel,  serait  suspect, 
alors  que  celui  où  il  s'agit  d'une  enquête  est  reçu  comme  authen- 
tique. Puisque  saint  Louis  a  pu  conseiller  de  choisir  de  bons 


406 

baillis  et,  de  les  faire  examiner  par  des  enquêteurs,  pourquoi 
n'aurait-il  pas  conseillé  pour  les  gens  de  son  hôtel  les  bons  choix 
tout  aussi  bien  que  les  enquêtes?  Il  n'y  a  réellement  rien  ici  qui 
ressemble  à  une  interpolation  frauduleuse;  mais  ce  que  je  signa- 
lerai dans  le  passage  non  contesté  de  l'enquête  à  faire  sur  les 
gens  de  l'hôtel,  c'est  une  preuve  de  plus  que  le  texte  du  manus- 
crit de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  n'a  pas  pour  oi'igine 
l'abrégé  un  peu  sec  de  Geoffroi  de  Beaulieu. 

J'arrive  maintenant  à  deux  passages  qui  se  trouvent  à  la  fois 
dans  ce  manuscrit  et  dans  Joinville  :  ils  sont  relatifs,  l'un  au 
maintien  des  bonnes  coutumes  et  à  l'abaissement  des  mauvaises, 
l'autre  à  l'abus  des  tailles.  M.  YioUet  n'exprime  aucune  objection 
contre  ces  deux  phrases;  s'il  les  condamne  c'est  uniquement 
parce  qu'elles  sont  étrangères  à  l'abrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu. 
Mais  le  P.  Gros  n'hésite  pas  à  déclarer  qu'il  v  voit  une  interpo- 
lation manifeste  et  d'ailleurs  faite  sans  intelhgence^  parce  qu'elle 
interrompt  la  pensée  de  saint  Louis  et  qu'elle  est  contraire  à 
l'histoire.  Il  a  tort  d'alléguer  à  cette  occasion  que  les  Enseigne- 
ments sont  méthodiquement  divisés  en  deux  parties  bien 
tranchées  :  si  cela  était,  on  n'}"  verrait  pas  reparaître  à  trois 
endroits  difîerents  les  actions  de  grâces  pour  les  bienfaits  de  Dieu. 
Mais  je  lui  reprocherai  surtout  d'accepter  avec  trop  de  confiance 
le  témoignage  de  l'anonyme  de  Saint-Denis  (ou  GiUes  de  Pon- 
toise),  qui  exprimait  le  regret  que  le  saint  roi  n'eût  rien  écrit  pour 
prévenir  les  tailles  et  autres  exactions^.  «  Sans  doute,  continue  le 
»  P.  Gros,  le  chroniqueur  dit  ces  mots,  non  à  propos  du  testament, 
»  mais  à  propos  des  réformes  de  saint  Louis  après  son  retour  de  la 
»  croisade  ;  cependant  comment  douter  qu'il  n'eût  tiré  paiii  d'un 
»  texte  aussi  formel,  si  le  texte  eût  été  connu  à  Saint-Denis? 

»  Plus  d'un  jugera  que  le  regret  du  moine  de  Saint-Denis 

»  fut  partagé  par  un  copiste  moins  délicat  que  lui,  et  nous 
»  devons  à  ce  copiste  un  conseil  apocryphe  de  saint  Louis  à  son 
»  fils.  » 

Qui  le  croirait?  Ge  texte  formel  que  GiUes  de  Pontoise  ignorait 
et  qu'il  eût  tant  aimé  à  connaître,  ce  texte  que  le  P.  Gros  ignore 
aussi  sans  désirer  peut-être  autant  qu'on  lui  en  révèle  l'existence, 
il  est  parvenu  jusqu'à  nous,  et  l'on  peut  affirmer  qu'il  était  connu 

1.  Lviii,  noie  1. 

î.  Hist.  de  Fr..  l.  xx.  p.  56  B. 


407 

à  l'abbaje  de  Saint-Denis  plus  que  pai'tout  ailleurs.  Oui,  ce  texte 
existe,  et  il  n'a  tenu  qu'à  Gilles  de  Pontoise  comme  au  P.  Gros 
de  le  lire  dans  la  Vie  de  saint  Louis,  par  Guillaume  de  Nangis. 
L'un  et  l'autre  avaient  cet  ouvrage  à  leur  disposition,  et  en 
recourant  au  chapitre  consacré  aux  réformes  prescrites  après  le 
retour  de  la  croisade,  ils  auraient  vu  que  saint  Louis  se  préoccupa 
dès  lors  de  maintenir  les  bonnes  coutimies  et  de  proscrire  les 
tailles,  puisque  par  ses  ordres  les  baillis  devaient  faire  serment  de 
garder  «  les  us  et  les  coutumes  des  lieus  bonnes  et  esprouvées  *  ;  » 
et  qu'il  leur  était  défendu  de  grever  le  peuple  «  de  nou vêles 
»  exactions,  de  tailles  ei  de  coiistumes  nouvelles^.»  Assurément  le 
P.  Gros  se  serait  abstenu  d'évoquer  encore  ici  un  de  ces  faus- 
saires qu'il  croit  voir  partout,  occupés  à  fabriquer  des  textes,  s'il 
avait  lu  Gilles  de  Pontoise  avec  moins  de  confiance  et  Guillaume 
de  Nangis  avec  plus  d'attention. 

Le  passage  qui  me  reste  ensuite  à  justifier  est  le  seul,  à  vrai 
dire,  qui  méritât  d'être  examiné  de  près.  Alors  même  que  saint 
Louis  n'aurait  pas  recommandé  à  son  fils  de  préférer  les  honnêtes 
gens  pour  les  emplois  de  son  hôtel,  de  faire  garder  les  bonnes 
coutumes  du  royaume  et  de  ne  pas  lever  de  tailles  sans  grande 
nécessité,  on  serait  toujours  certain  que  de  telles  maximes  étaient 
conformes  à  ses  habitudes  et  à  ses  croyances.  Il  n'y  avait  donc 
pas  d'intérêt  à  les  introduire  par  fraude  dans  ses  Enseignements, 
et  ce  serait  aussi  sans  profit  que  la  critique  réussirait  à  les  en 
faire  disparaître  :  elles  y  resteraient  virtuellement  comprises  alors 
même  qu'elles  n'y  seraient  pas  exprimées.  Au  contraire  on  peut 
se  demander  s'il  y  avait  obligation  pour  saint  Louis  de  recom- 
mander particulièrement  le  maintien  des  bonnes  villes  dans  l'état 
et  la  franchise  où  ses  devanciers  les  avaient  gardées.  Ne  suffisait- 
il  pas  qu'il  eût  dit  d'une  manière  générale  de  garder  les  bonnes 
coutmnes  du  roj'aume?  En  quoi  était-il  obligé  de  donner  à  son 
fils  le  conseil  de  s'appujer  sur  la  force  des  bonnes  villes  contre 
les  entreprises  de  la  noblesse?  Ge  qui  l'j^  obligeait,  ce  n'était 
assurément  point  un  scrupide  de  conscience  ;  je  n'hésite  pas  du 
moins,  pour  mon  compte,  à  croire  qu'une  pensée  toute  politique  a 
dicté  cette  recommandation. 

G'est  bien  ainsi  que  l'entend  M.  VioUet,  quand  il  termine  son 


!.  Hisl.  dcFc,  l.  xx,  p.  o93  U. 
2.  Ib.,  p.  397  C. 


408 

travail  en  disant  :  «  11  importe  que  les  historiens  ne  soient  plus 
>  exposés  à  apercevoir  tout  le  programme  de  la  politique  de  saint 
»  Louis  dans  ces  lignes,  d'une  haute  portée,  sans  doute,  mais 
»  quele  pieux  roi,  tout  concourt  à  l'indiquer,  n'a  jamais  écrites.» 
Du  reste,  M.  Viollet  n'apporte  ici  aucune  raison  particulière,  et 
il  condamne  ce  passage  comme  il  a  condamné  les  autres,  unique- 
ment parce  qu'on  ne  le  trouve  ni  dans  le  texte  développé  des 
Enseignements,  ni  dans  l'ahrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu.  Je  n'ai 
donc  pas  à  revenir  sur  cet  argument  négatif  auquel  j'ai  déjà 
répondu  ;  mais  il  est  nécessaire  que  je  fasse  connaître  sommaire- 
ment les  objections  du  P.  Gros.  Sous  saint  Louis,  dit-il,  les 
communes  sollicitaient  de  la  rojauté,  non  des  franchises  mais 
une  tutelle;  en  outre,  M.  Augustin  Thierry  affirme  que  les  grandes 
communes  faisaient  ombrage  au  saint  roi,  que  ses  ordonnances- 
tendaient  plutôt  à  limiter  qu'à  étendre  ou  à  maintenir  les  privilèges 
municipaux,  et  qu'il  ne  mettait  pas  sur  la  même  ligne  les  privi- 
lèges des  communes  et  ceux  des  seigneurs,  surtout  des  seigneurs 
ecclésiastiques  ^ . 

Il  faudrait  une  longue  dissertation  pour  répondre  à  ces 
assertions  générales,  et  je  me  crois  dispensé  d'entrer  dans  cette 
voie.  Mais  je  puis  demander  comment  les  communes  auraient  eu 
intérêt  h  solliciter  la  tutelle  du  roi,  s'il  eût  montré  qu'elles  lui 
faisaient  ombrage,  et  qu'au  lieu  de  maintenir  leurs  privilèges  il 
était  disposé  à  les  sacrifier  à  ceux  des  seigneurs.  J'ajouterai  que 
saint  Louis  ne  parle  pas  principalement  des  communes,  mais  des 
bonnes  villes,  qui  certainement  ne  pouvaient  l'inquiéter.  S'il  est 
vrai  que  Paris  et  les  bonnes  villes  aidèrent  saint  Louis  contre 
les  barons  après  son  couronnement,  ne  voit-on  pas  qu'il  en  devait 
conserver  le  souvenir,  et  recommander  à  son  fils  de  se  ménager 
au  besoin  le  même  appui?  A  ce  fait  capital,  qui  suffirait  à  justifier 
le  passage  controversé,  j'en  ajouterai  deux  autres  que  je  trouve 
constatés  dans  le  Recueil  des  Historiens  de  France.  En  1233,  ce 
fut  avec  l'appui  de  dix-neuf  communes  que  le  pouvoir  royal 
étouffa  les  troubles  de  Beauvais^.  En  1248,  ce  fut  dans  les  dons 
des  bonnes  villes  que  saint  Louis  trouva  une  de  ses  grandes 
ressources  pour  les  dépenses  de  la  croisade^.  Ou  je  me  trompe  fort. 


1.  Page  Lxin,  note  1. 

1.  T.  XXI,  p.  607  .1. 

3.  Voy,  la  lubie  du  même  volume,  au  mol  Auxilia,  p.  877. 


409 

ou  les  considérations  générales  qu'invoque  le  P.  Gros  ne  peuvent 
prévaloir  contre  l'autorité  des  trois  faits  importants  que  je  viens 
de  rappeler. 

Mais  je  veux  supposer  un  instant  que  la  question  soit  douteuse, 
et  que  riijpotlièse  d'une  interpolation  ne  soit  pas  tout  à  fait 
contraire  aux  données  de  l'histoire,  je  dis  qu'elle  pécherait  contre 
la  vraisemblance.  Si  c'est  un  partisan  des  libertés  communales  qui 
a  inventé  ce  passage,  il  espérait  apparemment  en  imposer  à 
Philippe-le-Bel  ;  car  on  ne  peut  guère  assigner  d'autre  date  à 
cette  prétendue  fraude.  Pour  que  cela  fût  possible,  il  eût  fallu 
que  le  texte  original  des  Enseignements  de  saint  Louis  n'existât 
plus;  il  eût  fallu  en  outre  qu'on  n'en  connût  pas  de  copie  qui  pût 
inspirer  quelque  confiance.  Mais,  n'avait-on  pas,  sans  parler  du 
procès-verbal  d'enquête,  le  Confesseur  de  la  reine  Marguerite  et 
le  registre  iVo5^er?  Pouvait-on  ignorer  qu'un  texte  abrégé  était 
contenu  dans  la  Vie  de  saint  Louis  par  Geofiroi  de  lieaulieu  et 
dans  celle  de  Guillaume  de  Nangis?  Est-ce  donc  au  lendemain  de 
la  canonisation  qu'on  négligeait  de  lire  des  ouvrages  entrepris 
pour  la  préparer  ou  pour  en  perpétuer  le  souvenir?  Voilà  les 
invraisemblances  contre  lesquelles  on  se  heurte  quand  on  suppose 
qu'il  a  été  possible  de  faire  accepter  au  petit-fils  de  saint  Louis  un 
texte  falsifié  des  Enseignements  de  son  aïeul.  Que  serait-ce  donc 
si  je  voulais  pousser  une  telle  hjpothèse  jusqu'à  ses  dernières 
conséquences?  Ce  texte  falsifié,  arrivant  sous  les  yeux  de  Philippe- 
le-Bel  et  de  ses  conseillers,  aurait  dû  obtenir  assez  de  crédit  pour 
l'emporter  sur  les  traditions  de  la  politique  et  les  préjugés  d'une 
opinion  reçue.  Après  avoir  pratiqué  pendant  longtemps  un 
système  de  défiance  qu'on  croyait  autorisé  par  l'exemple  même 
de  saint  Louis,  il  aurait  fallu  se  démentir  publiquement,  changer 
de  politique  et  maintenir  ou  accroître  des  privilèges  et  des 
franchises  qu'on  avait  jusqu'alors  travaillé  à  restreindre. 

On  dira  peut-être  que  le  faussaire  n'a  jamais  eu  de  pareilles 
prétentions,  et  qu'il  a  visé  seulement  à  tromper  le  commun  des 
lecteurs.  Je  répondrai  que  dans  ce  cas  il  a  bien  mal  concerté  ses 
mesures,  et  qu'a3'ant  réussi  à  fabriquer  de  faux  Enseignements 
de  saint  Louis  il  n'a  pas  su  leur  procurer  les  avantages  de  la 
publicité.  En  effet  le  livre  de  Joinville  n'a  pas  été  connu  de  son 
temps  ;  il  est  resté  enfoui  chez  l'auteur  et  dans  quelque  armoire 
de  Louis  le  Hutin.  Ce  qui  avait  la  vogue  parmi  les  lecteurs  du 
quatorzième  siècle,  c'était  Guillaume  de  Nangis  et  certains  exem- 


440 

plaires  des  Chroniques  de  Saint-Denis,  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  l'exemplaii-e  contenu  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève.  Ce  manuscrit,  où  les  passages  suspects  ont 
aussi  pénétré,  a  été  dédié  à  Philippe-le-Iiel,  qui  l'a  reçu  solennel- 
lement des  mains  de  Pi'imat,  en  présence  de  l'abbé  de  Saint-Denis 
et  de  plusieurs  grands  personnages.  Sans  doute,  la  Vie  de  saint 
Louis  qui  le  termine  est  d'une  main  plus  récente  que  le  corps  de 
rou\  rage;  mais  au  dernier  feuillet  de  cette  partie  supplémentaire, 
il  y  a  une  signature  qui  semble  y  avoir  été  apposée  comme  })our 
en  garantir  l'autlienticité,  et  qui  prouve  en  outre  que  depuis 
l'origine,  ce  volume  n'était  pas  sorti  de  la  librairie  des  rois  de 
France.  Cette  signature  est  celle  de  Charles  V.  Il  n'avait  certai- 
nement pas  soupçonné  la  fraude  qu'on  nous  signale  aujourd'hui, 
ce  roi  qui  a  précisément  choisi  ce  manuscrit  pour  le  faire  trans- 
crire, de  préférence  à  tout  autre,  quand  il  a  voulu  constituer  à 
son  usage  un  exemplaire  authentique  et  complet  des  Cln^oniques 
de  Saint-Denise  Ainsi  donc  ce  ne  serait  pas  pour  tromper  le 
commun  des  lecteurs,  ce  serait  bien  pour  en  imposer  à  des  rois  de 
France  que  le  prétendu  faussaire  aurait  travaillé  ;  car  les  versions 
dont  je  soutiens  l'authenticité  nous  sont  parvenues  par  deux 
manuscrits,  dont  l'un  fut  dédié  à  Philippe-le-Bel  et  l'autre  à 
Louis  le  Hutin. 

De  là  on  peut  conclure  avec  une  entière  certitude  que  si  le 
texte  des  Enseignements  de  saint  Louis  avait  pu  subir  des  inter- 
polations, ce  n'eût  pas  été  dans  des  manuscrits  réservés  à  l'usage 
personnel  des  rois  de  France  et  placés  par  cela  même  hors  de 
l'atteinte  des  faussaires.  Pour  qui  eût  voulu  pratiquer  une  pareille 
fraude,  il  eût  été  à  la  fois  plus  facile  et  plus  profitable  de  la  faire 
pénétrer  dans  un  de  ces  recueils  d'anecdotes  et  de  pièces  détachées 
qui  se  multipliaient  dans  le  commerce  parce  qu'ils  tentaient  des 
lecteurs  nombreux  et  crédules.  C'est  ainsi  qu'on  a  pu  réussir  à 
répandre  les  prétendus  Enseignements  de  saint  Louis  à  sa  fille, 
la  duchesse  de  Bourgogne.  Si  je  rappelle  cette  pièce  apocryphe, 
c'est  parce  qu'elle  est  de  nature  à  rassura'  contre  les  tentatives 
des  faussaires  du  moyen-âge.  Celui  qui  a  fabriqué  cette  pièce  n'a 
pas  craint  de  Jaire  parler  saint  Louis  déjà  couronné  dans  le  ciel. 
Il  n'y  a  pas  moyen  d'interpréter  autrement  ni  le  texte  de  cet 

1.  Cet  exemplaire  précieux  est  déposé  à  la  Bibliothèque  nationale  sous  le 
u"  2813  du  fonds  français. 


AU 

opuscule,  ni  le  titre  équivoque  et  incorrect  qu'a  reproduit  Gilles 
Mallet,  valet  de  chambre  de  Charles  V,  dans  l'inventaire  de  la 
librairie  du  Louvre.  Au  lieu  de  «  Loys,  çai  en  aire  roj  de  France,» 
il  faut  absolument  rétablir  la  formule  ça  en  arrière,  qui  s'em- 
ployait pour  désigner  les  défunts  ^  La  fraude  était  donc  bien 
grossière,  et  je  ne  prétends  pas  que  tous  les  faussaires  fussent 
aussi  maladroits;  mais  je  n'exagère  rien  en  disant  que  leur 
habileté  n'égalait  pas  leur  audace.  C'est  donc  en  toute  sécurité 
que  je  propose  de  considérer  comme  autlientiques  tous  ces 
passages  mal  à  propos  controversés,  qui  sont  parftùtement  d'ac- 
cord avec  le  bon  sens  et  avec  l'histoire. 

n  reste  néanmoins  une  difficulté  à  résoudre.  Si  les  passages 
controversés  n'ont  pas  été  interpolés  dans  le  livre  de  Joinville  et 
dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  il  faut  en 
conclure  qu'ils  ont  été  retranchés  ou  omis  sciemment  dans  les 
\  ersions  les  plus  répandues  des  Enseignements  de  saint  Louis. 
Ce  n'est  pas,  en  effet,  par  suite  d'une  simple  inadvertance  que 
ces  passages  manquent  à  la  fois,  dans  le  texte  étendu  de  Gilles  de 
Pontoise  et  dans  l'abrégé  de  Geoffroi  de  Beaulieu.  Entre  toutes 
les  hypothèses  qui  peuvent  être  imaginées  pour  expliquer  ce  fait,  il 
y  en  a  eu  une  que  j'écarte  comme  la  plus  invraisemblable  de  toutes, 
c'est  celle  d'une  suppression  frauduleuse.  De  ce  que  les  mêmes 
lacunes  existent  dans  l'un  et  l'autre  texte,  il  faut  conclure  non 
qu'il }'  a  eu  un  concert  coupable  pour  mutiler  les  Enseignements 
de  saint  Louis,  mais  qu'un  même  motif  a  empêché  d'en  reproduire 
tous  les  détails  alors  qu'on  était  en  instance  pour  obtenir  la  cano- 
nisation. On  peut  supposer,  par  exemple,  qu'au  moment  où  l'on 
demandait  que  Louis  IX  fût  inscrit  au  catalogue  des  saints,  il  a 
semblé  superflu  de  citer  comme  preuves  de  sa  sainteté  des  conseils 
qui  intéressaient  moins  directement  la  délicatesse  de  sa  conscience 
que  la  bonne  administration  de  l'Etat.  Le  maintien  des  bonnes 
coutmnes,  l'abaissement  des  mauvaises,  la  modération  des  impôts, 
le  choix  d'honnêtes  serviteurs,  sont  assurément  d'excellentes 
pratiques,  mais  qui  recommandent  un  roi  à  l'approbation  de  ses 


1.  Cette  pièce  existe  à  la  fin  du  ms.  fr.  4977,  et  la  formule  dont  je  parle  y  est 
soudée  en  un  seul  mot,  caienaries.  J'en  transcris  le  début  :  «  Loys  çai  en  ariés 
»  roys  dou  reaume  de  France,  louquel  auqunes  fois  faillir  convient,  orandroit 
»  por  le  mérite  de  la  mort  Ihesu  Crit  coronez  ou  reaume  dou  ciel,  qui  faillir  ne 
»  puet,  à  satrèschiere  lille  Agnès  duchesse  de  Borgoine  salut,  »  etc. 


4^2 

sujets  plutôt  qu'à  leur  vénération.  A  plus  forte  raison  ne  devait- 
on  pas  produire  comme  un  titre  à  la  canonisation  de  saint  Louis, 
son  conseil  relatif  aux  ménagements  qu'il  faut  garder  avec  les 
communes  et  les  bonnes  Ailles,  pour  y  trouver  au  besoin  un  appui 
contre  la  noblesse.  Ici  le  saint  disparaît  entièrement  pour  faire 
place  au  roi,  et  c'eût  été  manquer  aux  lois  do  la  plus  vulgaire 
prudence  que  d'ébruiter  les  secrets  (l'une  telle  politique.  Il  ne  faut 
donc  pas  s'étonner  que  ce  dernier  conseil,  en  particidier,  ait  été 
soustrait  à  la  publicité  de  l'enquête,  et  que  les  manuscrits  où  il 
fut  consigné  soient  précisément  ceux  qui  devaient  rester  inconnus 
à  la  plupart  des  lecteurs. 

Les  deux  vérités  principales  que  j'espère  avoir  démontrées 
peuvent  se  résumer  en  peu  de  mots.  La  première,  qui  était  à  mon 
sens  la  plus  importante  et  la  plus  facile  à  établir,  c'est  que  le  livre 
de  Joinville,  à  part  des  modifications  d'orthographe  et  dos  erreurs 
de  copistes  que  la  collation  des  manuscrits  fait  disparaître,  nous 
est  parvenu  tel  qu'il  était  dans  le  manuscrit  original  de  l'auteur, 
en  sorte  que  le  texte  des  Enseignements  de  saint  Louis  contenu 
dans  ce  livre  est  celui-là  même  que  JoinviUe  avait  accepté  pour  le 
joindre  à  ses  propres  récits.  Je  dis  que  cette  vérité  était  facile  à 
établir  parce  qu'elle  repose  sur  une  base  inattaquable,  qui  est 
l'identité  des  deux  familles  de  manuscrits  que  nous  possédons, 
l'une  dérivant  immédiatement  de  l'exemplaire  dédié  à  Louis  le 
Hutin,  l'autre  de  celui  que  l'immortel  historien  de  saint  Louis 
s'était  réservé,  où  il  avait  fait  représenter  dans  de  belles  miniatures 
les  grandes  prouesses  du  roi  qu'il  regrettait,  du  saint  qu'il  avait 
glorifié  par  son  témoignage,  avant  de  l'invoquer  publiquement 
dans  ses  prières.  Mais  autant  il  était  fecile  de  rendre  cette  vérité 
claire  jusqu'à  l'évidence,  autant  il  y  avait  d'importance  à  le  faire, 
puisque  ce  n'était  pas  seulement  quelques  phrases  des  Enseigne- 
ments de  saint  Louis  qui  étaient  en  cause,  c'était  le  livre  entier 
de  JoinviUe  dont  on  prétendait  ruiner  l'authenticité  ;  on  voulait 
faire  brèche  pour  se  rendre  maître  du  corps  de  la  place.  Tel  était 
le  but  réel  de  cette  première  attaque.  Mon  but  à  moi,  en  la  repous- 
sant, a  été  de  maintenir  intact  le  plus  beau  monument  qui  ait  été 
élevé  à  la  mémoire  de  saint  Louis.  J'ai  montré  que  ce  chef-d'œuvre 
de  bon  sens  et  de  bonne  foi  est  le  plus  authentique  des  livres  et 
qu'il  appartient  tout  entier  à  Joinville.  Donc  s'il  se  rencontre 
dans  ce  livre  des  récits  qui  gênent  ou  contredisent  certain 
système  historique,  il  faut  les  réfuter  comme  des  erreurs  si  on 


443 

peut,  mais  on   tentera   en   vain  de  les  discréditer  comme  des 
fraudes. 

La  seconde  vérité  se  rapporte  uniquement  aux  passages  contro- 
versés des  Enseignements  de  saint  Louis.  J'ai  montré,  contraire- 
ment à  l'opinion  de  M.  Alollet,  que  le  texte  abrégé  contenu  dans 
le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  dérive  nécessai- 
rement d'une  autre  source  que  l'abrégé  français  de  Geofîroi  de 
Beaulieu.  En  rendant  à  ce  manuscrit  sa  filiation  distincte  et  son 
autorité  propre,  j'ai  pu  écarter  la  fin  de  non-recevoir  dont  mon 
savant  adversaire  se  prévalait,  avant  tout  examen,  pour  rejeter 
ce  qui  n'appai^tenait  ni  au  texte  de  l'enquête,  ni  à  l'abrégé  finançais 
de  Geoffroi  de  Beaulieu.  L'origine  de  ces  passages  une  fois  expli- 
quée, j'ai  fait  voir,  qu'au  fond  ils  ne  soulèvent  aucune  objection 
sérieuse,  puisqu'ils  sont  d'accord  avec  les  sentiments  de  saint  Louis, 
et  que  l'histoire  justifie  pleinement  celui  qui  a  seul  une  importance 
réeUe.  J'ai  dit  enfin,  pour  compléter  ma  démonstration,  qu'au- 
tant il  était  invraisemblable  de  supposer  une  fraude  atteignant 
sans  profit  des  manuscrits  conservés  dans  la  librairie  des  rois  de 
France,  autant  il  était  facile  de  comprendre  qu'on  n'eût  pas  livré 
à  la  publicité  de  l'enquête  un  conseil  secret  de  politique,  ou  des 
règles  de  bonne  administration  qui  étaient  les  moindres  titres  de 
saint  Louis  à  la  vénération  des  fidèles. 

Il  me  restait  ensuite  à  réunir  et  à  combiner  tous  les  éléments 
qui  appartiennent  aux  Enseignements  de  saint  Louis,  pour  en 
composer  un  texte  plus  complet  ;  je  devais  essayer  en  même  temps 
de  le  rendre  plus  correct,  et  surtout  d'y  faire  entrer  toutes  les 
expressions  originales  que  les  traductions  laissent  encore  aperce- 
voir ou  que  les  abréviateurs  ont  pu  conserver.  Je  vais  exposer  en 
peu  de  mots  la  méthode  que  j'ai  suivie  pour  atteindre  ce  double 
but. 

Le  texte  le  plus  important  est,  sans  contredit,  comme  l'a 
parfaitement  démontré  M.  Yiollet,  le  texte  de  l'enquête  qui  n'est 
reproduit  nulle  part  plus  fidèlement  que  dans  la  chronique  latine 
de  Gilles  de  Pontoise.  Pour  en  avoir  une  copie  exacte;  il  faut 
collationner  l'édition  du  vingtième  volume  des  Historiens  de 
France  (p.  47  à  50)  avec  le  manuscrit  latin  13836,  qui  fournit 
un  petit  nombre  d'additions  et  de  corrections.  Il  faut  en  outre 
combler  entre  crochets  de  courtes  lacunes  dont  le  sens  et  l'étendue 
sont  déterminés  par  la  traduction  du  Confesseur  de  la  reine  Mar- 
guerite ou  par  celle  du  registre  Noster.  Après  cette  opération 

28 


AU, 

préliminaire,  on  a  sous  les  veux  un  cadre  suffisamment  exact,  à 
ï'aitle  duquel  on  peut  déterminer  avec  certitude  la  place  respective 
des  fragments  dont  l'tixistence  n'est  attestée  que  par  certains 
textes  abrégés.  Il  était  convenable  que  ce  texte  latin,  dont  per- 
sonne ne  conteste  l'authenticité,  lut  placé  en  regard  du  texte 
restitué,  afin  que  le  lecteur  pût  lacilement  constater  en  quoi  l'un 
diffère  de  l'autre.  Pour  faciliter  toute  espèce  de  contrôle  et  de 
critique,  j'ai  divisé  ce  document  en  trente-six  paragraphes  :  ceux 
qui  portent  les  numéros  10,  12  et  21  correspondent  aux  passages 
controversés.  On  trouvera  dans  les  paragraphes  19,  20,  28,  30 
et  32  d'autres  additions,  qui  n'ont  pas  été  contestées,  mais  qui 
auraient  pu  l'être  presque  toutes,  en  ce  sens  qu'elles  manquent 
dans  le  texte  de  l'enquête  et  cians  l'abrégé  français  de  Geoffroi  de 
Beaulieu. 

(Ju'il  me  soit  permis  de  présenter  ici  une  observation  qui  peut 
venir  à  l'appui  de  l'opinion  que  j'ai  défendue,  et  justifier  aussi  le 
résultat  auquel  conduit  ce  travail  de  restitution.  Si  l'on  examine 
le  paragraphe  19  du  texte  restitué,  on  y  distinguera,  parmi 
des  éléments  communs  à  tous  les  textes,  d'autres  éléments  qui 
appartiennent  ou  au  seul  texte  de  l'enquête,  ou  aux  textes 
abrégés  à  l'exclusion  de  celui-là,  ou  enfin  au  seul  manuscrit  de 
la  bibliothèque  Sainte-Geneviève.  Or  tous  ces  éléments  se 
combinent  avec  tant  de  facilité,  qu'on  doit  les  croire  rétablis 
chacun  à  la  place  qu'ils  avaient  dans  le  texte  original.  On  verra 
aussi  au  paragraphe  20  qu'une  phrase  omise  dans  le  texte  de 
l'enquête  vient  s'y  raccorder  sans  le  moindre  effort,  et  qu'elle  se 
rattache  si  étroitement  à  ce  qui  précède  comme  à  ce  qui  suit, 
qu'on  ne  peut  hésiter  à  y  reconnaître  un  fragment  authentique  du 
texte  original.  En  vérifiant  ainsi  comment  les  emprunts  faits  au 
manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  ou  à  d'autres  textes 
abrégés  viennent  s'incorporer  au  texte  de  l'enquête,  on  acquerra 
la  certitude  qu'un  arrangement  si  simple  et  si  satisfaisant  ne  peut 
être  le  résultat  d'une  combinaison  factice  et  arbitraire. 

S'il  était  possible  de  reconstituer  le  fond  des  Enseignements 
de  saint  Louis,  pouvait-on  aussi  en  retrouver  la  forme?  Une 
chose  était  possible,  je  crois,  c'était  d'observer  dans  le  texte 
restitué  les  règles  consacrées  par  le  bon  usage  du  treizième  siècle. 
Il  serait  certainement  contraire  à  la  vérité  historique  de  faire  par- 
ler un  langage  incorrect  à  un  roi  qu'une  excellente  éducation  avait 
mis  en  état  de  lire  le  latin,  et  de  le  traduire  au  besoin  pour  ceux 


445 

qui  ne  le  comprenaient  pas*.  On  peut  être  certain  que  saint  Louis 
était  capable  de  pailler  et  d'écrire  sa  langue  aussi  bien  que  le 
plus  habile  clerc  de  sa  chancellerie;  la  seule  orthographe  qui 
soit  digne  de  lui  est  donc  celle  des  meilleurs  textes  de  son  temps. 
Mais  ce  qu'il  importe  surtout  de  connaître,  ce  n'est  pas  son 
orthographe,  c'est  sa  langue,  ce  sont  les  expressions  qu'il 
employait,  c'est  le  mouvement  qu'il  imprimait  à  ses  phrases  pour 
mieux  rendre  sa  pensée.  Rien  de  tout  cela  ne  se  retrouverait  par 
l'imitation;  on  peut  examiner  seulement  s'il  n'en  subsiste  pas 
quelques  débris,  et  travailler  pieusement  à  les  recueillir  et  à  les 
rapprocher. 

Il  est  évident  que  le  texte  latin  de  l'enquête  ne  peut  être  ici  d'un 
grand  secours,  à  cause  dts  sj'nonymes  et  des  périphrases  auxquels 
les  traducteurs  sont  trop  souvent  obligés  de  recourir.  Il  n'est  pas 
impossible  sans  doute  que  la  phrase  latine  soit  quelquefois  un 
calque  à  peu  près  fidèle  de  la  phrase  française  ;  mais  ce  qui  est 
probable,  c'est  que  la  plupart  du  temps  elle  a  dû  l'altérer  ou  dans 
ses  détails  ou  dans  son  ensemble,  et  surtout  dans  ce  qui  tient  le 
plus  au  génie  de  notre  langue. 

Quant  aux  deux  textes  français  de  l'enquête,  il  faut  s'en  défier 
bien  davantage  encore,  parce  que  ce  sont  des  traductions  de  la 
traduction  latine.  J'ai  déjà  dit  que  M.  VioUet  incline  à  croire 
qu'il  en  est  ainsi  pour  le  texte  du  Confesseur,  mais  que  le  texte 
de  la  Chambre  des  comptes,  au  contraire,  lui  paraît  se  rappro- 
cher davantage  de  l'original,  et  que  néanmoins  il  le  trouve  en 
certains  cas  inférieur  au  premier^.  Je  me  suis  contenté  de  faire 
observer,  dans  la  première  partie  de  mon  mémoire,  que  cette 
supériorité  alternative  d'un  texte  sur  l'autre  prouvait  assez  que 
ni  l'un  ni  l'autre  ne  pouvait  être  le  texte  original.  H  eût  été  hors 
de  propos  d'insister  davantage  sur  une  question  qui  n'avait  qu'un 
rapport  indirect  avec  l'authenticité  des  passages  controversés.  J'y 
dois  revenir  maintenant  qu'il  s'agit  de  déterminer  les  moyens  qui 
nous  restent  de  ramener,  au  moins  en  partie,  les  Enseignements 
de  saint  Louis  à  leur  forme  originale.  M.  VioUet  l'a  essayé  depuis 
la  publication  de  son  savant  article  :  il  a  inséré  un  texte  restitué 
des  Enseignements  dans  un  volume  plein  d'intérêt  où  il  a  réuni 
«  les  prières  ou  plus  généralement  les  pensées  inspirées  par  le 


1.  Hist.  de  Fr.  xx,  15  B,  C,  D. 

2.  P.  143  et  I'i5. 


4J6 

»  sentiment  religieux  aux  membres  des  trois  grandes  familles 
»  qui  ont  régné  sur  la  France'.  »  Je  vais  montrer  que  ce  texte 
restitué  par  lui  est  une  preuve  de  plus  que  je  puis  invoquer  en 
faveur  de  mon  opinion. 

Une  seule  citation  me  suffira  pour  Lien  faire  comprendre  ma 
pensée.  Entre  beaucoup  d'autres  exemples  que  je  pourrais  invo- 
quer, je  prends  le  paragraphe  13,  dont  le  texte  latin  est  ainsi 
conçu  : 

Care  fili,  habeas  tecura  societatem  bonarum  gentium,  sive 
religiosorum,  sive  secularium,  et  vita  societatem  pravorum  ;  et 
habeas  libenter  bona  parlamenta  cum  bonis.  Et  ausculta  libenter 
loqui  de  Domino  in  sermonibus  et  private.  Procura  libenter 
indulgentias. 

M.  Viollet,  qui  n'admet  pas  que  les  textes  abrégés  puissent 
entrer  en  comparaison  avec  le  texte  de  l'enquête,  ne  pouvait 
choisir  qu'entre  la  leçon  du  registre  Noster  et  celle  du  Confes- 
seur. Je  les  place  en  regard  l'une  de  l'autre,  en  indiquant  par  des 
caractères  italiques  ce  qu'il  y  a  de  particulier  à  chaque  leçon. 

REG.  NOSTER.  CONFESSEUR. 

Chier  fdz,   ajes  volontiers  la  Chier  fiuz,  aies  avecques   toi 

compaignie  rfe*- bonnes  gens  avec  compaignie  de  bonnes  genz,  ou 

toy,  soient  de  religion,  soient  du  de  religieus^    ou  de  seculers,  et 

siècle^  et  eschive  la  compagnie  eschive  la  compaignie  des  malvés; 

des  mauvais;  et  aies  volentiers  et  aies  volentiers  *as  bons  bons 

bons  parlemens  «yec  les  bons.  Et  parlemenz.  Et  escoute  volentiers 

escoute  volentiers  parler  de  Nos-  parler  de   Dieu   en    sermon    et 

fre  Seigneur  en  sermons   et  en  privéeînent.Et*procureYo\eni\ers 

privé.  Pourchace  volentiers  les  pardons, 
pardons. 

Ce  passage  est  un  de  ceux  où  M.  Viollet  a  jugé  la  leçon  du 
Confesseur  préférable  à  l'autre,  excepté  pour  les  mots  as  et  j^^^o- 
cure  qui  sont  marqués  d'un  astérique.  Je  prétends  que  le  choix 
fait  par  lui  exclut  la  pensée  que  la  leçon  du  registre  Noster  soit 
la  leçon  originale.  Dans  cette  hypothèse,  en  effet,  il  ne  de^^ait  ni 
supprimer  dès  le  début  l'adverbe  volontiers,  ni  remplacer  les 

1.  Familles  royales  de  France,  prières    el    fragments  religieux  recueillis  par 
M.  Paul  Viollcl.  1  vol.  8^  Paris,  1870. 


417 

mots  soient  de  religion,  soient  du  siècle  par  ou  de  religieus 
ou  de  seciUiers  ;  encore  moins  devait-il  substituer  Dieu  à  Nostre 
Segneur  et  2jrivéeme7it  à  en  prii'é.  Plus  ces  changements  sont 
indifférents  au  fond  et  à  la  forme  de  la  pensée,  plus  il  devait  se 
les  interdire,  si  tous  les  équivalents  qu'il  a  sacrifiés  appartenaient 
réellement  à  la  leçon  originale.  Or  pour  établir  son  texte  restitué, 
il  a  sans  cesse  usé  de  cette  liberté,  abandonnant  tantôt  une  leçon, 
tantôt  l'autre,  pour  adopter  des  variantes  qui  n'intéressent  en 
rien  le  sens.  De  là  résulte  la  preuve  certaine  que  ni  d'un  côté  ni 
de  l'autre  il  n'a  reconnu  la  leçon  originale. 

Le  passage  même  que  je  viens  de  citer  contient  une  erreur  qui 
n'existerait  ni  dans  l'une  ni  dans  l'autre  leçon  si  l'une  et  l'autre 
ne  l'avaient  empruntée  au  texte  latin.  En  efiet,  selon  Gilles  de 
Pontoise,  saint  Louis  aurait  conseillé  à  son  fils  d'entendre  volon- 
tiers parler  de  Dieu  en  sermons  et  en  privé  onprivéement,  c'est- 
à-dire  dans  des  sermons  publics  et  des  conversations  privées. 
Mais  il  a  déjà  conseillé  les  conversations  pieuses  dans  la  phrase 
précédente,  habeas  bona  yarlamenta  cum  bonis;  il  était  donc 
inutile  de  répéter  ce  qu'il  venait  de  dire  en  d'autres  termes.  La 
véritable  leçon  nous  est  donnée  dans  l'abrégé  latin  de  Geoffroi 
de  Beaulieu  :  «  Audi  libenter  sermones  tam  in  aperto  quam  in 
»  privato.  »  Dans  l'abrégé  français,  qui  n'est  pas  une  traduction,  la 
même  pensée  est  clairement  indiquée  :  «  Escoute  volentiers  les 
»  sermons  et  en  apert  et  en  privé.  »  Ce  qui  a  jeté  du  louche  dans 
le  texte  de  Gilles  de  Pontoise,  c'est  l'expression  in  sermonibus, 
équivalent  peu  exact  des  mots  en  apert,  qui  étaient  certainement 
dans  le  texte  original  par  opposition  aux  mots  en  privé.  La 
preuve  en  est  fournie  par  la  concordance  parfaite  de  l'abrégé  latin 
de  Geoffroi  de  Beaulieu  et  de  son  abrégé  français,  qui  dérivent 
immédiatement  l'un  et  l'autre  du  texte  original;  c'est  bien  là  qu'il 
a  emprunté,  d'un  côté  in  aj^erto,  et  de  l'autre  en  ajjert.  Quand 
une  fois  on  a  constaté  et  rectifié  l'erreur  commise  par  Gilles  de 
Pontoise^  son  texte  n'a  plus  ni  obscurité  ni  redite;  mais  comme 
cette  même  erreur  se  retrouve  et  dans  la  leçon  du  Confesseur  et 
dans  celle  du  registre  Noster,  on  en  doit  conclure  que  ces  leçons 
ne  dérivent  pas  du  texte  original,  où  le  sens  était  différent,  mais 
qu'elles  sont  la  traduction  du  texte  altéré  de  Gilles  de  Pontoise. 

Je  citerai  encore  au  paragraphe  29  une  faute  qui  ne  peut  s'expli- 
quer que  par  une  erreur  de  traduction.  Saint-Louis,  en  conseil- 
lant d'apaiser  les  guerres,  rappelle  l'exemple  de  saint  Martin, 


4^8 

qui,  peu  do  temps  avant  de  mourir,  travailla  à  rétablir  la  paix 
entre  des  clercs  de  son  archevêché.  La  vie  de  saint  Martin 
apprend  que  ces  clercs  étaient  ceux  de  Candes.  Il  est  donc  bien 
certain  que  ces  mots  du  texte  latin,  inter  clericos  qui  erant  in 
suo  archiepiscopatu,  ne  doivent  pas  s'entendre  des  clercs  de 
rarchevêché  en  général,  mais  de  certains  clercs  seulement. 
Littéralement  le  texte  latin  {inter  clericos)  se  prête  à  une  doid3le 
interprétation  ;  et  c'est  précisément  la  mauvaise  qui  a  été  choisie 
par  le  Confesseur  comme  par  le  traducteur  du  texte  inséré  dans  le 
registre  iVb5^(?r  ;  tous  deux  ont  mis  entre  les  clers,  là  où  le  texte 
original  portait  certainement  entre  clers,  c'est-à-dire  entre 
certains  clercs,  et  non  entre  tous  les  clercs  de  l'archevêché. 

A  ces  deux  exemples  particuliers,  j'ajouterai  une  observation 
qui  s'applique  à  l'ensemble  de  ces  deux  textes,  et  d'où  l'on  peut 
conclure  encore  qu'ils  ne  sont  l'un  et  l'autre  qu'une  traduction 
de  Gilles  de  Pontoise.  On  a  vu  qu'il  existe  entre  ces  deux  leçons 
des  différences,  et  que  M.  Viollet  a  emprunté  alternativement  à 
l'une  et  à  l'autre  les  passages  dont  se  compose  son  texte  restitué. 
Je  dis  que  le  nombre  et  la  nature  de  ces  différences  ne  permettent 
pas  de  croire  que  ces  deux  leçons  soient  des  copies  du  texte 
original.  Quand  on  voit  dès  les  premières  ligues  des  variantes  telles 
que  autre  j)er sonne  et  autrui,  mile  chose  et  riens,  chose  du 
monde  et  nide  chose,  tu  souferroies  et  tu  te  lairoies,  de 
bonyievolenté  et  debonnairement,  rendre  grâces  et  raercier, 
on  reconnaît  aussitôt  que  de  telles  variantes,  qui  se  comptent 
par  centaines,  ne  peuvent  dériver  d'un  même  texte,  copié  de 
deux  manières  différentes,  mais  qu'elles  appartiennent  à  deux 
textes  parfaitement  distincts.  D'un  autre  côté,  il  n'est  pas  non 
plus  possible  que  l'un  de  ces  textes  étant  supposé  l'original, 
l'autre  soit  une  traduction  française  de  la  traduction  latine  de  ce 
même  texte  original  ;  car  en  dehors  des  variantes  dont  je  viens 
de  parler,  il  existe,  en  nombre  bien  plus  considérable,  des  mots 
complètement  identiques.  Or,  on  ne  peut  pas  supposer  qu'un- tra- 
ducteur en  second,  opérant  sur  une  traduction  latine, "eût  réussi 
tant  de  fois  à  retrouver  l'expression  originale  du  texte  français. 
En  un  mot,  il  y  a  trop  de  variantes  pour  que  l'on  suppose  que  les 
deux  leçons  soient  des  copies  du  texte  original  ;  il  y  en  a  trop 
peu  pour  que  l'on  considère  l'une  comme  originale  et  l'autre 
comme  une  traduction  de  traduction.  On  est  donc  toujours 
ramené  à  la  même  conclusion,  à  savoir  que  le  texte  du  Confesseur 


449 

et  celui  du  registre  Noster  sont  des  traductions  du  texte  latin  de 
l'enquête. 

Je  crois  pouvoir  affirmer  qu'on  ne  connaît  également  que  par 
des  traductions  les  Enseignements  de  saint  Louis  à  sa  fille 
Isabelle.  Je  dois  parler  de  ce  document  parce  que,  contenant 
plusieurs  phrases  qui  se  retrouvent  textuellement  dans  les  Ensei- 
gnements adressés  à  Philippe-le-Hardi,  il  pourrait  fournir  d'utiles 
renseignements  si  nous  en  possédions  le  texte  original.  L'une  des 
leçons  qui  nous  est  parvenue  est  celle  du  Confesseur  de  la  reine 
Marguerite  ;  il  avait  certainement  trouvé  dans  le  procès- verbal 
d'enquête  une  traduction  latine  des  Enseignements  à  Isabelle, 
comme  il  y  avait  trouvé  celle  des  Enseignements  à  Philippe-le- 
Hardi  :  sa  leçon  n'est  donc  qu'une  version  française  de  la  traduc- 
tion latine.  M.  Viollet  incline  à  le  croire,  sans  l'affirmer;  mais 
j'adopte  comme  une  certitude  ce  qu'il  considère  seulement  comme 
une  probabilité  ^  La  seconde  leçon  existe  notamment  dans  les 
manuscrits  français  22921  et  25462;  M.  Viollet  a  choisi  pour 
son  recueil  le  texte  de  ce  dernier  manuscrit,  mais  il  en  a  fait 
disparaître  les  formes  picardes.  Deux  motifs  principaux  m'en- 
gagent à  croire  que  cette  seconde  leçon  est  une  traduction  du 
texte  latin  que  le  Confesseur  a  traduit  de  son  côté.  Je  répéterai 
d'abord  ici  ce  que  j'ai  dit  de  la  double  version  française  des 
Enseignements  de  saint  Louis  à  son  fils,  c'est  qu'en  comparant 
la  leçon  des  Enseignements  à  Isabelle  adoptée  par  M.  Viollet 
avec  ceUe  du  Confesseur,  on  arrive  à  se  convaincre  de  deux 
vérités  également  certaines  :  1°  les  variantes  sont  de  telle 
nature  qu'elles  ne  peuvent  dériver  d'un  même  texte  copié  de  deux 
manières  différentes;  2°  les  mots  identiques  sont  trop  nombreux 
pour  que  l'une  des  leçons  étant  supposée  originale,  l'autre  ne  soit 
qu'une  traduction  de  ti'aduction.  La  seconde  raison  que  j'invoque 
c'est  que  pour  les  phrases  des  Enseignements  à  Philippe-le- 
Hardi  qui  se  retrouvent  dans  les  Enseignements  à  Isabelle,  la 
leçon  du  registre  Noster  et  celle  du  ms.  25462  sont  à  peu  près 
identiques,  en  sorte  que  la  première  étant  une  traduction,  comme 
je  l'ai  démontré,  l'autre  ne  peut  pas  être  une  leçon  originale. 

J'ai  à  rechercher  maintenant  quelles  ressources  les  textes 
abrégés  des  Enseignements  à  Philippe-le-Hardi  peuvent  offrir 
pour  la  restitution  du  texte  original. 

1.  Page  130. 


Î20 

A  l'égard  du  texte  latin  qu'il  a  inséré  dans  son  ouvrage, 
Geoffroi  de  Beaulieu  nous  apprend  lui-même  qu'il  a  eu  la  copie 
des  Enseignements  que  saint  Louis,  avant  sa  dernière  maladie, 
avait  écrits  de  sa  propre  main,  en  français,  pour  les  laisser 
comme  une  sorte  de  testament  à  son  fils,  et  dans  la  personne  de 
son  fils  à  ses  autres  enfants.  C'est  ce  texte  original  que  Geofii'oi 
de  Beaulieu  a  traduit  de  français  en  latin  le  mieux  et  le  plus 
brièvement  qu'il  a  pu'.  Cet  abrégé  représente  en  étendue  la  moitié 
du  texte  latin  de  Gilles  de  Pontoise  ;  mais  la  réduction  ne  s'est  pas 
exercée  d'une  manière  uniforme  sur  toutes  les  parties  du  texte  : 
tandis  que  le  paragraphe  3,  par  exemple,  a  la  même  étendue  dans 
l'un  et  l'autre  texte,  le  paragraphe  28,  qui  a  dix  lignes  dans 
Gilles  de  Pontoise,  n'en  a  guère  plus  d'une  dans  Geoffroi  de 
Beaulieu.  Il  y  a  donc  des  passages  pour  lesquels  cette  dernière 
traduction  n'offre  à  peu  près  aucun  secours  ;  il  y  en  a  d'autres  où 
elle  en  offre  autant  ou  presque  autant  que  la  première,  parce 
qu'elle  reproduit  entièrement  ou  à  peu  près  le  texte  original. 

Au  point  de  vue  de  la  correction  (je  n'ose  pas  dire  de  l'élé- 
gance), le  latin  de  Geofiroi  de  Beaulieu  est  supérieur  à  celui  de 
l'enquête;  mais  cet  avantage  peut  se  changer  en  inconvénient.  Il 
y  a  au  paragraphe  6  une  expression  qui  doit  appartenir  au  texte 
original:  à  propos  des  prospérités  dont  il  faut  rendre  grâces, 
saint  Louis  ajoute  qu'il  faut  se  garder  d'en  tirer  vanité;  car 
c'est,  dit-il,  guerroier  Dieu  de  ses  dons.  Ces  mots  sont  rendus 
dans  le  latin  de  l'enquête  par  guerram  Domino  Nostro  facere 
ex  donis  suis,  et  dans  l'abrégé  de  Geofiroi  de  Beaulieu  par 
Deum  imjmgnare  vel  offendere  ex  donis  suis.  Le  premier 
texte  a  produit  deux  traductions  :  celle  du  Confesseur,  faire 
guerre  à  Nostre  Seigneur  j^our  ses  dons  77ieer/ies;  celle  du 
registre  Noster,  guerroier  Nostre  Segneur  de  ses  dons.  Le 
second  texte  latin,  emprunté  à  Geoffroi  de  Beaulieu  par  Primat, 
a  produit  la  traduction  de  Jean  de  Vignay,  courroucier  Dieu 
pour  ses  dons,  traduction  qui  est  la  plus  inexacte  des  trois, 
parce  que  la  périphrase  impugnafe  vel  offendere  a  dénaturé 
la  forme  et  obscurci  le  sens  de  l'expression  originale.  Au 
contraire  les  mots  guerram  facere,  qui  rappelaient  en  partie  la 
forme  et  qui  rendaient  exactement  le  sens,  ont  ramené  le  traduc- 
teur du  registre  Noster  au  verbe  guerroier,  qui  nous  a  été 

1.  Siciit  melius  cl  breviiis  polui.  Ilist.  de  Fr.  xx,  8  BC. 


42^ 

aussi  conservé  dans  l'abrégé  français  de  Geoffroi  de  Beaulieu. 
Je  n'en  dirai  pas  davantage  sur  son  abrégé  latin  :  ce  qui  pré- 
cède suffit  pour  montrer  dans  quelle  mesure  et  avec  quelle  pré- 
caution il  le  faut  consulter.  Quant  au  texte  français  qui  se  trouve 
dans  la  chronique  de  Primat,  c'est  bien,  comme  je  le  disais  tout 
à  l'heure,  une  traduction  de  l'abrégé  latin  de  Geoffroi  de  Beaulieu, 
et  non  une  des  leçons  qui  dérivent  de  son  abrégé  français.  Je  ne 
puis  mieux  le  prouver  qu'en  choisissant  quelques  leçons  de  l'abrégé 
latin  pour  les  mettre  en  regard  de  l'abrégé  français,  qui  en  diffère, 
et  de  la  version  de  Jean  de  Vignay,  qui  en  dérive  évidemment. 
Ces  dernières  citations  sont  placées  après  le  texte  latin  et  précé- 
dées de  la  lettre  \. 

§  14       «  en  quoi  que  ce  soit.  » 
«  in  proximis.  » 
V.  «  ton  prochain.  » 
§  22       «  il  voloit  miex  lessier  son  droit  aler.  » 
«  melius  volo  pati.  » 
V.  «  je  ayme  mieux  à  souffrir.  » 
§  35       «  par  tout  le  reaume  de  France.  » 

«  per  sauctas  congregationes  regni  uostri.  » 
V.  «  par  les  saintes  assemblées  del  royaume.  » 
Ici  Jean  de  Vignay,  tout  en  calquant  sa  traduction  sur  le  texte 
latin,  a  fait  un  contre-sens,  parce  que  le  mot  congregationes 
désigne  des  congrégations  religieuses  et  non  des  assemblées.  Un 
autre  contre-sens  achèvera  de  prouver  que  Jean  de  Vignay  n'a 
fait  qu'une  traduction,  et  que  cette  traduction  est  parfois  bien 
mauvaise. 

§  19        «  Quar  ainsint  le  jugeront  ti  conseillier  plus  hardie- 
»  ment  selonc  droiture  et  selonc  vérité.  » 
«  Et  sic  illi  qui  sunt  de  concilio  tuo  citius  stabunt  pro 
»  justitia.  » 
V.  <'^  Et  ainsi  les  bons  seront  toujours  de  ton  conseil  pour 
»  ta  droiture.  » 
En  prouvant  par  les  citations  précédentes  que  la  version  de 
Jean  de  Vignay  est  une  traduction  de  l'abrégé  latin  de  Geoffroi 
de  Beaulieu,  et  qu'elle  ne  dérive  nullement  de  l'abrégé  français 
attribué  au  même  auteur,  j'ai  montré  en  même  temps  que  cet 
abrégé  français  ne  dérive  pas  de  l'abrégé  latin,  mais  qu'il  a  été 
fait  directement  sur  l'original.  J'en  pourrais  apporter  d'autres 
preuves,  et  nombreuses  et  concluantes;  mais  j'aime  mieux  invo- 


422 

quer  ropinion  de  M.  Viollet  qui,  après  avoir  examiné  ce  texte 
français  et  ceux  qu'il  y  rattache,  s'est  demandé  s'il  fallait  croire 
qu'ils  eussent  été  traduits  sur  le  texte  latin  de  l'auteur  :  «  Je  ne 
»  le  pense  pas,  dit-il  ^  Geofîroi  de  Beaulieu  a  pu  faire  deuxabré- 
»  gés,  l'un  en  latin  et  l'autre  en  français  :  la  présence  d'un 
»  abrégé  français  à  la  suite  de  l'histoire  latine  de  I^eaulieu 
»  vient  fortifier  cette  supposition.  11  est  d'ailleurs  impossi])le 
»  de  ne  pas  être  frappé  de  l'originalité  de  style  des  textes  abrégés 
»  français.  On  s'expliquerait  difficilement  qu'ils  fussent  le  résul- 
»  tat  d'une  traduction .  » 

Je  dois  faire  observer  que  le  texte  du  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque de  Sainte-Geneviève  est  un  de  ceux  où  M.  Viollet  a 
reconnu  cette  originalité  de  style,  puisqu'il  le  comptait  au  nombre 
des  textes  qui  ont  pour  source  commune  l'abrégé  français  de 
Geoffroi  de  Beaulieu  ;  mais  j'ai  prouvé  que  le  texte  de  ce  manus- 
crit avait  certainement  une  filiation  distincte  et  une  autorité  qui 
lui  est  propre.  De  là  résulte,  pour  la  restitution  du  texte  des 
Enseignements,  cette  conséquence,  que  l'abrégé  français  de  Geofîroi 
de  Beaulieu  et  le  texte  du  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Gene- 
viève étant  indépendants  l'un  de  l'autre,  représentent  l'original 
dans  celles  de  leurs  leçons  qui  sont  identiques.  Cette  identité  existe 
aussi  quelquefois  entre  un  texte  latin  et  un  texte  français  nou 
traduit,  comme  au  paragraphe  13,  par  exemple,  où  la  leçon  iii 
aperto  concorde  avec  la  leçon  en  a^^eré.  Ce  qui  est  plus  ordinaire, 
c'est  delà  constater  entre  l'abrégé  français  de  Geofi'roi  de  Beau- 
lieu  et  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  :  en  pareil 
cas  il  faut  des  motifs  tout  particuliers  pour  ne  pas  introduire  dans 
le  texte  restitué  une  expression  dont  l'emploi  simultané  dans 
deux  textes  indépendants  s'explique  si  naturellement  par  sa  déri- 
vation du  texte  original. 

Il  est  évident  au  contraire  que  l'identité  d'expression  entre 
deux  traductions  françaises,  ou  bien  encore  entre  l'une  ou  l'autre 
de  ces  traductions  et  la  traduction  latine  d'où  elles  dérivent,  n'est 
pas  un  fait  dont  il  faille  tenir  compte  pour  la  restitution  du  texte. 
Ce  qui  est  à  constater,  ce  sont  les  rapports  entre  textes  qui  se 
rattachent  immédiatement  à  l'original.  Au  paragraphe  13,  par 
exemple,  cette  expression  de  l'abrégé  français,  et  souvent  parle 
à  eus,  m'a  paru  devoir  être  abandonnée,  parce  que  j'ai  trouvé 

1.  Page  143. 


423 

dans  l'abrégé  latin  une  leçon  qui,  dans  la  forme,  a  plus  d'analogie 
avec  la  leçon  correspondante  de  Gilles  de  Pontoise.  Si  le  verbe 
parler  eût  été  dans  l'original,  Geoffroi  de  Beaulieu  se  serait  servi 
sans  doute  du  verbe  loqui  qu'il  emploie  ailleurs  ;  or  il  a  préféré 
mettre,  habe  fréquenter  colloquium  cum  eis  ;  d'un  autre 
côté  on  lit  dans  le  texte  de  l'enquête,  habeas  libenter  bona 
parlamenta  cum  bonis.  Il  semble  que  Geoffroi  de  Beaulieu 
avait  sous  les  yeux  le  mot  parlejnent,  qu'il  aura  préféré  le 
traduire  par  un  équivalent  de  la  bonne  latinité  {colloquium),  et 
que  par  conséquent,  en  mettant  dans  le  texte  restitué  aie  souvent 
bons  parlemenz  à  eus,  on  a  plus  de  chance  de  se  rapprocher 
du  texte  original,  qui  aura  été  abrégé  plutôt  que  littéralement 
reproduit  dans  la  leçon  souvent  parle  à  eus. 

Il  y  a  donc  des  cas  dans  lesquels  la  leçon  des  traductions 
latines  doit  être  préférée  à  celle  des  abrégés  français,  et  comme  les 
sous-traductions  françaises  donnent  presque  toujours  l'équivalent 
de  la  leçon  latine  préférée,  il  en  résulte  que  les  sous-traductions 
françaises  entrent  alors  dans  le  texte  restitué  de  préférence  a 
l'abrégé  français.  Mais  il  est  bien  entendu  que  de  telles  leçons 
n'ont  pas  d'autorité  directe,  puisqu'elles  ne  peuvent  être  tirées 
immédiatement  de  l'original.  Du  moment  où  il  est  prouvé  que  le 
texte  du  registre  Noster  et  celui  du  Confesseur  sont  des  traduc- 
tions, le  texte  original  ne  peut  y  être  exactement  reproduit  que 
dans  les  passages  où,  par  une  heureuse  rencontre,  le  traducteur 
est  revenu  de  la  traduction  latme  aux  mots  ou  aux  locutions  que 
cette  traduction  avait  essayé  de  rendre. 

Tels  sont  les  principes  que  j'ai  essaj^é  de  suivre  dans  la  restitu- 
tion du  texte  des  Enseignements.  En  supposant  que  j'en  eusse 
fait  une  application  toujours  judicieuse,  il  resterait  encore  bien 
des  questions  indécises.  Mais  un  tel  travail  peut  offrir  quelque 
utilité  à  ceux-mêmes  qu'il  ne  satisfait  pas,  et  ce  motif  suffira, 
je  l'espère,  pour  qu'ils  en  excusent  les  imperfections. 

Natalis  de  Wailly. 


ENSEIGNExMENTS  DE  SAINT  LOUIS. 


TEXTE  DE   L  ENQDKTE.  TEXTE  RESTITUÉ. 

^.  Suo  cai'o  primogenito  Phi-  ■!•  A  son  chier  fil  ainzné  Phe- 

lippo  salulem  et  dilcclionem  pa-  lippe  saliil  cl  amor  clc  perc  2. 
Lernam. 

2.  Gare  flli,  quia  ego  desidero  2.  Ghiers   fiz,   por  ce  que  je 

Lolo  corde  quod  lu  sis  bene  doc-  désir  de   loi  cuer  que    lu  soies 

lus  in  omnibus,  penso  quod  libi  bien  enseigniez  en  loles  choses, 

aliquod  documenlum  faciam  per  je  pens  -^  à  le  faire  quelque  en- 


1.  J'auiai  souvent  à  parler  des  difl'érenls  lexles  dos  Enseignemciils  :  par  Icxlc 
de  l'enquête.,  j'enlcnds,  d'une  manière  générale,  (-elui  qui  est  représenté  par  le 
le\le  latin  de  Gilles  de  Poutoise,  par  la  traduction  du  Confesseur,  et  par  telle 
<lu  registre  Noster.  Par  textes  abrégés.,  j'entends,  outre  l'abrégé  latin  de 
Geofl'roi  de  Beaulieu,  l'abrégé  français  qu'on  lui  attribue,  les  textes  qui  eu 
dérivent,  el  le  texte  du  manuscrit  de  la  bildiotlièque  Sainte-Geneviève,  qui 
dérive  d'une  autre  source.  J'emploie  en  outre  un  certain  nombre  de  cotes 
particulières,  dont  l'indication  suit  : 

H.  Abrégé  français  de  Geoflroi  de  IJeaulieu. 

C.  Texte  de  l'enquête  traduit  par  le  Confesseur. 

D.  Abrégé  français  contenu  dans   l'exemplaire  des  Chroniques  de  Saint-Denis 

(Manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Sainte-Geneviève). 
J.  Abrégé  français  contenu  dans  Joinville. 

M.  Texte  de  l'enquête  traduit  dans  le  registre  Nnster  el  publié  par  Moroau. 
N.  Abrégé  français  contenu  dans  Guillaume  de  Nangis. 
P.  Texte  latin  de  l'enquête  dans  Gilles  de  Pontoise. 
T.  Texte  de  l'enquête  traduit  dans  le  registre  Noster  el  publié  [lar  Theve- 

neau. 
Y.  Texte  traduit  des  Enseignements  à  Isabelle. 
Ms.  l.  Leçon  de  l'abrégé  français  dans  le  ins.  fr.  2546'2. 
Ms.  2.  Leçon  de  l'abrégé  français  dans  le  ms.  fr.  22921. 
Ms.  3.  Texte  de  l'enquête,    traduction   dérivée  de  celle  du   registre    Noster, 

dans  le  ms.  fr.  1136. 

2.  M  T  Y,  amistié,  au  lieu  de  amor.  Celte  suscriplion,  qui  se  termine  dans 
C  au  mol  salut,  manque  dans  le  ms.  3,  el  dans  les  lexles  abrégés.  M.  Yiollel 
fait  observer  qu'elle  semble  incomplète,  et  qu'il  faudrait  suppléer  au  commen- 
cemenl  les  mots  «  Louis,  par  la  grâce  de  j)ieu,  roi  de  France,  »  ou  peut-être 
«  Louis  de  Poissy,  »  lilre  que  saint  Louis  [uenait  de  préférence  dans  sa  cor- 
respondance in  lime. 

3.  C  M  T,  je  pense;  Y  el  ms.  i,  f  ai  pensé. 


425 


hoc  scriptum.  Ego  enim  audivi 
aliquociens  Ledicentem  quod  plus 
a  me  quam  ab  alio  retineres. 

3.  Propterhoc,  care  fîli,  doceo 
te  primo  quod  tu  diligas  Deum 
ex  toto  corde  tuo  et  de  toto  posse 
tuo,  quia  sine  hoc  nuUus  potest 
quicquam  valere. 

4.  Tu  debes  tibi  cavere  pro 
posse  tuo  ab  omnibus  de  quibus 
credas  quod  ei  debeant  displi- 
cere.  Et  specialiter  debes  habere 
istam  voluntatem  quod  tu  non 
faceres  peccatum  mortale  pro  ah- 
qua  re  quae  posset  contingere,  et 
quod  tu  permitleres  tibi  an  te 
omnia  membra  scindi  et  auferri 


seignement  par  cest  escrit  i.  Car 
je  t'oï  dire  aucunes  fois  que  de 
moi  plus  que  d'autre  2  tu  reten- 
roies  ^. 

3.  Por  ce,  chiers  fiz,  la  pre- 
mière chose  que  je  t'enseing  si 
est  que  lu  metes  tôt  ton  cuer 
en  Dieu  amer  de  tôt  ton  pooir*; 
car  sans  ce  nus  ne  puet  estre 
sauvez  ^  ne  riens  valoir. 

4.  Tu  te  dois  garder  à  ton  pooir 
de  totes  choses  que  tu  cuideras 
qui  li  dolent  desplaire.  Et  si  dois 
tu  especialment  avoir  ceste  volen- 
té  que  tu  ne  feroies  mortel  pechié 
por  nule  chose  qui  peust  avenir  6, 
et  que  tu  te  lairoies  ançois  toz  les 
membres  trenchier,  et  devroies 
sofrir  tote  manière  de  torment  "^ 


t.  Le  ms.  3  ajoute  à  la  fin  de  la  première  phrase,  «  selonc  ce  que  père  doit 
»  faire  à  son  enfant.  »  La  seconde  phrase  y  est  traduite  peu  exactement  :  «  Et  je 
»  croi  que  tu  les  orras  entenlivement  et  retendras  soigneusement  et  volentiers.» 

2.  Y,  de pluisours  autres,  ce  qui  doit  être  une  mauvaise  traduction;  la  leçon 
du  texte  original  devait  signifier  d'aucun  autre,  et  non  de  plusieurs  autres. 

3.  Tout  ce  paragraphe  manque  dans  les  textes  abrégés. 

4.  Y,  «  que  vous  amés  Noslre  Segneur  de  tout  voslre  cuer  et  de  tout  vostre 
»  pooir;  »  G  M  T  et  ms.  3,  «  que  tu  aimes  Dieu  de  tout  ton  cuer  et  de  tout  ton 
»  pooir.  »  Comrue  l'expression  <>  que  tu  mêles  tout  ton  cuer  en  Dieu  amer,  »  se 
trouve  dans  tous  les  textes  abrégés  français,  j'en  conclus  qu'elle  doit  être  tiréç 
de  l'original  ;  ces  textes  omettent  «  de  tout  ton  pooir.  » 

5.  C'est  la  leçon  de  DJ;  dans  BN,  ne  se  puet  sauver;  ces  mots  répondent  au 
texte  latin  de  Geofl'roi  de  Beaulieu  :  «  sine  hoc  non  est  salus.  »  Il  semble  que 
cette  pensée  est  plus  précise  que  celle  de  Gilles  de  Pontoise,  «  nuUus  potest 
»  quicquam  valere,  »  traduite  dans  MTY  par  «  nul  ne  puet  riens  valoir.  »  G, 
nule  chose  au  lieu  de  riens.  Du  reste,  il  m'a  paru  préférable  de  combiner  les 
deux  leçons,  comme  dans  le  ms.  3,  où  on  lit  :  «  nul  ne  se  puet  sauver  ne  riens 
»  valoir.  » 

6.  D,  «  garde  toi  de  fere  pechié;  »  B,  «  garde  toi  de  fere  chose  qui  à  Dieu 
»  desplese;  c'est  mortel  pechié.  »  J,  c'est  à  savoir  au  lieu  de  c'est  ;  ms.  2,  trop 
outrageus  au  lieu  de  mortel. 

7.  MTY,  «  et  la  vie  tolir  par  cruel  martyre;» G,  «  et  que  l'en  te  tolist  la  vie,« 
etc.;  ms.  3,  «  et  martirier  et  mourir  cruelment.  »  J'emprunte  aux  textes  abrégés 
les  mots  (I  devroies  soufrir  toute  manière  de  tourment,  »  qui  répondent  dans  le 
texte  latin  de  Geoflroi  de  Beaulieu  à  «  omni  génère  martyrii  cruciari.  » 


A26 


crudeli  martyrio  vilam  ({uam  tu 
scienter  faccres  morlale  peccalum . 

5.  Si  Dominus  Noster  mitlat 
tibi  aliquam  persecutionem  vel 
infirmiLaLis  vel  aliam,  lu  debes 
benivole  susLinere,  et  debes  ei 
regratiari  et  scire  bonas  grates, 
quia  debes  pensare  quod  ipse 
facit  hoc  pro  bono  tuo  ;  et  simi- 
liter  debes  pensare  quod  bene 
meruisti  et  hoc  et  plus,  si  ipse 
vellet,  eo  quod  parum  eum  di- 
lexisti  et  parura  ei  servi visli,  et 
multa  fecisti  suœ  contraria  vo- 
luntati. 

6.  Si  Dominus  Noster  miltat 
tibi  aliquam  prosperitatem,  vel 
corpereae  sanitatis,  vel  aliam,  tu 
debes  ei  regratiari  humiliter,  et 
debes  cavere  tibi  quod  ex  hoc  non 
pejoreris  nec  per  superbiam  nec 
per  ahud  vitium;  hoc  est  enim 
multum  grande  peccatum  guer- 
ram  Domino  Nostro  facere  ex 
donisipsius. 


que  faire  à   ton  escient  mortel 
pechié. 

5.  Se  Nostre  Sire  t'envoie  au- 
cune persécution  i  ou  de  maladie 
ou  d'autre  chose,  tu  la  dois  re- 
cevoir en  bone  patience  2,  et  l'en 
dois  mercier  et  U  en  savoir  bon 
gré,  car  tu  dois  penser  que  il  te 
tornera  tôt  à  ton  preu  '^  ;  et  sem- 
blablement  dois  tu  penser  que  tu 
l'as  bien  deservi,  et  plus  se  il 
vausist,  parce  que  tu  Tas  pou 
amé  et  pou  servi,  et  as  maintes 
choses  faites  contre  sa  volenté. 

6.  Se  Nostre  Sire  t'envoie  au- 
cune prospérité,  ou  de  santé  de 
cors  ou  autre,  si  l'en  dois  mer- 
cier humblement,  et  te  dois 
prendre  garde  que  tu  de  ce  n'em- 
pires, ne  par  orgueil,  ne  par 
autre  manière  ^  ;  car  c'est  moût 
grans  péchiez  de  guerroier  ^  Nos- 
tre Signor  de  ses  dons. 


1.  D,  adversité  ou  aucun  tonnent  ;  BJN,  adversité  seulement.  Ce  mot  me 
paraît  tHre  un  équivalent,  de  même  que  tribulaiionem  dans  l'abrégé  latin.  Je 
crois  au  contraire  que  la  leçon  persecutionem  répond  à  l'expression  originale; 
le  mot  persécution  se  prenait  dans  le  sens  d'épreuve  (Joinville,  116  f,  212  f, 
222  6,  426  b). 

2.  C,  de  bonne  volenté;  MTY  et  ms.  3,  debonairement  ;  j'emprunte  en  bone 
patience  à  BDN.  L'impératif  reçoif  (DJ)  autorise  à  remplacer  soufrir  par  rece- 
voir. 

3.  Leçon  de  BJN  et  des  rass.  1  et  2;  elle  répond  dans  l'abrégé  latin  aux  mots 
«  quod  ad  bonum  tuum  proveniat.  «  CMT  traduisent  littéralement  le  latin  de 
Gilles  de  Pontoise,  «  que  il  le  fait  pour  ton  bien.  » 

4.  Leçon  de  BJ  et  des  mss.  1  et  2,  répondant  à  l'abrégé  latin,  «  sive  quocum- 
»  ([ue  alio  modo.  »  C  porte  en  cet  endroit  autre  vice;  MTY  et  ms.  3,  autre  mes- 
prison;  N  omet  «  ne  par  orgueil,  ne  par  autre  manière,  «  et  ajoule,  comme  BJ 
et  ms;  3,  «  de  ce  dont  lu  dois  miex  valoir;  n  le  ms.  1  n'a  pas  celle  addition,  et 
le  ms.  2  en  altère  le  sens  (tu  ne  dois  au  lieu  de  tu  dois).  D  omet  tout  ce  qui 
suit  humblement. 

5.  Gverroier,  traduction  de  guerram  facere  dans  MTY,  se  trouve  aussi  dans 


427 


7.  Gare  fili,  doceo  te  quod  tu 
assuescas  confileri  fréquenter,  et 
quod  tu  semper  eligas  taies  con- 
fessores  qui  sinlsanctse  vitœ,  suf- 
ficientis  litteraturœ,  per  quos 
docearis  quœ  debes  vitare  et  quse 
debeas  facere  ;  et  habeas  in  te  ta- 
lemmodum  quod  confessores  tui 
et  alii  amici  tui  audeant  docere 
et  reprehendere  te  audacter. 

8.  Gare  fili,  doceo  te  quod  au- 
dias  libenter  servitium  ecclesiae 
sanctse;  et  quando  eris  in  eccle- 
sia  cave  tibi  ne  muses  nec  vana 
verba  loquaris.  Die  in  pace  ora- 
tiones  tuas  vel  ore  vel  mente,  et 
specialiter  sis  magis  in  pace  et 
magis  intentus  quandiu  corpus 
Domini  Nostri  Jesu  Ghristi  pres- 
sens erit  in  missa,  et  per  spa- 
tium  temporis  ante. 


7.  Ghiers  fiz,  je  t'enseing  que 
tu  t'acostumes  à  confesser  so- 
vent,  et  que  tu  élises  toz  jors  tex 
confessors  qui  soient  preudome  ^ 
et  de  soffisant  letreure,  qui  te 
sachent  enseignier  que  tu  dois 
faire  et  de  quoi  tu  te  dois  garder  '^. 
Tu  te  dois  en  tel  manière  avoir 
et  porter  que  ti  confessor  et  ti 
autre  ami  t'osent  seurement  re- 
penre  et  mostrer  tes  defaus  3, 

8.  Ghiers  fiz,  je  t'enseing  que 
le  service  de  sainte  église  tu  es- 
coutes  volentiers  et  dévotement  *; 
et  tant  que  ^  tu  seras  ou  mostier, 
pren  te  garde  de  border  et  truf- 
fer '',  ne  de  regarder  çà  et  là  '  ; 
mais  pri  Dieu  ou  de  bouche  ou 
de  cuer  en  pensant  à  li  douce- 
ment, et  especialment  à  la  messe, 
à  celé  eure  que  la  consécrations 
est  faite  dou  cors  et  dou  sanc  de 


BJN  et  dans  les  mss.  1  et  2,  comrae  emprunt  fait  au  texte  original;  l'abrégé 
latin  rend  ce  verbe  par  une  paraphrase,  impugnare  vel  offendere.  Le  ms.  3 
change  la  tournure,  quant  l'en  guerroie. 

[.  J'emprunte  preudome  aux  textes  abrégés,  qui  omettent  de  soufisant  letreure; 
dans  l'abrégé  latin,  discretos  et  honestos. 

Z.  Les  mêmes  textes  me  fournissent  les  mots  qui  te  sachent,  etc.,  lesquels 
s'accordent  avec  l'abrégé  latin  :  «  qui  te  sciant  docere  a  quibus  tibi  sit  caven- 
»  dum  et  qu«  te  facere  sit  necesse.  »  D  omet  la  lin  de  la  phrase. 

3.  J,  «  le  osieut  repenre  de  tes  mesfaiz,  »  ce  qui  répond  à  l'abrégé  latin  «  te 
»  secure  reprehendere  audeant.  »  CMTY  et  ms.  3  traduisent  littéralement  G.  de 
Pontoise  :  «  osent  hardiement  enseignier  et  reprendre.  »  J'ai  suivi  pour  cette 
phrase  la  leçon  de  B. 

4.  Ces  deux  adverbes  dérivent  de  l'abrégé  lalin  libenter  et  dévote;  CMT  et 
ms.  3  ont  seulement  volentiers;  B,  doucement;  DJN  et  ms.  1,  dévotement;  le 
ms.  2  donne  à  la  fois  doucement  et  dévotement.  D  omet  tout  ce  qui  suit. 

5.  Tant  que,  à  cause  de  quandiu  dans  l'abrégé  latin. 

6.  J,  sans  truffer;  N,  sans  border;  B  et  ms.  1  et  2,  sans  bourder  et  truffer; 
c'est  ce  qui  est  traduit  dans  les  textes  latins  par  ne  vana  loquaris;  de  là,  dans 
CMTY  et  dans  le  ms.  2,  parler  ou  dire  vaines  paroles. 

7.  A  la  différence  de  BN  et  des  mss.  1  et  2,  J  omet  regarder  çù  et  là,  à  quoi 
répond  dans  l'abrégé  latin,  vage  circumspicias  ;  ce  qui  est  remplacé  par  muses 
dans  G.  do  Pontoise,  et  par  muser  dans  CMTY  comme  dans  le  ms.  3. 


428 


9.  Care  fili,  habeas  cor  pium 
ad  pauperes  et  ad  omnes  illos 
quos  credes  habere  miseriam  cor- 
dis  vel  corporis;  et  secundum 
posse  quod  habebis,  succurras 
libenter  eisdem  vel  confortatione 
vel  aliqua  eleemosyna. 


'II.  Si  habes aliquam  Lurbatio- 
nem  cordis,  siquidem  sit  lalis 
quod  Lu  dicere  eam  possis,  die 
eam  vel  confessori  tuo  vel  alii  de 
quo  credes  quod  siL  legaiis  eo 


Nostre  Signor  Jesu  CrisL  J,  cL  une 
pièce  devant  2. 

9.  Obiers  fdz,  lecueraiesdousel 
pileus  aus  povres  et  à  toz  ceus 
que  tu  Guideras  avoir  mesaise  de 
cuer  ou  de  cors  ^  ;  et  selonc  ce 
que  tu  porras  ^  les  conforte  et 
lor  aide  ^  d'aucune  auraosne. 

4  0.  Maintien  les  bones  cos- 
tumes de  ton  royaume  et  les 
mauvaises  abaisse  ^.  Ne  couvoite 
pas  sor  ton  pueple,  ne  ne  le  cbarge 
pas  de  toutes  ne  de  tailles  '',  se 
ce  n'est  por  trop  grant  besoing  ^. 

-II.  Se  lu  as  aucune  mesaise 
de  cuer  ^,  qui  soit  tex  que  tu  la 
puisses  direi'^,  di  la  à  ton  confes- 
sor  ou  à  aucun  preudome  qui 
sacbe  garder  ton  sécrétai;  si  por- 


1.  J'adople  ici  la  leçon  commune  à  BN  et  aux  mss.  1  et  2,  en  la  complétant 
pour  les  mots  dou  cors,  etc.  par  Tabrégé  latin  :  u  Sed  ora  Dominura  dévoie,  sive 
»  ore,  sive  cordis  medilalione;  et  specialiler  amplius  intendas  devolioni  in 
»  secreto  missa;  circa  horam  consecrationis  corporis  et  sanguinis  Doniini  Noslri 
»  Jesu  Ghrisli.  »  Les  mots  et  mie  pièce  devant  sont  traduits  du  texte  de  G.  de 
Pontoise,  qui  ne  peut  d'ailleurs  se  combiner  avec  l'autre. 

2.  Le  ms.  3  ajoute,  «  c'est  assavoir  quant  le  prestrea  dit:  Sanctus,  Sanclus, 
»  Sanctus  ;  car  alors  il  entre  ou  canon  de  la  messe.  » 

3.  Les  mots  el  à  toz,  etc.  manquent  dans  D;  ils  sont  remplacés  dans  BN  et 
dans  le  ms.  2  par  aus  mesaisiés;  dans  le  ms.  1 ,  par  et  à  loi'  mesaises;  dans  J, 
par  aus  chietis  et  aus  mesaisiés;  l'abrégé  latin  porte  ad  pauperes,  miseras  et 
afflictos  :  le  texte  de  Gilles  de  Pontoise  est  plus  précis. 

i.  D  omet  selonc  ce  que  tu  porras. 

5.  BD,  etc.  s'accordent  pour  les  conforte  et  leur  aide,  sans  ajouter  d'aucune 
aumosne. 

6.  D,  «  fai  les  bonnes  coustumes  garder  de  ton  reamme.  » 

7.  U,  «  ne  couvoite  pas  scur  ton  peuple  toutes  ne  tailles.  »  J'emprunte  la 
leçon  de  J  en  substituant  ne  le  charge  à  ne  te  charge,  et  en  mettant  au  pluriel, 
comme  dans  D,  les  mots  toutes  et  tailles. 

8.  J,  H  ta  grant  nécessité.  »  Ce  paragraphe  ne  se  trouve  que  dans  DJ. 

9.  D,  «  aucune  penssée  pesant  au  cuer;  »  R,  etc.  mesaise  de  cuer. 
10.  Les  mots  qui  soit  etc.  manquent  dans  les  textes  abrégés. 

U.  BN  el  les  mss.  1  et  2  omettent  qui  sache,  etc.  J  remplace  ces  mots  par 
«  qui  ne  soit  pas  pleins  de  vainnes  paroles.  » 


429 


quod  sciât  te  bene  celare,  ad  hoc 
ut  eam  portes  magis  in  pace. 


-13.  Gare  fili,  habeas  tecum 
societatem  bonarum  gentium, 
sive  religiosorum,  sive  secula- 
rium,  et  vita  societatem  pravo- 
rum;  et  habeas  hbenter  bona 
parlamenta  cum  bonis.  Et  aus- 
culta hbenter  loqui  de  Domino 
insermonibus  etprivaLe.  Procura 
libenter  indulgentias. 

-14.  Dilige  bonum  in  alio,  et 
odimahim 


ras  porter  plus  legierement  la 
pensée  de  ton  cuer  ^ 

-12.  Garde  que  cil  de  ton  hos- 
tel  soient  preudome  et  loial;  et  te 
soviegne  de  l'Escripture  qui  dit  : 
«  Elige  viros  timentes  Deum  in 
»  quibus  sit  justicia  et  qui  oderint 
»  avariciam;  »  c'est-à-dire: «Aime 
y>  gens  qui  dotent  Dieu  et  qui  font 
))  droite]  ustice,  et  qui  héent  cou- 
»  voitise  ;  »  et  tu  profiteras,  et 
gouverneras  bien  ton  royaume  2. 

-13.  Chiers  fiz  3,  garde  que  tu 
aies  en  ta  compaignie  toz  '»  preu- 
domes  ^,  soient  religieus,  soient 
séculier,  et  aie  sovent  bons  par- 
lemenz  à  eus;  et  fui  la  compai- 
gnie des  mauvais.  Et  escoute 
volentiers  la  parole  Dieu  ^  et  en 
apert  et  en  privé  "^  ;  et  porchace 
volentiers  prières  et  pardons. 

■14.  Aime  tôt  bien  et  hé  tôt 
mal  en  cui  que  ce  soit  8. 


1.  Toul  ce  qui  précède  depuis  di  la  est  tiré  de  D. 

2.  La  leçon  textuelle  est  réanime;  i'y  substitue /oyoume,  qui  s'est  déjà  présenté. 
D  seul  contient  ce  paragraphe.  La  citation  latine  qui  s'y  trouve  n'y  aurait 
pas  été  maintenue  si  ce  texte  abrégé  avait  été  traduit  du  latin.  Le  même 
manuscrit  omet  les  trois  paragraphes  suivants. 

3.  Les  mots  chiers  fiz  sont  tirés  du  texte  le  plus  étendu,  que  j'abandonne  à 
peu  près  dans  le  reste  du  paragraphe;  je  suis  de  préférence  les  textes  B  ou  J, 
si  ce  n'est  pour  le  verbe  parle,  qui  m'a  paru  être  une  expression  abrégée  des 
mots  aie  bons  parlemenz. 

4.  N,  ions  jours. 

5.  J  ajoute,  «  et  loiaus  qui  ne  soient  pas  plein  de  convoitise.  » 

G.  B,  les  sermons;  j'emprunte  à  J  la  parole  Dieu.  Dans  la  leçon  de  G.  de 
Pontoise  les  sermons  publics  sont  opposés  à  des  conversations  particulières  ; 
mais  l'abrégé  latin  de  Geoffroi  de  Beaulieu  exclut  cette  interprétation  :  «  Audi 
I)  libenter  sermones  tam  in  aperto  quam  in  secreto.  »  Si  je  ne  me  trompe  les 
mots  la  parole  Dieu  seraient  remplacés  par  sermons  dans  B,  par  sermones  dans 
l'abrégé  latin  et  par  loqui  de  Domino  dans  P,  où  la  leçon  originale  en  apert  a 
pour  équivalent  inexact  in  sermonibus. 

7.  Les  mots  et  en  apert,  etc.  sont  remplacés  dans  J  par  et  la  retien  en  ton 
cuer. 

8.  Je  prends  la  leçon  du  texte  N;  le  texte  B  et  les  mss.  1  et  2  portent  par 

29 


430 

-15.  Nonsustineas  quod  dican-  V.y.  Nnlz  ne  soit  si  hardis  que 

tur  coram  le  verba  qua?  possinL  il  die  devaiiL  toi  parole  qui  atraie 

génies  Irahcrc  ad  peccalum.  Non  et  csmueve  à  pechié,  ne  que  il 

auscultes  libcnler  dici  mala  de  mesdie  d'autrui  par  deriere  en 

alio.  manière  de  delraclion  i. 

i6.  Nullum  verbum  quod  re-  -10.  Nule  vilenie  de  Dieu  ne  de 

dundel    ad   despectum    Domini  ses  sainz  2  ne  suefFre  que  l'en 

Nostri  vel  sanctorum  sustineas  die  ^  devant  toi  '*,  que  tu   n'en 

ullo   modo,   quin  recipias  inde  faces  tantost  venjance  ^.  Mais  s'il 

vindictam.  Si  vero  essel  clericus  estoit  clers  ou  si  grans  persone 

vel  ila  magna  persona  quod  tu  que  tu   ne  le  deusses  justicier, 

justiciare  non  deberes,  eamdem  tu  le  leroies  dire  à  qui  justicier 

faceres  dici  illi  qui  eum  justiciare  le  porroit. 
valeret. 

-17.  Gare  fili,  provide  quod  sis  -IT.Ghiersfiz,  rentgracesàDieu 

in  omnibus  ita bonus  quod  appa-  sovent  de  toz  les  biens  qu'il  t'a 

reat  te  ita  recognoscere  bonitates  faiz,  si  que  tu  soies  dignes  de  plus 

et  honores  quos  Dominus  Noster  avoir  c,  en  tel  manière  que  se  il 

erreur  en  quoi  au  lieu  de  en  cui.  CMT  et  le  ms.  3  traduisent  nUo  par  axitnii; 
mais  si  le  mol  autrui  eût  appartenu  au  texte  original,  on  ne  voit  pas  pourquoi 
Geofi'roi  de  Beaulieu  l'eût  traduit  par  in  proximis.  Il  est  plus  vraisemblable 
que  les  tiaducleurs  ne  sachant  comment  rendre  littéralement  la  locution  fran- 
çaise en  cui  que  ce  soit  auront  cherché  un  équivalent.  Le  texte  J  est  le  plus 
défectueux  de  tous  :  «  Aime  ton  preu  et  ton  bien,  et  hai  touz  maus  où  que  il 
»  soient.  »  C'est  une  paraphrase  de  la  mauvaise  leçon  en  quoi  que  ce  soit. 

1.  Je  suis  les  textes  BJ,  en  y  rétablissant  les  mots  en  manière  tirés  de  N  et 
des  mss.  1  et  2.  Je  n'hésite  pas  à  penser  que  la  dernière  phrase  ne  rend  pas  le 
sens  du  texte  original  :  saint  Louis  a  dû  proscrire  absolument  la  médisance,  au 
lieu  de  se  borner  à  conseiller  de  ne  pas  l'écouter  volontiers.  Dans  l'abrégé  latin, 
les  mots  non  auscultes,  etc.  sont  remplacés  avec  tout  avantage  par  nec  verbum 
dciractorium  de  alio. 

2.  D  omet  ne  de  ses  sainz;  lems.  2  ajoute  ne  de  ses  amis. 

3.  DJ,  soit  dite. 

4.  Le  ms.  2  ajoute,  ne  autrement  où  que  tu  le  puisses  amender. 

5.  DJ  omeUent  que  tu  n'en  faces,  etc.  Tous  les  textes  abrégés  et  l'abrégé 
latin  omettent  la  phrase  suivante. 

C.  Le  paragraphe  entier  manque  dans  DN;  il  se  termine  au  mol  avoir  dans 
les  autres  textes  abrégés.  Les  mots  si  que  tu  soies  dignes  de  plus  avoir,  ou  dans 
l'abrégé  lalin  ut  sisdignus  majora  accipere,  sont  rejetés  par  M.  Viollet  comme 
contraires  ;\  la  pensée  de  saint  Louis,  qui  disait  à  sa  fille  que  si  elle  était 
certaine  de  n'être  ni  récompensée  du  bien  ni  punie  du  mal  qu'elle  ferait,  elle 
devrait  cependant  faire  le  bien  et  fuir  le  mal  pour  le  pur  amour  de  Dieu.  Mais 
saint  Louis  usait  d'une  supposition  pour  mieux  faire  comprendre  combien  est 
étroite  l'obligation  de  servir  Dieu.  «  Se  vous  l'araés,  dit-il  ailleurs  à  sa  fille,  li 


43^ 


tibi  fecit,  tali  modo  quod  si  place- 
ret  Domino  quod  tu  venires  ad 
onus  et  honoren  gubernandi 
regnum,  esses  dignus  recipere 
sanctam  unctionem  qua  reges 
Francise  consecrantur. 

•18.  Gare  fili,  si  contingat  quod 
tu  venias  ad  regnum,  provideas 
quod  tu  habeas  ea  quse  pertinent 
ad  regem,  lioc  est  dicere  quod 
tu  sis  adeo  justus  quod  non 
declinesajustitiapro  aliquoquod 
vaieat  evenire.  Si  contingat  esse 
querelamalicujus  pauperis  contra 
divitem,  susline  plus  pauperem 
quam  divitem  quousque  scias 
veritatem,  et  quando  intelliges 
veritatem,  fac  eis  jus. 


-19.  Et  si  contingat  contra  te 
aliquem  habere  querelam,  sus- 
tine  querelam  extranei  coram 
consilio  tuo,  ut  non  ostendas  te 


plaisoit  au  Signor  que  tu  venisses 
au  fais  et  à  l'honor  de  gouverner 
le  roiaume,  tu  feusses  dignes  de 
recevoir  la  sainte  onction  dont  li 
roi  de  France  sont  sacré. 

-18.  Chiers  fiz,  se  tu  viens  à 
régner,  efforce  toi  d'avoir  ce  qui 
afiert  à  roi,  c'est-à-dire  que  ^  en 
justice  et  en  droiture  2  tenir  tu 
soies  roides  et  loiaus  envers  ton 
pueple  et  envers  ta  gent  3,  sanz 
torner  à  destre  ne  à  senestre  *, 
mais  toz  jors  à  droit,  quoi  qu'il 
puisse  advenir.  Et  se  uns  povres 
a  querele  contre  un  riche  &,  sos- 
tien  le  povre  plus  que  le  riche 
jusques  à  tant  que  la  veritez  soit 
desclairie  ^  ;  et  quant  tu  sauras 
la  vérité,  fai  lor  droit. 

19.  Se  aucuns  a  entrepris  que- 
rele contre  toi  (por  aucune  in- 
jure ou  por  aucun  tort  qu'il  lui 
soit  avis  que  tu  lui  faces  "),  soies 


»  pourfiz  en  sera  vostres.  «S'il  propose  ici  un  profit  en  récompense  de  l'amour, 
c'est  parce  que  dans  la  réalité,  il  n'était  point  partisan  de  l'amour  gratuit,  que 
la  saine  théologie  condamne.  La  pensée  exprimée  par  les  textes  abrégés  n'a 
donc  rien  de  blâmable;  elle  a  d'ailleurs  l'avantage  d'être  parfaitement  nette  et 
claire.  La  version  du  Confesseur  est  au  contraire  un  peu  louche  :  «  Pourvoi 
I)  que  tu  soies  si  bons  en  toutes  choses  que  il  apere  que  tu  reconnoisses  les 
»  bontez  et  les  enneurs  que  Nostre  Sires  t'a  fet,  en  telle  manière  que  s'il  plesoit 
»  à  Dieu,  »  etc.  Je  n'hésite  pas  à  rejeter  cette  pensée  obscure,  qui  ne  dérive 
que  d'une  traduction  latine,  et  à  préférer  une  pensée  claire  et  parfaitement 
orthodoxe,  que  justifie  d'ailleurs  l'accord  de  l'abrégé  latin  avec  les  abrégés  français. 

1.  Les  textes  abrégés  omettent  ce  qui  précède. 

2.  D  omet  et  en  droiture;  B,  etc.  à  justice  et  à  droiture. 

3.  BJ,  et  ms.  1  et  2,  envers  tes  sougiés  ou  à  tes  sougiés. 

4.  D,  sanz  torner  çà  ne  là,  en  omettant  tout  ce  qui  suit. 

5.  Les  textes  abrégés  omettent  depuis  giioi  jusqu'à  riche. 

6.  Les  mêmes  textes  omettent  ce  qui  suit  desclairie.  J'ai  suivi  la  leçon  de  ces 
textes  pour  les  passages  qu'ils  ont  conservés. 

7.  Dans  ceUe  première  partie  du  paragraphe,  je  suis  la  leçon  D  ;  ce  qui  est 
placé  entre  parenthèses  manque  ailleurs. 


432 


nimis  diligere  qucrelam  luam, 
quousque  cognoscas  veritatem  ; 
quia  illi  de  consilio  ex  hoc  pos- 
sent  esse  pavidi  ad  loquendum 
contra  te,  quod  tu  vellc  non 
debes. 


20.  Et  si  tu  intelligas  tetenere 
[aliqujid  injuste  vel  de  tempore 
tuo,  vel  de  tempore  prœdecesso- 
rum  tuorum,  fac  statim  restitui 
quantumcumque  res  sit  magna 
vel  in  terra,  vel  in  pecunia,  vel 
in  alio.  Si  res  est  obscura  prop- 
ter  quod  tu  scire  non  valeas 
veritatem,  fac  talem  pacem  con- 
silio proborum  virorum  quod 
anima  tua  et  prœdecessorum  tuo- 
rum animœ  sint  expeditae  detoto. 
Et  quœcumque  audias  unquam 
dicere  quod  tui  prsedecessores 
restituerint ,  adhibeas  semper 
diligentiamad  sciendum  si  adhue 


toz  jors  por  lui  et  contre  toi  ' 
devant  ton  conseil,  sanz  mostrer 
que  tu  aimes  trop  ta  querele  (tant 
que  l'en  sache  la  vérité)  ;  car  cil 
dou  conseil  en  porroient  doter  à 
parler  contre  toi,  ce  que  tu  ne 
dois  voloir  2;  et  commande  à 
tes  juges  que  tu  ne  soies  de  rien 
sostenuz  plus  que  uns  autres  '^, 
car  ainsi  jugeront  ti  couseillier 
plus  hardiement  selonc  droiture 
et  selonc  vérité  '*. 

20.  Se  tu  tiens  riens  de  l'autrui 
ou  par  toi  ou  par  les  devanciers, 
se  c'est  chose  certaine,  rent  le  sanz 
point  de  demeure,  combien  grant 
que  ce  soit  ou  en  terre,  ou  en  de- 
niers, ou  autrement  ^.  Et  se  c'est 
chose  doteuse ,  fai  le  enquerre 
parsaiges  gens  isnelement  etdili- 
gentment  ^\  Et  se  c'est  chose 
oscure  dont  tu  ne  puisses  savoir 
vérité,  fai  tel  pais  par  conseil  de 
prodomes  que  t'ame  et  les  âmes 
tes  devanciers  en  soient  dou  tout 
délivrées.  Et  quoi  que  tu  oies 
onques  dire  que  ti  devancier 
aient  rendu,   ne  laisse   pas   de 


1.  Les  mots  soles  ioz  jors,  elc.  sont  tirés  de  B;  on  en  retrouve  l'équivalent 
dans  toutes  les  leçons;  celle  de  D  est  la  plus  brève  :  «  Allègue  contre  toi.  » 

2.  Les  mots  devant  ton  conseil  jusqu'à  voloir,  sauf  ce  qui  est  entre  paren- 
thèses, manquent  dans  les  textes  abrégés  ;  ceux  qui  suivent  manquent  dans  le 
texte  de  l'enquête,  mais  ils  s'y  rattachent  naturellement. 

3.  Les  mots  et  commande  jusqu'à  autres  sont  tirés  de  D  seulement,  et  ceux 
qui  suivent  n'appartiennent  qu'aux  autres  textes  abrégés, 

4.  J  ajoute /Jo;//'  toi  ou  contre  toi. 

5.  Les  mots  se  c'est  chose  certaine  appartiennent  aux  textes  BJ  et  aux  mss.  2 
et  3;  les  mots  combien  grant,  etc.  sont  tirés  du  texte  développé. 

6.  Cette  phrase  manque  dans  DN  et  dans  le  texte  développé;  cette  omission 
doit  être  involontaire;  c'est  sans  doute  un  bourdon  causé  par  la  répétition  des 
mots  se  c'est  chose.  Tout  ce  qui  vient  après  cette  seconde  phrase  manque  dans 
les  textes  abrégés. 


433 


superestad  reddendum  ;  et  si  hoc 
inveneris,  fac  sLatim  restitui  pro 
liberalione  aniraœ  tiiœ  et  anima- 
rum  prsedecessorum  tuorum. 

21.  Sis  bene  diligens  facere 
custodiri  in  terra  tua  gentes 
CLijuscumque  modi,  et  specialiter 
(G.  de  Pontoise). 

Sis  diligens  quod  omnes  sub- 
diti  tui  in  justitiaetpaceserven- 

tur  maxime  autem (G.    de 

Beaulieu). 


22.  (Honora  et  ama]  personas 


meti'e  grant  peine  à  savoir  s'il 
remaint  encore  à  rendre;  et  se 
tu  le  trueves,  fai  le  tantost  rendre 
por  la  délivrance  de  t'ame  et  des 
âmes  tes  devanciers. 

21.  A  ce  dois  tu  mètre  t'entente 
cornent  tes  genz  et  ti  sougiet  ^ 
puissent  vivre  ^  en  pais  et  en 
droiture  desouz  loi  3,  meesme- 
ment  les  bones  villes  et  les  bones 
citez  de  ton  roiaume.  Et  les 
garde  *  en  Testât  et  en  la  fran- 
chise ou  ti  devancier  les  ont  gar- 
dées ;  et  se  il  i  a  aucune  chose  à 
amender,  si  Tamende  et  adresce, 
et  les  tien  en  favor  et  en  amor  ^. 
Quar  par  la  force  et  par  les 
richesces  ^  de  tes  bones  citez  et 
de  tes  bones  villes  ^ ,  doteront 
li  privé  et  li  estrange  ^  à  mes- 
penre  envers  toi ,  especialment 
ti  per  et  ti  baron.  Il  me  sovient 
bien  de  Paris  et  des  bones  villes 
de  mon  roiaume  qui  me  aidierent 
contre  les  barons  quant  je  fui 
novellement  coronez  9. 

22.  Honeure  et  aimei"  totes  les 


1.  D,  et  ton  piieple. 

2.  J,  vivent. 

3.  D  omet  desouz-  toi.  Jusqu'ici  les  leçons  UJ  snni  d'acrord  avec  BX  et  les 
mss.  1  et  2,  comme  avec  le  texte  de  l'enquête  et  l'abrégé  latin  de  Geoffroi  de 
Beaulieu;  mais  à  partir  du  mot  meesmement  (en  latin  specialiter  ou  maxime) 
la  phrase  se  continue  dans  DJ  pour  parler  des  bonnes  villes  et  des  bonnes  cités, 
tandis  qu'il  est  question  des  personnes  ecclésiastiques  dans  les  textes  latins  et 
les  textes  français  qui  ont  participé  à  la  publicité  de  l'enquête. 

4.  J,  et  les  coustumes  (au  lieu  de  et  les  bonnes  citez)  de  ton  roiaume  garde. 

5.  D  omet  et  se  il  y  a,  etc. 

6.  D  omet  et  par  les  richesces. 

7.  J,  les  richesces  des  grosses  villes. 

8.  D,  douteront  li  puissant  home,  en  omettant  especialment  ti  per  et  ti  baron. 

9.  Cette  dernière  phrase  est  omise  dans  J. 

10.  Les  textes  DJ  fournissent  ici  ces    deux    verbes  que  la  coupure  du  passage 


434 


sancliTD  ecclesirc  ;  illas  défende  ne 
in  personis  vel  rébus  earum  in- 
juria fiât  vcl  violcnLia.  Et  volo  iiic 
tibi  recordari  unum  verbum  quod 
dixit  rex  Philippus  avus  meus, 
sicut  unus  de  consillo  suo  rccor- 
datus  est  mihi  qui  se  audivisse 
dicebat.  Rex  erat  una  die  cum 
consilio  suo  privato,  et  erat  ibi 
iJle  qui  mihi  recordatus  est  islud 
verbum.  Et  dicebant  ei  illi  de 
consilio  suo  quod  clerici  facie- 
bant  ei  multas  injurias;  et  quod 
mirabantur  homines  quomodo 
ipse  sustinebat.  Ipse  respondit  : 
«  Credo  quod  multas  injurias 
»  faciunt  mihi;  sed  quando 
»  penso  honores  quos  Dominus 
»  NosLer  fccit  mihi,  volo  melius 
»  sustineremeum  incommodum, 
1)  quam  facere  aliquid  propter 
»  quod  veniret  scandalura  inter 
»  me  et  sanctam  ecclesiam.  » 
Istud  recordor  tibi  propter  hoc 
quod  non  sis  levis  ad  credendum 
aliter    contra    personas    sanctaî 


personcs  de  sainte  église;  et 
garde  que  on  ne  lor  face  violence, 
ne  que  on  lor  sostraic  ou  ape- 
tise  lor  dons  et  lor  aumosnes 
que  ti  devancier  lor  ont  donc  ^. 
Et  je  vucil  ci  te  recorder  ce  que 
l'on  raconte  dou  roi  Phclippe 
mon  aieul,  si  corne  uns  de  son 
conseil  le  m'a  recordé  qui  disoit 
l'avoir  oï.  Li  rois  estoit  un 
jor  avec  son  conseil  privé,  et  i 
estoit  cil  qui  m'a  ceste  parole 
recordce.  Et  li  dist  uns  de  ses 
conscilliers  2  que  moût  de  torz 
et  de  forfaiz  li  fesoient  cil  de 
sainte  église,  en  ce  que  il  3  \[  tol- 
loientsesdroituresetapetissoienf» 
ses  justices;  et  estoit  moutgranz 
merveille  coment  il  le  solfroit.  Et 
li  bons  rois  respondi  :  «  Je  croi 
»  bienqullmefontmoutdetorz  5; 
»  mais  quant  je  regart  lesbontez 
»  et  les  cortoisies  que  Diex  m'a 
»  faites,  miexvueilje^  lessier  aler 
»  de  mon  droit  ^  que  à  sainte 
»  église  avoir  contens  ne  esclande 


relatif  aux  bonnes  villes  a  fail  disparaître  de  (ous  les  autres  textes;  comme  ils 
sont  nécessaires  au  sens,  je  les  rétablis  entre  crochets  dans  le  texte  de  l'enquôtc. 

1.  Celte  première  phrase  est  tirée  de  J,  sauf  les  mots  que  on  ne  lor  face  vio- 
lence. D  contient  seulement:  «  Aime  et  honneure  sainte  Eglise;  »  le  reste  du 
paragraphe  est  omis  dans  ce  manuscrit. 

2.  Le  texte  J  conserve  à  peine  quelques  mots  des  deux  phrases  précédentes, 
et  passe  ainsi  de  la  première  phrase  à  la  quatrième  :  «  L'on  raconte  dou  roi 
»  Phelippe  mon  aioul  que  une  foiz  li  dist  uns  de  ses  conseilliers.  »  Ce  qui  suit, 
jusqu'à  latin  de  la  réponse  de  Philippe-Auguste,  est  presque  entièrement  tiré  de 
HJ,  si  ce  n'est  que  j'ai  transformé  le  style  indirect  en  style  direct,  à  cause  de 
l'accord  qui  existe  sur  ce  point  entre  Gilles  de  Pontoise  et  l'abrégé  latin, 

3.  15,  li  fesoit  sainte  église  en  ce  que  li  clerc. 

4.  B,  amenuisoient. 

5.  J.  que  il  le  créoil  bien:  H,  que  assés  le  créoit  ;  je  suis,  G.  de  Pontoise. 

6.  1$,  mais  quand  il  regardoil...  il  voloit  miex. 

7.  B,  lessier  son  droit  aler. 


433 


ecclesiœ;  imo  des  eis  honorem, 
et  custodias  eas  ita  quod  possint 
serFitium  Domiiii  Noslri  in  pace 
facere. 


23.  Simililer  doceo  le  quod 
specialiter  diligas  gentes  religio- 
sas  ;  et  eis  succurre  in  necessita- 
libus  suis;  et  illos  per  quos 
putabis  Dominum  Nostrum  plus 
honorari  et  plus  ei  serviri,  dilige 
plus  quam  alios. 

24,  Gare  fiU,  doceo  le  quod 
malrem  tuam  diligas  et  honores, 
et  quod  tu  retineas  libenler  et 
facias  bona  documenta  ipsius,  et 
sis  pronus  ad  credendum  consi- 
liis  bonis  ejus. 


«  susciter  i.  »  Et  ce  te  recor  je  por 
ce  que  tu  ne  soies  legiers  à  croire 
nului  2  contre  les  genz  de  sainte 
église;  ains  les  aime  et  honeure, 
et  les  garde  si  que  le  service 
Nostre  Signor  en  pais  faire  il 
puissent  ^. 

23.  Aussi  t'enseing  je  que  ceus 
de  religion  tu  aimes  especialmenl 
etlor  faces  bien  à  ton  pooir  enlor 
nécessitez  ;  et  meesmement  aime 
ceus  par  qui  Diex  est  plus  hono- 
rez et  serviz,  et  la  foispreechie  et 
essaucie  ^. 

24.  Chiers  fiz,  je  t'enseing  que 
à  ton  père  et  à  ta  raere  tu  porles 
amor  et  révérence,  et  que  volen- 
tiers  tu  reteingnes  et  gardes  lor 
commandemenz,  et  que  tu  soies 
aclins  à  croire  lor  bons  conseils  ^. 


1.  J,  que  avoir  contens  à  la  gent  de  sainte  église;  je  suis  la  leçon  de  N;  B  n'ea 
diffère  que  par  l'omission  de  avoir. 

2.  Le  mol  nului  fourni  par  MT,  et  le  mot  aucuns  du  texte  C  prouvent  que 
l'on  doit  substituer  aliquem  dans  le  texte  latin  au  mot  aliter  qui  ne  présente 
aucun  sens. 

3.  Cette  phrase  manque  dans  BJN;  mais  on  lit  dans  les  mss.  1  et  2  :  «  Aime 
w  donc,  biaus  lilz,  les  gens  de  sainte  église,  et  garde  leur  pais  tant  comme  tu 
»  pourras.  » 

4.  Ce  paragraphe  est  omis  dans  BJN,  mais  ce  doit  être  par  l'inadvertance 
d'un  copiste,  puisqu'on  le  retrouve  dans  les  mss.  1  et  2.  Pour  montrer  plus 
clairement  ce  que  j'emprunte  à  cette  leçon,  je  transcris  le  texte  du  ms.  1  : 
«  Chaus  de  religion  aime  et  lor  fai  bien  à  ton  pooir,  et  meismement  chaus  par 
»  qui  t^iex  est  jjIus  hounercs  et  la  fois  preechie  et  essauchie.  »  D  omet  ce 
paragraphe  et  les  deux  qui  viennent  après. 

5.  Ce  paragraphe  est  ainsi  conçu  dans  B  et  dans  les  abrégés  qui  en 
dérivent  :  «  A  ton  père  et  à  ta  mère  dois  tu  amour  {ou  honeur)  et  révérence 
»  porter  et  garder  lor  commandemenz.  »  M.  Viollet  considère  les  mots  à  ton 
père  comme  une  interpolation,  attendu  que  saint  Louis,  dans  un  écrit  fait  en 
vue  de  sa  mort,  n'avait  plus  à  réclamer  pour  lui-même  l'amour  et  l'obéissance 
de  son  fils.  11  le  fait  pourtant  dans  les  Enseignements  à  Ysabelle,  qui  datent 
du  même  temps  :  «  Chiere  fille,  obéissiés  humblement  à  votre  marit,  et  à  vostre 
»  père,  et  à  vostre  mère.»  Il  ne  faut  pas  l'oublier,  c'est  avant  sa  dernière  maladie, 
au  témoignage  de  Geoft'roi  de  Beaulieu,  qu'il  écrivit  ces  Enseignements,  dans  la 
prévision  de  sa  mort,  il  esl  vrai,    mais  sans  la  croire  imrninenle.  Voilà  pour- 


436 


25.  Fratres  Luos  dilige,  cl 
velis  semper  ])onum  et  bonas 
l)romoliones  corum  ;  et  sis  eis 
loco  palris  ad  docendum  eos  in 
omni  bono.  Sed  cave  quod  prop- 
ter  amorem  quem  ad  aliquem 
habeas,  non  déclines  a  faciendo 
JLis,  nec  facias  id  aliquid  'corr. 
aliis)  quod  non  debeas. 

26.  Gare  fdi,  doceo  le  quod 
bénéficia  sanclœ  ecclesia;  qu.'R 
conferre  habel)is,  conféras  l)onis 
personis,  magno  consilio  proljo- 
rum  hominuni.  Et  videtur  mihi 
quod  melius  valet  quod  lu  con- 
féras iilis  qui  nullas  hal)ebunt 
prœbendas,  quam  aliis.  Si  enim 
bene  qua3ris,  satis  invenies  de 
illis  qui  nibil  habent,  in  quibus 
erit  bene  positum. 


27.  Gare  fili,  doceo  te  quod  tu 
caveas  tibi  pro  posse  tuo  non  ha- 


25.  Aime  tes  frères  et  vueil 
loz  jors  lor  bien  et  i  lor  bons 
avancemcnz  ;  cl  si  lor  soies  en 
lieu  de  père  i)or  eus  enseignier 
en  toi  bien.  Mais  garde  toi,  por 
amor  que  tu  aies  à  aucun,  que 
lu  ne  tedestornes  '^  de  droit  faire, 
et  que  lu  ne  faces  à  autrui  '^  chose 
que  tu  ne  doies. 

26.  Chiers  flz,  je  t'enseing  que 
les  bénéfices  de  sainte  église  que 
tu  auras  à  donner,  tu  doignes  à 
bones  personesqui  soient  de  bone 
vie  et  nete  ^  ;  et  si  les  donc 
par  grant conseil  depreudomes  ^. 
El  m'est  avis  que  mie.v  vaut  que 
lu  les  doignes  à  ceus  qui  riens 
n'ont  de  sainte  église,  que  à  au- 
tres ^.  Gar  se  bien  tu  enquiers, 
assez  troveras  tu  de  ceus  qui 
riens  n'ont,  en  cui  bien  emploie 
sera  '''. 

27.  Chiers  fiz,  je  t'enseing  que 
tu  te  gardes  à  Ion  pooir  de  esmo- 


quoi,  dans  un  autre  passage,  quand  il  réclame  les  prières  de  son  fils  el  de  sa 
fille,  il  ajoute  «  se  je  muir  avant  loi,  »  ou  bien  »  s'il  advient  que  je  trespasse 
>)  de  ceste  vie  devant  vous.  »  1!  y  avait  donc  toute  convenance  pour  saint  Louis  à 
réclamer  l'obéissance  de  ses  enfants  comme  il  réclamait  leurs  prières.  Ce  ne 
sont  pas  les  textes  abrégés  qui  ont  eu  à  soufTrir  en  ce  passage,  c'est  le  texte  de 
l'enquête  qui  aura  été  mal  à  propos  remanié. 

1.  C,  etaimmes;  le  sens  n'exige  pas  l'adililion  de  ce  verbe. 

2.  C,  iu  ne  te  desvoies;  MT,  ne  décimes. 

3.  C,  as  autres;  cette  leçon  autorise  à  remplacer  par  id  aliis  dans  le  texte 
latin  id  aliquid  qui  est  certainement  une  faute.  L'équivalent  de  aliis  manque 
dans  MT. 

4.  BD,  persones  bones  et  dignes;  J,  bones  persanes  et  de  nete  vie;  i'ài  suivi 
la  leçon  de  D. 

5.  D^  par  le  conseil  de  bonnes  gens.  Les  autres  textes  donnent  preudotnes ; 
dans  l'abrégé  latin,  de  consilio  spiritualium  virorum. 

6.  DJ  omettent  celte  phrase;  les  autres  textes  abrégés  ne  reproduisent  ni  le 
commencemeni  {m'est  avis  que  miex  vaut  que),  ni  la  fin  {que  à  autres). 

7.  Celte  phrase  manque  dans  les  textes  abrégés. 


437 


béas  guerram  ciim  aliqiio  chris- 
Liano.  El  si  fieret  libi  injuria^, 
Lentes  plures  vias  ad  sciendum 
si  posses  invenireviam  per  quam 
posses  recuperarejus  tuum  ante- 
quam  faceres  guerram  ;  et  habeas 
intentionem  quod  hoc  sit  ad 
vilandum  peccata  quœ  fiunt  in 
guerra. 

28.  Et  si  contingeret  quod 
guerram  te  facere  oporterel,  vel 
propter  hoc  quod  quia  {sic)  ali- 
quis  de  hominibus  deficeret  in 
curia  tua  a  recipiendo  jure,  aut 
faceret  injuriam  alicui  ecclesiœ, 
[aut  alicui  pauperi  personse,|  aut 
alicui  personae  aiii,  et  nollet 
emendare  pro  te,  vel  propter 
quemcumque  alium  casum  ratio- 
nabilem,  qusecumque  esset  causa 
propter  quam  te  guerram  facere 
oporterel,  prœcipe  diligenter  quod 
paupcres  génies  quœ  culpam  in 
forelacLo  non  habent  custodianlur 
ne  veniat  eis  damnum  [nec  per 
arsionem]  nec  per  aliud;  quia  me- 
liusadteperlinelquodconstringas 
malefactorem  capiendo  remsuam, 
vel  villas,  velcastraipsiuspervim 
obsidionis  [quam  quod  devasal- 
res  bona  pauperum  gentium].  Et 


voir  guerre  i  contre  nul  home 
creslien,  s'il  ne  t'a  trop  forment 
mesfait  2.  Et  se  l'on  te  faisoit 
tort,  essai  plusors  voies  por  sa- 
voir se  lu  porroies  trover  coment 
tu  peusses  ton  droit  recovrer  ain- 
çois  que  tu  feisses  guerre  ;  et  aie 
tel  entente  que  ce  soit  por  eschi- 
ver  pechiés  qui  se  font  en  guerre. 
28.  Et  se  il  avenoit  que  il  te 
convenist  faire  guerre  (ou  por  ce 
que  aucuns  de  tes  homes  defau- 
sisl  à  prendre  droit  en  ta  cort, 
ou  que  il  feist  tort  à  aucune 
église,  ou  à  aucune  povre  per- 
sonne 3,  ou  à  quel  autre  persone 
que  ce  fust,  et  que  il  ne  le  volsisl 
amender  por  toi  *,  ou  por  quel- 
conque autre  cas  raisonnable), 
quels  que  fust  la  cause  por  la- 
quel  il  te  convenist  faire  guerre, 
commande  diligentment  que  les 
povres  gens  qui  colpe  n'ont  ou 
forfeil  soient  gardé  à  ce  que  do- 
mages  ne  lor  viegne  ne  par  arson  ^ 
ne  autrement;  car  il  afiert  miex 
à  loi  que  lu  contraignes  le 
maufailor  par  penre  les  seues 
choses  (ou  villes  ou  chastiaus 
par  fofce  de  siège)  que  ce  que  lu 
degaslasses  les  biens  des  povres 


1.  Les  textes  abrégés,  D  excepté,  ajoutent  ici  les  mots  sans  grant  conseil; 
mais  la  place  véritable  de  ces  mois  est  dans  le  paragraphe  suivant,  à  l'avanl- 
dernière  phrase. 

2.  Les  mots  s'il  ne  Va,  etc.  sont  tirés  de  D.  Tout  ce  qui  suit  manque  dans  les 
textes  abrégés. 

3.  Les  mots  ou  à  aucune  povre  personne  manquent  dans  G  et  dans  le  texte 
latin. 

4.  Les  motsyjor  toi  (en  latin  pro  té)  peuvent  signifier  par  égard  pour  toi; 
MT  y  substituent  jîflr  quoij. 

5.  Ms.  3,  par  feu;  la  leçon  des  autres  textes  ne  per  arson,  permet  de  suppléer 
dans  le  latin  nec  per  arsionem. 


438 


provide  quod  anleqiiam  moveas 
illam  guerram  consilium  bonum 
habiieris  quod  causa  mullum  sil 
ralionahilis,  cl  quod  malefaclo- 
rcin  benc  submonueris  et  eum 
tantum  cxpeclaveris  quantum 
debebis. 


29.  Gare  fdi,  docco  te  quod  tu 
adhibeas  diligcnliam  pro  posse 
luo  pacificarc  guerras  et  conten- 
tiones  quœ  erunt  in  terra  tua  vel 
inlor  homincs  tuos;  quia  islud 
multumplacet Domino  Nostro.  Et 
dominus  sanctus  Martinus  dédit 
nobis  valde  magnum  exemplum. 
Ipse  enim  lempore  quo  per  Do- 
minum  Nostrum  sciebat  se  mori 
debere,  ivit  pro  pace  admittenda 
inter  clericos  qui  erant  in  suo 
archiepiscopatu  ;  et  visum  fuit 
quod  boc  faciendo  mittebat  bo- 
num finem  vitaj  suœ. 


gens  '.  Et  garde  loi  d'esmovoir 
ceste  guerre  que  devant  tu  n'aies 
eu  bon  conseil  que  la  cause  soit 
moût  raisonnable ,  et  que  tu 
n'aies  bien  semont  ^  le  maufaitor 
et  attendu  tant  come  tu  devras. 
Et  s'il  requiert  merci  tu  li  doiz 
pardoner,  et  pcnre  amende  si 
Suffisant  que  Diex  t'en  sache 
gré  3. 

29.  Chiers  fiz,  je  t'enseing  que 
guerres  et  contens,  soient  tien , 
soient  à  tes  songiez,  tu  apaises  ^ 
au  plus  tût  que  tu  porras  ^;  car 
c'est  cliosequi  moutplaità  Nostre 
Signor.  Et  de  ce  nos  dona  mes- 
sires  sainz  Martins  moût  granl 
exemple.  Car  ou  tens  que  par 
Nostre  Signor  il  savoit  devoii- 
morir,  ala  il  por  mètre  pais  entre 
clers  ^  qui  estoient  en  s'archeves- 
clîie  ;  et  li  fu  avis  que  par  ce 
faire  à  sa  vie  metoit  il  bone  fin. 


1.  Le  texte  C  contient  seul  les  mots  que  ce  que  tu  dégustasses  les  biens  des 
poires  gens. 

2.  MT,  sommé;  C  et  ms.  3,  amonesiè. 

3.  D  seul  contient  cette  (ternièrc  piirasc;  elle  se  rattache  naUircllenicnl  à  ce 
qui  précède.  Le  reste  du  paragraphe  manque  dans  ce  manuscrit.  Les  aulics 
textes  abrégés  n'en  contiennent  rien,  sinon  les  mots  sans  grant  conseil  qui 
répondent  en  partie  à  la  phrase  précédente. 

4.  J,  «  Se  guerres  et  contens  meuvent  entre  les  sousgis,  apaise  les,  »  etc.  J'ai 
suivi  de  préférence  la  leçon  de  B,  mais  en  empruntant  au  text(î  de  l'enquête  les 
mois  je  Venscing  que,  qui  entraînent  le  changement  de  rim|)éralif  apaise  en 
subjonctif. 

5.  Tout  ce  qui  suit  manque  dans  les  textes  abrégés,  si  ce  n'est  que  li»  et  les 
mss.  1  et  2  ajoutent  ici  «  aussi  come  sains  Martins  faisoil.  »  I>c  paragraphe 
entier  est  omis  dans  D. 

6.  CMÏ,  entre  les  clers,  mais  il  s'agit  seulement  de  certains  clcics,  que  le  ma- 
nuscrit 3  désigne  [entre  les  clers  de  Cande);  il  y  avait  donc  dans  le  texte 
original  entre  clers. 


439 


30.  Gare  fili,  provide  diligenter 
quod  sint  boni  baillivi  et  prsepo- 
sili  in  terra  tua,  et  fac  fréquenter 
provideri  quod  ipsi  faciant  bene 
justitiam,  et  quod  non  faciant 
injuriam  alicui  nec  aliquid  quod 
non  debeant.  [De  illis  maxime 
qui  sunt  in  luo  hospitio  cave  ne 
faciant  injuriam  alicui] .  Et  quam- 
vis  tu  debeas  odire  omne  malum 
in  alio,  plus  debes  odire  malum 
quod  veniret  ab  illis  qui  a  te  po- 
testatem  haberentquam  aliorura, 
et  plus  debes  custodire  et  defen- 
dere  ne  contingat. 


31 .  Gare  fili,  doceo  te  quod  tu 
sis  semper  devotus  ecclesiee  Ro- 
manœ  et  summo  pontifîci  patri 
nostro,  el  ei  exhibeas  reverentiam 
et  honorcm  sicut  debes  tuo  patri 
spirituali. 

32.  Gare  fdi,  da  libenter  potes- 
tatem  gentibus  bonœ  voluntatis, 
quac  sciant  bene  uti  ea,  el  adhi- 


30.  Soies  diligens,  biaus  douz 
fiz,  d'avoir  bons  bailliz  et  bons 
prevoz  en  ta  terre,  et  enquier 
sovent  de  lor  fait  et  coment  il 
se  maintienent  ^  et  s'il  font  bien 
justice,  et  ne  font  tort  à  nului  ne 
riens  que  il  ne  dolent.  De  ceus  de 
ton  ostel  enquier  plus  sovent 
que  de  nul  autre,  s'il  sont  trop 
couvoiteus  ou  trop  bobencier; 
car  selonc  nature  11  membre  sont 
volentiers  de  la  manière  dou  chief; 
c'est  à  savoir  quant  11  sires  est 
sages  et  bien  ordenez,  tuit  cil  de 
son  ostel  i  prenent  exemple  et' en 
valent  miex  2.  Car  jà  soit  lu  doies 
lot  mal  haïr  en  autrui,  si  dois  lu 
plus  haïr  le  mal  qui  venroit  de 
ceus  qui  de  toi  auroient  pooir 
que  lu  ne  feroies  d'autres  ;  et  si 
dois  tu  plus  garder  et  défendre 
que  ce  n'aviegne  3. 

31.  Chiers  fiz,  je  t'enseingque 
tu  soies  tozjors  devoz  à  l'église 
de  Rome  et  au  soverain  pontife 
nostre  père,  et  que  tu  li  portes 
révérence  et  honor  si  com  tu  dois 
à  Ion  père  esperiluel  ^. 

32.  Ghiers  fiz  done  volentiers 
pooir  à  genz  de  bone  volenté  qui 
bien  en  sachent  user,  et  travaille 


1.  Cette  phrase,  jusqu'au  mot  maintiennent,  est  tirée  des  textes  abrégés;  la 
fin  appartient  au  texte  de  l'enquête. 

2.  La  seconde  phrase  est  empruntée  au  ms.  D  ;  elle  manque  entièrement  dans 
le  texte  latin  de  l'enquête,  où  j'ai  ajouté  entre  crochets  l'équivalent  de  la  leçon 
contenue  dans  CMT  :  «  De  ceux  meesmes  qui  sont  en  ton  hoslel  te  fay  prendre 
»  garde  que  il  ne  facent  à  nuUi  injustice.  »  Voici  la  leçon  de  J  :  «  et  se  il  a  en 
»  aus  aucun  vice  de  trop  grant  convoitise,  ou  de  fauseté  ou  de  tricherie.  « 

3.  La  troisième  phrase  manque  dans  les  textes  abrégés. 

4.  Ce  paragraphe  manque  dans  tous  les  textes  abrégés,  excepté  dans  Primat, 
et  dans  le  ms.  2  dont  voici  la  leçon  :  «  Soies  tousjours  dévot  et  obéissant  à 
»  l'église  de  Romme  el  au  pape  comme  à  ton  père  et  à  ta  mère  esperituelle.  » 


béas  magnam  diligenliam  iilpec- 
cala  reniovcanliir  in  Lerra  Liia, 
hoc  csldiccre  villana  sacranienla 
el  omnc  quod  fit  vcl  dicilur  ad 
despectum  J)ei  vel  Doinina3  Nos- 
Irœ  vel  sanclorum.  Peccata  cor- 
poris,  kidmn  laxilloriim,  (al)ernas 
et  alla  peccala  fac  cessare  in  Lerra 
lua  sapienter  et  bono  modo. 
Hœreticos  fac  pro  posse  fugari  a 
terra  tua  et  alias  malas  gentes, 
ita  quod  terra  lua  sit  inde  bene 
purgata,  sicut  de  consilio  sapienti 
bonarum  gentium  esse  intelliges 
faciendum. 

33.  Bona  promove  ubique  pro 
posse  tuo.  Pone  magnam  atten- 
tionem  ut  scias  recognoscere  bo- 
nitates  quas  Dominus  Noster 
fecerit  tibi ,  et  quod  scias  ei 
regratiari. 

34.  Gare  fdi,  doceo  le  quod 
Ponas  magnam  altenlioneni  ad 
hoc  ut  dcnarii   quos  expendes, 


toi  que  pechié  soient  esté  de  ta 
Icrre,  c'est-à-dire  vilain  sere- 
mcnt  ',  et  tôt  ce  qui  se  fait  ou 
dit  en  despitdcDieu  ou  de  Nostre 
Dame  ou  des  sainz.  Vilains  pc- 
chiés  et  lais  2,  gens  de  dez,  taver- 
nes et  autres  pcchiés  fai  cesser 
en  ta  terre  sagement  et  en  bone 
manière.  Hérésie  fai  abatre  à  ton 
pooir  3,  et  especialment  tien  en 
grant  ville  juis  et  loles  manières 
de  genz  qui  sont  contre  la  (bi  '', 
si  que  ta  terre  en  soit  bien  net- 
toiée,  ainsi  com  par  sage  conseil 
de  bones  genz  tu  entendras  eslre 
à  faire. 

33.  Le  bien  &  avance  par  toi  à 
ton  pooir.  Encore  le  requier  je 
que  tu  metes  grant  entente  à 
reconoistre  les  bénéfices  *•  que 
Nostre  Sires  t'aura  faiz,  et  que  tu 
l'en  saches  rendre  grâces  et  merci. 

34.  Ghiers  fiz,  pren  toi  garde 
que  li  despcns  de  Ion  hoslcl 
soient  raisonable  et   amesuré'', 


I.  Les  textes  abrégés  ne  contiennent  ni  ce  qui  iirécéde  travaille  toi,  ni  ce  qui 
suit  serement. 

1.  CMT,  pechié  de  corps;  j'emprunte  au  ms.  1  l'expression  vilains  pcchiés  et 
lais,  H  laquelle  répond  assez  la  leçon  de  J,  tuit  vilain  pechié. 

3.  Les  mots  hérésie,  etc.  sont  tirés  de  J;  on  en  trouve  l'équivalent  dans  WS 
el  dans  les  mss.  1  et  2. 

4.  D  seul  contient  les  mots  el  especialment,  etc.  La  lin  de  la  phrase  man(iue 
dans  tous  les  textes  abrégés. 

5.  T,  les  bons;  C,  les  biens;  ms.  3,  «  Et  aussi  comme  tu  dois  entendre  à 
»  desiruireles  mauves,  aussi  tu  dois  entendre  à  avancier  et  essaucier  les  bons.» 

6.  Les  textes  abrégés  ont  bénéfices,  excepté  D  où  le  i)aragraphe  est  omis; 
CMT,  bontés. 

7.  CMT,  «  je  t'enseigne  que  tu  mettes  grani  entente  à  ce  que  li  denier  que  lu 
1)  despendras  soient  en  bon  usaige  despendu  et  que  il  soient  pris  droi(turieremeul(oM 
»  justement  receu).  »  Le  ms.  3  répète  la  même  leçon,  mais  à  la  suite  de  la  leçon 
des  textes  abrégés,  que  li  despens,  etc.  C'est  probablement  une  collation  qui 
aura  réuni  ces  deux  leçons  dont  l'une  fait  double  emploi  avec  l'autre.  Le  reste 
du  paragraphe  manque  dans  les  textes  abrégés. 


44^ 


expendas  in  Iwnos  usus,  eL  quod 
sint  juste  recepLi.  Et  istc  est  qui- 
dam sensusquetn  vellem  multum 
te  liabere,  hoc  est  dicere  quod 
caveres  libi  a  stultis  missionibus 
et  pravis  receptionibus,  et  quod 
denarii  tui  essent  bene  raissi  et 
bene  recepti.  Et  istum  sensum 
doceat  te  Dominus  Noster  una 
cum  aliis  sensibus  qui  sunt  tibi 
convenientes  et  utiles. 

33.  Gare  fdi,  rogo  te  quod  si 
placet  Domino  Nostro  me  dece- 
dere  ante  te,  facias  me  juvari 
per  missas  et  alias  orationes;  et 
quod  mittas  per  congregationes 
regni  Franciae  ad  faciendum  peti 
ab  eis  preces  pro  anima  mea;  et 
quod  lu  intendas  in  omnibus 
bonis  quœ  facias  quod  Dominus 
Noster  del  mihi  partem  in  eis. 

36.  Gare  lîli,  ego  do  tibi  totam 
benedictionem  illam  quam  pater 
potest  dare  et  débet  filio,  et  rogo 


et  que  li  denier  en  soient  juste- 
ment pris.  Et  ce  est  uns  sens 
que  je  vorroie  moût  que  tu 
eusses,  c'est  à  dire  que  tu  te  gar- 
dasses des  foies  mises  et  des  mau- 
vaises prises ',  et  que  ti  denier 
fussent  bien  mis  et  bien  pris  2. 
Et  cest  sens,  ensemble  les  autres 
sens  qui  te  sont  convenable  et 
porfitable,  te  vueille  Nostre  Sires 
enseignier  3. 

33.  En  la  fin,  très  douz  fiz,  je 
te  conjur  et  requier,  se  il  plait  à 
Nostre  Signor  que  je  muir  avant 
que  toi  *,  que  tu  faces  secorre 
m'ame  en  messes  et  en  oraisons, 
et  que  tu  envoies  par  les  con- 
gregacions  dou  roiaume  de  France 
requerre  lor  prières  por  l'ame  de 
moi  ^,  et  que  tu  me  otroies  espe- 
cial  part  et  pleniere  en  toz  les 
biens  que  tu  feras  ^. 

36.  Au  derrain,  chiers  fiz, je  te 
doing  totes  les  beneiçons  que  bons 
pères  et  piteus  puet  doner  à  fiP, 


1.  Les  mots  c'est  à  dire,  elc.  se  rattachent  à  la  première  phrase  dans  le  ma- 
nuscrit 3,  qui  omet  et  ce  est  un  sens,  etc. 

2.  Une  troisième  phrase  est  consacrée  dans  le  ms.  3  à  développer  la  pensée 
exprimée  ici  par  les  mots  et  que  ti  denier,  etc. 

3.  Cette  phrase  manque  dans  le  ms.  3.    • 

4.  DJ  omettent  se  il  plaît,  etc.;  BN  et  les  ms.  1  et  2  omettent  seulement  // 
plait  à  Nostre  Signor  que. 

5.  Au  lieu  des  mots  et  que  lu  envoies,  etc.  BJN  et  le  ms.  1  ont  seulement 
partout  le  roiaume  de  France  ou  partout  ton  roiaume.  Après  oraisons  le  ms. 
2  ajoute  «  en  aumosnes,  en  restitutions,  partout  où  lu  saras  que  je  pourray 
»  estre  tenuz.  »  D  omet  ce  qui  suit  oraisons  jusqu'à  la  fln  du  paragraphe. 

6.  CMT  «  et  que  tu  entendes  que  eu  touz  les  biens  que  tu  feras  Nostre  Sires 
»  m'i  doint  partie  {ou  part);  »  ms.  3,  «  et  que  lu  acuilles  en  touz  les  biens  que 
»  tu  feras.  »  J'ai  reproduit  la  leçon  des  textes  abrégés. 

7.  Ce  premier  membre  de  phrase  est  tiré  des  textes  abrégés.  Le  ms.  D  ne  con- 
tient ensuite  pour  le  reste  du  paragraphe  que  les  mots  suivants  :  «  Et  la  benei- 
»  çon  Nostre  Seigneur  te  soit  en  aide  et  te  doint  grâce  de  fere  sa  volenté.  »  La 


442 


Domitium  Nostrum  Jcsum  Chris- 
tum  quod  ipse  per  suam  miscri- 
cordiani  precibus  cl  meritis  (be- 
ncdiclœ  inatris  ipsius  Virginis 
Maria?,  et]  angelorum  et  arcban- 
gelorum,  et  omnium  sanctorum 
et  sanclai'um,  custodial  et  dcfen- 
dat  te  quod  lu  non  facias  id  quod 
sit  contra  voluntatem  ipsius,  et 
ipse  det  libi  graliam  faciendi  vo- 
luntatem suam  ,  lia  quod  ipse 
bonoretur  eique  serviatur  per  le. 
Hoc  facial  ipse  mihi  et  tibi  per 
suam  grandem  largilalem,  sic 
quod  post  islam  morlaleni  vitam 
possimus  venire  ad  eum  in  vila 
œlerna,ubipossimus  eum  videra, 
diligere  et  laudare  sine  fine. 
Amen.  Et  sit  gloria,  honor  et 
laus  ei  qui  est  unus  Deus  cum 
Pâtre  et  Spiritu  sancto  sine  prin- 
cipio  et  sine  fine.  Amen. 


et  je  pri  Noslre  Signor  Jesu  Crist 
que  il  par  sa  miséricorde,  par  les 
prières  et  mérites  de  sa  bcnoile 
mère  la  Vierge  Marie,  et  des 
anges  et  archanges,  et  de  toz 
sainz  et  tôles  saintes,  te  gart  et 
deffende  de  riens  faire  contre  la 
volenlé  dclui,ainz  le  doint  grâce 
de  la  toz  jors  faire,  si  que  il  soit 
par  loi  honorez  et  serviz.  Et  ce 
face  il  à  moi  corne  à  loi  par  sa 
grant  largesce,  en  tel  manière 
que  après  ceste  mortel  vie  nos 
puissiens  eslre  ensemble  avec  lui 
en  la  vie  éternelle,  et  le  voir, 
amer  et  locr  sanz  fin. Amen.  Et 
gloire,  honors  et  loenge  soient  à 
Celui  qui  est  unz  Diex  avec  le 
Père  et  le  Saint  Esperit,  sanz 
comencement  et  sanz  fin.  Amen. 


leçon  de  B,  assez  d'accord  avec  JN,  se  poursuit  ainsi:  «  el  la  benoile  Trinité 
»  et  luit  li  saint  te  gardent  et  le  deffendent  de  tout  mal,  et  Diex  te  doint  sa 
1)  grâce  de  faire  sa  volenté  tous  jours,  si  que  il  soit  honorés  par  toi,  et  que 
»  nous  puissions  après  ceste  mortel  vie,  estre  ensemble  avecques  lui,  et  li 
»  loer  sans  fin.  Amen.  »  Après  honorés  le  ms.  2  ajoute  et  serviz  et  merciez. 
C'est  le  texte  de  l'enquête  que  j'ai  préféré  comme  plus  complet  à  partir  de  et 
je  pri  Nostre  Signor;  les  mots  placés  entre  crochets  dans  le  texte  latin  sont 
suppléés  d'après  MT. 


CHARTES   DE   CONAN    IV, 

DUC  DE  BRETAGNE, 

RELATIVES    AUX    BIENS    DE    l'ORDRE    DU    TEMPLE    ET    DE 
l'ordre   de    saint- JEAN    DE    JÉRUSALEM. 


Lorsque  je  publiai,  il  y  a  quelques  années,  les  notes  que  j'avais 
alors  recueillies  sur  les  documents  relatifs  aux  Templiers  et  aux 
Hospitaliers  en  Bretagne,  je  faisais  remarquer  que  les  chartes  rappe- 
lées dans  la  confirmation  ducale  du  I'"  novembre  -1431  étaient  toutes 
retrouvées  à  Texception  de  celle  dont  les  premiers  mots  étaient  : 
«  si  nuperrime  et  noviteri.  »  Depuis,  j'ai  continué  mes  recherches, 
et  formé  une  collection  assez  riche  de  documents  nouveaux,  et 
parmi  ceux-ci  se  trouve  le  diplôme  Si  nuperrime  qui  est  d'une 
grande  importance  puisqu'il  énumère  les  biens  possédés  par 
les  Templiers  bretons.  L'original  n'existe  plus  depuis  longtemps, 
mais  le  texte  en  a  été  conservé  par  une  charte  du  duc  Pierre  11,  vidi- 
mant  les  principaux  titres  des  chevaliers  de  Saint-Jean-de-Jérusa- 
lem qui,  depuis  le  commencement  du  xiv*"  siècle,  représentaient  les 
Templiers.  Ce  diplôme,  daté  également  du  'l"  novembre  ^43^,  com- 
plète la  charte  donnée  par  D.  Morice,  dont  il  vient  d'être  parlé. 

La  première  copie  que  j'en  eus  était  du  xvie  siècle,  et  très-défec- 
tueuse :  je  la  découvris  aux  archivés  des  Côtes-du-Nord ,  dans  les 
papiers  de  la  commanderie  de  Pontmelvez.  Le  texte  était  tellement 


1.  Mél.  hist.  et  archéol.  sur  la  Bretagne,  2'  série,   1"  fasc,  p.  53.  —  Dom 
Morice,  II,  col.  1599. 


altéré  qu'il  était  à  peu  près  impossible  de  chercher  à  s'en  servir  au 
point  de  vue  des  assimilations  géographiques.  Je  me  contentai  donc 
de  le  faire  connaître  tel  quel,  dans  un  article  de  compte-rendu  sur 
le  Gartulaire  de  Redon  édité  par  M.  de  Courson  ;  je  faisais  simplement 
des  vœux  pour  qu'un  texte  meilleur  fût  retrouvé,  et  permit  de  tirer 
de  ce  document  tous  les  éclaircissements  que  l'on  avait  le  droit 
d'espérer  i.  Depuis,  je  vis  aux  Archives  de  la  Vienne,  une  nouvelle 
copie  notariée  donnée  le  ^8  septembre  ^G/^2  à  Gilles  du  Buisson, 
commandeur  de  Garentoir,  d'après  un  transumpt  fait  par  Alain  de 
lioiséon,  commandeiu"  de  Pontmelvez^;  mais  celte  copie  était  aussi 
mauvaise  que  la  première.  J'eus  la  chance  enfin  de  tomber,  par 
hasard,  sur  un  original  du  vidimus  du  duc  Pierre,  et  c'est  celui-ci 
que  je  vais  publier.  Je  le  ferai  suivre  du  texte  de  l'acte  de  la  charte 
qui  intéresse  l'ordre  de  Saint- Jcan-de-Jérusalem,  et  je  terminerai 
cette  étude  par  quelques  observations  sur  la  valeur  de  ces  deux 
actes,  et  principalement  sur  leur  authenticité. 

J'ai  indiqué,  de  mon  mieux,  en  note,  les  noms  modernes  des  loca- 
lités qui  sont  énumérées  dans  l'une  et  l'autre  charte.  J'espère  que 
ce  travail  permettra  de  fixer  définitivement  ces  vocables  géogra- 
phiques, grâce  aux  rectifications  qui  seront  proposées  pour  quelques- 
unes  de  mes  attributions.  On  aura  ainsi  une  base  certaine  pour 
étudier  l'histoire  des  Templiers  et  celle  des  Johannites  dans  l'an- 
cienne province  de  Bretagne. 


I. 

Si  nuperrime  et  noviter  acta  vix  ad  memoriam  revocare 
valemus  diu  preterita  nisi  scripte  firmentur  in  thesauro  memorie 
tenere  non  possumus,  ideoque  previdit  antiqua  morum  sollercia 
et  instituit  annotari  quicquid  imposterum  vellet  reservari,  quo- 
rum mores  et  vestigia  ego  C.  dux  Britannie  et  cornes  Riche- 
mundie  sequens,  tam  presentibus  quam  futnris  notura  fieri  volo 
quatenus  quicquid  domni  Templarii  in  omni  ducatu  meo  possi- 
dunt  liberum  et  quietum  me  concessisse  ab  omnibus  costumis  et 
l'edditibus  ad  me  et  ad  meos  successores  pertinentibus.  Hec  sunt 
que  suscribuntur  libéra  et  quieta  ut  cartula  presens  demonstrat  : 


1.  Rev.  archéol.,  nouv.  série,  1.  VII,  p.  403. 
•2.  H.  3,  liasse  300. 


Languivurt  et  elemosina  de  Castello  Pauli  ^,  Lerachoou  ~,  Guern- 
cadiou  3,  Pontaul  ^,  Coetrevar,  Runargant  5,  Rimhaleuc  6,  Tre- 
voelan  7,  Coetbelan  §,  très  villas  in  Plejehan^  quas  dédit  Roaut 
fîlius  Philippi,  elemosina  de  Gouelou,  Cleerfonten  l*^,  Grihiracli, 
LeRochocliert,  Sencheco,  le  Montfrocher,  Ilflniac'2,  unamvillam 


1.  Je  propose,  sous  toutes  réserves,  de  voir  ici  Lamballe  (Côtes-dii-Nord), 
appelé  quelquefois  à  celte  époque  castellum  Lanna  Pauli.  Un  acte  de  1351,  du 
jeudi  après  Pdques-Fleuries  constate  que  Pierre  Coslanlin,  tuteur  des  héri- 
tiers de  Geoflfroi  Herbert,  a  échangé  avec  l'abbaye  de  Saint-Aubin-des-Bois  «  Ja 
messon  et  herbergemeiit  du  Temple  »  contre  une  rente  de  six  perrées  de  fro- 
ment. La  même  année,  le  mardi  après  la  Saint-Martin  d'été,  Hervé  de  la 
Motte,  d'Hénansal,  faisait  avec  la  même  atfbaye,  un  autre  échange;  il  donnait  un 
emplacement  situé  à  Lamballe  entre  le  mur  de  «  l'herbergement  du  Temple  qui 
estesdiz  religieuset  la  messon  Jehan  Bernart,  sur  la  rue  qui  mène  du  Temple  à  la 
porte  Moguel  — L'échange  de  Pierre  Costantin  avait  eu  litiu\e  jeudi  après  Judica 
me  1350;  on  y  remarque  que  l'hébergement  en  question  se  composait  d'une 
maison  avec  terrain,  murs  et  courtils,  situés  dans  la  clôture  du  grand  château 
de  Lamballe;  la  maison  était  appelée  te  Temple,  et  l'abbaye  en  l'acquérant  était 
tenue  «  d'acquitter  ledit  herbergement  des  Hospiialliers  de  20  souldées  de  rente 
que  ledit  herbergement  leur  doit  chascun  an.  »  Plus  tard  cette  maison  était 
désignée  ainsi  :  «  la  Croix- Verte  sous  la  butte  du  Chasteau.  »  —  M.  Le  Men 
propose  Saint-Pol  de  Léon,  appelé  quelquefois  Castel-Paul. 

I.  Saint  Jean-de-Réchou,  commune  de  Plounérin  (Cùtes-du-Nord).  Le  vocable 
de  Saint-Jean,  dans  cette  hypothèse,  aurait  été  ajouté  après  la  réunion  des  biens 
du  Temple  aux  possessions  des  Hospitaliers. 

3.  On  ne  peut  penser  au  Temple  de  Guerno,  en  Noyal-Muzillac  (Morbihan), 
puisque  la  charte  des  Hospitaliers  mentionne  ce  lieu,  appelé  plus  tard  le  Temple 
de  Saint-Jean  de  Guerno:  la  première  partie  de  son  vocable  peut  lui  avoir  été 
donnée  parce  qu'il  fut  réuni  au  Temple  de  Carentoir.  M.  A.  Longnon  propose 
Guervézo  en  Silfiac  (Morbihan),  appelé  Guergezou  en  1394  et  Guernhuezou  en 
1427.  —  Un  bien  nommé  Kercadio,  appartenait  à  l'ordre  de  Saint-Jean  en 
Penhars  (Finistère). 

4.  On  trouve  le  moulin  de  Pontol  en  la  commune  de  Ploulech  (Côtes-du- 
Nord). 

5.  Runan  (Cùtes-du-Nord). 

G.  Runellec  en  Squifliec  (G6tes-du-Nord). 

7.  M.  Longnon  propose  Trefiléan  (Morbihan),  appelé  Trétiégan  en  1387  et 
Tréveléen  en  1397. 

8.  Coëtbihan  en  la  commune  de  Queslembert  (Morbihan).  D'après  le  Dic- 
tionnaire d'Ogé,  on  y  voyait  les  ruines  d'un  château  attribué  aux  Templiers 
parla  tradition. 

9.  Ploujean  (Finistère). 

10.  M.  Le  Men  propose  Kerfeunteun  (Finistère). 

II.  Le  Créhat.  commune  de  Plédran  (Coles-du-Xord). 

12.  Yvignac  (Côtes-du-Nord).  C'est  dans  celte  commune  que  se  trouvait  le 
Temple  de  Lannouée. 

30 


4^6 


qnam  dedcmmt  duo  filii  Caliat,  la  Verger  a  Ploohmic'  oi  alteram 
villam  in  eadem  Ploohmic,  la  Fougerat  ~  et  iina  eleinosina  in  San- 
heliren  3,  Lanhane  Cuncar  '*,  elemosina  Gaufredi  Coeron  scilicet 
suum  moleiidinum  de  Vaal  Ourugun  et  terra  sua  do  Yiridario  de 
Heenan  5,laVilBarbe  (J,laBocliin,SanSanson  ', elemosina Saliart, 
et  monasterium  Hevariu  (owHevarni),  Boocerhuts  fiiius  Aguen  le 
Hil  de  Gerenes,  et  in  Moelan^  decimam  unius  ville  in  Pleibenio, 
elemosina  una  domus  Nampnetu  et  La  Hani-,  centum  solidos  de 


1.  Plémy  (Côles-du-Nord)  ;  un  hameau  de  celle  commune  porle  encore  le  nom 
de  village  du  Temple. 

2.  Faugaret,  commune  d'Assérac  (Loire-Inférieure).  La  commanderic  de  ce 
nom  s'étendail  en  Assérac  et  Pont-Darmc. 

3.  Saint-lIilaire-de-Clialéons  (Loire-Inférieure)  ;  il  y  a  un  village  du  Temple 
dans  celle  commune. 

4.  Il  y  a  le  hameau  de  Launay-Congar  en  Ilénansal  (Côles-du-Nord)  qui 
dépendait,  en  1424,  de  la  Temi)lerie  près  Monlbran.  Il  y  avait  aussi  le  Temple 
de  Sainl-Congard,  dans  la  commune  du  même  nom  (Morbihan),  réuni  au  xvii= 
siècle  à  l'IIopilal  de  Pont-U  Oust. 

5.  Ce  moulin  et  celle  terre  doivent  être  cherchés  dans  les  -communes  de 
Hénanbihen  et  de  Ilénansal  (Côles-du-Nord).  Le  personnage  mentionné  ici  est 
Geoffroi  de  Corron  que  nous  trouvons  en  1145  à  Quimper,  figurer  comme 
témoin  d'une  charte  donnée  par  le  comte  Alain  le  Noir  en  faveur  de  l'abbaye  de 
Saint-Mélaine  (D.  Mor.,  T.  1,  col.  596);  il  avait  son  chAleau,  dont  il  portail  le 
nom,  et  dont  les  restes  existent  encore,  dans  la  forêt  de  Corron,  en  la  commune 
de  Saint-Alban,  limitrophe  de  deux  Ilénan.  Geoifroi,  dont  la  ligne  directe 
s'éteignit  au  commencement  du  xiii'-'  siècle,  fut  un  des  seigneurs  les  plus  riches 
de  celle  partie  du  diocèse  de  Saint-Brieuc  qui  forma  le  Penthièvre;  ses 
domaines  passèrent,  par  alliance,  dans  les  maisons  de  Dinan  et  de  Tournemine. 
J'essaierai  de  réunir  dans  un  autre  travail  tout  ce  que  j'ai  pu  recueillir  sur  le 
Corron. 

6.  M.  Longnon  propose  la  Ville-au-Barbé,  hameau  de  la  commune  de  Quessoy 
(Côles-du-Nord). 

7.  Sl-Samson  est  un  hameau  de  la  commune  de  Hénanbihen  (Côtes-du-Nord)  ; 
la  terre  de  Sainl-Samson,  en  14'24,  dépendait  de  la  Temitlerie  prés  Monlbran, 
et  la  chapelle  Saint-Samson  était  encore  affermée  en  1587. 

8.  Bocqueho  (Côles-du-Nord).  —  Il  y  a  évidemment  une  lacune  ici  :  elcmo- 
sinamquam  dédit...  fiiius  Aguen. 

9.  Moëlan  (Finistère). 

10.  Pleiben  (Finistère). 

11.  Nantes.  —  Il  y  s'agit  de  l'emplacement  de  la  commanderie  de  Nantes  et 
des  cent  sous  de  rente  donnés  en  1141  par  le  comte  Conan  III  et  sa  mère,  sur 
le  revenu  de  la  boucherie  de  Nantes,  sise  au  j)ratum  Aniani,  voy.  D.  Mor., 
1  col.  58.3. 

12.  L'île  de  la  Ilaune  ou  la  grande  Hanne,  commune  de  Doulon  (Loire-lnfe- 
rieure),  donnée  aux  Templiers,   en  1441,    par  le  cornlc  Conan  III  et  sa  mère. 


447 

bancis  Narapnet  i,  etfornaces,  et  molendina  de  Marac  etMauper- 
tus"^  de  Tornine,  et  elemosina  de  Anchenes  3,  Karantoe  ^,  Lan- 
diern  ■J,  Goliolac  ^,  Apondo  ~,  unus  homo  in  GiiemgampoS  cum 
suis  rébus,  Caerguen  9,Sendefadiic'0,TourclsCires  Audroenl-et 
Busic  in  Stahart^^,  San  Kaan,  Punraaelvasi'i,  et  parrochia  de 
Cliliiriacl'^  cum  omnibus  appendiciis  suis,  et  hoc  donum  dédit  Ala- 
nus  pater  meus  l^  et  Hilarius  Vigerius,  et  in  presencia  mea  habuit 
Katgoret  âlius  ejus  Vigerii  D.  solidos  quia  hoc  donum  concessit, 
Brugel,  Moelacl''',  terra  Guidonis  filii  Iven  queerat  hbera  absque 


t.  Nantes. 

2.  Maupertuis  (Loire-Inférieure). 

3.  Ancenis  (Loire-Inférieure). 

4.  Carentoir  (Morbihan).  Le  temple  de  Carentoir  devint  au  xvii°  siècle  l'une 
des  principales  coramanderies  de  l'ordre  de  Saint-Jean,  elle  était  composée  de 
quatorze  membres.  Le  commandeur  résida  à  Carentoir  jusqu'aux  guerres  de  la 
Ligue;  le  manoir  ayant  été  détruit,  le  chef-lieu  de  la  commanderie  fut  transféré 
à  la  Coifl'erie,  en  la  commune  de  Messac. 

5.  Lantiern,  commune  d'Arzal  (Morbihan)  :  un  membre  de  la  commanderie  de 
Carentoir  s'appelait  Saint-Jean  de  Lantiern.  C'est  encore  un  exemple  de  biens 
du  Temple  ayant  pris  le  vocable  de  Saint- Jean  par  suite  de  leur  annexion  aux 
possessions  des  Hospitaliers. 

6.  Guillac  (Morbihan).  Le  Temple  de  Guillac  en  la  paroisse  de  Saint-Servant, 
réuni,  à  la  fin  du  xvi°  siècle,  à  l'Hôpital  de  Saint-Jean-de-Villenart,  fut  échan- 
gé avant  la  fin  du  xvii*'. 

7.  M.  Le  Men  propose  le  Ponthou  (Finistère). 

8.  Guingamp  (Côtes-du-Nord). 

9.  Caerguen,  est  un  de  ces  nombreux  hameaux  du  nom  de  Kerguen  ou  Ville- 
Blanche,  très-communs  en  Bretagne:  il  y  avait  une  Villeblanche  en  La  Feuillée 
(Finistère),  une  autre  en  Penhars  (Finistère). 

10.  St-Evarzec  (Finistère)  qui  se  dit  en  breton  Sendefriduc,  d'après  M.  Le  Men. 

11.  Tourc'h  (Finistère). 

12.  M.  Longnon  suppose  que  ces  deux  mots  réunis  peuvent  indiquer  quelque 
localité  du  nom  de  Keraudren,  et  il  rappelle  que  dans  la  commune  d'inzinzac 
(Morbihan),  où  était  situé  le  Temple  d'inzinzac,  il  y  a  un  hameau  de  Kerau- 
dren. Ce  nom  de  lieu  est  commun  eu  Bretagne;  on  pourrait  penser  aussi  à 
Chatelaudren,  castnan  Audroeni  (Côtes-du-Nord),  où  on  signale  une  pierre 
tumulaire  qui  parait  représenter  un  Templier. 

13.  M.  Longnon  propose  de  lire  Scahari,  et  de  voir  ici  le  hameau  de  la  Bois- 
sière  en  Scaër  (Finistère). 

14.  Pontmelvez  (Côtes-du-Nord).  Cette  commanderie  devint  assez  importante, 
puis  fut  réunie  à  la  Feuillée. 

15.  Cléguerec  (Morbihan). 

16.  Alain-le-Noir  comte  de  Richemont,  1093-1 14G. 

17.  Molac  (Morbihan); —  dans  cette  commune  il  y  avait  le  Cours  de  Mollac 
qui  dépendait  de  la  commanderie  de  Carentoir. 


/<48 

herede,  elemosina  de  Magno  fonte  •,  Trevalac  -,  Goetbili  3,  Porta- 
radur  'i,  Losteliritelier  5,  Guengalan  6,  Karaart  ~,  Trepartan  ^, 
Lanlioe^,  La  Fogeraci*^,  Sangoruc'  ' ,  etuiium  molendinum  juxta  le 
A^al  Ai'veliu,  elemosina  de  Hirac,  Bidon''',  Alalialaii  '•^,  niolendina  de 
Haduc  et  stagnum,  elemosina  de  Roniille  '  '*,  et  elemosina  de  Mont- 
fortin  et  elemosina  de  Ploemagada"J,  elemosina  Roberti  filii  Senter, 
elemonisa  RoautYigerii,  elemosina  Anger  Manasac^'etTliome  fra- 
tris  ejus,  Gallac"^,  duo  liomines  in  Lohimac,duo  in  San  Theliaiit'^, 
domus  Radiilplii  archidiaconi  in  Raenes  juxta  ecclesiam  sancte 
Marie'20  et  unus  burgensis  in  eadem  civitate,  et  una  elemosina  juxta 
forest  ejusdem  civitatis'-',  la  C^reuliit,  très  horaines  in  Vitre'—,  et 

1.  Grand'Fonlaine,  hameau  de  la  commune  d'Hénaubihen  (Côtes-du-Nord). 
En  1424,  le  Temple  de  la  Granl  Fontaine  i\ii\wni\à.\\.  de  la  Teniiderie  près  Monlbran. 

2.  Trévalol  en  Scaër  (Finistère). 

3.  Couébily,  hameau  de  la  commune  de  Plurien  (Cùles-du-Nord)  :  en  1424,  la 
tenue  de  Coaybily  dépendait  de  la  Templerie  i)rès  Monlbran. 

4.  Port-à-la-Duc,  commune  de  Pléhérel  (Côles-tlu-Xord). 

5.  Serait-ce  le  manoir  de  Lesterizien,  mentionné  dans  les  aveux  de  l'Ordre 
de  Saint-Jean,  en  Plozévot  (Finistère)? 

G.  Vildé-Guingalan  (Cùtes-du-Nord). 

7.  Kerhars,  commune  de  Saint-Gilles-les-Bois  (Côles-du-Nord),  où  le  diction- 
naire d'Ogé  place  la  Templerie  de  Kerhénoret. 

8.  M.  Le  Men  propose  Trébeurden  (Côles-du-Nord). 

9.  La  Nouaye  (lUe-et-Vilaine).  Ogé  parle  d'un  ancien  vivier  situé  dans  cette 
commune  qui  avait  dépendu,  d'après  la  tradition,  d'un  prieuré  de  moines  blancs. 

10.  Le  Temple  Fougeray,  commune  de  Saiut-Alban  (Cotes-du-Xord),  dépendait, 
dès  1424,  de  la  Templerie  près  Monlbran. 

11.  Saint-Carreuc  (G6ies-du-Nord). 

12.  Vildé-Bidon  (llle-el-Vilaine).  Le  bailliage  de  Vildé-Bidon  relevant  de  l'Hô- 
pital de  Dol  faisait  en  dernier  lieu  partie  du  Temple  de  la  Guerche. 

13.  Même  observation  pour  le  bailliage  de  Lanhellain. 

14.  Romillé  (lile-et-Vilaine)  :  on  y  remarque  un  hameau  du  Temple. 

15.  Montforl(llle-et-Vilaine);  le  bailliage  de  Montfort  s'étendait  au  Bedée,  Iffen- 
dicet  Talensac  et  relevait  de  la  Guerche. 

16.  M.  Longnon  propose  Plumaugat  (llle-et- Vilaine),  où  l'on  trouve  le  moulin 
du  Temple  et  la  Templerie  de  Plumaugat 

17.  Au  xiii°  siècle  on  trouve  une  famille  Ménassac  établie  dans  la  paroisse 
de  Erquy  (Côtes-du-Nord), 

18.  Gallac  (Côtes-du-\ord). 

19.  Saint-Thélo  (Côtes-du-Nord)  :  on  y  remarque  le  hameau  de  la  Villeblanche. 

20.  L'église  Notre-Dame-à  tiennes. 

21.  Cette  aumône  avait  été  faite  par  la  comtesse  Hermengarde,  elle  consistait 
en  métairies  qui  avaient  été  possédées  auparavant  par  le  chapelain  Hervé. 
Mahaut,  mère  du  comte,  avait  aussi  donné  ce  qu'elle  avait  dans  la  forêt  de  Rennes. 

22.  Vitré  (lUe-et-Vilaine). 


449 

una  domus  in  Castro  Girimt\  et  unus  homo  de  Langiiinurt-. 
Hec  omnia  in  protectione  mea  recipio  et  si  quis  aliciii  liorum 
molestiam  inferre  presumpserit  mihimet  inferre  ne  dubitet.  Huic 
dono  et  concessioni  legitimi  testes  interfuenmt  egomet  qui  dedi 
et  concessi,  Haimo  Leonensis  episcopus  •'*,  G.  Corisopitensis 
episcopus'SR.  Kempeelensis abbas ^,  capitulum  sancti  Corentini, 
Iven  magister  Hospitalis  in  Britannia*^,  Regnault  BotoreP, 
Guiumars  junior  vicecomes^,  Gemelli^^  Henricus  Bertran^O. 
Factum  est  in  Kempercorentin  anno  dominice  incarnacionis  m°. 
c°  octuagesimo  secundo.  Et  ut  hoc  brève  ratum  per  succendia 
tempora  permaneat  mei  sigilli  munimine  corroborare  curavi; 
datum  est  autem  Guillelmo  fratri  Ferron^,  bis  suprascriptis  : 
adduntur  Bocherut,  Moustoer  Euvrani  et  cetera  acquisita  et 
deinceps  acquirenda'-. 


n. 

Conanus  dux  Britannie  et  cornes  Richemundie  universis  eccle- 
sie  filiis  per  totum  ducatum  suuni  salutem.  Notum  sit  vobis 
omnibus  nie  dédisse  et  concessisse  et  bac  mea  carta  confirmasse 
Domui  HierosoHmitane  hospitalitatis  omnes  elemosinas  et  terras 
et  teneuras  que  in  ducatu  meo  predicte  domui  date  sunt  libéras  et 


1.  Châteaugiron  (IlIe-et-Vilaine). 

2.  M.  Le  Men  propose  Langoniiel  (Morbiliau), 

3.  Haraon,  évt^que  de  Léon,  1157-1171. 

4.  Géoflroi,  évéque  de  Cornouailles,  1167. 

5.  Rivalon,  abbé  de  Sainte-Ci-oix  de  Quemperlé,  11G3-1186. 

6.  Evenus,  maître  de  l'Hôpital  eu  Bretagne,  ligure  dans  les  actes  de  116i  à 
1170. 

7.  Renault  Bolerel,  paraît  encore  dans  un  acte  de  1184,  voy.  D.  Morice,  l,col. 
701. 

8.  Guyomar,  vicomte  de  Léon. 

9.  On  désigne  ainsi  deux  frères  jumeaux  qui  figurent  dans  des  actes  publiés 
par  D.  Morice,  t.  I,  col.  633,  636,  663,  665,  698,  700  et  704;  ils  s'appelaient 
Richard  et  Alain  et  on  les  trouve  encore  après  1184.  Ils  étaient  fils  de  Richard 
à  qui  Conan  IV  avait  donné  la  viUa  Quifchen,  en  Trégunc.  Voy.  Hist.  de  l'ab- 
baije  Sointe-Croix  de  Quemperlé,  p.  602. 

10.  Nous  retrouvons  Henri  Berlrand  dans  un  acte  de  D.  Morice,  col.  036. 

11.  Guillaume  Ferron  était  maître  des  Templiers  en  Bretagne. 

12.  Depuis  le  mot  addimlur,  il  est  évident  que  l'on  a  voulu  authentiquer  des 
mots  qui  avaient  été  ajoutés  entre-lignes  dans  l'acte  original. 


450 

qiiietas  ab  omnibus  consuetudinibus  in  omnibus  locis  et  in  omni- 
bus partibus  quorum  omnium  hoc  sunt  nomina  :  in  Treker  ele- 
mosinedeLouorgat  ^  elemosinedeLoguanoc-  etdePennguenan  3 
et  de  Pederiaci  et  de  Pumurit'*  et  de  Coginiac''  et  de  Pleguen  7 
et  de  Maeis  an  Rodoued  Gallec^  enLuchio,  anFoUed  n,  Bannaz- 
lanc  ' -,  elemosine  de  Fou  13  et  de  Brithiac  i  ''  et  de  Pennliart  l"-»  et  de 
Ploeneth  l'*  et  de  Arke  l'^  et  de  Cothon  ^^eX  de  Mathalon  l^  et  de  Bo- 
doc  Kapsithun''"^,  hospitalis  inter  duas  Kemper'-i  et  hospitalis 
super  Beloen--  elemosina  deMoelan-'^  etdeCloetgal-letelemosina 
de  Guasgury'-^  in  Quemenet  Guegamt,  elemosinas  de  Piisiac-'J, 

1.  Louargat,  canton  de  Belle-Isle-en-Tcrre,  arrond.  de  Guinganip  (Côles-du- 
Nord). 

2.  Louannet;,  canton  de  Perros-Guirec,  arroud.  de  Lannion  (Côtes-du-Nord). 

3.  Penvenan,  canton  do   Trégnier  airond.  de  Lannion   (Côlos-du-Nord). 

4.  Pédcrnec,  canton   de  Hégard,   arrond.   de  Guinganii)  (Cùles-dii-Nord). 

5.  Saint-Gilles,  trêve  de  Peumerit-Quintin,  commune  de  Saint-Nicolas  du 
Pelem,  arrondissement  de  Guingainp  (Gôles-du-Nord). 

6.  Ooliignac,  canton  de  CluUelaudren,  arrond.  de  Saint-Brieuc  (Cùles-du- 
Nord). 

7.  Plévin,  canlonde  Maël-Carliain,  arrond.  de  Gninganip  (Côtes-du-Nord). 

8.  Maël-Carhaix,  ou  Maël-Pestivien,  canton  de  Callac,  arrond.  de  Guingamp. 
(Côles-du-Nord). 

9.  Roudouallec,  arr.de  Pontivy,  canton  de  Gourin  (Morbihan). 

10.  Le  Loucli,  trêve  de  Maël-Pestivien. 

11.  La  Feuillée,  canton  de  lluelgoat,  arrond.  de  GMteaulin  (Finistère). 

12.  Saint- Jean- Danalan,  canton  de  lluelgoat,  arrond.  de  Chàteaulin  (Finis- 
tère). 

13.  Plounevez  du  Faon,  canton  de  Oliàteauneuf,  arrond.  de  Chàteaulin  (Finis- 
tère). 

li.  Briec,  arrond.  de  Quimper  (Finistère). 

15.  Penhars,  arrond.  de  Quimper  (Finistère). 

16.  Plonéis,  canton  de  Plougastel-Saint-Germain,  arrond.  de  Quimper  (Finis- 
tère). 

17.  Ergué-Armel  ou  Ergué-Gabéric,  arrond.  de  Quimper  (Finistère). 

18.  Cuzon,  commune  de  Kerfeunteun,  arrond.  de  Quimper  (Finistère). 

19.  Mahalon,  canton  de  Pontcroix,  arrond.  de  Quimper  (Finistère). 

20.  Beuzec-cap-Sizun,  arrond.  de  Quimper  (Finistère). 

21.  Quimper,  chef-lieu  du  département  du  Finistère;  ou  le  Paraclel  en  Saint - 
Laurent,  canton  de  Bégard,  arrond.  de  Guingamp  (Côtes-du-Nord),  entre  la 
commune  de  Quimperven  et  celle  de  Quemperguezeunec. 

22.  Saint-Jean-en-Riec,    canton   de   Pontaven,  arrond.   de  Quimperlè. 

23.  Moëlan,  canton  de  Pontaven,  arrond.  de  Quimperlè  (Finistère). 

24.  Je  n'ai  pu  trouver  une  assimilation  satisfaisante  pour  ce  nom  de  lieu. 

25.  Guiscrilf?  canton  de  Faouet,  arrond.  de  Pontivy  (Morbihan). 

26.  Priziac,  canl.  de  Faouel,  arroud.  de  Pontivy  (Morbihan). 


45^ 

hospitalis  de  loco  Sancti  Maclovii  ',  hospitalisdePontivi-  elemo- 
sine  Alani  vicecomitis,  scilicet  unus  burgensis  in  unoquoque 
castello  suo,  elemosine  domini  Conani  diicis  scilicet  imiis  bur- 
gensis in  unaquaque  civitate  sua  et  in  unoquoque  castello  suo; 
in  Kemcnet  Hebgoen,  elemosine  de  Cleker3  et  de  Treunnatos  (<9i« 
Creunnacos)4  in  Broguerec,  elemosine  de  Lannkintic^  et  de 
LaustencG  etdeCorvellou^  et  hospitalis  in  SuluniacS  etelemosina 
de  Kinstinic  BlaguetliQ  et  de  Mollac  'O  et  de  Malechac  1 1  et  de  Kes- 
tembert  ^~  et  de  Guernou  '3  et  de  Azarac^^  in  episcopatu  Nanne- 
tensi,  et  domus  de  civitate  Nannetensi  cum  appendiciis  suis 
et  de  Guenrannl^et  unus  homo  in  unaquaque  parrochia  apud 
Raesi6,  et  elemosina  de  Ploearthmael'^etdeBrulllSetdeKessoelQ 
et  de  Tertre  Conaen^O  et  de  Grandifonte'^i  et  de  Pleherel"^'-  et  de 
Cruce  Haliaguis'^etde  Saltu  calvo'-^  etdeStablehon-^etdeGran- 

1.  Loc-Malo,   canton  de  Gueraené-sur-Scorff,   arrond.    de    Pontivy    (Morbi- 
han). 
1.  Pontivy  (Morbihan). 

3.  Cléguer,  canton  de  Pontscorlï',  arrond.  de  Lorient  (Morbihan). 

4.  .\ssimilalion  à  chercher. 

5.  Languidic,  canton  de  Hennebon,  arrond.  de  Lorient  (Morbihan). 

G.  Naustanc    près   Merlévénez,    canton   de   Port-Louis,  arrond.  de  Lorient 
(Morbihan). 

7.  Gorvello  en  Sulniac  (Morbihan). 

8.  Sulniac,  canton  d'Elven,  arrond.  de  Vannes  (Morbihan). 

9.  Quistinic-Blavet,  canton  de  Plouay,  arrond.  de  Lorient  (Morbihan). 

10.  Molac,  canton  de  Questembert,  arrond.  de  Vannes  (Morbihan). 

11.  Malensac,  canton  de  Rochefort-en-Terre,  arrond.  de  Vannes  (Morbihan). 
M.  Questembert,  arrondissement  de  Vannes  (MorbiJian). 

13.  Le  Guerno,  trêve  de  Noyal-Muzillac,  cant.  de  Muzillac,  arrond.  de  Vannes 
(Morbihan). 

14.  Assérac,  canton  d'Herbignac,  arrond.  de  Savenay  (Loire-Inférieure).  > 

15.  Guérande,  arr.  de  Savenay  (Loire-Inférieure). 

16.  Rézé,  canton  de  Bouay,  arrond.  de  Nantes  (Loire-Inférieure). 

17.  Ploermel  (Morbihan). 

18.  Assimilation  à  chercher. 

19.  Quessoy,  canton  de  Moncontour,  arrond.  de  Saint-Brieuc  (Côtes-du-Nord). 

20.  Le  Tertre-Conan  en  Ilénanbihen,  canton  de  Matignon,  arrond.  de  Dinan. 

21.  La  Grand'fontaine  en  Hénanbihen,  canton  de  Matignon,  arrond.  de   Dinan 
(Côtes-du-Nord). 

22.  Pléhérel,  canton  de  Matignon,  arrond.  de  Dinan  (Côtes-du-Nord). 

23.  La  Croix-Huis,  en  PlébouUe,  arrondissement  de  Dinau  (Côles-du-Nord). 

24.  Le  Boischaufl"  en  Jugon,  arrondissement  de  Dinan  (Côlcs-du-Nord). 

25.  Saint-Jean  de  Establelion  en  Sainl-SuUiac,  canton  de  Chàteauneuf,  arrond. 
de  Saint-Malo  (ille-el-Vilainc). 


452 

(iivilla  1  et  de  Gangarei  et  de  Ponteterre-  et  de  Teuthcael  et  de 
Kaerfoimric  in  Comanna^  et  la  Bollie'i  cum  appendiciis.  Ego 
Conanus  dux  et  coines  Kicliemundie  libère  et  quiète  concessi  liée 
omnia  domiii  supradicte  pro  amore  ejusdem  domus  et  fratris 
Eguen  familiaris  nostri  aimo  ab  incarnacione  domini  m°  c°  lx™°, 
régnante  Ludovico  Fraiicorum  rege  et  Henrico  Anglorum  rege, 
Corisopitensem  episcopatum  Gaufrido  tenente.  Testes  Haemo 
Leonensis  episcopus,  Gauffredus  Corisopitensis  episcopus,  Ri- 
guallonus  abbas  Kemperlegii,  Gradlonus  abbas  Saucti  Guin- 
gualoei,  prior  de  Monte  sancti  Michaelis,  Guillelmus  Perron  fra- 
ter  de  Templo,  Robertus  cancellarius  ducis,  Alanus  clei-icus, 
Margarita  ducissa,  Martinus  ejus  cappellanus,  Richardus  et 
Alanus  Gemelli,  Renaldus  Boterel,  Henricus  Rretram,  Henricus 
filius  Haervei,  Alanus  Rufus,  Alanus  de  Mota  et  clerus  Corisopi- 
tensis ecclesie,  apud  Keniper  Gorentin  j. 


La  cbarte  relative  aux  chevaliers  de  Saint-Jean-de-Jérusalem  est 
connue  par  une  copie  de  \3\'2,  déposée  aux  Archives  nationales,  et 
publiée  pour  la  première  fois  par  M.  Arthur  de  La  Borderie.  A  cette 
époque,  plusieurs  églises,  ciiapitres,  abbayes  et  prieurés  des  diocèses 
de  Sainl-Brieuc,  Saiut-Malo  et  Dol  s'empressaient  de  se  mettre  sous 
la  sauvegarde  royale  et  d'affirmer  qu'ils  ne  dépendaient  en  rien  du 
duc  de  Bretagne.  Leur  but  principal  était,  au  point  de  vue  judiciaire, 
de  relever  du  Parlement  de  Paris  dont  les  sentences  étaient  moins 
dures  que  celles  de  la  justice  des  grands  feudataires  :  Philippe-le- 
Bel  encourageait  ce  mouvement  qui,  en  augmentant  son  influence 
dans  les  terres  de  ses  vassaux,  ne  laissait  pas  que  d'être  profitable  à 
son  trésor,  et  l'on  sait  tous  les  expédients  qu'il  employait  pour  rem- 
plir celui-ci. 

Or  en  ^3^2,  Geolîroi  Pélion,  clerc,  accompagné  de  Eudes  le  Pré- 
vôt, chanoine  de  Saint-Brieuc  et  procureur  du  Roi,  parcouraient  le 
nord-est  de  la  Bretagne  pour  constater  le  droit  de  garde-royale  sur 

1.  La  Grandville??? 

2.  Ponl-de-Terre  en  Pleudihen,  canton  de  Dinan  (C(M",s-du-Nord). 

3.  Kaerfoimric  en  Communa,  canton  de  Sizun,  arroml.  de  Morlaix  (Finis- 
tère). 

4.  La  Bouillie,  canton  de  Matignon,  arrond.  de  Dinan  (Cûtcs-du-Nord). 

5.  D.  Morice, pr.,  l,  col.  638.  —  Arch.  nationales,  J,  2il,  A,  n"  26.  —  Bull, 
archéol,  de  l'Assoc.  bretonne,  t.  IV,  \).  255  et  scy. 


453 

les  abbayes  de  Beauport,  Beaulieii,  Vieuville,  Sainl-Jacut-de-la-Mer, 
Saint-Meen-de-Gaël,  Boqiien,  Saint-Aubin;  sur  les  prieurés  de  Saint- 
Florenl  de  Dol,  Lehon,  Saint-Malo  de  Dinan,  Gombourg,  Saint- 
Étienne  de  Jugon,  Saint-Martin  de  Lamballe  et  Saint-Sauveur  de 
Guingamp.  A  cette  enquête  comparurent  aussi  le  chapitre  de 
Nantes  et  Géoffroi  Berthou  custos  donius  de  Qiiessoy,  accompagné  de 
Perrot,  son  servant. 

La  maison  de  Quessoy  était  une  des  commanderies  importantes  de 
l'ordre  de  Saint-Jean-de-Jérusalem,  Géoffroi  Berthou,  alors  com- 
mandeur, parait  avoir  été  délégué  pour  représenter  son  ordre  et  le 
placer  sous  la  sauvegarde  royale. 

Lorsqu'il  vint  le  dimanche  Judica  me,  en  la  maison  du  chanoine 
Eudes  le  Prévôt,  àSaint-Brieuc,  le  commandeur  de  Quessoy  n'avait 
pas  entre  les  mains  les  titres  qui  pouvaient  servir  à  appuyer  ses 
prétentions.  Il  demanda  un  délai,  et  apporta  un  peu  plus  tard  une 
charte  du  duc  Gonan  IV,  dont  lofficial  de  Saint-Brieuc  lui  avait 
donné  une  copie  authentique  le  lundi  post  invocavit  me  ^3'H  ,  d'a- 
près un  vidimus  de  l'évêque  de  Dol,  daté  de  ^277. 

Dès  -1277,  par  conséquent,  la  charte  de  Gonan  IV  était  connue,  et 
admise  comme  titre  authentique;  Eudes  le  Prévôt  s'empressa  de  la 
reproduire  dans  son  enquête  et  c'est  le  plus  ancien  texte  que  nous 
en  possédions  aujourd'hui. 

Entre  le  diplôme  des  Templiers  et  celui  des  chevaliers  de  Saint- 
Jean-de-Jérusalem  nous  trouvons  de  nombreux  points  communs.  Ils 
sont  de  la  même  date,  4 160;  ils  ont  les  mêmes  témoins;  ils  sont 
donnés  tous  deux  à  Quimper. 

Mais  cette  date  est  impossible  à  admettre,  et  je  suis  étonné  que 
jusqu'ici  ce  détail  important  n'ait  pas  été  remarqué.  Le  duc  Gonan  IV 
était  m.ort  onze  ans  auparavant,  en  M  61.  Géoffroi,  évêque  de  Gor- 
nouailles,  l'un  des  témoins,  ne  monta  sur  le  siège  épiscopal  de 
Quimper  qu'en  H  67;  on  connaît  un  acte  de  Bernard,  son  prédéces- 
seur, daté  de  M  66  2,  Un  autre  témoin,  Rivalon,  abbé  de  Sainte-Groix 
de  Quemperlé,  ne  commença  qu'en  -Hea,  date  de  la  mort  de  Donva- 
lon,  son  prédécesseur,  connue  par  le  nécrologe  même  de  l'abbaye. 

J'ajouterai  qu'au  point  de  vue  diplomatique,  ces  deux  documents 
sont  rédigés  de  manière  à  donner  quelques  soupçons  sur  leur 
authenticité.  En  effel,  on  ne  connaît  pas  de  chartes  confirmatives  de 

131.  Histoire  de  l'abbaye  de  Sainte-Croix  de  Quemperlé,  par  D.  PI.  Le  Duc, 
éditée  par  M.  Le  Men,  p.  601. 


454 

tous  les  biens  d'un  ordre  contenant  leur  énumération;  le  style  même 
ne  concorde  pas  avec  l'époque  à  laquelle  régnait  Conan  IV  ;  bien 
plus,  on  a  le  droit  d'être  étonne  de  voir  celui-ci  faire  acte  de  souve- 
rain pour  approuver  des  donations  faites  dans  des  régions  de  la 
Krclagnc  où  il  n'avait  aucun  droit.  Sous  Conan  IV,  le  Léon,  le 
Goëllo,  le  Penthiôvre,  le  Rolian  appartenaient  à  des  seigneurs  qui 
étaient  encore  aussi  indépendants  chez  eux,  que  Conan  IV  lui-même 
dans  les  fîefs  qui  étaient  à  lui. 

Tout  porte  donc  à  considérer  les  diplômes  dont  je  viens  de 
donner  le  texte  comme  rédigés  à  la  fin  du  \iii<'  siècle^,  alors  rpic  les 
ducs  de  Bretagne  avaient  centralisé  le  pouvoir  dans  leurs  mains,  et 
que  les  Templiers  comme  les  Johannilcs  avaient  besoin  de  titres  pour 
obtenir  la  sauvegarde  royale.  Ces  documents  n'en  sont  pas  moins 
importants  puisqu'ils  nous  donnent,  pour  cette  époque,  un  tableau 
des  possessions  des  deux  ordres  dans  la  province.  J'ai  déjà  eu  occa- 
sion de  constater,  tant  pour  Thistoire  des  monnaies  bretonnes,  que 
pour  le  prieuré  de  Saint-Martin  de  Lamballe  et  d'autres  établisse- 
ments religieux,  l'existence  de  chartes  apocryphes. 

Anatole  de  Barthe'lemy. 


1.  La  personno.  qui  a  composé  ces  deux  chartes  les  aurait  rendues  plus  admis- 
sibles, au  premier  coup  d'œil  si  elle  avait  inscrit  la  date  de  1170,  comme  on  la 
trouve  à  un  acte  de  cette  année,  donné  en  faveur  du  Mont-Sainl-Michel  avec 
les  mêmes  témoins  {D.  Moi:  1  vol.  6G2  et  663).  On  ne  peut  supposer  un  lapaus 
de  copiste,  puisque  la  même  erreur  de  date  se  trouve  dans  deux  actes  distincts. 
Il  est  seulement  j)ermis  de  supposer  que  des  Templiers  comme  les  Johannites 
eurent  recours  au  même  clerc  qui  intercala  dans  la  même  formule  les  noies 
que  chacun  des  ordres  lui  avait  fournies  pour  l'énumcration  de  leurs  biens. 


'  r' 


GÂRi^CTÈRE  COLLECTIF 
DES   PREMIÈRES   PROPRIETES 

IMMOBILIÈRES/ 


PRÉAMBULE. 

La  linguistique  s'est  transformée  en  ce  siècle  :  c'est  aujourd'hui 
une  science  ayant  ses  règles  et  sa  méthode.  Quelques  remarques 
isolées,  quelques  rapprochements  de  mots  qui  s'oiïraient  d'eux- 
mêmes  ont  fait  supposer  qu'une  langue  unique  avait  donné  naissance 
aux  idiomes  de  Rome,  de  la  Grèce,  de  la  Germanie,  de  l'Inde  :  des 
observations  plus  suivies  et  plus  générales  sont  venues  postérieu- 
rement confirmer  cette  pensée,  en  préciser  la  portée,  en  formuler  les 
détails;  et  c'est  ainsi  qu'on  a  pu  constater  d'une  manière  définitive 
l'existence  du  groupe  Indo-Germanique,  résultat  grandiose  et 
fécond. 


1.  J'avais  remis  depuis  quinze  jours  à  notre  comité  de  rédaction  les  deux 
premiers  chapitres  du  travail  qu'on  va  lire,  lorsque  parut  dans  la  Revue  des 
Deibx-Mondes  (1"  juillet  1872)  la  première  partie  d'une  étude  de  M.  de  Lave- 
leye  sur  la  propriété  primitive.  Les  vues  de  M.  de  Laveleye  sont  identiques  aux 
miennes;  et  je  me  suis  demandé  un  moment  si  je  devais  donner  suite  à  mon 
projet  de  publication. 

Je  me  décide  pour  l'affirmative,  parce  qu'il  est  peu  probalile  que,  d'accord 
sur  les  conclusions,  nous  nous  rencontrions  constamment,  M.  de  Laveleye  et  moi, 
sur  le  choix  des  preuves.  Aussi  bien  cet  accord,  s'il  existait,  rendrait  la  démons- 
tration plus  frappante  et  plus  saisissante.  J'ajouterai  que,  vraisemblablement,  le 
3''  chapitre  de  cet  essai  est  tout-à-fait  en  dehors  du  cadre  que  parait  s'être  tracé 
M.  de  Laveleye. 

Je  ne  puis  trop  recommander  à  nos  lecteurs  ce  qui  a  été  publié  du  beau 
travail  de  M.  de  Laveleye;  et  je  prends  la  liberté  de  leur  signaler,  en  particu- 
lier, les  indications  bibliograiihiques  que  fournit  M.  de  Laveleye  sur  l'histoire 
de  la  propriété  en  Russie. 


'.o6 

L'étude  des  origines  sociales  et  juridiques  n'est  pas  sans  quelque 
analogie  avec  1  ctudc  des  langues  :  les  rapprochements  auxquels 
donne  lieu  dès  à  présent  l'examen  comparatif  des  législations  anciennes 
doivent  donc  être  notés  avec  soin,  parce  qu'ils  pourront  un  jour 
devenir,  eux  aussi,  le  point  de  départ  d'une  science  nouvelle.  Le 
domaine  qui  s'ouvre  ici  aux  investigations  de  l'historien  est  très- 
étendu;  rien  ne  l'oblige  à  restreindre  le  cercle  des  rapprochements  et 
des  comparaisons  à  l'un  des  groupes  de  nations  que  la  philologie  a 
permis  de  reconnaître;  pourvu  qu'il  procède  avec  prudence  et  avec 
méthode,  il  peut  dépasser  ces  limites  et  étendre  ses  études  à  tous  les 
pays  habités.  En  effet,  des  peuples  primitifs,  d'ailleurs  distincts 
d'origine  et  de  langage,  doivent  présenter,  selon  toute  vraisemblance, 
le  spectacle  de  mœurs  et  d'usages  communs,  parce  que  leur  vie, 
leurs  occupations,  leurs  conditions  d'existence  sont  les  mêmes;  des 
peuples  nomades  vivant  du  produit  de  leurs  troupeaux,  des  peuples 
chez  lesquels  l'idée  d'une  autorité  centrale  distincte  de  la  famille 
n'est  pas  née  encore  ou  l'est  à  peine,  doivent  offrir  bien  des  traits 
analogues,  quels  que  soient  le  pays  qu'ils  parcourent  et  le  siècle  où 
nous  nous  plaçons  pour  étudier  leur  histoire. 

Ces  présomptions  peuvent  servir  de  guide  et  comme  de  fil  conduc- 
teur dans  la  recherche  des  origines  sociales  et  juridiques.  Qu'on 
rapproche  les  diverses  législations  anciennes  :  qu'on  s'efforce  d'y 
démêler  les  débris  d'une  haute  antiquité  enfouis  parmi  des  monu- 
ments de  date  plus  récente;  on  arrivera  bientôt  à  reconnaître  quel- 
ques usages  primitifs  :  on  montrera  comment  ces  coutumes  origi- 
naires se  sont  modifiées  avec  les  siècles  suivant  le  génie  de  chaque 
peuple;  et  on  pourra  ainsi  déterminer  le  véritable  caractère  historique 
de  telle  théorie  juridique,  de  telle  institution  dont  nous  saisissons 
aujourd'hui  imparfaitement  le  sens  et  la  portée  parce  que  nous  en 
ignorons  le  point  de  départ  et  parce  que  les  faits  primitifs  d'où  elle 
dérive  nous  échappent.  Un  grand  nombre  de  travaux  de  cette  nature 
élargiraient  singulièrement  et,  dans  une  certaine  mesure,  régula- 
riseraient les  études  de  droit  historique.  Avant  qu'un  pareil  résultat 
puisse  être  atteint,  on  devra  pendant  longtemps  accumuler  les 
observations  de  détail  :  il  peut  donc  être  utile  de  rapprocher  ici 
quelques  textes  qui  intéressent  f  histoire  des  origines  de  la  propriété 
immobilière. 

Nous  avons  borné  nos  lectures  aux  sources  Indo-Germaniques  et 
nous  sentons  vivement  que  ce  domaine,  trop  restreint  si  on  songe  à 
l'étendue  des  recherches  que  pourraient  comporter  ces  études,  est 


457 

encore  beaucoup  trop  vaste  pour  nous;  cependant  quelle  que  soit 
l'imperfection  de  cet  essai,  il  est  né  d'une  pensée  dont  on  ne  contes- 
tera pas  l'exactitude;  nous  la  résumons  en  peu  de  mots  :  un  peuple 
n'est  pas  libre  de  transformer  d'un  jour  à  l'autre  sa  langue  ou  sa 
littérature;  il  n'est  pas  libre  de  changer  complètement  son  droit 
public  ou  privé  :  langue,  littérature,  droit,  portent  fatalement  l'em- 
preinte des  siècles,  et  l'homme,  quoi  qu'il  fasse,  se  débat  dans  son 
passé  :  le  droit  n'est  donc  point  une  création  artificielle  de  l'esprit 
humain,  et  l'histoire  d'une  nation  vient  s'y  réfléchir  comme  elle  se 
réfléchit  dans  son  langage.  D'où  il  suit  que,  si  les  premières  sociétés 
humaines  présentaient  dans  leur  organisation  primitive  quelques 
traits  communs  et  saillants,  il  est  vraisemblable  que  les  législations 
anciennes  qui  nous  sont  parvenues,  bien  qu'appartenant  à  une 
époque  moins  reculée,  recèlent  elles-mêmes  des  débris  encore  recon- 
naissables  de  cet  état  primitif.  Retrouver  ces  épaves  d'un  autre  âge, 
distinguer  dans  les  législations  antiques  le  legs  du  passé  de  l'œuvre 
des  contemporains,  c'est  là  une  étude  d'autant  plus  attrayante 
qu'elle  est  plus  délicate  et  plus  périlleuse. 

La  roule,  en  effet,  est  semée  d'écueils;  sans  les  signaler  tous,  nous 
voulons  du  moins  insister  sur  une  illusion  d'un  genre  particulier, 
illusion  trop  fréquente  parmi  les  auteurs  qui  ont  abordé  ces  études  : 
ils  ont  été  frappés  de  certaines  similitudes  de  mœurs  et  d'usages 
entre  des  peuples  divers,  et  ils  en  ont  conclu  trop  facilement,  ou  que 
ces  peuples  avaient  une  commune  origine,  ou  que  ces  usages  s'étaient 
transmis  d'une  nation  chez  une  autre  nation.  A  nos  yeux,  une 
pareille  conclusion  ne  ressort  pas  directement  de  la  similitude  des 
habitudes  juridiques  ;  on  se  trompera  souvent  si  on  admet  sans 
preuve  qu'un  peuple  ou  une  famille  a  légué  ces  usages  à  tous  les 
autres  peuples  ou  à  toutes  les  autres  familles  :  il  est  bien  plus 
naturel  de  supposer  que  l'homme,  soumis  à  des  conditions  d'exis- 
tence analogues,  s'est  créé  de  lui-même  en  des  lieux  différents  des 
habitudes  semblables  et  a  su  retrouver,  pour  faire  face  aux  mêmes 
difficultés,  les  mêmes  usages  et  les  mêmes  procédés.  L'hypothèse 
contraire  peut  conduire  à  des  résultats  singuliers  :  le  docteur 
Livingstone  nous  en  fournit  la  preuve  ;  cet  illustre  voyageur  a  été 
frappé  non  pas  de  ressemblances  juridiques  mais  de  certaines  simi- 
litudes d'une  autre  nature  à  l'occasion  desquelles  se  pose  un  pro- 
blème identique  ^  :  il  a  rencontré  chez  tous  les  peuples  les  mêmes 

1.  David  et  Charles  Livingstone,  Exploration  du  Zmnbèse  et  de  ses  affluents. 


/.5S 

instruments  de  culture,  de  pêche,  de  chasse,  les  mêmes  procédés  de 
tissage;  tout  ceci  ne  s'explique  à  ses  yeux  que  par  l'unité  de  race  ^, 
car  dans  sa  pensée,  les  hommes  n'auraient  pu  retrouver  en  Ecosse, 
en  Afrique,  en  Asie  les  mômes  instruments  pour  fouiller  la  terre, 
les  mêmes  artifices  pour  s'emparer  des  poissons,  les  mômes  systèmes 
pour  utiliser  divers  produits  du  règne  végétal.  Mais  ce  n'est  pas 
tout:  non-seulement,  poursuit  le  docteur  Livingstone,  ces  procédés 
n'ont  pas  été  retrouvés  plusieurs  fois  par  des  peuples  dill'érenls,  mais 
ils  n'ont  pas  même  été  trouvés  une  seule  fois  :  l'homme,  dans  sa 
faiblesse  primitive,  eût  été  incapable  de  pareilles  inventions  :  ces 
procédés  ont  donc  été  inspirés  par  la  Divinité  :  telle  est  l'étendue 
extraordinaire  que  le  voyageur  croit  devoir  donner  à  la  révélation. 
Une  méthode  de  raisonnement  analogue  le  conduirait  infailliblement 
aux  mêmes  conclusions  dans  l'ordre  des  études  juridiques,  et  nous 
verrions  ainsi  le  domaine  du  surnaturel  prendre  un  développement 
tout-à-fait  inattendu. 

Citons  un  autre  écrivain,  M.  Gibelin,  procureur  général  à  Pondi- 
chéry  :  cet  auteur  nous  fournira  un  exemple  des  systèmes  exagérés 
de  transmission  de  peuple  à  peuple.  M.  Gibelin  est  frappé  de  cer- 
taines ressemblances  du  droit  Indou  avec  le  droit  Romain,  le  droit 
Grec,  le  droit  Gallois,  le  droit  féodal  :  il  en  conclut  hardiment  que 
ces  diverses  législations  procèdent  du  droit  Indou  2.  Le  docteur 
Livingstone  a  rencontré  sur  les  bords  du  Zambèse  quelques  noirs  qui 
ressemblaient  d'une  manière  frappante  à  ses  amis  d'Angleterre  :  par 
un  procédé  analogue  à  celui  de  M.  Gibelin,  il  aurait  pu  en  conclure 
que  ses  amis  devaient  nécessairement  avoir  des  liens  particuliers  de 
parenté  avec  ces  familles  Africaines. 

De  pareils  systèmes,  si  étranges  qu'ils  soient,  se  présentent  natu- 
rellement à  l'esprit,  dès  qu'on  élimine  cette  supposition  à  laquelle 

1856-1864,  traduclioa  de  M""  H.  Loreau,  Paris,  llarheUe,  1866,  pp.  471,  47Î. 

1.  Cette  première  conclusion  est  implicite,  mais  elle  est  bien  dans  la  pensée 
de  l'auleur  et  résulte  nécessairement  de  ce  qui  suit. 

2.  Gibelin,  Études  sur  le  droit  civil  des  Hindous,  Pondichéry,  1847.  2  vol. 
in  8%  Gonf.  t.  II,  pp.  195,  208,  209,  265.  Rien  d'exclusif  d'ailleurs  dans  notre 
pensée  :  nous  adnieUons  aussi  les  transmissions  de  peuple  à  peuple  et  surtout 
les  transmissions  de  voisin  à  voisin  :  ce  point  de  vue  ne  doit  pas  être  négligé 
pour  l'histoire  des  légendes;  il  peut  servir  aussi  dans  une  certaine  mesure  à 
expliquer  la  similitude  de  certains  procédés  de  culture,  de  pèche,  de  chasse.  11 
ne  semble  jtas  que  les  instiliilions  politiques  et  le  droit  privé  aient  pu  se 
transmellro  facilement  de  la  même  manière  :  et  c'est  ici  surtout  (pie  l'liy|)olhèse 
du  développement  spontané  doit  trouver  place. 


459 

nous  tenons  beaucoup,  à  savoir  que  des  peuples  différents  ont  pu 
retrouver  isolément  les  mêmes  procédés,  les  mêmes  usages  ;  et,  par- 
courant les  mêmes  phases  de  l'existence,  traversant  les  mêmes 
difficultés,  se  créer  des  mœurs  analogues. 

Cette  conception  nous  ramène  d'ailleurs,  mais  par  une  autre  voie, 
à  la  probabilité  scientifique  de  l'unité  de  race  :  il  est  nécessaire,  en 
effet,  que  la  nature  humaine  soit  en  tous  lieux  identique  à  elle- 
même  pour  qu'elle  retrouve  ainsi  sur  toute  la  surface  du  globe  les 
mêmes  procédés,  les  mêmes  méthodes,  les  mêmes  moyens  de  déve- 
loppement. D'où  cette  conclusion,  que  des  êtres  aussi  semblables 
doivent  descendre  d'un  auteur  commun. 

Mais  nous  nous  arrêtons  au  seuil  de  ces  questions  qu'il  était  peut- 
être  nécessaire  d'indiquer  ici  :  nous  en  avons  dit  assez  pour  bien 
faire  sentir  dans  quelle  pensée  cette  étude  très-incomplète  a  été 
entreprise.  Si  nous  nous  sommes  préservé  des  erreurs  singulières 
qui  viennent  d'être  signalées,  nous  avons  pu  nous  méprendre  à 
notre  tour  et  d'une  autre  manière.  Des  travaux  de  ce  genre  sont 
rarement  parfaits,  rarement  définitifs  :  les  résultats  qu'ils  nous 
fournissent  ne  sauraient  le  plus  souvent  présenter  un  caractère 
d'absolue  certitude  ;  mais  il  est  permis  d'espérer  que,  conduites  avec 
prudence,  de  semblables  recherches  ne  seront  jamais  entièrement 
vaines.  Ne  feraient-elles  qu'éveiller  la  curiosité  du  lecteur,  elles 
auraient  déjà  leur  raison  d'être  et  leur  utilité. 


I. 

LES  SLAVES,  LES  GERMAINS. 

Celui  qui  essaye  de  déterminer  l'état  primitif  de  la  propriété 
immobilière  chez  les  anciens  doit-il  aborder  immédiatement  et 
sans  aucun  préambule  les  témoignages  et  les  traditions  histo- 
riques? Ne  pourrait-il  pas  préparer  avantageusement  son  esprit 
à  ce  genre  d'étude  en  jetant  avant  tout  un  regard  sur  ces  popu- 
lations encore  neuves  qu'on  peut  supposer  nous  offrir  une  image 
vivante  et  fidèle  de  l'état  social  par  lequel  ont  passé  nos  ancêtres? 
De  cette  façon,  le  présent  nous  aiderait  à  comprendre  le  passé  : 
nous  puiserions  dans  la  connaissance  des  faits  contemporains 
quelques  préjugés  légitimes  qui  nous  guideraient  dans  nos  re- 
cherches et  dans  nos  conjectures. 

Conformons-nous  à  cette  méthode  et  analysons  ici  la  relation 


460 

d'un  observateur  distingué,  M.  Le  Play,  qui  nous  a  décrit  minu- 
tieusement le  régime  de  la  propriété  chez  divei's  peuples  pasteurs, 
notamment  parmi  les  tribus  du  versant  Asiatique  de  l'Oural  :  les 
membres  d'un  même  groupe,  d'une  même  communauté,  réunissent 
leurs  instruments  de  travail  et  exploitent  ensemble  une  propriété 
immobilière,  un  fonds  d'industrie  ou  une  clientèle.  Chez  les 
Nomades,  le  régime  de  la  propriété  commune  est  une  conséquence 
directe  de  la^vie  pastorale  et  de  l'organisation  de  la  lamille  :  «  un 
«  groupe  de  tentes,  poursuit  le  même  écrivain,  y  a  toujours  le 
»  caractère  d'une  communauté  de  pasteurs,  aussi  bien  quand  les 
»  troupeaux  appartiennent  à  un  grand  propriétaire,  que  quand 
»  ils  sont  une  propriété  commune.  Chaque  individu  faisant  partie 
»  de  ce  groupe  est  toujours  intéressé  aux  bénéfices  de  l'exploi- 
>^  tation  :  il  a  droit,  dans  tout  état  de  choses,  à  une  part  des 
»  produits  dont  le  maœhnum  est  fixé  par  la  nature  même  de 
»  ses  besoins. 

»  Chez  les  Nomades  les  descendants  directs  d'un  même  père 
»  restent  ordinairement  groupés  en  faisceau  :  ils  vivent,  sous 
»  l'autorité  absolue  du  chef  de  famille,  dans  le  régime  de  la  com- 
»  munauté.  »  On  peut  dire  que  tout  entre  eux  est  indivis,  excepté 
les  vêtements  et  les  armes.  «  Lorsque  l'accroissement  d'une 
»  famille  ne  permet  plus  à  tous  les  membres  de  rester  réunis,  le 
»  chef  provoque  une  séparation  à  l'amiable,  et  détermine  la 
»  portion  des  propriétés  communes  qu'il  y  a  lieu  d'attribuer  à  la 
»  branche  qui  se  sépare  de  la  souche.  D'un  autre  côté,  la  com- 
»  numauté  se  maintient  souvent  après  la  mort  du  chef  de 
>■>  famille;  dans  ce  cas,  les  collatéraux,  même  ceux  qui  ne  sont 
'>  unis  que  par  des  liens  de  parenté  assez  éloignés,  restent  unis 
»  sous  la  direction  de  celui  qui  peut  exercer  avec  le  plus  d'as- 
»  cendant  l'autorité  patriarcale.  » 

«  Le  principe  de  la  communauté  s'adapte  également  à  l'orga- 

»  nisation  des  peuples  sédentaires Chez  les  demi-nomades 

»  soumis  à  la  domination  de  la  Russie la  terre  arable,  bien 

»  qu'exploitée  ordinairement  à  titre  individuel  par  chaque 
»  famille,  est,  au  fond,  possédée  dans  un  régime  d'indivision. 

»  Chez  les  Bachkirs,  le  caractère  de  la  propriété  individuelle 
»  n'est  réellement  marqué  que  pour  les  maisons  et  leurs  dépen- 
»  dances  immédiates  ^,  » 

1.  Le  Play,  Les  Ouvriers  européens,  imp.  inipér.  1855,  pp.  18,  19,  49,  50. 


46^ 

Cette  idée  primitive  de  la  copropriété  des  terres  est  vivante 
encore  non-seulement  chez  les  tribus  Cosaques,  mais  dans  toutes 
les  comnmnes  Russes  habitées  par  les  paysans  de  la  couronne  et 
les  anciens  serfe  :  les  terres  y  sont  partagées  à  de  certains 
intervalles  entre  les  tiaglos  de  la  commune  :  le  tiaglo  est  une 
sorte  d'unité  représentée  originairement  par  le  couple  conjugal. 
Ce  partage  avait  lieu  autrefois  chaque  année  :  il  ne  se  renouvelle 
aujourd'hui  que  lors  du  recensement  de  la  population.  Des  ar- 
penteurs divisent  la  totalité  du  fonds  en  plusieurs  grands  lots  de 
valeur  égale,  et  ces  lots  eux-mêmes  en  autant  de  parts  que  la 
connnune  a  d'ayants  droit,  c'est-à-dire  de  tiaglos.  Ces  parts 
sont  tirées  au  sort  :  elles  doivent  être  d'égale  valeur,  et  si  un 
tiaglo  a  reçu  moins  qu'un  autre,  on  l'indemnise  en  lui  donnant 
un  supplément  pris  sur  la  réserve  comnumale  ^ . 

Cette  communauté  des  terres  n'est  pas  particulière  aux  Russes  : 
on  la  retrouve  encore  aujourd'hui  chez  les  Arabes  ~  ;  à  la  fin  du 
xvnf  siècle,  on  en  a  constaté  l'existence  en  Océanie  parmi  les 
habitants  des  îles  Pelew  ou  Palaos  ^,  etc.,  etc. 

Mais  détournons  nos  regards  du  présent  et  interrogeons  l'his- 
toire :  un  peuple  encore  jeune,  appelé  à  renouveler  plus  tard  la 
face  du  vieux  monde  occidental,  a  été  décrit  et  observé  avec  soin 
par  deux  Romains,  César  et  Tacite.  «  Chez  les  Germains,  écrit 
»  César,  nul  n'a  de  champs  limités,  ni  de  terrain  qui  lui  appar- 
»  tienne  en  propre;  mais,  tous  les  ans,  les  magistrats  et  les 
»  premiers  du  peuple  assignent,  dans  l'endroit  choisi  par  eux  et 
»  dans  la  mesure  qui  leur  convient,  une  certaine  étendue  de  terre 
»  aux  familles  et  aux  groupes  de  même  parenté  (  gentibus  co- 
»  gnationibusque  hominum)  :  l'année  suivante,  ils  les  forcent  à 
»  aller  s'établir  ailleurs  ^.  » 

A  la  fin  du  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne,  environ  150  ans 


1.  Hesse,  L' Administration  provinciale  et  communale  en  France  et  en  Europe, 
Amiens,  1870,  pp.  777,  778.  Conf.  Ch.  du  Bouzel  dans  La  Correspondance 
littéraire,  S-^  année,  1858-1859,  pp.  297,  298. 

2.  Voyez  nolammeul  Eiig.  Robe,  les  lois  de  la  propriété  immobilière  en  Algé- 
rie, Alger,  1864,  pp.  19,  25. 

3.  Relation  des  îles  Peleiv,  situées  dans  la  partie  occidentale  de  VOcéan 
Pacifique,  composée  sur  les  journaux  et  les  communications  du  capitaine 
Henri  ^yilson,  Iraduii  de  l'anglais  de  George  Keate,  t.  II,  Paris,  1788,  p.  155. 

\.  César,  Com.  VI,  22.  Comparez  ce  que  le  même  auteur  dit  des  Suèves,  IV, 
1,3. 

34 


462 

après  ('ésar,  Tacite  confirme  le  témoignage  de  cet  auteur  ;  mais 
ce  qu'il  nous  apprend  de  la  propriété  chez  les  Germains  n'est  pas 
une  simple  répétition  des  assertions  de  César  :  il  s'exprime  d'une 
manière  un  peu  différente;  et  ces  différences  dans  le  langage  des 
deux  écrivains  sont  pour  nous  d'un  grand  intérêt.  Les  termes 
employés  par  Tacite  nous  permettent  de  supposer  que  depuis  un 
siècle  et  demi  l'appropriation  non  pas  des  terres,  en  général, 
mais  d'une  petite  partie  des  terres  était  commencée  en  Germanie  : 
le  Germain  de  Tacite  possède  sa  maison,  autour  de  laquelle  il 
laisse  ordinairement  un  espace  vide  (soit  pour  prévenir  le  danger 
des  incendies ,  soit  par  ignorance  dans  l'art  de  bâtir) .  Les  demeures 
sont  éparses  et  isolées  ^ .  Ces  traits  paraissent  indiquer  la  vie 
sédentaire  et  la  propriété  individuelle  ou,  du  moins,  la  propriété 
de  famille.  Mais  voici  qui  nous  ramène  à  la  vie  commune  : 
«  chaque  tribu  en  masse  occupe  tour  à  tour  le  terrain  qu'elle 
»  peut  cultiver  et  le  partage  proportionnellement  au  rang  et  à 
»  la  dignité.  L'étendue  des  campagnes  facilite  cette  répartition. 
»  Ils  changent  de  terre  tous  les  ans,  et  ils  n'en  manquent 
»  jamais  '.  » 

Cet  état  d'indivision  de  la  propriété  frappait  vivement  l'esprit 
des  Romains  :  mais,  peu  habitués  aux  conceptions  historiques,  ils 
considéraient  ce  fait  primitif  comme  un  fait  voulu  et  artificiel  et 
cherchaient  à  s'en  rendre  compte  par  des  raisons  philosophiques  : 
César  prête  à  cette  occasion  aux  Germains  un  esprit  politique 
singulièrement  profond.  Ces  mœurs  s'expliquent  de  plusieurs 
manières^  écrit-il.  «  On  a  voulu  éviter  que  les  Germains  perdis- 
»  sent  par  une  longue  habitude  du  même  sol  les  goûts  guerriers, 
»  que  chaque  particulier  cherchât  à  étendre  ses  limites  et  que 
»  les  plus  puissants  s'efforçassent  d'expulser  les  faibles,  qu'on 
»  bâtit  avec  trop  de  soin  pour  se  préserver  du  froid  ou  de  la 
»  chaleur.  On  a  voulu  prévenir  la  cupidité  d'où  naissent  les  fac- 
»  tions  et  les  dissensions.  On  a  voulu  enfin  par  le  sentiment  de 
»  l'égalité  maintenir  la  paix  parmi  le  peuple,  chacun  voyant  ses 
»  ressources  égales  à  celles  des  plus  puissants '^  >  De  semblables 

t.  Tacite,  Germ.  XVI. 

2.  Tacite,  Ibld.  XXVI.  J'eniprunle  ici  presque  lextiiellement  la  Iraduetion  de 
Bu  mou  f. 

3.  César,  Com.  VI,  22.  Ou  a  beaucoup  discuté  en  Allemagne  sur  le  sens  des 
passages  de  César  et  de  Tacite  que  nous  venons  de  mettre  sous  les  yeux  du 
lecteur;  maison  est  aujourd'liui   d'accord  pour  les  entendre  comme  ils  doivent 


463 

réflexions  pouvaient  satisfaire  la  curiosité  des  contemporains  de 
César  ;  elles  devaient  plaire  encore  à  la  plupart  des  beaux  esprits 
du  dernier  siècle;  mais,  de  nos  jours,  nous  concevons  les  choses 
historiquement,  et  nous  ne  prêtons  pas  volontiers  tant  de  philo- 
sophie aux  premiers  législateurs  ;  nous  ne  voyons  donc  ici  qu'un 
fait  naturel,  spontané,  qui  s'explique  par  les  habitudes  communes 
à  tous  les  peuples  primitifs,  ou,  au  moins,  à  la  plupart  d'entre 
eux  K 

En  Espagne,  les  Vaccéens  partageaient  également  leurs  terres 
chaque  année  2;  et  César  eût  été,  sans  nul  doute,  très-étonné 
d'apprendre  que  les  plus  anciennes  traditions  Romaines  elles- 
mêmes  concourent  à  nous  faire  envisager  la  propriété  non  pas 
comme  un  droit  individuel,  mais  bien  comme  un  droit  indivis 
entre  personnes  unies  par  les  liens  du  sang,  ou  même  entre  plu- 
sieurs groupes  de  familles. 

Cette  manière  d'envisager  historiquement  la  propriété  chez  les 
anciens,  chez  les  Grecs  comme  chez  les  Romains,  n'est  pas  uni- 
versellement acceptée  :  elle  s'appuie  cependant  sur  des  textes 
dont  l'autorité  nous  paraît  considérable  :  mais  avant  d'aborder 
directement  ce  sujet,  nous  ferons  connaître  en  peu  de  mots  l'opi- 
nion des  modernes. 

M.  Lehuërou,  quia  consacré  quelques  pages  excellentes  à  l'his- 
toire de  la  copropriété  Germaine,  n'a  pas  hésité  à  envisager  ce 
fait  primordial  comme  un  fait  commun  à  tous  les  peuples  pri- 
mitifs, mais  il  s'est  imaginé  à  tort  qu'il  n'était  pas  possible  de 
A'érifier,  en  ce  qui  concerne  les  Romains,  l'exactitude  de  ce 
sentiment  historique  :  la  propriété  lui  apparaît  dans  tous  les 


èlre  entendus,  c'est-à-dire  sans  faire  aucune  violence  à  la  pensée  de  ces  deux 
auteurs.  Voyez  à  ce  sujet  : 

1"  Roscher,  Iber  die  Frage  :  Hahen  unsere  deuischen  Vorfahren  zu  Tacitus 
zeit  ihre  Landwirihschaft  nach  dem  Dreifelderssijsteme  getrieben  ?  dans  5e- 
richte  uber  die  Verhundlungen  der  K.  Sxch.  Gesellschaft  der  Wissenschaften 
zu  Leipzig.  Philologisch-historische  classe,  tome  X,  1858, 

2"  Beseler,  Der  Xeiibruch  nach  dem  xlteren  deufschen  Redite  dans  Symbolae 
Bethmanno  Hollicegio  oblutae,  die  12  sept.  18C8,  Berolini,  1868,  p.  7. 

3"  Gefiroy  dans  la  Revue  des  Deux -Mondes  du  h"'  mars  1872,  pp.  162,  163  et 
suiv. 

1.  Il  faut  se  délier  des  règles  universelles  appliquées  à  l'humanité  :  de  la 
liberté  di)nl  jouit  l'iiorauie  naît  une  variété  d'usages  et  de  législation  qui  rend 
tW's-périlleuse  toute  généralisation  absolue,  n'admettant  aucune  exception. 

2.  Diodore,  V,  3i. 


monuments  Romains  déjà  individualisée,  déjà  personnelle^;  et  il 
ne  pense  pas  qu'à  l'aide  des  sources  latines,  il  soit  possible  de 
remonter  le  cours  des  âges  et  de  retrouver  les  traces  de  cette 
propriété  d'abord  commune  à  la  tribu,  puis  attachée  au  groupe 
qui  compose  la  famille.  M.  Lehuërou  est  ici  beaucoup  trop  timide  : 
au  moment  où  il  écrivait,  la  thèse  de  la  copropriété  primitive 
chez  les  Romains  était  déjà  démontrée  par  M.  Giraud  dans  son 
beau  et  très-savant  ouvrage  intitulé  :  Recherches  sur  V histoire 
du  droit  de  propriété  chez  les  Romains  (Aix,  1838).  L'opi- 
nion de  M.  Giraud  n'a  pas  été  adoptée  par  M.  Fustel  de  Cou- 
langes,  auteur  d'un  livre  extrêmement  remarquable  que  nos 
lecteurs  connaissent  sans  doute,  La  Cité  antique.  M.  Fustel 
aperçoit  chez  les  Romains  les  traces  delà  copropriété  de  famille, 
mais  n'y  trouve  aucun  symptôme  d'une  copropriété  plus 
étendue  que  nous  pouvons  appeler  la  copropriété  de  tribu  :  à 
ses  yeux,  les  sources  de  l'antiquité  Grecque  ou  Romaine  ne  nous 
offrent  «  rien  de  semblable  à  la  promiscuité  de  village  générale 
»  en  France  au  xif  siècle  ^  ;  les  populations  de  la  Grèce  et  de 
»  l'Italie,  dès  l'antiquité  la  plus  haute,  ont  toujours,  écrit-il, 
»  connu  et  pratiqué  la  propriété  privée  ^.  » 

Il  était  peut-être  difficile  à  M.  Fustel  d'apercevoir  ce  grand 
fait  historique  ;  car  il  se  représente  les  premières  familles  comme 
entièrement  isolées  les  unes  des  autres,  chacune  d'elles  ayant 
son  foyer,  son  culte  et  ses  ancêtres  :  plus  tard,  ces  famiUes  se 
rapprochent  (quelque  peu  artificiellement)  pour  former  des  tribus '^ 
Ce  système  conduisait  son  auteur  à  méconnaître  la  copropriété 
de  tribu  :  car  il  n'est  pas  naturel  de  supposer  que  les  familles  qui 
se  rapprochaient  ainsi  se  soient  dépouillées  de  leurs  domaines  et 
aient  mis  en  commun  leurs  patrimoines.  M.  Fustel  eût  été  amené 
à  une  autre  conception  de  la  propriété  chez  les  anciens  s'il  avait 
considéré  les  tribus  non  connue  une  agglomération  artificielle  de 
famiUes,  mais  connue  un  groupement  naturel  et  généalogique. 
Quant  à  nous,  le  mot  tribu,  ou  mieux  les  mots  suXr,,  yévcç,  gens, 

1.  Lehuërou,  Uist.  des  JnsL  Carol.,\.  II,  1843,  p.  -43. 

2.  La  cité  antique,  liv.  II,  ch.  VI,  1"  édilion,  p.  7'2.  Même  pensée  en  termes 
presque  identiques,  S""  édilion,  Hachette,  1870,  pp,  63,  64. 

3.  La  cité  antique,  1"=  édit.,  p.  68.  3'  édit.,  p.  63:  «  On  ne  voit  non  plus  rien 
qui  ressemble  à  ce  partage  annuel  des  champs  qui  était  usité  chez  les  Ger- 
mains. » 

4.  Ibid.,  liv.  III,  ch.  I,  1"  édition,  p.  144,  3"^  édit.,  p.  137. 


465 

natio,  ne  nous  représentent  autre  chose  qu'une  famille  développée 
qui  a  atteint  sa  plus  grande  extension. 

De  la  famille  ou  geiis  à  la  tribu  la  transition  est  graduelle  : 
peu  à  peu  le  souvenir  des  liens  du  sang  s'affaiblit  :  les  familles  se 
croisent  et  se  mêlent  :  les  groupes  perdent  insensiblement  leur 
caractère  exclusivement  généalogique,  et  ainsi  se  constitue  la 
peuplade.  Mais  les  mœurs  et  les  usages  des  familles  patriarcales 
se  perpétuent  au  sein  de  ces  premières  sociétés.  La  copropriété 
de  famille  et  la  copropriété  de  tribu  sont  donc  deux  faits  étroi- 
tement liés  l'un  à  l'autre  ;  il  paraît  difficile  d'accepter  celui-ci  et 
de  rejeter  celui-là,  comme  essaye  de  le  faire  M.  Fustel  de 
Coulanges. 

Parmi  les  Allemands,  Puchta  ^  signale  à  l'origine  de  l'histoire 
de  Pvome  les  symptômes  du  domaine  de  l'état  sur  tous  les  biens. 
Lange  -  s'élève  contre  cette  pensée  et  revendique  la  priorité 
pour  le  domaine  privé. 

Mais  nous  n'entreprendrons  pas  de  faire  connaître  l'opinion 
de  tous  les  auteurs  qui  nous  ont  précédé,  et  nous  aborderons 
nous-méme  ce  sujet  sans  plus  de  préambule. 


IL 

L'INDE,  LA  GRÈCE,  L'ITALIE. 

Si  on  compare  au  point  de  vue  qui  nous  préoccupe  en  ce  mo- 
ment ces  trois  pays,  llnde,  la  Grèce  et  Rome,  on  doit  tout 
d'abord  signaler  l'existence  de  la  communauté  de  biens  chez  les 
Indous.  Néarque,  lieutenant  d'Alexandre,  écrivain  du  iv® 
siècle  avant  Jésus-Christ,  nous  apprend  que,  dans  certaines  con- 
trées de  l'Inde,  les  terres  étaient  cultivées  en  commun  par  des 
tribus  qui,  à  la  fin  de  l'année,  se  partageaient  les  fruits  et  les 
moissons  ^.  Cette  communauté  des  terres  a  persisté  dans  l'Inde 

1.  Puchla,  Curms  der  Institut.  I,  1841,  pp.  129-134,  II,  p.  581.  De  son  côté, 
M.  Mommsen  croil  à  la  communauté  de  biens  primitive,  Ulst.  Rom.,  liv.  I,  ch. 
XI,  dans  la  traduction  d'Alexandre,  t.  I,  pp.  206,  207. 

2.  Lange,  Rœmische  Alterthumer,  185G,  t.  I,  pp.  108,  109. 

3.  Néarque,  apud  Slrabon,  lib.  XV,  cap.  I,  66,  édil.  Didot,  1863,  p.  610.  Nous 
signalerons  plus  loin  une  conséquence  juridique  bien  remarquable  de  cet  élat 
l)rimiUf  de  la  propriélc  immobilière. 


466 

jusqu'à  nos  jours  K  Les  domaines  s'individualisèrent  beaucoup 
plus  rapidement  en  Grèce  et  en  Italie  ;  cependant  il  n'est  pas 
impossible  de  retrouver  dans  la  littérature  llomaine  le  souvenir 
traditionnel  do  l'antique  communauté  de  biens  et  de  signaler  dans 
les  deux  pays  quelques  traces  persistantes  de  cette  vie  patriar- 
cale primitive  dont  Platon,  au  iv°  siècle  avant  Jésus-Christ, 
apercevait  encore  çà  et  là  les  derniers  débris  ~. 

Rappelons  tout  d'abord  ce  qu'il  y  a  d'universel  dans  les  sou- 
venirs populaires  de  l'antiquité,  et  citons,  à  cet  effet,  quelques 
passages  des  classiques.  Après  quoi,  nous  aborderons  certaines 
traditions  locales,  et  nous  essayerons  d'interpréter  certains  usages 
dont  le  sens  historique  pourra  nous  être  d'un  grand  secours. 

«  Avant  Jupiter,  lisons-nous  dans  les  Géorgiques,  aucun 
»  laboureur  n'avait  encore  dompté  les  champs  ;  il  n'était  pas 
»  permis  d'en  marquer  les  hmites,  d'en  régler  le  partage  :  tout 
»  était  commun.  ^  » 

Au  temps  du  roi  Saturne ,  écrit  l'abréviateur  de  Trogue 
Pompée,  il  n'y  avait  ni  esclavage,  ni  propriété  privée  :  les  biens 
étaient  communs  et  indivis,  et  tous  les  hommes  avaient,  pour 
ainsi  dire,  un  même  patrimoine  ■*.  C'était  l'âge  d'or  si  cher  à  la 
poésie,  l'âge  du  bonheur  facile  et  de  la  concorde  universelle. 

Quam  bene  SaUirno  vivebant  rege  priusquam 

Tellus  in  lougas  est  patefacla  vias! 
Nondum  caeruleas  pinus  conlemseral   iindas, 

Effusum   venlis  praebueratque  sinum; 


Non  domus  ulla  fores  habuil;  non  iixus  in  agris, 
Qui  regerel  ceilis  linibus  arva,  lapis". 

Voilà  évidemment  la  tradition  populaire  d'une  époque  primi- 
tive antérieure  à  la  constitution  de  la  propriété  privée  r  la  poésie 
recueillit  ce  souvenir  et  l'embellit  de  ses  plus  gracieuses  fictions  : 


1.  Moiinlstuaii  Elphinslone,    The  Imlonj  o/  India,  vol.  1,  London,  ISil,  p. 
4G1.  Conf.  lifth  édition.  London,  1866,  pp.  71,  72,  263. 

2.  Platon,  les  Lois,  liv.  III,  dans  la  traduction  d'Am.  Saisset,  t.  I,  Paris,  1863, 
p.  160. 

3.  Virgile,  les  Géorgiques,  liv.  I,  125,  126,  127. 

4.  Justin,  liv.  43,  ch.  l. 

5.  Tibulle,  liv.  I,  élég.  III,  vers  35  et  suiv.  Conf.    Ovide,   Mclam.  1,  135. 

Communenique  ])rius,  ceu  hnnina  Soiis  et  auras. 
Caulus  liumuin  luni;o  signavil  limite  niensor. 


467 

elle  se  plut  à  célébrer  cet  âge  d'or,  cet  âge  heureux,  ce  règne  de 
la  justice,  que  les  anciens  plaçaient  dans  un  passé  lointain,  tandis 
.que,  de  nos  jours,  des  imaginations  généreuses,  mais  exaltées, 
attendent  de  l'avenir  la  réalisation  de  ces  rêves  de  bonheur  public 
et  de  perfection  sociale. 

Les  plus  grands  progrès,  les  nouveautés  les  plus  fécondes 
apportent  toujours  avec  elles  un  mal  nouveau  ou  aggravent  quel- 
que souffrance  ancienne  :  la  propriété  immobilière,  lors  de  sa 
première  apparition,  dut  produire  elle-même  ce  résultat  :  elle 
ouvrait  la  voie  à  toutes  les  améliorations  ;  elle  était  destinée  à 
renouveler  peu  à  peu  la  face  du  monde  ;  mais  elle  devait  aussi 
séparer  plus  nettement  qu'autrefois  les  pauvres  des  riches,  elle 
devait  favoriser  les  passions  mauvaises,  tantôt  en  facilitant  l'oisi- 
veté, tantôt  en  stimulant  la  cupidité.  Telle  est  la  part  de  douleur 
qu'elle  apportait  aux  hommes  ;  c'en  était  assez  pour  que,  jetant 
un  regard  en  arrière,  on  évoquât  avec  un  sentiment  de  regret 
l'âge  d'or  du  roi  Saturne,  car  le  mal  présent  est  toujours  le  plus 
sensible. 

Dans  la  pensée  du  grand  nombre  il  ne  restait  de  ces  mœurs 
primitives  qu'un  s(juvenir  lointain  :  aucun  débris  n'avait  surnagé. 
Qui  donc,  en  effet,  eût  soupçonné  que  le  roi  Saturne  régnât 
encore  sur  un  coin  de  terre  tout  voisin  des  côtes  de  l'Italie?  En 
d'autres  termes,  combien  de  Romains  connaissaient  l'histoire  des 
iles  Lipari  et  savaient  que  la  communauté  des  terres  y  avait  per- 
sisté jusqu'à  une  époque  tout-à-fait  historique  ? 

C'est  là  un  fait  très-important  et  peu  connu  :  il  a  été  recueilli 
par  Diodore  de  Sicile  :  cet  auteur  nous  raconte  que  des  Cnidiens 
et  des  Rhodiens  colonisèrent  les  îles  Lipari  an  nord  de  la  Sicile. 
«  Comme  ils  avaient  beaucoup  à  souffrir  des  pirates  Tyrrhé- 
»  niens,  ils  armèrent  des  barques  pour  se  défendre  contre  ces 
»  incursions,  et  se  divisèrent  en  deux  classes  séparées;  l'une  fut 
»  chargée  de  cultiver  les  terres  des  îles  qu'on  déclara  propriété 
»  commune  ;  à  l'autre  on  confia  le  soin  de  la  défense.  Ayant  de 
»  cette  manière  mis  en  seul  bloc  toutes  leurs  propriétés,  et  man- 
»  géant  ensemble  à  des  repas  publics,  les  habitants  des  îles  vécu- 
»  rent  en  commun  pendant  plusieurs  années  ;  mais^  par  la  suite, 
»  ils  se  partagèrent  les  terres  de  Lipari,  où  se  trouvait  leur  ville  ; 
>•>  quant  aux  autres  îles,  elles  continuèrent  d'être  cultivées  en 
»  commun.  Enfin  ils  en  vinrent  à  se  partager  ainsi  toutes  les 
»  îles  pour  vingt  années  :  à  l'expiration  de  ce  terme,  on  les  tire 


/.68 

»  de  nouveau  au  sort.  *  »  Ainsi,  à  l'époque  où  écrivait  Diodore 
de  Sicile,  ~  c'est-à-dire  sous  le  premier  empereur  Romain,  la 
propriété  privée  immobilière  n'était  point  encore  complètement 
C()nt>tituée  parmi  les  Grecs  des  petites  îles  Lipari  :  ils  pratiquaient 
aux  portes  de  Rome  ces  partages  périodiques  observés  en  Ger- 
manie par  César  et  Tacite.  Peut-être  dans  la  mère  patrie  leurs 
ancêtres  avaient-ils  connu  jadis  l'approjniation  complète  de  la 
terre,  car  les  domaines  privés  étaient  déjà  constitués  dans  la 
plus  grande  partie  delà  Grèce  au  temps  d'Homère''  et  d'Hésiode  ^  ; 
peut-être  aussi  ces  tribus  voyageuses  qui  des  Cyclades  s'étaient 
transportées  dans  la  Carie,  qui,  })eu  après,  quittaient  Cnide  et 
s'unissaient  à  quelques  Rhodiens  pour  faire  voile  vers  la  Sicile, 
peut  être  ces  tribus,  s'étant  fixées  plus  tardivement  que  les  autres, 
avaient-elles  gardé  plus  longtemps  aussi  les  mœurs  et  les  usages 
qui  conviennent  aux  nomades. 

Ne  pourrait-on  pas  en  dire  autant  de  quelques-uns  des  pre- 
miers colons  de  la  Grande  Grèce?  C'est  une  pure  conjecture  que 
nous  exposerons  ici,  mais  il  ne  faut  pas  toujours  négliger  les 
conjectures  :  nous  nous  transporterons  donc  un  moment  dans  la 
Grande  Grèce  et  nous  consulterons  les  biographies  de  Py  thagore 
que  l'antiquité  nous  a  transmises.  On  sait  que  Pythagore  réunit 
des  disciples  qui  pratiquaient  le  système  de  la  communauté  de  biens: 
ce  n'est  pas  sur  ces  agrégations  d'un  petit  nombre  de  personnes 
que  nous  appelons  l'attention  :  il  est  assurément  permis  d'accepter 
ici  le  témoignage  des  biographes  qui  considèrent  cette  institution 
comme  l'œuvre  du  philosophe  et  qui  ne  la  rattachent  en  aucune 
façon  aux  origines  historiques  de  la  Grande-Grèce  ;  mais  voici  un 
fait  attribué  aussi  à  Pythagore,  fait  plus  général,  plus  important 
et  plus  difficile  à  ex])liquer  :  à  la  voix  de  cet  éloquent  personnage, 
écrit  un  auteur,  plus  de  2,000  individus  adoptèrent  le  régime  de  la 

1.  Diodore,  Bibl.hislor.,  liv.  V,  9,  édit.  Muller,  vol.  1,  Parisiis,  184-2,  p. 259. 

2.  Pour  parler  ainsi  je  m'appuie  sur  cette  phrase  de  Diodore  : 

Tô  ôè  TEXe'JTatov  rdtaa;  xà?  vri<TOu;  si;  EÎxoatv  ËTr,  oiî>,6[J.£vot,  7tâ),iv  y.),-/;po'j/o'JTtv, 
otav  6  xpo'^o?  ouTo;  ôi£),Oy). 

Si  on  faisait  de  ce  présent  xV/ipouyoùiriv  un  présent  historique,  on  ne  pourrait 
plus  soutenir  que  les  partages  périodiques  existassent  encore  au  temps  de 
Diodore;  mais  il  n'en  serait  pas  moins  vrai  de  dire  qu'ils  avaient  persisté  dans 
les  îles  Lipari  jusqu'à  une  époque  relativement  récente:  c'est  1;\  pour  nous  le 
]ioint  important. 

.3.  Voyez  notamment  Odyssée,  XIV,  v.  202-215. 

i.  Hésiode,  Opéra  cl  Dies,  vers  313,  311,  3'il,  385- ilO. 


469 


communauté  et  organisèrent  clans  la  Grande-Grèce  un  état  politi- 
que. Il  y  a  plus:  en  s' attachant  aux  expressions  de  notre  historien,  on 
pourrait  supposer  qu'il  s'agit  de  l'origine  même  de  plusieurs  villes 
de  la  Grande-Grèce  ^  Ainsi,  d'après  ce  texte,  postérieurement  à  la 
fondation  de  Rome,  une  ville  ou  même  quelques  villes  du  Sud  de 
l'Italie  auraient  été  fondées  et  assises  sur  le  régime  de  l'indivision. 
Voilà  un  fait  social  d'une  grande  importance,   attribué  à  une 
époque  assez  peu  reculée  et  qui  aurait  laissé  de  bien  faibles  traces 
dans  l'histoire.  N'est-il  point  permis  de  se  demander  si  une  an- 
cienne tradition,  concernant  l'origine  de  certaines  villes  de  la 
Grande-Grèce,  ne  serait  pas  venue  ici  se  fondre  dans  les  récits 
postérieurs  et  à  demi-légendaires  de  la  vie  de  Pythagore  ?  Sous 
le  nom,  sous  le  couvert  de  Pythagore,  une  tradition  historique 
très-précieuse  serait  ainsi  parvenue  jusqu'à  nous  :  ce  qui  confir- 
merait notre  pensée,  c'est  que  ce  passage  de  Nicomaque  recueilli 
par  Porphyre  est  tout-à-fait  isolé  dans  les  biographies  de  Pytha- 
gore :  partout  ailleurs  il  n'est  question  que  des  disciples  du  phi- 
losophe, c'est-à-dire    de    corps  assez  peu  nombreux  comptant 
tout  au  plus  600  personnes.  Nous  trouvons  dans  une  source  très- 
différente  un  trait  qui  doit  être  rapproché  de  ce  qui  précède  :  il 
s'agit  des  habitants  de  Tarente  :  les  citoyens  de  cet  état  parais- 
sent avoir  conservé  jusqu'au  temps  d'Aristote  quelque  chose  de 
l'antique  communauté  des  terres  :  «  à  Tarente,  on  accorde  aux 
»  pauvres  l'usage  commun  des  propriétés,  et  ainsi  on  s'assure  le 
»  dévouement  de  la  foule,  »  lisons-nous  dans  la  Politique 2.  Ainsi 
la  ville  de  Tarente  pratiquait  au  bénéfice  des  indigents  une  cou- 
tume qui  rappelle  le  partage  périodique  des  terres  des  îles  Lipari  : 
cet  usage  s'explique  beaucoup  mieux  par  l'histoire  que  par  la 
philanthropie  ;  et  nous  avons  là  très-probablement  sous  les  yeux 
un  débris  d'une  haute  antiquité. 

Mais  ne  pourrait-on  pas  signaler  d'autres  vestiges  historiques 
qui,  à  défaut  de  la  tradition  populaire  de  l'âge  d'or  et  de  la  com- 
munauté des  biens  sous  le  roi  Saturne,  à  défaut  du  témoignage 
précis  de  Diodore  concernant  les  îles  Lipari,  nous  permettraient 
de  remonter  par  la  pensée  jusqu'à  l'époque  de  l'indivision  primi- 


1.  Porphyri  Pijthagorae  vif  a,  à  la  suite  de  Diogène  Laerce,  édit.  Didot, 
Parisiis,  1850,  p.  91.  Conf.  Janiblif[ue  qui  répète  mot  à  mot  ce  qu'avait  dit 
Porphyre,  ibid.,  p.  21. 

•?.  Aristotc,  Politique,  liv.  VK  eh.  3  (5),  édit.  Didot,  1.  I,  p.  59G. 


470 

tive?  Nous  voulons  parler  des  repas  communs,  des  sussitia  si 
souvent  mentionnés  par  les  écrivains  de  l'antiquité. 

Si  on  consomme  en  commun  les  fruits  de  la  terre,  c'est  qu'ori- 
ginairement la  terre  n'est  pas  considérée  comme  le  domaine  de 
l'individu,  mais  comme  la  nourricière  de  tous  les  hommes,  «  Ils 
»  mirent  en  un  seul  bloc  toutes  leurs  propriétés  et  mangèrent 
»  ensemble  à  des  repas  publics,  »  écrit  Diodore  de  Sicile  à  pro- 
pos des  habitants  des  petites  îles  Lipari.  A  mon  sens,  ces  lignes 
précieuses  nous  révèlent  l'origine  des  repas  publics.  Cet  usage 
dérive  de  la  communauté  des  terres  :  il  s'y  rattache  aussi  étroi- 
tement que  l'effet  à  la  cause,  et  même  il  nous  permet  de  remonter 
plus  loin  encore  par  delà  l'établissement  des  premières  commu- 
nautés sédentaires  jusqu'à  la  vie  errante  des  familles  patriarcales. 
L'habitude  des  repas  publics  était  ré])andue  en  Italie  et  en  Grèce  : 
au  dire  d'Aristote,  les  Œnotriens,  à  partir  du  jour  où  ils  aban- 
donnèrent la  vie  nomade  pour  cultiver  l'agriculture,  reçurent  de 
leur  roi  Italus  l'institution  des  repas  communs  :  le  philosophe 
eût  été  plus  exact  en  nous  disant  que  les  Œnotriens ,  devenus 
sédentaires,  conservèrent,  et  non  pas  adoptèrent,  cette  institution 
des  repas  communs  ;  car  c'est  là,  suivant  toute  probabilité,  un 
débris  de  la  vie  nomade  :  les  Opiques,  habitants  des  rivages  de 
la  Tyrrhénie,  mangeaient  aussi  en  commun,  et,  au  temps  d'Aris- 
tote (c'est-à-dire  environ  400  ans  après  la  fondation  de  Rome) , 
les  Choniens,  sur  les  côtes  de  l'Iapygie,  les  liabitants  de  quelques 
cantons  du  Brutium  et  de  la  Lucanie,  étaient  restés  fidèles  à  cette 
antique  tradition  ' .  Enfin  personne  n'ignore  que  cet  usage  se 
conserva  pendant  longtemps  dans  l'île  de  Crète  '\ 

Chez  les  Spartiates  les  antiques  repas  publics  ont  laissé  une 
double  trace,  l'une  dans  les  lois  et  l'autre  dans  les  mœurs. 
D'une  part,  le  législateur  s'empara  de  ce  vieil  usage;  il  le 
consacra  et  le  perpétua  par  des  prescriptions  formelles  qui  obli- 
geaient tous  les  citoyens,  les  rois  eux-mêmes,  à  s'asseoir  à  la 
table  commune  ^  :  d'autre  part,  le  peuple  garda  un  souvenir  reli- 
gieux de  ces  habitudes  primitives,  et,  à  côté  des  Sussitia,  sortes 

1.  Aristote,  Politique,  liv.  VII,  cb.   9  (liv.  IV  dans  la  traduction  de  M.  Bar- 
thélémy-Sainl-Ililaire). 

2.  Voyez  nolarnnient  Athénùe,    Banquet    des    Savants,    éd.   Dindorf,  vol.  I, 
Lipsise,  1827,  pp.  311,  323,  chap.  IV,  g  22. 

3.  Conf.  ïhirlwall,  Uist.  de  la  Grèce  ancienne,  Irad.  d'Ad.  Joannc,  t.  1,  Paris, 
1847,  p.  238. 


47^ 

de  repas  légaux,  il  eut  d'autres  réunions  toutes  spontanées  qui 
conservèrent  plus  purement  la  vieille  tradition.  Ce  repas  popu- 
laire des  Spartiates,  beaucoup  moins  connu  ^  que  leur  table  offi- 
cielle, s'appelait  Cojyis.  Athénée  nous  en  a  laissé  la  descrip- 
tion d'après  Polémon,  écrivain  du  deuxième  siècle  avant  notre 
ère  : 

«  Lorsque  les  Spartiates  célèbrent  le  -/.cttî?,  ils  commencent  par 
»  dresser  des  tentes  auprès  de  certain  temple  ;  ils  y  élèvent  des 
»  lits  d'Iierbages,  sur  lesquels  ils  étendent  des  tapis,  et  y  font  le 
»  repas  tout  couchés,  traitant  non-seulement  ceux  qui  sont  de 
»  notre  contrée,  mais  même  des  étrangers  qui  s'y  trouvent  en 
»  voyage  :  ils  sacrifient  dans  ces  copis  des  chèvres,  et  non 
»  d'autre  animal.  Ils  donnent  à  tout  le  monde  une  portion  des 
»  viandes,  et  ce  que  l'on  appelle  phijsicille,  c'est-à-dire  un 
»  petit  pain  assez  semblable  à  un  encride,  mais  d'une  forme 
»  plus  sphérique.  On  présente,  en  outre,  à  chacun  de  ceux  qui 
»  se  sont  réunis,  un  fromage  frais,  une  tranche  du  bas- 
,>  ventre  et  du  gros  intestin  de  la  victime ,  du  dessert  comme 
»  des  figues  sèches,  des  fèves,  des  haricots  nouveaux.  Chaque 
»  Spartiate  peut  donner  un  copis  à  sa  volonté,  mais  dans  la  ville 
»  on  ne  les  donne  qu'à  la  fête  appelée  Tithènidia,  célébrée  pour 
»  la  conservation  des  enfants.  C'est  alors  que  les  nourrices  amè- 
»  nent  les  enfants  mâles  à  la  campagne  pour  les  présenter  au 
»  temple  de  Diane  Coruthallis,  situé  près  du  fleuve  ^  Tiassa,  du 
»  côté  de  la  grâce  Cléta.  Elles  y  célèbrent  des  copis  tels  que 
»  ceux  que  je  viens  de  décrh-e.  On  y  sacrifie  des  cochons  de  lait 
»  et  on  sert  au  repas  des  pains  ipnêtes  ou  cuits  au  four.  ^  » 

Tout  ici  est  primitif;  et  voilà  le  repas  commun  dans  son  antique 
simplicité. 

En  d'autres  contrées  encore,  cette  tradition  reste  longtemps 
reconnaissable  bien  qu'ahérée.  A  Athènes,  par  exemple,  et  dans 
dans  plusieurs  villes  Grecques,  les  magistrats  et  ceux  qui  se  sont 

1.  Je  ne  Irouve  aucune  allusion  au  copis  dans  l'intéressant  travail  de  M.  Alb. 
Bielschowsky,  De  Sparianorum  syssiilis,  Vralislaviae,  1869. 

2.  Peut-être  source.  Voyez  Pape,  Wœrterbuch  der  griechischen  Eigennamen, 
1863-1870,  p.  1520. 

3.  Athénée,  édit.  Dindorf,  vol.  I,  Lipsiae,  1827,  pp.  314,  315,  liv.  IV,  §  16. 
J'emprunte  ici  presque  textuellement  la  traduction  de  Lefebvre  de  Villebrune, 
I.  11,  Paris,  1789,  pp.  35,  36.  Je  laisse  le  genre  masculin  que  ce  traducteur  a 
donné  au  mol  copia. 


472 

distingués  par  des  services  exceptionnels  prennent  leurs  repas 
dans  la  maison  commune  ouPrytanée  ^  :  quand  un  jeune  homme 
est  nouvellement  admis  dans  la  phratrie,  tous  les  memhres  par- 
tagent avec  lui  les  viandes  sacrées  -.  A  Rome,  enfin,  chaque 
curie  a  une  salle  de  festin,  et  toutes  les  curies  ont  une  salle  com- 
mune, à  peu  près  comme  les  prytanées  des  Grecs,  écrit  Denys 
d'Haliearnasse  '^  N'est-il  pas  naturel  de  rattacher  tous  ces  sou- 
venirs à  l'ijahitude  primitive  des  repas  communs?  Aristote,  frappé 
de  la  haute  antiquité  de  cet  usage  en  Italie,  suppose  qu'il  est  né 
dans  ce  dernier  pays,  d'où  il  sei-ait  passé  en  Grèce'*.  Denys  d'Ha- 
licarnasse,  au  contraire,  après  avoir  mentionné  les  repas  puhlics 
des  curies  Romaines,  songe  aux  Lacédémoniens,  et  suppoâe  que 
Romulus  a  fait  ici  un  emprunt  à  la  législation  de  Lycurgue  •''. 
Mais  non  :  Romulus  n'a  rien  emprunté  à  Lycurgue  comme  le 
voudrait  Denys,  et  la  Grèce  n'a  pas  davantage  copié  l'Italie, 
comme  le  voudrait  Aristote  :  en  Grèce  et  en  Italie,  l'usage  des 
repas  communs  s'est  établi  tout  naturellement,  ou  plutôt  s'est 
conservé  :  dans  les  deux  pays,  il  est  demeuré  comme  un  témoin 
attardé  de  l'ancienne  vie  nomade  '^  et  de  la  communauté  pri- 
mitive des  terres  :  dans  les  deux  pays,  la  religion  et  les  mœurs 
en  ont  conservé  le  souvenir. 

Après  avoir  passé  en  revue  les  témoignages  historiques  qui 
nous  rappellent  un  état  primitif  antérieur  à  la  constitution  de  la 
propriété  individuelle  des  immeubles,  nous  arrivons  à  une  tradi- 
tion populaire  qui  paraît  tout  d'abord  marquer  le  point  précis  où 
finit  l'indivision  et  où  commence  l'appropriation  de  la  terre  :  nous 
voulons  parler  d'une  tradition  assez  répandue  ^  qui  nous  repré- 


t.  Alhénée,  Ed.  Dindorf,  vol.  I,  Lipsiae,  p.  40'2.  liv.  V,  g  2.  Conf,  le  Thesau- 
nis  d'Henri  Esticnne,  édit.  Didol,  t.  VI,  col.  2122. 

2.  Déinoslh.  Oralio  adversus  Macartatum,  Parislis,  Didol,  1845,  p.  565. 

3.  Denys  d'JIalicarnasse,  Antiq.  Romaines,  liv.  II,  th.  23,  édil.  Kiessling, 
Lipsiœ,  Teubner,  1870,  pp.  141,  142. 

4.  Aristole,  Politique,  liv.  VII,  ch.  9. 

5.  Denys,  loco  citato. 

6.  Je  suis  surpris  qu'on  ne  trouve  pas  un  chapitre  consacré  aux  repas 
communs  dans  l'ouvrage  de  Dorn  Seiffen,  Vestigia  vitae  Aomadicae,  tam  in 
inoribus  quani  legihus  Romanorum  conspicua,  Utrecht,  1819. 

7.  Celle  tradition  est  fréquenle,  non  pas  universelle  :  ceci  s'explique  de 
plusieurs  manières.  En  beaucoup  de  lieux,  le  souvenir  du  partage  ]>rimilif  a  pu 
s'efl'acer;  ailleurs,  l'appropriation  des  terres  a  pu  cire  graduelle  cl  ne  laisser 
dans  les  Iraditions  populaires  aucune  trace  sensible.  Enfin  il  est  probable  que 


473 

sente  les  habitants  d'un  pays  se  partageant  entre  eux  les  domaines. 
Celui  qui  examine  la  valeur  de  cet  antique  souvenir  est  conduit 
tout  d'abord  aux  réflexions  suivantes  :  on  partage,  dira-t-il,  ce 
qui  est  possédé  en  commun.  Lors  donc  que  nous  rencontrons 
dans  les  traditions  d'un  pays  le  souvenir  du  partage,  nous  voyons 
du  même  coup  naître  sous  nos  yeux  l'idée  même  de  la  propriété  ; 
nous  voyons  se  clore  l'ère  de  l'indivision  et  commencer  l'ère  de 
la  propriété  privée. 

Il  y  a  là  une  grande  apparence  de  vérité  ;  toutefois  cette  con- 
clusion n'est  pas  aussi  sûre  et  aussi  certaine  qu'on  pourrait  le 
croire.  Des  colons  Grecs  se  rendent  dans  les  C}-clades;  des  bar- 
bares mêlés  à  des  Grecs  dans  la  Sardaigne  :  à  peine  arrivés,  le 
premier  soin  des  émigrants  est  de  se  partager  les  terres.  Cette 
tradition  est  précieuse  et  tout-à-fait  digne  d'intérêt,  car  il  en 
résulte  que,  dans  ces  pays,  la  propriété  immobilière  a  eu  pour 
point  de  départ  une  distribution  des  terres  entre  les  habitants  et 
que,  lors  de  leur  installation,  les  nouveaux  venus  ont  tout  d'abord 
considéré  le  territoire  comme  un  bien  commun  qu'ils  se  sont  em- 
pressés de  partager  entre  eux;  mais,  de  ce  qu'ils  ont  immédia- 
tement conçu  la  pensée  de  diviser  ainsi  ce  bien  commun,  ne 
pouvons-nous  pas  conclure  avec  vraisemblance  que,  précédem- 
ment, ils  avaient  déjà  la  notion  de  la  propriété  privée  de  la  terre  ? 
Une  tradition  de  partage  ainsi  réunie  au  souvenir  de  l'entrée  d'un 
petit  peuple  dans  tel  ou  tel  pays,  ne  nous  indiquerait  donc  pas 
l'origine  de  l'idée  de  la  propriété  immobilière  chez  ce  peuple, 
mais  seulement  l'origine  des  propriétés  foncières,  des  divisions 
de  la  terre  dans  la  contrée  dont  il  s'est  emparé.  Il  est  vrai  que 
ces  deux  événements,  envahissement  du  pays,  partage  des  terres, 
ont  pu,  en  bien  des  cas,  n'être  point  en  réalité  simultanés  :  on 
supposera  volontiers  que  la  tradition  est  venue  après  coup  rap- 
procher et  confondre  ces  deux  faits  originairement  distincts. 
Celui  qui  adopterait  ce  sentiment  serait  par  là  conduit  à  aper- 
cevoir dans  la  tradition  du  partage  l'origine  même  de  l'idée  de 
propriété  immobilière  :  celui  qui  le  rejettera  ne  verra  dans  cette 
tradition  autre  chose  que  le  point  de  départ  et  l'origine  des  pre- 
mières propriétés  foncières  dans  tel  ou  tel  pays. 

Quant  à  nous,  en  ce  qui  touche  certaines  traditions  grecques, 

bien  des  traditions  de  partage  n'ont  pas  été  recueillies  par  les  historiens  dont 
l'œuvre  nous  est  parvenue. 


474 

nous  inclinerions  vers  la  seconde  solution  plus  prudente  et  plus 
réservée;  tandis  que  nous  attribuerions  volontiers  aux  traditions 
Romaines  une  signification  plus  absolue.  Mais  laissons  ces 
discussions  et  passons  aux  iaits. 

La  tradition  du  partage  est  fréquente  chez  les  Grecs  :  nous  la 
rencontrons  parmi  les  liabitants  des  Cvclades  ',  de  Ténédos,  de 
Lesbos  et  des  îles  voisines  -  :  elle  existe  aussi  en  Sardaigne  ■'  : 
on  la  retrouve  dans  le  Péloponèse  envahi  par  les  Doriens  '^. 


1.  Diodore,  V,  8i. 

2.  Diodore,  V,  81,  83. 

3.  Diodore,  V,  15. 

4.  Des  discussions  délicates  se  sont  élevées  jui  sujet  du  partage  des  terres 
chez  les  Doriens*:  il  me  semljle  (fu'on  peut  assez  sûrement  faire  ici  la  part  de 
l'histoire  et  celle  de  la  légende. 

Il  y  eut  un  partage  à  jieu  près  égal  des  terres  (taoT-zita  Tivà)  à  l'origine  de 
l'invasion  Dorienne  :  voilà  l'histoire  :  nous  avons  pour  témoin  de  ce  fait,  Platon, 
dans  le  traité  des  Lois-. 

Mais  on  a  altrihué  à  Lycurgue  cette  répartition  des  terres:  voilà  la  légende. 
Lycurgue,  personnage  à  demi-légendaire,  aurait  ainsi,  dans  notre  sentiment, 
absorbé  un  fait  antérieur.  Cette  supposition  est  corroborée  par  l'existence  d'une 
tradition,  d'ailleurs  erronée,  qui  fait  de  Lycurgue  un  contemporain  des  Héra- 
didcs',  et  par  une  conjecture  critique  de  Timée  qui  se  crut  obligé  de  supposer 
l'existence  de  deux  Lycurgue*. 

Cette  manière  de  voir  résout  bien  des  difficultés  :  d'abord  elle  accorde  au  texte 
de  Platon  tout  le  respect  qui  lui  est  dû  :  en  second  lieu,  elle  tient  compte  des 
objections  très-graves  qui  ont  été  faites  au  ])artage  par  Lycurgue  dont  ne 
parlent  ni  Hérodote,  ni  Thucydide,  ni  Xénophon^.  On  explique  ainsi  comment 
cette  opinion  fausse  a  pu  se  produire,  mais  sans  rejeter  le  texte  de  Platon  qui 
est  formel  et  qui  a  été  traité,  ce  semble,  beaucoup  trop  légèrement.  D'après 
M.  Duncker,  Platon,  si  on  prend  à  la  lettre  ce  qu'il  a  écrit,  se  contenterait  de 
faire  observer  que  les  Doriens  pouvaient  facilement  procéder  à  un  partage  des 
terres:  mais  il  ne  dirait  pas  que  ce  partage  ait  eu  lieu  efl'ectivement;  consul- 
tons le  texte  même  de  Platon,  et  nous  nous  apercevrons  bien  vile  que  l'interpré- 
tation de  M.  Duncker  est  inacceptable:  le  philosophe  commence  par  avertir  ses 
lecteurs  qu'il  va  raisonner  sur  des  faits  réels  et  certains,  et  non  sur  de  vaines 
conjectures:  après  ce  préambule,  il  arrive  aux  Doriens,  s'occupe  du  partage 
des  terres  qui  se  fit  entre  eux,  et  cela  en  des  termes  qui,  isolés  de  ce  qui  précède 
et  de  ce  qui  suit,  ont  pu  à  la  rigueur  donner  le  change  à  M.  Duncker.  Après 

1.  Conf.  Thirwall,  Hist.  de  la  Grèce  ancienne,  trad,  d'Ad.  Joanne,  Paris,  t.  I,  1847,  p. 
210  et  suiv.  Grote,  Hist.  oj  Greece,  Loiidon.  1840,  t.  Il,  p.  524  et  suiv.  Duncker,  GeschichU 
des  Allcrthmns,  Berlin,  1800,  t.  III,  p.  362  et  suiv. 

2.  De  legg.,  p.  084  (pagination  d'Henr.  Etienne). 

3.  Xénophon,  iîc;j.  Lac.  X,  8  ,  apud  Thirlwall,   ibid.,  pp.  208,  209. 

4.  Tixnatï  J rarim.  dans  Millier,    h'rarim.  hist.  Gi-tec,  t.  1,   1841,  p.  202,  frag.  4*. 
6.  Grote,  ibid.,  traduction  par  A.  de  Sadous,  Paris,  1865,  t.  III,  p.  323. 


475 

Aristote  cite  plusieurs  pays,  Locres^  dans  la  Grande-Grèce, 
Thèbes  2,  Leucade  ^,  dans  lesquels  le  nombre  primitif  des  pro- 
priétés devait  être  soigneusement  maintenu.  Cette  pensée  ne  peut 
guère  s'expliquer  que  par  un  partage  primitif  :  interprétation 
d'autant  plus  vraisemblable  qu'elle  se  vérifie  avec  certitude  pour 
une  ville  que  nous  n'avons  pas  encore  citée,  Thurium  ;  ici,  nous 
avons  deux  témoignages  distincts  :  celui  d' Aristote-^,  qui  men- 
tionne l'envahissement  des  terres  par  un  petit  nombre  de  patri- 
ciens, malgré  la  loi  qui  s'opposait  à  ces  acquisitions,  et  celui  de 
Diodore  qui  relate  la  tradition  primitive  du  partage  ^.  C'est  par 
cette  tradition  primitive  que  doit  évidemment  s'expliquer  la  légis- 


qiioi  il  ajoute  :  «  à  l'égard  des  Doriens,  les  choses  se  passèrent  paisiblement  et 
»  sans  obstacles  par  rapport  à  la  division  des  terres.  Toïç  oè  Sr;  AwpuùTi  xai 
»  T0ù6'  ovTO);  "JTT/ipXï  y.a),w;  y.ai  àv£[J.£ar(Tw;,  y'Ôv  "f-  àvaiJ.9t<j6ï;T7ÎTw;  S'.av£[j.cC!8ai.  » 
Ce  témoignage  nous  parait  établir  d'uns  façon  indiscutable  le  fait  d'un  partage 
primitif  chez  les  Doriens  :  tradition  qu'on  a  plus  tard  rattachée  à  Lycurgue. 

M.  Grote  reconnaît  ce  partage  primitif  dans  le  texte  traduit  par  M.  de  Sadous 
(t.  III,  18G5,  p.  323). 

1.  Je  parle  des  Locriens  :  cependant  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  dans  sa 
traduction  de  la  Politique,  n'attribue  pas  à  ce  peuple  celte  phrase  dAristote  :  è-t 
ôà  Toy;  7ta),aioù;  x),Yipoy;  ôtaTw!;^^  ;  ce  passage,  d'après  lui,  s'appliquerait  à  des 
Grecs  non  désignés  par  Aristote.  Quelle  que  soit  l'explication  qu'on  adopte,  le 
passage  a  pour  nous  la  même  valeur.  (Conf.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  traduc- 
tion de  la  Politique  d'Aristole,  1848,  p.  79). 

2.  Politique,  II,  9. 

3.  Politique,  II,  4.  Telles  que  nous  les  présente  Aristote,  ces  lois  grecques  sur 
la  conservation  des  lois  primitifs  se  rattacheraient  à  une  pensée  aristocratique  cl 
auraient  le  plus  souvent  pour  objet  d'empêcher  la  plèbe  de  parvenir  à  la  propriété, 
et  par  là  aux  magistratures  cl  aux  honneurs.  Faut-il  en  conclure  que  le  bas 
peuple  avait  été  primitivement  exclu  de  ces  partages,  ou  bien  ne  convient-il  pas 
de  supposer  que,  le  nombre  des  lots  primitifs  étant  demeuré  invariable  et  le 
chiffre  de  la  population  ayanl  augmenté,  la  propriété  immobilière  devint  ainsi 
par  la  suite  un  privilège  aristocratique  et  le  maintien  des  lois  une  sauvegarde 
pour  les  classes  supérieures?  11  est  difficile  de  répondre  à  ces  questions  avec  le 
secours  de  quelques  lignes  d'Aristole  :  cependant  nous  inclinerions  vers  la 
seconde  solution. 

4.  Politique,  V,  6  (7).  Ici  la  loi  qui  prohibe  les  acquisitions  paraît  être 
considéréiî  comme  une  sauvegarde  contre  l'oligarchie  qui  lend  à  se  constituer 
par  l'achat  des  terres  :  sans  nul  doute,  par  suite  de  circonstances  locales,  les 
acquisitions  se  faisaient  à  Thurium  au  profit  de  ceux  qui  possédaient  déjà, 
t;uidis  qu'ailleurs  c'étaient  les  prolétaires  qui  achetaient.  Ainsi  une  même  loi 
primilive  put  devenir,  ici,  une  garantie  aristocratique  contre  la  démocratie,  et 
là,  au  contraire,  une  sûreté  contre  un  développement  aristocratique. 

5.  Diodore,  XII,  11. 


lation  à  laquelle  fait  allusion  Aristote.  En  Lacouie,  la  tradition 
qui  nous  occupe  présente  un  trait  remarquable  :  il  ne  s'agit  pas 
seulement,  chez  les  Spartiates,  d'une  division  par  lots,  mais  bien 
d'une  division  par  lots  égaux,  ou,  au  moins,  d'un  partage  qui 
entraîne  une  certaine  égalité,  icrÔTY)Ta  -.•.vi.  Nous  rencontrons  aussi 
ce  souvenir  d'égalité  chez  les  Romains  :  Denys  d'Halicarnasse, 
Varron,  Festus  et  Pline,  nous  fournissent,  en  ce  qui  concerne  ce 
dernier  peuple,  des  témoignages  d'un  grand  intérêt  et  d'une  valeur 
historique  incontestable. 

D'après  Denys  d'Halicarnasse,  Roniulus divisa  en  dix  curies  ou 
phratries  chacune  des  trois  tribus  ou  phyles  qui  composaient  la 
population  et  partagea  le  territoire  en  trente  lots  :  il  assigna  par 
le  sort  un  de  ces  lots  à  chaque  curie,  après  avoir  réservé 
une  part  pour  les  frais  de  culte  et  une  autre  pour  le  domaine 
public  ^  Varron  constate  à  deux  reprises  la  même  tradition  : 
«  Ager  Ronianusprimum  divisus  inparteis  tris  a  quo  tribus  appel- 
»  lata  Tatiensium,  Ramnium, Lucerum ~.  »  —  «  Rina  jugera quod 
»  aRomulo  primum  divisa  (dicebantur)  viritim  quae  (quod)  hsere- 
»  dem  sequerentur,  hœredium  appellarunt  ^  ». 

Nous  retrouvons  dans  Festus  et  dans  Pline  l'ancien  la  mention 
de  ce  mesurage  primitif  du  domaine  Romain  :  «  Centuriatus  ager 
»  in  ducenta  jugera  defînitus.  Quia  Romulus  centenis  civibus 
»  ducenta  jugera  tribuit  (Festus)  ^  Bina  tune  jugera  populo 
»  Romano  satis  erant,  nullique  majorem  modura  attribuit 
»  (Pline)  ■■'. 

Dans  les  termes  où  elle  nous  est  parvenue,  cette  tradition 
Romaine  se  prêterait  plus  facilement  que  certaines  traditions 
Grecques  à  l'interprétation  que  nous  avons  indiquée  tout  d'abord 
et  dont  nous  avons  signalé  le  côté  faible  :  car  le  premier  noyau 
du  peuple  Romain  ne  se  présente  point  a  nous  comme  une  colonie 
d'émigrants  venant  d'un  pays  lointain  chercher  fortune  sur  le 
territoire  de  Rome  :  nous  avons  affiùre  à  un  petit  groupe  qui 


1.  Denys  d'Halicarnasse,  Ant.  Rom.,  liv.  H,  eh.  3. 

2.  Varron,  De  llngua  laiina,  V,  55,  étlilion  Egger  (d'après  l'édil.  de  Millier), 
Parisiis,  1827.  p.  16. 

3.  Varron,  De  rerustica,  lib.  I,  10,  dans  Schneider,  Scriplor.  rei  rusiicae  vef. 
lai.  t.  I,  Lipsiœ,  1794.  p.  153.  Conf.  la  citation  du  même  passage  par  Nonius 
Marcellus,  BeConipendiosadodrlna,  éd.  Lud.  Quicheral,  Parisiis,  1872,  p.  61. 

4.  Sext. Pompon.  Festus,  édil.  Dacier  adusum  Delphini,  Parisiis,  1681,  p.  74. 

5.  Pline,  Hist.  nat.  lib.  XVIII,  II. 


477 

depuis  longtemps  habite  l'Italie.  C'est  donc  l'idée  même  de  la 
propriété  immobilière  individuelle  qui  apparaît  ici  et  qui  succède 
chez  un  peuple  pasteur  à  l'état  d'indivision  des  terres  :  nous  ne 
prétendons  point  d'ailleurs  que  cette  idée  soit  née  subitement  et 
et  que  la  propriété  ait  été,  par  conséquent,  comme  improvisée  en 
un  jour  chez  les  Romains  :  non,  l'homme  ne  procède  pas  d'ha- 
bitude par  de  tels  soubresauts  :  il  est  vraisemblable  que  les 
souvenirs  populaires  ont  ici,  comme  en  bien  d'autres  circons- 
tances, effacé  beaucoup  de  détails,  concentré  plusieurs  événements 
dans  un  seul  ^.  Il  serait  assez  naturel,  par  exemple,  de  supposer 
que  pendant  longtemps  les  partages  se  renouvelèrent  périodi- 
quement jusqu'à  ce  que  l'idée  du  droit  absolu  de  l'homme  sur  la 
terre  se  dégageât  enfin,  jusqu'à  ce  qu'une  jouissance  permanente 
et  indéfiniment  transmissible  succédât  à  une  jouissance  tempo- 
raire et  imparfaite.  Telle  est  la  marche  suivie  par  les  Germains, 
par  les  Grecs  des  îles  Lipari  et,  de  nos  jours,  par  les  paysans 
Russes;  mais,  en  ce  qui  concerne  Rome,  nous  en  sommes  réduit, 
comme  on  voit,  aux  hypothèses,  et  nous  ferons  acte  de  prudence 
en  ne  poussant  pas  trop  loin  ces  interprétations. 

Aussi  bien,  qu'on  corrige  de  la  sorte  la  tradition  Romaine  ou 
qu'on  l'accepte  sans  la  moindre  modification,  cette  tradition  con- 
serve dans  les  deux  cas  le  même  sens  et  la  même  valeur  :  elle 
place  toujours  le  partage  au  sommet  de  l'histoire  de  la  propriété 
immobilière  chez  les  Romains  ^. 

Dans  le  sentiment  des  auteurs  dont  n(^us  avons  transcrit  le 
témoignage,  cette  distribution  des  terres  a  quelque  chose  de 
général  et  d'absolu  :  il  ne  s'agit  pas  seulement  à  leurs  yeux  des 
domaines  conquis  par  Romulus  '^  :  le  territoire  tout  entier  est 


1.  Voyez,  sur  les  c;iractères  de  la  tradition  populaire,  Ampère,  V Histoire 
liomaine  à  Rome,  l.  I,  1862,  pp.  2G7,  268,  269. 

'2.  En  consultant  l'élymologie  on  arrive  à  soupçonner  un  fait  analogue  au 
partage  Romain  chez  les  Eques  et  dans  le  territoire  de  Cures.  Dans  ces  pays, 
le  terme  de  comparaison  dont  on  se  serait  servi  pour  déterminer  l'étendue  des 
lots  serait,  d'après  quelques  interprèles,  une  certaine  mesure  de  semence.  Telle 
est  l'explication  ingénieuse  qu'on  a  donnée  du  nom  de  Septimus  Modius,  premier 
roi  des  Eques,  et  du  nom  de  Modius  Fabidius,  avec  lequel  commence  l'histoire 
de  Cures.  (Pfund,  AUitalische  Rechisalterihumer  in  der  Rocmischen  Sage,  Wei- 
mar,  1847,  pp.  3,  4.  Conf.  ibid.,  p.  10,  note  1.) 

3.  Quelques  écrivains  se  contentent  de  mentionner  le  partage  sous  Numa  des 
terres  conquises  par  Romulus  ;  mais  leur  témoignage  est  conciliable  avec  ceux 
que  nous  avons  cités  ;  car  l'idée  d'un  partage  général,  loin  d'exclure  un  partage  plus 

32 


478 

compris  dans  la  répartition  des  lots.  Point  de  distinction  non  plus 
entre  les  citoyens  de  la  ville  naissante  :  tous  sont  appelés  au 
partage.  Les  critiques  modernes  se  sont  divisés  à  ce  sujet  :  les 
uns  ont  soutenu  que  cette  répartition  avait  été  faite  entre  les 
seuls  patriciens  \  les  autres  cmt  pensé  qu'elle  avait  eu  lieu  au 
profit  des  seuls  plébéiens  -,  tandis  que  la  jouissance  du  territoire 
conquis  sur  l'ennemi,  de  Vage?^  jjM&^zcif^,  aurait  été  réservée  aux 
patriciens.  Nous  n'apercevons  dans  les  textes  aucun  indice  favo- 
rable à  l'une  ou  à  l'autre  de  ces  opinions  extrêmes  :  le  partage 
est  général  :  tous  les  citoyens  en  profitent  et  il  entraîne  comme 
chez  les  Doriens  et  chez  les  Germains  un  souvenir  d'égalité  :  le 


restreint,  le  suppose  au  contraire.  Voy.  Ciccron,  Jiep.  lib.  II,  cap.  XIV,  Plutarque, 
Numa,  XVI,  3.  Plutarque,  tout  en  ne  parlant  que  du  partage  des  terres  con- 
quises, a  le  sentiment  très-net  et  très-vif  de  l'égalilé  générale  des  domaines  à 
l'origine  de  l'histoire  romaine.  Flaccus  biculus,  expliquant  le  mot  ceîitone,  ne  se 
réfère  qu'au  partage  des  terres  conquises.  Voyez  Blume,  Lachmann  et  Rudorlf, 
Die  Schriften  der  Rœmischen  Feldmesser,  I,  p.  153. 

1.  Telle  paraît  être  la  pensée  de  Rougier,  baron  de  la  Bergerie,  Histoire  de 
VagricuUure  ancienne  des  Romains,  Paris,  1834,  pp.  147,  148,  de  Pfund, 
Altitalische  RechtsalteiihUmer  in  der  Rœmischen  Sage,  p.  72. 

2.  En  ce  sens  Pucbta,  Cursus  der  Institut,  t.  I,  1841,  pp.  130,  149. 
M.  Maynz  pense  que  les  plébéiens  eurent  sept  arpents  au  lieu  de  deux,  mais  les 
autorités  auxquelles  il  renvoie  ne  justifient  pas  cette  opinion  singulière  :  aucun 
de  ces  textes  n'a  trait  au  partage  primitif,  le  seul  qui  nous  occupe  ici.  Conf. 
Maynz,  Cours  de  droit  Romain,  t.  I,  1870,  p.  27,  et  Tite-Live,  lib.  V,  24,  Pline, 
Uist.  nat.  lib.  XVIII,  4.  Valère-Maxirae,  IV,  3. 

Une  autre  question  s'est  élevée  au  sujet  de  ces  bina  jugera.  On  s'est  demandé 
si  le  rendement  de  ce  petit  terrain  pouvait  suffire  à  l'alimentation  d'une  famille  : 
les  uns  ont  répondu  parla  négalive,  les  autres  par  l'affirmative;  voy.  entre 
autres  : 

1"  Mommsen,  Histoire  Romaine,  traduction  d'Alexandre,  t.  I,  1863,  p.  251, 
note  1  ; 

2°  Asber,  Die  bina  jugera  der  Rœmischen  Biirger,  dans  Fesischrift  zur 
Begriissung  der  vierundzwanzigsten  Versammlung  deutscher  Philologen  und 
Schulmxnner,  Leipzig,  1865,  p.  67-78. 

Nous  ne  croyons  pas  nécessaire  d'entrer  dans  celte  discussion,  car  ni  l'une  ni 
l'autre  des  deux  ojjinions  contraires  ne  s'oppose  à  tout  ce  qui  vient  d'élre  dit. 
Le  produit  des  bina  jugera  est-il  suffisant  pour  nourrir  une  famille?  Pas  même 
l'apparence  d'une  objection  ne  s'élève  contre  la  tradition  du  partage.  Le  produit 
est-il  insuflisant?  On  résoudra  la  difficulté  en  songeant  au  terrain  non  divisé, 
lequel,  dans  ce  cas,  suppléerait  à  l'insuffisance  des  lots.  Cette  dernière  solution 
serait  très-historique  :  elle  écarterait  l'hypothèse  d'un  partage  général  et  absolu, 
succédant  sans  aucune  transition  au  régime  de  la  communauté.  L'histoire  n'est 
qu'une  série  de  transitions,  de  modifications  lentes. 


479 

territoire  est  réparti  par  les  égaux,  par  bina  jugera.  Ces  bina 
jugera  nous  ramènent  aux  réflexions  qu'inspirait  à  César  la 
division  des  terres  chez  les  Germains  :  il  était  frappé  de  cette 
égalité  dans  les  fortunes  et  il  écrivait  :  «  Ut  animi  sequitate  ple- 
»  bem  contineant,  quum  suas  quisque  opes  potentissimis  cequari 
»  valeat  ^  »  Les  anciennes  traditions  Ptomaines  inspirent  à  Pline 
une  réflexion  semblable  :  «  Bina  tune  jugera  populo  Romano 
»  satis  erant,  nullique  majorera  modum  attribuit.  »  Plutarque, 
de  son  côté,  paraît  très-frappé  de  cette  antique  égalité  des  for- 
tunes parmi  les  Romains  -.  Telle  est  l'analogie  remarquable 
qu'offrent  les  traditions  Romaines,  aussi  bien  que  les  traditions 
Doriennes,  avec  l'iiistoire  de  la  Germanie  :  ne  nous  en  étonnons 
pas.  Cette  idée  d'égalité,  d'équitable  répartition,  procède  naturel- 
lement de  l'idée  de  copropriété  :  il  n'est  pas  surprenant  qu'on 
la  retrouve  dans  les  plus  anciennes  traditions  sur  le  partage  des 
terres. 

Ce  sentiment  d'égalité  dans  la  possession  de  la  terre  est  d'ail- 
leurs compatible  avec  l'existence  d'une  aristocratie  naissante 
fondée  sur  la  richesse;  car,  chez  les  peuples  pasteurs,  la  fortune 
consiste  en  troupeaux,  non  pas  en  terres.  Les  Germains  avaient 
déjà  des  «  principes  ^  »  des  puissants,  à  l'époque  où  César  consta- 
tait avec  étonnement  parmi  eux  l'usage  du  partage  égal  des  terres. 
Pendant  la  période  de  la  vie  nomade,  le  groupe  des  forts,  des 
habiles,  des  riches,  s'est  déjà  constitué  :  une  aristocratie  s'est 
ébauchée  ;  mais  ses  goûts  sont  grossiers,  ses  besoins  restreints  ; 
une  habitation  et  un  terrain  plus  grands  que  le  domaine  des 
autres  citoyens  seraient  inutiles  aux  riches  :  ils  ont  pour  leurs 
troupeaux  la  terre  non  encore  divisée,  le  pâturage  commun.  Dès 
que  la  fortune  immobilière  commencera  à  révéler  sa  puissance, 
dès  que  certains  domaines  fertilisés  auront  enrichi  leurs  maîtres, 
les  forts  se  retrouveront  sur  ce  nouveau  champ  de  bataille  de  l'ac- 
tivité humaine,  et  l'aristocratie  territoriale  se  développera  en 
même  temps  que  la  propriété. 

Cette  communauté  des  fruits  et  des  moissons,  ces  souvenirs  de 
partage,  et  même  d'une  certaine  égalité  dans  les  fortunes,  tout 
cela  sent  la  plus  haute  antiquité  :  s'il  s'agissait  de  faits  récents, 


1.  César,  De  bello  Gallico,  VJ,  22. 

2.  Plutarque,  Comparaison  de  Lijcurgue et  de  Numa,  II,  5,  6. 

3.  César,  De  bello  goUico,  VI,  22,  23. 


1 


480 

(le  créations  arbitraires  du  législateur,  ces  traditions  nous  arri- 
veraient mélangées  k  l'iiistuire  des  résistances  qu'auraient  sus- 
citées de  pareilles  innovations  :  elles  seraient  nécessairement 
accompagnées  du  récit  d'une  guerre  civile  acharnée,  à  moins  que 
les  propriétaires  de  Tantiquité  n'aient  été  doués  d'un  caractère 
plus  conciliant  que  celui  des  propriétaires  modernes,  et  que,  dans 
ces  temps  reculés,  l'homme  n'ait  été  d'immeur  à  se  laisser  dépouiller 
sans  opposer  la  moindre  résistance.  Il  est  vraisemblable  que, 
depuis  lors,  la  nature  humaine  n'a  pas  cliangé  :  si  donc  ces  tra- 
ditions de  partage  ne  sont  point  unies  à  des  traditions  de  lutte  et 
de  guerre  civile,  c'est  que  ces  partages  ou  cette  mise  en  connnun 
des  biens  ne  lésait  personne,  parce  que  la  propriété  individuelle 
n'était  pas  encore  constituée.  Elle  ne  se  constitua  pas  tout  d'un 
coup,  mais  graduellement  :  la  communauté  primitive  s'évanouit 
peu  à  peu,  et  le  peuple  en  garda  un  souvenir  durable.  Cet  état 
social  fut  à  ses  yeux  l'âge  heureux,  l'âge  d'or.  Nous  avons  dû 
rappeler  cette  tradition  universelle  au  commencement  de  ce  cha- 
pitre :  nous  sommes  entré  ensuite  dans  l'examen  des  traditions 
particulières  ;  nous  avons  recherché  les  traces  de  la  communauté 
primitive  ;  nous  avons  essayé  d'expliquer  certains  usages,  certains 
traits  de  mœurs,  qui,  à  nos  yeux,  sont  autant  de  vestiges  maté- 
riels encore  reconnaissables  longtemps  après  la  dissolution  de  la 
communauté  des  biens.  Cette  recherche  nous  ramène  tout  natu- 
rellement à  une  considération  générale,  à  une  vue  d'ensemble  qui 
embrasse  toute  l'histoire  de  l'antiquité.  Est-il  supposable  qu'il  ne 
soit  resté  de  cet  état  primitif  des  sociétés  humaines  autre  chose 
que  quelques  débris  dans  les  coutumes  et  dans  les  usages  popu- 
laires? Le  passé  s'efface-t-il  de  la  sorte,  ne  se  survit-il  pas 
toujours  à  lui-même?  En  effet,  la  communauté  primitive,  comme 
tout  état  social,  a  laissé  après  elle  une  empreinte  durable  et  pro- 
fonde dans  les  esprits  et  dans  les  idées.  Les  mœurs  des  anciens, 
leurs  théories  politiques,  leurs  constitutions  publiques,  sont. impré- 
gnées de  communisme  et  de  socialisme  :  ils  attribuent  généra- 
lement k  l'état  un  rôle  actif  et  dominant,  un  rôle  créateur  et 
organisateur.  Cette  pensée  se  rattache,  nous  n'en  doutons  pas, 
aux  plus  vieilles  traditions  de  l'humanité  :  c'est  le  communisme 
primitif  qui  a  marqué  dans  les  institutions  et  dans  les  théories 
sociales  de  l'antiquité. 

Tels  sont  les  enseignements  que  nous  fournit  l'histoire  écono- 
mique :  elle  nous  sert  k  expliquer  l'histoire  politique  et,  en  partie, 


181 


l'histoire  philosophique.  C'est  là,  en  effet,  le  rôle  qu'elle  doit 
jouer  souvent,  n'en  déplaise  à  certains  esprits  qui  se  t'ont  de  l'in- 
telligence humaine,  une  trop  haute  et  trop  superbe  idée. 


m. 

QUELQUES  DÉRIVÉS  JURIDIQUES  DE  L'IDÉE  PRIMITIVE 
DE  COPROPRIÉTÉ. 

Si  le  lecteur  adopte  l'opinion  que  nous  venons  d'exposer,  il 
envisage  avec  nous  la  propriété  immobilière  individuelle  comme 
un  fait  secondaire  dans  l'histoire  des  sociétés,  comme  une  idée 
nouvelle  qui,  graduellement,  s'est  dégagée  du  droit  collectif  de 
tous  sur  la  terre.  Pour  peu  que  ce  sentiment  historique 
paraisse  au  moins  très -probable,  très  -  vraisemblable,  notre 
but  est  atteint,  et,  dès  à  présent,  il  nous  serait  permis  de  clore 
ce  travail  :  mais  nous  nous  sommes  adressé  à  nous-même  la 
question  suivante  :  ne  serait-il  pas  possible  de  vérifier  l'exactitude 
du  résultat  auquel  nous  croyons  être  arrivé?  Ne  pourrions-nous 
pas  contrôler,  pour  ainsi  dire,  nos  propres  conclusions? 

Cette  vérification  ne  demanderait  pas  de  très-longs  développe- 
ments, et  voici  comment  nous  la  comprenons.  Si  la  propriété 
inmiobihère  était  originah^ement  commune  entre  un  grand  nombre 
de  personnes,  l'acte  légal  que  nous  appelons  aujourd'hui  la  vente, 
c'est-à-dire  la  cession  du  droit  de  propriété  par  un  particulier  à 
un  autre  particulier,  devait  être  inconnu  :  plus  tard,  lorsque  les 
domaines  privés  commencèrent  à  se  former,  sans  que  l'idée 
primitive  du  droit  de  la  communauté  ait  encore  entièrement 
disparu,  ces  premières  ventes,  ces  premières  cessions  d'un  droit 
de  propriété  encore  voisin  d'un  simple  usufruit,  durent  être  diffi- 
ciles et  compliquées  ^  C'étaient  sans  doute  des  actes  plutôt 
publics  que  privés,  auxquels  prenaient  part  non-seulement  le 
vendeur  proprement  dit,  mais  aussi  les  autres  membres  de  la 
tribu  intéressés  dans  l'opération. 

Ainsi,  constater  l'antique  inaliénabilité  des  immeubles,  retrou- 


I.  Je  n'enlends  pas  ici  formuler  une  règle  absolue  :  je  le  répète,  lorsque 
l'homme  esl  en  cause  il  ne  peut  être  question  de  lois  absolues.  Si  le  fait  que 
j'indique  est  très -fréquent,  cela  me  suflil  ]ileinciiicnl. 


482 

ver  dans  l'historique  de  la  vente  les  traces  du  droit  primitif  de  la 
communauté,  ce  serait  fournir  une  double  preuve  de  l'indivision 
originelle  de  la  terre  ;  nous  ne  nous  étendrons  pas  sur  l'inalièna- 
bilité  primitive ^  ou  plutôt  sur  l'absence  du  droit  de  vente;  nous 
nous  placerons  à  une  époque  un  peu  moins  reculée,  et  nous  nous 
demanderons  si  les  plus  anciennes  théories  de  la  vente  n'auraient 
pas  conservé  quelques  traces  du  droit  primitif  de  la  communauté. 
L'étude  des  textes  va  nous  fournir,  en  effet,  la  solution  entrevue  ; 
car  la  théorie  de  la  vente  confirme  d'une  manière  très-remar- 
quable les  traditions  et  les  souvenirs  de  l'antiquité. 

C'est  encore  par  le  droit  indou  qu'il  convient  de  commencer 
cette  étude  comparative,  si  nous  voulons  arriver  à  bien  saisir 
la  valeur  historique  de  quelques  traits  que  nous  fournissent  les 
autres  législations.  A  une  époque  très-reculée,  l'aliénation  des 
terres  n'était  valable  dans  l'Inde  que  moyennant  le  consentement 
des  habitants  du  lieu,  le  consentement  des  parents,  celui  des 
voisins  {neighbours,  ailleurs  des  copropriétaires,  shai^cholders) 
et  des  héritiers'^.  Les  textes  sont  précis  et  ne  laissent  aucune 
place  au  doute  :  nous  nous  trouvons  ici  en  présence  de  cette 
communauté  de  village  signalée  par  Néarque  au  témoignage  de 
Strabon,  et  dont  nous  avons  parlé  plus  haut.  Les  voisins  (neigh- 
bours, shareholders)  ont  un  certain  droit  sur  la  terre;  cette  terre 
ne  saurait  être  transmise  sans  leur  autorisation,  leur  consente- 
ment est  nécessaire  pour  l'admission  d'un  nouveau  possesseur.' 
Ce  sont  là  les  conséquences  naturelles  de  l'antique  copropriété 
de  tribu  :  tout  ici  paraît  logique  et  simple  dès  qu'on  se  réfère  à 
cette  notion  historique;  mais  les  commentateurs  indiens  plus 
modernes  se  trouvaient  le  plus  souvent  en  face  d'une  propriété 
individualisée  tout  à  fait  différente  de  cette  antique  possession  des 


1.  Au  reste,  ce  point  a  déjà  été  signalé.  Vojcz  notamment  Fiislei  de  Coulanges, 
La  cité  anf/que,  édit.  de  1864,  pp.  80,  81,  82,  Il  va  sans  dire  que  M.  Fusiel 
n'explique  pas  cette  inaliénabilité  par  l'indivision  ou  par  le  souvenir  de  l'indi- 
vision, car  il  n'admet  pas  le  fait  primitif  de  la  communauté  des  terres. 

2.  Land  is  conveyed  by  six  formalities,  Ity  the  assent  of  townsraen,  of  kindred, 
of  neighbours,  and  of  heirs,  and  by  the  delivery  of  gold  and  of  v^ater  (Cole- 
brooke,  A  digesl  of  Hiiidu  Law,  vol.  11,  180 1,  p.  161,  art.  xxnii).  Conf.: 
Orianne,  Traité  original  des  successions  diaprés  le  droit  hindou  ;  extrait  du 
Milacshara  de  VijnyaéSA\ara,  Paris,  1844,  p.  49.  Pross'onno  Coomar  Tagore, 
A  succint  cnmmentary  nf  the  Hindno-Lav  prévalent  in  Milhila,  from  the  ori- 
ginal sanscrit  o/  Vachaspali  Misra.   1863,  Calcutta,  p.  310. 


483 

terres  par  la  communauté  ;  peu  familiarisés  avec  les  vues  histo- 
riques, ils  devaient  presque  nécessairement  méconnaître  le  sens 
de  ces  antiques  prescriptions  du  législateur,  et,  en  effet,  ils  ne 
les  ont  pas  comprises  :  quand  on  lit  le  commentaire  recueilli  par 
Colebrooke ,  on  s'aperçoit  que  les  voisins  ne  sont  plus  guère  que 
des  témoins  (witnesses)  :  le  jurisconsulte  répète  le  mot  consente- 
ment (assent),  mais  je  doute  qu'il  en  comprenne  toute  la  forcée 
Un  autre  légiste,  Wachaspati  Misra,  qui  vivait  auxv®  siècle  après 
Jésus-Christ,  n'est  pas  moins  embarrassé  par  ce  vieux  texte 
dont  le  sens  historique  lui  échappe  ;  le  consentement  des  habitants 
du  lieu  et  des  copropriétaires  lui  paraît  exigé  simplement  pour 
assurer  la  publicité  de  l'aliénation  «  is  necessary  for  making  tlie 
gift  known  to  all^.  » 

Tel  n'est  pas  le  vrai  sens  du  texte  ;  le  commentateur  l'atténue 
avec  intelligence  pour  expliquer  les  faits  tels  qu'ils  s'offrent  à  lui, 
mais  il  l'atténue  :  les  expressions  du  législateur  :  consent,  share- 
holders,  sont  là  pour  témoigner  des  transformations  subies  par 
le  droit  primitif.  Voici  ce  droit  dans  toute  sa  force  :  on  demande 
aux  voisins  leur  consentement,  ils  ont  donc  le  droit  de  consentir 
ou  de  ne  point  consentir  à  l'aliénation  de  l'immeuble;  dès  lors  ils 
jouissent  d'un  droit  sur  cet  immeuble,  et,  dans  une  certaine 
mesure,  ils  sont  copropriétaires. 

Un  troisième  commentateur,  se  trouvant  aux  prises  avec  la 
même  difficulté,  s'en  est  tiré  avec  énergie  ;  le  défaut  de  consente- 
ment des  concitoyens  n'entraîne  point,  dit-il,  la  nullité  du  contrat; 
telle  est  l'explication  très-libre  qu'il  propose  pour  le  mot  consen- 
tement, mais  il  insiste,  lui  aussi,  sur  la  pubhcité  de  la  vente,  qui 
sert  à  bien  constater  les  droits  du  vendeur  et  à  assurer  le 
bornage  régulier  de  la  propriété^  :  évidemment,  dans  la  pratique, 

1.  Colebrooke  Adigest  of  Hindic  Law,  t.  II,  p.  161. 

2.  Pross'  onno  Coomar  Tagore,  loc.  cit. 

3.  Orianne,  loc.  cit.  Je  ne  me  dissimule  pas  qu'il  est  un  peu  hardi  de  raison- 
ner de  la  sorte  sur  des  textes  qu'on  n'a  pas  lus  dans  la  langue  originale  :  mais 
le  fragment  sur  lequel  je  m'appuie  ici  m'étant  connu  par  les  deux  traductions 
de  Colebrooke  et  de  Pross'  onno  Coomar  Tagore,  et  ces  deux  traductions  se 
confirmant  l'une  et  l'autre,  j'ai  pensé  que  le  terrain  était  assez  solide  et  que  je 
pouvais  sans  témérité  condamnable  les  prendre  pour  point  de  départ  de  ce  que 
je  dis  ici  sur  la  vente  chez  les  Indous  et  chez  les  Grecs. 

Je  dois  faire  observer  que  Manou  ne  paraît  pas  connaître  ce  consentement 
des  voisins  pour  la  vente  (liv.  VIII,  vers  201  et  suiv.).  Ce  point  réclame  quel- 
([ues  explications,  car  nous  louchons  ici  au  problème  si  délicat  de  l'âge  du  livre 


484 

l'appel  aux  voisins  n'avait  plus  d'autre  sens,  ni  d'autre  utilité  '  ; 
mais  il  avait  eu  jadis  pour  objet  de  mettre  en  cause  les  habitants 
du  pays,  et  de  les  inviter  non-seulement  à  fixer  les  limites  de 
l'immeuble  vendu,  mais  aussi  à  autoriser  et  à  sanctionner  la 
transaction. 

Que  si  nous  détournons  nos  regards  de  l'Inde  pour 
interroger  les  sources  grecques,  nous  y  découvrirons  les  symp- 
tômes d'un  état  primitif  analogue  à  celui  de  l'Inde,  état  primitif 
qui  s'est  transformé  en  Grèce  comme  nous  venons  de  le  voir  se 
transformer  dans  l'Inde  : 

Tliéophraste,  dans  un  fragment  de  son  livre  sur  les  lois,  nous 
apprend  quelles  étaient  les  formalités  de  la  vente  chez  les  Grecs  : 

«  Certains  législateurs  veulent  que  les  ventes  soient  laites  par 
»  un  crieur  public  et  qu'elles  soient  criées  plusieurs  jours  h 
»  l'avance  ;  d'autres  exigent  qu'elles  aient  lieu  par  devant  un 
»  magistrat.  Ainsi,  Pittacos  veut  que  ce  soit  })ar  devant  les  rois  et 
»  le  prytane.  Il  y  en  a  qui  prescrivent  que  la  vente  soit  affichée 
»  devant  le  lieu  où  siège  le  magistrat,  pendant  soixante  jours  au 


de  Manou.  Elphinstone  n'a  pas  abordé  ceUe  question,  mais  il  l'a  coloyée,  et  il 
peut  ôlre  intéressant  de  se  reporter  à  ce  qu'il  a  écrit  sur  ce  sujet:  cet  auteur 
hésite  à  apercevoir  dans  Manou  la  propriété  immobilière  complètement  indivi- 
dualisée :  il  énumère  les  passages  où  apparaît  la  propriété  immobilière,  et  il 
signale  le  silence  remarquable  de  ce  livre  dans  diverses  circonstances  où  la 
propriété  immobilière  devrait  être  mentionnée  :  il  arrive  ainsi  à  cette  conclusion, 
c'est  qu'anciennement  la  propriété  immobilière  individuelle  n'existait  pas  dans 
l'Inde.  Les  versets  concernant  la  vente  ne  sont  pas  cités  par  Elphinstone  au  nombre 
des  rares  passages  où  apparaît  la  propriété  immobilière  ;  ce  qui  prouve  qu'à 
ses  yeux  Manou  n'a  pas  entendu  parler  des  ventes  d'immeubles.  On  sera  donc 
tenté  de  conclure,  si  on  prend  pour  guide  Elphinstone,  qu'au  temps  de  Manou 
la  vente  des  immeubles  était  inconnue  dans  l'inde.  Voyez  Elphinstone,  The  his- 
torij  of  India,  London,  1841,  pp.  42-43;  London,  1866,  p.  24. 

Si  cette  explication  très-problématique  ne  paraissait  pas  satisfaisante,  il  fau- 
drait se  rappeler  que  rien  ne  nous  oblige  à  considérer  Manou  comme  le  texte 
législatif  le  plus  ancien  :  il  est  possible  que  le  fragment  que  nous  signalons  lui 
soit  antérieur:  il  a  par  sa  nature  quelque  chose  d'archaïque  qui  rendrait  cette 
opinion  favorable. 

Ces  deux  explications  se  contredisent;  car,  tout  à  l'houre,  en  supposant  que 
la  vente  des  immeubles  pouvait  être  inconnue  de  Manon,  nous  attribuions  par 
cela  même  à  ce  texte  la  plus  haute  antiquité.  Nous  ne  prétendons  pas  trancher 
les  difticullés  qui  s'élèvent  ici,  mais  les  poser  et  faire  voir  ([u'on  peut  s'appuyer 
sur  le  texte  dont  nous  faisons  un  si  grand  usage,  (luelle  que  soil  d'ailleurs 
l'opinion  qu'on  se  fait  sur  l'âge  de  Manou. 

1.  Du  moins  dans  certaines  contrées  de  l'Inde, 


i 


i 


485 

»  moins,  comme  à  Athènes,  et  que  l'acheteur  paye  le  centième  du 
»  prix,  pour  qu'il  soit  libre  à  tout  venant  de  réclamer  et  de  contes- 
»  ter,  et  que  l'on  sache  par  le  payement  du  prix  quel  est  le  juste 
»  acquéreur.  Ailleurs  encore  les  ventes  doivent  être  criées  pendant 
»  cinq  jours  consécutifs  avant  d'être  confirmées,  pour  laisser  aux 
»  intéressés  le  temps  d'intervenir  et  de  réclamer  la  propriété  ou  la 
»  maison,  et  on  observe  la  même  chose  pour  les  dations  d'h3'po- 
»  thèques.  Telles  sont  les  lois  de  Cyzique^.  » 

On  le  voit,  nous  retrouvons  ici  cet  appel  aux  voisins  que 
Théophraste  explique  absolument  de  la  même  manière  que  les 
commentateurs  Indiens  ;  il  s'agit,  d'après  cet  auteur,  d'assurer 
la  publicité  de  la  vente  et  de  bien  constater  les  droits  du  vendeur 
sur  la  terre  qu'il  transmet  à  un  tiers.  Cette  explication  est-elle 
suffisante  et  n'aurons-nous  rien  à  ajouter  aux  réflexions  de 
Théophraste?  Nous  admettons  volontiers  que  cet  appel  aux 
voisins  n'avait  en  Grèce,  au  iv^  siècle  avant  J.-C,  d'autre 
utilité  que  celle  de  bien  constater  les  droits  du  vendeur  sur  l'im- 
meuble vendu.  Mais  originairement  cette  publicité  avait  encore 
un  autre  sens  et  un  autre  but  :  c'était  aussi  pour  obtenir  leur  con- 
sentement qu'on  faisait  appel  ici  aux  voisins,  et  là  aux  magis- 
trats. Théophraste  lui-même  nous  en  fournit  une  preuve  certaine, 
quoiqu'indirecte;  voici  ce  qu'il  nous  apprend  :  «  Les  Thuriens, 
»  poursuit-il,  suppriment  toutes  ces  formalités  et  ne  publient 
»  pas  les  ventes  sur  la  place  pubUque  ainsi  que  les  autres 
»  actes,  mais  ils  obligent  le  vendeur  et  l'acheteur  à  se  réunir 
»  pour  donnera  trois  des  plus  proches  voisins  une  petite  pièce  de 
»  monnaie  en  mémoire  et  en  témoignage  du  fait-.  »  Que  peut 
signifier  cette  petite  pièce  de  monnaie?  N'est-elle  pas  le  prix 
même  du  consentement  demandé  aux  voisins,  et,  par  ce  paiement, 


1.  Théophrasle,  traduit  par  M.  Daresle,  dans  la  Revue  de  Icgislation,  année 
1870,  3'  livraison,  Paris,  1870,  p.  277. 

1.  Théophraste  dans  Stobée,  Serm.  XLII,  IIcpl  ^'Ô!i.wv  xaî  êOow,  édition  et 
traduction  de  M.  Dareste.  —  Le  traité  des  lois  de  Théophraste,  —  Revue  de 
législation^  mai-juin  1870,  p.  277.  M.  Caillemer  entend  ce  passage  d'une 
manière  un  peu  diflérente  :  d'après  lui,  c'est  le  vendeur  qui  doit  remettre  la 
pièce  de  monnaie  aux  trois  plus  proches  voisins  réunis.  La  difficulté  est  de 
savoir  quel  rôle  il  faut  donner  dans  cette  phrase  au  mot  xotvô  (Caillemer,  Le 
contrat  de  vente  a  Athènes,  Revue  de  législalion,  année  1870-187],  p.  658,  note 
3).  M  l'un  ni  l'autre  de  ces  deu\  sens  ne  répugne  aux  vues  historiques  que  nous 
proposons  ici. 


486 

le  vendeur  et  l'acquéreur  ne  leur  reconnaissent-ils  pas  un  droit 
faible  et  lointain,  mais  enfin  un  droit,  sur  la  terre  qui  fait  l'objet 
du  contrat?  On  devra  nécessairement  expliquer  de  la  sorte  l'usage 
mentionné  par  Tliéophraste,  à  moins  qu'au  lieu  de  considérer  les 
procédures  symboliques  comme  les  débris  d'un  autre  âge,  on  n'y 
voie  des  créations  purement  arbitraires  e-t  purement  artificielles  : 
point  de  vue  faux  et  anti-historique. 

Théophraste  fait  suivre  le  passage  que  nous  venons  d'analyser 
d'une  phrase  dont  le  sens  est  très-cùntestê  par  les  commentateurs: 
si  nous  acceptions  l'interprétation  de  HeyneS  reproduite  par 
Schiller^,  adoptée,  semble-t-il ,  par  M.  Bïichsenschïitz'S  nos 
conjectures  se  transformeraient  immédiatement  en  certitude  ; 
nous  verrions,  en  effet,  dans  ce  même  pays  de  Thurium,  les 
voisins  déclarés  responsables  et  garants  de  l'acte  de  vente  ; 
l'acheteur  pourrait  les  actionner  pour  se  faire  mettre  en  posses- 
sion ;  le  vendeur,  à  son  tour,  pourrait  les  mettre  en  cause  si 
l'acheteur  venait  à  lui  demander  livraison  de  la  chose  vendue 
bien  qu'elle  fût  déjà  livrée,  ou  s'il  niait  avoir  reçu  ce  qui,  cepen- 
dant, lui  aurait  été  livré. 

Ce  n'est  pas  tout  :  cette  garantie  significative  ne  serait  pas 
fournie  seulement  à  Tburium  par  les  voisins  ;  en  d'autres  con- 
trées, si  nous  nous  attachons  à  la  pensée  de  Heyne,  on  pourrait 
l'exiger  des  magistrats  devant  lesquels  la  vente  a  eu  lieu  ;  or  les 
magistrats  ne  sont  autre  chose  que  les  représentants  de  la  tribu, 
que  l'image  de  la  tribu  :  c'est  donc  elle  qui  prend  part  à  la  vente, 
c'est  elle  qui  se  porte  garant.  Cette  garantie  ne  suppose-t-elle 
pas  à  l'origine  le  consentement  de  ceux  qui  la  donnent? 

Mais  cette  interprétation  souffre  quelques  difiicultés  ;  elle  est 


1.  Heyne,  De  Sijbaritarum  ac  Thuriorum  Hep.  et  legibus  dans  Opuscula 
academica,  vol.  II,  GolUngae,  1787,  p.  15i  et  noie  q. 

2.  Schiller,  De  rébus  Thuriorum,  1838,  p.  45,  cité  par  M.  Cailleraer,  Revue 
de  législation,  1870-1871,  p.  659,  note  2. 

3.  M.  Biichsenschiitz  s'exprime  ainsi  :  «In  Thurii  wurden  beim  Verkauf  eines 
»  Grundstiickes  den  na'chslen  drei  Nachbarn  kleine  Miinzen  gegeben,  gleichsam 
»  als  Erinnerungs  zeichen  an  den  Verkauf  und  uni  dièse  personem  als  Zeugen 
»  zu  verpflichten  und  sie  dadurch  verantworllich  zu  maclien,  wenn  sic  einen 
»  Verkauf  durch  jenianden  gescbehen  liesseu,  von  dem  sie  wusslen,  dass  er  nichl 
»  der  rechlma'ssige  Eigenlhiimer  des  zu  verkaufendenGrundsliickeswar.»  Voy. 
Biïchsenschutz,  Besitz  wjirf  Erwerb  im  Griechischen  Altertiumc,  Halle,  1869, 
pp.  524,  525,  526. 


487 


assez  peu  conforme  à  la  construction  de  la  phrase  grecque.  Nous 
la  mentionnons   néanmoins'  parce   que   nous  ne  sommes  pas 


1 .  Voki  le  passage  de  Théophraste  : 

'Avayxaîov  SyiXovoTt,  toi;  [lèv  Ta;  àpyàç  Ortîuôuvo'jç  îtotEÎv,  toîç  oè  toùç  ydtova.^, 
èàv  [jiYi  ),âêw'jiv,  7^  31;  Tiapà  toù  aÙTsy  ).à6tû<Ttv,  v^  e/ovreç  [jlïi  Xéf wfft  tmv  wvajxivwv. 

Ce  que  lleyne  traduit  : 

«  lia  necesse  erat  ul  vicini  illi  tenereulur  ipsi,  si  res  empla  non  esset  tradita, 
»  aul  jam  Iradita  tanquam  non  tradita  peleretur,  aut  ab  eo  oui  tradita  essel 
»  accepta  esse  negaretur.  « 

Même  responsabilité,  dans  la  pensée  de  Eleyne,  pour  les  magistrats  ailleurs 
qu'à  Tburium  (toï;  [aév,  c'est-à-dire  qui  coram  magistratu  emtionem  venditio- 
nem  ex  lege  faciunt). 

M.  Dareste  traduit:  «  Il  est  bien  entendu  que  les  magistrats,  dans  un  cas,  et 
»  les  voisins,  dans  l'autre,  doivent  être  rendus  responsables  s'ils  refusent  de 
»  recevoir,  ou  s'ils  reçoivent  deux  fois  de  la  même  personne,  ou  si  ayant  reçu  ils 
))  refusent  d'mdiquer  le  nom  de  l'acheteur.  »  (M.  Dareste  propose  tov  wvajxÉvov  au 
lieu  de  twv  o'jva[i£vwv).  Voy.  Revue  de  législ.,  année  1870-1871,  pp.  278. 

Telle  est  aussi,  sauf  quelques  nuances,  l'interprétation  de  M.  Caillemer  (iôjrf. , 
p.  659). 

On  obtient  ce  dernier  sens  en  donnant  pour  sujet  aux  verbes  XàSwTiv  et  Xéy'^'Tt 
voisins  ou  macjistrats  (ce  qui  est  très-naturel),  et  pour  régime  aux  verbes  Xà6œ(7iv 
et  lymxzç,  soit  le  centième  du  prix,  soit  la  petite  pièce  de  monnaie,  vôiiiTixa. 

Heyne  donne  pour  sujet  à  Xàowsw  et  à  Xéfwai  acheteurs,  et  pour  régime  l'objet 
vendu. 

Ces  deux  interprétations  si  divergentes  aboutissent,  le  grec  l'exige,  à  une 
responsabilité  à  la  charge  des  voisins  et  des  magistrats  :  seulement  les  hypo- 
thèses prévues  ne  sont  pas  les  mêmes.  Je  m'attache  un  moment  à  la  seconde 
hypothèse.  «  r\  Si;  uapà  toù  aÙToO  )àow(Tiv.  »  Heyne  interprète  ainsi  :  «  l'acheteur 
demande  livraison  de  la  chose  vendue  bien  qu'elle  soit  déjà  livrée.  »  —  Le 
vendeur  pourra  mettre  en  cause  les  témoins  ou  les  magistrats.  MM.  Dareste  et 
Caillemer  interprètent,  au  contraire  :  «  l'immeuble  a  été  vendu  une  seconde 
fois  par  le  même  vendeur  à  un  autre  acheteur  par  devant  les  mêmes  témoins 
ou  les  mêmes  magistrats  »  —  Ces  témoins,  ces  magistrats  sont  responsables. 
Voilà  une  garantie  qui  a  pour  nous  une  grande  valeur,  et  qui  concorde  également 
avec  notre  thèse.  On  ne  peut  disconvenir  que,  pour  cette  seconde  hypothèse,  le 
sens  de  MM.  Caillemer  et  Dareste  ne  soit  plus  satisfaisant  que  celui  de  Heyne. 
Pour  la  première  hypothèse,  au  contraire,  Èàv  p-r,  Xâêwriv,  le  sens  de  Heyneau  point 
de  vue  juridique  se  conçoit  facilement,  tandis  que  l'interprétation  de  MM.  Cail- 
lemer et  Dareste,  très-conforme  au  grec,  n'offre  rien  de  net  à  l'esprit  et  pour- 
rait donner  prise  à  des  objections  sérieuses.  Dans  la  pensée  de  M.  Caillemer, 
les  témoins  sont  ici  responsables  s'ils  ont  laissé  vendre  l'immeuble  sans  assister 
à  la  vente  et  sans  exiger  du  vendeur  le  v6|j,i(7|jLa.  Telle  est,  du  moins,  le  sens 
qu'il  propose  d'une  manière  dubitative  :  mais,  s'il  n'y  a  plus  de  témoins,  com- 
ment donc  seraient-ils  responsables  ? 

TN'ous  n'insistons  pas  sur  ces  difficultés  qui  pourraient  nous  entraîner  très- 
loin  ;  nous  voulions  seulement  mettre  en  lumière  ce  point  important,  c'est  que 


488 

convaincu  qu'elle  soit  fausse  ;  les  données  de  l'épigraphie  sem- 
blent venir  la  confirmer.  Nous  voyons  apparaître  dans  les 
inscriptions  des  témoins  appelés  BsSauoT^ps;,  ripaT^psç,  qui 
garantissent  la  vente  et  se  chargent  précisément  de  cette  respon- 
sabilité dont  parle  Théophraste^ 

Par  cette  garantie  du  voisinage  ou  de  l'autorité  locale,  ailleurs 
par  la  publicité  qui  lui  est  donnée,  ailleurs  encore  par  les  solen- 
nités religieuses  qui  l'accompagnent,  la  vente  revêt  chez  les 
Grecs  nn  caractère  quasi-public,  la  communauté  y  prend  une 
certaine  part.  Ce  n'est  pas  le  seul  consentement  des  parties  qui 
en  fait  la  force. 

On  nous  permettra  de  rapprocher  de  ces  théories  de  la  vente 
chez  les  Indous  et  chez  les  Grecs  les  formes  si  remarquables  de 
la  mancipation  romaine.  Qu'est-ce  qu'une  vente  dans  le  droit 
romain  primitif?  C'est  un  acte  compliqué,  auquel  prennent  part 
non-seulement  le  vendeur  et  Taclieteur,  mais  cinq  personnes 
représentant  suivant  quelques  conunentateurs  les  cinq  classes  du 
peuple  romain.  Ces  cinq  témoins  n'auraient-ils  pas  pour  ancêtres 
historiques  les  voisins,  les  membres  de  la  tribu,  les  parents,  dont 
le  consentement  était  jadis  nécessaire  pour  réahser  l'aliénation? 
Aucune  institution  humaine  ne  naît  tout  d'une  pièce,  sans  pré- 
cédents, sans  histoire,  comme  Minerve  sortant  tout  armée  du 
cerveau  de  Jupiter;  la  mancipation,  cet  acte  solennel  et  bizarre 

les  deux  interprélalions  aboutissent,  loul  en  prévoyant  des  espèces  différentes,  à 
la  garantie  des  témoins  et  des  magistrats. 

1.  M.  Lumbroso  a  remarqué  que  dans  les  contrats  grecs-égyptiens  ce  person- 
nage ou  ces  personnages  garants  de  la  vente  et  distincts  du  vendeur  ou  de 
l'acbeteur  n'apparaissent  pas,  tandis  qu'on  les  trouve  dans  les  contrats  grecs 
proprement  dits  (Lumbroso,  Recherches  sur  l'économie  poUlique  de  l'Egypte 
sons  les  Lagides,  Turin,  1870,  p.  85).  Le  fait  nous  paraît  incontestable  :  toute- 
fois M.  Caillemer,  si  érudit  et  si  compétent,  a  cru  devoir  rejirendre  ici  M.  Lum- 
broso :  d'après  M.  Caillemer,  le  garant  dans  les  contrats  grecs  purs  ne  serait 
pas  plus  distinct  du  vendeur  que  dans  les  contrats  grecs-égyptiens  {Revue  cri- 
tique du  IG  mars  187i,  p.  170).  L'inscription  W  2338  du  grand  recueil  de 
Bœckh  et  de  Franz  (vol.  II,  p.  2G2-274)  et  l'inscription  publiée  dans  le  Philis- 
ior  d'Athènes,  1862,  p.  346,  et  reproduite  par  M.  Biichscnschiitz,  Besitz  und 
Erwerb,  p.  526,  note  3,  nous  paraissent  favorables  à  l'opinion  de  M.  Lumbroso. 
Assurément  le  vendeur  lui-même  est  le  premier  garant  :  ceci  est  dans  la  nature 
des  choses  ;  mais  la  garantie  première  du  vendeur  n'empêche  pas  l'intervention 
d'autres  garants  qui  viennent  fortifier  le  contrat.  Sur  les  garants  dans  les  con- 
trats grecs,  couf.  Foucart,  dans  les  Arch.  des  Missions  scient.,  1'  série  1.  III. 
1866,  pp.  390,  393,  note  1. 


481» 


auquel  l'esprit  juridique  romain  si  ferme  et  si  net  a  sa  donner 
une  rigidité  qui  tout  d'abord  semble  défier  la  critique  historique, 
la  mancipation  ne  saurait  être  une  invention  arbitraire  des 
Romains.  A  coup  sûr,  elle  a  son  histoire,  sa  généalogie.  Celle 
que  nous  proposons  ici  s'harmoniserait  heureusement  avec  les 
vues  déjà  émises  sur  la  différence  originelle  des  res  mancipi 
et  des  res  nec  mancipi.  On  a  observé  que  les  7^es  mancipi, 
choses  ahénables  seulement  par  le  moyen  de  la  mancipation, 
telles  que  les  héritages  ruraux  ou  urbains,  les  servitudes  d'héri- 
tages ruraux,  les  'esclaves,  les  bêtes  de  somme,  constituaient 
l'ensemble  des  biens  dont  la  conservation  était  indispensable  à  la 
famille,  tandis  que  les  res  nec  mancipi  étaient  plutôt  les  objets 
de  consommation^;  Userait  donc  naturel  que  l'aliénation  des  res 
mancipi  eût  été  soumise  au  contrôle  des  parents  ou  des  membres 
de  la  tribu,  tandis  que  celle  des  res  nec  mancipi  avait  lieu  par 
la  seule  volonté  du  Pater  familias  sans  être  astreinte  aux 
formes  sévères  de  la  mancipation.  On  a  même  été  jusqu'à  consi- 
dérer les  choses  mancipi  comme  primitivement  inaliénables  :  ce 
qui  corroborerait  singulièrement  notre  hypothèse. 

Nous  rapprocherons  encore  du  fait  primitif  de  la  communauté 
de  biens  ce  mode  antique  d'acquisition  par  voie  de  vendication 
fictive  devant  le  magistrat,  appelé  endroit  romain  injure  cessio. 
Déjà  un  illustre  Romaniste  a  pu  rattacher  la  mancipation  aux 
ventes  du  butin  conquis  sur  l'ennemi  ;  il  a  reconnu  aussi  dans 
Y  In  jure  cessio  les  symptômes  du  domaine  primitif  de  l'Etat 
Romain  sur  toutes  choses,  meubles  et  immeubles-.  Des  considéra- 
tions plus  générales  nous  ramènent,  comme  on  le  voit,  aux 
mêmes  conclusions,  sans,  d'ailleurs,  nous  faire  perdre  de  vue  le 
caractère  plus  particulièrement  militaire  que  revêt  à  Rome  la 
propriété  de  l'Etat. 

Si  la  comparaison  que  nous  venons  d'esquisser  entre  le  droit 
Grec  et  le  droit  Romain  paraissait  légitime,  et  si  nos  vues  histo- 
riques sur  la  mancipation  Romaine    étaient  acceptées ,    il  y 


1.  Lange,  Rœm.  Alterthihn.  I,  p.  113-1Î7.  CeUe  façon  d'envisager  les  res  man- 
cipi et  les  res  nec  mancipi  se  trouve  en  contradiction  complète  avec  les  vues  de 
Henry  Suraner  Maine,  dans  son  beau  livre  intitulé:  Ancient  Lair,  its  connection 
iriili  Ihe  early  history  of  societij,  and  ils  relation  ta  modem  ideas,  London, 
1801,  p.  278.  «  Such  commodities  were,e\.c.  » 

2.  Puchla,  Cursus  der  Instil.,  II,  p.  607-610;  I,  pp.  133,  149  (édition  de  1841). 


aurait  lieu  de  signaler  à  l'attention  de  l'historien  les  fortunes 
très-diverses  de  la  coninumauté  primitive  des  terres  à  Rome  d'une 
part,  en  Grèce  et  dans  l'Inde  d'autre  part  :  à  Rome,  elle  disparaît 
sans  donner  naissance  à  aucune  institution  vraiment  utile;  dans 
le  droit  Indou  et  dans  le  droit  Grec  elle  aboutit  heureusement  k  un 
système  de  publicité  de  la  vente  des  immeubles,  système  qui  a 
été  très-admiré  et  qui  mérite  de  l'être,  mais  qui  pourtant  ne  fait 
pas  autant  d'honneur  qu'on  pourrait  le  croire  à  l'esprit  inventif 
de  la  Grèce. 

Les  jurisconsultes  Romains  n'ont  pas  même  entrevu,  nous 
l'avouerons,  ces  origines  historiques  :  Théophrasten'a  pas  aperçu 
davantage  la  valeur  des  renseignements  qu'il  nous  a  transmis, 
mais  il  nous  est  permis  de  chercher  à  dépasser  les  anciens  dans 
la  connaissance  de  l'histoire  :  nous  sommes  environnés  aujour- 
d'hui des  plus  riches  éléments  de  comparaison,  éléments  que  ne 
possédaient  pas  les  auteurs  de  l'antiquité  ;  nous  pouvons  donc 
et  nous  devons  rectifier  quelquefois,  compléter  souvent,  les 
données  historiques  qu'ils  nous  ont  laissées.  Déjà  nous  avons  pu 
rapprocher  ici  les  usages  de  l'Inde  de  ceux  de  la  Grèce  et  de 
Rome;  peut-être  les  vues  que  nous  venons  de  soumettre  au 
lecteur  lui  paraîtront-elles  plus  vraisemblables  encore  quand 
nous  aurons  jeté  les  yeux  sur  d'autres  pays  et  signalé  une  nou- 
velle forme  de  cette  antique  copropriété  de  tribu. 

Dans  un  village  dont  tous  les  habitants  sont  comme  solidaires 
les  uns  des  autres  et  où  la  propriété  n'est  point  encore  complète- 
ment individuahsée,  l'idée  de  la  communauté  de  biens  peut  se 
faire  sentir  de  deux  manières  à  l'occasion  des  aliénations 
d'immeubles;  nous  avons  déjà  vu  le  vendeur  et  l'acheteur 
s'adresser  aux  habitants  et  demander  leur  consentement:  c'est 
ce  qui  avait  lieu  dans  l'Inde,  nous  le  savons  directement  par  les 
textes,  c'est  aussi  ce  qui  avait  lieu  primitivement  en  Grèce,  nous 
le  savons  par  conjecture  ;  mais  voici  un  procédé  un  peu  différent: 
les  deux  parties  s'entendront,  le  vendeur  cédera  sa  propriété  et 
l'acheteur  entrera  en  possession,  le  tout  sans  mettre  les  voisins 
en  cause.  Ceux-ci,  néanmoins,  conserveront  leur  droit  intact  et 
pourront  pendant  un  certain  laps  de  temps  annuler  le  marché  et 
reprendre  la  terre  ;  pour  exclure  l'étranger,  il  leur  suffira  de 
rembourser  le  prix  de  l'immeuble.  Ce  système,  on  l'a  nommé, 
c'est  le  retrait. 

Ici  le  consentement  des  voisins  est  tacite,  il  résulte  d'un  fait 


491 

négatif:  du  moment  que  les  voisins  ne  font  pas  usage  de  leur  droit 
de  retrait,  c'est  qu'ils  consentent  à  l'admission  de  l'étranger. 
Ainsi,  le  retrait  est  une  seconde  forme,  une  forme  plus  simple  du 
droit  de  voisinage  qui  s'est  déjà  révélé  à  nous.  C'est  au'^si, 
croyons-nous,  un  usage  de  date  plus  récente:  consentement 
direct  et  formel  du  voisinage,  tel,  est,  à  nos  yeux  le  mode 
primitif:  consentement  tacite,  tel  est  le  mode  dérivé. 

Le  retrait  par  les  voisins  était  en  vigueur  dans  plusieurs 
contrées  de  l'IUyrie  et  de  l'Italie,  car,  par  une  constitution  de 
l'an  391  qui  concerne  ces  provinces,  les  empereurs  Valentinien, 
Tliéodose  et  Arcadius'  abolirent  cette  coutume.  Il  ne  faudrait  pas 
conclure  de  ce  texte  que  le  retrait  ait  jamais  existé  dans  le  droit 
Romain  proprement  dit  ;  comme  tant  d'autres  décisions  impériales 
insérées  au  Code,  cette  constitution  se  réfère  certainement  à  des 
usages  locaux  d'une  haute  antiquités  Au  moyen  âge  et  jusque 
dans  les  temps  modernes,  le  même  fait  primitif,  c'est-à-dire  la 
communauté  de  tribu  ou  de  village,  avait  engendré  en  divers 
lieux  la  même  coutume  :  dans  le  pays  de  l'Angle  ^  (bailliage  de 
Saint-Omer),  à  Fillièvre'^  (bailliage  d'Hesdin),  les  habitants 
jouissaient  de  ce  droit  de  retrait  contre  tout  étranger  acquéreur 
d'un  immeuble  sur  leur  territoire  ;  on  en  trouve  aussi  quelque 
trace  dans  les  Libri  feudorum^.  En  certains  pays  musulmans 


1.  Code  de  Théodose,  III,  I,  6,  dans  Hsenel,  Corpus /wm  Rom.  Antejust.,  t.  II, 
col.  287,  288.  Code  de  JusUnien,  IV,  xxxviii,  14.  L;i  plupart  des  commentateurs 
n'aperçoivent  dans  ce  texte  qu'une  allusion  au  retrait  lignager;  voyez  notam- 
ment Menu,  Historisclie  Beleuchtung  der  Rœm.  RecMs-Grundsxtze  in  Be- 
zug  auf  Verxusserlichkeit  und  Theilbarkeit  des  Grundcigenihums,  Bonn,  Ad. 
Marcus,  1850,  p.  17.  Mais  il  paraît  bien  difficile  d'adopter  cette  interprétation 
étroite:  quiconque  s'est  familiarisé  avec  le  droit  ie  retrait  ou  le  droit  de  préfé- 
rence au  profit  des  voisins,  dont  il  sera  question  ci-aprés,  n'hésitera  pas  à 
étendre  le  sens  de  ce  texte,  au  lieu  de  le  restreindre. 

2.  Envisagées  à  ce  point  de  vue,  bon  nombre  de  constitutions  impériales 
disséminées  dans  les  codes  de  Théodose  et  de  Juslinien  présenteraient  le  plus 
grand  intérêt  pour  l'histoire  du  droit  comparé.  Une  édition  des  constitutions 
impériales  par  ordre  géographique  de  destination  serait  très-utile. 

3.  Bourdot  de  Richebourg,  t.  I,  p.  306.  Aujourd'hui  Pas-de-Calais,  arrondis- 
sement de  Saint-Omer.  Ce  petit  pays  comprenait  les  paroisses  de  St-Nicolas, 
Ste-Marie-Kerque,  St-Omer-Capelle,  St-Folquin. 

4.  Bourdot  de  Richebourg,  t.  I,  p.  347.  Fillièvre  dépend  aujourd'hui  de  l'ar- 
rondissement de  baint-Pol-sur-Ternoise  (Pas-de-Calais). 

3.  Libri  feudonun,  lib.  V,  lit.  XIII,  XIV.  Voyez  ici  quelques  pages  très-inté- 
ressantes de  M.  Terrât,  Du,  colonal  en  droit  romain,  des  retraits  en  droit  fran- 


492 

le  fait  primitif  de  la  communauté  de  tribu  a  donné  naissance 
au  même  usage  :  le  retrait  par  les  voisins  y  est  de  droit  com- 
mun \  au  lieu  d'apparaître  comme  chez  nous  à  l'état  de  curiosité 
juridique. 

J'ai  peut-être  tort  d'employer  ici  le  mot  curiosité.  Cette 
expression  désignerait  mieux  un  droit  inexpliqué,  un  droit  dont 
l'origine  serait  encore  inconnue,  qu'un  usage  dont  le  sens  histo- 
rique, comme  on  va  le  voir,  n'est  pas  douteux.  Puisque  les 
coutumes  de  l'Angle  et  de  Fillièvre  semblent  nous  y  inviter, 
revenons  donc  en  finissant  à  ces  peuples  germaniques  par  lesquels 
nous  avons  commencé  cette  étude,  et  essayons  de  retrouver,  dans 
ce  milieu  barbare,  l'histoire  primitive  de  la  vente. 

Nous  sommes  certains  ici  du  point  de  départ  :  nul  doute,  nulle 
hésitation.  On  se  rappelle  qu'il  nous  a  suffi  de  reproduire  le 
témoignage  de  César  et  celui  de  Tacite  pour  établir  que  la 
la  propriété  avait  commencé  en  Germanie  par  l'indivision.  A 
l'époque  de  la  rédaction  de  la  loi  salique,  il  restait  quelque  chose 
de  cette  indivision  primitive  :  bon  nombre  de  Francs  habitaient 
par  petits  groupes  appelés  dans  leur  loi  villae~  (ailleurs  ces 
villages  prennent  le  nom  de  genealogiae^).  Un  sentiment  très- 
vif  de  cohésion,  de  solidarité,  unissait  les  habitants  d'une  même 
villa,  le  lien  du  voisinage  était  même  assez  fort  pour  tenir  çà  et 
là  en  échec  les  droits  du  sang.  Un  roi  mérovingien  fut  obligé  de 
déclarer  que  les  voisins  ne  succédaient  pas,  mais  bien  les  fils,  les 
filles,  les  frères,  les  sœurs^  (environ  l'an  574).  D'après  le  titre 
XLv  de  la  loi  salique,  aucun  étranger  ne  pouvait  s'introduire 
dans  l'une  de  ces  petites  communautés  sans  le  consentement 
unanime  de  tous  ses  membres  :  un  autre  titre  de  la  même  loi  nous 
place  en  présence  d'un^état  de  législation  probablement  posté- 
rieur à  celui  que  suppose  le  titre  xlv,  nous  voulons  parler  du 


rais  (thèse  pour  le  doctorat),  1872,  pp.  119,  120.  M.  Terrât  cite,  à   bon  droit, 
le  cours  si  remarquable  de  M.  Tardif  à  l'école  des  Charles. 

1.  Sir  William  Hay  Macnaghleii,  Principles  ofllindu  and  iMohcanmadan  Law, 
Princi])les  of  Moh.  Law,  ch.  IV,  pp.  204,  205.  Toutefois,  tel  iju'il  se  présente  à 
nous,  le  retrait,  en  droit  musulman,  appartient  aux  seuls  propriétaires  (  onligus, 
et  non  aux  voisins  d'une  manière  générale. 

2.  Lex  Salica,  tit.  XLV  (édit.  Merkel,  p.  25). 

;^.  Lex  Alamannornm,  dans  Perlz,  Monum.   Germ.  Leg.,  t.  III,  1851,  \>.  7(i. 
4.  Lex  Salica,  tit.  LXXVII  (édit.  Merkel,  p. 37).  Gonf.  Pardessus.  Diphinoto, 
chariae,  t.  T.  1S'i3,  p.  142,  n"  184. 


493 

titre  XIV,  §  4  ;  d'après  ce  texte,  le  roi  peut  autoriser  ces  dépla- 
cements de  domicile,  ces  migrations,  comme  s'exprime  la  loi 
salique  ;  s'il  permet  à  un  Franc  de  s'établir  dans  quelque  village, 
les  membres  de  la  communauté  n'ont  pas  le  droit  de  s'y  opposer  : 
la  résistance  à  l'ordre  du  roi  serait  punie  d'une  amende  ^ 

De  ce  qui  précède,  il  paraît  résulter  que  nous  retrouverons  à 
coup  sûr  cliez  les  Germains  ce  mode  de  vente  précédemment 
décrit  en  termes  généraux,  mode  qui  offre  à  nos  yeux  tous  les 
caractères  d'une  époque  primitive  et  qui  rappelle  même,  par 
divers  côtés,  l'indivision  originaire  de  la  terre.  Mais  voici  quelque 
chose  d'inattendu  :  nous  consultons  les  lois  barbares,  les  formules, 
les  actes  eux-mêmes,  et  nous  sommes  surpris  tout  d'abord  du 
résultat  de  cette  enquête.  Il  nous  reste  quelques  contrats  de 
vente  mérovingiens  et  carlovingiens  ;  la  plupart  de  ces  contrats 
ne  diffèrent  en  rien  de  la  vente  Romaine,  j'entends  la  vente  telle 
que  le  cours  des  siècles  l'avait  faite  depuis  longtemps  à  Rome, 
c'est-à-dire  un  contrat  bilatéral  très-simple,  entièrement  débar- 
rassé des  formes  anciennes  de  la  mancipation,  autrement  dit  une 
vente  à  sa  dernière  période,  non  pas  une  vente  primitive.  Voilà 
ce  que  nous  trouvons  dans  la  grande  majorité  des  titres  et  des 
formules  ;  quant  aux  lois,  la  plus  antique  et  la  plus  précieuse  de 
toutes,  la  loi  salique  ne  dit  pas  un  mot  de  la  vente  des  immeubles. 

Il  y  a  là  une  difficulté,  mais  une  difficulté  féconde,  et  dont 
l'examen  va  nous  conduire  très-vite  à  un  premier  résultat  :  si 
les  documents  de  source  germanique  sont  à  peu  près  muets  en  ce 
qui  concerne  l'aliénation  des  immeubles,  n'est-ce  point  qu'à 
l'époque  de  l'invasion  la  vente  des  terres  chez  les  Germains 


1.  «  8000  (linarios  qui  faciunt  solidos  200  culpabilis  judicetur  »  (tit.  XIV,  4,  édit. 
Merkel,  p.  10). 

M.  Sohm  croit  apercevoir  dans  un  diplôme  de  l'an  661  une  allusion  à  quel- 
que autorisalion  de  ce  genre,  accordée  par  Childéric  II  :  aux  termes  de  ce 
diplôme,  le  roi  donne  à  un  couvent  «  quicqiiid  ipse  domnus  G.  pennissu  nostro 
n  in  Vosago  laborarit.  »  Nous  aurons  lieu  de  signaler  nous-méme  plusieurs 
actes  royaux  qui  paraissent  devoir  être  rapprochés  du  tit.  XIV  de  la  loi  salique. 
Voy.  Dipl.  chariae,  éd.  Pardessus,  t.  II,  p.  120,  et  Sohm,  Der  Procesz  der  Lex 
Salica,  Weiraar,  1867,  pp.  14,  15,  note  1. 

Parfois  des  tùUae  différentes  avaient  entre  elles  des  liens  très-étroits  :  la  loi 
salique  parle  de  vaches  qui  appartenaient  en  commun  à  trois  villae  (lit.  III,  0, 
Merkel,  p.  5).  Gonf.  Waitz,  Dus  alte  Redit  der  Salischen  Fraiiken,  Kiel,  18i6, 
p.  126.  Il  est  possible  toutefois  que  dans  ce  titre  III,  g  6,  le  mot  villa  n'ait  pas 
le  sens  collectif  des  tit,  XIV,  g  4 ,  et  XLV. 

33 


494 

était  presque   entièrement  inusitée?  La  propriété  immobilière 
n'avait   pas  acquis  parmi  eux  ce  degré   de   durée,   cet  état 
assez  avancé  d'individualisme    que  suppose  la  vente.    D'où  il 
résulte  que  les  aliénations  de  terre  devaient  encore  être  rares, 
et   voici  une    observation   qui    confirme    notre   pensée  :  nous 
ouvrons  là  plus  vieille  loi  des  Visigoths  publiée  par  Blume 
en  1847;  cette  loi  a  servi  de  canevas  au  rédacteur  de  la  seconde 
loi  barbare  des  Visigotlis  ;  la  comparaison  de  ces  deux  textes  est 
d'un  grand  intérêt,  parce  qu'elle  nous  fait  toucher  du  doigt 
certaines  modifications,  certains  progrès  amenés  par  la  double 
influence  du  temps  et  du  milieu  civilisé  où  s'étaient  établis  les 
Yisigotbs.  Or  la  vieille  loi  publiée  par  Blume  contient  plusieurs 
prescriptions  relatives    à  la  vente:  le  législateur  a  l'occasion 
d'énumèrer  divers  objets  qui  peuvent  être  aliénés  ;  il  cite  les 
esclaves,  les  animaux  et  ne  parle  pas  des  terres^.  Rapprochez 
ici  la  loi  plus  moderne  ;  vous  retrouverez  le  même  texte,  mais  vous 
apercevrez  bien  vite  une  différence  importante  :  les  immeubles 
apparaissent  dans  ce  texte  rajeuni  :  «  Sive  mancipia,  seu  quodlibet 
animalium  genus  venditur,  »  disait  la  vieille  loi.  «  Seu  res  ahquse, 
sive  terrae,  vel  mancipia,  vel  quodlibet  animahum  genus  ven- 
ditur, »  trouvons-nous  dans  la  loi  plus  moderne-.  L'intercalation 
de  ces  mots  sive  terrae  ne  permet-elle  pas  de  signaler  ici  l'intro- 
nisation officielle  de  la  vente  des  immeubles  dans  la  législation 
wisigothique?  La  vente  pouvait  exister  précédemment,  car  les 
mœurs  sont  toujours  en  avance  sur  les  lois  ;  toute  espèce  de 
contrat,  de  rapport  nouveau  des  hommes  entre  eux,  préexiste 
nécessairement  à  son  apparition  dans  la  loi,  mais  il  n'est  pas 
moins  permis  de  soupçonner^  ici  deux  états  de  législation  dans 
lesquels  la  vente  des  immeubles  joue  un  rôle  très-différent: 
dans  le  premier  état  elle   n'existe  pas  encore  ofiiciellement  ; 


1.  Blume,  Die  Wesfgoihische  antiqua,  oder  das  (jesezbuch  Reccnred  des  ers- 
ten,  ch.  294,  1847,  pp.  18,  20. 

2.  lUuiïie,  ibid.,  p.  21. 

3.  Nous  présentons  celle  obscM-valion  comme  une  pure  liypolhèse.  Rigoureu- 
sement, il  ne  serait  pas  impossible  d'invoquer  contre  celle  liypolhèse  dix  ou 
quinze  mots  qu'on  a  pu  déchifl'rer  du  chap.  303  de  la  vieille  loi  des  Visigolhs 
(Blume,  ibid.,  p.  22);  enfin  on  pourrait  sx)utenir  également  que  si  h  loi  ne 
mentionne  pas  ici  les  immeubles,  c'est  qu'elle  ne  doit  pas  les  mentionner,  parce 
qu'elle  entend  laisser,  en  ce  cas,  au  vendeur  le  droit  de  revenir  sur  le  contrat 
en  invoquant  la  vileté  du  prix. 


495 

dans  le  second  elle  apparaît  au  grand  jour,  elle  est  consacrée. 
Nous  n'ignorons  pas  que  les  législations  barbares  n'avaient 
nullement  la  prétention  de  prévoir  tous  les  cas  juridiques  ;  leur 
silence  n'implique  donc  pas  d'une  façon  absolue  la  rareté  des 
ventes  immobilières,  mais  cet  argument  n'est  pas  isolé  :  on  se 
rappellera  que  dans  les  titres,  dans  les  actes  eux-mêmes,  la 
vente  Romaine  apparaît  presque  exclusivement.  On  remarquera 
que  la  saisie  immobilière  se  montre  très-tard  dans  la  législation 
franque,  elle  n'existe  pas  encore  dans  la  loi  salique^;  enfin  on 
n'oubliera  pas  que  plusieurs  lois  barbares  semblent  concéder 
comme  un  droit  nouveau  la  faculté  de  vendre  les  terres  ^  :  plu- 
sieurs d'entre  elles  restreignent  singulièrement  l'exercice  de  ce 
droit  ;  si  la  nécessité  de  vendre  n'est  dûment  constatée,  l'immeuljle 
ne  pourra  être  aliéné^.  A  la  lecture  de  ces  textes,  on  sent  que 

1.  Nous  devons  sur  ce  point  de  précieux  renseignements  à  M.  Marcel  Théve- 
nin,  répétiteur  à  l'École  des  hautes  études. 

2.  Voy.  Loi  des  Thuringes,  lit.  XIII  :  «  Libère  homini  liceat  hereditatem  suam 
oui  voluerit  tradere.»  Canciani,  Barb.  leg.  antiq.,  t.  III,  p.  31-36,  et  Walter,  Cor- 
pus jur.  Germ.,  t.  I,  p.  380. 

Loi  des  Saxons,  tit.  XV.  «  Traditiones  et  venditiones  omnes  legitimse,  stabi- 
Ics  permaneant,  »  et  la  suite  avec  le  commentaire  de  Canciani,  t.  III,  p.  58. 
Conf.  Lex.  Burg.,  t.  I  et  tit.  LXXXIV,  §  l,  dans  Pertz,  Mon.  Germ.  Leg.,  t. 
III,  pp.  532,  568.  Lex  Aknnannorum,  dans  Pertz,  Mon.  Leges,  t.  III,  p.  45. 

3.  Loi  des  Saxons,  tit.  XVII.  «  Liher  homo  qui  sub  tulela  nobilis  cujuslibet 
»  erat,  qui  jarn  in  exilium  missus  est,  si  hœreditatem  suam  necessitate  coactus 
»  vendere  voluerit,  oflerat  eam  primo  proximo  suo,  etc.  »  (Canciani,  Barb.  leg. 
ant.,  t.  III,  p.  59). 

Ecosse,  Leges  Burgorum,  cap.  CXXVIII.  «  Et  testabuntur  quod  vendens  ven- 
»  didit  illam  terram  ratione  paupertatis,  et  illa  pauperlas  fuit  probata,  ante  ven- 
»  dilioneni,  per  duodecira  légales  et  fidèles  bomines  »  (Houard,  Traités  sur  les 
coutumes  anglo-normandes,  t.  II,  1776,  pp.  449,  450). 

Coutumier  de  l'île  de  Gotbland,  cap.  XXXVIIl.  g  1.  Landeigenlbum  mag  nie- 
»  rnand  verkaufen  obne  Notb.  Treibt  ibn  die  Xotb  dazu,  so  soU  er  zusagen 
»  seinen  nœcbsten  Verwandten  im  Beiseyn  seiner  kircbspielgenossen  und  der 
'>  iibrigen  Familienglieder,  und  dièse  sollen  uutersucben,  welcbe  Noth  ibn 
»  duzu  treibt  (traduction  de  Scbildener,  Guta-Lagh,  Greifswald,  1818,  p.  59). 

Conf.  Miroir  de  Saxe.  liv.  I,  art.  34  :  «  Obne  des  Ricbters  Urlaub,  mag  ein 
»  Mann  sein  Eigen  wolb  vergeben  mit  genebm  seiner  Erben;  nur  dass  er  eine 
»  Halbe  Hnfe  davon  bebaltc  und  ein  Gebœft,  da  man  einen  Vkagen  darauf 
»  umwenden  mag.  »  (traduction  de  Sacbsse,  Sachsenspiegel  oder  Saechsisches 
Landrccht,  Heidelberg.  1848,  p.  72). 

Coutume  de  Ribnilz  (Mecklenbourg-Gustrow.)  «  Wird  allhie  einem  jeden,  der 
»  dazu  qualilicirl,  und  deme  es  im  Recbten  nicbt  sonderlicb  verbotben,  seine 
»  Giilber  in  Nolbfaellen    zu  veraeussern,  zu  verpfasnden,  oder  zu  verkauffea 


496 

la  vente  dos  terres  est  un  fait  nouveau,  un  l'ait  secondaire  dans 
l'histoire  du  droit.  S'approprier  complètement  la  terre,  et,  malgré 
l'influence  persistante  du  voisinage,  transmettre  son  droit  sur 
l'immeuble,  en  d'autres  termes,  mobiliser  ce  droit,  ce  fut  là  une 
grande  évolution  économique,  évolution  qui  modifia  profondément 
l'état  social  des  peuples  dont  nous  nous  occupons,  et  qui,  à  coup 
sûr,  ne  s'accomplit  pas  en  un  jour.  Elle  n'eut  pas  cet  éclat  qui 
frappe  les  contemporains,  et  l'histoire  n'en  est  écrite  nulle  part  : 
nous  ne  pouvons  que  soupçonner  une  série  de  nuances,  de  trans- 
formations lentes,  dont  le  détail  nous  échappe  en  partie. 

L'influence  du  droit  Romain  dut  assurément  être  considérable  ; 
la  vente  Romaine  hâta,  sans  nul  doute,  l'émancipation  de  la 
terre  parmi  les  Germains,  et  ceci  nous  explique  le  caractère 
Romain  de  la  grande  majorité  des  actes  de  vente  qui  nous  sont 
parvenus.  Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  que  la  plupart  de  ces 
actes  intéressent  des  établissements  religieux,  lesquels  se  régis- 
saient par  le  droit  Romain. 

Est-ce  à  dire  que  nous  chercherions  vainement  à  l'époque 
barbare  et  dans  notre  milieu  franc  les  traces  de  la  vente  germa- 
nique ou  primitive?  Non,  assurément  :  la  vente  germanique  est 
décrite  dans  la  loi  Ripuaire  ;  elle  y  apparaît  sous  une  forme  qui 
répond  parfaitement  aux  données  générales  que  nous  possédons 
déjà,  et  qui  concorde  également  avec  les  présomptions  que  pou- 
vait nous  inspirer  la  lecture  de  la  loi  salique. 

On  se  rappelle,  en  effet,  les  titres  xlv  et  xiv,  4,  de  cette  loi,  où 
apparaît  un  sentiment  très-vif  de  cohésion  entre  tous  les  habi- 
tants d'un  hameau,  d'une  villa;  nous  avons  vu  soit  l'autorité 
populaire,  soit  l'autoi'ité  royale,  intervenir  à  l'occasion  des 
migrations  de  village  à  village.  Si  nous  nous  plaçons  à  l'origine 
des  choses,  convient-il  de  réunir  ces  deux  idées  :  changement  de 
résidence,  achat  d'un  terrain?  Cela  est  peu  probable  :  nous 
supposons  volontiers  que  le  nouveau  venu  s'installait  sur  quelque 
terrain  libre  et  non  encore  cultivé  S  ou  qu'il  faisait  échange  de 


»  erstaUet,  jedoch  al)eral.so,  dass  etc.  »  {Codicillus  jurium  civitatum  Megapolen- 
sium  de  an.  1589,  dans  Weslphalen,  Monumenia  inedila  Reruni  Gennanicarum 
praecipue  Cimbrkanim  et  Megapolensium,  t.  I,  Lipsitie,  1739,  col.  20(31). 

1.  M.  Solun,  d'accord  avec  M.  Waitz  [Dus  aile  Recht  der  Sal.  Frank,  p.  129), 
est  convaincu  que  ce  cas  est  visé  par  le  lit.  XIV,  §  4.  11  s'appuie  sur  ces  mots  : 
«  Quod  laboravit  demiltal  »  (Solini,  Procesz,  ])\).  li  et  15,  noie  1). 


I 


497 

résidence  avec  un  autre  franc.  Mais  ces  migrations  prirent 
certainement  très-vite  une  allure  nouvelle  :  la  terre  tendait  de  plus 
en  plus  à  devenir  propriété  privée  et  transmissible  ;  pour  s'établir 
dans  un  village,  il  fallut  y  acquérir  un  terrain.  En  ce  cas, 
suivant  toute  probabilité,  le  consentement  de  la  commune  ou 
l'autorisation  du  roi  furent  nécessaires.  Telles  sont,  du  moins, 
les  présomptions  qui  naissent  d'elles-mêmes  à  la  lecture  de  la  loi 
salique;  mais  si  nous  ouvrons  la  loi  ripuaire,  ces  présomptions 
se  changent  immédiatement  en  certitude.  D'après  le  titre  lix  (61) 
de  cette  loi,  les  ventes  doivent  avoir  lieu  dans  le  Mallura.  C'est 
au  sein  du  Mallum  que  l'acheteur  remettra  au  vendeur  le  prix 
stipulé  au  contrat,  c'est  aussi  dans  l'assemblée  du  peuple,  dans 
le  Mallum,  que  se  célébreront  les  donations  ^ 

Un  peu  plus  loui,  la  même  loi  nous  autorise  à  supposer  que  le 
roi  intervenait  souvent  dans  ces  transactions  :  le  titre  lx  ^  (62) 
nous  parle,  en  effet,  d'un  acheteur  qui  n'a  pu  obtenir  un  Testa- 
mentum,  c'est-à-dire  un  acte  écrit  constatant  l'achat.  Quelle 
est,  au  juste,  la  nature  de  ce  Testamentum?  A  nos  yeux,  le 
Testamentum,  c'est  l'acte  royal  qui  autorise  la  vente  ;  plusieurs 
diplômes  royaux  autorisant  des  ventes  nous  sont,  en  effet,  parvenus; 
on  peut  citer  un  diplôme  de  l'an  656  ^,  un  diplôme  de  l'an  711  ^ 
enfin  un  diplôme  de  l'an  709  par  lequel  Childebert  III,  en  plaid 
public,  confirme  une  A^ente  de  terre  faite  par  Léodefrid  à  un  clerc 
du  nom  d'Audoin^.  En  demandant,  dans  cette  circonstance, 
l'autorisation  du  roi,  Audoin  et  Léodefrid  se  conformèrent  aux 
usages  du  temps,  car  une  formule  que  nous  fournit  le  recueil  de 
M,  de  Rozière  prévoit  exactement  le  même  cas^. 

On  conçoit  sans  peine  que  les  ventes  de  terre  devenant  de 
plus  en  plus  fréquentes,  le  roi  ou  plus  simplement  le  comte  et 
son  Mal  lu  ni  ne  pouvaient  pas  toujours  intervenir:  aussi  la  loi 
Ripuaire  nous  parle-t-eUe  d'un  acheteur  qui  n'a  pu  «  accipere 
Testamentum,  »  et  ce  cas  devait  être  fréquent.  Que  fera  donc 


1.  Lex  Bipuar.,  tit.  LIX   (61)   De   vendiUoiiibus,  1,  7,  dans  Walter,  Corpus 
Jxiris,  I,  pp.  182,  183. 

2.  Lex  Ripuar.,  tit.  LX  (62)  De  traditionibus  et  testibus  adldbendis,  ibid.,  p. 
184. 

3.  Pertz,  Mon.  Germ.  Jiist.  Bipl,  I,  p.  21. 

4.  Pertz,  Ibid.,  p.  70,  n.  79. 

5.  Jules  Tardif,  Mon.  hist.  Paris,  1866,  p.  36. 

6.  De  Rozière,  Recueil  génér.,  \"=  partie,  form.  284,  pp.  342  et  343. 


498 

cet  acheteur  sans  titre?  Il  se  transportera  sur  les  lieux  ;  c'est  là 
que  se  célébrera  la  tradition,  en  présence,  si  la  chose  est  possible, 
de  douze  témoins  majeurs  et  de  douze  enfants  auxquels  on 
donnera  quelques  soufflets  et  dont  on  tirera  les  oreilles  pour 
mieux  fixer  leurs  souvenirs  ^ . 

Nous  croyons  apercevoir  dans  les  textes  qui  viennent  d'être 
analysés  une  simplification  de  Yaclfathoniia,  cette  donation  à 
cause  de  mort  minutieusement  décrite  par  la  loi  salique  -  ;  et 
voici  les  divers  échelons  de  cette  gradation  descendante  :  tout 
d'abord,  le  titre  lix  (61)  de  la  loi  ripuaire  rappelle  encore  assez 
bien  Yadfailiomia  solennelle  de  la  loi  Salique;  le  comte  et  l'assem- 
blée populaire  jouent  dans  ce  titre  un  rôle  important  ;  ce  qui  n'est 
pas  sans  analogie  avec  les  formalités  du  titre  De  adfathamire 
de  la  loi  Salique.  Nous  retrouvons  ici  une  sorte  (Yadfathomia, 
mais  une  adfathomia  beaucoup  moins  compliquée.  La  cérémonie 
se  simplifie  encore  davantage  dans  l'espèce  prévue  par  le  titre  lx 
(62)  que  nous  venons  de  résumer.  L'acte  dont  s'occupe  ce  titre 
LX  (§  1)  n'est  plus  autre  chose  qu'une  tradition  en  pré- 
sence de  témoins  ;  et  nous  voici  complètement  d'accord  avec  le 
capitulaire  du  ix"  siècle  qui  définit  Yadfathomia  par  ce  seul 
mot:  tradition'^.  Les  traditions  qui,  aux  termes  de  plusieurs 
formules,  se  font  en  présence  des  boni  homines,  ne  seraient 
donc  à  nos  yeux  que  des  adfcdhomiœ  simplifiées'^. 

Nous  avons  conduit  la  vente  jusqu'à  une  phase  de  son  déve- 
loppement où  elle  paraît  se  dégager  d'une  manière  décisive  des 
influences  du  voisinage.  Toutefois  la  conscience  populaire  garde 
le  souvenir  de  la  cohésion  primitive  du  village  ;  ces  traditions 
ne  se  perdent  pas,  mais  elles  se  transforment  et  nous  les 
retrouverons  bientôt.  Constatons  ici  que,  parfois,  dans  le 
cours  du  ix°  siècle,  le  rôle  du  voisinage  apparaît  encore  très- 
nettement;  en  l'an  839,  par  exemple,  un  certain  Ratolt  songe  à 
faire  une  donation  importante  à  l'évêque  de  Freising'.  C'est  une 
afiaire  solennelle.  Ratolt  consulte  ses  fidèles  «  consilium  ei  danti- 


1.  Lex  Ripuar.  dans  AValtev,  Corpus,  1,  p.  184.  il  y  aura  un  nombre  moindre 
de  témoins  si  l'objet  vendu  est  de  jieu  d'importance. 
'2.  Lex  Sallca,  tit.  XLVI,  De  adfathomire  (édit.  Merkel,  p.  28). 

3.  Cap.  de  l'an  819,  ch.  X,  dans  Poriz,  Monum.  Loges,  t.  I,  p.  226. 

4.  De  Rozière,  Recueil  génér.,   V"  partie,  form.  286,   289,  pp.  344,  345,  346. 
ProbablemenI  aussi  form.  287  et  288. 


499 

bus  fidelibus  suis.  »  Ceux-ci  sont  d'un  avis  favoralDle  et  Ratolt 
expédie  un  messager  à  Tévêque  pour  lui  faire  part  de  ses  inten- 
tions. Celui-ci  «  ne  dédaigne  pas  »  de  se  transporter  en  personne 
près  de  Ratolt  ;  il  lui  adresse  de  bonnes  paroles  «  monita  salu- 
taria.  »  Puis,  solennellement,  devant  tous  les  voisins  et  les 
parents  du  donateur,  il  demande  si  Ratolt  peut  disposer  de  ses 
biens  pour  le  salut  de  son  âme.  Par  trois  fois,  il  répète  la  même 
question,  personne  ne  veut  y  contredire  (et  personne  ne  le  peut, 
ajoute  le  rédacteur  dans  un  sentiment  tout  romain).  En  ce  moment 
Ratolt  qui,  ceint  de  son  glaive,  s'est  tenu  pendant  cette  interro- 
gation solennelle,  debout,  dans  sa  salle  à  manger,  en  face  de 
Févêque  et  de  l'assemblée,  composée  de  ses  parents  et  de  ses 
voisins,  fait  entre  les  mains  du  vénérable  Êrchanpert  et  de 
son  avoué  Régimpert  la  tradition  de  sa  fortune '.  L'acte  est 
consommé. 

J'imagine  que  plus  d'une  fois  ces  témoins  ou  ces  fidéjusseurs^ 
qui  apparaissent  si  modestement  dans  les  actes,  jouèrent  en 
réalité  un  rôle  assez  analogue  à  celui  des  voisins  et  des  parents 
de  Ratolt  ;  mais  ce  rôle  s'efîaça  :  l'assemblée  populaire,  au  sein 
de  laquelle  se  célébrait  l'aliénation  et  qui  l'autorisait,  s'amoindrit 
peu  à  peu  et  finit  en  beaucoup  de  lieux  par  s'évanouir  entière- 
ment ;  on  trouve  encore,  en  l'an  855,  des  témoins  qui  figurent  à 
une  donation,  «  conformément  aux  usages  des  Ripuaires,  des 
Saliens  et  des  Frisons  ^  »;  mais  ici  le  donateur  ne  leur  demande 
pas  leur  consentement  ;  il  ne  les  consulte  même  pas.  Ce  sont, 
aux  termes  de  l'acte,  de  simples  assistants; 

Non  pas  que  la  vente  entre  dès  lors  dans  une  période  de  pleine 
liberté  ;  si  nous  quittons  les  temps  barbares  pour  arriver  à  la 
période  coutumière  et  féodale,  nous  retrouvons   transformée. 


1.  Meichelbek,  Eist.  Fririsiiig.  I,  Dipl.  607,  p.  311, 

2.  Extraits  du  cart.  de  Redon,  dans  Courson,  Hist.  des  peuples  Bretons,  i.  I, 
n"  20  (année  822),  22  (année  867),  25  (année  867);  Dom  \a\ss.,  Uist.  de  Langue- 
doc, t.  II,  Preuves,  col,  101  (année  959).  11  va  sans  dire  que  je  suis  loin  de 
inéconnaîlre  le  rôle  très-iuiporlaiit  que  joue  dans  Thistoire  de  la  vente  le  droit 
de  la  famille  sur  la  terre;  mais  l'objet  de  mes  recherches  n'est  pas,  eu  ce  mo- 
ment, l'influence  de  la  famille,  c'est  l'influence  du  voisinage. 

3.  «  Coram  testibus  et  nobilium  virorum  praesentia,  secundum  legcm  ripua- 
»  riam  et  salicam,  necnon  secundum  Euva  Fresonurn.  n  Acte  de  l'an  855  dans 
Mira-us,  Diplomatmn  Belgicorum  nova  cotlcctio,  éd.  Foppens,  Bruxelles,  1734, 
t.  111,  p.  561. 


300 

métamorphosée,  mais  toujours  reconnaissable,  cette  idée  primitive 
et  fondamentale  :  intervention  de  l'autorité  locale,  droit  du  voi- 
sinage. De  cette  notion  antique  dérivent  les  usages  qu'on  désigne 
par  ces  noms  :  Invcsiissernent  ou  Nantissemenl;  Retrait. 

L'investissement  est  donné  tantôt  par  la  commune,  ou,  du 
moins,  par  ses  représentants,  tantôt  par  le  seigneur.  Quant  au 
retrait,  c'est  presque  toujours  en  France  le  seigneur  qui  l'exerce 
à  son  profit  (nous  parlons  ici  du  retrait  seigneurial,  non  pas  du 
retrait  lignager). 

L'investissement  par  la  commune  que  nous  trouvons,  par 
exemple,  à  Amiens  S  à  Lille^,  est  une  forme  populaire  qui  doit 
nous  rappeler  et  le  consentement  unanime  de  la  communauté 
pour  l'admission  d'un  étranger  dans  les  tillae  saliques,  et  la 
solennité  de  la  vente  in  mallo  de  la  loi  ripuaire,  solennité  qui 
s'est  maintenue  pendant  des  siècles  en  divers  pays,  notamment 
chez  les  Scandinaves^.  Dans  les  villes  d'Amiens,  de  Lille,  le  con- 
sentement des  habitants  à  l'admission  de  l'étranger  acquéi'eur 
d'un  immeuble  prend  corps  et  revêt  une  forme  juridique,  mais 
c'est  bien  la  communauté  qui  agit.  En  beaucoup  de  lieux,  ce  carac- 
tère s'est  effacé  sans  retour.  Ce  qui  était  populaire  est  devenu 
féodal,  les  droits  de  la  communauté  se  sont  personnifiés  dans 
un  homme  ;  en  d'autres  termes,  c'est  le  seigneur  qui  investit  '^ 


1.  Ancienne  coutume  d'Amiens  (1"=  moitié  du  xni°  siècle),  art.  6,  dans  A, 
Thierry  ;  Recueil  des  mon.  inédits  du  Tiers-État,  région  du  nord,  t.  I,  p.  129. 
Seconde  coutume  antérieure  à  1292,  ibid.,  pp.  163,  164.  Conf.  une  vente  passée 
en  1170  par-devant  la  commune  d'Amiens,  une  donation  en  1 195  dans  les  mêmes 
conditions,  il)id.,  pp.  94,  95,  118,  119. 

2.  Ord.  du  duc  de  Bourgogne,  en  1421,  à  la  suite  du  Rohiw,  Franchises,  lois 
et  coutumes  de  la  ville  de  Lille,  édil.  15run-Lavainne,  1842,  p.  60. 

3.  Loccenius  et  Lundius,  Legum  W.  Gothicarum  in  Suionia  liber,  lit.  de 
jure  agrario,  cap.  VI,  Upsalis,  p.  24.  Consiiiutio  Woldemari  régis  per  Thor- 
donem  legiferum,  etc.  dans  Ludewig,  Reliquiae  manuscriptorum,  l.  Xli,  1741, 
pp.  174,  186.  Régis  Magni  Legum  reformatoris  leges  Gula-Thingenses,  Hauniae, 
1817,  pp.  289,  290. 

Coutumes  de  Marlow  (Mecklenbourg-Gustrow  en  Mecklenbourg-Schwerin), 
Witlcnburg  (Mecklenbourg-Scliwerin)  Teterow  (Mecklenbourg-Gustrow),  Slern- 
Lerg  (Mecklenbourg-Schwerin).  —  Codicillus  jurium  civitaium  Megapolensium 
de  an.  1589,  apud  Westphalen,  3lon.  inedita  rerum  Germanicarum  praecipue 
Cimbricarum  et  Megapolensium,  t.  I,  Lipsiœ,  1739,  col.  2081,  2089,  2093,  2003. 

leges  Burgorum,  cap.  CXV,  CXXVIl,  2,  dans  Ilouard,  Traités  sur  les 
coutumes  anglo-normandes,  t.  Il;  1770,  pp.  441,  'i'i9,  450. 

4.  Textes  trés-nombrcux:  l'un  des  plus  inléressanls  est  celui  du  coulumier 


D0^ 

Quant  au  droit  d'exclusion  qui  appartenait  au  voisinage,  il  a 
été  presque  partout  en  France  dévolu  au  seigneur;  et  c'est 
là  le  retrait  féodal. Cette  transformation  du  vieil  usage  mentionné 
par  la  loi  salique  (titre  xlv,  xiv,  4)  est  très-ancienne  :  je  trouve 
dans  la  loi  des  Saxons^  un  retrait  quasi-seigneurial  ou 
du  moins  un  droit  de  préférence  d"où  dérive  immédiatement  le 
droit  de  retrait.  Ce  droit  de  préférence  est  accordé  au  représen- 
tant du  roi ,  «  ei  qui  tune  a  rege  super  ipsas  res  constitutus  est.  » 
A  l'époque  mérovingienne  -  l'ingérence  du  roi  pour  autoriser  un 
Franc  à  s'établir  dans  un  village  auquel  jusque-là  il  n'appartenait 
pas,  prouve  que  déjà  le  droit  de  la  communauté  est  en  voie  de 
décroissance.  C'est  le  roi  qui  autorise  les  migrations  de  village  à 
village,  c'est  le  roi  qui,  très-souvent,  autorise  les  ventes.  Mais 
nous  approchons  d'une  période  nouvelle  :  le  roi  va  céder  la  place 
à  une  foule  de  petits  rois  disséminés  sur  le  territoire  ;  en  d'autres 
termes  le  régime  royal  va  être  remplacé  par  le  régime  féodal. 
Dès  lors,  la  permission  d'aliéner  qui  était  donnée  primitivement 
par  la  communauté,  puis  par  le  roi  ou  par  le  comte,  sera  octroyée 
par  le  seigneur  s.  Dans  les  pays  où  l'influence  de  la  communauté 
s'est  développée  au  lieu  d'être  absorbée  par  un  pouvoir  unique, 
elle  a  donné  naissance,  nous  l'avons  vu,  à  un  droit  de  préférence 
ou  de  retrait  au  profit  des  voisins.  Ce  qui  s'explique  à  merveille  : 
un  membre  de  la  communauté  veut  A'endre  sa  terre;  il  lui  faut  le 
consentement  unanime  des  voisins  :  l'un  des  voisins  s'avisera  de 
mettre  une  condition  à  son  consentement,  il  n'autorisera  la  vente 
que  si  lui-même  prend  la  jDlace  de  l'acheteur.  C'est  là  le  retrait 
de  voisinage  dont  nous  avons  constaté  l'existence  à  Fillièvre, 
dans  le  pays  de  l'Angle,  et  dont  Mittermaier  et  Grimm  ont  cité 
bien  d'autres  exemples'^.  Le  seigneur  féodal  retrouvera  sans  peine 

d'Artois,  revu  sur  les  manuscrits  par  Klimratli,  Trav.  sur  Vhist.  du  droit  franc, 
t.  II,  1843,  pp.  378,  379. 

1.  Lex  Saxomim,  lit.  XVII,  dans  Walter,  Corpus  juris,  t.  I,p.  389. 

"2.  Léx  Salica,  tit.  XIV,  4  (édition  Merkel,  p.  10). 

3.  Voyez  un  acte  de  lOiO  constatant  le  droit  de  préférence  au  profit  du  Sei- 
gneur. Waitz,  Urk.  zur  deutschen  Verfassuiigeschichte  im  11  und  il  Juhrhun- 
dert,  Kiel,  1871,  p.  44.  Voyez  aussi  un  titre  de  l'an  977  (Laurière,  Texte  des 
coût,  de  la  prévôté  et  vicomte  de  Paris,  t.  II,  1777,  p.  2).  Il  ne  faut  donc 
pas  s'en  tenir  à  cette  phrase  de  Mittermaier  :  «  In  Frankreich  kommt  die 
œlteste  Urk.  von  1171,  in  Coutumes  de  Vdlefranche  vor.  »  [Grundssutze  d. 
gem.  deuts.  Privair.  vol.  II,  1843,  p.  35,  note  11.) 

4.  Voy.  ici  Grimm,  Deutsche  Rechtsaltei'ihumcr .  Gœllingen,  1854,   pp.  30, 


502 

le  même  procédé  :  il  autorisera  la  vente  à  une  condition,  c'est 
que  la  vente  se  fera  à  son  profit  S  et  voilà  toiite  l'histoire  du 
retrait  féodal. 

Nous  résumerons  par  un  mot  nos  vues  sur  le  retrait  et  sur 
l'investissement;  l'investissement  par  lo  seign(>ur  et  le  droit  de 
retrait  à  son  profit  ne  sont  pas  des  inventions  ou  des  créations 
arbitraires.  Ce  sont  des  transformations. 

Est-ce  à  dire  que,  partout  où  nous  rencontrons  le  nantissement 
ou  le  retrait  féodal,  nous  puissions  en  inférer  que  les  usages 
populaires  dont  nous  venons  de  parler  préexistaient  dans  le 
même  pays?  Ce  serait  peut-être  aller  loin  :  sous  l'influence  de 
causes  générales  et  dans  certains  milieux,  un  développement 
personnel  a  pu  se  produire  brusquement  au  sein  de  la  commu- 
nauté et  y  absorber  des  droits  qu'elle  contenait  en  germe,  mais 
qui  n'avaient  pas  eu  l'occasion  de  s'exercer  régulièrement;  en 
d'autres  termes,  nous  entendons  signaler  ici  une  filiation  d'idées 
plutôt  qu'une  filiation  de  faits.  , 

Nous  voici  parvenu  au  terme  de  ce  travail-  :  le  but  que  nous 
nous  étions  proposé  nous  paraît  atteint.  Grâce  à  une  étude  atten- 
tive des  monuments  historiques,  nous  avons  pu  vérifier  l'exac- 
titude des  présomptions  que  nous  avait  inspirées  l'état  actuel  de 
la  propriété  chez  certains  peuples  pasteurs  et  encore  à  demi 
nomades.  Chemin  faisant,  nous  avons  eu  l'occasion  de  signaler 
l'origine  de  quelques  usages  et  de  quelques  théories  juridiques 
qui  semblent  autant  d'énigmes  indéchiffrables  si  on  ne  les 
explique  comme  nous  avons  été  conduit  à  le  faire.  A  la  vérité, 
au  cours  de  cette  longue  enquête,  nous  avons  pu  méconnaître  le 
sens  de  quelques-uns  des  textes  si  nombreux  et  si  divers  qui 
nous  ont  passé  sous  les  yeux,  mais  il  est  peu  probable  que  nous 
les  ayons  tous  mal  interprétés  et  que  l'idée  générale  qui  nous  a 
paru  s'en  dégager  soit  une  pure  chimère  de  notre  imagination: 


531,    C07.    Mitlermaier ,    Grundsaetze  des  Gevieinen    deutschen  privatrechts, 
Regensburg,  1843,  t.  II,  p.  33-37. 

1.  Texte  inléressanl  dans  nue  ordonnance  de  Charles  (depnis  Charles  V), 
février  1357,  art.  38,  Bec.  des  Ord.,  t.  III,  1732,  p.  209. 

2.  J'ai  conlraclé  une  deUe  de  reconnaissance  envers  i)hisieuis  personnes  qui 
m'ont  donné,  ]iour  raché\enient  de  ce  travail,  d'excellents  avis,  prêté  leurs 
livres,  conseillé  certaines  corrections  :  je  prie  chacune  d'entre  elles  de  recevoir 
ici  mes  sincères  remercîmenls. 


303 

nous  pouvons  donc  formuler  en  finissant  cette  conclusion  histo- 
rique: dans  rinde,  en  Grèce  et  en  Italie,  la  terre  a  été,  comme  en 
Germanie,  possédée  en  commun  avant  de  devenir  le  domaine 
propre  de  la  famille  ou  de  l'individu. 

Cette  possession  commune  nous  l'avons  étudiée  ici  plus  parti- 
culièrement dans  le  groupe  un  peu  vague  qui  compose  la  tribu, 
la  peuplade,  le  viUage  ;  mais  nous  n'avons  pas  arrêté  nos  regards 
sur  le  noyau  primitif  de  la  tribu,  sur  la  famille.  Quelques  expli- 
cations sont  ici  nécessaires  :  que  la  tribu  soit  née  et  procède  de 
la  famille,  en  d'autres  termes  que  la  famille  soit  la  source  et 
l'origine  de  la  société  civile,  à  nos  yeux  le  fait  n'est  pas  douteux  ; 
mais  cette  question  n'est  pas  celle  que  nous  nous  étions  proposé 
ici  d'étudier.  Les  textes  indo-germaniques  relatifs  à  l'histoire  de 
la  propriété,  aussi  loin  qu'ils  nous  permettent  de  plonger  nos 
regards,  nous  placent  en  présence  d'une  société  naissante  déjà 
plus  vaste  que  la  famille  et  qui  la  renferme  dans  son  sein.  Quant 
à  la  famille  originaire,  germe  de  la  tribu,  elle  ne  nous  est  pas 
apparue,  les  textes  dont  nous  nous  sommes  servi  pour  l'histoire  des 
origines^  de  la  propriété  nous  montrent  la  famille  déjà  comprise 
dans  l'État,  ou  si  on  préfère  une  expression  moins  ambitieuse, 
dans  la  tribu,  dans  le  groupe  du  voisinage;  elle  y  jouit  donc  de 
cette  communauté  de  biens  qui  a  fait  l'objet  de  nos  recherches, 
mais  elle  n'en  jouit  pas  exclusivement. 

Lorsque  l'état  primitif  de  l'indivision  des  terres  aura  peu  à 
peu  fait  place  à  un  ordre  de  choses  tout  nouveau,  lorsque  les 
premiers  domaines  se  seront  formés,  alors  le  sentiment  de  la 
communauté  et  de  la  solidarité  des  droits,  des  intérêts  et  des 
besoins  se  réfugiera  et  se  fortifiera  dans  la  famille.  C'est  au  sein 
de  la  famille  qu'à  une  époque  plus  récente  et  déjà  historique  on 
devra  rechercher  les  traces  de  cette  idée  de  copropriété  que  nous 
avons  signalée  au  sein  de  la  tribu,  au  sein  delà  société  primitive. 

Une  histoire  de  la  communauté  de  biens  dans  la  famille  suivie 
d'un  exposé  des  vicissitudes  diverses  delà  propriété  jusqu'à  une 
époque  plus  récente  serait  une  œuvre  utde  et  pleine  d'intérêt. 
Ce  tableau  ainsi  achevé,  on  verrait  clairement  par  quelles 
phases  diverses  a  passé  la  propriété  immobilière,  on  la  verrait  se 
constituer  lentement  et  se  dégager  avec  les  siècles  des  liens  nom- 
breux qui  l'embarrassaient  à  l'origine  de  son  histoire  ;  chacun 
comprendrait  que  sa  formation,  son  développement,  son  émanci- 
pation sont  les  étapes  ordinaires  du  progrès  et  de  la  civihsation. 


504 

La  propriété  n'est-ello  pas,  en  effet,  un  des  stimulants  les  plus 
actifs  de  l'intérêt  personnel,  et  l'intérêt  personnel  sagement  con- 
tenu par  la  loi  divine  du  juste  et  de  l'injuste  n'est-il  pas  lui-même 
la  source  toujours  vive  d'où  découlent  les  efforts  incessants  qui, 
de  siècle  en  siècle,  transforment,  en  l'améliorant,  l'état  matériel 
de  l'humanité  ? 

Paul  VlOLLET. 


BIBLIOGRAPHIE. 


La  Co:n quête  de  Constantinople,  par  Geoffroi  de  Ville-Hardouin, 
avec  la  continuation  de  Henri  de  Valenciennes.  Texte  original 
accompagné  d'une  traduction  par  M.  Natalis  de  Wailly.  Paris, 
librairie  de  Firmin  Didot,  1872.  Grand  in-8°  de  XXVI  et  5H  p.  et 
une  carte. 

Le  livre  que  nous  annonçons  aujourd'hui  montre  combien  il  reste  à 
faire  même  sur  des  auteurs  de  premier  ordre  dont  les  ouvrages  ont 
exercé  la  critique  de  nombreux  et  illustres  éditeurs  depuis  plus  de 
deux  siècles.  Après  les  publications  de  Du  Cange  en  1657,  de  Dom 
Brial  en  1822,  de  M.  Paulin  Paris  en  1838,  et  de  M.  Buchon  en  18Z|0, 
nous  pouvions  croire  que  nous  avions  un  texte  définitif  de  la  chronique 
de  Geoffroi  de  Ville-Hardouin.  Cette  confiance  semblait  d'autant  plus 
légitime  que  tous  les^manuscrits  importants  avaient  été  collationnés,  et 
que  les  systèmes  les  plus  différents  avaient  été  suivis  par  les  derniers 
éditeurs.  Le  véritable  texte  de  Ville-Hardouin  n'avait  cependant  pas 
vu  le  jour.  Il  était  réservé  à  M.  de  Wailly  de  rendre  à  sa  forme 
première  l'Histoire  de  la  Conquête  de  Constantinople,  et  d'opérer  sur 
ce  monument  une  restauration  aussi  complète  et  aussi  bien  entendue 
que  celle  dont  l'incomparable  livre  de  Joinville  avait  été  l'objet  en  1867 
et  surtout  en  1868. 

Un  résultat  si  xîonsidérable  a  été  obtenu  par  les  moj^ens  les  plus 
simples.  Les  matériaux  employés  par  M.  de  Wailly  ne  diffèrent  pas  de 
ceux  que  les  précédents  éditeurs  avaient  eus  à  leur  disposition  :  mais 
personne  n'avait  songé  à  soumettre  ces  matériaux  à  une  analyse 
vraiment  scientifique;  on  n'en  avait  pas  encore  rigoureusement 
constaté  l'origine,  et  par  conséquent  la  valeur.  Avant  tout,  M.  de  Wailly 
a  voulu  s'en  rendre  un  compte  exact.  Tel  est  l'objet  de  la  Notice  sur 
six  manuscrits  de  la  Bibliothèque  Nationale  contenant  le  texte  de 
Geoffroi  de  Ville-Hardouin  (Paris,  imp.  Nat.,  1872.  In-Zio  de  ilxk  p. 
Extrait  du  tome  XXiV  des  Notices  et  extraits  des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  Nationale).  Dans  cet  important  morceau  de  critique 
paléographique  et  philologique,  M.  de  Wailly  passe  en  revue  les  six 
mss.  suivants  :  A,  français  Zi972  ;  B,  français  2137;  C,  français  1220Zi  ; 
D,  français  12203;  E,  français  2Z|210  ;  F,  français  15100. 

Le  ms.  A,  ou  l'équivalent  de  ce  manuscrit^  a  servi  de  base  à  l'édition 


506 

de  Du  Cango.  Doni  Rrial  suivit  également  le  ms.  A,  en  s'aidant  des  mss. 
B  et  C.  M.  Paulin  Paris,  abandonnant  la  voie  tracée  par  Du  (hnge  et 
Dom  Brial,  s'attacha  de  préférence  aux  mss.  D  et  F.  Knlin,  Buchon 
adopta  le  ms.  C.  Pour  faire  cesser  une  telle  divergence  d'opinions,  il 
fallait  examiner  ù  nouveau  tous  les  manuscrits,  discerner  les  diflérents 
genres  d'altération  que  chacun  d'eux  a  subis,  déterminer  les  rapjwrts 
qu'ils  ont  entre  eux  et  fixer  leur  degré  de  parenté  avec  le  manuscrit 
original.  Par  des  observations  multipliées  et  décisives,  portant  princi- 
palement sur  les  lacunes  et  les  erreurs,  M.  de  Wailly  s'est  convaincu 
que  les  six  manuscrits  de  la  Bibliothèque  Nationale  appartiennent  à 
quatre  familles  distinctes,  savoir  : 

l"-*^  famille,  le  ms.  A. 
2"'e  famille,  le  ms.  B. 
o"'«  famille,  les  ms.  C,  D,  E. 
Zi™«  famille,  le  ms.  F. 

De  plus,  il  a  démontré  avec  une  précision  mathématique  que  les 
trois  dernières  familles  sont  séparées  du  manuscrit  original  par  un 
même  intermédiaire,  et  que  «  le  ms.  A  représente  à  lui  seul  une 
»  branche  principale,  où  la  sève  de  la  souche  commune  circule  en 
»  même  quantité  que  dans  l'ensemble  des  rameaux  secondaires  appar- 
»  tenant  aux  trois  autres  familles.  »  En  outre,  ce  même  ms.  A  a  seul 
échappé  aux  altérations  produites,  soit  par  des  retranchements  volon- 
taires, soit  par  l'emploi  des  synonymes.  Le  ms.  A,  par  ces  différents 
motifs,  devait  être  choisi  pour  servir  de  base  à  l'édition.  Mais  ce  ms.  A 
est  loin  d'être  parfait  :  c'est  une  copie  faite  sous  le  règne  de  Philippe 
de  Valois  par  un  Italien  qui,  ne  comprenant  pas  toujours  bien  l'ancien 
français,  a  copié  ce  qu'il  avait  sous  les  yeux,  estropiant  parfois  les 
mots  dont  le  sens  lui  échappait,  et  introduisant  çà  et  là  des  singularités 
orthographiques,  qui  s'expliquent  par  l'usage  de  l'italien  ou  du  latin, 
mais  n'usant  jamais  des  libertés  qu'ont  prises  les  copistes  français  des 
ms.  B,  C,  D,  E,  F,  quand  ils  ont  abrégé  des  phrases,  substitué  des 
synonymes  et  adopté  des  formes  dialectiques  tout  à  fait  étrangères  au 
pays  et  au  temps  de  Ville-Hardouin. 

M.  de  Wailly  a  donc  reproduit  le  texte  du  ms.  A,  mais  il  l'a  rectifié 
en  beaucoup  d'endroits  à  l'aide  des  autres  manuscrits,  et  plus  d'une 
fois  il  a  rétabli,  avec  une  certitude  absolue,  la  leçon  primitive, 
inintelligemment  défigurée  par  le  scribe  italien,  et  que  les  copistes 
français  avaient  remplacée  par  un  terme  équivalent.  C'est  seulement 
en  lisant  et  relisant  la  Notice  qu'on  appréciera  par  quels  procédés 
ingénieux  il  a  sondé  les  plaies  du  texte,  par  quelles  méthodes  délicates 
il  les  a  guéries.  Les  observations  qu'il  a  faites  et  dont  il  a  consigné  le 
résumé  dans  la  Notice  pourront  sembler  à  quelques  lecteurs  d'une 
excessive  minutie  :  mais  elles  étaient  indispensables  pour  donner  à 


507 

l'édition   une  base  inébranlable  et  pour  ramener  l'œuvre  de  Ville- 
Hardouin  à  sa  pureté  native. 

On  peut  donc  maintenant  lire  avec  une  entière  sécurité  l'Histoire 
de  la  Conquête  de  Constantinople,  telle  que  l'auteur  dut  l'écrire  ou  la 
dicter.  La  lecture  en  est  d'autant  plus  facile  que  le  texte  est  accom- 
pagné d'une  traduction,  véritable  commentaire  perpétuel,  où  sont 
éclairais  tous  les  passages  obscurs,  et  qu'on  peut  suivre  les  marches 
des  Croisés  sur  une  excellente  carte  dressée  par  M.  Longnon,  en  partie 
d'après  les  observations  inédites  de  M.  Albert  Dumont. 

La  continuation  que  Henri  de  Valenciennes  a  jointe  au  récit  de 
Geoffroi  de  Ville-Hardouin,  et  qui  se  trouve  dans  les  manuscrits  C,  D, 
E,  F,  n'a  pas  été  moins  bien  traitée  que  la  partie  principale  de 
l'ouvrage.  L'orthographe  en  a  été  rectifiée  d'après  les  observations 
sur  le  dialecte  picard,  auxquelles  a  donné  lieu  la  collection  de 
chartes  d'Aire^  insérée  en  1870  dans  la  Bibliothèque  de  r École  des 
chartes  ^ 

Le  vocabulaire  et  la  table  qui  terminent  le  volume  suffiraient  pour 
en  assurer  le  succès:  ils  offriront, en  effet,  d'inappréciables  ressources 
aux  philologues  et  aux  historiens.  Le  vocabulaire  mérite  une  attention 
particulière  :  tous  les  articles  dont  il  se  compose  auront  un  jour  leur 
place  dans  le  dictionnaire  historique  de  l'ancien  français. 

xM.  de  Wailly  a  voulu  que  son  édition  de  Ville-Hardouin  fût  dédiée  à 
la  mémoire  de  sa  mère  :  aussi  n'a-t-il  rien  négligé  pour  lui  donner 
toute  la  perfection  que  comporte  un  tel  travail.  La  maison  Didot  l'a 
merveilleusement  secondé  :  elle  a  exécuté  un  livre  digne  de  Ville- 
Hardouin,  digne  aussi  du  savant  qui  étudie  avec  tant  de  dévouement 
et  de  bonheur  l'histoire  et  la  langue  de  la  France  au  xiii^  siècle. 

L.  D. 


La  Noble  Maison  de  Saint-Oden,  la  Villa  Clippiacum  et  l'Ordre  de 
VEloile,  par  Léopold  Pannier.  Paris,  Franck,  in-S"  de  VI  et  342  p. 

Chargé  par  l'administration  municipale  de  St-Ouen-sur-Scine  d'écrire 
l'histoire  de  cette  commune,  M.  L.  Pannier  établit  d'abord  dans  un 
premier  chapitre  que  le  village  de  St-Ouen  occupe  l'emplacement  de 
la  villa  mérovingienne  appelée  Clippiacum.  Il  nous  semble  avoir 
écarté  d'une  manière  définitive  les  prétentions  du  village  de  Clichy,  et, 
tant  que  les  termes  de  la  question  ne  seront  pas  changés,  avoir  résolu 
de  la  façon  la  plus  probable  ce  problème  de  géographie  historique. 
l\  traite,  dans  le  chapitre  II,  de  St-Ouen  sous  Dagobert  et  les  derniers 

1.  Le  texte  des  chartes  a  paru  itans  notre  volume  de  1870,  p.  26 1,  et  les 
Observations  dans  notre  volume  de  1871,  p.  291. 


508 

mérovingiens.  Dans  lo  chapitre  III,  il  prend  la  petite  bourgade 
au  ix«  siècle,  et  la  mène  jusqu'à  la  fin  du  xrn«.  Avec  le  IV  cha- 
pitre commence  la  partie  la  plus  intéressante  de  ce  travail  : 
l'histoire  de  la  Noble  Maison  de  Saint  Quen,  cette  résidence  si 
chère  aux  premiers  princes  de  la  famille  de  Valois,  cette  demeure 
illustre  d'où  ils  datèrent  tant  d'actes  importants.  M.  Pannier,  qui  a 
découvert  sur  elle  de  précieux  documents,  retrace  avec  une  grande 
abondance  de  détails  la  formation  de  ce  manoir  par  Guillaume  de 
Crespy,  et  la  confiscation  indirecte  dont  il  fut  frappé  par  Charles  de 
Valois  en  1299.  Il  donne  sur  l'édifice  élevé  par  Guillaume,  et  mer- 
veilleusement embelli  par  Charles  de  Valois,  de  précieux  renseignements 
archéologiques.  Il  mentionne,  au  fur  et  à  mesure  qu'ils  se  produisent, 
les  principaux  actes  dont  ce  palais  fut  le  théâtre,  et  il  est  ainsi  amené  à 
parier,  dans  le  chapitre  V,  du  plus  grand  événement  qui  se  soit  accompli 
dans  les  murs  delà  Noble  Maison.  L'historien  du  village  de  St-Ouen  ne 
pouvait,  en  effet,  se  dispenser  de  retracer  tout  au  long  les  fêtes  qui 
s'y  passèrent  les  5  et  6  janvier  1352,  et  dans  lesquelles  Jean  II 
institua  l'ordre  brillant  et  éphémère  de  l'Etoile.  Sans  sortir  de  son 
sujet,  M.  Pannier  profite  de  l'occasion  pour  réfuter  dans  le  chapitre  VI 
plusieurs  erreurs  trop  généralement  répandues  sur  cette  institution; 
et,  par  de  judicieuses  citations  de  Froissard  et  de  Jean  Le  Bel,  il 
démontre  que  cet  ordre,  qui  ne  compta  qu'une  seule  promotion  de  che- 
valiers, disparut  à  peu  près  complètement  quelques  années  après  sa 
création.  La  chapelle  de  St-Ouen  était  l'église  de  cet  ordre  de  chevalerie, 
et  le  roi  Jean  ne  négligea  rien  pour  l'enrichir  et  lui  assurer  d'impor- 
tants revenus.  Mais  cette  libéralité  ne  put  avoir  son  effet  à  cause  des 
malheurs  qui  signalèrent  toute  cette  époque,  et  l'importance  de  St- 
Ouen,  dont  le  règne  de  Jean  II  marque  l'apogée,  ne  fit  toujours  qu'aller 
en  diminuant.  Les  chapitres  VII,  VIII,  IX  et  X  racontent  cette  déca- 
dence et  les  épreuves  sans  nombre  qu'eut  à  subir  cette  petite  localité 
auxxiv®  et  XV*  siècles,  bien  que  l'affection  que  lui  portèrent  Charles  VI 
et  Isabeau  de  Bavière,  qui  y  construisirent  de  nouveaux  palais,  lui  ait 
rendu  un  certain  éclat  pendant  les  rares  intervalles  de  tranquillité 
publique.  M.  Pannier,  fidèle  au  programme  qu'il  s'était  tracé,  s'est 
arrêté  à  la  fin  du  xv*  siècle.  Son  histoire  est  suivie  de  pièces  justifica- 
tives, dont  90  sont  inédites  et  publiées  avec  le  plus  grand  soin. 

Cette  monographie,  par  la  manière  consciencieuse  dont  elle  est 
écrite,  répond  parfaitement  au  but  que  se  proposait  l'administration 
municipale  qui  l'a  inspirée.  Elle  retrace,  aussi  complètement  qu'il 
était  possible  de  le  faire,  l'existence  passée  d'un  petit  village,  devenu 
de  nos  jours  seulement  une  ville  industrielle.  Elle  nous  donne  même 
davantage  ;  et,  sans  que  son  auteur  ait  dépassé  un  seul  instant  les 
étroites  limites  de  son  cadre,  elle  apporte  à  l'histoire  générale  un 
appoint  qui  sera  appréciable.  Car,  remplie  de  renseignements  sur  la 


o09 

condition  des  terres  et  Tétat  des  personnes,  elle  fixe  remplacement 
d'une  villa  mérovingienne,  nous  dépeint  une  grande  habitation  royale 
du  xiye  siècle,  et  rectifie  des  opinions  erronées  sur  un  ordre  de 
chevalerie.  Nos  éloges  doivent  cependant  comporter  une  restriction 
légère.  Il  n'est  pas  invraisemblable  de  soutenir,  comme  l'a  fait 
M.  Pannior,  que  Charles  de  Valois  a  employé  des  moyens  déloyaux 
pour  s'approprier  l'héritage  de  Guillaume  de  Crespy,  mais  il  est 
inexact  de  dire  :  «  Il  est  impossible  que  Guillaume  de  Crespy  qui, 
outre  sa  charge  laïque  de  clerc  du  roi,  avait  eu  des  titres  ecclésias- 
tiques et  amassé  une  si  grande  fortune,  ne  fût  pas  un  homme  libre,  et 
que  libres  aussi  ne  fussent  pas  les  siens.  »  Il  est  certain  qu'un  serf 
pouvait  avoir  une  charge  royale,  que  les  titres  ecclésiastiques  n'affran- 
chissaient pas  de  plein  droit,  et  que,  sans  être  libre,  on  pouvait  non- 
seulement  s'enrichir,  mais  même,  au  xiii»^  siècle,  posséder  de  la  terre. 
On  est  surpris  de  voir  l'auteur,  qui  fait  partout  preuve  d'excellente 
critique  en  ne  reicourant  qu'à  des  sources  sérieuses  et  dignes  de  foi, 
citer  (p.  85),  en  y  renvoyant  comme  à  une  autorité,  les  divagations 
historiques  de  M.  Michelet,  et  (p.  52;  la  polémique  religieuse  du  journal 
le  Siècle.  Ces  citations  ont  porté  malheur  à  M.  Pannier,car^  afin  qu'elles 
ne  détonassent  pas  au  milieu  d'une  œuvre  généralement  grave,  il  a 
cru  devoir  mêler  à  sa  rédaction  quelques  considérations  banales  sur 
«  les  rois  et  sur  les  prêtres  »  (p.  lUo,  iliQ  et  W)  qui  semblent 
inspirées  par  les  susdites  aulorïtés.  Cette  dernière  observation  porte 
uniquement  sur  la  forme,  car  le  livre  est  composé  d'ailleurs  sans  idées 
préconçues  d'aucune  sorte. 

Louis   COURAJOD. 

Le  livre  des  Vassaux  du  Comté  de  Champagne  et  de  Brie  (H72- 
\'1-I2)^2mblié  d'après  lemamiscrit  unique  des  Archives  nationales, 
par  Auguste  Longnon.  Paris,  A.  Durand,  -1869,  in-8°  de  368  p. 

Pendant  que  la  Champagne  jouissait  de  son  autonomie,  les  comtes 
qui  administraient  cette  province  eurent  plusieurs  fois  besoin  de  faire 
dresser  des  listes  de  leurs  vassaux,  pour  connaître  exactement  les  rede- 
vances et  les  services  dont  ils  étaient  chargés.  On  comprend  la  valeur 
de  tels  documents  pour  l'histoire  politique  et  administrative,  et  surtout 
pour  la  géographie  historique  et  l'histoire  locale  des  seigneuries.  Il 
nous  est  parvenu  un  certain  nombre  de  ces  listes  précieuses.  Par  les 
travaux  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville  et  l'étude  nouvelle  de  M.  Lon- 
gnon, il  est  établi  que  nous  possédons  aujourd'hui,  sous  diverses 
formes  : 

1°  Les  rôles  des  vassaux  du  comte  Henri  I^r  (1152-1181),  antérieurs 
aux  plus  anciens  rôles  des  vassaux  de  France,  ceux  de  Philippe- 
Auguste; 

34 


2°  Les  rôles  des  vassaux  dressés  pour  le  comte  Thibault  III  (1197- 
1201) ; 

3°  Les  rôles  des  vassaux  exécutés  sous  la  régence  de  Blanche  de 
Navarre  (i '201-1222); 

/i"  Les  rôles  des  vassaux  rédigés  par  ordre  de  Thibault  IV  (1222- 
1251);  rôles  originaux  très-détaillés,  et  dont  nous  connaissons  les 
commissaires  enquesteurs  et  la  date  très-exacte  (12/i9-1252)  ; 

5°  Les  états  des  fiefs  dressés  par  Thibault  V  (1253-1270),  connus  par 
des  extraits  de  Brussel  et  de  La  Ravallière  ; 

6°  Les  rôles  originaux  des  vassaux  de  Blanche  d'Artois  (127Zi-1285), 
datés  très-probablement  de  1275. 

Les  rôles  originaux  des  plus  anciens  de  ces  dénombrements 
ont  depuis  fort  longtemps  disparu.  Ceux  de  Henri  I"^,  de  Thibault  III, 
de  Blanche  de  Navarre,  c'est-à-dire  les  rôles  qui  se  trouvaient  compris 
entre  les  dates  extrêmes  de  1152  et  1222,  nous  avaient  été  conservés 
dans  un  précieux  registre,  bien  célèbre  dans  l'érudition  des  xvi",  xvii* 
et  xviii®  siècles  sous  le  nom  de  Feoda  Campanie.  C'était  là  que  Pithou, 
Du  Cange,  Brussel,  Lévèque  de  La  Ravallière  avaient  puisé  d'innom- 
brables renseignements.  Ce  document  inappréciable  périt  dans  l'incendie 
qui  consuma  la  Chambre  des  Comptes,  le  26  octobre  1737.  Heureusement 
qu'au  commencement  du  xiii«  siècle,  le  comte  Thibault  IV  avait  fait, 
pour  les  besoins  de  son  administration,  copier  et  traduire  en  fran- 
çais tous  les  dénombrements  antérieurs  à  sa  majorité  (1222).  Cette 
traduction  du  Feoda  Campanie,  transcrite  sur  un  registre^  con- 
servée longtemps  en  Champagne,  dut  être  envoyée^  en  17Z|5,  de 
Troyes  à  la  Chambre  des  Comptes  de  Paris,  pour  y  combler  un  des 
vides  formés  par  l'incendie.  Elle  y  reçut  un  titre  inexact  et  passa 
depuis  aux  Archives  nationales,  où  elle  se  retrouve  aujourd'hui  sous  la 
cote  P  lllZi.  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  dans  son  Histoire  des  comtes 
de  Champagne  (tome  II,  p.  U),  signalait  ce  texte  si  intéressant  et 
souhaitait  ardemment  qu'il  trouvât  un  éditeur.  Ce  vœu  a  été  réalisé 
par  M.  Longnon. 

Dans  une  remarquable  introduction,  l'auteur  établit  d'abord  avec 
une  grande  sûreté  d'érudition  les  faits  dont  nous  nous  sommes  servis 
pour  expliquer  la  nature,  la  provenance  et  la  valeur  du  registre  P  llU. 
Il  a  démontré  jusqu'à  l'évidence,  par  un  ingénieux  rapprochement, 
que  le  document  qu'il  publiait  était  la  traduction  littérale  et  quelquefois 
fautive  du  registre  latin  disparu.  Dans  plusieurs  cas  il  a  restitué,  avec 
une  merveilleuse  perspicacité,  le  texte  primitif  des  rôles  latins  altéré 
par  un  traducteur  inintelligent.  La  seconde  partie  de  son  introduction 
est  destinée  à  mettre  en  lumière  tout  ce  que  le  Livre  des  Vassaux  du 
comté  de  Clumipagne  contient  de  renseignements  sur  l'histoire 
générale  de  cette  province.  Trois  chapitres  y  traitent  :  l'un  de  la 
formation  du  comté,  le  second  des  suzerains  des  comtes,  le  troisième 


Mi 

des  divisions  du  même  comté.  Une  dernière  partie  de  cette  étude  pré- 
liminaire est  consacrée  à  examiner,  toujours  d'après  les  documents 
si  heureusement  rendus  à  la  science,  l'usage  des  fiefs  en  Champagne 
et  leur  nature  si  multiple. 

En  publiant  son  texte,  M.  Longnon  a  pris  soin  de  respecter,  par  une 
bonne  lecture,  l'orthographe  des  noms  propres  ou  des  noms  de  lieux. 
C'est  le  point  qui,  dans  l'impression  des  documents  de  ce  genre,  laisse 
presque  toujours  à  désirer.  11  a  même  rétabli  un  certain  nombre  de 
noms  écorchés  par  le  copiste  du  xiii^  siècle.  Il  a  indiqué  dans  des 
notes  l'endroit  du  territoire  actuel,  si  petit  qu'il  soit,  qui  correspond 
aux  données  géographiques  et.  aux  noms  de  lieux  dont  ces  longues 
énumérations  de  fiefs  sont  remplies  ;  et  il  a  précisé  l'identification  des 
lieux  anciens  avec  les  lieux  modernes,  en  déterminant  la  place  des 
premiers  dans  le  département,  dans  l'arrondissement,  dans  le  canton 
et  dans  la  commune.  M.  Longnon  a  terminé  son  ouvrage  par  quatre 
tables  séparées,  comprenant  :  1°  les  noms  des  personnes,  —  2°  les 
noms  de  lieux  anciens,  —  3»  les  noms  de  famille  ou  surnoms,  —  h"  les 
noms  de  lieux  modernes.  La  table  des  noms  de  personnes  contient, 
sur  les  principaux  vassaux,  des  notices  que  l'auteur  reconnaît  incom- 
plètes, mais  qui  peuvent  rendre  néanmoins  quelques  services. 

Ce  livre,  si  consciencieusement  composé,  où  M.  Longnon  a  appliqué 
la  méthode  la  plus  rigoureuse  et  montré  la  critique  la  plus  exercée, 
est  d'une  très-grande  importance  pour  l'histoire  provinciale.  M.  d'Arbols 
de  Jubainvilie  lui  a  fait  l'honneur  de  le  comprendre  dans  son  Histoire 
des  coinles  de  Champagne,  sous  la  rubrique  du  tome  VII^,  et  l'Acadé- 
mie des  Inscriptions  lui  a  décerné  une  médaille  en  1869. 

Loms  CouRAJOD. 


Histoire  de  la  ville  de  Troyes  et  de  la  Champagne  méridionale, 
par  T.  BoulioL,  président  de  la  Société  académique  de  l'Aube^ 
correspondant  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France.  Paris, 
Dumoulin,  in-8°.  Tome  1er  de  XX  et  323  p. 

Rien  de  plus  vague  que  la  circonscription  imaginaire  créée  par 
Tauteur  de  cet  ouvrage  sous  le  nom  de  Champagne  méridionale,  car  il 
reconnaît  qu'il  n'a  cherché  à  faire  l'histoire,  ni  du  comté,  ni  du 
diocèse,  ni  du  bailliage  de  Troyes,  ni  de  l'intendance  de  Champagne, 
mais  d'une  sorte  de  banlieue  de  Troyes  qu'il  étend  autour  de  cette 
ville  sur  un  rayon  de  50  à  60  kilomètres^  suivant  les  besoins  de  sa 
cause  et  les  nécessités  de  son  récit.  Déjà  si  vague,  ce  titre  est  en  outre 
inexact.  M.  Boutiotnous  apprend  en  eflet  (introduction,  p.  XV  et  XVIil) 
qu'il  a  voulu  écrire  avant  tout  l'histoire  du  Tiers-Etat  en  Champagne 
depuis  les  temps  anté-historiques  jusqu'en  1789.   Pourquoi  ne  l'avoir 


5^2 

pas  avoué  dans  un  titre  qui  eût  été  précis,  piquant  et  véritablement 
neuf? 

Dans  une  introduction  remplie  par  une  apologie  de  la  bourgeoisie  et 
de  ses  vertus,  M.  Boutiot  déclare  (p.  x)  «  qu'il  n'a  pas  la  prétention 
de  dresser  la  bibliographie  historique  de  Troyes  après  M.  Vallet  de 
Viriville,  »  bien  qu'il  regrette  que,  par  la  date  de  sa  publication,  cette 
œuvre  soit  en  retard  de  trente  ans.  Nous  nous  étonnons  qu'il  ait  la 
prétention  bien  plus  grande  d'écrire  l'histoire  de  cette  ville  sans 
établir  avant  tout  cette  bibliographie,  ou  sans  compléter  au  moins 
celle  qu'a  donnée  M.  Vallet  de  Viriville.  Mais  ce  n'était  là  qu'une 
précaution  oratoire;  car  il  ajoute  aussitôt  :  «  Je  m'empresse  de 
rappeler  les  noms  des  auteurs  et  le  titre  des  œuvres  historiques  qui 
intéressent  la  ville  de  Troyes  et  la  Champagne  méridionale;  » 
et  en  même  temps  il  nous  laisse,  par  son  énumération,  deviner 
le  motif  de  cette  excessive  et  inexplicable  modestie.  Car,  s'il  men- 
tionne sans  ordre,  sans  méthode  et  sans  clarté  certains  chroni- 
queurs locaux  et  jusqu'aux  plus  minces  collecteurs  de  documents;  s'il 
tire  d'une  injuste  obscurité  Dom  Tilon,  religieux  de  Montier-la-Celle, 
auteur  des  notes  qui  n'ont  pas  été  conservées,  les  chanoines  Bertrand, 
ïremet  et  plusieurs  autres  historiens  aussi  utiles  ou  aussi  célèbres,  en 
revanche,  à  part  le  Voyage  archéolocjique  de  M.  Arnault,  les  Monii?neîils 
du  dcparlement  de  l'Aube  de  M.  Fichot  et  le  Portefeuille  archéologique 
de  Gaussen,  il  ne  dit  pas  un  mot  des  excellents  travaux  dont  Troyes 
et  la  prétendue  Champagne  méridionale  ont  été  l'objet  depuis  quarante 
ans.  MM.  Corrard  de  Breban,  Harmant,  Camusat  de  Vaugourdon, 
Coffinet,  Guignard,  Lebrun,  Gréau,  Socard  obtiennent  sans  doute,  de 
leur  président,  une  mention  comme  ses  confrères  à  la  Société  acadé- 
mique de  VAube  «  pour  leur  collaboration  aux  mémoires  de  cette 
Société.  »  M.  d'Arbois  de  Jubainville  arrive  même  le  dernier  sur  cette 
liste.  Mais  pas  un  mot  des  titres  de  leurs  ouvrages.  Pas  un  mot  non 
plus  des  travaux  publiés  hors  de  Troyes,  par  exemple  du  livre  de  feu 
M.  Bourquelot  sur  les  foires  de  Champagne,  et  du  mémoire  de  M.  Le- 
fèvre  sur  les  finances  de  ce  comté,  qui  touchent  par  tant  de  côtés  ù 
l'histoire  de  la  circonscription  territoriale  inventée  par  M.  Boutiot. 
C'est  ainsi  que,  par  une  immense  prétérition,  le  dernier  historien  de 
Troyes  se  débarrasse  en  bloc  de  tous  ses  prédécesseurs,  et  c'est  ainsi 
que,  dans  cette  bibliographie  à  la  fois  si  prolixe  et  si  sommaire, 
Y  Histoire  de  la  Champagne  méridionale  succède  immédiatement  et  sans 
transition  aux  essais  de  Courtalon  et  aux  notes  des  chanoines  Breyer, 
Montmusard,  Bertrand  et  Tremet.  Depuis  que  l'histoire  de  Troyes  est 
sérieusement  étudiée  et  connue,  M.  Boutiot  ignore  donc,  ou  plutôt 
affecte  d'ignorer  tout  ce  qu'on  a  publié. 

Au  début  de  son  premier  volume,  l'auteur  a  fait  de  louables  tentatives 
pour  ne  rien  omettre  du  passé  si  reculé  qu'il  étudiait.  Il  a  interrogé 


M3 

tous  les  témoins  qu'il  rencontrait,  dolmens,  menhirs,  tumuli,  armes 
et  instruments  des  époques  primitives.  11  a  cherché  à  tirer  quelques  ren- 
seignements de  la  nature  des  terrains,  des  productions  du  sol,  de  la 
configuration  géographique  de  la  contrée  pour  en  retracer  l'histoire 
pendant  la  période  où  les  autres  documents  font  défaut.  Dans  cette 
enquête  il  a  montré  une  certaine  clairvoyance  en  se  servant  des 
coutumes  persistantes,  des  modes  de  construction,  des  accidents 
topographiques,  pour  s'efforcer  de  découvrir  et  d'expliquer  d'an- 
ciennes divisions  territoriales  du  pays.  Il  a  fait  graver  des  dolmens, 
des  menhirs  ;  il  a  dressé  des  cartes  de  la  Champagne  méridionale, 
avec  indication  des  pagi  celtiques  (?),  et  un  plan  de  Troyes  à  l'époque 
Gallo-romaine.  Sauf  vérification,  je  m'empresse  de  donner,  aux  efforts 
témoignés  par  ces  recherches,  des  éloges  qui  n'auront  malheureuse- 
ment pas  l'occasion  de  se  reproduire.  Mais,  même  dans  ce  chapitre 
préliminaire,  le  seul  original,  l'auteur,  faute  de  méthode,  s'égare 
presque  toujours,  et,  à  propos  de  dohyiens,  on  s'étonne  de  voir 
expliquer  des  hypothèses  sur  la  destination  de  ces  monuments  par  des 
textes  empruntés  à  l'ancien  Testament,  et  surtout  (p.  17)  de  voir  citer, 
comme  une  autorité  qui  en  corrobore  le  témoignage,...  l'opinion  du 
«  barde  Ossian.»  On  sait  qu'au  moyen-âge,  comme  aujourd'hui,  les  grands 
chemins  pavés  s'appelaient  chemins  ferrés.  Cette  simple  explication 
n'est  pas  admise  par  M.  Boutiot,  ou  plutôt  n'en  est  pas  connue.  Il 
prétend  (p.  26)  qu'une  voie  romaine  conduisant  de  Troyes  à  Joigny 
était,  au  xiu«  siècle,  «  appelée  voie  ferrée  dans  certaines  parties  de  son 
parcours,  par  suite  de  l'emploi  dans  sa  construction  de  mâchefers.  » 
Et  cette  bévue  motive  un  long  chapitre  intitulé  :  «  Exploitations 
métallurgiques  ;  Dépôts  de  scories;  Voie  romaine  cotistruite  avec  ces 
matières.  » 

Ce  qui  manque  surtout  à  l'auteur  de  ce  livre,  ce  sont  les  notions 
générales  sur  les  sciences  dont  il  invoque  le  secours  ;  c'est  la  con- 
naissance des  instruments  qu'il  prétend  employer.  Il  s'imagine  par 
exemple  qu'il  n'est  pas  indispensable,  avant  d'écrire  l'histoire  de 
Troyes,  de  savoir  les  faits  généraux  de  Thistoire  de  France  ou 
même  ceux  de  l'histoire  de  Champagne.  Il  enseigne  fort  grave- 
ment (p.  lil)  que  Clovis  occupa  en  Zi8Zi  la  partie  de  la  Gaule, 
gouvernée  par  Syagrius,  —  que  le  comte  Eudes,  depuis  roi  de  France 
et  frère  de  Robert  !«■•,  était  fils  de  Charles-le-Chauve,  et  il  soutient 
deux  fois  (p.  133  et  llxli)  cette  généalogie  fantaisiste  —  que  les 
origines  de  la  féodalité  remontent  (p.  1G6)  au  patronage  celtique  (?)  — 
que  (p.  172)  des  droits  de  bourgeoisie  furent  concédés,  et  des  com- 
munes jurées  établies  par  Thibault  III,  avant  1090!  —  que  (p.  XVII) 
les  principes  de  la  monarchie  absolue  furent  développés  sous  Louis  XIV 
par  Richelieu,  etc.,  etc.,  —  que  le  comte  Hugues  de  Troyes  (1083- 
1125)   avait  deux  fils  nommés  Hilduin  et  Roulin  de  Vendeuvre  (p.  177), 


5U 

alors  que  tous  les  érudits  s'accordent  pour  ne  pas  reconnaître  à  ce 
prince  d'autre  fils  qu'Eudes  le  Champenois  de  Champlitte.  Les 
erreurs  et  les  lacunes  dans  l'histoire  de  Champagne  sont  incessantes, 
et  d'ailleurs  volontaires.  M.  Boutiot  systématiquement  n'admet  aucune 
des  rectifications  faites  par  M.  d'Arbois  à  la  liste  des  comtes  de  Troyes, 
et  repousse  les  résultats  définitivement  acquis  depuis  la  publication 
de  l'Histoire  des  Comtes  de  Champagne.  Il  s'en  tient  aux  travaux  faits 
au  xviu»  siècle  par  Courtalon,  par  le  «  bon  »  Desguerrois,  par 
quelques  autres  collecteurs  d'ana  sur  la  province  ,  ou  bien  aux 
allégations  d'un  Bérault  de  l'Allier,  le  plus  notoirement  ignorant  des 
historiens  des  comtes  de  Champagne.  Aussi  bon  nombre  d'absurdités 
dont  l'érudition  moderne  a  déjà  fait  justice  ont  naturellement  trouvé 
un  partisan  et  même  un  champion  enthousiaste  dans  cet  auteur.  Il 
croit  au  droit  du  Seigneur  (p.  167),  à  la  noblesse  utérine  (p.  397) 
bien  qu'il  repousse  la  légende  de  son  origine,  aux  cours  d'amour 
(p.  232  et  suiv.),  à  la  théorie  des  Sept  Pairs  de  Champagne  (p.  Zil3). 

Mais  c'est  en   philologie   que   le   défaut  de    méthode    a    conduit 
M.  Boutiot  aux  plus  prodigieuses  conséquences.  «  La  philologie,  dit- 
il,  p.  XVI  de  l'introduction,  aide  à  retrouver,  par  les  noms  de  lieux, 
de  rivières,  de  régions  naturelles,  les  traces  des  populations  disparues.  » 
Rien  de  mieux;  mais  il  cite  aussitôt,  comme  d'irrécusables  autorités, 
Eusèbe  Salverte  et   M.  Tliiers  qui  serait  certainement   bien  étonné 
d'être   pris  pour  un  philologue.  «  Je  n'ai  fait,  ajoute-t-il  (p.  XVII), 
que  la  stricte  application  des  principes  professés  par  ces  hommes 
éminents.  J'ai  négligé,  j'en  conviens,  les  lois  si  souples  et  si  fantaisistes 
de  l'étymologie  dont  les  règles  admettent  si  facilement  la  substitution 
des  lettres  les  unes  aux  autres.  »  «  Nous  ne  croyons  pas,  dit-il  ailleurs 
(p,  Zi7),  devoir  aborder  la  discussion  sur  les  étymologies  que  nous 
essayons  de  produire  ;   cette  discussion  et  les  preuves  sont  données 
pour  le  plus  grand  nombre  dans  nos  Éludes  sur  la  géographie  mrÀenne 
appliquée  au  dé  parlement  de  l'Aube,  qui  nous  ont  valu  une  mention 
honorable  de  l'Institut;  »  et  alors,  en  lauréat  couronné,  en  homme 
sûr  de  lui-même  et  qui  n'a  plus  à  faire  ses  preuves,  M.   Boutiot 
donne  libre  carrière  à  son  talent,  rapproche  et  compare  non-seule- 
ment les  noms  de  lieux  de  la  Champagne,  mais,  au  besoin,  ceux   de 
l'Europe  entière.  Pour  les  expliquer,   il  appelle  à  son  secours,  indis- 
tinctement et  avec  une  étourdissante  facilité,  tous  les  idiomes  parlés 
sur  le  globe  depuis  la  création  du  monde.   Voici  quelques-uns  des 
résultats  qu'il  trouve  indiscutables  et  qu'il  présente  comme  patronnés 
pour  l'Institut  : 

«  La  Vanne,  la  Vilaine  et  la  Civanne  (p.  52)  sont  des  rivières  qui 
auraient  la  même  étymologie  en  raison  de  la  nature  des  terrains  sur 
lesquels  elles  coulent.  —  L'Arce,  l'Ource  et  la  Sarce  ont,  par  le  nom 
et   la  pureté  de  leurs  eaux,  un  air  de  famille  (p.  51).  w  —  Bossicant, 


o^5 

(p.  5Zi)  est  le  «  nom  d'une  grande  forêt  qui  peut  être  traduit  par  bois  sec, 
bos,  bosc,  bois,  siccant,  sec.  »  Voilà  qui  est  bien  simple,  et  dans  ce  genre 
Rabelais  (1. 1,  ch.  16)  n'a  rien  proposé  de  plus  joli  pour  rétymologie  du  mot 
Beauce.—«  Le  mot  aigice  (p.  56)  a  formé  Aiguilly.  ArgentoUe,  Argentillia; 
Engente,  Argenterie  doivent,  comme  Argenteuil,  Argentenay,  leur 
nom  à  la  limpidité  de  leurs  eaux.  Aillefol,  eaux  folles  (textuel),  est 
placé  au  sommet  d'une  colline  dont  les  eaux  vont  d'un  côté  dans 
l'Aube,  et  de  l'autre  dans  la  Seine,  même  radical  dans  AUibaudières, 
dans  Ailleville.  »  Faut-il  dire  qu'il  n'applique  pas  seulement  aux 
noms  de  lieux  un  système  aussi  infaillible?  Il  fait  (p.  Al)  dériver 
journal,  mesure  agraire,  de  jugerum.  Mais  tout  cela  n'est  rien  auprès 
des  étymologies  inspirées  par  l'étude  du  celtique.  On  y  voit  Verrières, 
Vitrariœ,  sortir  de  JVerp,  bord  de  rivière,  et  devenir  un  synonyme 
([''Anvers.  Je  n'insiste  pas  davantage  sur  ces  pages  étranges  qui,  si  elles 
étaient  plus  connues,  seraient  déjà  célèbres  comme  les  plus  grotesques 
de  toutes  celles  qui  ont  été  écrites  sur  cette  matière. 

Quant  à  la  rédaction,  l'ouvrage  est  extrêmement  confus.  Les  événe- 
ments de  toutes  natures  y  sont  présentés  pêle-mêle  suivant  un  ordre 
chronologique  peu  rigoureux,  qui  va,  pour  le  premier  volume,  de 
l'âge  de  pierre  à  ISOZi.  Il  résulte  de  cette  méthode  d'insupportables 
répétitions,  de  continuelles  séries  d'événements  qui  se  reproduisent 
dans  les  divers  ordres  politique,  administratif,  militaire,  civil  et 
religieux,  et  dont  la  lecture  est  aussi  fatigante  que  celle  d'un  cata- 
logue, sans  en  offrir  les  renseignements  substantiels  et  la  précision 
laconique.  En  un  mot  l'auteur  a  complètement  oublié  de  mettre  en 
œuvre  les  matériaux  recueillis,  et  s'est  borné  à  traduire  dans  son  style 
et  à  coudre  les  uns  au  bout  des  autres  les  résultats  de  dépouillements 
opérés  au  hasard. 

Cet  ouvrage  doit  compter  quatre  volumes  ! 

Louis   C0UUA.10D. 


IiNTRODucTiON  à  la  lectuTc  de  Nonius  Marcellus,  par  Louis  Quicherat. 
Paris,  Hachette,  !  872.  In-S"  de  40  p. 

En  donnant  l'édition  de  Nonius  Marcellus  que  la  maison  Hachette  a 
récemment  publiée  eu  un  beau  volume  in-8°,  M.  Louis  Quicherat  a 
rempli,  au  plus  grand  honneur  de  l'érudition  française,  l'une  des 
tâches  les  plus  difficiles  qui  pussent  s'imposer  à  un  latiniste.  L'intro- 
duction qu'il  vient  d'ajouter  à  ce  beau  travail  donne  un  aperçu  des 
obstacles  de  tout  genre  qu'il  avait  à  surmonter,  et  des  ingénieux 
moyens  à  l'aide  desquels  l'entreprise  a  été  menée  à  bonne  fin.  Les 
exemples  que  M.  Louis  Quicherat  a  cités,  entre  beaucoup  d'autres, 
devront   être   sérieusement  étudiés    par  les  paléographes    qui   ont 


5<6 

intérêt  à,  savoir  comment  les  textes  de  l'antiquité  se  sont  altérés  dans 

les  manuscrits,  et  comment  une  critique,  à  la  fois  sagace  et  prudente, 

peut  constater  les  erreurs  des  copistes  et  rétablir,  souvent  à  coup  sûr, 

les  véritables  leçons. 

L.  D. 


Sur  des  cyrographes  conservés  aux  Archives  de  la  Meurthc,  par 
Henri  Lepagc.  Nancy  [1872].  In-8°  de  20  p. 

Les  différents  fonds  ecclésiastiques  des  archives  du  département  de 
la  Meurthe  renferment  27  chartes-parties  du  xii"  et  du  commence- 
ment du  xi[i«  siècle.  M.  Lepage  a  soigneusement  décrit  ces  documents, 
déchiffré  les  légendes  tracées  sur  un  des  bords  de  la  pièce,  et  copié 
les  phrases  qui  font  allusion  à  la  formalité  du  cyrographe.  L'exemple 
le  plus  curieux  est  une  charte  de  l'année  117Z(,  portant  règlement  d'un 
différend  entre  les  abbayes  de  Flabémont  et  de  Beaupré.  La  charte  est 
rédigée  au  nom  de  deux  abbés  de  l'ordre  de  Prémontré,  et  de  deux 
abbés  de  l'ordre  de  Cîteaux,  qui  mirent  l'acte  sous  la  protection  de 
saint  Augustin  et  de  saint  Benoît,  pères  de  ces  deux  ordres  religieux  : 
«  Et  ut  ipsa  compositio  rata  teneatur,  cyrographum  fieri  decrevimus, 
»  cujus  partes,  sigillis  nostris  premunite,  in  eisdem  ecclesiis  conser- 
»  ventur  in  testimonium,  ut  si  quando  ceperit  oboriri  rediviva 
»  contentio,  presentis  cyrographi  conjunctio  totam  controversiam 
»  deleat  reddatque  sopitam,  sed  et  patrum  utriusque  ordinis  confir- 
»  matio,  Augustini  scilicet  et  Benedicti,  in  eodem  conscripta,  faciat 
»  pacem  que,  tanta  auctoritate  roborata,  firmiter  teneatur  amodo 
»  usque  in  sempiternum.  »  L'invocation  à  saint  Augustin  et  à  saint 
Benoît  est  rappelée  par  la  légende  que  le  notaire  a  tracée,  sur  le 
bord  des  deux  exemplaires  delà  charte-partie,  en  lettres  enchevêtrées, 
alternativement  rouges  et  noires  '-.  kBMEGN^E'iDIIlC^T 
VFSSK^RTAyi/CONFI/îM/lNT.  Ce  qu'on  doit  lire  : 
AVGVSTINVS  BENEDICTVS  KARTAM  CONFIRMANT. 

La  notice  de  M.  Lepage  est  un  utile  supplément  à  ce  qu'ont  dit  des 
cyrographes  les  auteurs  des  traités  de  diplomatique. 


L'ancien  diocèse  de  Metz  et  pouillés  de  ce  diocèse^  par  Henri  Lepage. 
Nancy,  L.  Wiener,  4872.  In-8°  de  ns  p. 

Au  xviii"  siècle,  les  bénédictins,  auteurs  de  l'Histoire  générale  de 
Metz,  avaient  rédigé  un  pouillé  du  diocèse,  dont  la  publication  ne  fut 

1.  Je  figure   les   lettres  rouges  par  des  capitales  droites,  et  les  lettres  noires 
par  des  capitales  penchées. 


^\7 

pas  autorisée,  mais  dont  le  manuscrit  est  à  la  bibliothèque  de  Metz. 
Il  y  a  quelques  années,  M.  Henri  Lepage,  à  qui  Tliistoire  de  Lorraine 
a  tant  d'obligations,  entreprit,  sous  les  auspices  de  la  Société  d'archéo- 
logie et  d'histoire  de  la  Moselle,  de  mettre  en  lumière  le  travail  des 
bénédictins,  et  de  le  compléter  à  l'aide  de  divers  documents,  notam- 
ment des  pouillés  du  xvi"'  et  du  xvif  siècle  conservés  a  la  Bibliothèque 
de  l'Institut  et  à  la  Bibliothèque  nationale  (mss.  latins  \2S6U  et  12865). 
L'ouvrage  aurait  formé  un  gros  volume  in-8°,  dont  66Zi  pages  étaient 
déjà  imprimées,  quand  l'édition  tout  entière  disparut  en  1871  dans 
l'incendie  des  ateliers  de  M.  Rousseau-Pallez.  La  Société  d'archéologie 
lorraine,  dans  la  mesure  de  ses  moyens,  a  voulu  réparer  ce  désastre  : 
elle  a  prié  M.  Lepage  de  résumer  son  premier  travail,  et  s'est  empres- 
sée de  donner  à  ce  résumé  une  place  dans  ses  Mémoires. 

Le  nouvel  ouvrage  de  M.  Lepage  présente,  sous  une  forme  succincte, 
un  tableau  complet  de  la  géographie  du  diocèse  de  Metz,  principale- 
ment du  xvi«  au  xvin^  siècle.  Il  prendra  place  dans  les  bibliothèques 
lorraines,  à  côté  du  Pouillé  du  diocèse  de  Toul,  publié  par  le  même 
auteur  en  1863  (Nancy,  1863.  In-8°  de  CXLVI  et  256  pages),  et  couronné 
par  l'Académie  des  Inscriptions  en  186Zi.  L.  D. 


Lettres  inédites  du  cardinal  d'Ossat^  publiées  avec  une  notice  et  des 
notes,  par  Philippe  Tamizey  de  Larroque.  Paris,  Aubry,  1872. 
In-8"  de  48  p. 

La  notice  placée  en  tête  de  cet  opuscule  a  pour  objet  de  rectifier  et 
de  compléter  sur  beaucoup  de  points  ce  qu'on  savait  de  la  vie 
d'Arnaud  d'Ossat,  depuis  sa  naissance,  le  20  juillet  1537,  jusqu'à 
l'année  1573,  date  de  son  voyage  à  Rome  avec  Paul  de  Foix.  L'auteur 
a  surtout  mis  à  profit  les  mémoires  manuscrits  de  l'abbé  Louis  Daignan 
du  Sendat,  conservés  à  la  bibliothèque  de  la  ville  d'Auch. 

A  la  suite  de  cette  notice,  M.  Tamizey  de  Larroque  a  publié  et 
annoté,  avec  l'exactitude  et  l'érudition  dont  il  a  donné  tant  de  preuves, 
dix-neuf  lettres  d'Arnaud  d'Ossat,  qui  manquent  toutes  dans  l'édition 
d'Amelot  de  la  Houssaye.  Il  les  a  recueillies  à  la  Bibliothèque  Nationale 
dans  les  manuscrits  français  3071,  3Ulo,  3580,  ISeZil  et  15806,  dans  les 
volumes  121  et  123  de  Baluze,  et  dans  les  volumes  i9li  et  633  de 
Dupuj^  et  à  la  Bibliothèque  de  l'Institut,  dans  le  portefeuille  263  de 
Godefroy.  La  plupart  de  ces  dix-neuf  lettres  appartiennent  à  la 
correspondance  intime  et  privée  :  elles  n'en  sont  que  plus  précieuses, 
puisque  le  recueil  d'Amelot  de  la  Houssaye,  si  riche  en  lettres  poli- 
tiques, ne  contient  à  peu  près  aucune  lettre  familière. 

L.  D. 


3<8 

Archives  paléographiqdes  de  l'Orient  et  de  V Amérique^  jmbliées 
avec  des  notices  Idsioriques  cl  prdéoyrapliiqiics,  par  Léon  de 
Rosny,  T.  l'"",  T"  parlic.  Paris,  Maisonneuve,  i8()9-l87i. 

Le  retard  que  nous  avons  apporté  à  rendre  compte  de  cette  publica- 
tion périodique  tient  à  l'interruption  qu'elle-même  a  subie  par  suite 
des  événements  des  trois  dernières  années.  En  efiét,  ce  recueil,  qui  se 
dit  trimestriel,  n'a  fourni  au  public,  en  quatre  ans,  que  quatre 
livraisons,  dont  la  dernière  a  paru  au  mois  de  juillet  de  cette  année. 

Les  Archives  paléographiqucs  se  rattachent,  au  moins  par  leur  titre 
et  par  la  partie  du  livre  qui  se  réfère  au  moyen- âge,  aux  études  de 
l'Ecole  des  chartes;  et  c'est  pour  cette  raison  que  nous  en  entretenons 
les  lecteurs  de  cette  revue. 

Nous  passerons  rapidement  sur  le  long  chapitre  de  l'alphabet 
inlernalional  linguistique,  travail  qui,  depuis  Volney,  a  fait  l'objet  des 
études  de  plusieurs  savants,  sans  qu'ils  soient  arrivés  à  un  résultat 
satisfaisant,  et  est  resté,  jusqu'à  ce  jour,  à  l'état  d'utopie.  Tant  d'elforts 
n'ont  abouti  qu'à  produire  un  alphabet  bien  plus  compliqué  que  ceux 
que  l'on  veut  remplacer  ;  de  telle  sorte  que  celui  qui  cherche  à  étudier 
ces  systèmes  se  trouve,  en  fin  de  compte,  avoir  perdu  son  temps,  irar 
il  n'a  pas  même  appris  l'A,  B,  C,  des  langues  que  les  érudits  veulent 
mettre  à  la  portée  de  tous.  C'est  peut-être  en  raison  de  cette  confu- 
sion des  alphabets  de  toutes  les  langues  que  l'auteur  a  fait  mettre, 
comme  frontispice  de  son  œuvre,  une  vignette  représentant  la  tour  de 
Babel. 

Le  texte  consiste  en  une  série  de  curieuses  et  savantes  notices  sur 
les  écritures  turque,  sanscrite,  chinoise,  japonaise,  siamoise,  ouigoure, 
cunéiforme,  américaine,  océanienne,  etc.,  et  sur  le  Codex  Telleriano 
Remensis. 

Une  bibliographie  très-étendue  accompagne  chacun  des  articles,  et 
permet  au  lecteur  qui  veut  approfondir  le  sujet  que  l'auteur  n'a 
souvent  fait  qu'effleurer,  d'avoir  recours  à  des  travaux  plus  étendus. 

Un  atlas  complète  ce  curieux  ouvrage.  Il  se  compose  de  nombreux 
alphabets,  de  fac-similé  de  textes  et  d'inscriptions,  formant  un  grand 
nombre  de  planches,  dont  plusieurs,  en  chromolithographie,  et  d'une 
grande  richesse  d'exécution,  donnent  une  idée  très-exacte  des  mo- 
numents. Ed.  Garnier. 

GoTiFREDi  ViTERBiENSis  Gestu  Fridevici  I  et  Heinrici  VI  imperafo- 
rum  nietrice  scripta  et  (sic)  editione  WaitzU  in  usnm  schrdaruiii 
ex  Monunientis  Germanix  hlstoricis  rccudi  fecit  G.  H.  Perlz. 
llannoverœ,  impcnsis  bibliopolii  Ilahniani.  1872.  lii-8"  de  xi-o2  p. 

Ce  livret  contient  un  bon  résume  de  tous  les  témoignages  authen- 


o^9 

tiques  qui  nous  sont  parvenus  sur  la  vie  de  Godefroi  de  Viterbe,  et  un 
texte  correct  des  deux  poèmes  que  cet  auteur  a  consacrés  à  l'histoire 
de  Frédéric  !«•■  et  de  Henri  VI.  M.  Waitz  a  employé,  pour  l'édition  des 
Gestes  de  Frédéric  P''  le  ms.  original,  conservé  à  la  Bibliothèque 
nationale^  n°  li89li  du  fonds  latin,  et  un  ms.  de  Munich,  à  l'aide  duquel 
ont  été  comblées  plusieurs  lacunes  du  ms.  de  Paris.  Les  Gestes  de 
HenriJI  ont  été  publiés  d'après  trois  manuscrits  de  St-Pétersbourg, 
de  Prague  et  de  Dresde. 


HoM.MAGEs  d'Alphonse,  comte  de  Poitiers^  frère  de  saint  Louis.  Etat 
du  domaine  royal  en  Poitou  (1260)  publié  d'après  wi  manuscrit 
des  Archives  nationales  par  A.  Bardonnet.  Niorl,  L.  Glouzot. 
-1872.  In- 8°  de  yi-U4  p. 

Les  registres  XI  et  XXIV  du  Trésor  des  Chartes  renferment  un  état 
détaillé  du  domaine  d'Alphonse  dans  le  Poitou  versl'année  1260.  On  y 
trouve  rénumération  de  tous  les  fiefs  qui  relevaient  du  comte,  le  nom 
des  titulaires  de  ces  fiefs  et  l'indication  des  dépendances.  C'est  une 
mine  très-riche  en  renseignements  sur  l'ancienne  chevalerie  du  Poitou, 
sur  la  topographie  de  cette  province  et  sur  la  féodalité  en  général .  Ce 
document  est  rédigé  en  latin,  mêlé  de  beaucoup  de  phrases  françaises. 
L'éditeur  a  joint  au  texte  des  notes  pour  indiquer  le  nom  moderne  et 
la  situation  d'un  grand  nombre  de  fiefs.  Il  a  dressé  deux  tables,  l'une 
pour  les  noms  d'hommes,  l'autre  pour  les  noms  de  lieux.  Cette  publica- 
tion est  un  nouveau  service  rendu  par  M.  Bardonnet  à  l'histoire  du 
Poitou.  L.  D. 


LIVRES  NOUVEAUX. 

60.  Adam  de  la  Halle.  —  Œuvres  complètes  du  trouvère  Adam  de 
la  Halle  (poésies  et  musique),  publiées  sous  les  auspices  de  la  Société 
des  sciences,  des  lettres  et  des  arts  de  Lille,  par  E.  de  Coussemaker. 
Gr.  in-8%  lxxiv-442  p.  Paris,  lib.  Durand  et  Pedone-Lauriel. 

61.  Advielle.  —  Mélanges  sur  la  Normandie.  I.  Notices  sur  les 
communes  de  Coudé,  Saint-Paul-sur-Risle,  Le  Theillement,  arrondis- 
sement de  Pont-Audemer  (Eure).  In-8°,  68  p.  Paris,  lib.  Dumoulin. 

Tiré  à  150  exemplaires. 


320 

62.  Afi-re.  — Coiip-d'œil  historique  sur  l'ancienne  baronnic  de  Poyrc. 
In-8°,  122  p.  Rodez,  imp.  de  Droca. 

63.  Aloïss  Hkiss.  —  Description  générale  des  monnaies  des  rois 
visigoths  d'Espagne.  In-4°,  Yiii-189  p.  et  13  pi.  Paris,  imprimerie 
nationale. 

64.  Ancienne  baronnie  de  Iliergcs.  Esquisses  historiques.  In-S", 
16  pages.  Givet,  imprim.  et  lib.  Ghoppin, 

Extrait  de  l'Echo  de  Givet. 

65.  Andi.au  (d').  —  Organisation  et  tactique  de  l'infanterie  IVanraisc 
depuis  son  origine  jusqu'à  l'époque  actuelle.  ln-8°,  110  p.  l'aris, 
Dumaine.  —  2  fr. 

Extrait  du  Journal  des  sciences  militaires. 

66.  AuBER.  —  Des  sculptures  symboliques  des  xi^  et  xn*  siècles. 
Réponse  adressée  à  M.  de  Caumont.  ln-8",  36  p.  avec  lig.  Gacn,  imp.  et 
litli.  Le  Blanc-Hardel. 

Extrait  du  Bulletin  reonumeutal. 

66.  AuBERT.  —  Trésor  de  l'abbaye  de  Saint-Maurice  d'Agaunc.  In- 
4",  viii-161-263  p.  Paris,  imp.  Jouaust;  lib.  V^  A.  Morel  et  C«. 

67.  Bailliage  du  Vermandois.  Élections  aux  États  généraux  de  1789. 
Procès-verbaux,  doléances,  cahiers  et  documents  divers,  publiés  par  la 
Société  académique  de  Laon;  précédés  d'une  introduction  et  suivis 
de  notices  biographiques  par  Edouard  Fleury.  ln-8%  lii-.j03  p.  Paris,  lib. 
Didron-Neveu.  7  t'r.  50. 

68.  Barthélémy  (Anat.  de).  —  Les  libertés  gauloises  sous  la  domina- 
tion romaine,  de  l'an  50  à  l'an  27  av.  J.  -G.  In-8°,  35  p.  Paris,  lib. 
Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

69.  Barthélémy  (Ed.  de).  —  La  princesse  de  Gondé,  Gharlotte-Gathe- 
rine  de  La  Trénioille,  d'après  des  lettres  inédites  conservées  dans  les 
archives  de  Thouars.  In-12,  vii-243  p.  Paris,  lib.  Didier  et  C«.  3  fr.  50. 

70.  Baye  (de).  —  Histoire  naturelle  de  l'homme,  époque  de  la  pierri^ 

polie,    grottes   préhistoriques  de  la  Marne.   In-8'',   15  p.  Paris,  imp. 

Glayc. 

Extrait  des  Comptes   rendus  de  l'Académie  des  sciences,  séance  du  2i 
juin  1872. 

71.  Beaune.  —  Le  Palais  de  justice  et  l'ancien  parlement  de  Dijon. 
In- 18,  132  p.  Dijon,  lib.  Lamarche.  1  fr.  50. 

72.  Beaurepaire  (Ch.  de).  —  Recherches  sur  l'instruction  publique 
dans  le  diocèse  de  Rouen,  avant  1789.  3  vol.  in-8'>,  viii-937  p.  Gaen, 
imp.  Le  Blanc-IIardel  ;  Évreux,  lib.  Huet. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  Normandie. 

73.  Bodard  de  la  Jacopière  (de).  —  Ghroniques  craonnaises.  2*=  édil. 


521 

augmentée  de  nouvelles  recherches  et  accompagnée  de  30  pi.  dues  en 
grande  partie  au  crayon  de  MM.  Charpentier  et  Beuoist  de  Nantes. 
In-8°,  vii-7.50  p.  Le  Mans,  imp.  et  lih.  Monnoyer. 
Tiré  à  200  exemplaires  numérotés. 

74.  Boucherie.  —  La  vie  de  sainte  Euphrosyne  (texte  romano-latin 
du  vnr-ix«  siècle),  in-S°,  53  p.  Paris,  Franck. 

Publications  (le  la  Société  pour  Télude  des  langues  romanes. 

75.  Boucherie.  —  Le  palimpseste  de  Montpellier.  Ms.  141  (vm^-ix^ 
siècle)  de  la  hibliothèque  de  l'école  de  médecine  de  MontpelUer.  In-4» 
de  31  p.  Paris,  imp.  nat.  1872. 

76.  BouTARic.  —  Clément  V,  Philippe-le-Bel  et  les  Templiers.  In-8°, 
78  p.  Paris,  lib.  Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

77.  Bresslau  (H.).  — Diplomata  centum  in  usum  scholarum  diploma- 
ticarum  édita  et  annotationibus  illustrata.  Berlin,  in-8°,  XII  et  215  p. 

78.  Brossard.  —  Ville  de  Bourg.  Inventaire  sommaire  des  archives 
communales  antérieures  à  179U,  l''^  partie.  111-4°  à  2  col.,  54  p.  Bourg, 
imp.  Comte-Milliet. 

79.  Bulletin  de  la  Société  archéologique  du  Limousin,  t.  XXI,  l'"e 
livraison.  —  Monographie  du  carton  do  Chàteauponsac.  Armoriai  des 
évoques  de  Limoges  et  de  Tulle.  In-8°,  167  p.  Limoges,  Chapoulaud 
frères. 

80.  Bulletin  de  la  Société  archéologique,  historique  et  scientifique 
de  Soissons.  T.  Il,  2'  série.  In-8°,  399  p.  Paris,  lib.  Didron.  5  fr. 

81.  Caffiaux  (Henri).  —  Essai  sur  le  régime  économique,  financier  et 
industriel  du  Hainaut  après  son  incorporation  à  la  France.  111-8°  de  xxiv- 
486  p.  Valenciennes,  Lemaître,  1873. 

82.  Calendar  of  the  Clarendon  State  Papers  preserved  in  the  Bodleian 
library.  Vol.  I,  to  january  1649.  Edited  by  0.  Ogle  and  W.  H.  Bliss, 
under  the  direction  of  H.  0.  Coxe.  Oxford,  8°,  620  p. 

83.  Catalogue  général  des  manuscrits  des  bibliothèques  publiques  des 
départements;  publié  sous  les  auspices  du  ministre  de  l'instruction 
publique.  T.  IV.  Arras,  Avranches,  Boulogne.  In-4o,  xii-812  p.  Paris, 
imp.  nat. 

84.  Gatalogus  codicum  manuscriptorum  bibliothecae  regiae  et  univer- 
sitatis  Regimoiitanae.  Fasc.  II,  pars  3.  Konigsberg,  4°,  iv-57-108  p. 

85.  Chenu  (l'abbé).  —  Notice  historique  sur  la  chapelle  et  le  pèleri- 
nage de  Saint-Maxime,  paroisse  de  Chuzelles.  In-12,  16  p.  Vienne,  imp. 
Tonion. 

86.  —  Cleuziou  (H.  du).  —  De  la  poterie  gauloise,  étude  sur  la  col- 
lection Charvet.  In-8",  309  p.  et  grav.  Paris,  Baudry. 


522 

87.  GoGHRRis.  —Entretiens  sur  la  langue  française.  Gr.  in-lG,  IGO  p. 
Paris,  imp.  Rouge  frères  et  G%  7,  rue  Guénégaud.  1  fr.  50. 

Bibliothèque  de  l'Echo  de  la  Sorbonne. 

88.  Cochet  (l'abbé).  —  Répertoire  archéologique  du  déparlemeiit  de 
la  Seine-Inférieure,  rédigé  sous  les aus[)ices  de  l'Académie  des  scicnices, 
belles-lettres  et  arts  de  Rouen.  In-4''  à  2  col.,  XYi-330  p.  Paris,  imp. 
nationale. 

Répertoire  archéologique  de  la  France. 

89.  Gomi!u:r.  —  Documents  inédits  pour  servir  h  l'histoire  du  culte 
réformé  dans  le  Vermandois,  de  1600  à  1789.  Extrait  des  archives  du 
greffe  de  Laon  (liasses  7  à  57).  In-8°,  74  p.  Laon,  imp.  de  Goquet 
et  Ce. 

90.  Congrès  archéologique  de  France.  38^  session.  Séances  générales 
tenues  à  Angers,  en  1871,  par  la  Société  française  d'archéologie  pour 
la  conservation  et  la  description  des  monuments.  In-S",  lix-385  p.  avec 
vignettes  et  IG  pi.  Paris,  lib.  Derache. 

91.  Corpus  inscriptionum  latinarum  consilio  et  auctoritato  academiae 
litterarum  regiac  Borussiae  editum.  Vol.V.  ParsI.  InscriptionesGalliae 
cisalpinae  latinae,  éd.  Thdr.  Mommsen.  Berlin,  in-fol.,  514  p. 

92.  CosNAG  (comte  de).  —  Souvenirs  du  règne  do  Louis  XIV.  T.  111. 
In-8°,  509  p.  Paris,  veuve  J.  Renouard. 

93.  CouRTiLLOLES  (de).  —  Ghronologic  historique  des  grands  baillis  t\n 
comté  et  duché  d'Alençon.  Extrait  du  nis.  inédit  de  P.  J.  Udolanl 
Desnos.  In-8°,  59  p.    Paris,  lib.  Dumoulin. 

Extrait  de  la  Revue  historique  nobiliaire,  t.  VIII. 

94.  Cox  et  Jones.  —  Popular  romances  of  the  middle  âge.  In-8'', 
Londres,  Longman. 

95.  Darras  (l'abbé).  —  Histoire  générale  de  TÉglise,  depuis  la  créa- 
tion jusqu'à  nos  jours.  T.  XVI.  Du  pontificat  de  Théodore  I"  au  i)On- 
tiiicat  de  saint  Grégoire  II,  642-731.  In-8",  663  p.  Paris,  Vives. 

9G.  Delorme.  —  Étude  sur  Moisant  de  Brieux  (IG 14-1674).  In-8°,  87 
p.  Caen,  Le  Blanc-Hardel. 

Extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  des  sciences,  etc.,  de  Caen. 

97.  Demarsy  (A.).  —  Voyage  du  chevalier  de  Bellerive  au  camp  du 
roi  de  Suède  à  Bender,  en  1712.  In-i2,  50  p.  Paris,  académie  des 
Bibliophiles. 

98.  Denièue.  —  La  juridiction  consulaire  de  Paris,  1563-1792.  In-8", 
vii-592  p.  Paris,  Pion. 

99.  Desbarreaux-Bernard.  —  Étude  bibliographique  sur  Tédition  dix 
Spéculum  quadruplex  de  Vincent  de  Beauvais,  attribuée  à  Jean  Mentel 
ou  Mentelin,  de  Strasbourg.  In-S»,  25  p.  et  4  pi.  Paris,  lib.  Techoner. 


523 

100.  Dessaux.  —  Notice  historique  sur  la  tour  de  Montlhéry.  In-16, 
30  p.  Paris,  imp.  Morris. 

101.  DiDOT  (Ambr.-F.).  —  Étude  sur  Jean  Cousin,  suivie  de  notices 
sur  Jean  Leclerc  et  Pierre  Woeiriot.  lu-S",  xii-306  p.  Paris,  imp.  et  lib. 
Firmin  Didot  frères,  fils  et  G°. 

102.  DouET  d'Arcq.  —  Collection  de  sceaux.  Fin  de  la  !■•<=  partie,  2" 
partie.  T.  III.  In-4°  à  2  col.,  .527  p.  Paris,  imp.  et  lib.  Pion.  Les  trois 
vol.,  36  fr. 

103.  Dubois.  —  La  table  de  Clés;  inscription  de  l'an  46  après  J.-C, 
concernant  le  droit  de  cité  romaine  des  Anauni,  des  Tulliasses  ot  des 
Sinduni.  In-S",  50  p.  Paris,  Thorin. 

Extrait  de  la  Revue  de  législation  française  et  étrangère. 

104.  Dupuv.  —  Alcuin  et  la  souveraineté  pontificale  au  vni^  siècle. 
In-8'',  01  p.  Tours,  imp.  Ladevèze. 

105.  DussiEux.  —  Généalogie  de  la  maison  de  Bourbon.  In-S",  viii- 
2G0  p.  Paris,  Lecoffre  fils  et  C^. 

106.  EicHELKRAUT  (F.).  —  Der  Troubadour  Folquet  de  Lunel.  In-8°. 
Berlin,  W.  Weber. 

107.  Essai  sur  l'histoire  de  la  ville  et  du  comté  de  Nantes,  par  Gérard 
Mellier.  Manusci^it  publié  pour  la  première  fois  par  Léon  Maître,  archi- 
viste de  la  Loire-Inférieure.  In-8°,  xviii-145  pages.  Nantes,  imp.  Forest 
et  Grimaud. 

108.  FiSQUET.  —  La  France  pontificale  (Gallia  Christiana).  Métropole 

d'Aix.  Digne.  2^  partie,  contenant  Sisteron,  Senez  et  Glandèves.  In-S", 

377  p.  Paris,  iib.  Repos.  Les  2  vol.,  12  fr. 

Les  18  provinces  formeront  50  volumes.  Chaque  diocèse  se  vend  séparé- 
ment. 

109.  Fontes  rerum  Austriacarum.  Diplomataria  et  Acta;  xxxvi  vol. 
(Codex  diplomaticus  Austriaco-Frisingensis,  édité  par  J.  Zahn).  Vienne, 
in-8°,  720  p. 

110.  Fraxcq.  Histoire  de  Lomme  et  de  ses  seigneurs.  In-8°,  393  p.  et 
2  pi.  Lille,  lib.  Tilmot-Courtecuisse. 

m.  Frossard. — Numismatique  protestante.  Description  de  qua- 
rante-et-un  méreaux  de  la  communion  réformée.  In-8°,  19  p.  Paris, 
lib.  Grassart. 

112.  Frugère.  —  Apostolicité  des  églises  de  France.  Étude  biblio- 
graphique. In-8°,  40  p.  Le  Puy,  imp.  Marchessou. 

Extrait  des  Annales  de  la  Société  académique  du  Puy-en-Velay,  t.  31. 

113.  Gautier  (Léon).  —  La  Chanson  de  Roland,,  texte  critique  ;  3* 
édit.,  revue  avec  soin  et  précédée  d'une  nouvelle  préface.  In-18,  209  p. 
Tours,  imp.  et  lib.  Marne  et  fils. 


524 

114.  Genêt  (l'abbé).—  Histoire  de  Triguy.  In-8%  ih^J  p.  Reims,  imp. 
Geoffroy  et  G«. 

115.  GouRDON  nE  GenouiIvL\g.  —  Histoire  de  l'altbaye  do  Fécamp  et 
de  ses  abbés.  Iu-8°,  294  p.  et  un  plan.  Paris,  librairie  Deutu.  3  fr. 

116.  GuÉRiN  (J.).  —  Notices  historiijues  sur  Gi/.cux  et  les  communes 
environnantes.  In-8°,  140  p.  Tours,  imp.  et  lib.  Mazereau. 

117.  GuiGARD.  —  Armoriai  du  bibliophile,  avec  illustrations  dans  le 
texte,  l'-''  partie,  in-8°  à  2  col.  132  p.  Paris,  Bacheliu-Defloreune. 

418.  Halléguen.  —  Armorique  et  Bretagne,  origines  armorico-bre- 
tonnes.  T.  II.  Histoire  politique  et  religieuse.  In-8",  xii-282  p.  Paris, 
Didier  et  C''. 

119.  Harangue  de  Pons  de  Gentil  au  duc  de  Mayenne  faisant  son 
entrée  à  ïallard,  le  21  septembre  1581.  In-16,  31  p.  Paris,  Jouaust. 

120.  Hauréau.  —  Histoire  littéraire  du  Maine.  T.  IV.  In-18.  Paris, 
Dumoulin. 

121.  Heylli  (d').  —  Le  Cercueil  retrouvé  du  cardinal  de  Retz.  In-lS, 
22  p.  et  plan.  Paris,  librairie  générale. 

122.  HouDOY.  —  Chapitres  de  l'histoire  de  Lille.  Le  Livre  Roisin. 
Le  privilège  de  non-confiscation.  Les  Comptes  de  la  ville.  Titres  et 
documents  inédits.  Gr.  in-8»,  169  p.  Lille,  imp.  Danel. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  sciences  et  des  arts  de  Lille. 

123.  HucHER.  —  Compte-rendu  des  travaux  de  la  commission  d'ar- 
chéologie de  la  Sarthe.  In-8%    il  p.  et  pi.  Le  Mans,  imp.  et  lib.  Mon- 

noyer. 

Extrait   du    Bulletin  de  la  Société  d'agriculture,  sciences  et  arts  de  la 
Sartlie. 

124.  HucHER.  —Sigillographie  du  Maine.  Comtes  du  Maine;  Sceau  de 
Charles  IV,  comte  du  Maine.  In-8",  iv-16  p.  et  planche.  Le  Mans,  imp. 
et  lib.  Monnoyer. 

125.  Hugues  (Edm.).  —  Antoine  Court.  Histoire  de  la  restauration 
du  protestantisme  en  France  au  xvni^  siècle,  d'après  des  documents 
inédits.  2  vol.  ^1-8",  xx-l0l4  p.  Paris,  Michel  Lévy  frères,  librairie 
nouvelle.  15  francs. 

126.  Imtîeut.  —  Première  partie  des  sonnets  exotériques  de  Gérard- 
Marie  Imbert,  publiée  avec  une  préface  et  des  notes  par  Philippe  Tami- 
zey  deLarroque.  In-8°,  105  p.  Bordeaux,  imp.  et  lib,  Gounouilhou. 
Paris,  lib.  Claudin. 

Tiré  à  100  exemplaires.  —  Collection  méridionale,  l.  II. 

127.  Itinéraire  descriptif  et  historique  de  Mézièrcs-Charleville  à  Na- 
mur.  In-18,  78  p.  Givet,  imp.  et  lib,  Choppin.  75  c. 

Extrait  de  l'Écho  de  Givet. 


525 

128.  JoANNE.  —  Géographie,  histoire,  statistique  et  archéologie  des 
départements  de  la  France;  Bouches-du-Rhône  (38  gravures  et  1  carte). 
Gr.  in-18,  112  p.  Paris,  Hachette  et  C«.  1  fr.  50. 

129.  JoiNYiLLE  (J.  de).  —  La  sesta  crociata  ovvero  l'Istoria  délia  santa 
vita  e  délie  grandi  cavallerie  di  re  Luigi  IX  di  Francia.  Recata  fedel- 
mente  dal  volgare  d'oil  nel  volgare  di  si  per  esempio  délia  conformità  dei 
due  antichi  linguaggi.  —  Bologna,  in-8o,  lxiii-276  p. 

130.  JoLiBOis  (Em.)  —  Dévastation  de  l'Albigeois  par  les  compagnies 
de  Montluc  en  1537.  Chroniques  tirées  des  archives  communales  de  la 
ville  d'Albi.  In-8o,  30  p.  Albi,  imp.  Desrue. 

131.  JuRiEN.  —  L'Abbesse  Marie  de  Bretagne  et  la  réforme  de  l'ordre 
de  Fontevrault,  d'après  des  documents  inédits.  In-18  Jésus,  197  p.  Paris, 
lib.  Didier  et  C*^. 

132.  Kervyn  de  Lettenhove.  —  Une  relation  inédite  de  l'attentat 
d'Anagni,  tirée  du  Manuscrit,  reg.  XIV,  ch.  1,  du  British  Muséum. 
In-S",  12  p.  Paris,  lib.  Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

133.  Labourasse.  —  Le  Camp   de  la  Woevre  (Gastrum  Vabrense). 

In-8°,  8  p.  Bar-le-Duc,  imp.  Constant-Laguerre. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  Bar- 
le-Duc. 

134.  Lacroix  (Paul).  —  Bibliographie  Molièresque,  contenant:  1°  la 
description  de  toutes  les  éditions  des  œuvres  et  des  pièces  de  Molière  ; 
2°  les  imitations  et  traductions  desdites  pièces  ;  3"  les  ballets,  fêtes  de 
cour,  poésies  de  Molière,  etc.;  4°  l'indication  des  ouvrages  en  tout  genre 
concernant  Molière,  sa  troupe  et  son  théâtre,  avec  notes  et  commen- 
taires4)ar  le  bibliophile  Jacob  (Paul  Lacroix).  In-8°,  242  p..  Turin,  G. 
Gay  et  fils  édit.  15  fr. 

135.  Lagrèze-Fossat.  —  Études  historiques  surMoissac.  T.  II.  In-S", 
550  p.  Paris,  Dumoulin. 

Le  tome  I  a  paru  en  1870. 

136.  Laincel  (de).  —  Avignon,  le  comtat  et  la  principauté  d'Orange. 
In-18,  viii-423  p.  Paris,  Hachette.  3  fr.  50. 

137.  Lecoy  de  la  Marche.  —  Vie  de  Jésus-Christ,  composée  au  xv^ 
siècle  d'après  Ludolphe  le  Chartreux.  Texte  rapproché  du  français  mo- 
derne. Miniatures  en  camaïeu  chromolithographiées  d'après  le  manus- 
crit original  par  G.  Hurtrel.  In-4°,  243  p.  et  20  pi.  Paris,  imp.  Bona- 
venture  :  lib.  Hurtrel. 

138.  Legrix.  —  Notes  pour  servir  à  une  géographie  historique  du 
Calvados.  In-S",  07  p.  Caen,  imp.  et  lith.  Le  Blanc-Hardel. 

Extrait  de  lAnnuaire  normand,  année  1872. 

139.  Lejioine  (P.)  —  Note  sur  les  origines  historiques  des  églises 

35 


526 

dans  les  (î;tnli>s  ol,  spécialoinout  sur  la  mission  do  saint  Julien.  In-H»,  32 
p.  Le  Mans,  iin[).  el  lib.  Loguiclieux-Gallienne. 

140.  Lettres  inédiles  du  roi  Henri  IV  au  chancelier  do  Bellièvre,  du 
8  février  1581  au  23  septembre  IGOl  ;  publiées  d'après  les  manuscrits  de 
la  Bibliothèque  nationale,  par  E.  Halphen.  In-8",  iv-339  p.  Paris,  lib. 
Aubry. 

Tiré  à  250  exempl.:  248  sur  papier  vergé  à  la  forme;  2  sur  parcliemin. 

141.  Lièvre.  —  Notes  sur  Couhé  et  ses  environs;  2«  partie.  In-8°,  161- 
292  p.  et  18  pi.  Poitiers,  imp.  Bernard. 

142.  LoiSELEUR.  —  La  mort  de  Gabrielle  d'Estrées,  d'après  une  rela- 
tion contemporaine  inédite.  In-8°,  40  p.  Le  Mans,  imp.  Monnoyer; 
Paris,  lib.  Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

143.  LuzEL.  —  De  l'authenticité  des  chants  du  Barzaz-Breiz  de  M. 
de  La  Villemarqué.  In-8%  vi-49  p.  Saint-Brieuc.  Paris,  lib.  Franck. 
1  fr. 

144.  Mahul.  —  Cartulaire  de  l'ancien  diocèse  et  (Je  l'arrondissement 
administratif  de  Carcassonne.  Vol.  G,  1'''=  partie,  in-4°,  518  p.  et  6  pi. 
Paris,  Didron,  Dumoulin.  15  fr. 

145.  Marchal.  —  Abrégé  des  guerres  de  Louis  XIV.  Avec  notice 
historique.  Bruxelles,  in-8°  avec  13  pi. 

146.  Matth/EI  Parisiensis  Chronica  majora.  Edited  by  H.  R.  Luard. 
Londres,  in-8''. 

147.  Mazon.  —  Petites  notes  Ardéchoises.  In-8''.  166  p.  Privas, 
Roure. 

148.  Mémoires  de  la  Société  éduenne.  Nouvelle  série.  T.  I.ïn-S",  xvi- 
565  p.  Paris,  lib.  Durand.  6  fr. 

149.  Mémoires  de  la  Société  archéologique  de  Touraine.  T.  XXI.  I. 
Origines  de  l'Éghse  de  Tours  d'après  l'histoire  ;  par  M.  l'abbé  G.  Che- 
valier. II.  Saint  Gatien,  époque  de  sa  mission  dans  les  Gaules;  par 
M.  Jehan  (de  Saint-Clavien).  In-8°,  xii-757  p.  Tours,  lib.  Guilland- 
Verger  ;  Georget-Joubert. 

150.  Miles  (H.-H.)  —  The  History  of  Canada  under  French  Régime, 
1535-1763.  With  Maps,  Plans,  and  lUustrative  Notes.  Post  S».  530  p. 
Montréal,  Dawson. 

151.  Miscellanées  champenoises.  2  brochures.  In-8°,  ensemble  26  p. 
Epernay,  imp.  Fiévet  et  C*^. 

152.  MoNTAiGLON  (de).  —  Notice  sur  une  figurine  gallo-romaine  en 
bronze  du  musée  de  Soissons.  In-8°,  7  p.  et  1  pi.  Paris,  imp.  Jouaust. 

153.  MoNTEiL.    —  Histoire   de  l'industrie  française  et  des  gens    de 


métiers.  Introduction,  snpplémpnt  et  notes,  par  Charles  Louandre. 
Illustrations  et  luc-simile  par  Gerlier.  2  vol.  In-18  jésus,  652  p.  Paris, 
lib.  P.  Dupont;  Lachaud.  7  fr. 

154.  Monumenta  Germaniae,  ed  G.  Pertz.  —  Diplomatum  imperii 
T.  I,  in-fol.,  xvi  et  249  p.  Hanovre. 

155.  Monumenta    Germaniae   ed.    G.    Pertz    Scriptores.  T.   XXI. 

Hanovre,  in-fol.,  viii-564  p. 

Gotifredi  Viterbiensis  opéra  ed.  G.  Waitz.  —  Martini  Oppaviensis  chronicon 
ponlificum  et  imperatorum  ed.  Lud.  Weiiand.  —  Thomae  Tusci  gesta  impera- 
i.oriua  et  poiUificura  ed.  Ern.  Ehrenfeucbter.  —  Annales  Sancti  Panîaleonis 
Coloniensis  ed.  Hermann  Cardauns. 

15G.  Morand  (François).  —  Diffinitiones  capituli  generalis  Giunia- 
censis  anni  m.  ccg.  xxni.  —  Définitions  du  chapitre  général  de  Cluny 
de  l'an  1.323,  publiées  d'après  le  manuscrit  original.  In-4'',  38  p.  Paris, 
imp.  nationale. 

157.  MoRiN.  —  Saliens  et  Ripuaires.  Formation  de  la  monarchie  des 
Francs.  In-8°,  61  p.  Paris,,  lib.  Maisonneuve  et  C«. 

158.  MoRLEv  (Henry).  —  Gleinent  Marot,  and  other  studies.  2  vol. 
ln-8°,  v-316  et  314  p.  Londres,  Ghapman  and  Hall. 

159.  Musée  des  Archives  nationales.  Documents  originaux  de  l'his- 
toire de  France  exposés  dans  l'hôtel  Soubise.  Ouvrage  enrichi  de  1200 
fac-similé  depuis  l'épofjue  mérovingienne  jusqu'à  la  Révolution  fran- 
çaise, publié  par  la  direction  générale  des  Archives  nationales.  In-4°  à 
2  col.,  viii-812  p.  Paris,  Pion. 

160.  NiGRA.  —  Reliquie  celtiche.  I.  Il  manoscritto  irlandese  di  S. 
Gallo.  Turin,  4°,  54  p.  et  4  pi. 

161.  NiSARD  (Charles).  —  Étude  sur  le  langage  populaire  ou  patois 
de  Paris  et  de  sa  banlieue,  précédée  d'un  coup  d'œil  sur  le  commerce 
de  la  France  au  moyen-âge,  les  chemins  qu'il  suivait,  et  l'influence 
qu'il  a  dû  avoir  sur  le  langage.  In-8°  de  454  p.  Paris,  lib.  A.  Franck. 
1872. 

162.  NoELAS.  —  Dictionnaire  géographique  ancien  et  moderne  du 
canton  de  Saint-Laon-le-Gliatel.  ln-8'',  223p. Saint-Etienne,  imp.  veuve 
Théolier  et  G«. 

163.  Pécatier.  —  Histoire  de  Geneviève  de  Brabant.  In-18,  106  p.  et 
vign.  Paris,  lib.  Bernardin-Béchet. 

164.  Périer.  —  Le  château  de  Bourbon-l'Archambault.  Notice  histo- 
rique. In-S",  32  p.  et  4  pi.  Paris,  lib.  Adr.  Delahaye. 

165.  Peyr.-\.t.  — Histoire  des  Albigeois.  Les  Albigeois  et  l'inquisition. 
T.  m.  In-8%  495  p.  Paris,  lib.  Internationale.  5  fr. 

166.  Picot  (G.)  —  Histoire  des  États  généraux,  considérés  au  point 
de  vue  de  leur  influence  sur  le  gouvernement  de  la  France,  de  1355  à 
1614.  Paris,  in-8°,  4  vol. 


528 

1G7.  PiOLiN  (D.  Paul).  —  La  miraculeuse  chapelle  de  Notrc-Dame-du- 
Chèiie.  5«  ('.(lit.  In-lS,  WS  p.  et  grav.  Tours,  imp.  ot  lib.  Marne  et  fils. 

IG8.  Pl.vine  (Dom.)  —  Essai  historique  sur  le  culte  du  B.  Charles 
de  Hlois,  duc  de  Bretagne.  In-S",  54  p.  Nantes,  lib.  Morel. 

169.  PuosT  (B.)  —  Traités  du  duel  judiciaire,  relations  de  pas  d'armes 

et  tournois,  par  Olivier  de  la  Marche,  Jean  de  Villiers,  seigneur  de  l'Isle- 

Adam,  Ilardouin  de  La  Jaille,  Antoine  de  La  Salle,  etc.  Publiés  par 

Bernard  Prost.  In-8o,  xx-263  p.  Paris,  lib.  L.  AVillem.  10  fr. 

Tin'"  A  380    exemplaires    sur  papier  de  Hollande  et  20  sur  papier  de 
Chine. 

170.  Prost  (B.)  — Notice  historique  sur  les  chevaliers  du  noble  jeu 
de  l'arquebuse  de  la  ville  de  Poligny.  In-8°,  52  p.  Poligny,  imp.  Mares- 
chal. 

Extrait    du    Bulletin    de  la  Société  d'agriculture,   sciences   et    arts  de 
Poligny. 

171.  Proverbes  et  dictons  agricoles  de  France.  Li-12,  195  p.  Nancy, 
imp.  et  lib.  Berger-Levrault  et  G^;  Paris,  même  maison. 

172.  PuYMAiGRE  (de).  —  Don  Enrique  de  Villena  et  sa  bibliothèque. 
In-8°,  11  p.  Paris,  lib.  Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  histori([ues. 

173.  PuYOL  (l'abbé).  —  Louis  XUI  et  le  Béarn,  ou  rétablissement  du 
catholicisme  en  Béarn  et  réunion  du  Béarn  et  de  la  Navarre  à  la 
France.  In-8°,  587  p.  Paris,  imp.  de  Soye  et  fils.  5  fr. 

174.  Rabelais.  —  Œuvres  de  Rabelais.  Édit.  conforme  aux  derniers 
textes  revus  par  l'auteur,  avec  les  variantes  de  toutes  les  éditions  origi- 
nales, des  notes  et  un  glossaire.  T.  IL  In-IG,  542  p.  Paris,  imp.  Jouaust; 
lib.  Daffis.  5  fr. 

Collection  de  la  Bibliothèque  elzévirienne. 

175.  Rabelais.  —  Les  quatre  livres  de  maistre  François  Rabelais, 
suivis  du  cinquième  livre,  d'après  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
nationale;  publiés  par  les  soins  de  MM.  A.  de  Montaiglon  et  Louis 
Lacour.  T.  Ille  et  dernier  (V^  livre.  Table  analytique.  Variantes).  In-S", 
326  p.  Paris,  imp.  Jouaust  ;  Académie  des  Bibliophiles. 

176.  Raverat.  —  Haute  Savoie,  promenades  historiques,  pittoresques 
et  artistiques  en  Genevois,  Sémine,  Faucigny  et  Ghablais.  In-8",  676  p. 
Lyon,  imp.  Bellon  et  G'^;  l'auteur,  17,  quai  Joinville.  10  fr. 

177.  Recueil  des  historiens  des  croisades,  publié  par  les  soins  de 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  Historiens  orientaux.  T.  L 
In-folio,  lxxi-869  p.  Paris,  imp.  nationale. 

178.  Recueil  des  lettres  missives  d'Henri  IV.  T.  VIII,  1566-1610: 
Supplément  publié  par  J.  Guadet.  In-4°,  xvi-979  p.  Paris,  imp.  natio- 
nale. 

Collection  de  documents  inédits  sur  l'histoire  de  France. 


529 

179.  Régnier.— Œuvres  complètes  de  Régnier.  Nouvelle  édition,  avec 
le  commentaire  de  Brossette,  publié  en  1729,  des  notes  littéraires,  etc. 
par  M.  Prosper  Poitevin.  In-18  jésus,  xxxv-346  p.  Paris,  lib.  Garnier 
frères. 

180.  RoucHER  (l'abbé).— L'abbaye  de  Maugouvert.  ln-8%  24  p.  Privas, 
Roure. 

181.  RouGEYRON  (l'abbé).— Histoire  et  légendes  de  l'abbaye  de  Menât. 
In-12,  298  p.  Glermont-Ferrand,  imp.  et  lib.  Ducros-Paris. 

182.  Sauvage.— Le  Mortainais  historique  et  monumental.  Le  théâtre 
du  collège  royal  de  Mortain,  en  1757  et  1761.  In-8%  16  p.  Mortain, 
Mathieu  fils. 

183.  Semelaigne.  —  Robert  de  Floques,  bailli  d'Évreux  et  capitaine 
de  Conches,  ou  l'Expulsion  des  Anglais  de  la  Normandie.  In-12,  156 
p.  et  pi.  Paris,  imp,  Jouaust;  lib.  des  Bibliophiles.  2  fr.  50. 

184.  Servan  (de).  —  Le  sire  de  Goucy  ou  la  commune  de  Laon.  In-8° 
à  2  col.,  116  p.  Paris,  imp.  Dubuisson  et  G<^. 

185.  Simon  (Clément).  —  Le  testament  du  maréchal  Biaise  de  Mont- 
luc,  publié  en  entier  pour  la  première  fois  avec  un  codicille  inédit.  In- 
8%  70  p.  Agen. 

Société  d'agriculture,  sciences  et  arls  d'Agen. 

186.  SoREL.  —  Le  château  de  Chantilly  pendant  la  Révolution.  Docu- 
ments inédits.  Vue  de  l'ancien  château.  In-8°,  viii-319  p.  et  gravures. 
Paris,  Hachette  et  C«.  5  fr. 

187.  Tardieu  (Ambr.)  —Histoire  de  la  ville  de  Clermont-Ferrand. 
T.  L  Gr.  in-4°,  viii-726  p.  Moulins,  imp.  Desrosiers. 

188.  Teissier.  —  Les  rues  de  Toulon;  6°  à  11«  livraison.  In-8°,  109- 
252  p.  Draguignan,  imp.Latil;  Toulon,  tous  les  libraires.  50  c.  la  livrai- 
son. 

189.  Tholtn.  —  Le  siège  du  château  de  Madaillan  par  le  maréchal 
Biaise  de  Montluc,  1572-1575.  In-8°,  20  p.  Agen. 

Société  d'agriculture,  sciences  et  arts  d'Agen. 

190.  TISSER.VND  (l'abbé).  —  Chronique  de  Provence.  Études  histo- 
riques sur  quelques  personnages  célèbres  du  Midi  sous  Charles  VUI, 
Louis  XII  et  François  I".  In-8°,  216  p.  Cannes,  imp.  Vidal.  2  fr. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  sciences  naturelles,  des  lettres  et 
des  beaux-arts  de  Cannes  et  de  l'arrondissement  de  Grasse. 

191.  TopiN  (Marins).  —  Le  cardinal  de  Retz,  son  génie  et  ses  écrits  ; 
3e  édition.  In-12,  167  p.  Paris,  lib.  Didier  et  G". 

192.  TouRTOuLON  (de).  —  Une  session  des  État^  de  Languedoc.  In-8% 
81  p.  et  2  tableaux.  Montpellier,  imp.  Boehm  et  fils. 

193.  Tre.maudan  (de).— Études  celto-bretonnes.  Noms  des  communes 


330 

ot  rivières  (lUo-et-Vilaine).  Étymologie  et  observations  philologiques 
établissant  l'existence,  au  xii«  siècle,  de  la  langue  celto-bretonne  en 
Haute-Bretagne.  In-8°,  71  p.  Rennes,  imp.  Hauvespre. 

194.  Trichaud  (l'abbé).  —  La  légende  de  saint  Sébastien,  à  Mazan. 
In-8°,  7  p.  Marseille,  imp.  Olive. 

195.  Vacher.  —Étude  historique  sur  le  canton  de  Mornant.  In-8«, 
191  p.  Lyon,  Brun.  3  fr. 

196.  Valronnms  (do).  —  Correspondance  politique  et  littéraire  du 
marquis  de  Valbonnais,  publiée  et  annotée  par  M.  G.  U.  J.  Chevalier, 
prêtre.  In-8%  iv-84  p.  Grenoble,  Drevet. 

Documents  inédits  sur  le  Dauphiné. 

197.  Valous  (de).  —  Charte  des  libertés  et  franchises  de  Chàtillon- 
d'Azergues,  suivie  d'une  notice  analytique.  In-S°,  16  p.  Lyon,  imp. 
Mougin-Rusand  ;  lib.  Brun. 

198.  Valous  (do).  —  Anoblissement  d'un  mineur  lyonnais  en  1398. 
Notice  rédigée  sur  les  documents  originaux.  In-8°,  23  p.  Lyon,  imp. 
Vingtrinier. 

199.  ViOLLET-LE-DuG.  —  Dictionnaire  raisonné  du  mobilier  français 
de  l'époque  carlovingienne  à  la  Renaissance.  4^  vol.  l^""  fascicule.  Vête- 
ments civils  et  religieux.  In-8",  160  p.  Paris,  A.  Morel. 

200.  Walpole.  —  Lettres  de  Horace  Walpole  écrites  à  ses  amis 
pendant  ses  voyages  en  France  (1739-1775).  Traduites  et  précédées 
d'une  introduction  par  le  comte  de  Bâillon.  In-8°,  lxviii-331  p.  Paris, 
Didier  et  C<=.  7  fr. 

201.  Walter  OF  CovENTRY  (The  historical  collection  of).  Edited  by 
W.  Stubbs,  vol.  l.  Londres,  8". 

202.  Zeller.  —  Histoire  d'Allemagne.  Origines  de  l'Allemagne  et  do 
l'empire  germanique,  avec  introduction  générale  et  cartes  géographi- 
ques. In-8»,  xlvi-452  p.  Paris,  lib.  Didier  et  G'. 


CHRONIQUE. 


—  L'Assemblée  nationale  a  encore  une  fois  reconnu  d'une  façon 
éclatante  les  services  que  l'École  des  chartes  rend  au  pays.  Elle  a  com- 
pris les  élèves  de  cette  école  parmi  les  jeunes  gens  qui,  sous  certaines 
conditions,  sont  dispensés  du  service  militaire.  L'article  20  de  la  loi  sur 
le  recrutement  de  l'armée,  du  29  juillet  1872,  contient  la  disposition 
suivante  : 

«  Sont,  à  titre  conditionnel,  dispensés  du  service  militaire  : 

4°  Les  élèves  pensionnaires  de  l'École  des  langues  orientales  vivantes 
et  les  élèves  de  l'École  des  chartes  nommés  après  examen,  à  condition 
de  passer  dix  ans  tant  dans  les  dites  écoles  que  dans  un  service  public.» 

Pour  assurer  l'exécution  de  cet  article  de  la  loi,  des  examens  d'entrée, 
qui  auront  lieu,  pour  la  première  fois,  en  novembre  1872,  ont  été  insti- 
tués par  l'arrêté  ministériel  dont  suit  le  texte  : 

«  Le  ministre  de  l'Instruction  publique,  des  Cultes  et  des  Beaux-Arts, 

Vu  l'ordonnance  royale  du  31  décembre  1846; 

Vu  l'avis  du  Conseil  de  perfectionnement  de  l'École  nationale  des 
chartes  en  date  du  12  juillet  1872; 
Arrête  : 

Art.  1.  Le  nombre  maximum  des  élèves  de  première  année  de  l'École 
des  chartes  est  fixé  à  vingt. 

Art.  2.  Les  aspirants  au  titre  d'élève  de  l'École  des  chartes,  doivent 
être  français,  bacheliers  ès-lettres  et  âgés  de  moins  de  vingt-cinq  ans 
révolus  au  31  décembre  de  l'année  qui  précède  leur  inscription. 

Art.  3.  Ils  sont  nommés  élèves  de  première  année  par  arrêté  minis- 
tériel, sur  la  présentation  du  Conseil  de  perfectionnement,  à  la  suite 
d'un  examen  d'admission. 

Art.  4.  L'examen  d'admission  à  l'École  des  chartes  se  compose  d'une 
épreuve  écrite  et  d'une  épreuve  orale. 

L'épreuve  écrite  comprend  une  version  latine,  un  thème  latin,  une 
composition  sur  l'histoire  et  la  géographie  de  la  France  avant  1789. 

L'épreuve  orale  porte  sur  l'explication  d'un  texte  latin  et  sur  l'histoire 
et  la  géographie  de  la  France  avant  1789. 

Il  sera,  en  outre,  tenu  compte  aux  candidats  de  la  connaissance  de 
l'allemand,  de  l'anglais,  de  l'espagnol  ou  de  l'italien. 

Art.  5.  Nul  ne  peut  subir  l'épreuve  orale,  s'il  n'a  été  déclaré  admis- 
sible à  la  suite  de  l'épreuve  écrite. 


532 

Art.  6.  Après  la  dernière  épreuve,  le  (Conseil  de  perfectionnement, 
assisté  des  professeurs,  arrête  la  liste  des  candidats  à  présenter,  à  la 
nomination  ministérielle. 

Art.  7.  Le  registre  d'inscription  est  ouvert  au  secrétariat  de  l'École, 
du  25  octobre  au  5  novembre,  de  midi  à  4  heures. 

Les  candidats  doivent  produire  leur  acte  de  naissance  et  leur  diplôme 
de  bachelier  ès-lettres. 

Les  examens  d'admission  ont  lieu  dans  les  dix  jours  qui  suivent  la 
clôture  du  registre  d'inscription. 

Art.  8.  Le  président  du  Conseil  de  perfectionnement  et  le  directeur 
de  l'École  nationale  des  chartes  sont  chargés,  chacun  en  ce  qui  le  con- 
cerne, de  l'exécution  du  présent  arrêté. 

Fait  à  Paris  le  24  juillet  1872. 

Jules  Simon. 

—  Les  examens  des  élèves  de  l'École  des  chartes  ont  commencé  le 
29  juillet  1872,  sous  la  présidence  de  M.  de  Wailly.  Voici  les  textes  et 
les  questions  sur  lesquels  les  élèves  ont  été  examinés  : 

PREMIÈRE  ANNÉE. 

Épreuve  orale. 
Ego  Robertus  de  Curtiniaco  notum  facio  universis,  presentibus  paritcr 
et  futuris,  quod  satisfeci  voluntati  monachorum  Escarleiensium  de 
elemosina  patris  mei;  et  pro  decem  libris  quas  constituerat  eis  annua- 
tim  reddendas,  dedi  eis  undecim  arpenta  pratorum  in  riveria  de  Duchi, 
et  debitam  garantiam  super  eisdem  pratis  promisi;  insuper  et  quadra- 
ginta  libras  parisiensis  monete  ad  emptionem  aliorum  pratorum  vel 
aliorum  reddituum  dedi.  Quod  factum  apud  Carniacum  litterisque 
traditum  ut  ratum  perseveret  im  perpetuum,  sigilli  mei  munimine 
roboravi.  Anno  ab  incarnatione  Domini  millesimo   ducentesimo  quinto. 

Nous  JehansdelNeelle,  cuens  de  Pontiu,  de  Monstruel  et  d'Aubemarle, 
et  nous  Jahanne,  par  la  grâce  de  Dieu  royne  de  Castelle  et  de  Léon, 
des  liex  devant  dit  contesse,  faisons  savoir  à  touz  eaux  qui  ces  pré- 
sentes leitres  verront  et  orront  que  le  vente,  le  marquie  et  le  conve- 
nanche  que  Jahans  de  Mautort  escuiers,  a  fait  à  dames  religieuses 
l'abbaesse  et  le  couvent  d'Espaigne,  de  tout  le  terage  que  il  avoit  en 
XXV  journiex  et  demi  de  terre,  qui  sient  ou  terrouer  de  Mautort,  en 
deus  pieches,  si  com  il  est  contenu  es  leitres  le  devant  dit  Jahan  de 
Mautort,  que  nous  avons  veues,  et  asqueles  nous  ajoustons  foy,  nous, 
comme  souverain  seigneur  de  le  vente  devant  dite,  volons,  gréons  et 
consentons  et  pramettons  que  jamais  encontre  ne  venrons.  Et  en  conflr- 
macion  de  ce,  nous  avons  mis  nos  seiax  en  ces  présentes  leitres,  à  le 
requeste  du  devant  dit  Jahan  de  Mautort,  qui  furent  faites  l'an  de  grâce 
M  ce  soissante  douze,  ou  moys  de  may. 


533 

Épreuve  écrite. 

Universis  Christi  fidelibus,  tam  presentibus  quam  faturis,  ad  quos 
littere  présentes  pervenerint,  ego  Hugo,  decanus  de  Sancto  Richario, 
saiutem  in  Domino.  Noverit  universitas  vestra  quod  Eustacliius  de 
Augiercoii[rjt  et  lieredes  sui,  sciiicet  Liegardis,  soror  sua,  Ingerrannus 
Buschus,  maritus  ejus,  et  Matildis,  filia  eorum,  recognoverunt  coram 
nobis  quod  Eustacliius  de  Augiercort  vendiderat  abbatisse  et  conventui 
sanctimonialium  de  Hyspania  in  perpetuum  totum  feodum  quem  ipse 
de  Guidone  de  Bietencourt  tenebat,  et  ipsi  heredes  supra  nominati 
bénigne  et  spontanei  sine  coactione  aliqua  venditionem  istam  conces- 
serant,  jurantes  soUempniter  quod  in  dicto  feodo  nichil  de  cetero  vel 
per  se  vel  per  alium  reclamabunt.  Quod  ut  ratum  permaneat,  nos,  ad 
petitionem  partium,  présentes  litteras  sigilli  nostri  munimine  fecimus 
roborari.  Actum  est  hoc  anno  Domini  m°  ce  vicesimo  quinto,  mense 
februario. 

Sciendum  est  quod  anno  ab  incarnatione  Domini  m»  ce  lxxiiu", 
régnante  Philippe  rege  Francorum  et  nullo  episcopo  Gaturcensi,  xiiu^ 
die  mensis  marcii,  qu'en  B.  de  Guiscart  en  B  so  filh  donero  i  arrendero 
an  Jaufre  Rossel  i  asson  hordenh,  coma  a  lor  home  de  cors  e  de  caza- 
latge,  .1^.  pessa  de  terra  que  es  en  la  parroquia  de  la  gleia  de  Fargas, 
ques'te  d'una  part  ab  lo  prat  d'en  Ar.  de  las  Beigas,  e  d'autra  part  ab  la 
terra  d'en  W.  Faure,  e  d'autra  part  ab  lo  gleiasge  de  la  gleia  de  Bovelar 
de  Gumba  Longuanhesca,  e  ab  la  terra  S.  Guolfier,  aissi  coma  enbolada 
e  devezida  es,  ab  totz  sos  intrars  i  ab  totz  sos  ichirs,  i  ab  totz  sos  autres 
apertenemens,  per  lu.  s.  de  caorc.  d'acapte,  a  ssenhor  mudan,  e  per  .i. 
sestier  de  froment,  e  per  .i».  emina  de  ssivada  de  ces  en  cadan,  en  estio 
a  mezura  de  la  cunca  de  Moncuc;  e  mandero  Ih'en  bona  e  ferma  gui- 
rencia'de  lor  meih  e  de  totz  los  lor,  e  de  totz  homes,  e  de  totasfe[m]nas, 
e  de  part  de  ssenhoria,  lor  senhorias  salvas.  Actum  fuit  a  las  Beigas. 
Testes  sunt:  R.  de  las  Beigas,  capela,  en  W.  de  las  Beigas,  en  Ar.  Cuin- 
tarel,  et  ego  Matheus  de  La  Ramondia,  publicus  notarius  Montiscuci, 
qui  hec  scripsi  utriusque  consensu. 

Ludovicus,  Dei  gratia  Francorum  rex,  universis  présentes  litteras  ins- 
pecturis,  saiutem.  Noveritis  quod  nos,  propter  fidèle  servitium  quod  nobis 
exhibuit  dilectus  consanguineus  et  fidelis  noster  Robertus  de  Corteneio, 
Francie  buticularius,  eidem  duximus  concedendum  quod,  si  eum  mori 
contingerit  antequam  filius  suus  primogenitus  ad  legittimam  etatem 
pervenerit,  nos  vel  hères  noster  tenebimusinmanu  nostra  totam  terram 
quam  idem  Robertus  lenet  de  nobis  in  Normannia,  nec  eam  de  manu 
nostra  amovebimus  donec  dictus  primogenitus  ipsius  Roberti  ad  legitti- 
mam etatem  pervenerit.  Si  vero  nos  vel  hères  noster  dictam  terram  tam 
diu  tenuorimus  quod  quinque  millia  libras  parisiensium  perceperimus 
ex  eadem,  nos  vel  hères  noster  tenebimur  reddere  quinque  millia  libras 


334 

parisiensium  dicto  primogenilo  ipsius  Roberti,  ipso  die  quo  faclus  ent 
novus  miles.  Si  autem  minus  receperimus  ex  eadem,  non  tenebimur 
reddore  nisi  illud  tantum  quod  receperimus  ex  ea.  Et  si  ultra  predictam 
summam  (juinque  millium  librarum  parisiensium  babuerimus  de  terra 
predicta,  illud  quod  ultra  babuerimus  nostrum  erit.  Actum  apud  Sanc- 
tum  Germanum  in  Loia,  anno  Domini  M°  CC°  \icesimo  sexto,  mense 
Maio. 

Traduire  en  français  les  deux  premiers  couplets  do  la  pièce  do  P. 
Vidal,  dont  suit  le  texte  : 

Ab  l'alcn  tir  vas  me  l'aire 
Qu'eu  sen  venir  de  Proensa 
Tôt  quant  es  de  lai  m'agensa 
Si  que  quan  n'aug  ben  retraire 
Eu  m'o  escout  en  rizen 
En  deman  per  un  mot  cen 
Tan  m'es  bel  quan  n'aug  ben  dire. 

Qu'om  no  sap  tan  dous  repaire 
Cum  de  Eozer  tro  qu'a  Venza 
Si  cum  clau  mars  e  Durensa 
Ni  on  tan  fls  jois  s'esclaire 
Perqu  'entre  la  franca  gen 
Ai  laissât  mon  cor  jauzen 
Ab  leis  que  fais  iratz  rire 

A  quoi  l'épond  en  latin  le  suffixe  français...  âge!  En  donner  des 
exemples  ? 

Donner  les  formes  provençales  des  noms  de  lieu  et  noms  communs  : 
Rutenicus,  Mairanicas,  Madalicas,  Canonicus,  Canonica,  Fdbrica,  Fa- 
hrîca. 

Donner  l'étymologie  des  mots  provençaux  repaire,  tro,  laissât, 
contenus  dans  la  seconde  strophe  de  la  pièce  de  P.  Vidal  ci-dessus 
imprimée. 

SECONDE  ANNÉE. 

Epreuve  orale. 

Quels  sont  les  genres  principaux  d'actes  publics  émanés  de  la  chan- 
cellerie royale  sous  le  règne  de  saint  Louis?  En  indiquer  les  caractères? 

Comment  les  archives  civiles,  antérieures  à  1790,  sont-elles  divisées 
dans  les  archives  départementales? 

Quelle  distinction  peut-on  établir  entre  les  villes  au  moyen  âge 
d'après  leur  constitution  politique? 

Épreuve  écrite. 
Magister  Hugo  de  Bella  Quercu,  canonicus  et  offlcialis  Ambianensis, 
omnibus  présentes  litteras  inspecturis,  in  Domino  salutem.  Noverit 
univcrsitas  vestra  quod   Liejardis,  fllia  Hessclini  do  Augiercort,  dum 


535 

esset  vidua,  Matildis,  fllia  ejus,  et  Johannes  d'Oumainmont,  maritus 
ejusdem  Matildis,  in  nostra  presentia  constituti,  benignum  prebuerunt 
assensum  cuidam  venditioni  quam  Eustacius  de  Augiercort  et  Ingerran- 
nus  Buschus^  monialibus  de  Hyspania  fecisse  dicebantur  de  toto  feodo 
quem  dictus  Eustacius  tenebat  apud  Augiercort  de  domino  Guidone  de 
Betencort  milite,  et  etiam  de  quinque  jornalibus  terre  site  in  eodem 
feodo,  quam  terram  idem  Ingerrannus  dictis  monialibus  vendidisse  dice- 
batur  pro  sex  libris  parisiensium  eis  a  dictis  monialibus  numeratis  pro 
concessione  vendicionis  predicte,  promittentes  juramento  prestito  tam 
dicta  Liejardis  quam  Matildis  et  Johannes  maritus  ejus  quod  in  predicto 
feodo  aut  terra  aliquid  de  cetero  non  reclamarent,  nec  dictas  moniales 
super  hiis,  per  se  vel  per  alium,  aliquatenus  molestarent.  In  cujus  rei 
testimonium,  présentes  litteras  confici  fecimus  et  sigillé  curie  Ambia- 
nensis  roborari.  Actum  anno  Domini  m°  cg°  tricesimo  primo,  mense 
septembri. 

Alexander,  episcopus,  servus  servorum  Dei,  dilecte  in  Christo  fllie, 
nobili  mulieri,  Beatrici,  vidue,  relicte  clare  memorie..  langravii  Thu- 
ringie,  régis  Romanorum,  salutem  et  apostolicam  benedictionem.  Efficax 
devotionis  quam  erga  nos  et  apostolicam  sedem  habere  dinosceris  me- 
retur  affectus,  ut  petitionibus  tuis,  quantum  cum  Deo  possumus,  favo- 
rabiliter  annuamus.  Hinc  est  quod  nos,  tuis  devotis  supplicationibus 
inclinati,  tibi  auctoritate  presentium  indulgemus,  ut  nuUus  delegatus  vel 
subdelegatus  ab  eo,  exécuter  seu  etiam  conservator,  auctoritate  litte- 
rarum  sedis  apostolice  vel  legatorum  ipsius,  possit  in  personam  excom- 
municationis  vel  in  terram  tuas  interdicti  sententias  promulgare,  absque 
speciali  mandate  sedis  ejusdem,  faciente  plenam  et  expressam  deindulto 
hujusmodi  mentionem.  Nulli  ergo  omnino  hominum  liceat  banc  pagi- 
nam  nostre  concessionis  infringere,  vel  ei  ausu  temerario  contraire.  Si 
quis  autem  hoc  attemptare  presumpserit,  indignationem  omnipotentis 
Dei  et  beatorum  Pétri  et  Pauli,  <?postolorum  ejus,  se  noverit  incursu- 
rum.  Presentibus  post  quinquennium  minime  vahturis.  Datum  Anagnie, 
II  kalendas  Novembris,  pontificatus  nostri  anno  quinto. 

Quelle  est,  selon  notre  manière  de  compter,  la  date  exacte  de  cette 

1.  La  charte  originale  semble  porter  Huscnus;  mais  la  lecture  Buschus  est 
cependant  incontestable.  Nous  avons  en  effet  à  la  Bibliothèque  nationale  (fonds 
latin  des  Nouv.  acq.  n"  2119,  pièce  95)  une  charte  de  l'année  1225,  dans 
laquelle  le  même  personnage  est  appelé  Ingerrannus  Buschus.  —  De  plus,  au 
dos  de  la  charte  originale  de  l'année  1231,  comprise  dans  le  même  recueil 
(pièce  101),  on  lit  cette  note  en  beaux  caractères  du  xni"  siècle  :  «  Conf.  curie 
»  Amb'  de  concessione  Leiardis,  filie  Hesseliui  de  Augiercort,  et  aliorum,  de 
»  vendicione  quam  feceranl  Eustachius  de  Augiercort  et  Ingerrannus  Buscus, 
»  scilicet  de  tolo  feodo  quod  idem  E.  tenebat  de  domino  Guidone  de  Detencort 
»  et  de  quinque  jornalibus  que  idem  Ingerrannus  vendidit  ibidem.  Caria  xlix".» 


:i3« 

pièce,  le  pape  qui  l'a  donnée  ayant  été  élu  le  12  décombnî  1254  et  sacré 
le  20  du  même  mois? 

Faire  connaître  la  composition  et  les  attributions  de  la  cour  ou 
conseil  du  roi  au  xni"  siècle,  et  en  cnumérer  les  démembrements  suc- 
cessifs. 

TROISIÈME   ANNÉE. 

Epreuve  orale. 

Expliquer  les  termes  suivants  de  la  procédure  civile  et  canonique  : 
citatio,  libelli  ohlalio,  litis  contestatio,  juramentum  calumnia. 

Quelles  ont  été  les  formes  les  plus  communes  des  monuments  appa- 
rents de  la  sépulture  dans  les  églises  depuis  le  xi^  siècle? 

Epreuve  écrite. 

Faire  connaître  les  dispositions  prises  contre  le  morcellement  des 
fiefs  dans  les  successions  et  les  ventes. 

D'après  quel  trait  convient-il  do  classer  les  églises  romanes?  — 
Quelles  sont  les  espèces  du  genre?  —  Quelles  sont  les  subdivisions  de 
chaque  espèce? 

Universis  présentes  litteras  inspecturis,  magister  A.  de  Lehericuria, 
canonicus  et  officiaiis  Ambianensis,  in  Domino  salutem.  Noveritis  quod 
Bertinus  dictus  Counde  et  Clemencia,  ejus  uxor,  recognoverunt  se  ven- 
didisse  ecclesie  de  Balanchiis,  pro  triginta  solidis  parisiensium  sibi 
persolutis,  quandam  pechiam  terre  site  in  territorio  de  Mentenay,  con- 
tinens  (s/c)  in  se  quatuor  jo[r]nalia  vel  circiter  terre  site  in  quodam  loco 
qui  dicitur  Vallis  del  Maisnil,  de  qua  terra  erant  tenentes  etpossidentes 
de  dicta  ecclesia,  ut  dicebant,  per  duos  sestarios  avene  annui  census, 
ad  mensuram  Monsteroli,  nimia  neccessitate  ipsos  ad  hoc  compellente, 
sicuti  ipsi  juramento  prestito  flrmaverunt,  promittentes  sub  ejusdem 
religione  juramenti  tam  dictus  Bertinus  quam  dicta  Clemencia,  ejus 
uxor,  quod  contra  hujusmodi  venditicnem  de  cetero  non  venirent,  nec 
dictam  ecclesiam  super  dicta  re  vendita  per  se  vel  per  alium  nomine 
dotalicii  seu  ahquo  alio  nomine  aiiquatenus  molestarent  nec  molestari 
procurarent.  Hec  autem,  prout  superius  sunt  expressa,  acta,  jurata  fue- 
runt  et  recognita  coram  dilecto  nostro  J.  decano  christianitatis  in 
Monsterolo,  ad  hoc  ex  parte  nostra  specialiter  destinato,  sicuti  tam  in 
ipsius  decani  quam  in  nostris  litteris  ad  ipsum  propter  hoc  directis  et 
nobis  remissis  plenius  continetur.  Nos  vero  volontés  ea  que  coram  dicto 
decano  acta,  jurata  fuerunt  et  recognita,  robur  firmitatis  obtinere,  pré- 
sentes litteras  confici  fecimus  et  sigillo  curie  Ambianensis  roborari. 
Actum  anno  Domini  m"  ce  quinquagesimo  tercio,  mense  decembri. 

Le  jury  d'examen  a  déclaré  admissibles  : 

1"  A  passer  eh  seconde  année,  par  ordre  de  mérite  : 

MM. 
1.  Lelong  (Eugène-Philippe),  né  à  Angers  le  10  juillet  1847. 


537 

2.  Bourbon  (Georges-Louis),  né  à  Ghâteauneuf-sur-Sarthe  (M-dne-et- 
Loire),  le  21  juillet  1852. 

3.  Raynaud  (Gaston-Charles),  né  à  Paris  le  14  avril  1850. 

4.  Glédat  (Léon),  né  au  Change  (Dordogne),  le  4  février  1851. 

5.  D'AuMAG  (Jules-Eugène),  né  à  Paris  le  20  juillet  1854. 

6.  SoRiN  (Louis),  né  à  Valence  (Drùme),  le  27  juin  1848. 

7.  RicHOU  (Gabriel-Charles-Marie),  né  à  Angers  le  4  novembre  1852. 

8.  NoRiUND  (JacqMes-Clary-Jean),  né  à  Paris  le  25  novembre  1848. 

9.  Meyer  (Jac^wes-Emmanusl),  né  à  Paris  le  29  août  1852. 

10.  Vayssière  (Augustin-Louis),  né  à  Vers-sous-Sellières  (Jura),  le 
28  décembre  1850. 

11.  Lebrun  (Charlemagne-Arthur-Joseph),   né  à  Fresnes-sous-Escaut 
(Nord),  le  16  janvier  1847. 

12.  PoNTAL  {Es,])v[t-Édouard),  né  à  Bourg-Saint- Andéol  (Ardèche),  le 
Il  novembre  1851. 

13.  AuBiNEAU  (Joseph-Henri-Étienne),   né   à  Paris   le  26  décembre 
1851. 

14.  Amé  (Louis-Marie-Léon-jErfgrar),  né  à  Caen,  le  10  janvier  1852. 

15.  De  Fréville-Uelor-me  (Charles-iWarce^René),  né  à  Paris  le  15 
janvier  1851. 

2°  A  passer  en  troisième  année,  par  ordre  de  mérite  : 
MM. 

1.  GOHN. 

2.  GuiLMOTOT. 

3.  Morel-Fatio. 

4.  gopinger. 

3°  A  soutenir  la  thèse  (liste  alphabétique)  : 
MAL 
Barbaud. 
Bonassieux. 
De  Ghanteau. 
Du  Ghesne. 

DUFOUR. 

Hervieu. 

De  Lasteytue. 

molinier. 

Pasquier  . 

Ratyé. 

Richard. 

Rivain. 

Robert. 

Tempier. 

Terrât. 


538 

—  Par  arrôlr  on  dato  du  17  juillnt,  M.  Léopold  Dolislf  a  c'U'.  nomnir 
vice-iiirsidiMil,  du  Conseil  de  in'rri'clionncmonl.  de  l'KcuIo  des  chartes. 

—  Par  arrêté  eu  date  du  21  octobre,  M.  Gucssard,  professeur  de  lan- 
gues romanes  à  l'École  des  chartes,  a  été  autorisé  à  se  l'aire  supi)léer 
pendant  J'année  scolaire  1872-1873  par  M.  Paul  Meyer,  secrétaire,  pro- 
fesseur suppléant  de  la  dite  École. 

—  Deux  de  nos  confrères,  M.  Charles  Tranchant,  vice-président  de 
la  Société,  et  M.  Adolphe  Tardif,  viennent  d'être  compris  dans  la  for- 
mation du  nouveau  Conseil  d'État  et  nommés  conseillers. 

M.  Ch.  Tranchant,  secrétaire  général  de  la  C^  des  Messageries  mariti- 
mes, membre  du  Conseil  général  de  la  Seine  et  du  Conseil  municipal  de 
Paris,  avait  déjà  appartenu  au  Conseil  d'État,  oii  il  était  entré  comme 
auditeur  par  la  voie  du  concours  en  1849.  Présenté  par  la  commission 
spéciale  de  l'Assemblée  nationale,  et  inscrit  à  la  fois  sur  les  trois  listes 
préparées  par  les  divers  groupes  de  l'Assemblée,  il  a  été  élu  le  22 
juillet  conseiller  d'État  en  service  ordinaire  au  premier  tour  de  scrutin, 
le  huitième  sur  vingt-deux  par  539  voix  sur  612  votants. 
-M.  Adolphe  Tardif,  qui  occupe  depuis  longtemps  une  position  impor- 
tante à  l'administration  des  cultes,  a  été,  par  décret  en  date  du  17  anùt, 
nommé  conseiller  d'État  en  service  extraordinaire,  et  va  en  cette  qualité 
représenter  dans  le  Conseil  d'État  le  département  de  l'instruction  publi- 
que et  des  cultes. 

Par  décret  en  date  du  14  août,  M.  Tranchant  a  été  attaclié  à  la 
section  du  contentieux  du  Conseil  d'État. 

—  Les  deux  circulaires  suivantes  ont  été  adressées,  dans  les  premiers 
jours  du  mois  d'août,  aux  préfets  des  départements,  par  M.  le  ministre 
de  l'intérieur  : 

«  Le  décret  du  4  février  1850  a  accordé  aux  élèves  de  l'École  des 
chartes  un  droit  de  préférence  sur  tous  les  candidats  aux  fonctions 
d'archiviste  départemental.  Ce  droit  de  préférence  a  été  consacré  par 
l'article  45  de  la  loi  du  10  août  1871. 

»  Cependant,  le  mode  de  recrutement  des  archivistes  départementaux 
ayant  été  inexactement  interprété  dans  quelques  départements,  je  vous 
engage  à  vous  reporter  aux  circulaires  du  10  juillet  1850,  30  avril  1867 
et  8  octobre  1871,  qui  contiennent  des  instructions  précises  à  cet  égard. 
Vous  y  remarquerez  notamment  qu'il  est  ouvert  au  ministère  de 
l'intérieur  (bureau  des  archives)  un  registre  destiné  à  recevoir  les 
noms  des  élèves  de  l'École  des  chartes  qui  désirent  être  appelés  aux 
fonctions  d'archiviste  départemental.  A  défaut  d'anciens  élèves  de 
l'École  des  chartes,  la  circulaire  du  10  juillet  1850  spéciQe  les  condi- 
tions de  l'exameii  qui  doit  être  subi  au  ministère  de  l'intérieur  devant 
une  commission  spéciale. 

»  Recevez,  monsieur  le  préfet,  etc.  » 


539 

—  «  Aux  termes  de  l'article  3  de  la  loi  du  15  février  1872,  toutes 
les  administrations  et  tous  les  établissements  publics  sont  tenus 
de  rechercher  dans  leurs  archives  les  actes  de  l'état  civil  de  Paris  et 
des  communes  annexées  en  1859'  qui  pourraient  y  être  contenus,  et  de 
les  transmettre  à  la  commission  chargée  de  la  reconstitution  des  actes 
de  l'état  civil  du  département  de  la  Seine. 

»  Ce  travail  doit  porter  sur  tous  les  actes  de  naissance,  de  reconnais- 
sance d'enfants  naturels,  de  mariage,  de  divorce  ou  de  décès,  antérieurs 
ou  postérieurs  à  la  loi  de  1792  jusqu'en  1860  et  pour  la  mairie  du 
12^  arrondissement,  depuis  le  l^r  janvier  1870  jusqu'au  25  mai  1871. 

»  Je  vous  prie,  monsieur  le  préfet,  d'inviter  M.  l'archiviste  de  votre 
département  à  rechercher,  dans  les  diverses  collections  fornîant  le 
dépôt  d'archives  de  votre  préfecture,  les  actes  mentionnés  plus  haut  et 
de  vouloir  bien  me  les  faire  parvenir. 

»  Il  sera  essentiel  d'indiquer  les  actes  dont  on  désire  recevoir  une 
copie.  Des  demandes  spéciales  seront  adressées,  dans  ce  sens,  à  M.  le 
préfet  de  la  Seine. 

)i  Recevez,  monsieur  le  préfet,  etc. 

FAUSTE  DE  RIES. 

Les  auteurs  de  l'Histoire  littéraire  de  la  France  ont  prouvé  (t.  II,  p. 
605  et  s.)  que  «  le  plus  grand  nombre  des  Homélies  imprimées  sous  le 
faux  nom  d'Eusèhe  d'Emèse,  »  appartiennent  réellement  à  Fauste,  évèque 
de  Ries,  auteur  du  t«  siècle.  En  ce  qui  concerne  les  deux  homélies  sur 
le  symbole  (la  neuvième  et  la  dixième  du  recueil),  ils  s'expriment 
ainsi  (p.  607):  a  ...  Cela  parait  incontestable  en  conférant  la  première 
sur  le  symbole  avec  la  préface  des  deux  livres  du  Saint-Esprit  que 
nous  avons  prouvé  être  du  même  auteur...  »  Dans  un  livre  paru  en 
1869  à  Christiania  (Ungedruckte,  unheacMete  und  wenig  beachtete  Quellen 
sur  geschichte  des  taufsymhols  und  der  glauheusregel),  l'auteur,  M.  Cas- 
pari,  a  confirmé  l'attribution  des  Bénédictins  par  un  nouveau  témoi- 
gnage, en  démontrant  (p.  200  et  suiv.)  que  non-seulement  la  première 
homélie  sur  le  symbole,  mais  aussi  la  seconde,  présente  de  nom- 
breuses analogies  avec  les  deux  livres  de  spiritu  sancto. 

PRIÈRE  DE  G.  DE  DIGULLEVILLE. 
L'un  des  poèmes  de  Chaucer,  l'A  B  C  ou  Prière  à  la  Vierge,  est  une 
imitation  de  la  prière  que  G.  de  Digulleville  a  insérée  dans  son  Pèle- 
rinage de  la  vie  humaine.  Dans  l'un  des  fascicules  que  M.  Frederick 
J.  Furnivall  a  publiés  à  Londres,  en  1871,  pour  la  Chaucer-Society  [A 

1.  Les  communes  annexées  à  la  ville  de  Paris  par  la  loi  du  IG  juin  1859  sont 
celles  de  :  Passy,  Auteuil,  BatignoUes-Monceaux,  Montmartre,  La  Chapelle,  La 
Villelle,  Belleville,  Charonne,  Bercy,  Vaugirard,  Grenelle. 


540 

one-texl  print  of  Chaucer's minor poems,  parti,  p.  84-100),  notre  confrère 
M.  Paul  Meyer  a  donné,  d'après  les  mss.  français  1645,  1649,  376  et 
377  do  la  Bibliothèque  nationale,  une  bonne  édition  de  la  Prière  de  G. 
de  Dii^'ullcvillo.  lin  autre  fascicule  do  la  même  collection  [Trial-fore- 
ivurds  la  iiiij  PuraUel-lext  édition  of  Chaucer's  minor  poems,  pp.  1(IU-102) 
contient  une  lettre  de  M.  Paul  Meyer,  oil  sont  consignées  d'intéres- 
santes observations  sur  la  versilication  des  Pèlerinages. 

LES  VICOMTES  DE  CHATELLERAULT 

Dans  le  dernier  n"  do  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes  (p.  317), 
un  de  nos  confrères  avait  réclamé  contre  la  prétention  qu'avait  élevée 
dom  Chamard  de  ramener  à  l'année  1229,  ou  environ,  une  pièce  qui  est 
classée  à  l'année  1209  dans  le  Catalogue  des  actes  de  Philippe- Auguste. 
Voici  dans  quels  termes  dom  Chamard  accepte  cette  rectilication,  tout 
en  réservant  son  opinion  sur  le  fond  môme  de  la  question  : 

Abbaye  de  Ligugé,  ce  22  septembre  1872. 
Monsieur, 

«  Dans  le  dernier  numéro  de  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes, 
M.  Delisle  a  cru  devoir  relever  une  note  de  mon  travail  sur  la  chronologie 
des  vicomtes  do  Chàtellerault.  Après  avoir  rejeté  l'opinion  émise  dans 
cette  note,  il  ajoute:  «  Mon  honorable  contradicteur  a  trop  de  sens 
M  critique  et  trop  de  droiture  pour  ne  pas  reconnaître  qu'il  a  beaucoup 
»  trop  rajeuni  la  notice  (relative  aux  trois  Lusignan)  et  qu'il  doit  modi- 
»  fier  son  tableau  des  vicomtes  de  Chàtellerault  de  façon  à  y  faire 
))  figurer,  sous  le  règne  de  Philippe-Auguste,  vers  l'année  1209,  un 
»  vicomte  do  Chàtellerault,  qui  était  frère  do  Hugues  IX  de  Lusi- 
»  gnan,  comte  de  la  Marche,  et  de  Raoul  II  d'Exoudun,  comte  d'Eu.  » 

«On  voit  que  la  rétractation  demandée  est  absolue;  qu'on  me  permette 
d'essayer  une  réponse. 

»  M.  Delisle  a  parfaitement  prouvé,  en  effet,  que  la  notice  publiée  par 
lui  avait  été  exactement  datée  dans  ses  Actes  de  Philippe-Auguste,  je 
l'avoue.  Mais  s'ensuit-il  que  je  doive  modifier  mon  tableau  des  vicomtes 
de  Chàtellerault  de  façon  à  y  faire  figurer  vers  Vannée  1209  un  vicomte 
du  nom  de  Lusignan!  Je  ne  le  pense  pas;  et  je  crois  que  M.  Delisle 
commet  la  faute  que  j'avais  commise  à  son  égard,  en  exigeant  trop  de 
rectiiïcations. 

»  Quel  est  le  but  de  mon  travail?  Uniquement  d'établir  la  série  chro- 
nologique des  vicomtes  de  Chàtellerault  qui  ont  possédé  héréditairement 
LA  VICOMTE  jusqu'à  la  fin  du  xui*  siècle.  Or  il  est  impossible  do  trouver 
place  pour  un  Lusignan,  à  la  date  désignée,  dans  l'arbre  généalogique 
des  susdits  vicomtes.  Les  documents  dont  j'ai  donné  l'analyse  dans 
mon  mémoire  sont  péremptoireg  à  cet  égard.  Gomme  M.  Delisle  n'en  a 
fait  nulle  mention,  on  me  permettra  de  les  reproduire  ici. 

»  D'après  les  documents  les  plus  authentiques,  l'ancienne  famille  des 


54^ 

vicomtes  de  ChàtcUerault  étant  tombée  en  quenouille  au  commence- 
ment du  xnie  siècle,  Hugues  de  Surgères,  du  chef  de  sa  femme,  fut 
mis  en  possession  de  la  vicomte  vers  l'an  1203  ou  1204  au  plus  tard, 
puisque',  à  cette  dernière  date,  il  décharge  de  toutes  servitudes  un  de 
ses  serfs,  ses  fils  et  leur  postérité.  En  1206  il  figure  parmi  les  otages  de 
la  trêve  conclue  entre  Philippe- Auguste  et  Jean-sans-Terre«.  En  1208 
il  confirme  un  don  de  son  frère  Guillaume  de  Surgères,  en  faveur  de 
l'abbaye  de  Saint-Maixent.  Au  mois  de  mai  de  la  même  année  il  donne 
à  l'abbaye  de  Fontevrault  cent  sols  de  rente  à  prendre  à  Exoudun,  et 
ce  don  est  confirmé,  dans  le  même  mois,  peut-être  le  même  jour,  par 
Raoul  II  d'Exoudun-.  Nous  le  voyons  ainsi  en  possession  de  la  vicomte 
jusqu'à  l'année  1211  inclusivement.  Les  archives  de  la  Vienne'  conser- 
vent l'original  d'une  charte  du  même  vicomte,  datée  anno  ah  incarna- 
tione  Domini  m"  cc°  xi".  Innocentio  Papa  tertio,  etc.  Et  D.  Fonteneau 
nous  a  transmis  le  sceau  du  même  seigneur  appendu  à  un  titre  de  la 
même  année  (Collect.  de  Font.,  vol.  lxxxii,  3), 

»  Gomme  de  l'aveu  de  ûf.  Delisle  la  question  débattue  doit  se  limiter 
entre  1209  et  1211,  puisque  le  registre  contenant  la  notice  publiée  par 
le  savant  membre  de  l'Institut  a  été  clos  en  1212  au  plus  tard,  il  est 
évident  qu'il  n'y  a  nulle  place,  dans  le  tableau  des  vicomtes  de  Ghàtel- 
lerault,  pour  un  membre  de  la  famille  de  Lusignan,  entre  les  deux 
dates  précitées.  La  difficulté  est  donc  sérieuse.  Entre  les  deux  solutions 
contraires,  l'une  adoptée  par  moi  dans  mon  travail,  qui  consiste  à  reje- 
ter la  notice  après  l'an  1212;  l'autre  proposée  par  M.  Delisle,  qui  veut 
introduire  un  Geoffroi  de  Lusignan  dans  la  série  des  vicomtes,  peut- 
être  conviendrait-il  d'en  admettre  une  troisième  moins  absolue.  Elle 
consisterait  à  dire  que  Hugues  de  Surgères  ayant  été  l'un  des  barons 
poitevins  qui,  en  1208,  firent  invasion  sur  les  terres  de  France,  fut  du 
nombre  des  prisonniers  faits  par  les  commandants  des  troupes  de 
Philippe-Auguste*.  Peut-être  ce  dernier,  dans  le  premier  mouvement 
de  son  indignation,  dépouilla-t-il  Hugues  de  Surgères  de  son  gouver- 
nement pour  en  investir  Geoffroi  de  Lusignan  resté  fidèle  à  la  cause 
française,  et  ce  dernier  aurait,  pour  cela  même,  promis  fidélité  au  roi 
l'année  suivante. 

»  Mais  la  donation,  si  elle  a  eu  lieu,  n'eut  qu'un  effet  bien  précaire, 
comme  nous  l'avons  vu.  Cette  solution,  cependant,  n'est  pas  à  l'abri 
d'objections  très-graves.  Elle  suppose  que,  en  1208,  Hugues  de  Sur- 
eères  était  en  guerre  ouverte  avec  les  Lusignan,  Or  la  donation  du 


1.  D.  Bouquet,  t.  XVII,  60  E, 

2.  Bibl.  nat.,  fonds  latin,  5480,  t.  I.  p.  205. 

3.  Archives  S.  Ed.,  Asnières,  w  8.  Cette  charte  a  été  publiée  par  M.  Rédet 
dans  le  vol.  XIV,  217,  des  Mém,  des  Antiq,  de  l'Ouest. 

4.  D.  Bouquet,  XVII,  61  E. 

35 


cartulaire  do  Fontcvrault  citée  plus  haut  semble  démontrer  qu'au  mois 
de  mai  1208  le  conflit  était  loin  d'exister. 

»  Vmi  autre  solution  plus  radicale  m'est  venue  à  la  pensée.  N'y 
aurait-il  pas  une  faute  de  copiste  dans  le  re.i^istre  de  Philippe-Auguste? 
Je  sais  que  dans  la  notice  qui  fait  l'objet  de  cette  discussion,  le  mot 
Casiri  Eraldi  est  répété  deux  fois,  ce  qui  rend  plus  invraisemblable  le 
soupçon  que  j'émets.  Mais  le  vrai  peut  quelquefois  n'être  pas  vraisem- 
blable, et  il  me  semble  que  les  copistes  du  moyen  âge  ont  commis  des 
lapsus  plus  énormes  que  celui-ci.  Peut-être  l'acte  original  portait-il: 
casiri  E(xoldunensis).  Ce  qui  m'a  fait  penser  à  cette  solution,  c'est 
que,  dans  la  lettre  de  Jean-sans-Terre  contenant  les  conditions  de  la 
trêve  de  1206,  Geoffroi  de  Lusignan,  —  le  même  assurément  que  celui 
de  la  notice,  —  est  placé  à  côté  de  Hugues  de  Surgères,  vicomte  de 
Ghàtellerault,  avec  le  titre  de  vicecomes  Lemovicensis*.  Peut-être  encore 
l'original  portait-il  vicecomes  L.  au  lieu  de  Ef 

»  Qu'on  veuille  bien  le  remarquer,  je  suis  loin  de  donner  ces  solu- 
tions comme  certaines.  Je  les  abandonne  à  l'appréciation  de  M.  Delisle, 
incontestablement  plus  compétent  que  moi  en  cette  matière.  Mais  il  ne 
ressort  pas  moins  de  toute  cette  discussion  que  mon  devoir  de  modifier 
mon  tableau  des  vicomtes  de  Ghàtellerault  est  moins  évident  que  ne 
l'a  cru  mon  savant  contradicteur. 

Pour  ne  point  abuser  de  la  liberté  qui  m'est  donnée,  je  me  réserve 
de  traiter  ailleurs  la  question  de  Maubergeonne. 

Dom  François  Chamard, 
bénédictin  de  l'abbaye  de  Ligugé. 

LA  TOUR  D'OLONNE. 

Des  lettres  de  rémission,  accordées  par  Louis  XI,  en  novembre  1472, 
à  Pierre  Héron,  Jacob  Meschin,  Colas  Douxet,  Jehan  et  Denis  Jousse- 
met,  Yincent  Hillaireau,  Pierre  Bouhier  et  Jehan  Michonneau,  tous 
habitants  de  la  Chaume  ou  des  environs  de  cette  localité,  condamnés  à 
mort  pour  s'être  emparés,  à  main  armée,  de  la  Tour  d'Olonne,  le  22  mai 
de  l'année  précédente,  présentaient  un  problème  géographique  qu'il 
importait  de  résoudre.  Il  s'agissait  de  savoir  quelle  était  cette  Tour 
d'Olonne,  mentionnée  dans  le  document  en  question,  dont  l'original  a 
été  conservé.  Un  magnifique  portulan,  ou  recueil  de  cartes  nautiques, 
exécuté  en  1467  par  Gratioso  Benincasa,  géographe  célèbre  d'Ancône, 
mis  dernièrement  à  notre  disposition,  donne  le  mot  de  l'énigme.  Sur  la 
carte  consacrée  aux  côtes  de  France  se  voit,  entre  Marant  (Marans)  et 
San  Gilli  (St-Gilles),  un  port,  à  côté  duquel  est  la  Torre  d'Olona,  qui  ne 
peut  être  que  celui  de  la  Chaume,  dont  le  passage  était  défendu  par 
la  Tour  de  VAro?ideUe  (Hirondelle),  nom  que  les  chroniqueurs  des  Sables 

1.  D.  Bouquot,  XVII,  Gl. 


343 

ont  défiguré,  depuis^  afin  de  donner  quelque  vraisemblance  à  une  légende, 
dans  laquelle  figure  un  certain  comte  d'Arundel,  prétendu  gouverneur 
du  Poitou  pour  Henri  Plantagenet,  roi  d'Angleterre. 

Déjà,  dans  la  Carte  catalane,  dressée  entre  1375  et  1378,  il  est  fait 
mention  de  la  Tor  d'Elona  (située  sur  la  côte  près  d'un  port,  au  nord 
de  Maranta),  désignation  bien  évidemment  identique  à  celle  de  Torre 
d'Olona,  employée  cent  ans  plus  tard. 

Il  ne  saurait  donc  y  avoir  de  doute  à  cet  égard.  La  Tour  d'Olonne 
des  XIV*  et  xv^  siècles  ne  fait  qu'un  avec  celle  de  l'Hirondelle,  qu'on  a 
si  étrangement  rafistolée  de  nos  jours,  pour  égayer  les  archéologues  en 
villégiature. 

Quant  au  fait  qui  a  motivé  l'octroi  des  lettres  de  rémission  de 
Louis  XI,  il  se  rapporte  aux  troubles  qui  suivirent  la  mort  de  Louis 
d'Amboise,  vicomte  de  Thouars,  et  précédèrent  le  don  à  Philippe  de 
Commynes  d'une  bonne  partie  de  la  riche  succession  de  ce  triste  cau- 
dataire  de  la  grande  féodalité  française. 

(Article  de  M.  Benjamin  Fillon,  inséré  dans  Ylndicateur, 
journal  de  la  Vendée,  du  II  août  1872.) 

DUDON  DE  SAINT-QUENTIN. 

La  remarquable  étude  sur  la  vie  et  les  œuvres  de  Dudon  de  Saint- 
Quentin,  que  notre  confrère,  M.  Jules  Lair,  avait  présentée  comme  thèse 
à  l'École  des  chartes  en  1858,  et  qui  fut  couronnée  la  même  année  par 
la  Société  des  antiquaires  de  Normandie,  a  paru  en  1865  dans  le  tome 
XXni  des  Mémoires  de  la  même  Société,  oii  elle  sert  d'introduction  à 
nne  nouvelle  édition  du  livre  De  moribus  et  actis  primorum  Normannice 
ducum,  édition  que  notre  confrère  a  préparée  à  l'aide  des  manuscrits 
de  Rouen,  d'Alençon,  de  Douai,  de  Londres,  de  Middlehill  et  de 
Cambridge.  Le  tirage  à  part  de  l'étude  et  de  Fédition,  formant  un  beau 
volume  in-4°,  qui  n'était  pas  encore  sorti  de  l'imprimerie,  vient  d'être 
mis  en  vente  à  la  librairie  de  Maisonneuve. 

COURS  HISTORIQUE  DE  LANGUE  FRANÇAISE. 

Notre  confrère,  M.  Ch.  Marty-Laveaux,  entreprend  de  populariser  et 
d'appliquer  à  l'enseignement  pratique  du  français  les  découvertes  qui 
ont  été  faites  de  nos  jours  sur  l'origine  et  le  développement  des  langues 
romanes.  Il  vient  de  publier,  à  la  librairie  de  Lemerre,  un  élégant  livret 
de  119  p.  in-12,  intitulé  :  De  l'enseignement  de  notre  langue.  Il  sera  suivi 
de  traités  sur  les  matières  suivantes  :  Grammaire  élémentaire.  —  Gram- 
maire historique.  —  Prononciation.  —  Orthographe.  —  Ponctuation. — 
Origine  et  formation  de  la  langue  française.  —  La  langue  française  au 
XVI*  siècle.  —  Id.  au  xvii^.  —  Id.  au  xviii*.  —  Id.  au  xix*.  —  Principes 
d'étymologie.  —  Noms  de  lieux  et  noms  de  personnes.  —  Dialectes  et 


patois.  —  Langage  populaire  et  proverbial.  —  Langage  des  précieuses. 
—  Langage  de  la  RévoluLion. 

PRÊT  D'UNE  BIBLE  EN  1284. 

Le  Gartulaire  du  prieuré  de  Saint-Cyr  de  Friardel,  au  diocèse  de 
Lisieux,  ms.  du  xin^  siècle,  que  la  Bihliothèijue  nationale  vient  d'ac- 
quérir (nouv.  acq.  lat.  1G4),  contient  au  fol.  22  un  acte  relatif  à  une 
bible  que  les  religieux  avaient  concédée  à  un  curé  du  diocèse  d'Evreux, 
pour  en  jouir  sa  vie  durant.  Voici  le  texte  de  cette  charte  : 

Littera  ohligacionis  magistri  Crispini  Drocensis  in  curia  ojjicialis 
Parisiensis  super  hihlia. 

Univcrsis  présentes  litteras  inspecturis,  officialis  curie  Parisiensis, 
salutem  in  Domino.  Notum  facimus,  quod,  in  nostra  prosencia  consti- 
tutus,  magister  Crispinus  le  Droueys,  rector  ecclesie  Sancti  Martini  de 
Meeinvilla,  Ebroicensis  dyocesis,  recognovit  et  confessus  est  coram 
nobis  in  jure  se  commodato  et  nomine  commodati  récépissé  et  habuisse 
a  religiosis  viris  priore  et  conventu  Sancti  Cirici  de  Friardello,  Lexo- 
viensis  dyocesis,  ordinis  Sancti  Augustini,  quandam  bibliam  ipsorum 
religiosorum,  sub  precio  quinquaginta  librarum  turonensium,  tenendam, 
habendam  et  possidendam  ab  eodem  magistro  Grispino ,  quandiu  ipse 
vixerit  tantummodo,  sub  precio  ante  dicto,  iut  dicebat;  quam  siquidem 
bibliam  predictam  predictus  magister  tenetur  et  promisit,  fide  data  in 
manu  nostra,  bene  et  fideliter  custodire  et  eam  reddere  aut  reddi  facere 
in  fine  dierum  suorum,  aut  dictas  quinquaginta  libras  turonensium, 
pro  precio  ejusdem,  religiosis  supradictis,  quocunque  modo  res  se 
habeat,  seu  in  ipsius  custodia  quoquo  modo  vel  casu  ipsam  bibliam 
comburi,  deteriorari  vel  amitti  contigerit.  Et  pro  dicta  biblia  reddenda 
et  deliberanda  dictis  religiosis  vel  dicto  precio ,  et  pro  ea  salva  fore, 
dictus  magister  dictis  religiosis  se  et  heredes  suos  et  omnia  bona  sua 
mobilia  et  immobilia,  presentia  et  futura,  ecclesiastica  et  mundana, 
coram  nobis  obligavit  et  obligata  reliquit,  excepcioni  dicte  biblie  non 
habite  et  non  recepte  per  fidem  renunciando,  juridictioni  curie  Pari- 
siensis, quantum  ad  hec,  se  et  sua  supponendo.  In  cujus  rei  testimonium, 
sigillum  curie  Parisiensis,  una  cum  sigillé  dicti  magistri,  presentibus 
litteris  duximus  apponendum.  Datum  anno  Domini  m°  cc°  octogesimo 
quarto,  die  jovis  post  circumcisionem  Domini. 

EXPORTATION    DE    VITRAUX    ROUENNAIS 

EN   ANGLETERRE. 

M.  Francisque  Michel  appelle  notre  attention  sur  les  registres  de  la 
fabrique  de  la  cathédrale  d'Exeter,  conservés  à  Exeter.  L'auteur  d'un 
article  inséré  dans  le  Times,  n"  du  22  octobre  1872,  y  a  relevé,  dans 
les  comptes  des  années  1317-1318,  plusieurs  articles  relatifs  à  des 
verres  à  vitraux  qui  avaient  été  achetés  à  Rouen  pour  la  dite  cathédrale. 


LES   EGLISES 

DU   HAUT-LANGUEDOC 


Caractères  particuliers  de  la  construction  et  du  style  des  monuments  religieux 
du  moyen-âge  bâtis  en  briques.  —  Étude  sur  le  plan  le  plus  généralement 
adopté,  à  l'époque  gothique,  pour  les  églises  du  Haut-Languedoc. 


I 

La  plupart  des  combinaisons  architectoniques  se  sont  prêtées 
à  l'emploi  des  briques.  Ces  matériaux,  d'une  fabrication  facile,  de 
dimensions  relativement  peu  considérables,  sont  commodes  à 
appareiller.  Leur  durée  est  égale,  sinon  supérieure  à  celle  de  la 
pierre.  Depuis  la  plus  haute  antiquité  jusqu'à  nos  joutas,  on  n'a 
pas  cessé  d'en  tirer  parti. 

Nous  en  avons  pour  témoins,  et  les  ruines  gigantesques  qu'on 
exhume  des  plaines  où  fut  Babylone  ;  et  nombre  d'édifices  romains 
encoi^e  debout,  qui  datent  du  haut  et  du  bas  empire;  et  plusieurs 
des  magnifiques  basiliques  byzantines  de  l'Orient  et  de  l'Italie,  et 
ces  églises  françaises  du  moyen  âge,  trop  peu  connues  selon  nous, 
remarquables  à  tant  de  points  de  vue. 

.le  me  contente  de  citer  simplement  des  monuments  antiques, 
très-bien  décrits  dans  les  ouvrages  spéciaux;  j'aborde  immédiate- 
ment l'étude  des  églises  construites  en  briques,  dont  le  groupe, 
réparti  sur  quelques  départements  du  Midi  ^ ,  a  pour  centre  Tou- 
louse. 


1.  La  Haute-Garonne,  le  Tarn,  le  Tarn-et-Garonne.  On  trouve  aussi  quelques 
monuments  bâtis  en  briques  dans  les  Pyrénées-Orientales,  dans  lAriége,  dans 
le  Lot-et-Garonne,  dans  le  Lot,  etc. 

36 


546 

Il  est  presque  inutile  de  l'aire  remarque)'  que  ces  édifices  sont 
en  maçonnerie  mixte ,  c'est-à-dire  que ,  si  les  revêtements  sont 
en  briques,  le  noyau  des  murs  est  composé  de  massifs  de  blocage. 
La  coliésion  de  ces  matériaux  avec  les  parements  est  parfaite. 
On  obtenait  ce  résultat  par  l'interposition  d'une  forte  couche  de 
mortier  entre  les  assises  ' . 

Il  existe  de  grandes  différences  de  structure  et  de  style  entre 
les  édifices  dont  les  revêtements  sont  exclusivement  en  briques,  et 
ceux  où  l'emploi  de  ces  matériaux  artificiels  est  combiné  avec 
celui  de  la  pierre. 

A  Babylone,  on  enchâssait  dans  les  murs  des  blocs  énormes 
sur  lesquels  devaient  être  sculptés  les  bas-reliefs.  En  Italie,  on 
employait  les  colonnes  et  les  architraves  de  pierre  pour  les  por- 
tiques et  les  baies,  les  placages  de  marbre  ou  de  bois,  les  stucs  et 
les  peintures  pour  les  décorations  intérieures.  De  même  dans 
les  églises  byzantines,  les  placages,  les  peintures,  les  mosaïques 
constituèrent  tout  le  système  d'ornementation.  Ainsi,  dans  ces 
monuments  antiques,  rien  de  ce  qui  représente  le  style  propre- 
ment dit  n'était  emprunté  à  la  brique. 

En  France,  où  les  genres  d'architecture  sont  si  profondément 
tranchés,  suivant  les  époques,  soit  à  cause  des  inventions,  soit  à 
cause  des  imitations  qui  suivent  de  si  près,  il  est  intéressant  de 
recliercher  ce  qu'ont  pu  faire,  tout  en  suivant  le  courant,  les 
constructeurs  de  la  région  où  la  pierre  est  rare  et  coûteuse. 

Plaçons-nous  par  exemple  au  commencement  du  xnf  siècle. 
Si,  à  cette  époque,  on  abordait  franchement,  dans  le  Midi,  les 
difficultés  de  la  construction  en  briques,  à  cette  époque  aussi  les 
cathédrales  du  Nord  s'élevaient  sur  des  plans  qui  devenaient 
classiques.  On  avait  créé;  on  songeait  à  perfectionner.  A  l'étran- 
ger on  nous  imitait.  Tandis  que  l'école  française  touchait  à  son 
apogée,  déjà  partout,  en  Angleterre,  en  .\llemagne  et  jusque  dans 
les  pays  de  tradition  romaine,  on  cherchait  à  copier  nos  types 
devenus  modèles  par  le  fait. 

Étant  admis  cet  engouement  d'ailleurs  légitime,  le  problème  à 

1.  De  plus,  il  esl  possible  qu'on  fabriquât  les  murs  dans  une  série  d'encaisse- 
ment, afin  de  battre  la  maçonnerie  comme  on  le  fait  pour  le  pisé.  Dans  un 
certain  nombre  d'églises,  on  voit  encore  des  trous  symétriques  qui  paraissent 
ménagés  pour  les  traverses  de  bois  destinées  à  soutenir  ces  api)arcils.  Cette 
méthode  esl  d'ailleurs  conforme  à  la  tradition  romaine.  Voir  Rondelet,  Traité, 
théorique  et  pratiqua  de  l'art  de  bâtir.  Édition  de  1827,  t.  1,  p.  112. 


o47 

résoudre  pour  les  architectes  du  Haut-Languedoc  était  celui-ci  : 
donner  les  plans  et  le  style  à  la  mode  aux  cathédrales,  aux 
grandes  églises,  à  leurs  voûtes,  à  leurs  baies,  à  leurs  clochers.  Il 
ne  s'agissait  pas  seulement  de  tailler  un  revêtement  de  moulures 
sur  des  arcs,  sur  des  arcades,  sur  des  montants;  il  fallait,  avant 
tout,  pour  se  rapprocher  des  œuvres  grandioses  du  Nord,  établir 
des  supports  intérieurs,  des  piliers,  qui,  en  divisant  les  nefs,  en 
se  combinant  avec  le  système  des  étages  et  des  voûtes,  consti- 
tuent toute  l'originalité  d'un  édifice. 

C'était  là  le  point  principal,  mais  aussi  la  grande  difficulté. 
Comment  construire  en  briques  des  supports  convenables  pour 
diviser  les  nefe?  Tout  au  plus  pouvait-on  obtenir  (et  de  nombreux 
essais  le  démontrent)  des  piliers  massifs,  à  coupe  rectangulaire, 
réunis  par  d'épaisses  archivoltes.  Ainsi  l'on  restait  bien  loin  de 
ces  faisceaux,  de  ces  fines  colonnes  de  pierre  des  xiii'',  xiv", 
xv''  siècles,  dont  les  profils  font  prévoir,  dès  la  base,  les  divi- 
sions multipliées  et  même  les  moulures  des  arcades  et  des  arcs 
de  voûte. 

En  employant  la  pierre  dans  de  grandes  proportions  pour  les 
parties  principales  concurremment  avec  la  brique  pour  les  rem- 
plissages, on  avait  pu,  dès  le  xif  siècle,  à  Toulouse,  produire  un 
chef-d'œuvre,  l'église  de  Saint-Sernin.  C'est  un  modèle  achevé 
dans  le  genre  roman,  genre  qui,  à  la  rigueur,  admettrait  l'emploi 
des  supports  massifs.  Ce  monument  devait,  par  raallieur,  rester 
un  type  isolé. 

Pendant  la  période  gothique,  on  recula  sans  doute  devant  les 
prix  élevés  des  matériaux  qui,  seuls,  auraient  permis  de  cons- 
truire à  la  mode  de  l'Ile-de-France.  Tout  en  appliquant  les 
grandes  données  des  écoles  septentrionales,  on  se  contenta  de 
tirer  des  ressources  locales  le  meilleur  parti  possible.  C'est  ainsi 
que  la  recherche  des  architectes  du  Haut-Languedoc  les  amena 
bientôt  à  créer  ou  plutôt  à  adopter  un  plan  original.  La  solution 
est  fort  simple  :  elle  consiste  à  donner  une  seule  nef  aux  églises, 
même  à  celles  qui  sont  établies  sur  des  proportions  grandioses. 

II 

On  était  déjà  préparé  dans  le  pays  à  la  construction  des  églises 
sans  bas-côtés.  La  dernière  influence  de  l'école  byzantine  s'était 
fait  ressentir  jusqu'à  Toulouse.  La  grande  croisée  d'ogives,  plus 


548 

ou  moins  surliaussée,  rappelant  plus  ou  moins  la  coupole,  était 
appliquée  partout  S  au  sud  de  la  Loire,  à  des  plans  qui  restaient 
encore  byzantins  ^. 

Mais,  du  moment  oii  l'on  voulait  donner  aux  églises  plus  de 
développement  en  largeur,  on  tut  amené  naturellement  à  diviser 
les  travées  d'une  manière  différente,  à  substituer  la  petite  croisée 
d'ogives  à  la  voûte  sur  plan  carré.  C'était  une  application  pos- 
sible des  procédés  usités  à  la  même  époque  dans  le  Nord. 

Dans  le  système  dos  églises  à  une  nef,  l'emploi  de  l'arc-houtant 
n'était  pas  indispensable.  Adossés  à  des  piliers  butants  trop  éloi- 
gnés des  murs  de  clôture,  ces  appuis  extérieurs  eussent  été  disgra- 
cieux. On  se  contenta,  comme  pour  les  saintes  chapelles  de  l'Ile- 
de-France,  d'appuyer  la  construction  par  des  contre-forts  que  l'on 
bâtit  d'autant  plus  épais  que  les  nefs  étaient  plus  larges,  et  par 
conséquent  les  poussées  des  voûtes  plus  fortes. 

Il  était  tout  simple  de  garnir  de  petites  chapelles  les  espaces 
intermédiaires  à  ces  contre-forts.  Quelquefois  même,  au-dessus 
des  chapelles,  on  établit  des  galeries,  sortes  de  triforium,  en 
arrière  desquelles  sont  les  murs  de  clôture  percés  de  hautes 
fenêtres  ;  le  tout  constituant  un  second  étage. 

Voilà  pour  les  généralités.  Je  n'ai  pas  encore  cité  un  seul 
édifice,  mais  la  description  générique  que  j'ai  faite  doit  rappeler 
aussitôt  aux  archéologues  qui  ont  parcouru  les  provinces  méri- 
dionales la  cathédrale  d'Albi,  l'église  de  Moissac,  les  éghses  des 
Cordeliers,  de  Saint-Nicolas,  de  la  Dalbade  à  Toulouse,  de  Saint- 
Jacques  à  Montauban,  etc.,  toutes  construites  en  briques,  à  des 
époques  différentes  et  avec  des  dissemblances,  mais  se  rapportant 
à  un  même  type. 

On  pourra  se  rappeler  d'autres  monuments  de  l'architecture  reli- 

t.  Selon  M.  Félix  de  Verneilh  {V ArchUechire  byzantine  en  France,  p.  297), 
la  limite  au  Sud  du  groupe  des  églises  byzantines,  dont  il  a  donné  une  si  belle 
monographie,  devrait  être  fixée  aux  bords  de  la  Garonne.  Il  faut,  je  crois,  la 
rejeter  bien  au  delà.  La  cathédrale  de  Tarbes,  qui  est  presque  une  copie  de 
celle  d'Agen,  se  rattache  évidemment  à  l'école  dont  le  centre,  aussi  bien  (|ue  le 
point  de  départ,  est  à  Périgueux.  Celte  église  de  Tarbes  n'a  été  achevée  qu'à 
l'époque  gothique,  mais  son  plan  est  analogue  à  ceux  des  églises  de  Souillac  en 
Quercy,  et  de  Solignac  eu  Limousin. 

2.  M.  VioUel-lc-Duc  a  fait  remarquer  {Dictionnaire  raisonné  de  l'architecture 
française  du  xi^  au  xvi"  siècle,  t.  I,  p.  224)  que,  d'une  autre  pari,  le  type  de 
quelques  églises  de  Provence  à  une  nef,  telles  que  les  cathédrales  de  Fréjus  et 
de  Marseille,  pouvait  aussi  avoir  inspiré  des  imitations  dans  le  Languedoc. 


549 

gieusedont  les  plans  sont  à  peu  près  identiques,  mais  qui  diffèrent 
aussi  maintes  fois  par  la  nature  des  matériaux  :  les  églises  de 
Saint-Vincent  et  de  Saint-Michel,  à  Carcassonne,  de  Saint-Bar- 
thélemi,  à  Cahors;  les  cathédrales  de  Saint-Bertrand  de  Com- 
minges  et  de  Perpignan  ;  un  très-grand  nombre  enfin  des  éghses 
du  RoussiUon,  de  la  partie  méridionale  du  Languedoc,  de  la  partie 
orientale  de  la  Guyenne.  La  statistique  de  ces  églises  n'a  pas  été 
dressée.  Il  serait  intéressant  de  la  faire,  comme  aussi  de  les  étu- 
dier sous  la  forme  d'une  monographie  collective  ;  car  ce  groupe 
est  des  plus  importants  par  le  nombre  des  édifices  qui  s'y  ratta- 
chent et  qui  n'ont  encore  été  étudiés  qu'isolément. 

Quelques-unes  des  différences  capitales  qui  existent  entre  ces 
églises  du  Midi  et  celles  du  Nord  n'ont  pas  échappé  aux  archéo- 
logues ^  Mais,  personne,  que  je  sache,  n'a  traité  la  question 
d'origine  de  ce  plan  des  églises  à  une  nef,  ni  indiqué  les  motife  de 
la  préférence  que  lui  ont  accordée  les  architectes  méridionaux. 
J'estime  d'ailleurs  qu'il  serait  fort  difficile ,  alors  même  qu'on 
aurait  les  dates  certaines  de  la  construction  d'un  grand  nombre 
de  ces  églises,  de  décider  quel  en  a  été  le  premier  type.  Combien 
d'anciennes  églises  n'existent  plus  !  Nous  n'avons  souvent  que 
des  copies  où  nous  croyons  voir  des  originaux. 

II  y  a  du  moins  une  grande  probabilité  que  le  point  de  départ 
est  dans  ce  rayon  qui  s'étend  entre  Toulouse,  Alby,  INIontauban, 
pays  où  la  brique  est  exclusivement  employée.  J'ai  fait  remarquer 
que  c'est  faute  de  pouvoir  étabhr  des  piliers  dans  le  style  gothique 
qu'on  a  fini  par  adopter  dans  cette  région  le  plan  des  églises  à  une 
nef.  Puis,  comme  les  imitations  ne  sont  pas  toujours  rationnelles, 
il  est  arrivé  que,  dans  les  provinces  circonvoisines,  où  l'on  a  de 
belles  carrières,  ces  plans  ont  été  copiés.  On  n'a  plus  songé  à 
chercher  des  modèles  dans  le  Nord,  lorsqu'on  en  avait  d'autres 
si  près  de  soi.  En  un  mot,  à  Toulouse,  à  Alby,  à  Montauban,  une 
impérieuse  nécessité  dut  faire  adopter  cette  structure;  ailleurs, 
ce  fut  la  mode. 

En  donnant  quelques  aperçus  généraux  sur  les  églises  de  ce 
groupe,  je  n'exclurai  donc  pas  celles  qui  sont  construites  en 


1.  Voir:  M.  de  Caumont,  Abccnlaire  ou  rudiment  d'archéologie,  édition 
de  1869,  p.  588  et  suivantes;  —  Congi-ès  archéologique  de  France,  xxxv'=  ses- 
sion, 1869,  p.  149  et  169;  —  Viollet-le-Duc,  Dict.  rais,  d'arch.,  t.  I,  p.  224; 
—  Bulletin  monumental,  1852,  t.  XVIIl,  p.  72  et  495,  etc. 


550 

pierre.  Je  reviendrai  ensuite  sur  les  caractères  particuliers  du 
style  des  édifices  religieux  exclusivement  bâtis  en  briques. 

Ce  qui  frappe  tout  d'abord  dans  les  églises  gothiques  du  Haut- 
Languedoc,  c'est  l'excessive  largeur  de  leurs  travées  voûtées.  Au 
commencement  du  xiu«  siècle,  les  architectes  du  Nord  tendaient 
à  construire  des  nefs  de  plus  en  plus  élevées  ;  il  semble,  par 
contre,  que  pendant  le  xiv"  et  le  xv«  siècle,  ceux  du  Languedoc 
aient  lutté  à  qui  construirait  les  vaisseaux  les  plus  larges. 

i\.u  xiv'  siècle,  on  donnait  à  la  cathédrale  d'Alby  jusqu'à 
17  mètres  70  de  largeur  dans  œuvre.  b]ncore  les  proportions 
sont-elles  assez  bien  gardées  dans  ce  vaisseau,  qui  offre  en  même 
temps  une  grande  hauteur,  30  mètres  50,  et  une  grande  lon- 
gueur, 91  mètres.  La  cathédrale  de  Perpignan  a  18  et  16  mètres 
de  largeur,  pour  une  longueur  et  une  bauleur  convenables.  Mais 
que  dire  des  deux  églises  de  la  ville  basse  de  Carcassonne,  de 
Saint-Vincent,  par  exemple,  qui  mesure  21  mètres  de  largeur 
dans  œuvre,  et  qui  n'est  guère  plus  longue  que  d'un  tiers  de  cette 
mesure?  L'exagération  est  complète,  et  les  voûtes  jetées  sur  une 
pareille  surface  sont  fatalement  trop  basses.  Ainsi  les  construc- 
teurs perdaient  tout  le  bénéfice  de  leur  hardiesse. 

Dans  ces  larges  églises,  les  voûtes  sont  généralement  très-  | 

divisées,  et  les  petites  croisées  d'ogives  fort  étroites.  Aussi  ne  les  I 

a-t-on  pas  enforcies  de  liernes  et  de  tiercerons,  à  l'époque  où  la 
voûte  en  étoile  devenait  à  la  mode  ^ . 

Toutefois  on  n'a  pas  abandonné  partout  la  grande  croisée 
d'ogives.  Dans  les  églises  de  proportions  moins  vastes,  telles 
que  celles  de  Puy-l'Evêque  (Lot)  du  xiv^^  siècle,  de  Saint-Hilaire 
(Agen),  qui  n'est,  à  vrai  dire,  qu'une  chapelle  de  monastère 
datant  du  xiv«'  siècle ,  les  travées  gardent  encore  les  plans  à  peu 
près  carrés  de  l'école  byzantine. 

Une  abside  à  7  pans  ~,  le  plus  souvent  entourée  de  chapelles 
rayonnantes,  constitue  la  forme  ordinaire  du  sanctuaire. 

On  trouve  aussi  des  exemples  de  chevets  plats  ^. 

Les  églises  de  Carcassonne  ont  trois  absides  :  une  grande  et 

1.  Notre-Dame  de  la  Dalbade,  à  Toulouse,  du  xv"  siècle,  est  une  exception. 
Ses  cin(i  travées  sont  recouvertes  de  voûtes  en  étoiles. 

1.  Cathédrales  d'Alby,  de  Perpisrian,  de  Sainl-Berlrand  de  Comniinges,  église 
de  Moissac,  etc. 

3.  Saint-Nicolas,  à  Toulouse;  église  de  Puy-l'Évcque;  Saint- Nicolas,  à 
Cahors. 


551 

deux  petites,  ouvertes  à  l'Orient.  Les  proportions  démesurées  de 
leurs  nefs  justifient  très-bien  ces  divisions  de  leurs  sanctuaires. 

Le  plan  des  églises  du  Haut-Languedoc  ne  se  prête  pas  à  l'éta- 
blissement d'un  transept  ^ . 

Le  mode  d'étagement  est  variable.  La  hauteur  des  chapelles 
de  ceinture  est  généralement  d'environ  un  tiers  de  la  hauteur 
totale.  J'ai  déjà  dit  qu'une  sorte  de  galerie,  ou  faux  triforium, 
était  quelquefois  superposée  à  ces  chapelles. 

Mais  le  plus  souvent  (on  pourrait  dire  toujours  pour  les  petites 
églises),  le  mur  de  clôture  de  la  nef  est  élevé  sur  l'extrados  des 
archivoltes  des  chapelles.  Ce  second  étage  a  généralement  des 
fenêtres  assez  étroites^,  à  cintre  brisé,  quelquefois  des  rosaces  ^. 

Parfois  aussi  les  seconds  étages  sont  privés  de  baies  de  fenêtres. 
A  Saint-Barthélemi  de  Cahors,  il  n'y  a  de  fenêtres  que  dans  les 
cliapeRes  et  dans  l'étage  supérieur  de  la  travée  du  chœur.  L'église 
de  Puy-l'Évêque  n'est  éclairée  que  par  ses  chapelles,  disposition 
qui  tient  à  la  forme  de  sa  toiture.  Une  ferme  de  combles,  à  angle 
aigu,  s'abaisse  jusqu'à  l'amortissement  des  murs  des  chapelles 
latérales. 

Quelques-unes  de  ces  églises  méridionales  ont,  d'ailleurs, 
des  charpentes  très-élevées.  Saint-Hilaire  d'Agen  en  est  un 
exemple.  Il  est  possible  que  ces  fermes  de  combles  ne  datent 
que  du  xvi°  siècle. 

Plus  généralement  les  grandes  toitures  sont  dressées  sous  un 
angle  très-obtus,  et  la  couverture  des  chapelles  constitue  à  l'ex- 
térieur un  premier  étagement. 

Dans  les  éghses  d'Alby  et  de  Moissac.  il  ne  pouvait  y  avoir 
qu'une  toiture,  les  contre-forts  étant  englobés  dans  la  construc- 
tion. Ces  monuments  n'y  gagnent  rien  pour  ce  qui  est  de  la  vue 
extérieure.  L'œil  n'est  pas  satisfait  de  l'aspect  de  ces  longues 
surfaces  planes  des  murs  de  clôture.  Cette  simple  remarque  est 
un  argument  à  faire  valoir  contre  les  théories  de  certains  cons- 
tructeurs modernes,  qui,  dans  leurs  copies,  tendent  avant  tout 
à  supprimer  comme  disgracieux  les  arcs-boutants  et  toutes 
les  armatures  extérieures  employées  dans  nos  monuments  du 
moyen  âge. 

Ce  n'était  pas  un  médiocre  embarras  de  joindre  un  clocher  à 

1.  La  cathédrale  de  Perpignan  fait  exception. 

2.  Dans  les  deux  églises  de  la  ville  basse  de  Carcassonne. 


352 

ces  grandes  églises  à  une  nel'.  La  largeur  du  vaisseau  était  trop 
exagérée  pour  qu'il  fiit  possible  d'élever  une  flèche  au-dessus  de 
la  travée  du  chœur.  La  ressource  que  peut  fournir  l'établissement 
d'un  transept,  manquait  également.  D'autre  part,  comment  cons- 
truire deux  tours  sur  la  façade  occidentale  ?  Cette  disposition,  la 
plus  ordinaire  dans  les  cathédrales  du  Nord,  n'est  rationnelle 
qu'à  la  condition  de  servir  d'accompagnement  ou  plutôt  de  cou- 
ronnement à  la  ligne  des  nefs  latérales.  Alors  les  clochers  se 
détaclient  de  la  construction  par  trois  cotés,  et  produisent  un 
bon  effet.  Les  architectes  du  Languedoc  prirent  le  seul  parti 
convenable.  Ils  établirent  leurs ,  clochers  (un  seul  clocher  par 
éghse)  hors  œuvi'e,  quelquefois  sur  les  côtés,  mais  plus  généra- 
lement au-devant  de  la  façade.  Ils  procuraient  ainsi  un  porche 
couvert  à  l'église.  Mais  ils  ne  purent  parvenir  à  mettre  leurs 
tours  à  l'échelle  des  monuments,  à  les  bien  proportionner.  Les 
lignes  verticales  s'allient  mal  à  des  pignons  trop  larges,  aux 
angles  plus  ou  moins  obtus.  C'est  peut-être  le  plus  grand  défaut 
des  églises  du  Languedoc,  que  de  se  prêter  si  peu  à  la  construc- 
tion des  tours  de  clocher  et  des  flèches. 

Les  opinions  sont  très-controversées  sur  l'eflet  que  produisent 
à  l'intérieur  les  grandes  églises  à  une  nef.  Il  y  a  là-dessus  beau- 
coup à  dire.  C'est  affaire  de  goût,  et  je  ne  m'engagerai  pas  à 
discuter  le  point  de  vue  artistique.  Il  existe,  du  reste,  de  grandes 
différences  de  proportions  d'une  éghse  à  l'autre. 

Les  saintes  chapelles,  qui  sont  les  seuls  monuments  du  Nord  à 
comparer  aux  édifices  religieux  du  Haut-Languedoc,  ont  géné- 
ralement en  hauteur,  sous  clefs,  le  double  de  leur  largeur.  Le 
chef-d'œuvre  du  palais  de  saint  Louis  a  un  peu  plus  de  cette 
proportion  en  hauteur  ;  la  sainte  chapelle  de  Vincennes  un  peu 
moins  ^ 

Dans  le  Midi,  les  voûtes  n'ont  pas  été  élevées  dans  des  pro- 
portions semblables.  La  largeur  des  nefs,  je  l'ai  déjà  dit,  l'em- 
porte sur  la  hauteur.  Déplus,  la  courbe  des  doubleaux  est  tracée 
d'après  de  grands  rayons.  Ainsi  le  tiers-point  est  émoussé , 
quand  il  n'est  pas  détruit.  Les  ogives  paraissent  écrasées  plutôt 
qu'élancées,  et  cela  d'autant  plus  que,  dans  un  grand  nombre 
d'édifices,  elles  ont  peu  de  solidarité  avec  leurs  supports.  Les 
dosserets  plats,  aux  angles  biseautés,  sont  communs  dans  les 

1.  Viollel-le-Diic.  Diction,  rais,  d'archit.,  t.  IJ,  p.  438. 


553 

édifices  bâtis  en  briques.  Dans  plusieurs  églises,  il  n'y  a  même 
pas  de  dosserets,  et  des  culs-de-lampe  reçoivent  la  retombée  des 
arcs  de  voûte. 

Tels  sont  les  caractères  généraux ,  les  variantes  les  plus  ordi- 
naires, les  caractères  et  les  défauts  les  plus  sensibles  d'un  type 
original  qui  tranche  si  profondément  avec  l'architecture  du  reste 
de  la  France.  Je  ne  pousserai  pas  plus  loin  les  comparaisons, 
car,  pour  qui  connaît  les  églises  du  Nord,  le  parallèle  ressort  de 
cette  rapide  esquisse  des  églises  méridionales. 

Je  puis  donner  un  petit  nombre  de  dates,  tout  en  regrettant  de 
ne  pouvoir  les  préciser  davantage,  afin  que  mes  conclusions  sur 
l'origine  du  type  gothique  du  Haut-Languedoc  ne  passent  pas 
pour  une  hypothèse  gratuite. 

D'après  M.  Devais*,  l'église  à  une  nef  de  Saint-Jacques  de 
Montauban  fut  fondée  en  1174,  Les  travaux  interrompus  furent 
repris  en  1228,  et  terminés  en  1230.  Les  voûtes  de  cette  église 
subirent  une  ruine  partielle  au  xvf  siècle,  puis  une  restauration, 
ce  qui  importe  peu,  le  premier  étage  étant  parfaitement  carac- 
térisé. Cette  église,  bâtie  en  briques,  serait  donc  une  des  plus 
anciennes  du  groupe.  Je  ne  connais  pas  de  monument  construit 
en  pierre,  sur  ce  plan,  qui  soit  antérieur  à  celui-ci. 

Les  églises  des  Cordehers,  de  Notre-Dame  du  Taur  et  de 
Saint-Nicolas  à  Toulouse,  sont  en  partie  du  xm"  et  du  xn^''  siècle, 

La  cathédrale  d'Alby  ne  fut  fondée  qu'au  milieu  du  xiv"  siècle. 
La  nef  de  l'église  de  Moissac  ne  date  que  du  xv**.  On  n'a  pas  de 
dates  précises  sur  la  fondation  des  deux  églises  en  pierre  de  la 
ville  basse  de  Carcassonne.  Ces  monuments  peuvent  tout  au  plus 
remonter  au  xiv''  siècle. 

La  cathédrale  de  Perpignan  fut  construite  de  1324  à  1509. 

Les  églises  de  Puy-l'Evêque  (Lot)  en  pierre  et  de  Saint-Bar- 
thélemi  à  Cahors  m'ont  paru  dater  du  commencement  du 
XIV'  siècle.  L'église  de  Montpezat  (Tarn-et-Garorme)  est  de  la 
fin  du  xiii*^  siècle. 

Au  milieu  du  xv°  siècle,  on  élevait  encore  à  Toulouse,  sur  le 
plan  traditionnel,  l'église  de  Notre-Dame  de  la  Dalbade. 

En  faisant  remonter  à  la  fin  du  xii°  siècle,  ou  tout  au  moins  à 
la  première  moitié  du  xiii''  siècle,  Torigiiie  du  type  des  églises  du 
Haut-Languedoc,  on  voit  donc  que  ce  plan  a  été  constamment 
(mais  non  pas  exclusivement)  appliqué  dans  ce  pays  et  dans  les 

1.  Monuments  historiques  de  Montauban.  Montauban.  Foreslié,  1841,  p.  78. 


554 

provinces  circonvoisiaes  pendant  une  période    de    300    ans. 

Il  est  inutile  de  faire  remarquer  que  bon  nombre  de  ces  édifices 
ont  été  maintes  lois  remaniés.  11  en  est  dont  les  voûtes  n'ont  été 
achevées  qu'après  le  xv''  siècle.  Dans  quelques  autres,  les  cha- 
pelles latérales  n'ont  été  ajoutées  que  postérieurement. 

Je  puis  citer,  pour  le  département  de  Lot-et-Garonne  en  parti- 
culier, quelques  monuments  qui  appartiennent  à  ce  j^roupe  : 
l'église  de  Saint-Hilaire  d'Agen,  les  deux  églises  de  Villeneuve- 
sur-Lot,  les  églises  paroissiales  de  Damazan,  de  Port-Sainte- 
Marie,  de  Lamontjoie,  de  Montagnac  (la  partie  ancienne),  de 
Laplume.  Un  très-grand  nombre  de  petites  églises  gothiques, 
moins  caractérisées,  ne  sont  que  des  copies  en  réduction  de  celles 
que  je  cite.  Tous  ces  édifices  ont  été  élevés  du  xiv°  au  xvf  siècle. 

III 

En  employant  la  pierre  pour  construire  des  colonnes,  les 
FF.  Prêcheurs  ont  élevé  à  Toulouse  et  à  Agen  des  églises  en 
briques,  à  deux  nefs,  qui  sont  fort  remarquables.  Les  voûtes, 
habilement  équilibrées,  ont  été  portées  à  une  grande  hauteur;  et 
ces  églises,  malgré  la  singularité  de  leur  structure,  ont  un  carac- 
tère vraiment  monumental  ^ . 

Je  n'entreprendrai  pas  la  description  des  deux  églises  des 
Jacobins,  d'ailleurs  fort  connues.  Je  termine  cet  article,  qui  n'est 
qu'un  sommaire,  par  l'étude  des  modifications  de  détails  amenées 
par  l'emploi  de  la  brique. 

Les  contre-forts  offrent  quelquefois,  dans  le  sens  de  la  hauteur, 
une  série  de  petits  ressauts,  mais  de  façon  à  rester  encore  fort 
larges  au  sommet.  Ils  ont  rarement  des  pinacles  pour  couronne- 
ment. Leurs  coupes  sont  rectangulaires.  Cependant  la  cathédrale 
d'Alby  a  des  contre-forts  semi-circulaires. 

Dans  l'église  des  Jacobins  de  Toulouse,  les  contre-forts,  unis  au 
sommet  par  de  fortes  arcades,  s'épaulent  les  uns  les  autres.  C'est 
une  mesure  de  consolidation  qui  produit  en  même  temps  un  effet 
architectural.  Cet  encadrement  extérieur  des  travées  rompt  la 


1.  Ce  plan,  quoi  qu'on  en  ait  dil,  n'csl  pas  j)articulier  à  l'ordre  des  Jacobins. 
Il  csl  loin  de  favoriser  la  prédication  connne  on  l'a  soutenu  également.  Les  con- 
ditions d'acoustique  sont,  en  général,  moins  bonnes  dans  les  vaisseaux  larges, 
dans  les  grandes  salles  rectangulaires,  que  dans  les  églises  qili  admettent  la 
division  des  nefs  et  des  étages. 


553 

monotonie  des  surfaces,  et  fixe  les  ombres  qui  font  contraste  avec 
la  magnifique  couleur  de  la  brique  ^. 

Il  faut  remarquer  que  ce  genre  d'épaulement,  qui  constitue  des 
sortes  d'arcs-boutants  dans  le  sens  longitudinal,  existe  en  réalité 
dans  les  églises  qui  ont  un  triforium  élevé  jusqu'aux  voûtes. 
Seulement,  dans  ce  cas,  les  arcatures  sont  renfermées  à  l'in- 
térieur. 

J'ai  peu  de  renseignements  sur  le  mode  de  remplissage  des 
triangles  de  voûtes  entre  les  arcs  d'ogives.  J'ai  observé,  pour 
quelques  églises  seulement,  que  les  briques  étaient  posées  de 
champ.  Or,  les  briques  étant  très-larges,  les  voûtes  établies  dans 
ces  conditions  ont  un  grand  poids,  et  par  conséquent  une  grande 
poussée  ^. 

Les  arcs  de  voûte  ont  un  caractère  particulier.  On  ne  pouvait 
songer  à  les  parer  des  belles  moulures  curvilignes  qui  constituent 
les  styles  différents  des  édifices  construits  en  pierre.  Aussi,  quelle 
que  soit  la  date  de  la  construction,  que  ces  arcs  soient  du  xm"  ou 
du  xvi*^  siècle,  ils  ofi"rent  toujours  des  coupes  rectangulaires,  et 
leurs  angles  sont  simplement  rabattus  en  biseau.  Les  doubleaux 
et  les  formerets  sont  larges  et  en  méplat,  les  ogives  sont  minces, 
allongées,  et  la  taille  de  leur  biseau  est  très-oblique.  Les  dosse- 
rets  qui  correspondent  à  ces  arcs  sont  peu  saillants  ;  ils  offrent 
une  retraite  :  la  plate-bande  la  plus  large  correspond  aux  forme- 
rets,  et  leurs  angles  sont  biseautés. 

Des  profils  absolument  pareils  se  retrouvent  dans  les  montants 
des  fenêtres.  Les  meneaux  et  les  ornements  de  remplage  sont  en 
pierre.  On  leur  a  toujours  appliqué  les  moulures  et  les  dessins  à 
la  mode,  ce  qui  prouve  que  c'est  par  nécessité  seulement  qu'on 
sacrifiait  cette  décoration  dans  les  parties  traitées  en  briques.  Les 
baies  merveilleuses  de  l'église  des  Jacobins  de  Toulouse,  en  partie 
mutilées  par  le  Génie  militaire,  pouvaient  soutenir  autrefois  la 
comparaison  avec  les  fenêtres  des  édifices  du  Nord. 

Les  portes  ofirent  quelquefois  une  série  de  bandeaux  à  coupes 


1.  On  a  coiiié  ce  système  de  construction  dans  Téglise  de  Saint-Vincent  de 
Carcassonne. 

2.  A-t-on  quelquefois  employé  dans  ces  compartiments  les  briques  posées  de 
plat,  selon  l'usage  qui,  d'après  Rondelet  {Traité  théorique  et  pratique  de  l'art  de 
bâtir,  t.  Il,  p.  283),  aurait  existé  de  temps  immémorial  dans  le  Roussillon?  Ces 
voiites  sont  légères,  économiques,  et,  ce  qui  a  lieu  de  surprendre,  d'une  solidité 
à  toute  épreuve.  Mais  a-t-on  osé,  au  moyen  âge,  se  servir  de  ce  procédé  pour 
recouvrir  d'aussi  grandes  surfaces  ?  Le  fait  serait  curieux,  à  constater. 


o56 

rectangulaires  dans  leurs  piédroits  et  dans  leurs  archivoltes.  Telle 
est  en  particulier  la  porte  de  l'église  de  Saint-Nicolas  à  Toulouse. 
On  peut  constater  combien  ces  bandeaux,  ces  moulures  recti- 
lignes  s'éloignent  peu  des  profils  en  usage  à  l'époque  romane. 

On  a  reproduit  cependant  quelques  moulures  plus  ou  moins 
arrondies  au  moj-en  de  briques  taillées  ou  moulées.  La  porte  de 
la  salle  capitulaire  des  Jacobins  de  Toulouse  a  des  tores  dans  ses 
archivoltes.  La  tour  de  la  même  église,  les  clochers  des  églises 
de  Caussade  (Tarn-et-Garonne),  de  Saint-Jacques  à  Montau- 
ban,  etc.,  offrent  des  exemples  de  colonnettes  engagées,  dont  les 
l'ûts  sont  construits  en  briques.  On  est  surpris  que  la  terre  cuite 
moulée  ou  façonnée  ne  joue  pas  un  plus  grand  rôle  dans  l'orne- 
mentation. C'est  un  expédient  dont  les  architectes  du  moyen  âge 
n'ont  pas  su  tirer  tout  le  parti  possible. 

Un  des  caractères  originaux  qui  ont  le  plus  frappé  les  archéo- 
logues, consiste  dans  la  forme  de  certaines  baies  employées 
particulièrement  dans  les  clochers  et  les  pignons.  Ce  sont  des 
arcatures  géminées,  percées  en  forme  de  mitre.  L'archivolte  qui 
abrite  ces  doubles  baies  affecte  une  forme  aiguë  identique.  Un 
petit  œil-de-bœuf  quadrangulaire  est  souvent  ouvert  dans  le 
tympan.  Le  tout  est  encadré  par  des  assises  en  saillie  qui  suivent 
les  lignes  obhques,  et  décoré  par  la  combinaison  même  de  l'ap- 
pareil. Rien  de  plus  facile,  en  effet,  que  d'appareiller  la  brique 
dans  les  sens  les  plus  divers. 

A  les  étudier  isolément,  les  clochers  de  Toulouse,  de  Montau- 
ban,  de  Caussade,  dePamiers,  etc.,  dans  lesquels  sont  employées 
ces  ouvertures  en  mitre,  sont  d'une  grande  beauté.  Cela  tient 
(on  ne  l'a  pas  assez  remarqué)  à  la  structure,  à  la  composition 
de  ces  tours,  bien  plus  qu'à  la  substitution  des  arcs  en  mitre  aux 
arcs  brisés,  qui  n'est,  après  tout,  qu'un  détail  de  construction. 
Ces  clochers  se  subdivisent  en  un  c'i'and  nombre  d'étai^es  lécrère- 
ment  en  retraite  les  uns  des  autres.  Chaque  étage  est  littérale- 
ment percé  à  jour,  tant  les  baies  sont  multipliées.  Ainsi  se  pro- 
duisent ces  fortes  oppositions  d'ombres  noires  dans  les  vides,  et 
de  reflets  rouges  sur  les  surfaces,  qui  plaisent  tant  à  l'œil,  et  que 
rendent  plus  sensibles  les  vives  clartés  du  ciel  méridional. 

11  faut  remarquer  que  ces  tours  en  briques  sont  élevées  sur  des 
plans  polygones.  Le  plus  ordinairement  elles  sont  à  S  pans.  Les 
formes  anguleuses  sont  donc  appliquées  aux  grandes  masses 
comme  aux  plus  minces  détails,  et  cela  toujours  par  nécessité. 
Les  architectes  du  Languedoc  ont  réussi  dans  leurs  composi- 


537 

tions,  parce  qu'ils  ont  été  assez  bien  avisés  pour  ne  pas  traiter  la 
brique  comme  la  pierre. 

Autant  les  arcs  en  mitre  convenaient  à  de  petites  baies  de 
clocher,  autant,  appliqués  aux  grandes  fenêtres  des  nefs,  ils 
eussent  été  disgracieux.  L'arc  en  tiers-point  n'a  pas  été  sacrifié 
dans  ces  sortes  de  baies,  mais  il  subit  une  modification  qui  tient 
comme  les  autres  à  la  nature  des  matériaux.  Les  briques  qui 
servaient  de  claveaux  étant  d'épaisseur  égale  à  l'intrados  et  à 
l'extrados,  pour  les  mieux  ajuster,  on  dut  tracer  la  courbure  des 
cintres  d'après  de  grands  rayons.  On  obtint  ainsi  des  arcs  pointus, 
des  baies  lancéolées.  Cette  recherche  est  particulièrement  sensible 
dans  les  grandes  éghses  de  Toulouse. 

Les  briques  employées  au  moyen  âge  dans  les  monuments  du 
Haut-Languedoc  sont  de  grandes  dimensions.  Pour  leurs  mesures 
en  longueur  et  en  largeur,  elles  tiennent  le  milieu  entre  les  briques 
moyennes  et  les  petites  briques  telles  qu'on  les  façonnait  à  l'époque 
romaine,  mais  elles  sont  beaucoup  plus  épaisses  ^ 

Pour  décorer  l'intérieur  des  nefs  des  églises  en  briques,  on  a 
dû  forcément  recourir  à  la  peinture.  Il  ne  pouvait  pas  être  ques- 
tion de  laisser  à  nu  le  revêtement.  Aussi  la  plupart  des  églises 
du  Haut-Languedoc  étaient  peintes  dès  le  moyen  âge,  et  plu- 
sieurs nous  restent  encore  comme  des  modèles  de  décoration. 

Je  n'ai  fait  qu'effleurer  dans  ce  court  mémoire  les  points  de 
comparaison  entre  les  monuments  des  environs  de  Toulouse  et 
ceux  du  Nord.  J'ai  groupé  les  résultats  d'observations  déjà  faites 
isolément  ;  je  crois  y  avoir  ajouté  bon  nombre  d'aperçus  nou- 
veaux. i\Ion  désir  est  de  provoquer  des  études  plus  sérieuses  et 
plus  complètes  sur  des  monuments  dignes  d'intérêt.  Je  termine 
en  proposant  d'attribuer  à  l'école  gothique  du  Haut-Languedoc 
ces  plans  caractéristiques  des  églises  à  une  nef,  employés  du 
xni«  au  xvf  siècle  dans  une  si  grande  partie  des  provinces  méri- 
dionales. Q    Tholin, 

Archiviste  du  département  de  Lot-et-Garonne. 

1.  D'après  M.  Rondelet,  Traité  théorique  et  pratique  de  l'art  de  bâtir,  t.  I, 
p.  113,  les  briques  romaines  de  moyenne  dimension  avaient  O", 447  de  longueur, 
0°',045  d'épaisseur;  les  petites  briques  avaient  O^jigO  de  longueur,  0°',040  d'é- 
paisseur. 

J'ai  mesuré  dans  l'Agenais  des  briques  des  xiii"  et  xiv'  siècles,  qui  n'ont  pas 
moins  de  0",35  de  longueur,  sur  O^.OO  d'épaisseur.  D'autres  n'ont  que  O",!»  de 
longueur,  sur  0'",03  d'épaisseur.  11  y  en  a  de  dimensions  intermédiaires. 


DES 


FRAIS  DE  JUSTICE 

AU  XIV  SIÈCLE. 


m  ( Suite  K) 

§  4.  —  Des  clercs  de  procureurs  et  des  clercs  libres. 

J'ai  déjà  constaté  rintervention  légale  des  clercs  de  procureurs 
dans  l'administration  de  la  justice.  Leur  admission  à  l'audience 
est  attestée  par  les  mentions  qui  en  sont  faites  dans  les  états  de 
frais.  Leurs  fonctions,  en  dehors  de  l'étude  où  ils  faisaient  les 
écritures,  consistaient  principalement  à  attendre  la  remise  qu'ef- 
fectuait entre  leurs  mains  le  greffier  ou  l'huissier  de  certaines 
pièces,  à  écouter  la  prononciation  de  l'arrêt,  à  en  rapporter  la 
teneur  :  «...  Au  clerc  qui  atendi  la  dicte  lettre  à  l'audience, 
»  XII  deniers  (taxe)  :  Nicliil  »  (IP  C,  p.  14,  anno  1347?  et 
p.  15);  —  «...  au  clerc  qui  atendra  le  exequutoire  à  l'audience, 
»  xn  deniers  (taxe)  :  Nichil  »  (P  C,  p.  9,  anno  1341)  ;  — 
«  auz  clers  qui  lisoient,  xLsolstourn.  (taxe)  :  Nichil.  »  (P  C, 
p.  14,  anno  1343).  Même  le  procureur  portait  au  profit  de  ses 
clercs  des  vacations  en  raison  de  leurs  services  :  «...  Pour  le 
»  clerc  qui  escript  et  douhla  ii  fois  les  diz  articles,  x  solz  » 
(IIP  G,  p.  4,  anno  1352);  —  «...  Pour  le  clerc  qui  a  fait  les  pré- 
»  sens  despens  par  ii  fois,  xii  sols  (taxe)  :  Habeat  iiii  solidos  » 
(IP  C,  p.  12,  anno  1347?).  —  «  ...  Pour  le  salaire  du  clerc  qui 
»  minua  et  grossa  sa  rescripcion,  qui  s'adreçoit  au  gouverneur 
»  de  Ponthieu,  v  sols  (taxe)  :  Habeat  ii  solidos  »  (F  C,  p.  33, 
anno  1374). 

1.  Voyez  plus  haut,  p.  253. 


559 

Quelquefois  il  ne  craignait  pas  de  les  réclamer  dans  l'article 
où  il  marquait  sa  propre  comparution,  circonstance  qui  faisait 
de  la  présence  de  l'un  d'eux  une  chose,  sinon  problématique,  au 
moins  inutile  :  «...  Ad  ce  qu'il  demande  pour  les  clercs  qui 
»  lisoient,  xl  sols,  Nichil.  Car  les  procureurs  des  parties  lisoient» 
(V«  C,  p.  2,  anno  1343).  Il  est  aisé  de  préjuger  que  des  hono- 
raires aussi  mal  justifiés  entraient  rarement  en  taxe. 

Outre  les  clercs  attachés  aux  études  de  procureurs,  il  y  avait, 
surtout  à  Paris,  des  clercs  libres,  si  on  veut  me  passer  l'ex- 
pression, qui  remplissaient  le  Palais  et  se  tenaient  à  la  disposi- 
tion de  toutes  les  personnes  appelées  à  le  fréquenter,  magistrats, 
avocats,  plaideurs  et  procureurs.  C'est  dans  cette  classe  d'expé- 
ditionnaires, d'agents  subalternes,,  vivant  de  la  procédure,  versés 
dans  les  menues  pratiques  du  métier,  que  les  parties  recrutaient, 
notamment  en  province,  ces  mandataires  que  j'ai  appelés  pro- 
cureurs de  pays.  Mais  le  procureur  agréé,  assermenté  auprès  du 
Parlement  y  avait  aussi  recours.  C'est  à  eux  certainement  que 
font  allusion  les  textes  suivants  :  «  Ad  ce  qu'il  demande  xii  livres 
»  pour  ordener  ces  présens  despens  ;  Respont  que  trop  demande. 
»  Car  il  trouveroit  en  plusieurs  lieux  ou  palais  qui  les  ordonne- 
»  roient  pour  xl  sols  et  encore  pour  moins  »  (V°  C,  p.  2,  anno 
1343).  —  «...  Est  grant  honte  de  demander  vi  escuz  d'or  pour 
»  ordener  une  simple  requeste  ;  la  l'en  ordeneroit  et  feroit  on 
»  semblable  pour  n  sols  »    (VP  C,  p.  10,  anno  1346?)  ;  — 
«   ...  pour  ce  qu'il  demande  pour  escrire  les  despens,  xxx  solz, 
«  dient  que  il  n'en  puet  demander  oultre  mi  solz  ;  quar  pour  tant 
»  les  escriroit  on  bien  ou  palais  une  fois  »  (VP  C,  p.  12,  anno 
1346?)  ;  —   «  on  n'en  doit  taxer  que  n  sols  et  si  n'en  oseroient 
»  les  clercs  plus  prendre  »    (VP  C,  p.  17,  anno  1347  ?)  ;  — 
«   ...  pour  le  dit  acte,  au  clerc,  n  sols  (taxe)  :  Habeat  n  sols  » 
(P  C,  p.  3,  anno  1339).  —  «  Un  povre  clerc,  à  qui  il  eust  donné 
»  m  sols  ou  mi  eust  bien  sceu  administrer  ses  tesmoins  à  ses 
»  commissaires  et  mieulz...  »  (VF  C,  p.  36,  anno  1352?).  C'est 
à  eux  aussi,  à  ces  clercs  de  métier,  que  je  rattache  le  groupe 
des  individus  que  nos  fragments  désignent  par  la  simple  qualifi- 
cation à'audienciers,  plutôt  qu'à  la  classe  des  huissiers.   En 
eâet,  officiers  publics,    revêtus  de  la  consécration  royale,  les 
sergents  étaient  des  personnages.  Les  expressions  employées  par 
les  textes  sonnent  mal  à  leur  adresse  :  «  ...  Se  aucune  chose  en 
»  doivent  avoir,  ce  que  non,  si  souffiroit-il  de  xii  deniers  pour 


560 

»  le  salaire  d'un  audiencier  qui  eust  baillé  la  lettre  au  procu- 
»  reur»  (VP  C,  p.  21,  anno  1348?  et  p.  28,  annol349?); 
«  ...  pour  le  seel  de  l'exécutoire  de  ces  présens  despens  et  pour 
«  l'audiencier,  vu  sols  (taxe)  :  Habeat  vi  sols  parisis  »  (P  C, 
p.  30,  anno  1355).  Au  contraire,  l'application  en  convient  très- 
bien  aux  clercs  de  métier. 

§  5.  —  Des  notaires,  des  huissiers  et  sergents. 

A  la  suite  des  procureurs  se  rangent  deux  catégories  de 
personnes  qui,  sans  tenir  une  grande  place  dans  mes  textes,  y 
figurent  cependant  assez  souvent  pour  qu'il  convienne  d'en 
dire  un  mot.  Je  veux  parler  des  notaires  et  des  huissiers  ou 
sergents. 

Il  est  difficile  d'attribuer  une  signification  précise  au  premier 
de  ces  termes  dans  l'emploi  qu'en  font  nos  fragments.  Il  com- 
porte trois  ou  quatre  acceptions  différentes  ;  tantôt  il  ne  paraît 
désigner  qu'un  simple  clerc,  ou,  pour  mieux  dire,  qu'un  écrivain 
au  rôle,  un  expéditionnaire  ;  c'est  particulièrement  le  sens  que 
je  crois  lui  reconnaître  dans  les  actes  du  Midi  :  «...  Notario, 
»  pro  die,  prolabore  suo  x  solidos,  valent  in  summa  xxx  solidos 
»  turonensium»  (IIP  C,  p.  2,  anno  1347).  —  «  ...  Notario,  pro 
»  suo  salario,  per  diem,  decem  solidos,  valent  in  summa  xxx  soli- 
»  dos  turon.  »  (Ibid.).  —  «  Item  habuit  notarius  pro  salario  suo 
»  ultra  pro  dieta  x  solidos  tur.  (taxe)  :  Habeat  vi  solidos  dicte 
»  monete.  »  (IF  C,  p.  16,  anno  1352?).  Tantôt,  par  notaire, 
il  semble  qu'il  faille  entendre  un  greffier,  un  secrétaire  ;  tantôt 
il  est  question  de  notaire,  de  clerc  du  roi,  et  alors  je  pense  qu'il 
s'agit  d'un  des  quatre  notaires  attachés  au  Parlement  :  «...  Il 
»  est  notaire  du  Roy  et  personne  discrètes.  »  (VP  C,  p.  19, 
anno  1347?)  Enfin  le  mot  notaire  est  pris  quelquefois  en  son 
sens  propre  de  tabeUion  :  «...  En  la  ville  d'Agent  avoit  assez 
»  tabeUion ,  et  ainsi  ne  l'en  convenoit  nulz  mener.  »  (VF  C, 
p.  20,  anno  1347?)  —  «  ...  Magistro  Raymundo  Johannis, 
»  notario  Tholose,  cum  uno  serviente,  xx  solidos  tur.  (taxe)  : 
»  Nichil  »  (IF  G,  p.  3,  anno  1342?)  (Voir  aussi  l'extrait  cité  ci- 
dessous  de  la  pièce  2  de  la  IV"  classe  à  propos  des  sergents.).  Et 
alors  on  voit  qu'une  de  ses  fonctions  consistait  à  rédiger  les  pro- 
curations pour  plaider  :  «  Pour  une  procuration  faite  par  le  tabel- 
»  lion  de  Poiz  par  vertu  de  la  quelle  les  habitants  de  Montathère 


i 


364 

»  se  fondèrent  en  Parlement,  pour  son  salaire  lx  sols  (taxe)  : 
»  Habeat  xxx  sol.  flebilis  monete  (F  C,  p.  10,  anno  1342)  ;  — 
«  ...  furent  devant  le  notaire  pour  leurs  procuracions  faire...  » 
(P  C,  p.  8,  anno  1341).  Les  détails  fournis  par  les  textes  sur  ces 
personnages  se  réduisent  d'ailleurs  à  deux  points  :  la  nature  de 
leurs  services  et  le  montant  de  leurs  salaires.  On  peut  en  juger 
par  les  extraits  suivants  :  «  ...  Ad  ce  que  il  demande  vi  livres 
»  pour  faire  la  coUacion  du  j)rocès,  respont  que...  ou  ce  temps 
»  dès  lors,  les  notaires  ne  prenoient  point  d'argent  pour  faire 
»  teles  colacions  »  (V*"  C,  p.  2,  anno  1343).  —  «-<...  Ne  devez 
»  aucune  chose  tauxer  pour  faire  et  ordonner  yceUe  lettre. 
»  Quar  se  est  l'office  des  notaires  qui  pour  celle  cause  n'ont  pas 
»  acousteumé  à  prendre  saalaire,...  si  seroit  ce  seulement 
»  viTi  deniers  ou  x  pour  escrire  la  supplicacion,  et  vi  sols  pour 
»  le  seel»  (VP  C,  p.  7,  anno  1344?).  —  «  ...  A  ce  qu'il 
»  demande  vni  piaux  de  parchemin  xx  solz,  et  pour  ii  mains 
»_  de  papier  viii  solz,  dient  que  il  n'en  doit  riens  avoir.  Quar  le 
»  notaire  qui  fait  les  procès,  parmi  le  salaire  que  il  en  a,  doit 
»  avoir  et  papier  et  parchemin,  et  encre  et  plume  »  (VP  C, 
p.  12,  anno  1346?).  «  ...  A  ce  qu'il  demande  pour  un  notaire 
»  X  livres,  et  pour  un  autre  vi  livres,  dient  que,  regardée  la 
»  quaUté  de  la  cause,  ne  y  de  voit  avoir  que  un  notaire,  et  que  à 
»  cellui  ne  deust  paier  outre  c  solz...  »  (VP  C,  p.  12,  anno 
1346?).  —  «  Pour  les  gaiges  de  ii  notaires  de  ii  jours,  xl  sols 
»  (taxe)  :  Habeat  v  solid.  tur.  monete  nunc  currentis  »  (PC, 
p.  7,  anno  1340).  —  «  ...  Pour  l'instriiment  qui  fii  faiz  sur  ce, 
»  seignez  des  diz  notoires,  xl  sols  (taxe)  :  Habeat  x  sol.  tur. 
»  mon.  n.  c.  »  (Ibid.).  —  «  Magister  Petrus  Amorosii,  nota- 
»  rius ,  qui  transcripsit  dictum  hbrum  ,  habuit  pro  scriptura 
»  XXV  sol.  turon.  (taxe)  :  Nichil  »  (PC,  p.  13,  anno  1342). 
«  ...  dicunt  quod  non  fuit  nisi  unus  notarius,  scilicet  B.  Saba- 
»  terii,  notarius  curie  Biterrensis,  qui  testes  examinaverit,  et 
»  notariis  in  partibus  non  solvuntur  vadia,  quia  ipsi  habent 
»  emolumenta  scripturarum,  deposicionum  dictorum  testium,  et 
»  dictus  magister  B.  habuit»  (VP  C,  p.  5,  anno  1343.?)  ;  — 
«  ...  pour  cliascun  jour  xx  sols,  enclos  les  despeus  et  salaire  du 
»  notaire,  qui  plusieurs  foys  vint  de  Réalraont  k  Mont-Redon, 
»  et  il  demeura  bien  x  jours  à  tout  faire  (xxiii  procuracions)  » 
(P  C,  p.  8,  anno  1341). 

Sur  les  huissiers  et  sergents,  je  ferai  d'abord  une  remarque 

37 


362 

analogue  à  celle  que  j'ai  mise  en  tête  du  paragraphe  concernant 
les  procureurs.  Ceux  qui  voyagent  pour  le  compte  des  parties 
ne  sont  pas  toujours  des  sergents  de  Paris  ;  en  d'autres  termes, 
pour  eux,  comme  pour  les  procureurs,  il  y  a  lieu  de  distinguer 
ceux  qui  résident  en  province  de  ceux  qui  sont  attacliês  au 
Parlement  :  «...  car  il  estoit  demourant  au  pais  en  la  ville  de 
»  Langres  et  ne  en  chevaucha  oncques...  »  (VP  C,  p.  11, 
»  anno  1346  ?)  ;  —  «...  se,  ne  falroit  fors  tant  que  elle  présist 
»  un  sergent  du  Roy;  car  il  en  y  a  assez  qui  demeurent  à  Arras 
»  qui  tantost  eu  peu  faire  le  dit  adjournement...  »  (VP  C, 
p.  29,  anno  1349?)  ;  «...  pour  le  salaire  du  sergent  du  lieu 
»  qui  fu  avec  l'huissier  de  Parlement  à  faire  le  dit  adj ornement, 
»  V  sols  »  (IIP  C,  p.  5,  anno  1368)  ;  «...  Respont  que  vous 
»  ne  devez  taxer  que  pour  i  jour  ;  quar  li  dis  sergent  demeure 
»  près  du  Chastellet  »  (VP  C,  p.  24,  anno  1348?)  ;  «...  viii 
»  sols  pour  le  salaire  du  sergent  tant  seulement.  Car  il  demou- 
»  roit  à  Montdidier  et  les  dessus  nommés  au  Kaisnois,  et  n'a 
»  mie  plus  de  m  ou  nii  lieues  entre  Montdidier  et  la  dicte  viUe 
»  des  Kaisnois  »  (VP  C,  p.  30,  anno  1350?)  ;  —  «  Considéré 
»  que  la  dicte  lettre  fu  exécutée  à  Nevers  et  que  li  dis  sergens 
»  demouroit  en  ycelle  ville,  ne  devez  tauxer  plus  de  xrr  sols 
»  par.  »  (VP  C,  p.  7,  anno  1344?).  Cette  distinction  tient  une 
place  importante  dans  l'évaluation  de  la  taxe,  dans  le  règlement 
des  frais  de  voyage,  de  séjour  et  des  honoraires  de  l'exploit  : 
«  ...  Pour  l'huissier  de  Parlement,  pour  chascun  jour  n  frans, 
»  pour  le  salaire  du  sergent  du  lieu  qui  fu  avec  le  dit  huissier 
»  V  sols  »  (IIP  C,  p.  5,  anno  1368)  ;  «...  solverunt  servienti 
»  qui  citavit  testes  m  solid.  \i  den.  t.  (taxe)  :  Habeat  n  solidos 
»  paris.  »  (IP  C,  p.  1,  anno  1342?).  Ces  honoraires  subissent 
d'ordinaire  de  fortes  réductions,  souvent  même  ils  sont  complè- 
tement rejetés  de  la  taxe,  alors  que  le  coût  de  l'acte  y  est  au 
contraire  admis  :  «  Là  ii  il  demande  xx  sols  pour  le  salaire  du 
»  sergent  qui  fist  le  dit  adjeurnement,...  respont  que...  ni  cher- 
»  roit  il  que  deux  soulz...  »  (VP  C,  p.  29)  ;  —  «  Item,  où  il 
y  demande  pour  n  sergans...  ii  sols,  dient  qu'il  doit  souffire  pour 
»  un  sergent  xii  deniers  »  (VP  C,  p.  32,  anno  1350?);  — 
«  Item ,  au  xviii^  article  où  il  demande  pour  Jehan  Griffon, 
»  sergent  du  Roy,  iiii  livres  xii  deniers  tournois,  respondent 
»  que...  ne  pourroit  len  demander  que  xi  solz...  »  (VP  C, 
p.  11)  ;  —  «  Pour  le  salaire  d'un  sergent  de  Madame  la  Royne 


o63 

T  1  --    : 

» 


Jeanne  ^  pour  v  jours  que  il  mist  ad  ce  faire,  pour  chascun, 
»  X  sols,  valent  l  sols  (taxe)  :  Nichil  »  (IP  C,  p.  1,  anno 
1350?)  ;  —  «  Pour  chascun  jour,  pour  les  journées  et  les  cles- 
»  pens  du  sergant,  xx  sols,  valent  lx  sols  (taxe)  :  Habeat  xxx 
»  solidos  »  (Ibid.)  ;  —  «  Pour  la  relacion  du  dit  sergant, 
»  V  sols  (taxe)  :  Habeat  n  solidos  »  (Ibid.)  ;  —  «  Pour  le 
»  rapport  que  le  dit  sergent  du  Roy  fist,  n  sols  vi  deniers  (taxe)  : 
»  Nichil  »  (IP  C,  p,  12,  anno  1347?)  ;  —  «  Pour  le  salaire  du 
»  sergent,  vi  sols  vu  deniers  tournois  (taxe)  :  Habeat  ii  solidos» 
(P  C,  p.  4,  anno  1339-1351).  —  «  Pour  la  relacion  du  sergent, 
»  xu  deniers  (taxe)  :  Habeat.  »  —  «  ...  Pour  le  salaire  du  dit 
»  sergent,  pour  chascun  jour,  viii  sols,  valent  xxxii  sols  (taxe)  : 
»  Habeat  xxiiii  solidos  »  (IP  C,  p.  6,  anno  1344?).  —  «  ...  A 
»  ce  qu'il  demande  pour  la  relacion  des  sergens  ii  solz,  dit  que... 
»  en  icellui  cas  n'en  doit  avoir  oultre  viu  deniers  ;  quar  pour 
»  tant  les  fait  on  communément  au  pais  »  (VF  C,  p.  12, 
anno  1346?). 

Relativement  aux  fonctions  des  sergents,  je  retiens  de  l'exa- 
men des  pièces  un  trait  de  procédure  ;  c'est  qu'un  ajournement 
était  valable  quand  le  procès-verbal  du  sergent  était  joint  à  la 
commission  du  bailli,  sans  qu'il  fût  besoin  de  faire  approuver  le 
dit  procès- verbal.  «  ...  11  n'est  mie  de  nécessité  de  aveir  certifi- 
»  cacion  ;  mais  vault  et  tient  un  adjournement  quant  la  relacion 
»  du  sergent  est  annexe  dedent  la  commission  du  baiUi...  » 
(VP  C,  p.  29). 

Entre  les  huissiers  et  les  sergents,  la  différence  originelle  était 
que  les  uns  faisaient  le  service  des  commissions ,  des  ajourne- 
ments, qui  exigeait  des  déplacements,  au  lieu  que  les  autres 
instrumentaient  au  siège  même  de  la  juridiction  :  «  Pour  salaire 
»  d'un  huissier  de  Parlement,  qui  alla  querre  le  sac  en  la  maison 
»  maistre  Pierre  Rarrière,  où  maistre  Jehan  Rloin  l'avoit  en- 
»  voie  »  (F  C,  p.  16,  anno  1345.  Voir  aussi  F  C,  p.  32,  anno 
1373),  et  assistaient  la  Cour  dans  la  police  des  audiences.  Aussi 
les  sergents  étaient-ils  généralement  à  cheval.  Les  dénomina- 
tions se  confondaient  d'ailleurs,  et  ne  présentaient  point  un  sens 
exclusif  :  «...  Il  estoit  mandé  et  commis  au  premier  huissier 


1.  Je  pense  qu'il  s'agit  ici,  et  plus  bas,  non  de  la  femme  du  roi  Jean,  Jeanne 
d'Auvergne,  décédée  en  1360,  mais  de  la  veuve  de  Charles  IV,  Jeanne  d'Evreux, 
décédée  en  1371. 


564 

»  du  Parlement  on  sergent  du  Roj  »  (IIP  C,  p.  5,  anno  1368)  ; 
—  «...  Ala  Jehan  de  La  Porte,  huissier  de  Parlement,  qui 
»  mist  m  jours  à  aler,  etc.  »  (Ibid.). 

L'huissier,  le  sergent  du  Roy,  pouvait  instrumenter  dans  toute 
la  France;  toutefois,  il  devait  respecter  le  territoire  de  certaines 
seigneuries  ou  tout  au  moins  se  faire  accompagner,  quand  il 
y  pénétrait,  d'un  sergent  du  lieu.  En  voici  un  exemple  :  «  Pour 
»  ce  que  le  dit  escuyer  demeure  dessouhz  madame  la  Royne 
»  Jehanne,  il  convenoit  que  uns  des  sergens  de  ma  dicte  dame 
»  fust  à  faire  les  dit  adjournement  et  exécusion  »  (IF  C,  p.  12, 
»  anno  1347?). 

Les  huissiers  de  Parlement  transmettaient  à  la  Cour  les  lettres 
de  la  chancellerie  royale  :  «  ...  Pour  le  salaire  de  Pierre 
»  Bumoust,  huissier  du  Parlement,  qui  fîst  le  commandement  à 
»  noz  dis  seigneurs  de  Tarlement,  selon  le  contenu  des  dictes 
»  lettres,  x  sols  »  (IIF  C,  p.  5). 

L'office  des  sergents  n'était  pas  exempt  de  certains  périls,  à 
raison  desquels  ils  prétendaient  grossir  leurs  honoraires. 
«  ...  Pour  ce  que  le  dit  escuyer  est  un  fors  lions  d'avoir  et  de 
»  puissance,  et  demeure  en  un  lieu  loing  de  gent,  le  dit  sergent 
»  appeUaetmena  aveques  li  im  hommes  pour  tesmoignage,  pour 
»  chascun  xji  deniers,  valent  iiii  sols  »  (IP'  C,  p.  12).  Il  paraît 
d'ailleurs  que  cette  prétention  ne  trouvait  pas  grand  ci-édit  auprès 
de  la  Cour.  La  taxe  répond  à  cette  demande  :  Nichil  (Ibid.). 
Ces  dangers  n'étaient  peut-être  pas  toujours  aussi  chimériques 
que  le  donne  à  entendre  un  pareil  refus.  Dans  un  autre?  passage, 
nous  voyons  un  bailli  ayant  une  opération  de  saisie  à  protéger 
dans  son  ressort  «  faire  commandement  à  plusieurs  de  ses 
»  sergens  qu'il  alassent  avec  le  dit  commissaire  et  procureur  »  ; 
et,  «  pour  ce  que  le  dit  chevalier,  ajoute  le  fragment  d'où  ce 
»  morceau  est  extrait,  est  très  redoublez  et  de  très  hault  et 
»  puissant  linaige,  le  dit  procureur  print  un  tabellion  pour  estre 
»  procureur  avec  eulx,  pour  le  salaire  du  dit  tabellion  x  sols  » 
(IVeC,  p.  2,  anno  1352?). 

Enfin,  comme  les  procureurs,  comme  les  avocats,  les  sergents 
ne  se  faisaient  pas  scrupule  de  réclamer  plusieurs  fois  leurs  frais 
de  déplacements,  lorsque  dans  un  seul  voyage  ils  avaient  exploité 
pour  différents  chents.  La  diminution  ne  manquait  pas  de  rele- 
ver ce  qu'il  y  avait  d'exorbitant  dans  ce  genre  de  revendications  : 
»  A  ce  qu'il  dit  qu'il  envoia  Thomas  d'Arez,  sergent  du  Chastellet 


d65 

»  à  Paris,  li  bailla  xl  escus,  dient  que  ce  sont  despences  vaines. 

»  Car  le  dit  Thomas  avoit  à  faire  exécucion  pour  certains  raar- 

»  chais  de  la  ville  de  Paris  et  pour  le  Roy   contre  plusieurs 

»  personnes...  »  (VI«  C,  p.  20,  anno  1347?). 

§  6.  —  Des  avocats  et  de  leurs  clercs. 

C'est  une  opinion  assez  répandue  ^  que  l'ordre  des  avocats  se 
composait  depuis  le  xiii^  siècle  de  trois  classes,  à  savoir  :  les 
consultans  (consiliarii),  les  plaidans  (  proponentes  ) ,  les  sta- 
giaires (audientes)  ;  et  que  leurs  attributions,  rigoureusement 
déhmitées,  correspondaient  à  l'une  de  ces  trois  parties  de  leurs 
fonctions,  sans  qu'elles  pussent  empiéter  les  unes  sur  les  autres. 
Cette  distinction,  que  le  temps  a  sans  doute  accentuée,  a  pu  être 
vraie  notamment  à  partir  du  xvi**  siècle  ;  elle  n'était  certaine- 
ment pas  en  usage  à  l'époque  que  j'étudie.  Tout  avocat  qui 
servait  de  conseil,  ne  s'abstenait  pas  pour  cela  de  plaider,  et 
réciproquement.  De  même  si  les  stagiaires  ne  prenaient  pas  une 
part  active  aux  travaux  du  barreau,  c'est  qu'ils  n'étaient  point 
encore  inscrits  au  tableau  de  l'ordre.  La  qualification  de  novi  ne 
leur  interdisait  ni  la  faculté  de  plaider,  ni  celle  de  consulter.  Le 
fragment  5  de  la  HT'  classe  présente  un  exemple  saillant  de  la 
parfaite  confusion  des  deux  attributions,  dans  la  personne  du 
célèbre  Jean  des  Mares.  «  Les  dessus  dits,  porte  cette  pièce, 
»  retinrent  de  leur  conseil  Messire  Jehan  des  Mares,  et  estoit 
»  bien  de  nécessité  qu'il  se  pourveissent  de  grant  et  bon 
»  conseil.  »  Et  plus  bas  :  «...  que  la  dicte  cause  fu  plaidée 
»  moult  grandement  et  solempnement  par  le  dit  Messire  Jehan 
»  des  Mares...  qui  estoit  de  leur  conseil,  comme  dit  est.  » 
Cette  citation  ^,  qui  paraît  concluante,  se  rapporte  aux  années 
1367-1368. 

Un  autre  texte  qui,  figurant  sur  un  accord  de  1371,  doit 
remonter  au  milieu  du  siècle,  n'est  pas  moins  décisif  sur  un 
point  beaucoup  plus  important  :  la  prétention  qu'ont  élevée  les 


1.  Conf.  Desmaze,  le  parlement  ilc  Paris,  p.  229,  230  ;  Gaudry,  Histoire  du 
barreau  de  Paris,  1. 1,  p.  129;  et  surtout  Ritliez,  Histoire  du  Palais  de  Justice  et 
du  Parlemeut  de  Paris,  p.  112. 

2.  On  peut  y  joindre  celle-ci  :  «  pour  le  saalaire  de  M.  Pierre  de  Puiseux  qui 
fu  de  son  conseil  et  plaida,  etc.  »  (IIF  C,  p.  3,  anno  1349-1350.) 


566 

avocats  au  xvf  siècle,  l'usage  que  depuis  ils  ont  érigé  en  un 
titre  de  gloire,  de  ne  pas  donner  quittance  de  leurs  honoraires. 
Cette  pratique  déjà  fort  ancienne  au  temps  d'Henri  IV,  puisque 
Loisel,  en  sou  admirable  dialogue  provoqué  par  la  lameuse  que- 
relle de  1602,  ne  met  pas  en  doute  qu'elle  ait  toujours  existé, 
n'était  cependant  pas  admise  deux  siècles  plus  tôt  :  «...  Et  se 
»  aucune  chose  en  estoit  tauxé,  porte  le  fragment  auquel  je 
»  faisais  allusion,  si  convenroit  monstrer  que  le  dit  advocat 
»  auroit  plaidoié,  comment  et  pour  quele  cause  ;  et  que  il  appa- 
»  rust  par  quittance  »  (VF  C,  p.  9).  A  ce  document  il  faut 
joindre  le  texte  suivant  :  «  Item,  au  tiers  article  respont  qu'il 
»  n'en  doit  riens  avoir,  s'il  ne  le  montre  par  lettre  sellée  du 
»  dit  advocat  »  (VF  G,  p.  8),  et  celui-ci  :  «  Item  a  eu  le  dit 
»  Maistre  Jaques  Taillandier  pour  son  salaire  au  dit  Parlement, 
»  si  comme  il  appert  par  quittance  de  son  seel  vi  escuz  d'or 
»  (taxe)  :  Habeat  ii  escuz  »  (F  C,  p.  29,  anno  1354). 

L'obligation  de  la  quittance  a  pour  corollaire  naturel  l'assu- 
jettissement à  une  vérification,  le  contrôle  de  la  taxe.  Aussi  le 
salaire  des  avocats  figure-t-il  constamment  sur  l'état  des  dépens, 
non  pas  pour  la  forme  et  à  l'effet  de  grossir  l'émolument  du 
procureur,  mais  sérieusement,  complètement,  avec  la  précision 
de  détails  que  comporte  une  demande  sincèrement  motivée.  11 
est  discuté  avec  non  moins  d'attention  par  la  diminution,  qui 
ne  se  fait  aucun  scrupule  de  le  laisser  pour  compte  au  procureur 
de  la  demande  comme  l'ayant  «  follement  payé  »  (VF  C,  p.  7). 
On  exige  par  exemple  que  l'avocat  soit  désigné  nommément  : 
«  ...  dicit  procurator  dicti  domini,  »  porte  un  des  articles  du 
fragment  14  de  la  VP  classe,  «  prefatum  dominum  suum  non 
»  teneri  in  aliquo,  pro  eo  quod  n£)n  nominavit  advocatos,  et 
»  quod  nil  iH'obat...  »   (Vers  1350). 

Il  faut  encore  que  l'état  de  frais  marque  à  quelle  phase  de  la 
procédure,  à  quel  incident  se  rattaclie  la  vacation  réclamée  pour 
le  conseil  de  la  partie  gagnante.  Une  mention  vague  expose  à  un 
rejet  pur  et  simple  de  la  demande  :  «  Nichil,  répond  le  taxateur, 
quia  non  apparet  »  (IV"  C,  p.  4,  art.  36,  anno  1345?).  L'utihlé, 
la  nécessité  de  l'intervention  de  l'avocat  est  en  effet  un  des  points 
le  plus  fréquemment  contestés,  soit  que  la  demande  revendique 
les  honoraires  de  deux  avocats  «  lorsqu'il  sufïisoit  bien  d'un  » 
(V«  C,  p.  2,  anno  1343,  et  VF  C,  p.  7,  anno  1345?),  ou  de 
plus  de  deux,  quand  «  selonc  le  stille  de  ceste  court  on  ne  puet 


367 

»  demander  que  pour  deux  »  (VF  C,  p.  12,  anno  1346?);  soit 
qu'au  ministère  de  l'avocat  il  eût  été  facile  de  substituer  celui 
(beaucoup  moins  coûteux)  d'un  procureur  (VP  C,  p.  4,  anno 
1345?),  que  même  il  y  eût  eu  une  sorte  d'envahissement,  d'empié- 
tement, de  confusion  d'offices,  cas  marqué  dans  le  fragment  23  de 
la  VP  Classe  :  «  pour  ce  qu'il  n'y  a  convenu  point  d'advocacie 
»  aus  despens  ordener. . .  »  (Anno  1348  ?)  ;  soit  enfin  et  au  con- 
traire que  le  rôle  de  l'avocat  se  fût  borné,  par  exemple  :  à 
«  amener  tesmoins  et  produire  escriptures,  la  quelle  chose  il  (la 
»  partie)  povoit  bien  faire  par  soy  meismes  »  (VF  C,  p.  12, 
anno  1346?),  ou  encore  «  à  ne  rien  dire  fors  :  bien  jugé,  mal 
»  appelé,  laquele  chose  povoit  estre  faicte  sansadvocat  »  (VFC, 
p.  16,  anno  1347?),  ou  à  tout  autre  besogne  insignifiante. 

Au  même  ordre  d'exigences  se  rattachent,  et  la  mention  insé- 
rée au  fragment  5  de  la  IIP  classe,  déjà  signalée  plus  haut  : 
«  qu'il  estoit  bien  de  nécessité  qu'il  se  pourveissent  de  grant  et 
»  bon  conseil  »,  et  l'objection  tirée  par  la  pièce  7  de  la  classe  VI 
contre  les  honoraires  demandés  pour  un  avocat  «  de  la  petite 
»  autorité  »  dont  il  jouissait.  —  «  Il  en  devroit  avoir  seulement 
»  comme  l'en  donne  communément  à  un  advocat,  tel  comme  est 
»  le  dit  Estienne  ou  pays  de  là,  car  l'en  l'a  communément  pour 
»  V  sols  tournois  »  (VP  C,  p.  8,  anno  1350?). 

Les  réserves  que  les  indications  de  cette  nature  ont  pour  objet 
de  formuler  ou  de  prévenir  portent  aussi,  et  particulièrement 
sur  le  quantum  des  honoraires.  Il  résulte  de  ces  textes  et  de 
plusieurs  autres  «  considéré  l'état  du  dit  avocat,  l'usage  du  pays 
»  et  l'autorité  du  siège  »  (VF  C,  p.  7).  —  «  Car  la  cause  estoit 
»  grant  et  grosse,  »  (\ll.  C,  p.  5;  IP  C,  p.  9,  et  P  C,  p.  27, 
art.  19),  que  la  réputation  de  l'avocat,  l'importance  de  la  cause, 
la  coutume  de  la  contrée,  étaient  regardées  comme  trois  éléments 
essentiels  du  montant  des  salaires  qui  devaient  figurer  en  taxe. 
La  principale  distinction  était  certainement  fondée  sur  la  rési- 
dence des  avocats  ;  l'état  de  frais  indique  avec  soin  à  quel  barreau 
ils  appartenaient,  à  celui  de  Paris,  ou  à  celui  d'une  autre  ville 
petite  ou  grande.  La  classification  des  avocats  en  avocats  du 
Parlement  et  en  avocats  de  province  ou  de  pays,  qui  présentait 
un  si  grand  intérêt  pour  le  règlement  des  dépens,  mérite  d'aiUeurs 
une  mention  particulière  :  elle  est  historiquement  peu  connue. 
Dans  le  Midi,  les  avocats  paraissent  avoir  conseillé  sous  le  titre 
de  jurisconsultes;  on  les  désignait  volontiers  par  leur  qualité  de 


568 

legum  docior  (voir  Y  G,  p.  11  et  13J.  Parmi  les  avocats  de 
province,  les  textes,  que  j'ai  sous  les  yeux,  en  citent  de  Mâcon 
(F  C,  p.  7),  de  Louviers  (IP  C,  p.  15),  de  Cahors  (f  G,  p.  13), 
de  Garcassonne  (P  G,  p.  8). 

Maintenant  à  quel  taux  se  réglaient,  au  moins  en  mojenne, 
les  honoraires  de  l'avocat,  c'est  ce  qu'il  n'est  pas  lacile  de  déter- 
miner, bien  que  les  fragments  recueillis  aux  versos  des  accords 
renferment  à  cet  égard  plus  d'un  renseignement  précieux. 

Si  je  consulte  l'état  de  la  législation  ou  de  la  jurisprudence  en 
cette  matière,  je  vois  au  cliapitre  V  '  de  Ik-aumanoii'  (suit  auno 
1283)  que  les  avocats  se  faisaient  alors  payer  de  leurs  soins, 
soit  en  suite  de  conventions  librement  débattues,  soit  en  comptant 
par  journées,  c'est-à-dire  par  vacations.  Aux  termes  du  ser- 
ment professionnel,  inséré  au  registre  criminel  du  Parlement  de 
1340-1341,  ils  s'engageaient  à  ne  pas  touclier  pour  une  cause 
plus  de  trente  livres  tournois  «  ultra  triginta  libras  turonen- 
»  sium  non  accipient.  »  G'était  l'application  d'une  ordonnance 
déjà  vieille  de  70  ans  (1274),  confirmée  au  reste  par  une  ordon- 
nance identique  de  cette  même  année  1340,  reproduite  et 
améliorée  quatre  ans  plus  tard  (1 1  mars  1344)  par  une  disposition 
législative  qui,  tout  en  maintenant  le  nombre  des  livres  formant 
le  maximum  des  honoraires,  eu  modifiait  la  nature,  et  substituait 
la  livre  parisis  à  la  livre  tournois.  L'article  9  de  l'ordonnance  de 
1363,  qui  peut  être  regardé  comme  fondamental,  prohibe  les 
tripliques  et  consacre  les  dupHques.  Enfin  dès  la  même  époque, 
se  rencontre  l'interdiction  de  la  stipulation  :  de  quota  litis 
parte,  qui  avait  pour  objet  d'intéresser  l'avocat  au  gain  de  la 
cause,  son  salaire  consistant  alors  en  une  quote-part  de  la  valeur 
des  biens  en  litige. 

De  ces  deux  sources  d'informations,  la  jurisprudence  inter- 
prétée par  Beaumanoir,  la  législation  représentée  par  les  ordon- 
nances précitées,  quelle  est  la  meilleure,  si  on  passe  de  la 
théorie  aux  faits;  ceUe  où  on  doive  puiser  avec  le  plus  de  sécurité, 
si  on  cherche  dans  les  textes  l'application  des  principes?  c'est 
incontestablement  la  jurisprudence.  Que  les  règles,  tracées  par 
les  ordonnances  au  sujet  du  maximum  des  honoraires,  n'aient 
pas  été  observées,  il  me  suffit  pour  le  prouver,  non  pas  d'arguer 
du  silence    de  toutes    les  diminutions  (silence  cependant  bien 

I.  Arliclc  3  (le  l'édilion  Beugnoi,  tome  I,  p.  DO. 


569 


significatif),  mais  de  citer  k  titre  de  spécimen  deux  articles  d'une 
demande  qui  portent  à  la  suite  l'un  de  l'autre,  24  livres  d'une 
part,  10  de  l'autre  pour  le  même  avocat,  dépassant  ainsi  d'une 
façon  sensible,  choquante  pour  ainsi  parler,  le  taux  de  la  taxe, 
témérité  inadmissible  si  la  loi  eût  été  respectée  (IIP  C,  p.  5, 
anno  1368).  Au  contraire  je  rencontre  partout  la  trace  des  modes 
de  paiement  indiqués  par  Beaumanoir,  soit  qu'ils  consistent  en 
calculs  de  vacations,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  ordinaire,  soit 
qu'ils  revêtent  la  forme  de  pensions  annuelles,  forme  que  j'ai 
naguère  signalée  dans  mon  étude  sur  DuBrueiP,  et  que  je 
retrouve  par  exemple  aux  fragments  onze  et  treize  de  la  pre- 
mière classe  :  «  Pro  salario  suo  per  viam  pensionis,  pro  toto 
»  anno  revoluto  x  libras  turonensium  »  (anno  1342)  ;  «  quia 
»  erat  pensionarius,  nihil  habuit  prodicta  causa,  sed  pro  toto 
»  anno  revoluto,  xx  libras  turonensium  »  (anno  1342). 

Il  importe  toutefois  de  prévenir  une  méprise  à  laquelle  peut 
assez  naturellement  donner  lieu  l'emploi  du  mot  cause  ou 
querelle.  Quand  le  législateur  du  xiv"  siècle  décidait  qu'un 
avocat  ne  toucherait  pas  plus  de  xxx  livres  parisis  ou  tournois 
par  cause,  W  n'entendait  pas  réduire  à  ce  taux  les  honoraires 
pour  tout  un  procès  dont  la  durée  excédait  parfois  10,  15  et 
20  ans.  Il  avait  en  vue  la  série  des  opérations  auxquelles  pou- 
vaient correspondre  les  phases  d'une  instance,  principale  ou 
incidente,  à  partir  du  dépôt  des  conclusions,  jusqu'à  la  pronon- 
ciation de  l'arrêt  rendu  sur  les  dites  conclusions,  en  d'autres 
termes,  les  dépens  du  conseil,  des  vacations,  des  plaidoiries 
ordinairement  compris  dans  l'espace  d'une  session  de  Parlement. 
De  là  deux  usages,  dont  l'un,  attesté  par  les  fragments  25  et  31 
de  la  VP  classe,  consistait  à  établir,  à  présenter  l'état  des  dépens 
à  l'issue  de  chaque  phase  incidente  du  procès  (pourvu  qu'elle 
fût  définitive)  :  «  considéré  que  l'instance  dez  dis  procès  fu  périe 
»  et  interompue  sans  aucune  condempnacion  des  dépens,  aussi 
»  fu  la  poursuite  des  despens,  comme  elle  fu  accessoire  et  dépen- 
»  dant  dez  dis  procès,  ne  les  despens  des  dis  procès  ne  pevent, 
»  ne  doivent  estre  comprins   en  la  condempnacion  qui   s'est 


1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  V  série,  tome  IV,  p.  130  et  138.  — 
Ce  que  j'y  expose  d'après  les  arrêts  du  parlement  vient  à  l'appui  de  la  thèse 
que  je  soutiens  ici  ,  et  montre  surabondamment  combien  le  taux  des  trente 
livres  était  facilement  dépassé  dans  la  pratique. 


570 

»  ensivie  par  \  ertu  du  procès  de  nouvel  encommencié,  comme 
»  ce  soit  autre  procès  et  autre  instance,  et  les  diz  despens  n'aient 
»  pas  esté  réservés  »  (Anno  1348);  —  «...  considéré  la  cause 
»  principal,  laquelle  pent  encore  »  (anno  1350?);  dont  l'autre, 
également  indiqué  par  de  nombreux  documents,  avait  pour 
objet  la  reconnaissance  d'un  nouveau  droit  de  conseil,  à  chaque 
reprise  d'instance,  à  chaque  ouverture  de  Parlement.  Je  mè  hâte 
d'ajouter  que  cette  dernière  prétention  ne  paraît  pas  avoir  joui 
d'une  grande  foveur  auprès  de  la  Cour,  et  que  le  taxateur  rejette 
le  plus  souvent  ou  réduit  dans  de  très-fortes  proportions  la 
demande  d'honoraires  qui  reposait  sur  des  bases  aussi  peu  solides 
(Voir  notamment  P  C,  p.  31,  et  VI«  C,  p.  14). 

Une  des  conséquences  de  ce  procédé,  qui  se  retournait  alors 
contre  l'avocat,  était  de  faire  retrancher  de  ses  honoraires  ceux 
qui  se  rattachaient  à  une  des  phases  de  la  cause  antérieure  à  celle 
dont  on  réglait  les  dépens.  Le  motif  en  est  que  le  conseil  délibéré 
par  lui  à  cette  époque  éloignée  n'avait  pu  être  utile  dans  la 
nouvelle  instance.  C'est  du  moins  l'argumentation  que  produit 
le  fragment  26  de  la  VP  classe  dans  les  termes  suivants  :  «  Car 
»  la  dicte  cause  n'est  pas  nouvellement  introduite  en  Parlement, 
»  mais  a  passé  trois  ans  que  elle  est  commenciée  et  plus;  ne  n'y 
»  fait  riens  le  conseil  de  par  de  là  en  ce  cas,  ne  vaut,  se  l'ajour- 
»  nement  est  fait  nouvellement  à  reprendre  les  arrements  ;  car 
»  en  cest  cas  le  conseil  de  par  delà  n'y  a  riens  fait,  mais  a  tout 
»  fait  le  conseil  de  par  de  ça  »  (vers  1346;  le  procès  avait  été 
interrompu  par  la  guerre,  où  la  partie  gagnante  «  s'en  estoit 
»  allée  »).  De  même  l'état  de  frais,  établi  à  l'issue  de  la  cause 
incidente,  ne  pouvait  justement  contenir  les  honoraires  exigibles 
à  raison  de  la  cause  principale  :  «...  ce  a  esté  pour  conseiller 
»  sur  la  cause  principal,  la  quelle  n'est  mie  encore  déterminée, 
»  mais  pent  encore,  et  venront  en  taxacion  des  despens  de  la 
»  cause  principal,  se  les  dis  obtiennent,  quare,  etc.  »  (VP  C, 
p.  17,  anno  1347?). 

Il  n'est  pas  moins  essentiel  de  prendre  garde  que  l'avocat 
menait  de  front  autant  de  procès  que  ses  talents  et  son  activité 
le  lui  permettaient.  Cette  faculté,  de  cumul,  si  je  peux  m'expri- 
mer  de  la  sorte,  fort  légitime  en  soi,  et  parfaitement  légale, 
ouvrait,  grâce  à  l'organisation  judiciaire  du  temps,  la  porte  à 
certains  abus  qui  tiennent  une  large  place  dans  les  moyens  de 
diminution  et  que,  par  ce  motif,  il  faut  signaler.  Les  dépens 


37^ 

comprenant  les  frais  de  déplacement  que  l'avocat  était  présumé 
avoir  faits  dans  l'intérêt  de  l'affaire,  il  arrivait  qu'on  les  portait 
autant  de  fois  qu'on  avait  gagné  de  procès  dans  une  seule  assise. 
C'est  ce  que  nous  apprennent  les  fragments  suivants,  où  la  partie 
perdante  rejette  avec  animation  les  vacations  réclamées  dans  de 
pareilles  circonstances  :  «...  Et  pour  les  despens  des  dessus  dis 
»  advocats  ne  devez  rien  tauxer.  Quar  ils  poursièvent  pour 
»  plusieurs  personnez,  et  n'est  pas  accoustumé  que  leur  cliens 
»  leur  payent  leur  dépens,  ne  raison  ne  le  welt  pas  »  (VF  C, 
p.  7)  ;  et  plus  bas  :  «  quar  il  n'est  pas  acoustumé  que  les  dis 
»  advocas  qui  poursièvent  les  assises  pour  plusieurs  et  diverses 
»  besoingnez  prainent  leur  despens  seur  un  de  leurs  cliens. 
»  Quar  leur  despens  pourroient  plus  monter  x  fois  que  le 
»  saalaire  d'une  cause»  (Ibid.,  anno  1344?)  ;  «  ...  se  il  (l'avo- 
»  cat)  y  vinst  (à  Péronne),  il  y  vinst  pour  gaignier  l'argent  de 
»  chascun  qui  a  voit  afaire,  et  pour  plaidier  pour  plusieurs  et 
»  pour  touz  ceulz  qui  l'en  requerroient,  aussi  comme  les  autres 
»  advocaz  qui  suient  les  plais  et  les  assises,  pour  quoy  n'en 
»  devez  riens  tauxer  »  (VF  C,  p.  9,  anno  1344  ?)  ;  «  ...  consi- 
»  déré  que  les  diz  advocas  y  a  voient  autres  causes  aussi,  si  en 
»  ordenez  selon  vostre  bonne  discrecion  »  (VF  C,  p.  22,  anno 
1346?).  Dans  ces  diverses  espèces  que  je  caractérise,  pour  la 
commodité  de  l'exposition,  par  l'expression  de  cwnul,  ou  la 
vacation  était  rejetée  de  la  taxe,  ou  elle  y  entrait  «  pour  la  por- 
»  tion  »  (Ibid.  p.  22)  afférente  à  la  cause,  soit  pour  un  dixième 
si  l'avocat  avait  conclu  en  dix  procès,  soit  pour  tout  autre  frac- 
tion proportionelle  «  à  ses  communes  besognes  » . 

S'il  m'était  permis  d'être  complet  en  cette  rpatière,  il  me  res- 
terait à  la  serrer  de  plus  près,  en  évaluant  rigoureusement, 
d'après  des  chiffres  précis ,  les  honoraires  de  l'avocat  au 
mv"  siècle.  Malheureusement  les  fragments  que  j'ai  entre  les 
mains  sont  trop  mutilés  et  trop  de  lacunes  en  interrompent  les 
données ,  pour  qu'il  soit  possible  d'établir  scientifiquement , 
d'après  la  nature  et  la  suite  d'une  affaire,  le  montant  exact  des 
émoluments  qu'elle  comportait.  Tout  ce  que  je  puis  faire,  c'est 
de  réunir,  pour  les  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur,  les  passages 
où  sont  consignées  les  demandes  de  vacations,  les  objections  qui 
les  repoussent  et  les  taxes  qui  les  résolvent. 


572 

pe  Classe. 

«  Item,  pour  ii  .ulvocas,  pour  plaidicr  la  dicto  cause  le  dit  jour, 
rt  XXX  sols  tournois  (taxe)  :  Habeat  iiii  sols  »  (p.  4,  anno  1339-1351). 

«  Item,  pour  iiadvocas,  pour  plaidier  la  dicte  cause  le  dit  jour,  xv  s.  t. 
«  (taxe)  :  Habeat  un  s.  «  (Ibid.)- 

«  Item,  pour  ii  advocaz,  pour  plaidicr  la  dicte  cause,  xxx  s.  (taxe)  : 
»  Ilabeat  xxx  s.  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  ii  advocaz,  pour  plaidicr  la  dicte  cause,  xxx  s.  (taxe)  : 
»  Habeat  xx  s.  »  (Ibid.). 

«  Item,  àmaistre  Guillaume  Durant  et  à  niaistre  Jehan  Doli,  advocaz 
»  en  parlement,  à  cliascun  xu  livres  parisis,  monte  tout  xxnn  livros  p. 
»   (taxe)  :  Nichil  quia  non  fuit  litigatum  »  (Ibid.). 

«  Art.  129.  Item,  pour  les  despens  de  la  dicte  damoiscUe  et  de  son 
»  conseil,  pour  le  dict  jour,  xn  sols  (taxe)  :  Habeat  ni  sols  »  (p.  5, 
anno  1339). 

«  Art.  133.  Item,  pour  le  conseil  d'icelle,  à  faire  et  ordener  sur  la 
»  dicte  imjicU'acion  ses  supplications,  x  sols  (taxe)  :  Habeat  ii  sols  » 
(Ibid.). 

«  Art.  110.  Item,  pour  le  conseil  que  elle  liot  à  faire  la  dicte  impé- 
»  tracion  et  ordener  ses  requestes,  xx  sols  (taxe)  :  v  sols  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  salaire  de  n  advocaz  de  Mascon,  qui  les  conseillèrent 
»  en  ce  tems,  x  livres  (taxe)  :  Habeat  c  solidos  turonensium  monete 
»  nunc  currentis  »  (p.  7,  anno  1340). 

«  ...  Pour  le  salaire  de  Monseigneur  Bernart  de  Fonsengrine,  advocat 
»  de  Garcassonne,  qui  leur  conseilla  à  faire  procuracions  et  leur  ordonna 
»  leur  fait,  x  livres  (taxe)  :  Habeat  x  solidos  turonensium  »  (p.  8,  anno 
1341-1342). 

«  Item,  après  il  vindrent  à  Paris  et  retindrent  leur  conseil...  si  ot 
»  maistre  Jehan  de  Valhelhs,  leur  advocat^  x  livres  ;  item,  maistre 
))  Robert  Le  Goch,  c  sols,  item,  Maistre  Regnaut  Filleul,  c  sols  (taxe 
))  d'ensemble)  :  Habeat  vni  libras  t.  »  (Ibid.). 

((  Pour  le  salaire  de  deus  advocaz,  c'est  à  savoir  mestres  Pierre  de  la 
»  Forest,  Drieue  Jourdain,  par  trois  parlemens,  c'est  à  savoir  pour  les 
»  ans  XLI,  XLII  et  XLIII,  pour  la  porcion  de  ceste  cause  tant  seule- 
»  ment,  pour  chascun  parlement,  x  livres,  valent  xxx  livres  (taxe)  : 
»  Habeat  nn  libras  »  (p.  9,  anno  1343). 

«  Art.  30.  Item,  pour  le  salaire  d'un  advocat,  qui  vint  au  dit  jour, 
»  LX  sols  (taxe)  :  Habeat  xx  sohdos  »  (p.  10,  anno  1342.). 

«  Art.  37.  Item,  pour  les  salaires  de  M^  Jehan  du  Mont,  M«  Regnaut 
»  Fillueil  et  M"  Jacques  du  Hiaame,  qui  furent  de  leur  conseil  au  dit 
»  parlement,  pour  le  dit  M®  Jehan,  xn  livres,  et  pour  le  dit  M»  Jacque, 
»  vni  livres,  et  pour  le  dit  M^  Regnaut  (le  reste  en  déficit)  »  (Ibid.). 

«  Item,  predictus  dominus  Bartholomeus  Seguini  habuit  pro  salarie 


573 

»  suo,  per  viam  pensionis,  pro  tnto  anno  revoluto,  x  libras  turonensium 
»  (taxe)  :  Habeat  c  solidos  »  (p.  11,  anno  1-341). 

«  Item,  dominus  Amalvinus  de  Claris  Aquis,  legiim  doctor,  habuit 
»  illis  diebus,  tam  pro  dicto  negocio  principaliter  quam  pro  aliis  causis 
»  dicti  domini  Bertrand!,  pro  toto  anno  revoluto,  pro  pensione  sua, 
»  XX  libras  turonensium  (taxe]  :  Habeat  xvni  solidos  »  (Ibid.). 

«  Item,  dominus  Guillelmus  Tardivi,  legam  doctor,  habuit  pro  patro- 
«  cinio  suo  dicte  cause,  de  quibus  dédit  cartellam  manu  sua,  c  solidos 
«  turonensium.  » 

«  Item,  dominus  Amalvinus  de  Claris  Aquis,  quia  erat  pensiona- 
»  rius,  nichil  habuit  tune  pro  dicta  causa,  sed  pro  toto  anno  predicto 
))  revoluto,  sicut  pro  alio  tune  proxime  preterito,  habuerat  xx  libras  t. 
»  (taxe  d'ensemble)  :  Habeat  pro  domino  Guillelino  et  pro  domino 
»  Almavino,  vni  libras»  (p.  13,  anno  1342). 

«  ...  Et  print  de  son  conseil  en  la  dicte  cause  maistre  Jehan  de 
»  Varelhes  et  maistre  Robert  de  Lapion,  et  paia  à  chascun  x  livres 
»  tournois,  valent  xx  livres  t.  (taxe)  :  Habeat  xvi  livres  parisis  »  (p.  14, 
anno  1343). 

«  Art.  32.  Item,  à  Jehan  Larchonneur,  advocat,  pour  son  salaire 
»  deservi  en  la  dicte  journée  et  pour  la  dicte  cause,  une  maille  d'or  de 
»  Flourence.  —  Art.  33.  Item,  à  Jehan  Dalenville,  pour  son  salaire 
»  deservi  en  la  dicte  journée  et  pour  la  dicte  cause  x  sols  parisis  (taxe 
»  d'ensemble)  :  Habeat  visols  »  (p.  15,  anno  1344). 

«  Art.  37,  38  —  46,  47,  identiques  aux  précédents.  » 

«  Item,  pour  salaire  du  conseil  par  le  temps  dessus  dit,  vn  livres 
(taxe)  :  Habeat  xl  solidos  »  (p.  16,  anno  1345). 

«  ...  Magistro  Jacobo  La  Vache,  x  libras  p.  —  Magistro  Johanno  de 
»  Catalano,  x  libras  p.  —  Magistro  Regnaudo  Dacy,  vi  scutos  (taxe 
))  d'ensemble)  :  Nihil  et  reservatur  in  principaii  »  (p.  17,  anno  1345). 

«  Item,  pro  magistro  Roberto  Le  Goc  qui  causam  litigavit  xxv  libras. 
»  Magistro  Renaudo  d'Acy,  x  libras.  —  Magistro  Johanni  de  Catalano, 
»  X  libras.  —  Magistro  Johanni  d'Lstrées,  x  libras.  —  Magistro  Petro 
»  Raolceti,  c  solidos.  —  Magistro  Johanni  Fortin,  c  solidos  p.  (taxe 
»  d'ensemble)  :  Habeat  xxnn  libras  pro  tercia  ut  supra  »  (Ibid.) 

«  Item,  pro  magistro  Johanni  Denahelis,  advocato  in  dicta  causa, 
»  X  libras  p.  (taxe)  :  Habeat  nichil  quia  non  apparet»  (p.  18,  anno  1346). 

«  Item,  magistio  Draconi  Jordaui,  eciam  advocato  in  dicta  causa, 
»  X  libras  p.  (taxe)  :  Habeat  nichil  quia  non  apparet  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  salaire  maistre  Jehan  Fourcy,  advocat,  pour  le  dit 
»  parlement,  xi  livres  (taxe)  :  Habeat  nn  libras  pro  portione  istorum 
»  complicum  »  (p.  19,  annô  1346.). 

«  Item,  pour  le  salaire  du  dit  maistre  Jehan  Fourcy,  qui  plaidoia  la 
»  dicte  cause  au  dit  parlement,  x  livres  (taxe)  :  Habeat  ini  libras  pro 
»  portione  istorum  complicum  »  (Ibid.). 


57^ 

«  Item,  pour  le  salaire  de  maistre  llegiiauL  d'Acy,  (|ui  plaida  la  dicte 
»  cause,  et  feist  les  dictes  escriptures,  xxiiii  livres  (taxe)  :  Nichil  quia 
»  supra  taxatum  est  protota  causa  »  (p.  20,  anno  134G.).    " 

»  Item,  pour  le  salaire  maislre  Guillaume  de  Savii^ny,  x  livres  (taxe): 
»  Nichil  quia  supra  taxatum  est  pro  tota  causa  «  (Ibid.). 

<<  Item,  pour  le  salaire  de  maistre  Robert  Le  Coc,  (jui  tu  au  conseil 
))  des  diz  hommes  au  dit  parlement,  et  plaida  par  plusieurs  fois  et  jour- 
»  nées,  xn  livres  (taxe)  :  Habeat  nn  libras  »  (p.  22,  anno  1346). 

«  Item,  pour  le  salaire  maistre  Jehan  d'Estrces,  advocat,  et  qui  list 
»  les  articles  en  la  dicte  cause  d'appel,  vui  livres  (taxe)  :  Ilabeat 
»  XL  solidos  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  salaire  maistre  Betremieu  de  Gournay  et  maistre 
))  Raoul  Hacherey,  advocas  du  pais,  qui  furent  au  conseil  des  diz 
»  hommes...  et  furent  plusieurs  plaidoieries,  et  par  plusieurs  journées, 
»  pour  chascun  des  advocas  dessus  diz,  c  sols,  valent  x  livres  (taxe)  : 
»  Habeat  xl  solidos  »  (Ibid.)- 

«  Item,  pour  le  salaire  du  dit  maistre  Robert  Le  Coc,  pour  le  dit  par- 
»  lement,  qui  plaida  la  dicte  cause  et  plusieurs  fois,  xn  livTes  (taxe)  : 
B  Habeat  nn  libras  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  salaire  du  dit  maistre  Jehan  d'Estréos,  advocat  du 
»)  conseil  des  diz  hommes,  vni  livres  (taxe)  :  Habeat  xl  solidos  » 
(Ibid.). 

a  Art.  XII.  Item,  pour  le  salaire  du  conseil  que  li  dis  chevaliers  ot  à 
»  à  la  dicte  journée,  c  sols  (taxe)  :  Habeat  x  solid.  p.  »  (p.  27, 
anno  1354). 

«  Art.  XV.  Item,  ])Our  le  salaire  des  dessus  dis  conseillers  pour  ce 
»  parlement  xxx  livres  (taxe)  :  Habeat  xl  solidos  «  (Ibid.) 

«  Art.  XIX.  Item,  en  ce  parlement  ot  grand  pledoirie;  pour  le 
I)  salaire  du  conseil  du  dit  chevalier  en  ce  parlement  xxx  livres  (taxe)  : 
•)  Habeat  cent  sols  par.  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  salaire  du  conseil  de  la  dicte  dame  pour  ce  parlement, 
»  X  livres  (taxe)  :  Nichil  (p.  28,  anno  1855)  (autre  taxe)  :  Habeat  c  sols 
»  parisis  «  (Ibid.). 

M  Item,  pour  le  salaire  de  deux  advocas,  est  assavoir  M«  Jehan  Mas- 
»  quille  et  Jehan  Barbe,  depuis  l'an  LV  jusques  au  jour  que  la  sentence 
»  lu  donnée,  ou  quel  temps  il  a  ni  ans  ou  environ,  pour  chascun  an  à 
»  chascun  advocat,  vi  livres  parisis,  vallent  xxxvi  livres  jiarisis  (taxe)  : 
»  Habeat  x  libras  parisiensium  »  (p.  31,  anno  1362). 

«  Item,  pour  le  salaire  du  conseil  du  dit  qui  fu  en  parlement  par  avant 
»  l'arrest  prononcé  m  royaux  (taxe)  :  Habeat  xx  solid.  »  (Ibid.) 

«  Pour  le  conseil  du  dit  à  celle  voie  contre  les  dessus  nommez  1  franc 
»  d'or  (taxe)  :  Habeat  xn  soHd.  »  (Ibid.). 

«  Item,  que  sa  cause  a  esté  plaidoiéc,  pour  le  salaire  de  Maistre 
))  Jehan  Rose,  advocat  en  Parlement,    qui  a  esté  de  son  conseil  en  ce 


575 

»  présent  parlement,  plaidié  et  ordené  sesescriptures,  fait  ses  collacions, 
»  VI  frans  (taxe)  :  Habeat  xlviii  solid.  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  salaire  du  conseil  du  dit  demandeur,  c'est  assavoir 
»  Messire  Jehan  des  Mares  et  Jehan  Cannart,  x  frans  (taxe)  :  Habeat 
»  m  frans  »  (p.  32,  anno  1373). 

«  Item,  quant  il  fu  a  Paris  il  se  traist  par  devers  M'^  Jehan  Le  Coq, 
»  advocat  en  Parlement,  pour  advoir  advis  et  conseil,  pour  le  salaire 
»  du  dit  advocat,  n  frans  (taxe)  :  Nichil  quia  infra  >>    (p.  38,  anno  1375). 

«  Item,  que  le  dit  Pierre  retint  de  son  conseil  le  dit  M^-^  Jehan  Le 
»  Coq,  advocat  en  Parlement  ;  pour  lo  salaire  du  dit  advocat,  cent  sols 
»  (taxe)  :  Habeat  xxnn  solid.  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  le  conseil  que  il  retindrent  en  la  dicte  cause,  c'est  assa- 
))  voir  Me  Pierre  de  Fécigny,  M^  Jehan  Le  Coq,  M^  Pierre  de  Tonnerre, 
)>  tant  pour  leur  collation  que  pour  plaider  la  dicte  cause,  nu  livres 
»  parisis  (taxe)  :  Habeant  xxxn  sols  »  (p.  34,  anno  1382). 

11^  Classe. 

«  Pour  le  salaire  du  conseil  du  dit  trésorier,  est  assavoir  M«  G.  de 
«  Dormans,  M*  Régnant  de  Gompiègne  et  M''^  Jehan  de  Bonneilg, 
»  XL  livres  parisis  (taxe)  :  Habeat  xx  libras.  parisiensium  »  (p.  7, 
anno  1345?). 

«  Item,  pour  le  salaire  du  conseil  du  dit  trésorier,  pour  ce  présent 
»  parlement,  xx  livres  (taxe)  :  Nichil  »  (Ibid.). 

«  Item,  pour  maistre  Hugue  Liettait,  advocfit,  pour  estre  de  son  con- 
»  seil,  un  livres  parisis  (taxe)  :  Habeat  xl  solidos  parisiensium  monete 
»  nunc  currentis  »  (p.  8,  anno  1345?). 

«  Item,  retint  le  dit  Jehan  conseil,  c'est  assavoir  M^  Jehan  du  Mont, 
>■>  Me  Régnant  de  Gompiègne,  M^  Henry  Bouic  etM"  Thomas  Garimbaut 
»  et  Gille  Fouace,  qui  fut  procureur  en  la  cause  ;  pour  le  dit  Jehan  du 
»  Mont,  XX  livres  tournois,  et  pour  les  autres  pour  chascun  x  livres  tour- 
))  nois,  et  pour  le  dit  Fouase,  c  sols  parisis  (taxe)  :  Habeat  pro  duobus 
»  advocatis  et  procuratorc  xn  libras  x  solidos  parisiensium  monete 
»  nunc  currentis  »  (p.  9,  anno  1845?). 

«  Art.  LVn.  Item,  pour  M^  Robert  deLappion  etM^e  Jehan  deChaa- 

»  Ions,  qui  furent  advocas  et  retenus  du  conseil  du  dit en  la  cause 

»  d'appel  en  ce  parlement,  xx  livres  p.  (taxe)  :  Habeat  xvi  libras  »  (p. 
11,  anno  1343?). 

«  Art.  XV.  Item,  pour  M"-"  Jehan  d'Ay  et  M^  G"  de  Dormans,  qui 
»  furent  du  conseil  des  ditez  religieusez  ou  dit  parlement,  x  livres 
»  (taxe)  :  Habeat  un  hbras  »  (p.  12,  anno  1347?). 

«  Art.  XXIIU.  Item,  pour  le  conseil  des  dictes  religieuses,  c'est  assa- 
»  voir  M''"  Jehan  de  Dormans  et  M^e  Jehan  d'Ay  pour  ce  présent  parle- 
»  ment,  x  livres  (taxe)  :  Nichil  »  (Ibid,). 

«  Pour  ini  journées,  pour  Jehan  Legris,  advocat,  alant  et  venant  de 


576 

»  Louvicrs  ù  Gisors,  et  domourani,  là;  jiour  chascun  jour,  xxx  sols, 
»  valent  vi  livres  (taxe)  :  Habeat.  —  (Autre  taxe  postérieure)  :  Habeat 
»  xxxii  sols  quiajuravit  »  (p.  15,  anno1347?). 

Ill«  Classe. 

«  ...  Pour  le  saalaire  de  Maistre  Pierre  de  Puiseux,  qui  fu  de  sou 
»  conseil  et  plaida...  x  livres  »  (p.  3,  anno  1349). 

«  Retinrent  de  leur  conseil  Messire  Jehan  des  Mares  et  Maistre  Jehan 
»  d'Ay;  pour  leur  saalaire,  pour  chascun  jour,  xx  livres,  sont 
»  XL  livres  »  (p.  5,  anno  13G8). 

«  ...  La  dicte  cause  fu  plaidée  par  le  dit  Messire  Jehan  des  Marcs 

»  pour  son  salaire,  xxaii  livres  »  (Ibid.). 

«  Pour  le  salaire  des  dis  des  Mares  et  d'Ay  qui  attendirent  que 
»  l'arrest  feust  renduz,  pour  chascun,  x  livres,  sont  xx  livres  »  (Ibid.). 

IV«  Classe. 

«...  Pour  le  conseil  du  dit  Pierre,  c'est  assavoir  les  advocas  dessus 
»  nommez  qui  lurent  à  toutes  les  dictes  journées...  pour  chascun  des  diz 
))  advocaz,  pour  chascune  des  dictes  xvni  journées,  vi  sols,  valent  : 
»  IX  livres  vni  sols  »  (p.  3,  anno  1349?). 

V^  Classe. 

«  ...  Si  qu'il  souffisoit  bien  d'un  advocat,  qui  eust  assez  eu  de  cent 
»  soûls,  ou  de  moins,  et  en  vérité  plus  n'en  eu  il  »    (p.  2,    anno  1343). 

Vie  Classe. 

«  Car  supposé  qu'il  facent  foy  que  les  diz  advocas  furent  à  leur  con- 
»  seil,  si  souflîsoit  il  pour  chascun  xl  ou  l  sûIz  tournois  »  (p.  4, 
anno  1343?). 

«  ...  Si  n'en  deveriez  vous  tauxer  fors  pour  un  advocat,  duquel  le 
»  saalaire  ne  monteroit  pas  à  v  solz  »  (p.  7,  anno  1344?). 

«  Pour  les  despens  des  dis  advocats,  dit  que  vous  n'en  devez  tauxer 
»  pour  le  saalaire  des  dits  advocats,  qui  sont  de  petite  autorité,  pour 
))   chascun  plus  de  v  solz  »  (Ibid.). 

«  ...  dit  qu'il  n'en  devroit  avoir,  mais  tout  comme  len  donne  com- 
»  munément  à  un  advocat,  au  pays  de  là,  pour  une  journée.  Car  len  l'a 
»  communément  pour  v  solz  tournois  »  (p.  8,  anno  1345?) 

«  Item,  à  ce  ([u'il  demande  pour  maistre  Robert  Le  Coq  xxxni  solz 
»  nn  deniers;  dient  qu'il  n'en  doit  riens  avoir;  quar  l'enqueste  fu 
»  receuc  à  Jugier  sans  toute  plaidoerie...  »  (p.  12,  anno  134G?). 

«  Item,  à  ce  qu'il  demande  xxiv  escus  pour  les  salaires  de  Maistres 
«  G«  de  Dormans  et  Régnant...  respondent  qu'il  doit  souffire  pourchas- 
»  cun  des  dis  advocas,  nn  escus  et  se  les  dis  en  ont  eu  plus,  ce  a  esté 


577 

1)  pour  conseiller  sur  la  cause  principal,  laquelle  n'est  mie  encore  déter- 
»  minée  »  (p.  17,  anno  1347?). 

«  Item,  là  où  ils  demandent  x  escus  pour  M^  G^  de  Dormaus,  item, 
»  X  escus  pour  AP  Pierre  Le  Malle^  item,  n  florins  et  xv  sols  pour  les 
»  clercs  des  dis  advocaz,  item,  un  escu  pour  M^e  Régnant  d'Acy,  etc. 
»  —  Respondent  cpie  riens  n'en  doivent  avoir.  Quar,  s'il  baillèrent 
»  leur  argent,  ce  fu  pour  la  cause  d'autres  personnes  »  (p.  28, 
anno  1349  ?j 

«  Item,  ad  ce  qu'il  demande  pour  le  salaire  de  Mestre  Henn^  de  Ville- 
»  croiz,  de  mestre  Jehan  Guérin  et  de  mestre  Pastorel  qui  ont  esté  au 
»  conseil  du  dit  Guiot  en  Ghastelet  et  en  Parlement,  xx  livres,  dient 
»  qu'il  souffit  à  vi  livres  »  (p.  32,  anno  1350?). 

On  voit  que  toutes  ces  indications,  pour  variées  qu'elles 
soient,  ne  fournissent  guères  les  éléments  de  conclusions  géné- 
rales. Le  trait  le  plus  saillant  qu'il  soit  permis  d'en  retenir,  c'est 
la  grande  distinction  des  avocats  de  Paris  et  des  avocats  de 
province,  et  parmi  eux  celle  des  avocats  de  réputation  et  des 
avocats  peu  connus  ;  distinction  qui  se  traduit  par  une  très-forte 
diversité  dans  l'évaluation  de  leurs  services.  Quant  au  cliijEfre 
des  honoraires,  on  constate  assez  aisément  la  divergence  des 
appréciations  de  la  partie  gagnante  et  du  magistrat  taxateur, 
divergence  qui  flotte  le  plus  fi'équemment  entre  la  moitié  et  le 
quart  de  la  somme  en  discussion,  descend  parfois  bien  au-dessous 
de  cette  dernière  estimation,  et  bien  rarement  dépasse  la  pre- 
mière. On  peut  encore  observer  que  les  vacations  admises  en 
taxe  portent  habituellement  sur  le  conseil  des  débuts  de  l'ins- 
tance, et  sur  la.  2^1  ciidoiyie  qui  en  prépare  la  solution;  qu'au 
contraire  les  soins  intermédiaires  de  délibération  ou  d'assistance 
à  l'audience  ne  sont  point  pris  en  très-sérieuse  considération. 
Mais  il  y  aurait  témérité  à  pousser  les  inductions  au-delà  de  ces 
limites  et  à  affirmer  par  exemple  qu'une  affaire  de  telle  nature 
était  productive  de  tels  ou  tels  honoraires. 

Je  ne  veux  pas  quitter  ce  sujet  sans  dire  un  mot  des  secrétaires 
des  avocats,  des  clercs  qu'ils  avaient  à  leur  service.  A  la  vérité, 
nos  fragments  sont  très-sobres  de  renseignements  à  cet  égard. 
Ils  nous  apprennent  du  moins  (et  ce  point  méritait  d'être  mis  en 
lumière)  que  l'emploi  de  ces  utiles  auxiliaires  n'était  pas  contesté 
aux  avocats,  que  le  résultat  de  leurs  travaux  pouvait  même 
entrer  en  taxe.  Les  textes  suivants  en  font  foi  :  «  Item,  pro 
»  scriptura  dictarum  racionum  continenti  xv  notulas  clerico 

38 


578 

»  dicti  magistri  Johannis  (d'Estrées)  ii  florenos  »  (I"  C,  p.  17, 
»  anno  1345).  —  «  Item,  pro  grossando  et  transcribendo  in 
»  pergameno  dictas  raciones,  clericis  magistri  Roberti  Lecoc, 
»  qui  eas,  post  ejus  correccionem  ,  grossaverunt  ii  scutos  » 
(Ibid.)  (taxe  d'ensemble)  :  «  Habeat  pro  istis  articulis  lx  soli- 
■»  dos»  (Ibid.).  —  «Item,  pro  scriptura  dictorum  articulorum 
»  facta  in  papiro  per  clericum  dicti  magistri  Johannis  d'Estrées 
»  XX  solidos  (taxe  d'ensemble)  :  Habeat  un  libràs  »  (Ibid.). 

L'obligation  de  nommer  les  avocats  dans  les  articles  de 
dépens  relatifs  à  leurs  honoraires  m'a  permis  de  dresser  la  Hste 
suivante  des  Maîtres  que  mentionnent  nos  fragments,  depuis 
1329  jusqu'en  1382.  J'ai  fait  précéder  d'un  astérisque  les  noms 
de  ceux  qui  figurent  au  tableau  inséré  dans  le  registre  criminel 
du  Parlement  pour  l'année  1340-1341,  et  publié  par  moi  au 
tome  IV  d(^  la  v«  série  de  la  bibliothèque  de  l'Ecole  des  Chartes 
(p.  120-121). 

4  329 

"  Guillaume  du  Brueil  1<='-G.  p.  1 

Girard  de  Montaigu  l^rC.  p.  1 

4  339-4331 

"Guillaume  Durant  l^rC  p.  4 

Jean  Dol  l'^'^C.  p.  4 

4341 

Jean  de  Vareille?  1"G.  p.  8 

"Robert  Le  Coq  l^-'G.  p.  8 

Regnaud  Filleul  l^-'G.  p.  8 

4344-4343 

*  Pierre  de  La  Foret.  l'''G.  p.  9 

"Dreu  Jourdain  l^'-G.  p.  9 

'  Robert  Le  Goq  1<^''  G.  p.  9 

"  Robert  de  Lapion  4"  G.  p.  9 

"Jacques  La  Vache  l^rc.  p,  9 

4  342 

•Jean  du  Mont  l^-^G.  p.  lU 

Jacques  de  Hiaame  l'^-'G.  p.  10 

Barthélémy  Seguin  l^^C  p.  M 

PontMounier  1"G.  p.  11 

Regnaud  Filleul  1"G.  p.  10 

4  343 

Jean  de  Vareilles  l'-'''C.  p.  14 


579 

'Robert  de  Lapion' 
Thibaut     )  ,    . 

Etienne     j  ^ans  autre  désignation 

1344 

Jean  Larchonneur 

Jean  Dalenville 

Thomas  de  Reims 

Geoffroy  de  Boissy 

^1340 
'Jacques  La  Vache 
*Jeau  de  Chaions 

Regnaud  d'Acy 

Pierre  Mérul 

Bonet  Célier 
'  Jean  d'Estrées 

Pierre  Rousset 

Jean  Fortin 

Guillaume  de  Dormans 
'Regnaud de  Compiègne 

Jean  de  Bonneuil 

Liettait 
'  Jean  du  Mont 
'Regnaud  de  Compiègne 

Henri  Bouic 
'Thomas  Garimbaut 

^346 
'  Robert  de  Lapion 
'Jean  de  Ghalons 

Jean  de  Nohels 

Guillaume  La  Cloque 
'  Dreu  Jourdain 
'Guillaume  de  Dormans 

Jean  Merle 
'Jean  d'Estrées 

Durand  du  Moly 

Pierre  Bourgois 
"Robert  Le  Coq 

^346-1347 

Jean  Fourcy 

Regnaud  d'Acy 


\^G. 

P- 

14 

6e  C. 

P- 

4 

6«  C. 

P- 

4 

lerC. 

P- 

15 

1«^C. 

P- 

15 

2e   C. 

P- 

6 

2e  c. 

P- 

6 

l^rC. 

P- 

17 

le'-G. 

P- 

17 

l^'^C. 

P- 

17 

l^'C. 

P- 

17 

U'-C. 

P- 

17 

le>-C. 

P- 

17 

le^C. 

P- 

17 

le^C. 

P- 

17 

2e  G. 

P- 

7 

2e   C. 

P- 

7 

2e   G. 

P- 

7 

2e   G. 

P- 

8 

2e   c. 

P- 

9 

2e    c. 

P- 

9 

2e   G. 

P- 

9 

2e   C. 

P- 

9 

2e    G. 

P- 

11 

2e   G. 

P- 

11 

JerQ. 

P- 

18 

lerG. 

P- 

18 

1er  G. 

P- 

18 

Ce   G. 

P- 

10 

6e    G. 

P- 

10 

6e   G. 

P- 

12 

6e   G. 

P- 

12 

6e    G. 

P- 

12 

6e    G. 

P- 

12 

lerC. 

P- 

19 

lerC. 

P- 

20 

1.  La  diminution   deuxième  de  la  V^  classe  produit  parmi  ses  moyens  de 
défense  l'argument  que  cet  avocat  étoïï  mort  à  la  date  du  12  avril  1343. 


580 

"Guillaume  de  Savigny  l^'G.  p.  20 

'Regnaud  deCompiègne  l^'G.  p.  20 

Jean  de  Dormaus  2"  G.  p.  12 

Jean  d'Ay  2"  G.  p.  12 

Guillaume  de  Dormans  2«  G.  p.  13 

Nicole  d'Arcis  2^  G.  p.  13 

Jean  des  Mares  2"  G.  p.  13 

Jean  de  Lapion  G*  G.  p.  16 

Guillaume  de  Dormans  6<-'  G.  p.  17 

ilegnaud  (lacune  dans  le  texte)      6'=  G.  p.  17 

^348 

*  Robert  Le  Goc  l-^-^G.  p.  22 

'Jean  d'Estrées  l'-'G.  p.  22 

Jean  d'Ivry  6"  G.  p.  22 

Mathieu  de  Gurme  6^  G.  p.  22 

'I3/.0 

Guillaume  de  Dormans  G^  G.  p,  28 

Pierre  La  Malle  G«  G.  p.  28 

Regnaud  d'Acy  G^  G.  p.  28 

^  349-^350 

Pierre  du  Puiseux  3*=  G.  \>.  3 

1350 

Henri  do,  Villecroix  G«  G.  p.  32 

Mean  Guérin  6«  G.  p.  32 

1 352-1 354 

Jean  des  Mares  l'^'"  G.  p.  27 

Guillaume  de  Dormans  l'^^'G.  p.  27 

Nicole  d'Arcis  1"G.  p.  27 

-1355-4358 

Jean  Masquille  l^-'G.  p.  31 

Jean  Barbe  l^'-'G.  p.  31 

1360 

Jean  Rose  P"-G.  p.  31 

1368 

Jean  des  Mares  3''  G.  p.  5 

Jean  d'Ay  3°  G.  p.  5 

4370-4373 

Pierre  L'Orfèvre  l'^'G.  p.  32 

Jean  des  Mares  l'-'G.  p.  32 

Jean  Gaimart  l-^-G.  i).  32 

1374-1375 

Jean  Le  Goq  l^-'G.  p.  33 


584 

4382 

Pierre  de  Fétigny 

1"C. 

P- 

34 

Jean  Le  Coq 

1"C. 

p. 

34 

Pierre  de  Tonnerre 

1"G. 

P- 

34 

§  6.  —  Des  magistrats  taœateiirs  et  de  leurs  clercs. 

Ce  que  les  documents  rassemblés  par  moi  font  connaître  au 
sujet  des  conseillers  se  réduit,  ou  le  compren4,  à  la  nature  de 
leurs  dispositions  morales  à  l'égard  de  ceux  qui  avaient  à  subir 
leurs  décisions  :  les  parties,  les  procureurs  et  les  avocats.  Entre 
les  prétentions  si  divergentes  de  la  demande  et  de  la  diminution, 
quelle  paraît  avoir  été  leur  attitude?  Naturellement,  elle  ne  se 
montre  pas  uniforme.  Elle  varie  selon  les  caractères,  les  circons- 
tances, et,  sans  doute  aussi,  les  lumières.  Toutefois,  il  faut  en 
convenir,  ce  qui  domine  l'esprit  des  magistrats,  c'est  la  préven- 
tion défavorable,  on  pourrait  dire  la  malveillance,  à  l'endroit  de 
la  demande.  Il  y  a  de  leur  part  un  préjugé  constant,  qui  les  porte 
à  admettre  l'exagération  de  la  demande  et  la  sincérité  de  la 
diminution.  Faut-il  attribuer  ce  résultat  à  cette  faiblesse  innée 
au  cœur  de  l'homme  qui  lui  permet  si  malaisément  de  se  contenir 
dans  les  limites  de  la  droite  raison;  l'inexpérience,  l'ignorance 
de  la  procédure  et  du  tarif,  comme  cela  s'est  vu  de  nos  jours,  y 
ont-elles  aussi  contribué?  c'est  ce  qu'il  n'est  pas  facile  de 
démêler. 

En  effet,  la  rédaction  de  la  taxe,  qui  est  notre  seul  élément 
d'appréciation,  n'est  soumise  à  aucune  règle  fixe.  Qu'elle  consiste 
en  un  rejet  pur  et  simple  de  la  demande,  en  une  diminution 
arbitraire  ou  dans  des  décisions  motivées,  on  ne  voit  pas  bien 
quelle  est  la  base  de  ces  arrêts  sommaires.  A  la  vérité,  dans  un 
très-petit  nombre  de  cas,  le  procureur  de  la  partie  perdante, 
invoque  certaines  ordonnances  (VP  C,  p.  7,  17  et  20  ;  V^  C, 
p.  1),  et  plus  souvent  l'usage  (VP  C,  p.  10  et  12).  Mais  on 
ignore  si  ce  sont  là  les  considérations  qui  ont  déterminé  le  règle- 
ment de  la  taxe,  ou  si  le  taxateur  a  obéi  à  d'autres  mobiles.  A 
coup  sûr,  le  style  de  la  cour  (VP  C,  p.  7,  8,  12,  13  et  32,  Y'^  C, 
p.  4)  est  entré  pour  ime  notable  portion  dans  l'esprit  qui  prési- 
dait au  travail  des  commissaires:  je  ne  pense  pas  qu'il  ait  jamais 
existé  au  xiv''  siècle  une  ou  plusieurs  ordonnances  sur  la  matière, 
correspondant  à  nos   tarifs  modernes  ou   contemporains.    Du 


382 

moins,  j'en  ai  vainement  cherché  la  trace,  je  n'ai  trouvé  aucun 
texte  légishitif  dont  le  commissaire  fût  astreint  à  respecter  les 
dispositions. 

Quoi  qu'il  en  soit,  tout  système  de  taxation  comporte  deux 
ordres  de  procédés,  y  ayant  nécessairement  deux  classes  d'ar- 
ticles. Les  uns  donnent  lieu  à  une  simple  vérification,  les  autres 
exigent  une  évaluation.  A  la  première  de  ces  classes  se  rattache 
par  exemple  le  coût  matériel  de  certains  actes,  celui  qui  provient 
de  la  perception  de  droits  fixes.  Cette  distinction  qui  ^réside  dans 
la  nature  des  choses  ne  pouvait  pas  plus  être  méconnue  au 
xiy"  siècle  que  de  nos  jours.  Et  cependant  il  est  possible  de 
relever  des  cas  où  le  commissaire  réduit  non  pas  seulement  les 
vacations  (journées),  mais  le  prix  même  du  scel  d'une  pièce  de 
procédure  :  «  pro  sigillo  dicte  littere  vn  solidos  vi  denarios 
turon.  (taxe)  :  «  Habeat  im  solidos  »  (IP  C,  p.  1,  anno  1342?)  ; 
et  où  il  refuse  au  procureur  jusqu'aux  déboursés  du  règlement 
de  taxe  (P  C,  p.  2).  En  ce  qui  touche  les  articles,  dont,  en 
l'absence  de  tout  tarif,  le  règlement  est  légalement  arbitraire,  il 
serait  trop  long  de  citer  des  exemples.  L'esprit  qui  y  préside  est 
exactement  résumé  dans  un  axiome  que  je  relève  dans  le  passage 
d'une  défense   :    tous  despens  sunt  à  restraindre^  (V*^  C, 

Ainsi  tendance  à  rejeter  la  demande,  à  la  réduire  dans  des 
proportions  énormes,  taxe  arbitraire  et  non  nécessairement 
motivée,  tels  sont  les  traits  saillants  qu'il  faut  retenir  de  l'exa- 
men de  nos  pièces. 

Pour  nous  éclairer  sur  les  principes  qui  prévalaient  dans  la 
conscience  des  taxateurs,  nous  ne  pouvons  avoir  de  meilleur 
indice  que  le  petit  nombre  de  décisions  dont  il  leur  a  plu  de 
consigner  brièvement  les  mobiles. 

Quelques-unes  de  ces  notes  ne  donnent  lieu  à  aucune  difficulté. 
Les  formules  :  quia  infra;  gwm  ^^^3/ -17  ;  se  comprennent  aisé- 
ment; elles  portent  sur  des  articles  dont  l'objet  est  rejeté  parce 
qu'il  se  retrouve  ailleurs,  plus  haut,  ou  plus  bas  dans  l'état  de 
frais.  Il  faut  en  dire  autant  de  celle-ci,  qui  est  la  plus  fréquente  : 
quia  non  apparet.  Elle  constate  ou  que  l'instrument  dont  le 


1.  Dans  le  même  sens  conter,  les  textes  du  fragment  ^9  de  la  VI*"  classe  ainsi 
conçue:  «  ...  à  demande  de  despens,  ne  fault  point  de  grâce.  »  «  ...  ne  devez 
pas  lauxer  mais  seulement  despens  nécessaires...  »  (anno  13'i9v) 


583 

prix  est  réclamé  ne  figure  pas  au  dossier,  ou  que  la  vacation, 
l'opération  énoncée  ne  s'appuie  sur  aucune  preuve  ou  nécessité. 
Dans  ce  dernier  cas  on  trouve  parfois  la  variante  :  quia  non 
errât  7iecessarium,  ou  celle-ci  :  quia  non  sunt  expense  litis; 
et  dans  le  premier  :  quia  non  docuit.  A  ces  formules  générales 
il  faut  ajouter  les  mots  :  ut  supra,  quia  toxatwn  est  qui  se 
réfèrent  à  des  explications  antérieures. 

Parmi  les  notes  particulières,  je  citerai  les  suivantes  :  agant 
ad  interesse  (2^  C,  p.  1);  quoad  presens  prosequatur  per 
7nodmn  actionis  (P  C,  p.  16)  ;  reservatur  in  principali 
(P  G;  p.  il),  qui  sont  des  fins  de  non-recevoir,  réservant  les 
droits  des  parties.  Il  en  est  encore  une  que  je  dois  signaler  parce 
qu'elle  contribue  à  éclaircir  l'organisation  judiciaire  du  xit""  siè- 
cle. C'est  celle-ci  :  quia  de  familia  (P  C,  p.  4);  qui  doit 
s'entendre  en  ce  sens  que,  le  clerc  employé  par  le  plaideur  faisant 
ordinairement  partie  de  sa  maison,  il  n'y  a  pas  lieu  de  distinguer 
leurs  personnes  et  leurs  actes. 

Il  n'est  pas  rare  que  le  commissaire  disjoigne  ou  rassemble 
certains  articles,  pour  les  admettre  ou  diminuer  en  quelques 
parties  et  les  rejeter  quant  au  reste.  Il  marque  souvent  alors  le 
point  sur  lequel  porte  la  taxe.  Il  écrit  par  exemple  :  pro  senten- 
cia  (F  C,  p.  32),  pro  sigillo  (F  C,  p.  31),  quand  rejetant  la 
vacation,  il  admet  le  coût  de  l'arrêt  et  du  timbre  :  pro  uno 
commissario  (IP  C,  p.  4),  jt^ro  uno  advocato  (I?  C,  p.  9), 
py^o  uno  famido  (P  C,  p.  19),  pro  uno  instrumento  (F  C, 
]).l),  pro  uno  salario  (F  C,  p.  18),  quand  sur  deux  ou  plu- 
sieurs vacations  il  en  adopte  une. 

L'intelligence  de  la  taxe  n'est  ni  aussi  facile  ni  aussi  simple 
lorsqu'elle  est  accompagnée  d'observations  comme  celles-ci  : 
pro  medietate,  pro  média,  pro  ter cia  parte (l^  C,  p.  17,  18). 
La  demande  étant  dans  les  cas  ordinaires  réduite  de  moitié,  d'un 
ou  de  deux  tiers,  on  pourrait  être  tenté  d'entendre  en  ce  sens  les 
notes  du  taxateur.  Mais  le  prix  de  la  demande  ne  concorde 
jamais  avec  la  réduction  sur  la  base  qui  serait  ainsi  Ladiquée. 
C'est  donc  dans  un  autre  ordre  d'idées  qu'il  faut  chercher  l'expli- 
cation des  termes  dont  il  est  question.  Elle  paraît  bien  nous  être 
fournie  par  l'emploi  d'équivalents  moins  limitatifs  que  je  relève 
ailleurs  :  jv^o  rata,  pro  portione  (P  C,  p.  19),  dont  la  signifi- 
cation n'est  point  douteuse.  Il  s'agit  très-certainement  là  de  la 
distribution  en  parts  proportionnelles  de  la  somme  allouée  en 


584 

taxe  entre  les  complices,  les  consors  (comme  disent  nos  pièces), 
les  coplaidants.  L'application  d'un  sens  analogue  aux  expres- 
sions précises  :  pro  média,  2oro  ter cia  parte  est  donc  légitime. 
Le  mérite  en  serait  indiscutable  si  le  nombre  des  coplaidants 
était  clairement  en  rapport  avec  celui  des  parts  adjugées  par  le 
commissaire;  s'il  divisait  par  tiers,  par  moitié,  quand  il  y  a 
trois,  deux  personnes  engagées  dans  la  même  cause.  On  ne  voit 
pas  bien  qu'il  en  soit  toujours  ainsi.  Il  me  semble  toutefois  que 
l'état  de  mutilation  où  nous  sont  parvenus  les  documents,  com- 
porte suffisamment  de  latitude  dans  la  critique  pour  qu'on  ne 
s'arrête  p^s  outre  mesure  à  une  obscurité  que  dissiperait  la 
possession  intégrale  des  pièces  ^ . 

Une  des  tâches  les  plus  délicates  de  la  taxe,  devait  être  l'appré- 
ciation des  monnaies  en  usage.  Comme  les  procès  duraient  fort 
longtemps,  dix,  quinze,  vingt  ans  et  au-delà,  il  y  avait  grande 
apparence  que  dans  l'intervalle  qui  s'était  écoulé,  depuis  les 
débuts  de  l'instance  jusqu'au  moment  où  il  s'agissait  d'en  régler 
les  frais,  le  titre  des  monnaies  s'était  modifié  une  ou  plusieurs 
fois-.  Cette  difficulté,  qui  était  une  des  grandes  entraves  de  la  vie 
sociale  au  xiv"  siècle,  notamment  en  ce  qui  concernait  l'établis- 
sement des  obligations  et  la  liquidation  des  créances,  ne  pouvait 
échapper  à  l'attention  des  commissaires,  quand  même  elle  ne  leur 
aurait  pas  été  signalée  par  les  articles  de  diminution  («...  dient 
»  que  les  despens  furent  faiz  en  temps  de  feble  monnoie  et  à  y 
»  celle  doit  estre  faite  la  taxacion  et  rabatu  après  à  la  value  et 

1.  Depuis  que  j'ai  écrit  ces  lignes,  un  autre  sens,  et  qui  pourrait  jjien  élre  le 
meilleur,  m'est  venu  à  l'esprit.  Je  les  tire  des  pièces  12  et  2G  de  la  Vl*^  classe 
où  l'on  voit  que  le  procureur  de  la  demande  doit  être  au  gré  de  celui  de  la 
diminution,  rabattu  de  plus  de.  la  moitié,  parce  que  les  frais  réclamés  avaient 
été  occasionnés  par  deux  ati'aires  distinctes  que  le  procureur  avait  menées  à  la 
fois,  sans  qu'il  lui  en  eût  coîilé  plus  que  s'il  n'en  avait  dirigé  qu'une.  Dans 
l'espèce  les  mots  pro  portione  signifient  :  pour  la  part  que  représente  la  cause 
par  rapport  aux  autres  causes  soutenues  par  la  partie,  par  le  procureur  ou 
par  l'avocat  dans  le  même  Parlement. 

2.  Confér.  ce  que  dit  à  ce  sujet  M.  deWailly...  «  La  livre  tournois  fut  portée 
»  en  avril  1330  au  taux  de  18  fr.  32  c,  qui  fut  maintenu  jusqu'au  commence- 
»  ment  de  l'année  1337.  La  guerre  avec  l'Angleterre  était  alors  imminente,  et,  à 
»  partir  du  mois  de  février  1337  jus([u'au  mois  de  juillet  1342,  dix  mutations 
»  successives  abaissèrent  la  livre  tournois  de  13  fr.  51  c.  à  4  fr.  7  c.  La  trè\e 
»  conclue  au  mois  de  février  1843  la  lit  remonter  à  6  fr.  32  c,  en  septembre,  et 
»  à  16  fr.  21  c,  vers  la  fin  du  mois  d'octobre  1343,  etc.,  etc.  »  (Mémoire  sur  la 
variation  de  la  livre  tournois,  p.  38). 

y 


585 

»  non  autrement  (VP  C,  p.  1?,  anno  1346?  »)  —  «  Ces  despens 
»  sont  fais  du  temps  que  il  couroit  à  Paris  flebe  monnoie  (VP  G, 
»  p.  17,  anno  1347  ?»  —  «  Se  n'i  cherreit  il  que  deux  soulx  de 
»  la  monnoie  qui  lors  couroit  qui  estoit  feble  (VP  C,  p.  29, 
»  anno  1349?  »)  —  «  Predicta  omnia  fuerunt  impensa  et  soluta 
»  monete  debilis...  »  (VP  C,  p.  13,  anno  1347?)  —  «  Depuis  le 
»  x"  jour  de  janvier  l'an  xlvii  (1348)  que  forte  monnoie  cou- 
»  ru...  »  (V®  C,  p.  3,  anno  1348),  Aussi  les  voit-on  marquer 
à  quel  type  ils  rattachent  leurs  évaluations,  si  c'est  à  celui  de  la 
monnaie  qui  courait  au  moment  de  la  confection  des  actes  du 
procès,  ou  à  celui  des  pièces  en  usage,  au  moment  du  règlement 
de  la  taxe  ;  s'ils  les  ramènent  à  la  faible  ou  à  la  forte  monnaie 
(GP,  p.  6,  7,  26;  G.  IP,  p.  8,9,  16). 

Le  prix  des  articles  dans  la  demande,  est  le  plus  souvent 
exprimé  en  florins,  en  écus,  en  francs  et  en  livres.  Il  y  a  aussi 
des  exemples  de  la  maille  d'or  de  Florence  (P  G,  p.  15),  de  l'écu 
d'or  (PG,  p.  29  et  31),  du  royal  d'or  (PG,  p.  31),  du  franc 
d'or  (Ibid.P  Presque  toujours  le  taxateur  réduit  ces  types  à  celui 
de  la  livre  et  de  ses  subdivisions  :  sous,  deniers,  oboles. 

Il  serait  intéressant  d'examiner  si  les  évaluations  ainsi  établies 
se  rapportent  à  celles  qu'a  recueillies  la  science  historique,  et  en 
quoi  elles  en  diffèrent.  Mais  ce  travail  est  en  général  impossible 
à  exécuter,  parce  que  le  taxateur,  ne  nous  faisant  pas  savoir  de 
combien  il  réduit  ou  il  augmente,  on  ne  peut  pas  comparer  la 
somme  qu'il  accorde  dans  une  monnaie,  à  celle  qu'il  accorderait 
dans  une  autre. 

Le  fragment  six  de  la  première  classe  présente  à  la  vérité  une 
exception  remarquable  à  cette  donnée.  La  taxe  qui  y  figure, 
porte  l'évaluation  de  l'une  et  de  l'autre  monnaie.  On  y  voit  par 
exemple  que  30  sous  de  1355  ou  environ  étaient  regardés 
comme  l'équivalent  de  19  sous  2  deniers  de  la  forte  monnaie  de 
1340.  Toutefois  je  n'insiste  pas  sur  ce  point  qui  m'écarterait  de 
mon  sujet  ^ . 

Quelque  opinion  qu'on  se  forme  des  commissaires,  il  y  en  avait 
certainement    parmi   eux  qui  se  montraient   particulièrement 


1.  Le  fragment  29  de  la  première  classe  donne  aussi  une  évaluation  intéres- 
sante :  une  somme  qui  monte  en  tave  à  250  livres  15  sous  par.  au  mois  d'août 
1354  est  prisée  comme  l'équivalent  de  80  livres  4  sous  6  deniers  du  temps  de 
Philippe  VI, 


586 

attentil's  dans  l'acconiplissement  de  leur  fonction.  Je  citerai 
deux  traits  de  leurs  scrupules  :  Dans  le  fragment  15  de  la 
ir  classe  on  trouve  à  la  suite  de  certains  articles  deux  taxes  , 
l'une  primitive,  l'autre  écrite  par  une  autre  main,  ajoutée  après 
coup,  et  réformant  la  première  (Voir  aussi  le  fragment  17  de  la 
I"  C).  A  la  fln  du  fragment  16  de  la  F  classe,  le  taxateur  em- 
barrassé, pour  toute  une  série  d'articles,  renvoie  à  une  délibéra- 
tion ultérieure  pour  résoudre  la  question.  Habeatur  consilium, 
dit-il,  quia  videtur  quod  non  fuit  condeynpnatus .  Ce  conseil 
qui  devait  évidemment  être  tenu  par  les  magistrats  ayant  parti- 
cipé à  l'arrêt,  et  qui  devait  intervenir  sur  la  constatation  d'un 
fait,  peut  être  regardé  comme  un  spécimen  assez  cui'ieux  d'un 
bien  vieil  usage  :  le  record  de  la  cour  ' . 

Je  terminerai  ce  chapitre  par  la  liste  des  magistrats  commis  à 
la  taxe,  telle  qu'elle  m'est  fournie  par  les  pièces  ou  fragments  de 
la  première  classe.  Sans  doute  ils  étaient  désignés  parmi  les 
conseillers  qui  avaient  pris  part  à  la  confection  de  l'arrêt.  Très- 
probablement  aussi,  ils  étaient  taxateurs  à  tour  de  rôle,  à  cause 
des  épices  et  émoluments  attachés  à  ce  genre  de  travail.  La 
plupart  d'entre  eux  avaient  en  outre  des  clercs  ou  secrétaires 
qui  préparaient  l'expédition  de  la  besogne  par  l'examen  préalable 
des  dossiers  et  avaient  droit  en  conséquence  à  une  vacation 
arbitraire  déterminée  par  la  taxe.  Ces  épices  formaient  l'objet 
de  l'article  final  des  états  de  frais  et  de  diminution  consistant  en 
une  formule  invariablement  conçue  dans  ces  termes,  pour  les 
demandes,  quand  l'acte  était  en  français  :  «  Item,  pour  vous, 
»  nos  seigneurs,  qui  tauxerez  ces  présens  despens  et  pour  vos 
»  clers,  ce  qu'il  vous  plaira  ;  »  et  quand  l'acte  était  en  latin  : 
«  Item  pro  speciebus  dominorum  predictas  expensas  taxancium, 
»  et  pro  labore  eorum  clericorum  ;  »  —  pour  les  diminutions  : 
«  où  il  demande  pour  vous  et  pour  vos  clercs  ce  qu'il  vous 
»  plaira,  haheatis  aussi  ce  qu'il  vous  })laira,  »  ou  :  «  respont  que 
vostre  volonté.  »  (P  G,  p.  2,  9,  23,  26,  27,  28,  29,  30,  31,  32, 
33,  34;  m  C,  p.  12,  V"  G,  p.  I  et  2,  VP  G,  p.  35).  La  taxe 
des  épices  monte  ordinairement  à  20  ou  25  sous.  Il  y  a  des  cas 
où  elle  est  de  10,  35,  50  et  75  sous.  Une  seule  fois,  elle  dépasse 


1.  Sur  le  record  voyez  mon  Essai  svr  lesnlim,  et  dans  le  même  sens  M.  Grun, 
Notice  du  Parlement,  p.  101,  dans  le  sens  contraire  M.  Beugnol  ou  plutôt 
M.  Uessalles  (Olim,  notes  passini). 


587 

de  beaucoup  ces  sommes  et  atteint  le  chiffre  de  dix  livres  (P  C, 
p.  23). 

Voici  les  noms  des  taxateurs  que  j'ai  pu  recueillir  : 

Ferry  Briant  i     . .        „ 

Jacques  de  Musy  i 

^350 

Guillaume  Lebescot  1     ..       ^^ 

rp,  ^.     .  }  pièce  23 

J  homas  V  avin  3 

^35^ 

Louis  Guette  )     ■ .         , 

Denis  Tite  !  P^^""  ^ 
Jean  de  Rouen,  doyen  de  Noyon  |  ■■  c,n 
Guillaume  d'Ambreville,  chevalier    j 

^354 

Robert  d'Outreleau  I     •  ■       on 

Thomas  Vavin  j  ^ 

1 353 

Dreux  de  Recourt  )     •  •       oq 

Adam  Chanteprime  ) 
Pierre  d'Orwmont  pièce  30 

1362 

Jean  de  Huban  \ 

Guillaume  Fouace  j   P      ^ 

Arnould  le  Flamand  \      •      q9 

Gautier  Vivian  j  ^ 

1375 
Pierre  Hure 
Louis  Paste 
Aubry  de  Trie  pièce  33 

4382 


I  pièce  33 


Pierre  Fresnel 
Jean  Crecrv 


I  pièce  34 

§  7.  —  Des  Commissaires  et  des  Témoins. 

Avant  de  quitter  la  matière  relative  aux  magistrats,  il  faut 
que  j'aborde  encore,  mais  pour  l'effleurer  seulement,  un  sujet 
qui  s'y  rapporte  et  sur  lequel  mes  fragments  jettent  certaine 
lumière.  Je  veux  parler  des  enquêtes  et  des  commissaires  chargés 


588 

de  les  conduire.  Assez  ft^équeniment  ces  commissaires  étaient  des 
conseillers  délégués  par  le  Parlement;  mais  aussi,  et  plus  souvent, 
des  officiers  d'ordre  inférieur.  C'est  ce  qui  résulte  des  extraits 
suivants  :  <.v  . . .  à  ce  que  il  demande  pour  les  gaiges  du  dit  com- 
»  missaire  xx  sols,  doceat.  C^uar  il  vint  aus  despens  du  prieur 
»  qui  le  paia  du  tout...  car  le  commissaire  n'est  pas  homme  de 
»  tel  estât  que  doie  penre  telz  gaiges...  »  fVP  G,  p.  30,  an- 
no  1352?)  —  «...  Ad  ce  que  il  demande  xxx  livres  de  vi  jour- 
»  nées,  respont  que  il  n'y  est  tenus  ;  si  ne  prennent  les  commis- 
»  saires  du  pais  de  là  si  grans  gaiges,  ne  aussi  ne  font  nos 
»  seigneurs  du  Parlement  »  (V«  G,  p.  2,  anno  1343?)  —  «...  ad 
»  hoc  quod  dicit  pro  salariis  dominorum  commissariorum  solvit 
»  centum  libras  turonensium,  responcUt  quod  dicti  commissarii 
»  non  tantum  habuerunt...  »  (VF  G,  p,  P,  anno  1337?) — 
«  ...  Ce  seroit  grant  grief  à  partie  de  paier  aus  diz  commissaires 
»  et  à  leurs  clercs  leur  salaire  d'une  part  qui  est  moult  grant  et 
»  leurs  escriptures  d'autre...  »  (\T  G,  p.  21,  anno  1349?).  Il 
ne  faut  donc  pas  croire,  quand  il  est  question  dans  les  textes  de 
commissaires,  qu'il  s'agisse  nécessairement  de  conseillers  à  la 
Cour,  et  l'auteur  d'un  livre  (recommandable  d'ailleurs  à  plus 
d'un  titre)  sur  les  origines  des  Procureurs,  ne  trace  point  un 
tableau  exact,  quand  il  nous  représente  le  Parlement  :  «  ayant 
»  à  peine  assez  de  ses  trois  mois  de  vacances,  pour  les  voyages 
»  de  ses  commissaires  ;  les  avocats  et  les  praticiens  courant  de 
»  Paris  à  la  suite  de  la  magistrature  dans  ses  excursions  ' .  » 
Les  ordonnances  ne  sont  pas  toujours  un  guide  sûr  dans  ces 
matières  délicates,  et  Tautorité  de  Monteil-  ne  le  rend  pas 
meilleur.  Dans  les  enquêtes,  en  effet,  il  n'était  nul  besoin  de 
l'intervention  des  procureurs,  surtout  de  procureurs  de  Paris;  la 
partie  elle-même  pouvait  se  dispenser  d'y  prendre  part  «  ...  il 
»  n'estoit  pas  de  nécessité  que  ily  fusten  personne.  Un  povre  clerc 
»  eust  bien  sceu  administrer  ses  tesmoins  à  ses  commissaires,  » 
»  CL  mieulz..,  »  (VF G,  p.  36,  anno  1352?) 

Comme  les  passages  qui  concernent  les  témoins  ont  parfois  de 
l'intérêt,  j'en  dirai  également  un  mot.  .Je  remarque  d'abord  que 
(semblables  eu  cela  aux  procureurs,  aux  sergents,  aux  avocats), 
ils  étaient  rémunérés  plus  ou  moins  chèrement  selon  les  lieux. 


1.  M.  Charles  Bataillard,  y.  261-263. 

2.  Voir  Bataillard  loco  citalo. 


589 

«  ...  A  ce  que  il  demande  pour  faire  adjourner  ses  tesmoins, 
»  XLVI  solz,  dient  que  vous  ne  l'y  devez  que,  pour  chascun  tes- 
»  moin,  II  deniers  ;  quar  plus  ne  paye  on  la  dicte  ville  »  (VP  C, 
p.  12,  anno  1346?).  La  qualité  des  témoins  influait  sur  la  quotité 
de  leurs  honoraires  :  «  Pour  xxv  tesmoings  qui  furent  adjournez 
»  comparurent  à  Compiègne,  c'est  assavoir...  tous  gens  de  poste, 
»  pour  chascun  tesmoing,  pour  ses  despens  et  journées,  le  jour 
»  III  solz,  valent  li  solz  »  (IIP  C,  p.  4,  art.  24,  anno  1352).  — 
«  Item  pour  Messire  Jehan  Lenain,  prebstre,  et  Jehan  Hanique, 
»  escuier,  hommes  de  cheval,  pour  chascun,  pour  ses  despens  et 
»  journées  viii  solz  valent  xvi  solz  »  (Ibid.,  art.  25)  ;  «  ...  furent 
»  oy s  et  examinez...  prebstre,  homme  de  cheval,  et...  hommes 
»  de  poste  »  ;  «  pour  l'homme  de  cheval  pour  chascun  jour 
»  X  solz,  et  pour  les  hommes  de  poste,  pour  chascun  jour 
«  VI  solz...  »  (Ibid.,  art.  31). 

Enfin  on  prenait  dans  certaines  circonstances  les  témoins  parmi 
les  trois  classes  de  la  société  :  «...  Le  m*^  jour  du  dit  mois  furent 
»  examinés  m  tesmoins,  un  chevalier,  un  moinne  et  un  bourgois, 
»  pour  leurs  despens  xxv  sols  (taxe)  :  Habeat  xiiii  solides  » 
(P  C,  p.  16,  anno  1345). 

Une  dernière  observation  m'est  fournie  par  le  fragment  10  de 
la  IP  classe,  c'est  que  la  partie  ne  pouvait  obtenir  un  arrêt, 
quand  le  président  qui  avait  pris  part  à  l'élaboration  du  dit  arrêt 
se  trouvait  empêché  de  remonter  sur  son  siège  :  «...  monstra 
»  comme  son  arrest  ne  povoit  estre  exécuté  pour  les  empèche- 
»  mens  du  dit  chevalier;  et,  avant  que  le  dit  arrest  fust  corrigié, 
»  pour  ce  que  Monseigneur  Simon  de  Bucy,  qui  le  prononça,  fu 
»  malades,  parlement  faillit. . .  »  (anno  1353). 


IIII. 

Les  textes  qui  ne  se  rapportent  pas  aux  états  de  frais  ont 
trait  à  des  matières  trop  variées  pour  qu'il  soit  possible  de  les 
classer  dans  un  ordre  méthodique.  Ce  sont  notamment  des  frag- 
ments de  conclusions  ou  requêtes  d'audience,  d'informations 
criminelles.  On  y  remarque  un  procès-verbal  d'exécution  d'ac- 
cord, une  demande  en  délivrance  de  succession,  une  acceptation 
de  legs,  des  inventaires  et  estimations  de  meubles  meublants  et 
de  livres,   trois  fragments  de  comptes  d'un  payeur  du  trésor 


590 

royal.  J'y  ai  joint  certains  accords  qui,  intervenant  à  l'occasion 
de  faits  délictueux  ou  fondés  sur  des  lettres  de  rémission,  pré- 
sentent un  caractère  particulier.  Ce  serait  sortir  trop  visible- 
ment de  mon  sujet  que  de  parler  ici  de  ces  différents  actes.  J'ai 
pensé  au  contraire  que  la  publication  des  pièces  qu'on  va  lire 
était  le  complément  naturel  de  mon  travail,  soit  qu'elles  témoi- 
gnent de  la  longueur  et  de  la  cherté  des  procès,  soit  qu'elles 
attestent  les  mœurs  de  la  vie  judiciaire  d'une  façon  nette  et  sen- 
sible. En  effet,  ce  sont  ou  des  lettres  d'affaires  auxquelles  leur 
date  recidée  dans  un  siècle  qui  en  fournit  peu  de  cette  nature 
suffirait  à  donner  du  prix,  ou  des  requêtes  qui  l'ont  pénétrer  dans 
les  usages  quotidiens  du  palais,  soupçonnés  plutôt  que  véritable- 
ment connus  des  jurisconsultes  érudits.  Je  donne  ces  lettres  ou 
ces  requêtes  d'après  la  date  des  documents  auxquels  elles  ont 
servi  de  matière  à  écrire  :  leur  petit  nombre  ne  permettait  pas 
de  les  grouper  d'après  leur  objet  essentiellement  variable.  Je 
rappelle  seulement  qu'il  est  légitime  de  prendre  pour  base  de  leur 
date  véritable  (quand  elle  fait  défaut)  une  différence  de  20  à  30 
ans  —  soit  25  ans  —  entre  elle  et  celle  dont  l'instrument  ulté- 
rieur porte  la  mention. 

Les  pièces  dont  il  s'agit  sont  au  nombre  de  quatorze.  Je  les 
passerai  rapidement  en  revue. 

Le  numéro  I,  qui  se  présente  au  dos  d'un  accord  du  4  août  1371 
(soit  1346),  est  une  requête  de  Guillaume  Presteval,  chevalier, 
à  fin  d'élargissement  provisoire.  Les  motifs  allégués  par  le 
requérant  (faire  la  moisson),  à  l'appui  de  sa  demande,  en  forment 
le  principal  intérêt.  Les  registres  du  Parlement  ne  m'ont  fourni 
aucun  renseignement  sur  les  origines  ou  la  suite  de  ce  procès. 

Le  numéro  II,  dont  le  recto  donne  aujourd'lmi  un  accord  passé 
entre  Jeanne  de  Dampierre,  dame  deMareuil,  et  Othond'ArguUey, 
chevalier,  sous  la  date  du  30  mars  1372  (soit  1347),  est  une  lettre 
d'affaires.  C'est  un  spécimen  qui  me  paraît  curieux  des  écrits  de 
cette  nature.  Il  n'est  pas  signé,  mais  le  nom  du  destinataire 
y  est  marqué,  avec  celui  de  plusieurs  autres  personnes. 

Le  numéro  III  figure  derrière  un  accord  du  10  juin  1376  (soit 
1351).  C'est  une  requête  (rédigée  probablement  par  un  procu- 
reur) adressée  au  Parlement  par  Pernelle  Serins,  à  l'effet  d'ob- 
tenir des  requêtes  de  l'hôtel  la  délivrance  de  la  procédure  ajant 
servi  de  base  à  un  jugement  rendu  par  les  dites  requêtes  et  dont 
la   dite  Periiêlle  est  appelante.  L'intérêt  de  cette  pièce  réside 


o9l 

dans  l'imputation   de  mauvaise  volonté  dirigée  publiquement 
contre  une  juridiction  d'ordre  supérieur  et  dans  la  mention  du 
renvoi  de  la  pièce  à  cette  juridiction  ordonné  par  le  Parle-' 
ment. 

Sous  le  numéro  IV,  et  derrière  un  accord  du  13  novembre  1378 
(soit  1353),  je  signale  un  des  documents  les  plus  importants  de 
la  série.  C'est  une  recommandation  du  sire  de  Coucy  S  signée  et 
scellée  de  lui,  à  ses  très  chers  seigneurs  et  grands  mnis,  les 
seigneurs  du  Parlement,  en  faveur  de  Jean  de  Buisy,  un  de 
ses  amis,  à  l'effet  de  presser  l'expédition  de  deux  procès  pendants 
devant  la  Cour.  J'ai  d'ailleurs  vainement  cherché  la  trace  des 
instances  dont  il  s'agit  dans  les  registres  du  Parlement. 

L'acte  auquel  j'assigne  le  numéro  V  et  qui  se  trouve  au  verso 
d'un  accord  de  1380  (soit  1355),  n'est  qu'un  fragment  mutilé  ; 
mais  il  a  une  importance  véritable  au  point  de  vue  des  institu- 
tions judiciaires  du  xiv*^  siècle.  C'est  une  requête  à  fin  d'abré- 
viation de  délais.  La  partie  au  nom  de  qui  elle  est  dressée, 
Laurence  Boulue,  se  déclare  une  pauvre  femme,  sans  ressources, 
en  proie  aux  artifices  de  ses  adversaires.  Une  phrase  de  sa 
requête  en  fait  le  prix.  Elle  rappelle  qu'en  raison  de  sa  situation 
la  Cour  a  commis  2^our  plaider  sa  cause  M^  Jean  de  Lagny, 
M"  Jean  de  Neuilly,  arjocats,  et  M^  Laurent...  procureur 
au  Parlement.  Dans  un  passage  de  son  Alfonse  (p.  357  et 
notes),  M.  Boutaric,  s'appuyant  sur  un  règlement  (que  je  crois 
de  1255  ou  environ),  a  bien  dit  :  «  Voilà  donc  l'assistance  judi- 
ciaire dont  nous  tirons  vanité  comme  d'une  institution  d'hier, 
établie  au  milieu  du  xiu*^  siècle!  »  Cette  conclusion  m'avaif,  je 
l'avoue,  laissé  quelque  peu  incrédule.  En  effet,  les  assertions 
tirées  des  documents  législatifs  du  moyen-àge  sont  assez  ordinai- 
rement démenties  par  les  faits,  et  il  est  nécessaire  de  les  contrôler 
par  l'examen  d'autres  textes  pour  savoir  si  les  prescriptions  des 
ordonnances  sont  entrées  sérieusement  dans  la  pratique  admi- 
nistrative ou  judiciaire.  C'est  même  pour  s'en  être  tenus  à  un 
seul  ordre  de  preuves  que  les  érudits,  depuis  le  xvf  siècle  jus- 
qu'au nôtre,  se  sont  livrés  à  tant  de  théories  contradictoires, 
vacillantes  et  erronées.   La  requête  de  Laurence  Boulue,  bien 


1.  Enguerrand  VII,  lils  d'Enguenand  VI  et  de  Catherine  d'Autriche,  orphe- 
lin depuis  1344,  qui  fut  bouteillier  de  France,  servit  d'otage  pour  le  roi  Jean  et 
mourut  à  Burse  ou  Brousse  (Asie  Mineure)  en  1397. 


592 

que  postérieure  d'un  siècle  au  règlement  d'Alfonse,  indique  que 
cette  instruction  a  pu  n'être  pas,  comme  tant  d'autres,  la  simple 
expression  d'une  bonne  velléité  ;  elle  nous  montre  l'assistance 
judiciaire  organisée  devant  le  Parlement  au  xiv"  siècle,  dans 
toutes  ses  parties,  au  moyen  de  l'intervention  directe  de  la  cour 
et  de  la  désignation  par  elle  d'avocats  (l'un  d'eux,  au  moins, 
Jean  de  Neuilly,  fut  célèbre  en  son  temps)  et  de  procureurs 
d'office.  Elle  nous  la  fait  voir  fonctionnant  déjà  comme  de  nos 
jours,  avec  les  défauts  inhérents  à  la  nature  humaine,  et  sans 
zèle  marqué  de  la  part  de  personnes  peu  ou  nullement  intéres- 
sées à  en  favoriser  les  progrès.  Peut-être  l'étude  attentive  des 
actes  émanés  du  Parlement  fera- 1- elle  connaître  des  textes 
analogues  à  celui-ci.  Cela  est  douteux,  parce  qu'il  n'était  pas 
utile  d'énoncer  dans  les  qualités  de  l'arrêt  (rédigées  au  nom  des 
parties  seules)  des  mentions  de  cette  nature.  Je  puis  même  affir- 
mer qu'il  n'y  en  a  trace  qu'ime  fois  ^  dans  les  registres  du 
eon5(?27  jusqu'aux  premières  années  du  règne  de  Charles  VIII. 
M.  Bou tarie  n'en  a  nulle  part  rencontré  dans  son  travail  d'in- 
ventaire des  actes  de  la  Cour  qui  s'arrête  à  Tannée  1328.  Mais, 
et  quoiqu'il  advienne,  des  termes  de  la  présente  pièce  ~  résulte 
avec  évidence  la  réahtê  historique  d'une  institution  qu'un  règle- 
ment ^  serait  insuffisant  à  faire  accepter  d'une  critique  sévère. 

Derrière  un  accord  du  23  février  1385  (soit  1360)  se  trouve 
une  requête   à  fin  de  prononciation  d'arrêt.    Cette   requête  à 


1.  Sous  la  date  du  23  juin  138G  (reg.  6,  p.  215).  La  cour  arrtHe  qu'il  sera 
mandé  au  bailli  de  Chaurnonl  el  au  procureur  du  roi  près  le  dit  siège  de  pour- 
suivre rjratis  pro  Deo,  à  cause  de  la  pauvreté  d'une  des  parties,  une  enquête 
ouverte  entre  Mathieu  Chauflant  et  Pierre  Villenou  prêtre.  Seul,  cet  indice  ne 
serait  pas,  on  le  voit,  un  argument  décisif  en  la  matière.  U  n'est  question  dans 
l'espèce  ni  d'avocats,  ni  de  procureurs,  plaidant  ou  occupant  sans  honoraires. 

2.  On  peut  encore  rapprocher  de  ce  texte,  mais  sous  bénéfice  des  réserves 
énoncées  dans  la  note  précédente,  le  passage  suivant  du  fragment  31  de  la 
VP  classe  :  «  Et  ont  tant  crié  et  bret  en  Parlement  que  par  leur  povrefë  la  court 
»  leur  a  oltroié  adjournement  aux  jours  de  Chartres  »  (1350?). 

3.  J'applique  ces  réserves  mêmes  à  l'article  6  de  l'ordonnance  du  IC  dé- 
cembre 13Gi  enjoignant  aux  avocats  de  prêter  (jratuitemcnt  leur  concours  aux 
plaideurs  pauvres.  Dans  tous  les  cas  cette  disposition  conçue  en  termes  géné- 
raux et  fort  distincts  des  règles  de  l'assistance  judiciaire  est  certainement 
postérieure  à  la  pièce  cotée  ici  sous  le  imméro  V.  Elle  ne  vise  d'ailleurs  que 
la  juridiction  des  requêtes  du  Palais,  et  ne  parle  pas  de  la  gratuité  des  fondions 
des  conseillers. 


593 

laquelle  je  donne  le  numéro  YI  est  fondée  sur  les  grands  frais 
qu'occasionne  un  séjour  prolongé  à  Paris. 

Le  numéro  VII  se  joint  à  un  accord  du  24  février  1372.  Il 
porte  la  date  du  18  du  même  mois.  C'est  une  lettre  de  Thomas 
Bochart,  receveur  des  amendes  du  Parlement,  signée  et  scellée 
de  lui,  au  Procureur  du  Roi,  contenant  l'avis  du  paiement  effec- 
tué entre  ses  mains  de  l'amende  encourue  par  Jean  de  Beaulieu, 
bourgeois  d'Auxerre ,  pour  avoir  délaissé  un  appel.  Bochart 
n'exerçait  plus  les  fonctions  de  receveur,  ainsi  que  cela  résulte 
de  l'expression  j  «6^2:5,  placée  devant  ses  qualités  dans  l'acte  joint 
à  sa  lettre. 

Le  numéro  VIII  est  une  cédule  du  2  mai  1373  constatant  la 
remise  d'une  obligation  de  1892  francs,  remise  consentie  par 
Jean  Carré  à  Henri  Orient  son  débiteur.  Cette  délivrance  est  le 
résultat  d'une  transaction  passée  devant  le  Parlement  et  la 
cédule ,  sorte  de  fiche  de  déplacement ,  véritable  décharge, 
montre  bien  que  les  pièces  produites  au  procès  étaient  conservées 
au  greffe. 

Le  numéro  IX  est  une  lettre  de  Thomas  Petit,  procureur, 
scellée  de  lui,  à  Jean  Segart,  son  confrère,  contenant  avis  d'un 
consentement  de  transaction,  sous  la  date  du  15  mars  1375.  Cet 
avis,  auquel  est  joint  le  projet  d'accord,  est  remarquable  par  la 
mention  qu'il  renferme  de  l'intervention  du  Procureur  du  Roi 
dans  cette  classe  d'actes.  On  y  voit  aussi  que  le  consentement 
était  (de  procureur  à  procureur)  ordinau^ement  verbal  :  l'envoi 
de  la  lettre  dont  U  s'agit  a  pour  cause  Téloignement  et  la 
maladie. 

Le  numéro  X,  qui  est  un  accord  du  12  août  1382,  enregistré 
par  le  greffier  Jouvence,  ne  serait  pas  de  nature  à  figurer  ici, 
n'était  le  motif  allégué  par  Tune  des  parties  pour  transiger,  et 
qu'il  ne  me  paraît  pas  légitime  de  reléguer  au  rang  des  argu- 
ments de  style.  Ce  motif  est  la  pauvreté  qui  ne  permettait  point 
au  plaideur  de  poursuivre  son  enquête. 

Sous  la  date  du  15  juin  1386,  et  joint  à  un  accord  du  25  du 
même  mois,  je  place  le  numéro  XL  C'est  une  lettre  adressée  à 
un  procureur,  Jean  Neel,  par  son  client,  Girard  Couronnel, 
signée  et  scellée  de  lui,  par  laquelle  il  l'autorise  à  passer  une 
transaction  dont  il  lui  transmet  la  teneur. 

Le  numéro  XII  est  encore  un  ordre  d'accord.  Envoyée  au 
procureur  Jean  Queniot  par  la  dame  de  Janville  et  de  Maisey, 

39 


394 

veuve  (le  Bethon  de  Martignac,  chevalier,  cette  lettre  a  pour 
comi^lément  le  texte  de  la  transaction,  avec  les  mentions  d'usage 
et  la  date  du  15  juin  1389. 

Je  publie  le  numéro  XIII  qui  est  une  requête  jointe  à  un 
accord  entre  les  habitants  de  Bray  et  le  seigneur  d'Offemont,  en 
date  du  19  janvier  1396,  parce  que,  comme  le  numéro  IX,  cette 
pièce  prouve  que  le  texte  de  la  transaction  était  communiqué  au 
Procureur  du  Roi. 

Enfin  le  numéro  XIV  et  dernier  est,  comme  les  numéros  XI 
et  XII,  une  lettre  missive  adressée  par  un  client  à  son  procureur 
pour  l'inviter  à  passer  une  transaction  dont  il  lui  indique  l'objet. 
Cette' lettre  est  jointe  à  un  accord  entre  Hugue  Blancliet,  cha- 
noine de  Paris,  et  Jehan  de  Verbouz,  conseiller  au  Parlement, 
qui  se  contestaient  l'archidiaconé  de  Sens,  en  date,  le  dit  accord, 
du  13  février  1396.  Les  termes  dans  lesquels  le  correspondant, 
Verbouz,  magistrat  de  la  Cour,  recommande  ses  intérêts  à 
Surreau ,  son  procureur ,  m'ont  paru  remarquables.  Ce  sont 
ceux  d'une  sorte  de  déférence  et  de  la  plus  vive  amitié. 

Henri  Lot  * . 


1.  Les  pièces  justificatives  seront  publiées   dans  un  prochain  cahier  de    la 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes. 


K — ■<_S«2_ 


LETTRE    INEDITE 

D'INNOCENT    III 

DU  12  MAI  1200. 


L'histoire  de  la  Bretagne  présente  au  lecteur  attentif  plus  d'un 
problème  que  l'ensemble  des  documents  publiés  jusqu'à  ce  jour 
ne  lui  permet  pas  de  résoudre,  malgré  l'abondance  des  textes 
publiés  par  Dom  Morice  et  Dom  Taillandier. 

Parmi  ces  questions  controversées,  il  en  est  une  qui  mit  en  jeu 
pendant  plusieurs  siècles  tout  à  la  fois  les  intérêts  religieux  et 
politiques  de  cette  province,  et  vint  se  terminer  au  moment  où, 
ébranlée  par  les  convoitises  des  rois  de  France  et  d'Angleterre, 
la  nationalité  bretonne  reçut  les  plus  graves  atteintes.  Je  veux 
parler  de  la  lutte  des  métropoles  de  Dol  et  de  Tours,  question, 
comme  je  l'ai  dit,  autant  politique  que  religieuse. 

Je  n'entreprendrai  point  aujourd'hui  de  décrire  les  différentes 
phases  de  cette  célèbre  querelle.  Ce  travail  a  été  fait  par  notre 
confrère,  M.  Anatole  de  Barthélémy  ^  Ses  recherches  l'ont 
amené  à  présenter  sous  son  vrai  jour  le  but  que  se  proposait 
Noménoë  en  établissant  la  prépondérance  de  l'église  de  Dol  sur 
les  autres  évêchés  de  Bretagne,  et  les  raisons  qui  engagèrent  ses 
successeurs  à  défendre  l'œuvre  du  roi  breton,  à  savoir  :  sauve- 
garder d'une  manière  assez  durable  l'indépendance  de  la  pro- 
vince. Je  constaterai  seidement  qu'au  début  de  cet  article  M.  de 
Barthélémy  regrette  d'avoir  vu  ses  recherches,  faites  jusque  dans 
les  archives  du  Vatican  pour  éclairer  un  point  si  important  de 
notre  histoire,  rester  sans  résultat. 

Une  circonstance  imprévue  m'a  fait  découvrir  un  texte  qui 

1.  Mélanges  historiques  et  archéologiques  sur  la  Bretagne,  IIP  fascicule, 
p.  82  ol  suiv.  Paris,  librairie  archéologique  de  V.  Didron,  1858. 


596 

jeLte,  si  je  no  me  trompe,  beaucoup  de  lumière  sur  les  derniers 
moments  de  cette  lutte  acharnée.  Je  serais  trop  heureux  si  je 
pouvais  confirmer,  en  discutant  cette  pièce,  les  conclusions  de 
M.  de  Barthélémy  et  profiter  de  cette  occasion  pour  le  remer- 
cier de  tant  d'avis  éclairés  qu'd  a  bien  voulu  me  donner. 

Tous  les  historiens  afiîrment  qu'après  la  bulle  publiée  par 
Innocent  III,  le  l^""  juin  1199,  pour  soumettre  à  la  juridiction  de 
la  métropole  de  Tours  l'évêclié  de  Dol,  la  soumission  des  Bretons 
fut  complète,  et  que  le  Souverain  Pontife  eut  la  joie  de  voir  se 
terminer  ainsi  en  quelques  jours  une  contestation  qui  durait 
depuis  trois  cent  cinquante  ans^  II  serait  mieux  de  reconnaître, 
avec  M.  de  Barthélémy,  que  la  bulle  du  pape  ne  laissait  subsister 
aucun  prétexte  à  de  nouvelles  réclamations  officielles,  à  une  nou- 
velle instruction  de  la  cause,  et  que,  le  17  décembre  1201,  deux 
ans  et  demi  après  la  notification  de  la  sentence  pontificale,  le 
duc  Arthur,  ayant  consulté  les  barons,  les  évêques  de  Bennes, 
Nantes,  Saint-Malo,  Vannes  et  Quimper,  s'engageait  à  faire 
exécuter  les  ordres  du  pape,  et  que,  depuis  ce  temps,  le  siège  de 
Dol  ne  fut  plus  que  le  premier  des  évêchés  bretons-. 

Que  se  passa-t-il  du  1*^''  juin  1199  au  17  décembre  1201? 
Telle  est  la  question  que  je  me  propose  d'étudier  en  pl^bliant  une 
lettre  inédite  d'Innocent  III,  que  je  trouvai,  il  y  a  quelques 
années,  dans  le  fonds  du  Chapitre  de  Vannes. 

Mais,  avant  d'entrer  en  matière,  je  crois  devoir  donner  le 
texte  de  cet  acte  important. 

Innocentius  episcopus,  servus  servorum  Dei,  venerabilibus  fra- 
tribus  episcopis  per  Brittaniam  constitutis,  salutem  et  apostollcam 
benedictionem.  Jam  pridem  a  quibusdam  intelleximus  dubitari 
utrum,  durante  sententia  interdicti  in  totam  Brittanniara,  de  man- 
date apostolico  proraulgata,  clericis  vel  laicis  dandum  sit  viaticum  in 
extremis,  unctio  impendenda  et  cum  aliis  sacramentis  indulgenda 
sit  deccdentibus  sepultura;  utrum  etiam  in  conventualibus  ecclesiis, 
demissa  voce,  januis  clausls,  interdictis  exclusis,  divina  possint 
officia  celebrari?  Simililer  an  suscipientibus  sîgnum  crucis  et  sanc- 
torum  limina  visitantibus  sit  penitentia  injungenda?  Nos  ergo  ambi- 
guitatem  hujusmodi  de  dubitantium  volantes  cordibus  amputare,  in 

1.  Mgr  Jager,  Histoire  de  l'Eglise  catholique  en  France,  t.  VIII,  p.  4UG. 

2.  Mélanges  hist.  et  arch.  sur  la  Bret.,  etc.,  p.  106. 


597 

illo  verbo  per  quod  penitentiam  morientibusnon  negamiis,  viaticum 
etiam  quod  vere  penitentibus  exhibelur  intelligi  volumus,  ut  nec 
ipsum  etiam  decedentibus  denegetur;  licet  autem  per  générale 
interdictum  denegetur  omnibus  lam  uncio  quam  ecclesiastica  sepul- 
tura,  concedimus  tamen,  ex  gracia,  ut  clerici  decedentes,  qui  tamen 
servaverunt  interdictum,  sine  campanarum  pulsatione,  in  cimiterio 
ecclesie,  cessantibus  omnibus  sollempnitatibus,  cum  silentio  tumu- 
lentur,  et  in  conventuallbus  ecclesiis  duo  vel  très  simul  horas  cano- 
nicas  valeant  légère  potiusquam  cantare,  januis  clausis,  interdictis 
exclusis,  et  voce  ita  demissa  quod  exterius  non  possint  audiri,  cum 
et  regularibus,  secundum  privilégia  sedis  apostolice,  sit  indultum 
ut,  cum  générale  interdictum  terre  fuerit,  liceat  eis,  januis  clausis, 
excommunicatis  et  interdictis  exclusis,  non  pulsatis  campanis,  sup- 
pressa  voce,  celebrare  divina.  Recipientibus  autem  signum  crucis 
non  negamus  quominus  eis,  ob  reverentiam  crucifixi,  penitentia 
cum  postulaverint  injungatur,  quod  et  aliis  peregrinis  potest  miseri- 
corditer  indulgeri.  Datum  Laterani,iin  idus  Mail,  pontificatus  nostri 
anno  tertio. 

Cette  lettre,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  fait  partie  du  fonds  du 
Chapitre  de  Vannes.  Pendant  mes  vacances  de  l'Ecole  des 
Chartes,  M.  Rosenzweig,  archiviste  du  Morbihan,  voulut  bien 
me  permettre  de  débrouiller  une  partie  de  ses  archives  ecclésias- 
tiques, non  encore  classées  à  cette  époque.  Dans  une  liasse  de 
procédures  du  siècle  dernier,  j'aperçus  un  parchemin  portant  au 
revers  la  date  1201  en  caractères  modernes  ;  au  bas  de  l'acte  se 
voyaient  encore  quelques  restes  de  la  cordelette  de  chanvre  qui 
soutenait  la  bulle  de  plomb;  celle-ci  avait  disparu. 

A  la  première  lecture,  je  vis  que  c'était  une  bulle  du  xiii°  siècle. 
Elle  répondait  à  plusieurs  questions  posées  par  les  évêques  de 
Bretagne  sur  la  manière  de  faire  exécuter  un  interdit  lancé  sur 
toute  la  province. 

Quel  est  le  pape  qui  lança  cette  bulle?  Pour  quels  motifs  le 
Souverain  Pontife  frappa-t-il  notre  province  d'une  peine  aussi 
sévère?  Quelle  fut  la  durée  de  cet  interdit?  Telles  sont  les  princi- 
pales questions  que  je  m'efforcerai  d'éclaicir.  J'aurai  en  outre 
lieu  de  remarquer  que  cet  acte  apporte  plus  d'un  adoucissement  à 
la  pénalité  ecclésiastique  jusque-là  en  vigueur  relativement  à 
l'interdit. 

Et  d'abord  de  quel  pape  est  cette  bulle?  La  réponse  sera  très- 


598 

facile,  gràco  aux  travaux  de  M.  Léopold  Delisle  sur  la  diploma- 
tique d'Innocent  IIP.  Il  me  suffira  de  suivre  de  point  en  point  les 
règles  posées  par  un  savant  aussi  éclairé.  Pour  distinguer  les 
actes  d'Innocent  III  des  actes  d'Innocent  II  et  d'Innocent  IV, 
c'est,  dit-il,  à  la  manière  de  dater  qu'il  faut  s'en  rapporter. 
Depuis  HonoriusII  jusqu'à  Urbain  III  (1124-1187)  les  lettres  des 
papes  n'ont  été  datées  que  du  lieu  et  du  jour  de  leur  publication. 
Celles  d'Innocent  III  et  d'Innocent  IV  sont  datées  du  lieu,  du 
jour  et  de  l'année  de  leur  pontificat.  Les  unes  ne  sauraient  être 
confondues  avec  les  autres.  La  buHe  qui  nous  occupe  ^iorte  ce 
dernier  caractère.  On  ne  peut  donc  l'attribuer  à  Innocent  IL 

Sous  Innocent  III  et  Innocent  IV  les  formules  de  la  chancel- 
lerie romaine  étant  les  mêmes,  comment  distinguer  auquel  de  ces 
deux  pontifes  appartiennent  les  actes  émanés  de  leur  autorité?  La 
connaissance  de  leur  itinéraire  peut  seule  lever  la  difficidté.  Ici 
encore,  M.  Léopold  Delisle  nous  trace,  d'après  les  documents  les 
plus  certains,  les  différentes  pérégrinations  de  ces  deux  pontifes. 
Innocent  IV  ayant  été  élu  le  25  juin  1243  et  sacré  le  28  ou  le  29  juin 
suivant,  la  troisième  année  de  son  pontificat  s'étend  du  29  juin  1245 
au  29  juin  1246.  Or,  pendant  tout  ce  temps,  le  paperésidaità  Lvon, 
où  il  s'était  réfugié  l'année  précédente  pour  échapper  aux  pour- 
suites de  Frédéric  II  qui  mettait  en  péril  la  liberté  du  chef  de 
l'Eglise.  Innocent  III  ayant  été  élu  le  8  janvier  1198  et  sacré  le 
22  février,  la  troisième  année  de  son  pontificat  s'étend  du 
22  février  1200  au  22  février  1201 .  Tous  les  actes  émanés  de  la 
chancellerie  à  cette  époque  sont  datés  de  Latran^.  Aussi  peut-on 
dire  avec  certitude  que  l'acte  en  question  est  d'Innocent  III  et 
doit  être  fixé  au  12  mai  1200. 

Cette  première  question  étant  résolue,  il  faut  rechercher  main- 
tenant quelle  infraction  aux  lois  de  l'Eglise  força  le  Souverain 
Pontife  à  mettre  en  interdit  la  Bretagne  entière. 

Si  nous  consultons  les  historiens,  aucun  ne  parle  d'une  peine 
aussi  sévère  fulminée  par  Innocent  III  pour  contraindre  les  Bre- 
tons à  respecter  son  autorité. 

Alors  sévissait  dans  toute  sa  rigueur  le  grand  interdit  lancé  sur 
la  France  à  l'occasion  du  mariage  illégitime  que  Philippe-Auguste 


1.  Mémoire  sur  les  actes  d'Innocent  III,  par  M.  Léopold  Delisle.  Bibliothèque 
de  l'Ecole  des  chartes,  XVIIP  année,  W"  série,  tome  IV,  p.  1  el  suiv. 

2.  Mémoire  sur  les  actes  d'Innocent  III,  etc..  loiue  IV,  p.  63  cl  suiv. 


599 

avait  contracté  avec  Agnès  de  Méranie  au  mépris  des  droits  de  sa 
véritable  épouse.  Ce  prince  ayant  répudié  Ingeburge,  fille  de 
Waldemar,  roi  de  Danemark,  les  pères  du  concile  de  Dijon, 
d'après  les  ordres  du  pape,  avaient  menacé  de  jeter  l'interdit  sur 
le  royaume,  le  12  décembre  1199,  si  le  monarque  ne  revenait  à 
résipiscence.  :\Iais  le  légat  défendit  de  faire  connaître  cette  con- 
damnation avant  le  vingtième  jour  après  la  fête  de  Noël.  Philippe- 
Auguste  s'opiniâtra  dans  sa  résistance  et  la  sentence  fut  rendue 
publique  au  concile  de  Vienne.  Les  évêques  reçurent  l'ordre  de  la 
publier  dans  leurs  diocèses  et  de  tenir  à  son  exécution.  Le  troi- 
sième jour  après  la  Chandeleur  1200  (5  février)  le  culte  extérieur 
cessa  dans  tous  les  Etats  de  Philippe  et  ne  fut  rétabli  que  le  7  sep- 
tembre 1200,  veille  de  la  lete  de  la  Nativité,  par  la  soumission 
du  roi  au  château  de  Saint-Léger. 

Mais  l'interdit  dont  nous  venons  de  parler  ne  touchait  pas  la 
Bretagne.  Cette  peine  frappait  sevûement  les  sujets  immédiats  du 
roi  de  France,  et  non  pas  toutes  les  provinces  qui  lui  rendaient 
hommage.  En  effet,  le  duc  de  Normandie  était  vassal  du 
roi  de  France,  et  les  habitants  des  contrées  voisines  pouvaient 
chercher  un  refuge  dans  cette  province  pour  éviter  les  rigueurs 
de  l'interdit.  Le  comte  de  Ponthieu  se  retire  à  Rouen  avec  la 
jeune  sœur  de  Philippe-Auguste  afin  d'y  recevoir  la  bénédiction 
nuptiale.  La  Bretagne  relevait  delà  France  au  même  titre;  l'in- 
terdit lancé  par  Innocent  III  sur  le  royaume  ne  pouvait  donc 
l'atteindre. 

Si  maintenant  nous  examinons  le  texte  même  de  la  bulle,  il  ne 
parle  que  de  notre  province  in  totani  Briitanniam.  C'est 
donc  un  interdit  local,  bien  distinct  du  premier,  et  n'ayant  pour  but 
que  de  vaincre  l'opiniâtreté  des  Bretons. 

Or,  quels  sont,  en  Bretagne,  les  faits  rehgieux  les  plus  impor- 
tants de  cette  époque?  Un  seul  occupe  tous  les  esprits  :  la  lutte 
des  métropoles  de  Dol  et  de  Tours,  sur  laquelle  venait  de  se  pro- 
noncer d'une  manière  définitive  Innocent  III.  En  dehors  de  ce 
fait,  nous  ne  voyons  aucun  crime  commis  par  le  jeune  duc 
Arthur  ou  ses  conseillers  de  nature  à  nécessiter  un  pareil  châti- 
ment. Le  clergé,  un  moment  livré  à  bien  des  désordres  par  suite 
des  guerres  continuelles  qui  désolèrent  la  Bretagne,  se  reformait 
grâce  à  l'influence  salutaire  des  fils  de  saint  Benoît,  principale- 
ment des  religieux  de  l'abbaye  de  Marmoutier,  et  des  fils  de  saint 
Bernard  répandus  dans  tout  l'ouest  de  la  France  pendant  le 


600 

XII®  siècle,  et  grâce  aussi  à  la  direction  des  évêques  qui  étaient 
alors  des  prélats  d'une  sagesse  et  d'une  capacité  éprouvées. 

Tous  les  historiens,  comme  je  l'ai  dit  au  commencement  de  ce 
travail,  sont  unanimes  pour  affirmer  que  la  sentence  d'Inno- 
cent III  du  l*^""  juin  1199  aurait  été  suivie  d'une  entière  soumis- 
sion. Si  nous  consultons  cependant  les  Preuves  de  Dom  JMorice, 
nous  y  trouvons  (tome  i,  p.  794)  un  acte  qui  jette  un  grand  jour 
sur  la  question  qui  nous  occupe.  C'est  une  lettre  de  Robert  de 
Vitré,  chantre  de  l'église  de  Paris,  et  de  Robert  d'Apigné,  datée 
de  Tours,  la  vigile  de  Saint-Gatien  (17  décembre),  par  laquelle 
Arthur  s'engage  à  faire  exécuter  la  sentence  pontificale  établis- 
sant l'Eglise  de  Tours  métropole  de  l'Eglise  de  Dol. 

L'analyse  de  cet  acte  nous  amène  aux  conclusions  suivantes  : 

«  1°  Le  duc  Arthur  promet  d'obéir  de  bonne  foi  à  la  sentence 
»  que  le  seigneur  pape  Innocent  a  portée  en  faveur  de  l'Eglise  de 
»  Tours  au  sujet  de  la  soumission  de  l'Eglise  de  Dol,  et  que  doré- 
»  navant  il  ne  fera  rien  contre  elle  ni  par  lui  ni  par  aucun  autre. 
»  2"  Cette  soumission  est  faite  à  la  requête  de  l'archevêque  de 
»  Tours,  d'après  les  conseils  des  évêques  de  Rennes,  Nantes, 
»  Saint-Malo,  Vannes,  Quimper,  et  de  plusieurs  seigneurs  bre- 
»  tons  présents.  3°  Il  y  est  stipulé  que  le  duc  Artliur  rétablira 
»  intégralement  dans  son  évêché  l'évêque  de  Dol  et  ses  clercs, 
»  reconnaîtra  leurs  droits  spirituels  et  temporels,  et  les  fera  jouir 
»  en  paix  de  tout  ce  qu'ils  possédaient  à  l'époque  où  l'évêque  qui 
»  n'était  encore  qu'élu  se  rendit  à  Rome.  Si  quelqu'un  les  inquiète, 
»  le  duc  les  vengera  conune  s'ils  appartenaient  au  clergé  des 
»  autres  diocèses  de  la  province.  4"  Il  reconnaît  tous  les  droits 
»  du  métropolitain  sur  l'Eglise  et  le  peuple  de  Dol  à  Barthélemi, 
»  archevêque  de  Tours,  et  à  ses  successeurs  ;  s'il  est  inquiété  dans 
»  l'exercice  de  ses  droits,  le  duc  les  fera  respecter.  5**  Quant  aux 
»  dommages  occasionnés,  tout  ce  que  l'évêque  de  Dol  lui  deman- 
»  dera,  il  s'engage  à  le  faire  rendre  à  lui  et  à  ses  clercs,  après 
»  avoir  consulté  deux  évêques  et  deux  barons,  quarante  jours 
»  après  son  retour  en  Bretagne.  Enfin,  il  s'engage  à  faire  payer 
»  les  rentes  et  redevances  qui  leur  sont  dues  à  partir  du  jour  de 
»  cette  promesse,  soit  que  les  revenus  aient  été  perçus  avant 
»  l'échéance  de  leur  paiement  soit  qu'ils  restent  encore  à  perce- 
»  voir.   » 

Cet  acte,  comme  il  est  facile  de  le  voir,  est  décisif  dans  la  ques- 
tion. Il  nous  prouve  que  la  sentence  pontificale  de  1199  n'avait 


601 

point  été  exécutée  puisqu'il  nous  met  en  présence  de  graves 
désordres  occasionnés  par  cette  désobéissance  aux  ordres  d'Inno- 
cent. 

On  comprend  aisément  qu'il  en  soit  arrivé  ainsi.  En  effet,  cette 
sentence  ne  devait  pas  être  agréable  aux  Bretons.  Philippe- 
Auguste  menaçait  de  jour  en  jour  l'indépendance  de  la  province. 
Tuteur  d'Arthur,  il  profitait  de  toutes  les  occasions  pour  s'ingérer 
dans  l'administraticm  du  duché  :  «  Or,  l'autorité  de  la  métropole 
»  de  Tours  établie  en  Bretagne,  nous  dit  Dom  Morice,  rendait  le 
»  roi  de  France  presque  maître  des  élections  des  évêques,  parce 
»  que  le  métropolitain  avait  droit  de  les  confirmer  ou  de  les 
»  rejeter.  De  là  vient  que,  quand  on  lui  présentait  un  sujet  qui 
»  n'était  pas  agréable  au  roi,  il  ne  manquait  pas,  sous  quelque 
»  prétexte,  de  casser  l'élection  et  de  faire  procéder  à  une  nou- 
»  velle.  C'était  donc  un  grand  avantage  pour  le  roi  d'être  assuré 
»  des  évêques  dans  une  province  où  ils  sont  en  si  grand  nombre 
»  et  très-considérés  ^ .  » 

Déjà,  sous  Luce  III  en  1184,  Philippe  manifestait  son  mécon- 
tentement au  pape  de  ce  que  Rolland,  évêque  élu  de  Dol,  venait 
d'être  promu  au  cardinalat  ;  en  comblant  d'honneur  ce  prélat ,  le 
pape  paraissait  prendre  le  parti  des  Bretons.  Le  roi  écrivit  au 
Souverain  Pontife  :  «  Qu'en  enlevant  à  Tours  sa  prééminence 
»  religieuse,  il  semblait  voidoir  briser  et  fouler  aux  pieds  la  cou- 
»  ronne  de  France...;  quant  à  lui,  il  vengerait  cette  injure  les 
»  armes  à  la  mam,  et  rendrait  Luce  III  responsable  du  sang  qui 
»  serait  versé  entre  les  Français  et  les  Bretons.  »  Puis  il  man- 
dait au  cardinal  Octavien  :  «  Que  le  pape  le  privait  de  ses  pro- 
»  vinces  occidentales  et  excitait  la  noblesse  de  ce  pays  à  la 
»  révolte^.  » 

On  le  voit,  Philippe- Auguste  avait  cette  affaire  à  cœur.  Ces 
dernières  paroles  montrent  combien  cette  question  était  à  ses  yeux 
plutôt  politique  que  religieuse. 

Assurément  l'évêque  de  Dol  tenait  et  devait  tenir  au  paUium  ; 
aussi,  en  1199,  Jean  de  la  Mouche,  alors  évêque  élu,  se  rend=il 
à  Rome.  Là,  voyant,  après  deux  audiences,  qu'il  ne  pouvait  en 
conscience  soutenir  les  titres  de  l'Eglise  de  Dol,  il  chercha  à  se 
démettre  de  son  évêché  entre  les  mains  d'Innocent;  mais  celui-ci 

1.  Dom  Morice,  Hist.  ecclcs.  ei  civ.  de  Bretagne,  lonie  I,  p.  [17. 

2.  Mélanges  hist.  et  arcli.  sur  la  Bretagne,  etc..  p.  104. 


602 

ne  ^  oulut  pas  admettre  sa  démission  pour  ne  pas  éterniser  le 
procès. 

Quelles  raisons  portaient  Jean  à  prendre  une  détermination 
aussi  grave?  Sans  aucun  doute  les  difficultés  qu'il  prévoyait  devoir 
surgir  en  Bretagne  à  son  retour,  conséquences  naturelles  de  son 
obéissance  aux  ordres  du  Souverain  Pontife. 

En  effet,  beaucoup  de  laïcs  s'étaient  emparés  des  biens  ecclé- 
siastiques; or,  rarchevêché  de  Dol  consistait  en  un  certain 
nombre  d'enclaves  disséminées  dans  les  autres  évéchés  bretons  ; 
2)lusieurs  d'entre  elles  avait  été  réunies  par  Noménoe  lui-même, 
croit-on,  précisément  pour  rendre  cet  archidiocèse  plus  impor- 
tant ^ .  La  privation  de  cette  dignité  semblait  détruire  les  titres  à 
la  propriété  de  ces  enclaves;  aussi,  le  duc  ou  quelques-uns  de  ses 
conseillers  n'auraient-ils  pas  cherché  à  s'en  rendre  maîtres  ?  C'est 
ce  qui  résulte  clairement  de  l'acte  que  nous  avons  analysé  plus 
haut,  où  Arthur  reconnaît  à  l'évêque  de  Dol  et  à  ses  clercs  tous 
leurs  droits  spirituels  et  temporels  et  leur  promet  de  les  faire  jouir 
en  paix  de  tout  ce  qu'ils  possédaie^it  à  Véjioque  où  l'évêque, 
qui  n'était  encore  qu'élu,  se  rendit  à  Rome.  Bien  plus,  il 
résulterait  de  la  lettre  de  Robert  de  Vitré  et  de  Robert  d'Apigné 
que  l'évêque  n'aurait  pu  rentrer  dans  son  diocèse  et  aurait  été 
regardé  comme  un  ennemi  de  la  nation,  puisqu'on  lui  promet  de 
le  considérer,  lui  et  ses  clercs,  comme  s'ils  appartenaient 
au  clergé  des  autres  diocèses  de  la  province. 

Ce  n'était  pas  la  première  fois,  pendant  cette  lutte  mémorable, 
que  les  habitants  de  Dol  traitaient  ainsi  leur  premier  pasteur. 
Cinquante  ans  auparavant,  Hugues,  ancien  prieur  de  Sainte- 
Croix  de  Nantes,  ayant  été  reçu  à  Dol  comme  archevêque, 
alla  ensuite  faire  sa  soumission  à  Engelbaud,  archevêque  de 
Tours  ;  mais,  à  son  retour,  il  vit  son  peuple  indigné  se  soulever 
contre  lui,  l'accuser  de  trahison,  lui  fermer  les  portes  de  la  cité, 
et  le  forcer  à  se  réfugier  au  Mont  Saint-MicheP. 

Le  pape,  d'ailleurs,  prévoyait  cette  levée  de  boucliers;  car  il 
termine  ainsi  la  lettre  qu'il  écrivit  à  la  duchesse  Constance  et  aux 
barons  de  Bretagne  pour  les  prier  de  tenir  à  l'exécution  de  la 
sentence  pontificale;  lettre  datée  du  2  juin  1199:  «  Alioquin 
»  sententiam  quam  in  vos  propter  hoc  canonice  tulerit  ecclesia 


I.  Mélanges  hist.  et  arcli.  sur  la  Bretagne,  elc...  p.  111. 
î.  lùid,  p.  102. 


603 

»  Tiironensis  ratam  habebimus  et  facienms  auctore  Domin  o  invio- 
»  labiliter  observari^.  » 

Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  de  voir  l'interdit  dont  parle  Inno- 
cent III  dans  la  bulle  que  nous  publions,  fulminé  contre  la  pro- 
vince entière. 

Mais  comment  se  fait-il  qu'aucun  historien  n'en  ait  fait  men- 
tion? Sans  vouloir  attaquer  ici  la  science  des  Bénédictins,  dont 
nous  admirons  les  travaux  aujourd'hui  si  utiles,  nous  pouvons 
dire,  sans  craindre  de  nous  tromper,  qu'ils  n'ont  pas  tiré  tout  le 
profit  des  matériaux  qu'ils  avaient  rassemblés  avec  tant  de  soin. 
En  effet,  Dom  Morice  parle  de  la  lettre  de  Robert  de  Vitré  et  de 
Robert  d'Apigné  sur  laquelle  nous  nous  appuyons,  et  il  nous  dit 
qu'elle  fut  envoyée  l'année  qui  suivit  la  publication  de  la  sentence 
d'Innocent  III  du  l^''  juin  1199^.  Or,  du  1"  juin  1199  au 
17  décembre  1201,  il  s'écoula  deux  ans  et  demi.  Il  n'a  pas  fait 
attention  à  toute  la  portée  de  ce  dernier  document,  qui  nous 
fournit  la  preuve  d'une  résistance  très-opiniâtre  des  Bretons,  qui 
refusèrent  de  recevoir  la  bulle  du  pape,  l'évêque  nommé  de  Dol  et 
ses  clercs^. 

Maintenant,  pourquoi  l'interdit  qui  nous  occupe  aurait-il  duré 
si  longtemps?  L'état  politique  de  la  province  nous  en  fournit  la 
raison.  Depuis  le  mois  d'octobre  1199,  le  duc  de  Bretagne  était 
retenu  à  Paris  par  Philippe- Auguste  dans  une  captivité  déguisée, 
pendant  laquelle  le  roi  de  France  avait  abandonné  à  Jean  Sans- 
Terre  les  droits  de  son  pupille  sur  les  provinces  d'Anjou,  du  Maine 
et  de  Touraine,  laissant  au  roi  d'Angleterre  la  charge  de  les  con- 
quérir (traité  du  Goulet,  mai  1201).  Les  conditions  du  traité 
n'ayant  pas  été  observées,  Philippe  donna  au  jeune  Arthur  une 
plus  grande  liberté  d'action  vers  la  fin  de  l'année  1201  ^.  Gelui-c' 

1.  Dom  Morice,  Preuves  à  Vhist.  de  Bretagne,  tome  I,  p.  768. 

2.  Dom  Morice,  Histoire,  lomel,  p.  127.  —Dom  Lobineau,  Ilist.  de  Breingne, 
p.  18i,  fixe,  je  ne  sais  pour  quelle  raison,  la  vigile  de  Saint-Galien  au 
16  octobre. 

3.  Dom  Morice,  Preuves,  ;tome  I,  p.  784,  publie  une  lettre  de  Jean,  évê<iue 
de  Dol,  meulionnanl  plusieurs  douations  faites  à  la  Vieuxville;  il  place  cet  acte 
en  1200.  Cette  cbarlc  n'étant  pas  datée,  on  ne  peut  s'appuyer  sur  elle  pour  com- 
battre notre  opinion  et  montrer  par  là  que  Jean  de  la  Mouche  jouissait  alors  de 
tous  ses  droits  dans  son  diocèse.  Il  serait  plus  probable  qu'elle  n'aurait  été 
publiée  qu'après  l'accord  du  17  décembre  1201.  Alors  seulement,  Jean,  paisible 
possesseur  de  son  évéché,  confirma  ce  qui  avait  été  fait  pendant  son  absence. 

4.  Doin  Bouquet,  tome  XVUI,  p.  295. 


604 

en  profita  pour  se  rendre  dans  ses  provinces,  que  les  Anglais 
ravageaient  impunément  depuis  dix-huit  mois.  Il  y  avait  con- 
servé un  grand  nombre  de  partisans,  surtout  dans  les  villes  et 
parmi  le  clergé;  tous  supportaient  avec  peine  le  joug  de  l'étran- 
ger. Aussi,  il  n'est  pas  étonnant  de  le  trouver  à  Toui-s  au  mois 
de  décembre  1201,  environné  de  ses  plus  fidèles  serviteurs  et  des 
évêques  de  Bretagne,  qui  étaient  venus  conférer  avec  lui  sur  les 
intérêts  de  sa  cause.  Il  dut  s'efforcer  d'être  agréable  à  tous.  Or, 
en  mettant  un  terme  à  la  trop  longue  querelle  des  églises  de  Dol 
et  de  Tours,  il  faisait  droit  aux  justes  réclamations  de  l'arche- 
vêque de  Tours,  l'un  des  prélats  les  plus  influents  des  provinces 
occupées  par  les  Anglais,  et  rendait  la  paix  aux  diocèses  bretons, 
qui,  bien  que  n'étant  pas  directement  intéressés  dans  cette  lutte, 
s'étaient  vus  privés  pendant  longtemps  du  culte  extérieur. 

De  plus,  l'accord  passé  entre  le  duc  et  l'archevêque  de  Tours 
fut  rédigé  d'après  les  conseils  de  ses  plus  fidèles  ser\iteurs et  des 
évêques  de  Bretagne,  qui  tous  soupiraient  après  une  prompte 
exécution  de  la  sentence  pontificale  du  l^^"  juin  1199.  Les  com- 
missaires chargés  de  conclure  cet  accord  étaient  les  conseillers 
ordinaires  d'Arthur  et  de  sa  mère.  En  effet,  Robert  de  Vitré, 
chantre  de  l'église  de  Paris,  était  frère  d'André  de  Altré,  l'un 
des  plus  puissants  barons  de  Bretagne,  qui  servit  avec  un 
dévouement  inébranlable  les  intérêts  d'Arthur  ;  Robert,  apparte- 
nant à  un  diocèse  étranger  à  la  proAince,  était  cependant  ori- 
ginaire du  pays  breton  ;  ce  double  titre  devait  le  rendre  agréable 
aux  deux  partis.  Robert  d'Apigné  apparaît  comme  témoin  dans 
beaucoup  d'actes  importants,  i)articulièrement  dans  la  cession  des 
droits  que  laducliesse  Constance  réclamait  sur  la  viUe  de  Vitrée 
Ces  deux  seigneurs  semblent  n'avoir  jamais  abandonné  le  jeune 
duc,  et,  plus  d'une  fois,  malgré  son  titre  de  clerc,  Robert  de 
Vitré  défendit  son  maître  les  armes  à  la  main,  suivant  la  cou- 
tume très-ordinaire  de  l'époque,  car  il  fut  fait  prisonnier  à  ses 
côtés  à  la  fatale  journée  de  Mirebeau-. 

Nous  pouvons  donc  conclure,  avec  assez  de  certitude,  de  cette 


1.  Dom  Lobineau,  Hist.  de  Broiagnc,  p.  174,  175,  178,  184. 

2.  Pour  tous  les  renseigneinenls  historiques  sur  Arthur,  voir  l'arliclc.  de 
M.  Gaston  Duiiois  sur  Guillaume  des  Roches,  sénéchal  d'Anjou,  du  Maine  cl  de 
Touraine,  —  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes  1869,  (4°  série,  l.  V),  p.  377, 
et  1871,  p.  88. 


605 

lettre  de  Robert  de  Vitré  et  de  Robert  d'Apigné  que  les  Bretons 
opposèrent  une  résistance  énergique  à  l'exécution  de  la  bulle 
d'Innocent  III  du  1^'  juin  1199  établissant  l'église  de  Tours  métro- 
pole de  tous  les  évêchés  de  la  Bretagne,  résistance  qui  nécessita 
un  interdit  lancé  sur  la  province  entière. 

Pendant  cet  interdit,  plusieurs  évêques  de  Bretagne,  suivant 
l'exemple  que  venaient  de  leur  donner  les  prélats  français  dans 
l'exécution  de  l'interdit  fulminé  par  Innocent  III  contre  Philippe- 
Auguste,  auraient  voulu  obéir  ponctuellement  aux  ordres  du 
pape;  mais,  rencontrant  de  grandes  difficultés,  ils  auraient 
demandé  à  la  cour  romaine  quelques  explications  sur  la  manière 
de  faire  observer  la  censure  qui  frappait  leur  patrie.  Le  pape 
aurait  répondu  aux  évêques  de  la  Bretagne  en  leur  adressant  la 
lettre  que  nous  publions.  Cette  lettre,  comme  nous  l'avons  dit  au 
commencement  de  ce  travail,  apporta  quelques  adoucissements  à 
la  discipline  ecclésiastique,  alors  très-sévère.  Mais  quelle  est  la 
portée  de  ces  adoucissements?  C'est  ce  que  nous  nous  efforcerons 
d'expliquer  dans  une  autre  étude,  en  faisant  comprendre,  autant 
que  nous  le  pourrons,  la  nature  et  le  but  de  l'interdit. 

L'abbé  Chauffier. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Histoire  des  Etats  Généraux,  considérés  au  point  de  vue  de  leur 
influence  sur  le  go%ivernement  de  la  France,  de  ^335  à  4GI4  ,  par 
Georges  Picot,  juge  au  tribunal  de  la  Seine;  ouvrage  cour  oniié 
par  V Académie  des  Sciences  morales  et  politiques.  Paris,  Hachette, 
^872,  4  vol.  in-8». 

Bien  que,  pendant  ces  derniers  temps,  l'attention  publique  se  soit 
portée  avec  une  préférence  marquée  vers  la  question  de  l'origine  et 
de  la  succession  de  nos  assemblées  nationales,  comme  le  faisait  obser- 
ver déjà  Augustin  Thierry,  il  y  a  vingt  ans,  on  est  forcé  de  reconnaître 
qu'il  n'avait  point  été  publié  jusqu'ici  de  travail  d'ensemble  complet 
et  satisfaisant  au  point  de  vue  scientifique  sur  cette  importante  ma- 
tière. L'excellent  ouvrage  auquel  nous  souhaitons  ici  la  bienvenue, 
vient  heureusement  combler  cette  regrettable  lacune.  Si  le  mérite  d'un 
écrivain  doit  être  apprécié  d'après  la  difficulté  de  son  travail,  M.  Picot 
en  possède  un  grand  assurément.  Pour  traiter  convenablement  un 
pareil  sujet,  il  fallait  joindre  à  de  vastes  connaissances  l'exactitude 
d'un  critique  accoutumé  à  manier  les  choses  historiques  et  à  se  garantir 
des  entraînements  de  l'esprit  de  système.  C'est  ce  qui  frappe  tout 
d'abord  dans  cette  nouvelle  histoire  des  États  Généraux  ;  l'auteur  a 
su  se  tenir  à  distance  des  vagues  théories,  et  ne  s'écarte  pas  de  l'étude 
sérieuse  et  impartiale  des  faits.  L'AcadémiedesSciences  morales  et  poli- 
tiques lui  a  décerné  le  premier  prix  du  concours  d'histoire  en  1870, 
et  M.  Guizot,  dans  un  rapport  très  favorable,  l'a  signalé  comme  «  l'un 
des  travaux  les  plus  considérables  qui  aient  été  entrepris  sur  l'histoire 
de  France  et  le  plus  grand  travail  qui  ait  été  fait  sur  les  Etats  Géné- 
raux. »  Avant  de  le  donner  au  public,  M.  Picot  a  voulu  le  soumettre  à 
une  rigoureuse  révision^  le  compléter  et  l'améliorer,  ce  qu'il  a  fait 
avec  un  plein  succès  et  de  manière  à  défier  pour  ainsi  dire  la  critique 
la  plus  sévère. 

L'auteur  prend  les  Etats  à  leur  début  et  retrace  leur  histoire  jusqu'à 
la  dernière  assemblée  réunie  avant  celle  de  1789,  c'est-à-dire  jusqu'en 
461Zi.  Dans  une  introduction  sommaire,  il  examine  rapidement  les 
formes  de  la  délibération  publique  chez  les  Gaulois,  chez  les  Ger- 
mains et  sous  les  deux  premières  races,  il  indique  l'obstacle  insurmon- 
table apporté  par  le  régime  féodal  à  la  réunion  d'assemblées  natio- 
nales, et  constate  une  sorte  de  réveil  du  principe  délibératif,  coïncidant 


607 

avec  la  reconnaissance  par  la  royauté  du  privilège  communal.  Il  nous 
montre  les  juristes,  sortis  du  sein  de  la  bourgeoisie,  admis  peu  à  peu, 
à  partir  du  xiii"  siècle,  dans  le  conseil  du  roi;  saint  Louis  consultant 
quelquefois  les  délégués  des  villes ,  pour  des  affaires  locales,  et  pré- 
parant de  cette  façon  le  plus  important  des  éléments  qui  allaient 
former  les  Etats  Généraux.  Puis  il  arrive  à  la  première  assemblée  véri- 
table des  trois  états  réunis  par  Philippe-le-Bel,  le  10  avril  1302.  11 
expose  brièvement  le  motif  de  leur  convocation,  leurs  travaux  et  les 
résultats  de  cet  essai  tenté  par  le  roi  uniquement  dans  un  but  d'intérêt 
particulier.  Il  fait  de  même  pour  les  autres  principales  sessions  tenues 
sous  ce  règne  et  sous  ceux  de  Pliilippe-le-Long  et  de  Philippe  de 
"Valois. 

Sans  doute,  cette  première  partie  eût  gagné  à  être  traitée  avec  plus 
de  développements,  et  la  question  de  l'origine  des  Etats  Généraux  méri- 
terait une  étude  plus  approfondie,  mais  le  programme  de  l'Académie 
était  déjà  tellement  vaste  qu'on  ne  saurait  faire  un  reproche  à  M.  Picot 
de  n'avoir  pas  élargi  davantage  le  cadre  qui  lui  était  tracé.  Il  s'y  est 
conformé  très  fidèlement,  et  son  ouvrage,  à  proprement  parler,  a  pour 
point  de  départ  les  Etats  réunis  par  le  roi  Jean  à  la  fin  de  l'année  1355. 
A  partir  de  cette  époque,  les  documents  commencent  à  abonder,  les 
faits  sont  assez  faciles  à  établir,  et  il  devient  possible  d'examiner 
sérieusement  le  rôle  des  assemblées  et  d'apprécier  l'influence  qu'elles 
ont  exercée  sur  le  gouvernement  et  principalement  sur  l'administra- 
tion financière. 

Dès  lors  M.  Picot  traite  son  sujet  de  la  manière  la  plus  complète  dans 
son  ensemble  et  dans  ses  détails.  On  voit  qu'il  a  fait  une  étude  très 
sérieuse  des  procès-verbaux  des  assemblées  d'Etats  et  des  cahiers  de 
doléances  des  différents  ordres,  et  qu'il  a  su  en  tirer  tout  le  parti  dési- 
rable. Il  puise  largement  aussi  dans  les  chroniques  contemporaines 
ainsi  que  dans  les  recueils  de  pièces  originales,  publiées  et  inédites, 
susceptibles  d'apporter  quelque  lumière  sur  des  particularités  mal 
connues  et  qui  lui  permettent  même  de  mettre  au  jour  certains  faits 
entièrement  ignorés.  C'est  ainsi  que,  notamment  pour  les  Etats  Géné- 
raux assemblés  sous  Charles  VU,  ses  recherches  consciencieuses  le 
mettent  à  même  d'indiquer  des  sessions  omises  par  Beugnot  dans  sa 
Chronologie  des  Elals-Génératix,  et  qui  avaient  échappé  également  à 
M.  Rathery.  Les  Etats,  en  effet,  durant  cette  période,  s'assemblèrent  à 
des  intervalles  très  rapprochés  et  travaillèrent  avec  dévouement  à 
relever  la  France  ruinée  par  la  guerre  et  les  dilapidations  ;  aussi 
M.  Picot,  nous  montrant  les  efforts  de  ces  assemblées,  peut-il  à  juste 
titre  leur  attribuer  une  part  assez  large  dans  la  réorganisation  du 
royaume  et  décider  en  connaissance  de  cause  que  Charles  VII  fut  aussi 
bien  servi  par  les  députés  que  par  ses  capitaines. 

Notre  intention  n'est  point,  on  le  comprend,  de  suivre  pas  à  pas 


608 

Tauteur  de  l'Histoire  des  Etats  Généraux  et  d'analyser  ces  quatre  volumes 
si  bien  remplis.  Ce  serait  dépasser  les  limites  dans  lesquelles  nous 
sommes  obligé  de  nous  renfermer.  Mais  pour  tâcher  de  donner  une 
idée  juste  de  ce  grand  travail,  nous  allons  seulement  essayer  d'en 
retracer  le  plan,  qui  est  très  bien  conçu  et  fidèlement  exécuté. 

L'ouvrage  est  divisé  en  deux  parties  distinctes,  en  deux  expo- 
sitions parallèles,  qui.  chacune  indépendamment  de  l'autre,  forment 
un  tout  complet  ;  la  première  est  le  récit  historique  et  chronologique 
des  faits,  et  la  seconde,  l'exposé,  par  ordre  de  matières,  des  proposi- 
tions renfermées  dans  les  cnhieis  des  trois  ordres^  des  questions  agi- 
tées dans  leurs  délibérations,  et  des  réformes  et  modifications  ({u'elles 
ont  produites  dans  le  gouvernement  et  dans  les  difl'ércntes  branches 
de  l'administration.  Chaque  règne  est  l'objet  d'un  chapitre  spécial. 
M.  Picot  retrace  la  situation  générale  du  royaume^,  au  moment  de 
chaque  session,  les  faits  particuliers  qui  ont  déterminé  directement  la 
convocation  d'une  assemblée,  les  incidents  qui  ont  signalé  les  élections 
ou  la  réunion  des  députés;  après  quoi  il  entre  dans  le  récit  très-cir- 
constancié des  divers  événements  qui  se  sont  produits  au  sein  des 
Etats.  Ensuite  il  examine  successivement  leur  influence  au  point  de 
vue  du  gouvernement  général,  des  affaires  ecclésiastiques,  de  l'orga- 
nisation judiciaire  et  de  la  législation  (partie  à  laquelle  M.  Picot  a 
donné  ses  soins  d'une  manière  toute  spéciale),  de  l'organisation  finan- 
cière et  des  impôts,  du  commerce  et  de  l'industrie,  de  l'organisation 
militaire,  de  la  noblesse  et  des  rapports  des  différents  ordres  entre 
eux,  de  la  police,  de  l'administration  municipale,  etc.  Des  divisions 
semblables  sont  adoptées  pour  toute  la  suite  des  Etats  Généraux,  de 
sorte  que  rien  n'est  plus  facile  que  de  se  rendre  compte  des  résultats 
des  diverses  sessions  sur  chacune  des  matières  que  nous  venons  d'indi- 
quer sommairement,  et  d'en  faire  une  intéressante  comparaison.  De 
plus,  après  le  récit  et  l'exposé  des  travaux  de  chaque  session  impor- 
tante, l'auteur  a  placé  des  tableaux  synoptiques  qui  en  sont  comme  le 
résumé  méthodique  et  qui  présentent  une  grande  utilité  dans  un  tra- 
vail composé  d'éléments  aussi  nombreux.  On  y  trouve  un  rapproche- 
ment très  exact  entre  les  vœux  des  députés  et  les  articles  des  ordon- 
nances royales  qui  y  donnent  satisfaction. 

Les  plus  considérables  assemblées  de  notables  qui,  pour  ne  pas  offrir 
les  caractères  d'une  représentation  nationale  et  d'une  indépendance 
relative  vis-à-vis  du  pouvoir,  comme  les  Etats  Généraux,  ne  laissent 
pas  cependant  que  d'être  d'un  grand  intérêt,  tant  à  cause  des  per- 
sonnages réunis  que  pour  l'importance  des  questions  traitées,  n'ont 
pas  été  négligées  par  M,  Picot.  Les  assemblées  de  notables  convoquées 
à  Rouen  en  1596  et  en  1617,  notamment,  ainsi  que  celle  de  Paris,  en 
1626-1627,  sont  l'objet  d'un  examen  sérieux,  dont  les  résultats  se  lient 
parfaitement  avec  ceux  de  l'ensemble  de  cet  ouvrage.  Sans  parler  des 


609 

résumés  spéciaux  que  l'on  trouve  à  la  fin  de  chaque  période,  l'Histoire 
des  Etats  Généraux  se  termine  par  un  important  résumé  général,  où 
l'auteur  traite  particulièrement  de  l'autorité  des  Etats  et  des  causes  de 
leur  peu  de  succès.  Ajoutons  qu'une  table  analytique  des  matières 
bien  ordonnée  et  suffisamment  développée  forme  le  très  utile  complé- 
ment de  ce  grand  travail. 

Avant  de  terminer  cette  notice,  nous  voudrions  signaler  à  M.  Picot 
un  certain  nombre  de  points  qui  se  trouvent  forcément  un  peu  négligés 
dans  le  cours  de  son  ouvrage,  et  qu'on  désirerait  voir  traités  d'une 
manière  plus  complète  dans  une  histoire  définitive  des  Etats  Généraux. 
Ce  n'est  pas  un  blâme  que  nous  lui  adressons,  puisque  nous  avons  vu 
comment  son  cadre  était  limité,  et  avec  quel  soin  et  quelle  exactitude 
il  l'a  rempli;  c'est  un  vœu  que  nous  émettons  dans  l'intérêt  de  la 
science.  Comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  les  premiers  Etats  Géné- 
raux, étant  en  dehors  du  programme  de  l'Académie,  n'ont  été  l'objet 
de  la  part  de  M.  Picot  que  d'un  examen  sommaire.  Bien  qu'il  soit  assez 
difficile  de  trouver  des  documents  nouveaux  pour  cette  époque,  on 
pourrait  peut-être  arriver  à  faire  l'historique  à  peu  près  complet  de 
toutes  les  assemblées  qui  se  tinrent  pendant  la  première  moitié  du 
xiye  siècle.  L'article  rempli  de  renseignements  intéressants,  publié  par 
M.  Boutaric  dans  ce  recueil  même  (xxi^  année,  p.  1),  serait  d'un  grand 
secours  pour  ce  travail. 

Quelques  autres  parties,  quoique  accessoires,  demanderaient  aussi 
des  recherches  nouvelles  et  plus  de  développements.  Nous  voulons 
parler  de  la  forme  et  du  cérémonial  des  assemblées  d'Etats,  et  surtout 
de  la  question  des  élections.  Il  ne  serait  pas  impossible,  en  dépit  d'une 
certaine  obscurité,  qui  enveloppe  encore  ce  sujet,  de  trouver  matière 
à  un  chapitre,  fort  curieux^  où  l'on  étudierait  le  mécanisme  électoral 
aux  diverses  époques  de  notre  histoire,  les  mesures  prises  pour  la 
votation,  la  réunion  et  l'organisation  des  assemblées  locales  prépara- 
toires, dont  l'objet  était  de  former  la  députation  et  de  dresser  le  cahier 
du  bailliage.  Déjà  des  travaux  partiels  ont  été  publiés  sur  ce  point 
intéressant.  Nous  citerons  par  exemple  l'article  de  M.  Paul  Violletsur 
VEleclion  des  députés  aux  Etats  Généraux  réunis  à  Tours,  en  l/(68  et 
en  1^8^  (Bibl.  de  l'Ecole  des  Chartes,  tome  27,  p.  22),  dont  M.  Picot  a 
eu  connaissance,  ainsi  qu'une  notice  plus  ancienne  insérée  dans  le 
même  recueil  (tome  7.  p.  Zi36)  par  M.  Taillandier  avec  le  Procès-verbal 
de  rassemblée  préparatoire  des  trois  états  de  la  Prévôté  de  Paris,  pour 
députer  aux  Etats  de  Blois,  en  1388. 

Un  autre  point  que  l'on  aimerait  à  voir  traiter  et  qui  donnerait  satis- 
faction aux  justes  exigences  de  l'érudition,  serait  la  bibliographie  com- 
plète des  ouvrages,  avec  une  liste  des  documents  publiés  et  inédits, 
concernant  l'histoire  des  Etats  Généraux.  D'ailleurs  M.  Picot  sait  mieux 
que  personne  ce  qu'il  reste  à  faire,  et  nous  sommes   certain  qu'il  ne 

40 


(HO 

voudra  pas  laisser  à  un  autre  l'honneur  de  mener  à  bonne  fin  cette 
tàclii!  qu'il  a  courageusement  entreprise,  et  dont  la  partie  accomplie 
déjà  se  distingue  par  d'aussi  solides  et  éminentes  qualités.  Car,  malgré 
l'étendue  du  travail  qu'il  vient  de  donner  au  public,  malgré  le  résultat 
nouveau  et  considérable  auquel  il  est  arrivé,  il  ne  considère  pas  son 
œuvre  comme  terminée,  et  il  se  propose,  ainsi  qu'il  l'annonce  dans  sa 
préface,  de  publier  les  principaux  cahi(3rs  de  doléances  des  députés 
des  trois  ordres,  qui  formeront  en  quelque  sorte  les  pièces  justificatives 
de  son  Histoire  des  Etats  Généraux.  Peut-être  aussi  jugera-t-il  néces- 
saire de  nous  donner  les  procès-verbaux  complets  des  principales  ses- 
sions, pour  compléter  la  série  commencée  par  M.  A.  Dernier,  qui  a 
publié,  malheureusement  avec  trop  peu  de  soin,  le  journal  des  Etats 
de  l/jS/i,  et  par  M.  Aug.  Bernard  pour  les  Etats  de  la  Ligue.  Au  surplus, 
lors  même  que  M.  Picot  ne  pourrait  accomplir  que  la  moitié  de  cette 
tâche,  presque  colossale,  sa  part  serait  déjà  fort  belle;  et  pour  ce  qu'il 
a  fait  déjà  aussi  bien  que  pour  ce  qu'il  se  propose  de  faire,  il  mérite 
à  coup  sûr  les  éloges  et  les  encouragements  de  tous  ceux  qui  portent 
quelque  intérêt  au  développement  des  sciences  historiques. 

Paul  GuÉRiN. 

Collection  des  poèmes  français  du  Xlf"  et  du  XIH"  siècle^  par 
G.  Hippeau.  —  Glossaire,  V'^  partie^  xxxiv-248  p.  \  866  ;  2''  partie, 
xxviii-494  p.  1873.  Paris,   Aubry,  in-8".  — Prix  H  2  fr. 

11  est  de  mauvais  livres  à  l'égard  desquels  on  hésite  à  se  montrer 
sévère  :  à  un  débutant  on  doit  toute  indulgence.  On  ne  saurait  non  plus 
se  montrer  exigeant  envers  ceux  qui  travaillent  loin  des  centres  littéraires^ 
sans  conseils,  souvent  presque  sans  livres.  Puis,  dans  notre  pays,  la 
critique  a  longtemps  été  si  peu  attentive  au  mouvement  scientitique, 
que  beaucoup  de  travailleurs  ont  pu  entrer  et  persévérer  dans  une 
mauvaise  voie  sans  qu'un  avis  opportun  leur  soit  venu  en  aide.  Mais  en 
présence  du  livre  dont  j'ai  à  rendre  compte,  l'esprit  le  plus  favorablement 
disposé  chercherait  en  vain  un  motif  d'indulgence.  M.  Hippeau  n'est 
pas,  tant  s'en  faut,  un  débutant.  Sa  plus  ancienne  publication  relative 
à  notre  ancienne  littérature,  le  Bestiaire  de  Guillaume,  a  vingt  ans  de 
date  :  beaucoup  d'autres  lui  ont  succédé,  sans  qu'un  progrès  appréciable 
se  soit  manifesté  dans  la  manière  de  faire  de  l'auteur.  Et  pourtant  les 
avertissements  ne  lui  ont  pas  manqué.  Il  me  suffira  de  lui  rappeler  les 
comptes- rendus  qui  ont  été  faits  de  son  Bel  inconnu',  de  son  Bestiaire 
d'amour*,  de  son  Gauvain'%  récemment  de  sa  Conquête  de  Jérusalem^ 

1.  Correspondance  liltéraire,  18G1,  n"  5. 

2.  lahrhuch  /".  romanische  Litcratur  IV,  411  (art.  de  M.  Mussafia). 

3.  Germania  VIIF,  217  (art,  de  M.  Mussafia). 

■'i.  Bibl.  de  l'Ecole  des  chartes  XX.\I  (1870),  227. 


6H 

Mais,  insouciant  des  progrès  de  la  science,  M.  Hippeau  continue  à  mettre 
au  jour  des  productions  que  n''eus5ent  pas  avouées  les  éditeurs  d'il  y  a 
cinquante  ans. 

Ce  qui  est  le  moins  concevable,  c'est  la  publication  du  prétendu  glos- 
saire dont  je  vais  parler.  Dans  la  préface  de  la  première  partie,  mise  en 
vente  en  1866,  M.  Hippeau  émettait  des  prétentions  ipii,  si  peu  élevées 
qu'elles  fussent,   étaient  loin  d'être  justiiiées.   Pour  lui,  il  ne  s'agissait 
point  de  composer  un  ouvrage  de  première  main,  il  n'ambitionnait  que 
le  rôle  de  vulgarisateur,   et  n'avait  voulu    que  compiler  à  l'aide   des 
dictionnaires  déjà  publiés  un  ouvrage  utile  aux   commençants.  Il  était 
hardi,  assurément,  de  faire  d'une  compilation  de  cette  sorte  le  complé- 
ment d'une  «  collection  des  poèmes  français  du  xa<^  et   du  xiii^  siècle  » 
(voir  le  titre  transcrit  ci-dessus),  mais   ce  qui  est   plus  grave    encore, 
c'est  que  le  but  modeste  que  l'auteur  se  proposait  était  bien  loin   d'être 
atteint.  Après  avoir  énuméré  les  conditions  auxquelles  aurait   à  satisfaire 
une  simple  compilation  des  travaux  lexicographiques  déjà    existant  sur 
notre  ancienne  langue,  notre  confrère  G.  Paris  s'exprimait    ainsi   au 
sujet  du  «   glossaire   »  de  M.   Hippeau  :  «  C'est  bien  au-dessous  d'un 
>>  semblable  ouvrage  qu'il  faut  placer  celui  qu'on  a  le  courage  d'offrir 
»  actuellement  au  public.  L'auteur  n'a  à  peu  près  consulté  que  Roquefort 
»  (sans  le  Supplément),  et  le  glossaire  français  joint  à  Ducange;  aussi 
»  ne  sait-on  pas  s'il  a  plus  péché  par  omission  ou  par  admission  :  les  mots 
»  les  plus  usuels,  les  formes  les  plus  correctes  manquent  dans  son  livre  où 
»  foisonnent  les  vocables  fantastiques  que  Roquefort  puisait   dans  ses 
»  souvenirs  mal  digérés,  et  les  formes  monstrueuses  qui  ne  doivent  le 
»  plus  souvent  leur  existence  qu'aux  fautes    de  lecture    des   premiers 
»  déchiffreurs .   Le  sens  est  donné  au  hasard  par  un  procédé  des  plus 
»  simples  :  Roquefort,  en  général,  traduit  un  ancien  mot  par  une  douzaine 
>■>  de  mots  modernes,  qui  souvent  n'ont  aucun  rapport  ;  son  abréviateur 
»  en  prend  cinq  ou  six  dans  le  nombre,  et  supprime  les  autres,  laissant 
»  subsister  d'ailleurs  à  chaque  instant  les  interprétations  les  plus  vagues, 
»  les  plus  hasardées  et  même  les  plus  grotesques.  Le  travail  de  M.  H. 
)>  s'est  borné  à  ces  retranchements,  à  d'autres  qui  ont  fait  disparaître 
»  sans  raison  un  grand  nombre  de  mots  donnés  par  Roquefort  ou  Ducange, 
»  à  la  suppression  de  toutes  les  citations  et  même  des  renvois,  et  à  la 
»  réunion  (aussi  arbitraire  que  possible,  et  telle  qu'il  semble  vraiment 
»  qu'un  enfant  a  été  chargé  de  cette  opération)  des  mots  qui  se  groupent 
»  ensemble.  —  D'ailleurs  le  même  mot  est  rapporté  plusieurs  fois  sous 
»  différentes    formes   (et   quelquefois   traduit    différemment   à    chaque 
»  endroit)  ;  le  dérivé  est  très-souvent  mis  en  tète  de  l'article,  et  le  primi- 
»  tif  ne  se  trouve  pas  à  son  rang  :  on  trouve  fréquemment  des  renvois 
»  à  des  mots  qui  n'existent  pas  dans  le   glossaire  ;  enfin,  chose  inouïe, 
»  mais  qui  s'étale  à  chaque  colonne,  l'auteur  n'a  même  pas  pris  la  peine 
»  de  suivre  rigoureusement  l'ordre  alphabétique  :  il  le  viole  constam- 


«>^2 

»  ment  de  façon  à  introduire  dans  son  œuvre,  où  cet  élément  de  désordre 
I)  se  joint  à  tant  d'autres,  la  confusion  la  plus  inextricable*.  » 

Je  sais  que  l'appréciation  qu'on  vient  de  lire  a  été  connue  de  M.Hippeau, 
et  je  suppose  qu'elle  n'a  pas  été  sans  influence  sur  le  long  retard  qu'a 
éprouvé  la  mise  au  jour  de  la  seconde  partie  du  «  glossaire  ».  Mais  elle 
a  été  sans  effet  sur  le  travail  du  compilateur.  Il  est  triste  d'avoir  h 
constater  que  ces  dures  paroles  s'appliquent  aussi  complètement  à  la 
seconde  partie  publiée  en  1872  qu'à  la  première  publiée  en  1866.  Si  je 
voulais  en  vérifier  l'application,  je  n'aurais  que  l'embarras  des  exemples. 
Je  me  bornerai  à  citer  un  petit  nombre  de  faits  choisis  de  façon  à  mettre 
le  lecteur  en  état  d'apprécier  ce  que  M.  H.  a  apporté  de  soin,  de  savoir 
et  de  jugement  à  son  travail. 

L'ordre  alphabétique  n'est  pas  plus  rigoureusement  observé  dans  la 
seconde  partie  que  dans  la  première.  Que  l'on  ne  vienne  pas  dire  que 
peut-être  le  tout  était  imprimé  dès  1866,  —  il  y  a  en  tête  du  second 
volume  un  «  supplément  au  premier  volume,  »  paginé  en  romain,  qui  a 
été  fait  en  suite  de  certaines  observations  de  notre  confrère  G.  Paris,  et 
compilé  principalement  à  Taide  du  Supplément  de  Roquefort,  du  glos- 
saire qui  fait  partie  de  la  Chrestomathie  française  de  M.  Bartsch,  et  de 
celui  que  M.  Joly  a  joint  à  sa  «  belle  publication  du  roman  de  Troie  ». 
Dans  ce  supplément,  je  trouve,  à  la  première  page,  aceinle  et  aceminer, 
après  achaterres,  et  il  y  a  des  fautes  de  même  genre  dans  toutes  les 
pages  suivantes;  L'absence  du  soin  matériel  est  tellement  évidente,  qu'on 
pourrait  se  demander  si  l'auteur  a  pris  la  peine  de  relire  ses  épreuves; 
il  traduit  abuvrer  par  «  abeuvrer  t  ;  à'achetivë  il  renvoie  à  caits,  mot 
bizarre  qu'on  ne  trouve  point  dans  ce  glossaire  ni  ailleurs,  j'imagine;  — 
de  plom  il  renvoie  à  plom,  le  mot  même  dont  il  écrit  l'article  ;  —  il 
traduit  arceleclm,  qui  au  moyen-âge  a  été  pris  pour  un  nom  propre, 
»  comme  chacun  sait,  par  archituclin.  »  —  Il  réunit  en  un  même 
article  auctentique  (qu'il  traduit  avec  une  incontestable  exactitude  par 
«  authentique  »)  et  «  aucuens,  aucun;  »  quel  rapport  y  a-t-il  entre  ces 
deux  mots?  —  Il  serait  assez  inutile  de  discuter  les  formes  des  mots 
admis  dans  ce  glossaire,  ou  les  traductions  et  élymologies  qui  y  sont 
jointes,  mais  il  peut  être  intéressant  de  relever  dans  un  travail  composé 
par  un  ancien  professeur  de  faculté  l'article  suivant  :  «  Blei,  bleis,  bleil, 
blé,  lat.  bladum.  »  Ainsi  M.  Hippeau  pense  que  bladum  est  un  mot 
latin.  Assurément  il  n'a  pas  cherché  l'étymologie  de  blé  dans  le  diction- 
naire de  M.  Littré.  —  J'ajoute  que  si  M.  H.  ne  se  tenait  pas  pour 
satisfait  de  cet  exemple,  je  lui  opposerais  d'autres  barbarismes  que  je  tiens 
en  réserve. 

Si  M.  H.  n'a  pas  été  plus  heureux  dans  ses  étymologies  cette  fois  qu'à 
l'ordinaire,  il  en  a  été  plus  sobre  qu'il  ne  l'est  habituellement.    11  donne 

1.  Revue  critique,  année  1867,  t.  I.  p.  375. 


613 

pour  prétexte  (2«  partie,  p.  m)  qu'il  ne  peut  mieux  faire  que  de  renvoyer 
aux  publications  de  M.  Brachet.  C'est  une  mauvaise  raison.  M.  Brachet  a 
fait  un  dictionnaire  étymologique  du  français  actuel,  où  manquent  par 
conséquent  un  très-grand  nombre  des  mots  enregistrés  par  M.  Hippeau. 
Puis  on  aurait  compris  que  M.  H.  renvoyât  à  M.  Brachet  pour  les 
ètymologies  données  par  ce  dernier;  mais  c'est  précisément  ce  qui  n'a 
pas  lieu.  Ainsi,  iM.  H.  donne  l'étymologie  de  mil  en  conformité  avec 
M.  Brachet,  à  savoir  le  laiia  mille.  De  même  pour  ?nillesme,  latin  mille- 
simus.  Ces  deux  ètymologies  sont  de  trop,  en  vertu  des  règles  posées  par 
M.  H.  lai-même  dans  sa  préface,  mais  enfin,  soit  que  M.  H.  les  ait 
empruntées  à  M.  Brachet,  soit  qu'il  les  ait  trouvées  à  lui  tout  seul,  elles 
sont  justes.  Mais  M.  H.  a  été  rarement  aussi  bien  inspiré,  même  en  des 
cas  où  il  n'avait  qu'à  suivre  M.  Brachet.  Ainsi  pour  le  mot  cacier,  cachier 
qui  est  le  français  actuel  chasser,  et  qu'on  s'accorde  à  faire  venir  d'une 
forme  du  latin  vulgaire  telle  que  captiare,  M.  H.  indique  calcare!  Il 
n'est  pas  possible  d'ignorer  plus  complètement  les  règles  qui  ont  présidé 
à  la  formation  de  notre  langue. 

M.  H.  faisant  dans  son  introduction  (p.  iii-iv)  allusion  aux  critiques 
adressées  à  ses  précédentes  publications  s'exprime  ainsi  :  «  Nous  n'avons 
"  »  rien  à  répondre  à  ceux  qui  y  ont  relevé  quelques  erreurs  de  détail, 
»  inséparables  de  pareils  travaux.  Il  nous  serait  facile  d'en  relever  un 
»  bien  plus  grand  nombre  dans  des  publications  dues  à  des  hommes  dont 
»  les  noms  ont  beaucoup  plus  d''autorité  que  le  nôtre.  »  Le  lecteur 
appréciera  ce  qu'il  y  a  de  vraisemblable  dans  cette  assertion,  lorsqu'il 
saura  que  M.  H.,  au  lieu  de  donner  la  preuve  du  discernement  dont  il  se 
vante,  a  religieusement  conservé  dans  sa  compilation  la  plupart  des  erreurs 
de  ses  devanciers.  Ainsi,  il  traduit  comme  M.  Bartsch,  abregier  par 
«  faire  le  bergier  '  ;  »  il  reproduit  les  barbarismes  ou  les  contre-sens  de 
M.  Joly,  ceux  même  que  la  critique  a  depuis  longtemps  relevés*,  tels  que 
le  fantastique  «  anerail,  troupeau  d'agneaux.  »  il  va  prendre  dans 
Roquefort  ou  ailleurs  des  mots  patois,  même  des  mots  purement 
provençaux,  tels  que  auzor  qui  est  le  latin  altior  et  qu'il  traduit  par 
«  hauteur  »!  tels  que  aijsi  <>  ainsi  »,  azet  «  vinaigre  ».  Enfin,  on 
trouve  dans  ce  glossaire,  où  manquent  tant  de  mots  de  l'ancienne  langue, 
«  jaspiner,  bavarder  »,  et  «  gnaf,  cordonnier  »  ! 

Comme,  malgré   bien  des  superfluitès,  ce  «  glossaire  »   formait  un 
volume  par  trop  mince  (les  lettres  M  à  Z  occupent  160  pages  seulement). 

1.  M.  Bartsch,  même  dans  la  seconde  édition  de  sa  Chrestomathie  française, 
traduit  par  «  être  berger  »  le  mot  abregier  dans  ces  vers  de  PatheUn  : 

Et  quant  je  vy  qu'il  eut  puissance 
D'aller  aux  champs,  pour  abregier, 
Je  le  fis  estre  mon  bergier. 

2.  Voy.  l'art,  de  notre  confrère  M.  Panaier,  Revue  critique,  1870,  art.  71. 


6iA 

M.  H.  a  eu  l'idée  de  recueillir  dans  un  appendice  un  «  choix  de 
quelques  locutions  remarquables.  »  Ces  locutions  n'offrent  généralement 
rien  qui  soit  digne  de  remarque.  Voici  les  deux  premières  :  «  aider, 
savoir  s'aider,  savoir  se  défendre.  —  allure,  grande  allure,  à  grands 
pas.  »  Ce  hors-d'œuvre  a  été  pour  M.  H.  l'occasion  de  diverses  erreurs 
que  je  ne  relèverai  pas. 

Eu  terminant  son  avant-propos,  M.  H,  nous  fait  savoir  que  depuis  bien 
des  années  il  travaille  à  la  composition  d"un  vaste  répertoire  de  notre 
ancienne  langue,  dans  lequel  le  sens  de  tous  les  mots  sera  justifié  par 
des  exemples.  <c  J'attends,  »  dit-il,  «  pour  publier  un  ouvrage  qui  doit, 
»  dans  ma  pensée,  prendre  place  à  côté  de  celui  que  l'illustre  Raynouard 
»  a  consacré  à  la  langue  d'oc,  le  jour  où  je  ne  le  croirai  pas  indigne 
»  d'être  offert  au  monde  savant.  »  Ces  lignes,  où  se  révèlent  tant  d'illu- 
sions, m'ont  décidé  à  écrire  cet  article.  Evidemment  M.  Hippeau  ne 
soupçonne  pas  plus  le  tort  qu'il  fait  à  la  science  française  que  les  difficul- 
tés et  les  obligations  de  sa  tâche.  Mais  ceux  qui  sont  fatigués  de  lire  ou 
d'entendre  ce  qui  se  dit  à  l'étranger  sur  la  légèreté  française,  sur  le 
manque  de  conscience  des  Français,  penseront  sans  doute  avec  moi  qu'H 
faut  d'abord  nous  faire  justice  entre  nous^  si  nous  voulons  être  respectés 
au  dehors. 

Paul  Meyer. 


Cours  historique  de  langue  française.  De  l'enseignement  de  notre 
langue^  par  Ch.  Marty-Laveaux.  Paris,  Lemerre,  i872.  In-^2  de 
M9  p.  —  Prix  :  \  franc. 

La  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  a  déjà  annoncé  (voir  plus  haut 
p.  5/i3)  la  série  d'opuscules,  composant  un  cours  historique  de  langue 
française,  que  se  propose  de  publier  notre  confrère,  M.  Marty-Laveaux. 
Voici  le  premier  volume  de  la  collection.  L'auteur  y  expose  en  une  suite 
de  chapitres  très-courts  et  d'une  lecture  agréable  et  facile  le  plan  qu'il 
développera  dans  les  volumes  suivants.  Aussi  voulons-nous  accorder  à  ce 
petit  livre,  quelque  mince  qu'il  soit,  autre  chose  qu'une  simple  mention. 

En  dépit  des  importantes  découvertes  opérées  dans  le  domaine  de  la 
linguistique  depuis  le  commencement  de  ce  siècle,  l'étude  de  notre  langue 
nationale  est  restée  presque  stationnaire.  Tandis  qu'on  se  décidait  peu  à 
peu  à  modifier  selon  les  exigences  modernes  les' vieux  programmes  d'en- 
seignement élémentaire  et  secondaire  dans  presque  toutes  leurs  autres 
parties,  pour  l'étude  de  notre  grammaire  nous  en  restions  à  peu  de  chose 
près  aux  règles  établies  par  Lhomond.  M.  M.-L.  a  pensé  avec  raison  qu'il 
ne  fallait  pas  attendre  le  bon  vouloir  d'un  ministre  de  l'instruction  pultli- 
que  pour  entreprendre  de  faire  pénétrer  dans  l'instruction  de  nos  enfants 
quelques  notions  de  la  méthode  nouvelle  ;  mais,  d'autre  part,  connaissant 


le  peu  de  goût  de  ses  compatriotes  pour  les  ouvrages  d'apparence  scienti- 
fique, c'est  peu  à  peu^  dans  une  série  de  petits  traités,  qu'il  s'efforcera  de 
leur  expliquer  les  principes  à  adopter  dans  les  classes. 

Les  précédents  travaux  de  M.  M.-L.  l'avaient  très-bien  préparé  à  une 
semblable  entreprise.  Il  est  chez  nous  peu  de  gens  aussi  versés  que  lui 
dans  la  lecture  des  lexicographes  et  des  grammairiens  du  xvr  et  du  xvu^ 
siècles.  Cette  connaissance  approfondie  des  œuvres  linguistiques  d'une 
époque  aussi  importante  pour  l'histoire  du  français  donnera  certainement 
une  valeur  toute  particulière  à  son  livre,  et  même,  sous  une  forme  légère, 
ne  manquera  pas  de  fournir  de  précieuses  contributions  à  la  science.  On 
a  dès  aujourd'hui  un  avant-goût  des  curieuses  remarques  que  les  pro- 
chains fascicules  nous  réservent.  C'est  ainsi  que  M.  Marty-Laveaux  entre- 
prend avec  succès  une  réhabilitation  de  ce  Vaugelas,  qu'on  regardait  géné- 
ralement jusqu'à  ce  jour  comme  le  codificateur  trop  rigoureux  de  la  langue. 
11  nous  le  montre  doué  pour  son  époque  d'une  vue  assez  nette  des  ori- 
gines et  des  développements  du  français,  étudiant  nos  «  vieux  autheurs  » 
et  y  trouvant  quelquefois  l'explication  vraie  de  formes  alors  incomprises*. 
C'est  ainsi  encore  qu'on  voit  au  même  endroit  Patru  s'appuyant  sur  a  l'u- 
sage des  ancêtres  >^  pour  justifier  des  expressions  vieillies  comme  «  grand 
mère  »  et  «  lettres  royaux.  » 

Si  l'on  en  juge  par  ce  qu'en  dit  cet  exposé,  plusieurs  des  idées  qui 
seront  exprimées  dans  les  prochains  Ii\Tets  nous  semblent  dès  à  présent 
admissibles  ;  telles  sont  celles  qui  ont  trait  à  la  forme  neutre  de  certains 
pronoms  et  surtout  à  la  non-existence  de  la  voix  passive  en  français.  Mais 
dès  à  présent  aussi  on  peut  prévoir  qu'il  y  aura  des  parties  plus  contesta- 
bles dans  cette  œuvre,  et  nous  prions  M.  M.-Laveaux  de  porter  sur  les 
points  que  nous  allons  lui  signaler  toute  son  attention.  Nous  voulons 
parler  de  ceux  de  ses  opuscules  où  il  traitera  de  l'étymologie,  de  l'his- 
toire de  la  langue  antérieurement  au  xvi'  siècle,  et  surtout  de  ses  origines 
et  de  sa  formation.  Sur  ces  diverses  questions,  M.  M.-L.  ne  nous  paraît 
pas  être  tout  à  fait  au  courant  de  la  science.  Sa  prédilection  pour  l'ou- 
vrage estimable,  mais  aujourd'hui  arriéré,  de  Chevallet  est  évidente,  et 
nous  lui  voudrions  voir  plus  souvent  citer  des  livres  désormais  classiques, 
comme  la  grammaire  des  langues  romanes  de  Diez,  dont  M.  Brachet  a 
fait,  pour  ce  qui  regarde  le  français,  un  abrégé  commode.  La  connais- 
sance de  la  phonétique  est  une  des  plus  lentes  à  pénétrer  parmi  les  érudits 
français,  mais  c'est  une  des  plus  indispensables.  D'autre  part,  si  M.  M.-L. 
s'était  mieux  rendu  compte  de  l'influence  de  l'accentuation  latine  sur  la 
formation  du  français,  il  aurait  pu  expliquer  des  mots  tels  que  «  ils 
reçoivent  »,  qu'il  considère,  en  désespoir  de  cause,  comme  irréguliers. 

Nous  pensons  que  M.  M.-L.  voudra  bien  voir  dans  les  courtes  observa- 
tions qui  précèdent  une  preuve  de  l'intérêt  que  nous  prenons  au  travail 

I.  Voyez  page  71,  sur  le  mol  liesse. 


6^6 

nécessaire  qii'il  entreprend,  comme  nous  faisons  pour  tout  ce  qui  tend  à 
faire  mieux  apprécier  notre  vieille  langue  et  notre  vieille  littérature. 

Léopold  Pannier, 

Antoine  Court.  Histoire  de  la  restauration  du  protestantisme  en 
France  au  xviiie  siècle^  d'après  des  documents  inédits^  par  Edmond 
Hugues.  Paris,  Michel  Lévy,  ^872.  2  vol.  in-8-,  de  xx-495  et  oiO 
pp.  — Prix  :  V6  ïv. 

Après  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes  et  la  défaite  des  Camisards,  on 
pouvait  croire  que  c'en  était  fait  en  France  de  la  religion  réformée.  Les  plus 
riches  et  les  plus  fervents  parmi  ceux  des  protestants  qui  avaient  échappé 
à  la  mort  étaient  à  l'étranger  ou  sur  les  galères,  et  il  ne  semblait  pas 
difficile  d'avoir  raison  de  ce  qui  restait,  pauvre  troupe  sans  chef  et 
sans  asile,  traquée  de  toutes  parts.  Aussi  en  1715,  Louis  XIV,  pensant 
avoir  assuré  à  jamais  la  grandeur  de  son  royaume  en  le  débarrassant  de 
tarit  d'hommes  éminents  par  leur  intelligence  ou  par  leur  industrie,  put- 
il  proclamer  la  disparition  du  protestatitisme  français. 

Cependant  si  persécutée  qu'elle  eût  été  depuis  plus  de  trente  ans,  la 
foi  des  réformés  n'était  pas  irrévocablement  éteinte,  et,  au  moment  même 
où  mourait  le  grand  roi,  un  enfant  de  18  ans  parcourait  les  Cévennes,  le 
Languedoc  et  le  Dauphiné,  relevant  en  maints  endroits  le  courage  de  ses 
coreligionnaires  relaps  et  réorganisant  un  culte  régulier  jusque  sur  les 
galères  de  Marseille.  Cet  enfant,  qui  était  né  de  parents  obscurs  et  peu 
aisés,  dans  une  petite  ville  du  Vivarais,  à  Villeneuve  de  Berg,  s'appelait 
Antoine  Court.  Et  tels  furent  son  ardeur,  son  dévouement,  son  inébran- 
lable énergie,  telle  fut  l'activité  qu'il  déploya  avec  les  prédicants  qui  se 
groupèrent  autour  de  lui,  que,  malgré  de  nouvelles  persécutions,  d'iné- 
vitables rivalités  et  bien  des  défaillances,  il  eut  la  joie,  lorsqu'il  s'éteignit 
brisé  par  la  fatigue  etpar  la  lutte  en  1760,  de  voir  de  tous  côtés  se  relever 
de  nouvelles  églises,  et,  après  les  deux  synodes  nationaux  de  1756  et  de 
1758,  le  protestantisme  français  définitivement  reconstitué. 

Les  deux  volumes  que  vient  de  publier  M.  Edmond  Hugues  sont  con- 
sacrés à  l'histoire  émouvante  de  cette  restauration.  Notre  intention  n'étant 
pas  d'en  donner  ici  une  analyse  détaillée^  nous  nous  bornerons  à  faire  sur 
cet  ouvrage  une  observation  générale.  Si  grande  qu'ait  été  la  part  d'An- 
toine Court  dans  le  réveil  qui  se  manifesta  durant  les  premières  années 
du  xviiie  siècle,  peut-être  est-il  possible  de  reprocher  à  M.  Hugues  d'avoir 
donné  trop  d'importance  au  héros  qu'il  avait  choisi  et  de  se  montrer  trop 
souvent  enclin  à  lui  faire  honneur  de  résultats  que  devaient  produire  le 
cours  naturel  des  événements  et  les  dispositions  générales  des  esprits. 
Cela  tient  surtout,  croyons-nous,  à  la  façon  dont  le  livre  a  été  composé. 
Nous  imaginons  que ,  frappé  tout  d'abord  de  la  multitude  de  documents 
inédits  tant  sur  Antoine  Court  que  sur  ses  compagnons  de  lutte  qu'il  ren- 


647 

contrait  aussi  bien  à  Genève  et  à  Montpellier  qu'à  Paris  dans  la  Bibliothèque 
et  les  Archives  nationales,  M.  Hugues  a  facilement  conçu  l'idée  de  faire 
d'Antoine  Court  le  centre  et  l'agent  principal  du  mouvement.  Le  livre  y 
a  certainement  gagné  en  couleur  et  en  intérêt  ;  on  sent  à  la  fermeté  et  à 
l'enthousiasme  avec  lesquels  est  peint  le  principal  personnage  que  l'au- 
teur eût  été  capable  de  combattre  et  de  souffrir  comme  lui.  Mais,  malgré 
la  simplicité  de  son  plan,  et  bien  qu'il  faille  le  louer  d'avoir  tenu  à  puiser 
abondamment  à  des  sources  si  riches  et  si  diverses,  il  nous  semble  se 
perdre  un  peu  au  milieu  de  la  foule  énorme  de  matériaux  qu'il  avait  ras- 
semblés et  qu'il  a  ensuite  utilisés  partout,  dans  son  texte,  dans  ses  notes, 
et  dans  de  longs  appendices.  L'amour  dont  M.  Hugues  était  épris  pour 
son  sujet  lui  a  fait  accueillir  sans  contrôle  suffisant  tous  les  renseigne- 
ments, de  quelque  part  qu'ils  vinssent;  et,  une  fois  entraîné,  il  ne  les  a 
pas  toujours  interrogés  avec  la  critique  nécessaire  ni  groupés  de  façon  à 
éviter  quelques  répétitions. 

A  ces  remarques  près,  nous  ne  saurions  trop  recommander  l'ouvrage 
de  M.  E.  Hugues.  La  réunion  même  de  tant  de  renseignements  nouveaux, 
lettres  inédites,  déclarations,  mémoires  secrets,  en  font  un  livre  indispen- 
sable à  quiconque  voudra  connaître  l'histoire  vraie  du  protestantisme  en 
France  pendant  la  période  de  cent  années  qui  va  de  la  révocation  de 
l'Edit  de  Nantes  à  la  Révolution.  Et  nous  sommes  certain  en  outre  qu'après 
l'avoir  ouvert,  on  le  lira  jusqu'au  bout,  gagné  par  la  chaleur  du  style  et 
la  sincérité  du  récit,  ce  qui  n'empêche  pas  l'expression  de  la  pensée  d'être 

toujours  juste  et  modérée. 

Léopold  Pannier. 


OEUVRES  complètes  du  trouvère  Adam  de  la  Halle  (poésies  et  musique) 
publiées  sous  les  auspices  de  la  Société  des  scieaces^  des  lettres  et 
des  arts  de  Lille,  parE.  de  Coussemaker,  correspondant  de  l'Ins- 
titut. Paris,  Durand  et  Pédone- Lauriel.  4872.  ln-8°  de  lxxiv  et 
440  p.  avec  un  fac-similé. 

La  place  qu'Adam  de  la  Halle,  souvent  appelé  Adam  le  Bossu,  tient 
dans  l'histoire  littéraire  de  l'Artois  au  xiii^  siècle  justifie  les  sacrifices  que 
se  sont  imposés  M.  de  Coussemaker  et  ses  confrères  de  la  Société  de  Lille 
pour  rassembler  et  mettre  en  lumière  les  œuvres  complètes  d'un  aussi 
célèbre  trouvère.  Le  beau  volume  qu'ils  viennent  de  publier  comprend 
3Zi  chansons,  17  jeux  partis,  16  rondeaux,  5  motets,  le  congé  d'Adam 
d'Arras,  le  poème  du  roi  de  Sicile,  le  jeu  d'Adam  ou  de  la  Feuillie,  le  jeu 
de  Robin  et  de  Marion  et  le  jeu  du  Pèlerin.  Les  manuscrits  employés  par 
l'éditeur  sont  au  nombre  de  quinze  :  les  mss.  français  25566, 2Z|/i06, 8i6,  847, 
7363,  12615  et  7218  de  la  Bibliothèque  nationale  ;  le  ms.  de  l'ArsenalB.  L. 
franc.  120  A,  le  n°  657  d'Arras,  le  n"  196  de  Montpellier,  le  n»  572  d'Aix, 


6^8 

un  fragment  trouvé  à  Cambrai  en  1839,  le  ms.  l/j90  de  la  reine  de  Suède 
au  Vatican,  le  ms.  Douce  308  à  Oxford  et  le  ms.  H.X.  36  de  Sienne. 

Le  plus  grand  nombre  des  pièces  d'Adam  de  la  Halle  étaient  encore  iné- 
dites. Le  texte  en  aurait  sans  doute  pu  être  établi  avec  plus  d'exactitude, 
comme  le  prouvent  les  neuf  pages  d'errata  qu'a  fournies  M.  Guesnon,  sans 
avoir  même  vu  la  plupart  des  manuscrits;  mais  ce  que  l'édition  de  M.  dé 
Coussemaker  peut  laisser  à  désirer  pour  le  texte  se  trouve  compensé  par 
le  soin  avec  lequel  est  reproduite  et  interprétée  la  musique  de  toutes  les 
pièces.  En  effet,  les  compositions  musicales  d'Adam  de  la  Halle  ne  méri- 
taient pas  moins  d'être  connues  que  ses  compositions  poétiques,  et  ce 
n'est  pas  la  première  fois  que  M.  de  Coussemaker  a  su  rendre  service  en 
même  temps  à  l'archéologie  musicale  et  à  l'histoire  littéraire. 

Fragment  d'une  anthologie  picarde  (xiu"^  siècle)  par  A.  Boucherie. 
Montpellier  el  Paris,  librairie  Franck.  1872.  111-8"  de  30  pages. 

Au  moment  même  où  M.  de  Coussemaker  faisait  paraître  son  édition 
des  œuvres  d'Adam  de  la  Halle,  M.  Boucherie  publiait,  avec  de  savants 
commentaires,  dans  la  collection  de  la  Société  pour  l'étude  des  langues 
romanes,  quelques  pièces  picardes,  copiées  au  xv«  siècle  à  la  lin  du  ms, 
qui  porte  le  n°  236  àla  bibl.de  l'École  de  médecine  de  Montpellier.  D'après 
la  description  que  les  auteurs  dn  Catalogue  gé)iéral  (1,  375)  ont  donnée  de 
ce  ms.,  on  ne  pouvait  guère  espérer  y  rencontrer  une  jolie  petite  collec- 
tion de  poésies,  que  l'éditeur  a  légitimement  rattachées  à  l'école  arté- 
sienne du  xiii«  siècle,  et  dont  deux  au  moins  sont  l'œuvre  d'Adam  de  la 
Halle.  Le  ms.  236  de  Montpellier  vient  donc  s'ajouter  aux  quinze  mss. 
dans  lesquels  on  avait  précédemment  signalé  des  poésies  d'Adam. 

Prière  The'ophile,  dit  du  xve  siècle,  publié  pour  la  première  fois 
d'après  un  ms.  [par  Félix  Herbet].  GhàLeauroux,  typographie  de 
A.  Nuret.  1872.  In-8°  de  24  p.,  tiré  à  52  exemplaires. 

Sous  le  titre  de  «  Ci  commence  la  vie  Theophilus  en  françois^  »  un 
ms.  sur  parchemin,  qui  vient  de  la  bibliothèque  de  M.  de  Monmerqué,  et 
qui  appartient  aujourd'hui  à  M.  Herbet,  renferme  une  prière  à  la  Vierge, 
en  !xl  strophes  de  six  vers,  dont  voici  la  première  : 

Glorieuse  vierge  royne, 

En  qui,  par  la  vertu  divine, 

Jhesu  Crist  prist  humanité. 

Tu  qui  es  fontaine  et  racine 

De  tous  biens,  mon  cuer  enlumine, 

Doulce  dame,  par  charité. 

C'est  une  pièce  analogue  à  celles  que  renferment  beaucoup  de  livres 
d'heures  du  xv*  siècle.  Notre  confrère  l'a  publiée  en  comparant  l'ancien 


649 

manuscrit  dont  il  est  possesseur  avec  une  copie  que  M.  de  Monmerqué 
en  avait  faite  d'après  un  autre  manuscrit. 

Nie?,  des  poètes  bordelais  et  périgourdins  par  Guillaume  Colletet,  de 
l'Académie  française^  publiées  d'après  le  manuscrit  autographe 
du  Louvre,  avec  notes  et  appendices,  par  Philippe  Tamizey  de 
Larroque.  Paris,  A.  Glaudin;  Bordeaux,  Cli.  Lefebvre.  ^873.  In-S» 
de  -104  p.  (tome  IV  de  la  Collection  méridionale), 

M.  Tamizey  de  Larroque  avait  depuis  longtemps  résolu  de  publier 
toutes  les  notices  que  Guillaume  Colletet  a  consacrées  à  des  poètes  d'outre 
Loire.  En  1866,  il  lit  paraître  les  vies  de  six  poètes  gascons;  en  1868,  les 
vies  de  deux  poètes  agenais,  et  en  1871  la  vie  de  Guy  du  Faur  de  Pibrac. 
Aujourd'hui  il  nous  donne  les  vies  de  quatre  poètes  bordelais  et  périgour- 
dins  :  Lancelot  de  Carie,  Etienne  de  la  Boëtie,  Jean  du  Vigneau,  Marc  de 
Mailliet.  Il  nous  promet  encore  les  vies  de  JeauBesly,  d'Eustorg  de  Beau- 
lieu,  de  Marc-Antoine  Muret  et  de  Jean-Pierre  de  Mesmes.  La  destruction 
des  manuscrits  de  Colletet  dans  l'incemiie  de  la  bibliothèque  du  Louvre 
ne  permettra  pas  à  M.  Tamizey  de  Larroque  de  pousser  plus  loin  son 
entreprise.  Nous  devons  d'autant  plus  le  regretter  que  personne  ne  con- 
naissait et  n'appréciait  mieux  que  lui  l'œuvre  de  Guillaume  Colletet. 

M.  Tamizey  de  Larroque  est  du  petit  nombre  de  savants  qui  ont  tra- 
vaillé sur  le  manuscrit  original^  et  non  pas  seulement  sur  la  copie  de 
François  Colletet.  Aussi,  les  éditions  que  nous  lui  devons  se  recomman- 
dent autant  par  l'exactitude  du  texte  que  par  les  notes  et  les  éclaircisse- 
ments qu'il  y  a  ajoutés. 

Nous  ne  pouvons  pas  parler  ici  de  l'ouvrage  de  Colletet  sans  appeler 
l'attention  de  nos  lecteurs  sur  la  substantielle  notice  de  notre  confrère, 
M.  Léopold  Pannier,  intitulée  ;  «  Le  manuscrit  des  Vies  des  poètes  fran- 
çois  de  Guillaume  Colletet,  brûlé  dans  l'incendie  de  la  Bibliothèque  du 
Louvre.  Essai  de  restitution  »  (Paris,  librairie  A.  Franck,  1872,  in-8°  de 
19  pages;  extrait  de  la  Revue  critique).  On  y  trouvera  coordonnés  avec 
beaucoup  de  critique  tous  les  renseignements  qu'il  a  été  possible  de 
recueillir  sur  les  Vies  de  Guillaume  Colletet,  sur  celles  qui  sont  perdues 
comme  sur  celles  dont  le  texte  nous  a  été  conservé  par  des  éditions  ou 
par  des  copies,  notamment  par  un  manuscrit  que  la  Bibliothèque  natio- 
nale a  récemment  acheté  et  qui  renferme  ilxl  vies. 


Mémoire  sur  cette  question  :  Jérusalem  a-t-elle  été  prise  par  V armée 
du  calife  d'Egypte  dam  l'année  ^1096  oit  dans  Vannée  ^098?  Par 
M.  Defrémery.  Paris,  imp.  nationale^  ^872.  In-S"  de  27  p.  (Extrait 
du  Journal  asiatique). 

La  plupart  des  historiens  modernes  assignent  l'année  1096  pour  date  à 


620 

la  prise  de  Jérusalem  par  l'armée  du  calife  d'Egypte.  M.  Defrémery  a 
démontré  qu'en  faveur  de  cette  date  on  ne  peut  invoquer  que  l'autorité 
d'Ibn  Alalhir,  tandis  que  la  date  de  1098,  indiquée  par  différents  chroni- 
queurs musulmans  et  chrétiens,  est  la  seule  qu'on  puisse  concilier  avec 
l'enchaînement  des  faits  qui  précédèrent  l'entrée  des  croisés  à  Jérusalem. 

Essai  sur  les  origines  de  V abbaye  de  Baume-les-Moines^  par  Bernard 
Prost.  Lons-le-Saunier,  imp.  Gauthier.  1872.  111-8"  de  \\1  p.  — 
Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'Émulation  du  Jura. 

Notre  confrère  M.  Prost  a  retracé  dans  un  récit  intéressant  l'histoire  de 
l'abbaye  de  Baume  depuis  l'origine  jusqu'à  la  fin  du  xi"  siècle.  11  y  a  dis- 
cuté avec  critique  plusieurs  questions  difficiles.  Cet  instructif  mémoire  se 
termine  par  sept  pièces  justiticatives,  dont  le  texte  est  bien  établi  et  dont 
les  sources  sont  méthodiquement  indiquées.  L'une  d'elles  est  une  bulle  de 
Grégoire  VII,  qui  n'avait  point  encore  été  publiée,  et  dont  l'original  est 
conservé  aux  Archives  du  Jura.  Elle  est  ainsi  datée  :  «  Scriptum  per  ma- 
num  Rainerii  notarii,  anno  V  pontificatus  domni  Gregorii  VII  papœ,  anno 
videlicet  dominicœ  incarnationis  millesimo  LXXVIII,  indictione  I.  »  C'est, 
je  crois,  la  première  fois  qu'on  trouve  une  bulle  de  Grégoire  VII  écrite  par 
le  notaire  Renier.  —  M.  Prost  signale  aussi  en  original  aux  archives  du 
Jura  la  bulle  d'Urbain  II  qui  forme  le  n"  ZiOZi3  des  Regesta  de  Jaffé. 

Cluny.  La  ville  et  V abbaye,  par  A.  Penjon.  Cluny,  ^1872.  In- 4  8  de 
188  p. 

Ce  petit  volume  est  rempli  de  renseignements  utiles,  dont  beaucoup 
seraient  vainement  cherchés  dans  les  ouvrages  plus  considérables  dont 
l'abbaye  de  Cluni  a  été  le  sujet.  On  y  remarque  notamment,  à  la  p.  156, 
un  catalogue  des  inanuscrits  qui  sont  restés  à  Cluny  et  qui  méritent  une 
respectueuse  attention  :  c'est  en  effet  le  principal  débris  qui  subsiste 
aujourd'hui  de  lune  des  plus  célèbres  bibliothèques  monastiques  du 
moyen  âge. 

Le  plan  que  M.  Penjon  a  joint  à  son  volume  permet  de  juger  l'étendue 
et  la  destination  des  bâtiments  de  l'abbaye  de  Cluny  en  1790  et  de  compa- 
rer l'état  ancien  avec  l'état  actuel. 

Saiint  Rouin  et  son  pèlerinage,  par  Jules  Didiot.  Verdun,  impr.  de 
Ch.  Laurent.  1872.  In-18  de  229  p. 

Nous  n'annoncerions  pas  ce  livret  de  dévotion  si  l'auteur  n'y  avait  point 
consigné  des  observations  qui  peuvent  éclaircir  quelques  passages  de  l'an- 
cienne vie  de  saint  Rouin  (Rodingus),  publiée  par  Hugues  Ménard,  par 
Mabillon  (Acta,  IV,  II,  532),  par  les  Bollandistes  (sept.  V,  513)  et  en  par- 
tie par  D.  Bouquet  (III,  591). 


624 


Tablettes  historiques  du  Velay,  paraissant  le  \^'  de  chaque  mois. 
Année  ^87^-^872.  Le  Puy,  Besbenoit;  Paris,  Dumoulin.  In-S». 

D'après  les  livraisons  que  nous  avons  sous  les  yeux,  ce  recueil  mérite 
(l'être  recommandé  à  l'attention  de  nos  lecteurs.  Il  renferme  en  effet  des 
morceaux  historiques  consciencieusement  traités,  et  un  assez  grand 
nombre  de  documents  originaux,  du  moyen  âge  et  des  temps  modernes, 
reproduits  avec  soin  et  commentés  avec  érudition.  Nous  ne  croyons 
cependant  pas  pouvoir  laisser  passer  sans  observations  le  travail  auquel  a 
donné  lieu  la  charte  de  fondation  du  prieuré  de  Saint-Pierre-Eynac,  en 
date  du  le'- mars  1070.  Cette  pièce  est  d'une  insigne  fausseté.  On  le  recon- 
naîtra à  la  lecture  des  premières  lignes. 

«  In  Dei  nomine.  Amen.  Noverint  universi  et  singuli,  présentes  pariter 
et  futuri,  banc  presentem  cartam  inspecturi  et  audituri,  quod,  anno 
dominicœ  incarnationis  MLXX,  et  die  prima  mensis  Martii,  régnante  Hen- 
rico  imperatore,  et  sedente  Urhano  papa  Romano,  atque  principe  illus- 
trissime domino  Philippo,  Dei  gratia  Francorum  rege  et  régnante,  in 
nobisque  notariis  auctoritate  imperiali  personis  publicis  et  testium  subs- 
criptorum  presentia  personaliter  constitutus,  potens  et  nobilis  vir  Dragu- 
metus,  dominus  de  Caplolio  et  d'Eynac,  miles,  in  redemptionem  peccato- 
rum  suorum  et  ad  salutem  animœ  suœ  et  parentum  suorum  deffunctorum, 
gratis,  pro  se  et  suis,  instituit  et  dotavit  et  fundavit  ad  unum  prioratum 
perpetuum,  in  loco  et  ecclesia  parrochiali  Sancti  Pétri  d'Eynac  perpetuis 
temporibus  desserviendum » 

Toutes  ces  formules  ne  sauraient  être  antérieures  au  xiv^  siècle.  L'in- 
tervention de  notaires  impériaux  dans  un  acte  de  1070  constitue  un  gros- 
sier anachronisme,  et  le  faussaire  s'est  maladroitement  trahi  quand  il  a 
mis  en  tête  d'un  acte  de  1070  le  nom  d'Urbain  II  qui  ne  monta  sur  le 
siège  pontifical  qu'en  1088. 

Les  éditeurs  des  Tablettes  historiques  du  Velay  ont  joint  à  leur  Revue, 
sous  une  pagination  distincte,  le  texte  du  Cartulaire  de  Chamalières, 
composé  de  384  chartes  ou  petites  notices  du  x^  au  xui^  siècle.  Ce  cartu- 
laire formera  un  petit  volume  in-octavo,  intitulé  :  Carlularium  convenues 
Sanctis  Egidii  Camaleriarum  ordinis  sancti  Benedicti  a  D.  H.  Fraisse 
publicatum.  Le  Puy,  1871.  In-octavo.  Nous  n'en  avons  encore  vu  qu'un 
exemplaire  incomplet;  mais  nous  pouvons  dès  à  présent  annoncer  cette 
publication  comme  très-importante,  et  nous  devons  d'autant  plus  en  féli- 
citer les  éditeurs  que  le  Cartulaire  de  Chamalières  était  à  peu  près  inconnu. 
Le  manuscrit  original,  dont  il  serait  bien  utile  d'avoir  une  description 
exacte  et  détaillée,  a  été  donné  à  l'évêché  du  Puy  par  M.  Lacombe. 


622 


AiicnivES  /iistoriqiies  du   Poitou.   I.   Poitiers,  impr.  de  H.  Oudin. 
^872.  In-8ode  4<2p. 

La  Société  des  Arcliiveshistoriqvies  du  Poitou,  dont  nous  avons  annoncé 
la  fondation  (vol.  de  1871,  p.  Z|70),  vient  de  publier  le  premier  volume 
de  son  recueil.  Une  simple  énumération  des  documents  qu'il  renferme 
montrera  que  jamais  société  savante  n'a  débuté  avec  plus  de  bonheur  et 
n'a  plus  promptement  touché  le  but  qu'elle  se  propose. 

Pages  1-51.  Cartulaire  du  prieuré  de  Saint-Nicolas  de  Poitiers.  Collec- 
tion de  Zi5  chartes  ou  notices,  presque  toutes  de  la  seconde  moitié  du 
xi'  siècle,  publiée  par  M.  Redet,  d'après  un  ms.  du  xv  siècle  des  Archives 
de  la  Vienne. 

Pages  53-78.  Cartulaire  du  prieuré  de  Libaud.  M.  Marchegay  a  réuni 
32  chartes  relatives  à  ce  prieuré,  qui  dépendait  de  Fontevraud  et  était 
situé  sur  le  territoire  de  la  Réorthe  (Vendée).  Sauf  les  trois  dernières, 
elles  appartiennent  à  la  fin  du  xii'^  siècle.  Presque  toutes  sont  tirées  du 
cartulaire  de  Fontevraud,  conservé  dans  la  bibliothèque  de  feu  sir  Tho- 
mas Phillipps. 

Pages  79-116.  Dons  d'hommes  au  xiii^  siècle  en  Bas-Poitou.  Sous  ce 
titre,  M.  de  la  Boutetière  a  donné  35  chartes  du  xni^  siècle,  qui  fournis- 
sent de  curieux  détails  sur  la  condition  des  personnes  au  moyen  âge  dans 
le  Bas-Poitou.  Le  plus  grand  nombre  de  ces  chartes  ont  été  recueillies 
aux  Archives  de  la  Vienne,  dans  le  fonds  du  grand  prieuré  d'Aquitaine. 

Pages  117-142.  Extraits  des  archives  historiques  de  la  ville  de  Fontenay- 
le-Comte.  M.  Benjamin  Fillon,  sous  les  auspices  du  conseil  municipal  de 
Fontenay,  rassemble,  depuis  1866,  tous  les  documents  qui  se  rapportent 
à  l'histoire  de  cette  ville.  De  la  première  série  de  ce  recueil,  comprenant 
huit  volumes  in-folio,  il  a  tiré  17  morceaux  qui  font  bien  saisir  la  pensée 
quia  guidé  les  auteurs  de  la  compilation.  Nous  y  avons  surtout  remarqué 
les  pièces  suivantes  :  Épitaphe  de  «  Hecfredus  abbas,  »  du  x^  siècle;  — 
charte  de  Richard  Cœur-de-Lion  pour  la  fondation  du  monastère  de  Saint- 
André  des  Gourfailles  (6  mai  1190);  —  charte  de  Philippe-Auguste, 
datée  de  Parthenay,  en  1207,  confirmant  une  concession  faite  par  Guil- 
laume de  Mauléon  à  Gérard  de  la  Pérate  ;  —  charte  de  saint  Louis,  datée 
du  camp  devant  Fontenay,  le  26  mai  12Zi2,  pour  donner  à  Maurice  Galeran 
le  château  de  Mervent  et  la  terre  des  Oulières. 

Pages  1^3-201.  Lettres  des  rois  de  France,  princes  et  grands  person- 
nages à  la  commune  de  Poitiers.  Cette  collection  a  été  tirée  par  M.  Le- 
dain  des  registres  municipaux  de  Poitiers;  elle  comprend  60  lettres,  la 
plus  ancienne  de  1Z|53,  et  la  plus  récente  de  1513.  Il  y  en  a  1  de  Charles  VII, 
32  de  Louis  XI,  et  11  de  Louis  XII. 

Pages  203-296.  Lettres  de  Flandrine  de  Nassau,  abbesse  de  Sainte-Croix 
de  Poitiers,  à  Charlotte  Brabantine  de  Nassau,  duchesse  de  la  Trémoille, 


623 

sa  sœur.  —  Colleclion  de  65  lettres,  depuis  1598  jusqu'en  1630,  publiées 
par  M,  Marchegay,  d'après  les  originaux  du  chartrier  du  duc  de  la 
Trémoille. 

Pages  297-332.  Miscellanées.  Ce  titre  comprend  divers  documents 
épigraphiques  et  diplomatiques,  communiqués  par  MM.  Beauchet-Filleau, 
Bonsergent,  Fillon,  Marchegay  et  Richard.  Les  plus  curieux  sont  les  sui- 
vants :  Inscription  chrétienne  du  v^  siècle,  récemment  trouvée  à  Saint- 
Cyr  en  Talmondais  (Vendée)  et  portant  ces  mots  :  NESTO..  IN  PAC. — 
Sceau  de  Alboin,  évèque  de  Poitiers  au  milieu  du  X*  siècle,  gravé  d'après 
la  matrice  découverte  il  y  a  quelques  années  en  Vendée.  Ce  petit  monu- 
ment, auquel  M.  Fillon  attache  à  bon  droit  une  grande  importance, 
représente  une  main  tenant  un  bâton  pastoral  en  forme  de  tau,  avec  la 
légende  :  ALBOINI  EPISCOPI.  —  Epitaphe  du  x'  siècle,  encastrée  dans 
une  muraille  de  Saint-Hilaire-le-Grand,  et  que  M.  Bonsergent  lit  ainsi  : 
Gunterius  repetit  signuni  crucis.  Ecce  quis  est  hic. 
Hugo  meus  grammas  nepos  composuit  istas. 

Pages  333-378.  Epigraphie  romaine  et  gallo-romaine.  Sigles  figulins 
trouvés  à  Poitiers  ;  par  M.  Bonsergent. 

Pages  379-Zi09.  Table  générale  des  noms  de  personnes  et  de  lieux. 

L'Histoire  généalogique  de  la  maison  de  Rohan  par  Dom  31orice.  — 
Notice  par  D.  François  Plaine  Nantes  [^872l.  In-8°  de  44  p.  (A 
Paris,  chez  Dumoulin;  -1  fr.  50). 

L'auteur  de  cette  brochure  s'est  proposé  de  faire  connaître  les  travaux 
entrepris,  au  xvni*  siècle,  par  Dom  Morice  pour  l'histoire  généalogique  de 
la  maison  de  Rohan.  Il  a  emprunté  presque  tous  ses  renseignements  aux 
papiers  mêmes  de  Dom  Morice,  qui  ont  été  recueillis  par  notre  confrère 
M.  Courajod,  en  12  volumes  ou  portefeuilles.  —  A  la  suite  de  sa  notice, 
D.  François  Plaine  a  publié  la  relation  d'un  voyage  littéraire  accompli  en 
1752  par  D.  Taillandier  en  Touraine,  en  Anjou,  en  Bretagne  et  en  Nor- 
mandie. Quoique  le  texte  de  cette  relation  soit  incomplet,  on  y  trouve 
des  détails  curieux  sur  les  chartriers  des  églises  et  des  châteaux  que 
D.  Taillandier  explora  pour  y  chercher  les  titres  de  la  maison  de  Rohan. 

Origine  et  progrès  de  la  ré  formation  à  la  Rodielle;  précédé  d'une 
notice  par  Philippe  Vincent^  par  Louis  de  Richemond,  archiviste 
de  la  Charente-Inférieure.  Paris,  lib.  Sandoz  et  Fischbacher.<872. 
In-'IS  de  128  p. 

Ce  livret,  dépourvu  de  prétentions  scientifiques,  est  un  résumé  fidèle, 
sinon  impartial,  de  l'histoire  du  protestantisme  à  la  Rochelle,  depuis 
l'origine  jusqu'à  la  fin  du  xvi*  siècle.  L'emploi  que  l'auteur  a  fait  des 
documents  originaux  montre  qu'il  est  bien  préparé  à  écrire  une  histoire 
érudite  et  détaillée  de  l'église  réformée  de  la  Rochelle. 


624 


LIVRES   NOUVEAUX. 

203.  Annales  (les)  de  Saint-Dertin  et  de  Saint- Vaast;  suivies  de 
fragments  d'une  chronique  inédite,  publiées  avec  des  annotations  et  les 
variantes  des  manuscrits,  pour  la  Société  de  l'histoire  de  France,  par 
l'abbé  G.  Dehaisnes.  In-M°,  xviij-478  p.  Paris,  V«  J.  Renouard. 

204.  Armaillé  (M'"«d').  Catherine  de  Bourbon,  sœur  de  Henri  IV, 
étude  historique.  In-lS  jésus,  v-350  p.  Paris,  lib.  Didier  et  G«. 

205.  AssELiNEAU.  —  Vie  de  Glaire-Clémence  de  Maillé-Brézé,  prin- 
cesse de  Condé,  1G28-1694.  Gr.  in-18,  129  pages.  Paris,  librairie  Léon 
Techener. 

206.  Barafort.  —  Quelques  mots  sur  le  premier  volume  de  l'Histoire 
de  France  de  M.  Guizot.  In-S",  24  p.  Lyon,  imp.  Bellon. 

207.  Barthélémy  (An.  de).  —  Etude  sur  les  monnaies  antiques 
recueillies  au  mont  Beuvray  de  1867  à  1872.  In-S"  de  30  p.  et  1  planclie. 
Autun,  Michel  Dejussieu.  1872. 

208.  Barthety.  —  L'Ancien  collège  de  Lescar  (Basses- Pyrénées),  ses 
transformations,  et  l'école  normale  primaire  du  département.  Simples 
souvenirs  historiques.  In-12,  46  p.  Paris. 

209.  Baye  (de).  —  Communication  sur  les  grottes  préhistoriques  de 
la  Marne,  faite  au  congrès  international  d'anthropologie  et  d'archéologie 
préhistoriques  de  Bruxelles.  In-S",  37  p.  Paris,  imp.  Glaye. 

210.  Beaucourt  (G.  du  Fresne  de).  —  Charles  VIL  Son  caractère. 
In-8",  111  pages.  Paris,  Palmé.  1872. 

•Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

211.  Beaurepaire  (Ch.  de).  —  Notes  extraites  des  premiers  registres 
de  l'hôtel-Dieu  de  Rouen.  In-S»  de  29  p. 

Extrait  du  Précis  des  travaux  de  l'Académie  de  Rouen.  18G9-1870. 

212.  Beaurepaire  (Ch.  de).  —  Recherches  sur  la  population  de  la 
générahté  et  du  diocèse  de  Rouen  avant  1789.  ^1-4"  de  73  p.  Evreux, 
P.  Huet.  1872. 

Extr.  des  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  Normandie. 

213.  Bellerive  (de).  — Voyage  du  chevalier  de  Bellerive  au  camp  du 
roi  de  Suède  àBender,  en  1712;  publié  avec  des  notes  par  A.  de  Marsy. 
In-12,  ix-43  p.  Paris,  librairie  des  bibliophiles. 

214.B0EHMER  (E.).  —Edition  critique  du  texte  d'Oxford  delà  Chanson 
de  Roland.  In-8'>.  Halle,  Lippert. 

215.  BoRGHESi.  —  CEuvres  de  Bartolomeo  Borghesi.  T.   8.  Lettres. 


625 

T.  3,  publié  sous  les  auspices  de  M.  le  ministre  de  l'instruction  publique 
par  les  soins  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  In-4°, 
632  p.  et  portr.  Paris,  imp.  nationale. 

216.  Boucherie  (A.).  —  Un  almanach  au  x^  siècle.  In-8°  de  15  p. 
Montpellier,  Bureau  des  publications  de  la  Société  pour  l'étude  des 
langues  romanes.  Paris,  libr.  A.  Franck.  1872. 

217.  Brachet.  —  Dictionnaire  des  doublets  ou  doubles  formes  de  la 
langue  française;  par  Auguste  Brachet.  Supplément.  In-8°,  27  p.  Paris, 
Franck. 

218.  Bulletin  de  la  Société  historique  de  Gompiègne.  T.  I.  1er  fasci- 
cule. 1869-1872.  In-8o,  168  p.  et  7  pi.  Gompiègne,  imp.  Edler. 

219.  Gastan  (Aug.).  —  Les  sceaux  de  la  commune,  l'hôtel-de-ville  et 
le  palais  de  justice  de  Besançon.  In-8°  de  58  p.  et  2  planches.  Besançon, 
Dodivers.  1872. 

Extr.  des  Mémoires  de  la  Société  d'émulation  du  Doubs. 

220.  Ghevalieu  (l'abbé  G.  U.  J.).  —  Inventaire  des  archives  des  dau- 
phins de  Viennois  à  Saint-André  de  Grenoble  en  1346;  publié  d'après 
les  registres  originaux  avec  tables  chronologique  et  alphabétique.  In-8», 
xxiv-380  p.  Paris,  Franck.  —  10  fr. 

221.  Ghevalier  (l'abbé  G.).  —  Origines  tourangelles  de  Descartes. 
In-8°  de  31  p.  Tours,  impr.  Ladevèze.  1872. 

222.  Ghronique  (la  seconde)  de  Gargantua  et  de  Pantagruel,  précédée 
d'une  notice  par  M.  Paul  Lacroix.  In-12,  xx-123  p.  Paris,  Lib.  des 
bibliophiles.  —  8  fr. 

223.  Ghronique  d'Ernoul  et  de  Bernard  le  Trésorier,  publiée,  pour  la 
première  fois,  d'après  les  manuscrits  de  Bruxelles,  de  Paris  et  de  Berne, 
avec  un  essai  de  classification  des  continuateurs  de  Guillaume  de  Tyr, 
pour  la  Société  de  l'histoire  de  France,  parM.L.  de  Mas  Latrie.  In-S», 
xliv-593  p.  Paris,  lib.  V^  J.  Renouard. 

224.  Ghronique  de  Robert  de  Torigni,  abbé  du  Mont-Saint-Michel  ; 
suivie  de  divers  opuscules  historiques  de  cet  auteur  et  de  plusieurs  reli- 
gieux de  la  même  abbaye,  le  tout  publié  d'après  les  manuscrits  origi- 
naux, par  Léopold  Delisle.  T.  I.  In-8°,  lxxj-377  p.  Rouen,  imp.  Boissel; 
lib.  Le  Brument.  —  12  fr. 

Publication  de  la  Société  de  l'histoire  de  Normandie. 

225.  Glosmadeug  (de).  —  La  Gonspiration  dite  de  Pontcallec,  en 
Bretagne,  sous  la  Régence.  (Récit  inédit  extrait  d'un  manuscrit  con- 
temporain.) Avant-propos  par  M.  le  docteur  G.  de  Glosmadeuc.  39  p. 
Vannes,  imp.  Galles. 

Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  polymathique  du  Morbihan.  2^  semestre 
1871. 

4^ 


626 

226.  CouiiF.ET  (ral)bé  J.).  —  Les  tombes  eu  bronze  des  doux  évêques 
foiulatcurs  de  la  cathédrale  d'Amiens.  In-8»  de  47  p.  Amiens,  Lani,'lois. 

227.  CouRiOT.  —  Etude  sur  sainte  Geneviève  et  sur  la  légende  de 
Juilly.  In-8»,  70  p.  Paris,  imp.  Gusset  et  G°. 

228.  Dehaisnes  (l'abbé).  —  Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  M.  Des- 
planquo,  archiviste  du  Nord.  In-S",  38  p.  et  portrait.  Lille,  imp. 
Danel. 

229.  Demmin.—  Encyclopédie  historique,  archéologique,  biographique, 
chronologique  et  monogrammatiquo  des  beaux-arts  plastiques.  Archi- 
tecture et  mosaïque ,  cérami(]ue ,  sculpture ,  peinture  et  gravure. 
Ire  partie.  In-8°,  viij-406  p.  avec  1200  grav.  Paris,  lib.  Furno,  Jouvet 
et  G«. 

230.  Dergny.  —  Le  Pays  de  Bray.  Gommunes  et  paroisses,  histoire  et 
archéologie,  topographie  et  statistique.  T.  L  In-8%  317  p.  Neufchàtel. 

231.  DiDOT  (Ambr.  Firmin).  —  Etude  sur  Jean  Gousin,  suivie  de 
notices  sur  Jean  Leclerc  et  Pierre  Woeiriot.  In-o"  de  xij  et  300  p. 
Paris,  Didot,  1872. 

232.  Dion  (A.  de).  —  Recherches  sur  les  anciens  chemins  de  l'Ive- 
line  et  du  comté  de  Montfort.  ln-8o  de  11  p.  avec  une  carte.  Ghartres, 
Garnier.  1871. 

233.  Dion  (A.  de).  —  Note  sur  les  progrès  de  l'architecture  militaire 
sous  le  règne  de  Philippe-Auguste.  ln-8«  de  25  p.  Rambouillet,  impr. 
Raynal.  1871. 

234.  Documents  inédits  relatifs  à  l'histoire  de  Genève  de  1312  à  1378, 
recueillis  par  Edouard  Mallet,  publiés  avec  quelques  additions  et  un 
répertoire  chronologique  de  toutes  les  pièces  imprimées  concernant  la 
même  période.  In-S"  de  xlviij  et  425  pages.  Genève,  impr.  Ramboz. 

1872. 

Tome  XVIII  des  Mémoires  et  documents  publiés  par  la  Société  d'histoire 
et  d'archéologie  de  Genève. 

235.  Documents  inédits  sur  le  cardinal  de  Richelieu.  In-8%  28  pages. 
Angers,  impr.  Lachèse,  Belleuvre  et  Dolbeau. 

236.  DuPRÉ.  —  Les  comtesses  de  Ghartres  et  de  Blois.  Étude  histo- 
rique. In-8°,  43  p.  Ghartres,  imp.  Garnier. 

237.  DuPRÉ  (A.).  —  Documents  historiques  et  archéologiques  sur  les 
fontaines  de  Blois.  In-8»  de  14  p.  Paris,  imp.  nat.  1872. 

Extr.  de  la  Revue  des  sociétés  savantes. 

238.  Éloges  (les)  de  la  ville  de  Rouen,  en  vers  latins  et  français,  par 
Antoine  de  Lamare  de  Ghesnevarin,  Pierre  de  Lamare  de  Durescu,  son 
bis,  et  Pierre  Grognet,  publiés  d'après   des   imprimés  du  xvi"^  et  du 


627 

xvne  siècle,  avec  une  introduction  par  Ed.  Frère.  In-4°  de  xix,  46,  13  et 
6  p.  Rouen,  impr.  Boissel.  1872. 

Société  des  bibliophiles  normands. 

239.  Études  druidiques  et  des  temps  primitifs  et  d'intuition  des  races 
humaines.  Nouvelle  disposition  des  triades  du  Mystère  des  bardes  de 
l'île  de  Bretagne  (Cyvrinach  beirdd  ynys  Prydain)  et  observations  sur 
ce  monument,  par  A.  G.  G.  In-8°,  16  p.  Saumur,  imp.  Roland. 

240.  Filleul  (Nie).  —  Les  théâtres  de  Gaillon  à  la  reine;  avec  une' 
introduction  par  Eug.  de  Robillard  de  Beaurepaire.  In-4''  de  xxv  et 
124  p.  Rouen,  impr.  Boissel.  1873. 

Société  des  bibliophiles  normands.  —  Réimpression  d'un  livret  de  1566. 

241.  Filon.  —  L'Ambassade  de  Ghoiseul  à  Vienne  en  1757  et  1758, 
d'après  des  documents  inédits.  Mémoire  lu  à  l'Académie  des  sciences 
morales  et  politiques.  In-8°,  168  pages.  Paris,  lib.  Durand  et  Pedone 
Lauriel. 

Extrait  du  Compte  rendu  de  l'Académie  des  sciences  morales. 

242.  France  (la)  avant  Clovis,  ou  le  Premier  empire  chrétien.  Origines 
gauloises,  géographie,  religion,  mœurs,  étymologie  des  anciens  noms. 
ln-4°,  44  p.  Le  Mans,  imp.  Beau  vais. 

243.  Fboehner.  —  La  Colonne  Trajane,  reproduite  en  phototypogra- 
phie, d'après  le  surmoulage  exécuté  à  Rome  en  1861  et  1862,  200  pi. 
en  couleur.  Texte  explicatif  par  W.  Frœhner.  PL  par  Gustave  Arosa 
d'après  le  procédé  Tessier  du  Motay  et  Maréchal.  Livraisons  25  à  36. 
In-folio,  22  p.  Paris,  imp.  Claye  ;  lib.  Rotschild. 

244.  Froissart.  —  Chroniques  de  J.  Froissart,  publiées  pour  la 
Société  de  l'histoire  de  France  par  Siméon  Luce.  T.  3^.  1342-1340.  (De- 
puis la  trêve  entre  Jeanne  de  Montfort  et  Charles  de  Blois  jusqu'au 
siège  de  Calais.)  In-S",  lxiij-462  p.  Paris,  V^  J.  Renouard. 

245.  Froissart.  —  Œuvres  publiées  par  le  baron  Kervyn  de  Letten- 
hove.  Chroniques.  Tome  XV.  1392-1396.  Depuis  le  meurtre  du  sire  de 
Clisson  jusqu'à  la  bataille  de  Nicopoli.  In-S"  de  514  pages.  Bruxelles. 

18-72. 

Id.  Tome  XVII.  13\î-2-1378.  Chroniques  abrégées.  (C'est  une  édition  de 
l'abrégé  contenu  dans  lems.  10144  de  la  Bibl.  Nat.  de  Paris.)  In-8°  de  585  p. 
Bruxelles,  1872. 

246.  Garnier.  — Histoire  de  l'imagerie  populaire  et  des  cartes  à  jouer 
à  Chartres  ;  suivie  de  recherches  sur  le  commerce  du  colportage  des 
complaintes,  canards  et  chansons  des  rues.  In-8°,  viij-454  p.  Paris,  lib. 
Aubry;  Bachehn-Deflorenne  ;  A.  Fontaine.  1869. 

247.  GouELLAiN  (Gust.),  —  Étude  céramique  sur  une  vue  du  port  de 
Rouen  d'après  une  plaque  de  faïence  de  la  collection  de  M.  le  baron  de 
Gérycke.  In-4°  de  35  p.  Rouen,  Le  Brument.  1872. 


628 

248.  Grandmaison.  —  La  Commission  intermédiaire  de  l'assemblée 
provinciale  de  Touraine.  1787-1790.  In-8",  Gl  p.  Paris,  lib,  Thorin. 

Extrait  de  la  Revue  de  législation  française  et  étrangère. 

249.  Granier  de  Gassagnac.  —  Histoire  des  origines  de  la  langue 
française.  In-S",  xvi-554  p.  Paris,  Firmin  Didot  frères,  fils  et  G°. 

250.  GuiGARD.  —  Armoriai  du  bibliophile,  avec  illustrations  dans  le 
texte.  Bipartie.  In-8°  à  2  col.,  144  p.  Paris,  lib.  Bachelin-Dellorenne. 

251.  Hauréau.  —  Histoire  de  la  philosophie  scolastique.  l''»  partie 
(d(>  Gharlemagne  à  la  On  du  xu'^  siècle).  In-8'',  vij-555  p.  Paris,  Durand 
et  Pedone  Lauriel. 

252.  Hénault  (Uabbé).  —  Notice  sur  Téglise  de  Lucc.  In-S",  19  p.  et 
pi.  Chartres,  imp.  Garnier. 

253.  Héricault  (d')  et  Moland.  —  La  France  guerrière.  Henri  IV. 
Louis  XIV.  La  République.  Récits  historiques  d'après  les  chroniques 
et  les  mémoires  de  chaque  siècle.  Nouvelle  édition.  In-18  jésus,  360  p. 
Paris,  Garnier  frères. 

254.  HÉzECQUEs(de  France  d').  —  Souvenirs  d'un  page  de  la  cour  de 
Louis  XVI.  In-12,  viij-364  p.  Paris,  Didier  et  C''. 

255.  Histoire  (F)  toulousaine,  journal  historique,  biographique,  litté- 
raire, poétique,  etc.  l''^  année.  N"  1.  25  août  1872.  In-4''  à  3  col.,  4  p. 
Toulouse,  imp.  Baylac. 

256.  HoMBRES  (d').  —  Dictionnaire  languedocien-français,  contenant 
les  définitions,  radicaux  et  étymologies  des  mots;  les  idiotismes,  dic- 
tons, maximes  et  proverbes,  leurs  origines,  et  celles  des  coutumes, 
usages  et  institutions;  les  noms  propres  de  personnes  et  de  lieux,  ori- 
gines, étymologies  et  signihcations  ;  les  termes  d'agriculture,  de  métiers, 
d'arts,  de  professions,  d'industries  ;  la  flore  et  la  faune  méridionales,  etc. 
l"*  partie.  In-4"  à  2  col.,  420  p.  Alais,  imp.  et  lib.  BrugueiroUe  et  C«. 

257.  HouDOY.  —  L'impôt  sur  le  revenu  au  xvi"  siècle.  Les  Etats  de 
Lille  et  le  duc  d'Albe.  Gr.  in-S»,  92  p.  Lille,  imp.  Danel. 

Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  sciences  et  des  arts  de  Lille. 

258.  HucHER.  —  Notes  sur  les  médailles  gauloises  offrant  le  triskèle, 
l'astre  à  quatre  rayons  et  les  légendes  Ateula  et  Caledu  ;  lues  dans  la 
36^  session,  tenue  à  Chartres,  du  Congrès  scieutilique  de  France.  In-8", 
16  p.  Chartres,  imp.  Garnier. 

259.  Jal  (A.).  —  Abraham  du  Quesne  et  la  marine  de  son  temps. 
In-8°  de  xv-600  et  607  p.  Paris,  H.  Pion.  1873. 

260.  Kervyn  de  Lettenhove.  —  Marie  Stuart  d'après  les  documents 

conservés. au  château  d'IIatfield.  In-8°  de  34  p.  avec  deux  fac-similé. 

Extrait  des  Bulletins  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  2'  série,  l.  XXXIV, 
iV  7;  187-2. 


629 

261.  La  Boetie.  —  La  Servitude  volontaire,  ou  le  Contr'un;  par  La 
Boëtie.  Réimprimé  sur  le  manuscrit  d'Henry  de  Mesmes,  par  D.  Jouaust. 
In-12,  xij-70  p.  Paris,  imp.  Jouaust.  Lib.  des  bibliophiles. 

262.  Lacroix.  —  Vie  militaire  et  religieuse  au  moyen  âge  et  à 
l'époque  de  la  Renaissance,  par  Paul  Lacroix.  In-4°,  v-575  p.  Paris, 
Firmîn  Didot  frères,  fils  et  C^. 

263.  L.un  (Jules)  et  Emile  Legrand.  —  Documents  inédits  sur  l'his- 
toire de  la  Révolution  française.  Correspondances  de  Paris,  Vienne, 
Berlin,  Varsovie,  Constantinople,  publiées  par  J.  Lair  et  E.  Legrand. 
In-8°  de  132  p.  Paris,  Maisonneuve.  1872. 

264.  Lalore  (l'abbé  Gh.).  —  Documents  pour  servir  à  la  généalogie 
des  anciens  seigneurs  de  Trainel  par  M.  l'abbé  Ch.  Lalore.  In-8°  de 
96  p.  Troyes,  Dufour-Bouquot.  1872. 

265.  La  veaux.  —  Dictionnaire  raisonné  des  difficultés  grammaticales 
et  littéraires  de  la  langue  française;  par  J.  Ch.  Laveaux.  4^  édition, 
revue  d'après  le  nouveau  Dictionnaire  de  l'Académie  et  les  travaux 
philologiques  les  plus  récents,  par  Ch.  Marty-La veaux.  Li-8°  à  2  col., 
viij-735  p.  Paris,  Hachette  et  C''. 

266.  Le  Proux  (F.).  —  Fondation  d'une  chapelle  de  Notre-Dame  en 
1468  à  Compiègne  par  le  roi  Louis  XI.  Comptes  de  la  construction  et 
de  l'ornementation.  In-S"  de  32  p.  et  3  p.  Compiègne.  1872. 

267.  LoiSELEUR.  —  La  légende  du  chevalier  d'Assas.  In-8°,  24  p. 
Paris,  Palmé. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

268.  Louise  et  Auger.  —  La  Ville  franche  et  prévôté  d'Haspres  (692- 
1794).  In-S",  129  p.  Douai,  imp.  et  lib.  Crépin. 

269.  Loyal  Serviteur  (le).  —  Histoire  du  bon  chevalier  sans  peur  et 
sans  reproche  le  seigneur  de  Bayard,  par  le  Loyal  Serviteur.  Gr.  in-16, 
xj-434  p.  Paris,  Hachette  et  C^. 

Bibliothèque  de  rarraée  française. 

270.  LuGOT  (l'abbé).  —  Histoire  de  saint  Memmie.  Verrières  histori- 
ques de  la  chapelle  du  petit  séminaire  de  Saint-Memmie-lez-Chalons 
expliquées  d'après  les  plus  anciens  documents.  In-8°  de  26  p.  Chalons, 
T.  Martin.  1872. 

271.  Mah.moud-Bey.  —  Carte  de  l'antique  Alexandrie  et  de  ses  fau- 
bourgs. Paris,  imp.  lith.  Monrocq. 

272.  Mantellier.  —  De  deux  inscriptions  tumulaires  qui  se  lisent  en 
l'église  de  Saint- Pierre-le-Puellier  d'Orléans.  In-S"  de  60  p.  Orléans, 
typ.  Colas.  1872. 

Extr.  des  Mémoires  de  l'Académie  de  Sainte-Croix. 


630 

273.  Marion  (Jules).  —  Les  monuments  celtiques  et  Scandinaves  des 
environs  d'Invcrness  (Ecosse).  In-S"  de  70  pages  avec  planches.  Paris, 
1872. 

Extrait  du  tome  XXXIII  des  Mémoires  de  l;i   Société  des  antiquaires  de 
France. 

274.  Martigny  (l'abbé).  —  Lettre  à  M.  Edmond  Le  Blant  sur  une 
lampe  chrétienne  inédite.  In-(S°,  16  p.  Bellay,  Gh.  Leguay.  1872. 

275.  Martin.  —  La  Saint-Barthélémy  devant  le  Sénat  de  Venise. 
Relations  des  ambassadeurs  Giovanni  Michel  et  Sigismond  Gavalli,  tra- 
duites et  annotées  par  William  Martin.  Gr.  in-16,  xv-99  p.  Paris. 

276.  Ménardière  (M.  de  la).  —  De  l'impôt  du  vingtième  sur  l'affran- 
chissement des  esclaves.  In-S"  de  31  p.  Poitiers,  A.  Dupré,  1872. 

Extrait  du  tome  XXXV  des  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de 
l'Ouest. 

277.  MowAT.  —  Les  Noms  familiers  chez  les  Romains.  In-8°,  48  p. 
Paris,  Franck. 

Extrait  du  tome  I  des  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris. 

278.  Mémoires  de  le  Société  nationale  des  antiquaires  de  France. 
ï.  32.  ¥  série,  t.  2.  In-8°,  400  p.  et  5  pi.  Nogent-le-Rotrou,  imp.  Gou- 
verneur. Paris,  lib.  Dumoulin. 

279.  Notice  sur  l'église  de  Nozinghem.  In-12,  8  pages.  Arras,  impr. 
Schoutheer. 

Extrait  de  l'Annuaire  du  diocèse  d' Arras. 

280.  OzANAM.  —  Œuvres  complètes  d'A.  F.  Ozanam,  avec  une  pré- 
face par  M.  Ampère.  T.  3  et  4.  Etudes  germaniques.  Les  Germains 
avant  le  christianisme  et  la  Civilisation  chrétienne  chez  les  Francs. 
4e  édition.  2  vol.  In-8°.  1102  p.  Paris,  Lecofïre  fils  et  G'. 

281.  Paris  (Paulin).  —  Les  Romans  de  la  Table  ronde  mis  en  nou- 
veau langage  et  accompagnés  de  recherches  sur  l'origine  et  le  caractère 
de  ces  grandes  compositions.  T.  3,  Lancelot  du  Lac.  In-18  jésus,  391  p. 
Paris,  Techener. 

282.  RosENzwEiG.  —  Les  Prévôts  féodés  en  Bretagne.  In-8'',  13  pages. 

Vannes,  imp.  Galles. 

Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  polymathique  du  Morbihan,  2=  semestre 
1871. 

283.  RosENZwEiG.  —  Recherches  historiques  dans  les  archives  dépar- 
tementales, communales  et  hospitalières  du  Morbihan.  Archives  com- 
munales :  Hennebont.  Li-18,  172-283  p.  Vannes,  imp.  Galles. 

284.  RosTAiNG.  —  Familles  des  croisades  du  déparlement  de  l'Ain. 
Li-8''.  47  p.  Lyon,  imp.  Vingtrinier. 

Extrait  de  la  Revue  du  Lyonnais. 


634 

285.  Tabdif.  (Ad.).  —  Les  canons  des  conciles  œcuméniques,  leur 
publication  en  France.  In-8°  de  19  p.  Paris,  V.  Palmé.  1872. 

Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques. 

286.  Teissier.  —  Les  Rues  de  Toulon.  Livraisons  12  à  15  (fin).  ^1-8", 
108  p.  Draguignan,  imp.  Latil;  Toulon,  tous  les  libr. 

Chroniques  toulonaaises. 

287.  Tessier  (Jules).  —  Etude  sur  l'amiral  Goligny.  Thèse  présentée 
à  la  Faculté  des  Lettres  de  Paris.  In-8''  de  250  pages.  Paris,  Sandoz, 
1872. 

288.  Tessier  (J.).  —  De  Orderico  Vitali  apud  Facultatem  Litterarum 
Parisiensem  ha^c  disputabat  J.  Tessier.  In-8"  de  69  p.  Poitiers,  impr. 
Boileau  et  Raimond.  1872. 

289.  Thaner  (D"-  Fr.).—  Uber  Entstehung....  Sur  l'origine  et  la  signi- 
fication de  la  formule  Salva  sedis  apostolicœ  auctoritate  dans  les  privi- 
lèges des  papes.  In-8°  de  45  p.  Vienne,  K.  Gerold's  sohn. 

290.  Vauzelles  (Lud.  de).  —  Notice  sur  Jean  de  Vauzelles,  prieur  de 
Montrottier,  littérateur  et  poète  lyonnais  du  xvr  siècle.  In-8°,  24  p. 
Lyon,  imp.  Vingtriuier. 

291.  Wailly  (N.  de).  —  Ville-Hardouin  et  Joinville.  Notice  lue  dans 
la  séance  publique  de  l'Académie  des  inscriptions  du  20  décembre  1872. 
In-4°  de  25  p.  Paris,  Didot.  1872. 


CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 

Par  arrêté  en  date  du  28  novembre  1872,  ont  été  nommés  élèves  de 
l'École  des  chartes,  dans  l'ordre  de  mérite  suivant,  les  jeunes  gens  ci- 
après  désignés  : 

1.  Berger  (Élie),  né  à  Beaucourt  (Haut-Rhin),  le  11  août  1850. 

2.  Ha  VET  (Julien- Pierre-Eugène),  né  à  Vitry  (Seine),  le  4  avril  1853. 

3.  de  Raymond  (Charles-Édouard-Albert),  né  à  Perpignan,  le  21  mars 

1853. 

4.  Vaesen  (Joseph-Frédéric-Lcuis),  né  à  Lyon,  le  18  mars  1852. 

5.  Bemont  (Charles),  né  à  Paris,  le  16  novembre  1848. 

6.  Flamand  (Charles- Auguste),  né  à  Valenciennes,  le  9  août  1851. 

7.  DE  BoNNAULT  d'Houet  (Marie-Louis-Xavier),  né  à  Montdidier,  le 

24  novembre  1847. 

8.  Demaison  (Louis),  né  à  Reims,  le  11  mai  1852. 

9.  DE  Manneville  (Aymar),  né  à  Soissons,  le  24  juin  1851. 

10.  Rolland    de  Chambaudoin   d'Euceville   (Gonzaguc-Louis-Henri), 

né  à  Paris,  le  8  mai  1850. 

11.  Adam  de  Flamabe  (Louis-Henri),  né  à  Sens,  le  26  février  1851. 


632 

12.  Bouchot  (Marie-François-Xavier-Henry),  né  à  Beurc  (Doul)s),  le 

26  septembre  1849. 

13.  Martin  (Henri-Marie-Radegonde),    né  à  Airvault  (Deux-Sèvres), 

le  27  août  1852. 

—  Par  décision  de  M.  le  Ministre  de  l'Instruction  publique  en  date 
du  5  novembre  1872,  M.  Brièle,  archiviste  de  l'administration  de  l'As- 
sistance publique,  a  été  autorisé  à  faire  à  l'École  des  chartes  pendant 
l'année  scolaire  1872-1873  un  cours  gratuit  de  langue  allemande. 

—  La  Société  de  l'École  des  chartes  vient  de  faire  paraître  le  pre- 
mier volume  des  Documents  historiques  dont  elle  a  voté  l'impression 
dans  le  courant  de  l'année  1872  (voyez  plus  haut,  p.  313).  Ce  volume, 
composé  de  xvi  et  368  pages,  du  même  format  et  de  la  même  justifica- 
tion ([uo  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  et  intitulé  :  Extraits 
des  comptes  et  mémoriaux  du  roi  René  pour  servir  à  l'histoire  des  arts  av. 
xv^  siècle,  publiés  d''après  les  originaux  des  Archives  Nationales,  par 
A.  hecoy  de  la  Marche.  11  se  recommande  par  la  variété  et  l'impor- 
tance des  renseignements  qui  y  sont  consignés,  autant  que  par  le  soin 
apporté  à  choisir  les  extraits,  à  les  disposer  dans  un  ordre  méthodique 
et  à  en  bien  établir  le  texte.  Voici  les  rubriques  sous  lesquelles  l'éditeur 
a  classé  les  774  documents  ou  articles  de  comptes  qui  forment  le 
recueil . 

Edifices  d'Angers.  Château.  Chambre  des  comptes  et  conseil.  Ména- 
gerie. Sépulture  du  roi  René.  Édifices  divers. 

Bâtiments  et  domaines  d'Anjou.  Saumur.  Les  ponts  de  Ce.  Baugé. 
Bcaufort.  Mirebeau.  Loudun.  Ghanzé.  Reculée.  La  Ménitré.  Rivettes. 
Launay.  Epluchart.  La  Baumette. 

Edifices  de  Provence.  Aix.  ïarascon.  Marseille.  Pertuis.  Saint- 
Maximin,  Yères,  Toulon. 

Travaux  divers.  Levées.  Ponts,  navigation.  Pavages  et  barrages. 

Objets  d'art.  Peinture.  Livres.  Tapisseries.  Orfèvrerie.  Armures.  Cos- 
tumes. 

Meubles  et  ustensiles.  Inventaire  du  château  d'Angers.  Inventaire  de 
Ghanzé.  Inventaire  de  Reculée.  Inventaire  de  la  Ménitré.  Meubles  et 
ustensiles  divers. 

Cérémonies .  Chapelle.  Reliques.  Fêtes  et  mystères.  Musiciens,  ménes- 
trels, fous,  etc. 

C'est  dans  le  recueil  de  M.  Lecoy  de  la  Marche  qu'on  pourra  pour  la 
première  fois  étudier,  pièces  en  main,  le  côté  le  plus  piquant  et  le  plus 
intéressant  de  la  vie  du  roi  René.  Les  historiens  de  l'Anjou  et  de  la 
Provence  y  relèveront  une  foule  de  particularités  qui  ont  été  ignorées 
de  leurs  devanciers.  Mais  ce  qui  a  surtout  décidé  la  Société  de  l'Ecole 
des  chartes  à  adopter  ce  volume,  c'est  l'abondance  des  détails  qu'il 
fournit  sur  toute  espèce  de  travaux  artistiques.  A  cet  égard,  les  Extraits 


633 

des  comptes  et  mémoriaux  du  roi  René  sont  l'indispensable  complément 
des  ouvrages  du  marquis  de  Laborde  sur  l'histoire  des  arts  en  France 
au  xv«  siècle. 

Le  volume  que  nous  annonçons  est  dès  à  présent  en  vente  chez 
A.  Picard,  libraire  de  la  Société  de  l'École  des  chartes,  rue  Bonaparte, 
n"  82.  Le  prix  a  été  fixé  à  6  fr.  25  pour  les  membres  de  la  Société  et 
pour  les  souscripteurs  à  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes  ;  —  à 
9  fr.  50  pour  les  autres  personnes.  —  Il  a  été  tiré  sur  papier  vergé  50 
exemplaires,  dont  le  prix  est  de  25  francs. 

UNE  RECTIFICATION  AU  CATALOGUE  DES  ABBESSES 
DE  LA  TRINITÉ  DE  CAEN. 

La  liste  des  abbesses  de  la  Trinité  de  Caen,  telle  que  l'ont  établie  les 
auteurs  du  Gallia  christiana  (XI,  433),  est  fort  défectueuse  pour  le  xni^ 
siècle.  On  y  voit  figurer  sous  le  n"  xiv  Julienne  I  de  Saint-Génebi,  qui 
était  en  Angleterre  le  23  octobre  1256  et  qui  mourut  le  13  décembre  de 
la  même  année;  —  sous  le  n°  xv  Julienne  II,  citée  en  mars  1262;  —  et 
sous  le  n°  xvi  Béatrix  de  Ghambernon,  ou  de  Serqueux,  morte  en  1289. 

L'abbé  Valentinelli  vient  de  signaler  dans  sa  Bibliotheca  manuscripta 
ad  Sancti  Marci  Venetiarum  (ii,  244)  un  manuscrit  de  GeofTroi  de  Trani, 
à  la  fin  duquel  se  trouve  :  «  copia  instrumenti  quo  anno  1264  Beatrix 
»  de  Sarquex  eligitur  abbatissa  monasterii  Sancte  Trinitatis,  vacantis  ex 
»  morte  bone  memorie  Juliane  de  Sancto  Serenico.  » 

Il  résulte  de  cette  pièce  que  Béatrix  de  Serqueux  a  immédiatement 
succédé  en  1264  à  Julienne  de  Saint-Céneri  ;  —  que  Julienne  de  Saint- 
Géneri  a  dû  mourir  non  pas  en  1256  mais  vers  1264  ;  —  et  que,  selon 
toute  apparence,  une  seule  abbesse  du  nom  de  Julienne  a  administré 
l'abbaye  de  la  Trinité  de  Caen  au  xm«  siècle. 

Julienne,  dont  les  Bénédictins  n'avaient  point  trouvé  de  mention 
antérieure  à  l'année  1256,  était  déjà  abbesse  en  juillet  1247,  comme  on 
le  voit  par  un  acte  publié  dans  le  Cartulaire  normand  (Mémoires  de  la  So- 
ciété des  Antiquaires  de  Normandie,  XVI,  2«  partie,  p.  77,  n"  465). 

LE  COPISTE  JEAN  DE  SALISBURY. 

Nous  empruntons  la  notice  suivante  à  un  catalogue  récemment  publié 
à  Berlin  et  à  Londres  par  la  librairie  A.  Asher  et  C°. 

«  Lectionarius  et  vitce  sanctorum .  306  feuillets  in-f"  sur  peau  vélin, 
ancienne  reliure  en  bois.  Très-beau  manuscrit  daté  du  xni^  siècle, 
gothique,  à  2  colonnes,  avec  un  grand  nombre  de  belles  initiales  et  ara- 
besques richement  exécutées  en  diverses  couleurs.  Les  arabesques 
représentent  en  partie  des  animaux  fantastiques.  Au  feuillet  56  il  y  a 
une  très-jolie  miniature  sur  fond  d'or,  de  sept  centimètres  carrés  envi- 
ron, représentant  la  sainte  Vierge  avec  l'enfant  Jésus,  adorée  de  deux 


634 

femmes  agenouillées.  On  trouve  la  date  exacte  du  manuscrit  à  la  page 
107  (recto  du  feuillet  54),  où  on  lit  :  Anno  domi  \  ni  millesimo  |  ducente- 
simo  I  sexayesimo  \  nono  fuitliher  \  iste  scriplus.  \  Johannesde.  \  saleshuri 
scrip  I  sit. 

»  dette  souscription,  qui  nous  fait  déjà  connaître  le  nom  et  l'origine 
anglaise  de  l'écrivain,  est  suivie  d'un  poème  français  (pages  107  et  108), 
dans  lequel  l'écrivain  raconte  lui-même,  à  quelle  époque,  en  quel 
endroit  et  sous  quelles  circonstances  particulières  il  a  exécuté  et  achevé 
son  travail. 

»  Ce  poème,  à  part  sa  haute  importance  sous  le  rapport  linguistique, 
nous  parait  très-curieux  pour  les  détails  qu'il  contient  sur  les  usages  de 
l'époque.  En  voici  quelques  extraits  : 

Vos,  clerc  et  lai  et  autre  gent, 
Ki  verés  chesl  biel  livre  gent, 
Sachiez  de  voir  qu'il  fii  escris 
D'un  bon  ovrier,  qui  Jhesucris 
Garl  de  mal  et  de  tous  ahans. 
Il  a  à  non  maistres  Jehans  ; 
Se  fu  nez  droit  en  Englelerre. 
A  Mons  en  Hainnau  cesle  terre 
Che  livre  ci,  qui  tel  tin  a. 
Il  l'escrist  et  le  delina 
Mil.  ce.  ans.  Ix  et  nuef 
Fina  le  clers  chest  livre  nuef. 


Jou  Jehans,  d'Engleterre  nez, 
D'escrire  bien  nie  suis  penés 
El  plus  vrai  ke  je  peu,  cest  livre, 
Del  quel  bien  et  biel  me  délivre 
Par  enviers  la  doienne  Hermine 

D'icele  après  de  Waslengien 
Par  foi  je  m'en  relouve  bien  ; 
Kar  visilet  m'a  molt  souvent. 

Del  sien  ai  beu  lanl  de  vin 
Ke  chanter  m'a  fait  et  devin. 
Ne  sai  pucele  ne  bourjoise 
Ki  unkes  ne  fustplus  courtoise, 
etc.,  etc. 

)>  A  part  la  biographie  des  saints  de  la  bible,  on  trouve  dans  ce  ma- 
nuscrit la  vie  d'un  certain  nombre  de  saints  originaires  de  la  province 
du  Hainaut,  tels  que  :  Vita  S.  Aldetrudis  (abbesse  à  Maubeuge  (vm^ 
siècle),  —  Yita  S.  Landrici  (abbé  de  Soignies  et  Haumont  dans  l'Hai- 
naut,  VH<'  siècle),  —  Vita  S.  Ursmari  (abbé  de  Lobbe,  en  Hainaut,  né 
à  Floyon,  Hainaut,  vni"  siècle),  —  Vita  S.  Servatii  (évêque  de  Maes- 
tricht),  etc. 


635 

»  Le  volume  est  d'un  bout  à  l'autre  de  la  plus  parfaite  conservation, 
et  on  ne  pourrait  pas  voir  un  plus  beau  spécimen  d'un  manuscrit  d'une 
époque  aussi  reculée.  » 

DIPLOME  DE  L'UNIVERSITÉ  D'ORLÉANS,  EN  1350. 

Parmi  les  pièces  du  procès  auquel  l'église  de  Mayet  au  Maine  donna 
lieu,  en  1356  et  1357,  on  remarque  le  diplôme  de  licencié  endroit  civil, 
que  l'un  des  concurrents  avait  obtenu  de  l'écolàtre  d'Orléans ,  le  22 
novembre  1350.  Nous  reproduisons  ce  document,  qui  ne  manque  pas 
d'intérêt  pour  Thistoire  des  écoles  de  droit  d'Orléans.  Il  se  trouve  assez 
incorrectement  copié  au  fol.  68  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de 
Tours,  qui  contient  tous  les  actes  de  ce  procès. 

Universis  tam  presentibus  quam  futuris,  Jacobus  Mercerii,  legum 
doctor,  scolasticus  Aurelianensis,  salutem  in  filio  virginis  gloriose. 
Jhesu  Christi,  creatoris  et  salvatoris  nostri,  et  ecclesie,  sponse  sue, 
multiplicia  exempla  nos  instruunt  et  informant  ut  pociores  dignitatum 
insigniis  attoUantur,  eosque  retributio  prosequatur  uberior  premiorum 
qui  digniores  existunt  et  [quos]  excellentia  meritorum  ingencior  recom- 
mendat,  et  precipue  illi  qui,  sacre  legum  sapiencie,  per  quam  spiritualia 
disponuntur  pariter  et  terrena,  perfodientes  agrum,  se  ipsos  exponentes 
martirio,  cura  pervigili,  laboribus  assiduis  atque  vigiliis  tesaurum  ines- 
timabilem  sciencie  coUegerunt.  Cum  igitur  venerabilem  et  discretum 
virum  magistrum  Stephanum  de  Grangia,  nobis  presentatum  per  domi- 
num  Walterum  de  Couvetre,  legum  professorem  Aurelianis  ordinario 
actu  regentem,  ad  obtinendam  licenciam  in  jure  civili,  doctores  utrius- 
que  juris  studii  Aurelianensis  ordinario  actu  régentes  dignum  et  suffi- 
cientem  reputaverint  ad  regendi  et  docendi  licenciam  in  jure  civili 
obtinendam  ;  cum  eciam  de  suis  honestis  moribus,  vite  virtute,  litte- 
rarum  sciencia  famaque  persone,  hic  et  in  aliis  studiis  multipliciter 
divulgata,  per  plures  fide  dignos  qui  ipsum  no\erunt  plenius  effecti 
fuerimus  cerciores,  et  quod  a  puerilibus  exordiis  per  stipendia  discipline 
scolastice  concurrendo  sic  profecit  incremento  virtutum  quod  ecclesia 
Dei  [et]  respublica  per  ipsum  illuminari  poterunt,  pupilli  vero  atque 
vidue  alieque  persone  miserabiles  consolari,  nobisque  constet  ex  testi- 
monio  predictorum  doctorum  ipsum  esse  in  juris  civiUs  sciencia  et  plu- 
ribus  aliis  sic  profundum  quod  aspera  potest  in  plana  convertere,  nodos 
dissolvere,  lapsa  erigere  verumque  sensum  ex  variis  juribus  possit  de 
facili  capere  veritatis,  habetque  docendi  periciam,  dicendi  facundiam, 
interpretandi  subtilitatem  et  copiam  disserendi,  attendentes  nichilominus 
quod  per  ipsius  et  aliorum  dignorum  promocionem  totum  Aurelianense 
studium  decoratur,  et  quod  ahi  ad  suscipiendos  lahores  pro  aquirendis 
honoribus  libencius  inducentur  ;  tali  insuper  regendi  et  docendi  licen- 
ciam denegare  nichii  aliud  esset  quam  ignorancie  nubile  excecatos 
in  erroris  foveam  divertere,  et  lumen  quod  in  aperto  poni  debuit  occul- 


636 

lare,  ut  qui  sciro  et  viden;  lumen  sapioncie  cupiunt  ncqucant  intueri  : 
idcirco  nos  volentes  ei  dare  pro  angustia  solacium,  pro  certamine  victo- 
riam,  et  requiem  pro  labore,  ojusque  mérita  licet  nequeamus  sncundum 
sui  suflicienciam  premiare,  ipsum  dignum,  sui'IicientemaclxMie  mcritum 
ad  oblincndum  dictam  licenciam  reputamus,  et  ad  honorem  omnipo- 
tentis  Dei  yloriosissimeque  virginis ,  matris  ejus,  et  victoriosissime 
sancte  crucis,  omnipotentis  Dei  nomine  invocato,  auctoritate  nostra 
scolastica,  damus  et  concedimus  sibi  licenciam  et  auctoritatem  regendi, 
legendi,  ordinarie  docendi,  pu])lice  disputandi,  determiuandi,  dubia 
declarandi  et  interpretandi  in  jure  civili,  ceteraque  omnia  et  singula 
faciendi  que  ad  juris  civilis  doctoratum  pertinere  noscuntur  hic  Aure- 
lianis  et  ubique  terrarum  se  duxerit  transferendum.  In  cujus  rei  testi- 
monium,  sigillum  nostrum  presentibus  litteris  duximus  apponendum. 
Datura  et  actum  Aurelianis  ,  anno  Domini  millesimo  trecentesimo 
quinquagesimo,  die  xxij  mensis  novembris. 

LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  SAINT-PÉTERSBOURG. 

Sous  le  titre  de  :  D^  Alois  Fichier  und  der  Bucherdiebslahl  aus  der 
Kaiserlichen  œffentlichen  Bihliothek  in  St-Petershurg,  on  vient  de  publier 
à  Saint-Pétersbourg  (Cari  Ricker,  1871;  in-S"  de  98  pages)  le  compte- 
rendu,  en  allemand,  des  débats  de  la  cour  d'assises  de  St-Pétersbourg, 
du  24  et  du  25  juin  1871,  jugeant  le  fameux  vol  de  livres  dont  les 
journaux  russes  nous  ont  entretenus  l'année  dernière.  Le  Bavarois  Al. 
Pichler,  docteur  en  théologie,  savant  très-connu  en  Allemagne  par 
plusieurs  publications,  et  l'un  des  disciples  les  plus  distingués  du 
professeur  Dœllinger,  occupait  une  haute  position  au  ministère  des 
cultes  du  gouvernement  russe.  Afin  de  lui  faciliter  l'usage  de  la  Biblio- 
thèque impériale,  on  le  nomma  en  1869  bibliothécaire  honoraire  à  ladite 
bibliothèque.  Dès  les  premiers  jours  de  son  admission  dans  les  salles 
réservées  de  cet  établissement ,  Pichler  commença  à  emporter  des 
livres,  en  les  cachant  dans  un  sac  suspendu  à  son  cou,  sous  un  énorme 
paletot.  Ses  soustractions  se  montent  au  chiffre  de  plus  de  quatre  mille 
ouvrages  de  tout  genre,  depuis  les  chansons  de  Déranger,  jusqu'à  une 
édition  de  Voltaire  en  72  vol.  in-4°,  et  aux  œuvres  de  saint  Ambroise, 
in-f.  Mais  ce  qui  est  encore  plus  grave,  c'est  que  le  D""  Pichler  a 
mutilé  un  certain  nombre  d'ouvrages  à  gravures,  et  coupé  des  centaines 
d'articles  dans  des  recueils  périodiques. 

Un  fait  plus  intéressant  que  les  détails  de  ce  vol  très-vulgaire  nous 
est  révélé  par  la  brochure  que  nous  annonçons  à  nos  lecteurs.  Il  ressort 
des  dépositions  du  directeur  de  la  Bibliothèque  impériale  de  Saint- 
Pétersbourg,  M.  Deljanow,  et  de  ses  employés,  que  cet  établissement 
est  beaucoup  plus  riche  en  bons  livres  qu'on  ne  le  croit  généralement  à 
l'étranger,  et  qu'il  est  dirigé  avec  autant  d'intelligence  que  d'ordre. 


TABLE 


Mémoire  sur  les  institutions  de  Charles  VII,  par  Vallet  de  Viriville.  5 

Notice  sur  A.  J.  V.  Le  Roux  de  Lincy,  par  A.  Bruel 11^ 

Catalogue  d'actes  des  comtes  de  Brienne,  950-1356,  par  H.  d'Arbois 

■  de  Jubainville ^^^ 

Testament  d'Etienne  Baluze,  par  L.  Delisle 187 

Des  frais  de  justice  au  xiv^  siècle,  par  H.  Lot 217  et  558 

Essai  sur  le  cartulaire  de  l'abbaye  de  Sainte-Foi  de  Conques  en 

Rouergue,  par  G.  Desjardins -^^ 

Confirmation  d'actes  par  des  nœuds  faits  à  des  courroies,  par 

P.  Raymond ^^■^ 

Note  sur  un  manuscrit  perdu  des  chroniques  de  Froissart,  par 


L.  Delisle. 


286 


Notice  sur  la  contrée  du  comté  de  Bourgogne  appelée  «  Pagus 

Scodingorum,  »  par  J.  Finot 289 

Notice  biographique  sur  le  bénédictin  Pierre  Bersuire,  premier 

traducteur  français  de  Tite-Live,  par  L.  Pannier 325 

Compte  de  la  refonte  d'une  cloche   de  Notre-Dame   de  Paris, 

en  1396,  par  G.  Fagniez 3*^^ 

Quelques  mots  sur  les  «  Dictatus  papse,  »  par  F.  Rocquain.  .  .  378 
Joinville  et  les  Enseignements  de  saint  Louis  à  son  fils,  par  N.  de 

WaiUy ^^^ 

Chartes  de  Conan  IV,  duc  de   Bretagne,  relatives  aux  biens  de 

l'Ordre  du  Temple  et  de  l'Ordre  de  Saint-Jean-de-Jérusalem, 

par  An .  de  Barthélémy '^^^ 

Caractère  collectif  des  premières  propriétés  immobilières,  par 

P.  VioUet ^^^ 

Les  églises  du  Haut-Languedoc,  par  G.  Tholin 545 

Lettre  inédite  d'Innocent  III,  du  12  mai  12ÛÛ,  par  l'abbé  Ghauffier.       595 


63S 


OUVRAGES  ANALYSÉS  DANS  LE  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Adam  de  la  Ealle,  OEuvres  publiées  par  E-  de  Coussemaker   .    .  617 

Archives  liistoriques  du  Poitou G2î 

Bardonnot.  Hommagos  d'Alphonse,  comte  de  Poitiers 519 

Beauchet-Filleau.  l'ouillé  du  diocèse  de  Poitiers 197 

Boucherie.  Fragment  d'une  anthologie  picarde 018 

Boutiot.  Histoire  de  la  ville  de  Troyes 511 

Clément  de  Ris.  Notice  des  fayences  françaises  du  Louvre.   ...  307 
Colletet.  Vies  des  poètes  bordelais  et  périgourdins,  publiées  par 

Ph.  Tamizey  de  Larroque G19 

Court.  Histoire  de  la  restauration  du  protestantisme  en  France 

au  xviii^  siècle GIG 

Defrémery.  Mémoire  sur  la  date  de  la  prise  de  Jérusalem  par 

l'armée  du  calife  d'Egypte 019 

Didiot.  Saint  Rouin  et  son  pèlerinage 620 

Duval.  Cartulaire  des  Ghàtelliers 198 

Guessard  et  deMontaiglon.  Aliscans _ 301 

Herbet.  Prière  Théophile,  dit  du  xv  siècle 018 

Hippeau.  Glossaire  français 610 

Hucher.   Sigillographie   du  Maine 30G 

Jolibois.   Alby  au  moyen-àge 196 

Lepage.  Sur  des  cyrographes  conservés  aux  archives  de  la  Meurthe.  516 

—      L'ancien  diocèse  de  Metz 516 

Longnon.  Le  livre  des  vassaux  de  Champagne 509 

Martinucci.  Deusdedit  Collectio  canonum 307 

Marty-Laveaux.  Cours  historique  de  langue  française 614 

Mémoires  de  l'Académie  de  Stanislas 311 

Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  4-=  série,  t.  II.  203 
Meyer.   Documents  manuscrits  de   l'ancienue   littérature  de  la 

France  conservés  dans  les  bibliothèques  de  la  Grande-Bretagne.  295 
Monod,  Études  critiques  sur  les  sources  de  l'histoire  mérovin- 
gienne   303 

Morand.  Vita  S.  Bertini  metrica 304 

Pannier.  La  noble  maison  de  Saint-Ouen 507 

Patron.  Recherches  sur  l'Orléanais 309 

Penjon,  Cluny,  la  ville  et  l'abbaye 620 

Pertz.   Archiv,  t.  XII 200 

Picot.  Histoire  des  États  généraux 600 

Prost.  Essai  sur  les  origines  de  l'abbaye  de  Baume-les-Moines.    .  020 

Publications  de  la  section  historique  de  l'Institut  du  Luxembourg.  311 

Quichorat  (L.).  Introduction  à  la  lecture  de  Nonius  Marcellus.    .  515 

Ranke.  Par  palimpsestorum  Wirceburgensium 199 

Raymond.  Rôles  de  l'armée  de  Gaston  Phœbus 305 

Report  (First  and  second)  on  historical  manuscripts 201 

Richemond  (Louis  de).  Origine  et  progrès  de  la  réformation  à  la 

Rochelle 623 

Rosny  (L.  de).  Archives  paléographiques  de  l'Orient 518 


639 

Tablettes  historiques  du  Velay 621 

Tamizey  de  Larroque.  Relation  inédite  de  la  défense  de  Dun- 

kerque  par  le  maréchal  d'Estrades 312 

—     Lettres  inédites  du  cardinal  d'Ossat 517 

Wailly  (N.  de).  La  conquête  de  Constantinople  par  Geoffroi  de 

Ville-Hardouin 505 

Waitz.  Gotifredus  Viterbiensis 518 

Wright.  Feudal  manuals  of  english  history 200 

Livres  nouveaux ^03,  519  et  624 

CHRONIQUE. 
ÉCOLE  DES  CHARTES  ET  SOCIÉTÉ  DE  L'ÉCOLE  DES  CHARTES . 

Arrêté  sur  les  examens  d'entrée  à  l'Ecole  des  chartes,  531.  —  Examens 
de  sortie  des  élèves  de  l'Ecole  des  chartes,  532.  —  Elèves  admis  à  suivre 
les  cours  de  l'Ecole  des  chartes,  631.  —  M.  Delisle,  vice-président  du 
Conseil  de  perfectionnement  de  l'Ecole  des  chartes,  538.  —  M.  Meyer, 
secrétaire  de  l'Ecole  des  chartes,  209.—  M.  Guessard  suppléé  par  M.  Meyer 
à  l'Ecole  des  chartes,  538.  —  M.  Brièle,  autorisé  à  faire  à  l'Ecole  des 
chartes  un  cours  de  langue  allemande,  632.—  Bureau  et  commissions  de 
la  Société  de  l'Ecole  des  chartes  pour  l'année  1872-1873,  313.  —  Reraer- 
ciments  à  M.  de  Lespinasse,  rédacteur  de  la  table  décennale  de  la 
Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes,  209.  —Règlement voté  par  la  Société 
de  l'Ecole  des  chartes  pour  la  publication  d'un  recueil*  de  documents 
historiques,  313.  —  Publication  par  la  Société  des  extraits  des  comptes 
et  mémoriaux  du  roi  René,  632.— M.  Tranchant,  conseiller  d'Etat,  538.  — 
M.  Ad.  Tardif,  conseiller  d'Etat  en  service  extraordinaire,  538.  —  MM.  de 
Mas  Latrie  et  Quicherat,  officiers  d'Académie,  314.  —  Mort  de  M.  Cro- 
zet,  209. 

ARCHIVES  ET  BIBLIOTHÈQUES. 

M.  Rouland,  archiviste  aux  Archives  nationales,  209.  —  Circulaire  du 
Ministre  de  l'intérieur  sur  l'obligation  de  choisir  les  archivistes  dépar- 
tementaux parmi  les  archivistes-paléographes,  538.  —  Circulaire  sur  les 
recherches  à  faire  dans  les  archives  en  vue  de  la  reconstitution  des  actes 
de  l'état  civil  de  Paris,  559.  —  M.  Cocheris,  conservateur-adjoint  à  la 
Mazarine,  209.  —  Suppression  du  musée  des  Souverains,  315.  —  Recons- 
titution de  la  bibliothèque  municipale  de  Strasbourg,  215.  —  La  biblio- 
thèque de  Saint-Pétersbourg  et  le  docteur  Alois  Pichler,  636. 

COMPAGNIES  SAVANTES. 

Prix  Gobert  décerné  à  M.  Gaston  Paris,  314.— Second  prix  Gobert  décerné 
à  M.  Léon  Gautier,  314.  —Médaille  du  concours  des  antiquités  nationales, 
décernée  à  M.  Meyer,  315.  —  Mention  au  même  concours  obtenue  par 
M.  de  Maulde,  315.  —  Société  de  l'histoire  de  l'art  français,  213.  —  Asso- 
ciation pour  la  publication  des  documents  historiques  de  Saintonge  et 
d'Aunis,  211. 


640 


FAITS  DIVERS  ET  MÉLANGES. 

Vente  d'un  ms.  de  l'histoire  de  Simon  de  Montfort,  par  Pierre  des 
Vaux  de  Sernai,  210.  —  Crédit  pour  les  publications  historiques  et  topo- 
graphiques de  la  ville  de  Paris,  210.  —  Publication  des  dictionnaires  topo- 
graphiques des  départements  de  la  France,  209  et  315.  —  Cours  liisto- 
rique  de  langue  française,  par  M.  Marty-Laveaux,  543.  —  Publication  de 
l'histoire  de  Dudon  de  Saint-Quentin,  543.  —  Publication  de  la  chronique 
de  Robert  de  Glari,  315.  —Projet  de  publication  du  cartulaire  de  Saint- 
Jean  de  Sorde,  par  M.  P.  Raymond,  210.  —  Projet  de  publication  du  Saint 
Graal,  par  M.  Hucher,  210.  —  Projet  de  publication  d'un  «  Monasticon 
Gisterciensc  »,  216.  —  Attribution  d'homélies  à  Fauste  de  Ries,  539.  — 
Rectification  au  catalogue  des  vicomtes  de  Châtellerault,  317  et  540.  — 
Une  rectification  au  catalogue  des  abbesses  de  la  Trinité  de  Caen,  633. 

—  Prêt  d'une  bible  en  1284,  544.  —  Le  copiste  Jean  de  Salisbury,  633. 

—  Exportation  de  vitraux  rouennais  en  Angleterre  au  xiv"  siècle,  544.  — 
Prière  de  G.  de  Digulleville,  539.  —  Diplôme  de  l'Université  d'Orléans  en 
1350,  635.— Professeurs  de  droit  à  Orléans  sous  Charles  V,  319.-  La  tour 
d'Olonne,  542." 


-t—'^T^XCt^—f 


LISTE  DES  SOUSCRIPTEURS 


BIBLIOTHEQUE  DE  L'ÉCOLE  DES  CHARTES 

POUR  l'année  1872. 


Le  Ministre  de  l'Instruction   pu- 
blique. 

Le  Garde  des  sceaux,  ministre  de 
la  justice  et  des  cultes. 

Académie  (L')  des  Inscriptions,  à 
Paris. 

—  (L')  iiiPÉRULE  DE  Vienne 
(classe  philosophico  -  histo- 
rique). 

Archives    (  Les  )    nationales  ,    à 
Paris. 

—  (Les)    DÉPARTEMENTALES  deS 

Bouches-du-Rhône ,    à  Mar- 
seille. 

—  (Les)     DÉPARTEMENTALES    de 

l'Indre,  à  Châteauroux. 

—  (Les)    DÉPARTEMENTALES    du 

Tarn,  à  Alby. 

—  (Les)    DÉPARTEMENTALES    du 

Loiret,  à  Orléans. 

—  (Les)  MUNICIPALES  de  Mar- 
seille. 

—  (Les)  de  Genève. 

—  (Les)  de  Toscane,  à  Flo- 
rence. 


Bibliothèque  (La)  nationale  (dé- 
partement des  manuscrits),  à 
Paris. 


(La, 
Paris. 


DE     l'Arsenal  ,     à 


Bénédictins  (Les  RR.  PP. 
lesmes. 


—  (La)  DU  LouvTiE,  à  Paris. 

—  (La)  DU  Corps  législatif. 

—  (La)  DU  Luxembourg,  à 
Paris. 

—  ^  (La)DE  LA  Faculté  DE  droit, 
à  Paris. 

—  (La)  DE  l'Ordre  des  avo- 
cats, à  Paris. 

—  (La)  DE  LA  ville  de  Paris. 

—  (La)  Sainte-Geneviève  ,  à 
Paris. 

—  (La)  de  l'Université  de 
Frange,  à  la  Sorbonne,  à 
Paris. 

—  (La)  de  l'Université  de 
Pise. 

—  (La)  DES  Sociétés  savantes, 
au  ministère  de  l'instruction 
publique. 

—  (La)  Méjanes,  à  Aix. 

à  So-         —      (La)  DE  la  ville  de   Ba- 

YONNE. 


1.  Ceux  de  MM.  les  souscripteurs  dont  les  noms  seraient  mal  orthographiés, 
les  titres  omis  ou  inexactement  imprimés,  sont  instamment  priés  de  vouloir 
bien  adresser  leurs  réclamations  à  M.  Âlph.  PICARD,  libraire  de  la  Société, 
me  Bonaparte,  82,  alin  que  les  mêmes  fautes  ne  puissent  se  reproduire  dans  la 
trente-troisième  liste  de  nos  souscripteurs,  qui  sera  publiée,  suivant  l'usage,  à 
la  fin  du  prochain  volume  de  la  Bibliothèque. 

42 


642 


Bibliothèque  (La)  de  la  ville  du 

Mans. 

—  (La)  DE  LA  VILLE  DE  MeTZ. 

—  (La)  DE  LA  VILLE  DE  NaNGV. 

—  (La)  DE  LA  VILLE  DE  PaU. 

—  (La)     DE     LA     VILLE     d'Or- 
LÉANS. 

—  (La)  DE  LA  VILLE  DE  ReNNES. 

—  (La)  ACADÉMIQUE,  à  ReniiGS. 

—  (La)  DE  LA  VILLE  DE  TuURS. 

—  (La)    DU     CHATEAU     DE    COM- 
PIÈGXE. 

—  (La)    DU    CHATEAU    DE     FON- 
TAINEBLEAU. 

—  (La)      CANTONALE      DE     LAU- 
SANNE. 

Cercle  (Le)  agricole,  à  Paris. 

École  (L')  nationale  des  Chartes, 
à  Paris. 

Institut  (L')  de  France  ,  à  Paris. 

Jésuites  (Les  RR.  PP.),  à  Paris. 

Journal  (Le)    de  la   Librairie,  à 
Paris. 

Maison  (La)  St-Michel,  à  LavaL 

Ministère    (Le)  de   l'Instruction 
publique  (GÛ  ex.). 

Revue  (La)  archéologique,  à  Paris. 

Société    (La)    d'Agriculture    de 
Douai. 

—  (La)    d'Archéologie    d'A- 
vranches. 

—  (La)  archéologique  de  Bé- 

ZIERS. 

—  (La)   DES   Antiquaires    de 
l'Ouest,  à  Poitiers. 

—  (La)    des    Antiquaires   de 
Picardie,  à  Amiens. 

—  (La)    DE    numismatique    de 
Belgique,  à  Bruxelles. 


MM. 

*  AcHARD,  arclliviste  à  Avignon  '. 
Adnet,  à  Paris. 

"Alleaume  de  Cugnon,  à  Paris. 
'Arbois  de  Jubainville   (H.    D'), 
archiviste,  à  Troyes. 

*AuBiNEAU  (L.),  à  Paris. 

*  AuBRY-ViTET  (Eug.),  à  Paris. 
Audenet,  banquier,  à  Paris. 

'Auger  (Ernest),    ancien    avocat 
général,  à  Toulouse. 
AzAÏs,  secrétaire  de  la  Société  ar- 
chéologique, à  Béziers. 

*Baillet  (Aug.),  à  Pussay  (Seine- 

et-Oise). 
Baker  (Le  R.  P.  de),  à  Louvain. 

"Barbier  de  la  Serre  (Rog.),  au- 
diteur à  la  Cour  des  comptes,  à 
Paris. 

"Barthélémy  (A.  de),  ancien  se- 
crétaire général  de  préfecture, 
à  Paris. 

"Bataillard    (Paul),    avocat,    à 

Paris. 
Baur  et  Détail,  libraires  à  Paris. 

*  Beaucorps  (Maxime  de),  à  Orléans. 
Beaucourt  (de),  à  Paris. 

*Beaurepaire  (Ch.  de),  archiviste, 
à  Rouen. 
Béghin,  libraire  à  Lille. 
Belhatte,  libraire  à  Paris. 

Bellaguet,  ancien  chef  de  divi- 
sion au  ministère  de  l'instruc- 
tion publique,  à  Paris. 
Belleval    (Le   marquis   de),    à 

Paris. 
Bénard,  à  Paris. 
"Bertrand  (Arthur),  au  Mans. 
"Bertrandy,  à  Paris. 
*Bessot  de  Lamothe,  archiviste,  à 
Nîmes. 


1.  Les  noms  précédés  d'un  astérisque  sont  ceux  des  membres  de  la  Société 
de  l'École  des  chartes. 


643 


'Blancard,   archiviste,    à    Mar- 
seille. 
Blanche,  libraire,  à  Bruxelles. 
*BoGA  (L.),  archiviste,  à  Amiens. 
BocGA,  libraire,  à  Turin  (5  ex.). 
*BoNNARDOT    (Franc.) ,    archiviste 
attaché    aux    travaux    histori- 
ques  de  la   ville  de   Paris. 
BoNNETTY,  directeur  des  Annales 
de    philosophie     chrétienne  ,    à 
Paris. 

*  Bord  1ER  (Henri-L.),  à  Paris. 
BoRRANi,  libraire,  à  Paris. 
BossANGE,  libraire,  à  Paris. 
Bottée  de  Toulmon,  à  Paris. 

*  BouTARiG  (E.),   sous-chef  de  sec- 

tion aux  Archives  nationales,  à 
Paris. 
*BouYER  (Ad.),  à  Paris. 
*Brièle,  archiviste  de  l'Assistance 

publique,  à  Paris. 
*Bruel  (L.-A.),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 
BucK,  libraire,  à  Luxembourg. 
Bull,  libraire,  à  Strasbourg. 

Carié,    à   Roqueserière    (Haute- 
Garonne). 

*Calmettes  (Fern.),  à  Paris. 

'Campardon  (Emile),  archiviste 
aux  Archives  nationales  ,  à 
Paris. 

*Gasati,  juge,  à  Lille. 

"  Gastan  ,  bibliothécaire,  à  Besan- 
çon . 

"Gauwès,  professeur  à  la  Faculté 
de  droit  de  Nancy. 

*Gerise  (G.),  à  Paris. 

"  Ghambuue  (de)  ,  à  Lachaux  (Côte- 
d'Or). 
Charles,  professeur  à  Pontlevoy 

(Loir-et-Cher). 
Chasles;  membre  de  l'Institut,  à 
Paris. 

'Chassaing,  juge,  au  Puy  (Haute- 
Loire). 

*  Chatel  (E.),  archiviste,  à  Caen. 
Ghauffier  (L'abbé),    vicaire  à  la 

Roche- Bernard  (Morbihan). 


Chauffour  (J.),  avocat,  àColmar. 
Chaverondier  (Aug.),  archiviste, 
à  Saint-Etienne. 
'  Chazaud,  archiviste,  à  Moulins. 
Gherbuliez,  libraire,  à  Paris. 
^Glairfond,  à  Moulins. 
Claude,  bibliothécaire  au  dépar- 
tement  des  manuscrits   de    la 
Bibliothèque  nationale ,  à  Pa- 
ris. 
Clejdi,  libraire,  à  Gand. 
"Cocheris,  bibliothécaire  à  la  Bi- 
bliothèque Mazarine,  à  Paris. 
^GouRAjOD  (L.),   employé  à  la  Bi- 
bliothèque nationale,  à  Paris. 
Gourcel  (Valentin  de),  à  Paris. 
Coussemaker  (de),  à  Lille. 
Grespin,  avocat,  à  Orléans. 
*Groset  (Ern.),  à  Paris. 

*  Cugheval-Glarigny  ,  conservateur 

à  la  bibliothèque  Ste-Geneviève 
à  Paris. 
CuMONT  (Comte   de),    à   Sillé-le- 
Guillaume  (Sarthe). 

*Daiguson  (Maurice),  juge,  à  Châ- 

teauroux. 
Dalloz  (P.),  député,  à  Paris. 
Darcel  (Alfred),  directeur  de  la 

manufacture   des   Gobelius,    à 

Paris. 
*Dareste  (Ant. -C),    recteur    de 

l'Académie  de  Nancy. 
*Dareste  (Rodolphe),  avocat  à  la 

Cour  de  cassation,  à  Paris. 

*  David  (Louis),  conseiller  maître  à 

la  Cour  des  comptes,  à  Paris. 
Defrémery,  membre  de  l'Institut, 
à  Paris. 
'Delisle  (L.),  membre  de  l'Insti- 
tut, à  Paris. 

*  Deloye    (A.) ,    conservateur    du 

musée  Calvet,  à  Avignon. 

*  Delpit  (  Martial  ) ,   député ,  à  Pa- 

ris. 
'Demante  (Gabriel),  professeur  à  la 

Faculté  de  droit,  à  Paris. 
"Demarsy    (Arthur),   conservateur 

du  Musée,'  à  Compiègae. 
Denis  (L'abbé),  àMeaux. 


644 


*  Deprez,  employé  à  la  lîibliothèquc 

nationale,  à' Paris. 

*  Desjardins  ,    archiviste,   à    Ver- 

sailles. 

Desnoyers  (Jules)  ,  membre  de 
l'Institut  ,  bibliothécaire  du 
Muséum  d'histoire  naturelle,  à 
Paris. 

Dion  (de),  à  Montfort-l'Amauri. 
"Dolbet,     archiviste  -  adjoint    de 
l'Eure,  à  Evreux. 

DoRANGE,  conservateur  de  la  Bi- 
bliothèque de  Tours. 

*  DoiiET  d'Arcq,  sous-chef  de  sec- 

tion aux  Archives  nationales,  à 
Paris. 

'DucHEMiN,  archiviste  de  la  Ma- 
yenne, à  Laval. 

DuFouR  (Th.),  à  Paris. 
"Duhamel,  archiviste,    à   Ajaccio. 
Du  Mesxil,    chef  de  division  au 
ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique, à  Paris. 
Dumoulin,  libr.,  à  Paris  (3  ex.). 
'  Duplès-Agier  (Henri),  à  Paris. 

"Dupont  (Edmond),   chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales,  à 
Paris. 
Durand    et   Pedone-Lauriel  ,    li- 
braires, à  Paris. 

DuRUY,  ancien  ministre  de  l'Ins- 
truction publique,  à  Paris. 

*DuvAL  (Louis),  archiviste  de  la 
Creuse,  à  Guéret. 

Egger,  professeur  à  la  faculté  des 
lettres,  membre  de  l'Institut,  à 
Paris. 

EsNAULT  (L'abbé),  au  Mans. 

Fabry  (DE),  à  St-Gloud. 

"Fagniez  (Gust.),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

"Fanjoux,  directeur  de  la  Société 
des  forges  et  chantiers  de  la 
Méditerranée,  à  Marseille. 


"Faudet  (L'abbé),  à  Paris. 

*Faugeron,  docteur  es  lettres,  à 
Angers. 

*FiNOT,  archiviste,  à  Vesoul. 
"Fleury  (de),  archiviste  de  Loir-et- 
Cher,  à  Blois. 
"  Floquet  (A.),  à  Paris. 
'FoNTENAY  (H.  de),  à  Autun. 

"François  (Saint-Maur),  président 
à  la  Cour  d'appel  de  Pau. 

Galette,  libr.  à  Paris  (3  ex.). 

*  Gardet,  avocat,  à  Paris. 

"Garnier  (É.),  sous-chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales,  à 
Paris. 

Gauban  (Oct.),  avocat  à  la  Réole 
(Gironde). 

"Gauthier  (Jules),  archiviste  du 
Doubs,  à  Besançon. 

Gauthier  (L'abbé),  aumônier  de 
l'école  de  Grand-Jouan,  à  No- 
zay  (Loire-Inférieure). 

"Gautier  (L.),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  professeur  à 
l'Ecole  des  Chartes,  à  Paris. 

Genouillë,  professeur  au  collège 
Stanislas,  à  Paris. 

Germain,  doyen  de  la  Faculté  des 
lettres,  à  Montpellier. 

"Girâud  (AL),  vice-président  du 
tribunal  civil,  député  à  l'As- 
semblée nationale,  à  Blois. 

Giraud  (P.-E),  ancien  député,  à 
Romans. 

"GiRY  (A.),  à  Paris. 

"GossiN  (L.),  sous-chef  au  chemin 
de  fer  d'Orléans,  à  Paris. 

Gouget,  archiviste,  à  Bordeaux. 

"Grandmaison  (Charles),  archiviste, 

à  Tours. 
Grandval  (M>s  de),  correspondant 

du    ministère    de    l'instruction 

publique,    à   Saint-Denis-Mai- 

soncelles  (Calvados). 

*Gréa  (L'abbé  A.),  vicaire-général 
à  Saint-Claude  (Jura). 


645 


GuÉRANGER  (Le  T.  R.    p. 
abbé  de  Solesmes, 


dom), 


*GuÉRiN  (Paul),  atttaché  au  Cata- 
logue des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  nationale  à  Pa- 
ris. 

*GuEssARD  (F.),  membre  de  l'Ins- 
titut, professeur  à  l'Ecole  des 
chartes,  à  Paris. 

*GuiFFREY  (Jules),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

*GuiGNARD  (Ph.),  bibliothécaire,  à 
Dijon. 

GuiGNuuT ,  secrétaire  perpétuel 
honoraire  de  l'Académie  des 
inscriptions,   à   Paris. 

*GuiGUES  (M. -G.)  à  Champagne  en 
Valromey  (Ain). 

Rxny  (Alex.),  àLuzarches  (Seine- 
et-Oise). 

Heinrighs,  à  Paris. 

Henneguy,  à  Paris. 

Herluison,  libraire,  à  Orléans. 

Heude-Lepine,  àMontfort-l'Amau- 
ri. 

*Hlmly  (A.),  professeur  à  la  Faculté 
des  lettres,  à  Paris. 

Jamet,  à  Paris. 
*Janin  (E.),  à  Paris. 

Jourdain,  mem-bre  de  l'Institut,  à 

Paris. 
Jung-Treuttel,  libraire,  à  Paris, 

(10  ex.). 

Kemminck,  libraire  à  Utrecht(Pays- 
Bas). 

*Kerdrel  (Audren  dei,  député,  à 
St-Vhel  (Morbihan). 

*Kr(î;ber  (Auguste),  à  Paris. 

Kymmel  (N.),  libraire,  à  Kiew  (2 
ex.). 

*Laborde  (Mis  Joseph  de),  archi- 
viste aux  Archives  nationales, 
à  Paris. 


*La  Borderie  (Arthur  de),  député 
à  l'Assemblée  nationale,  à  Vitré 
(Ille-et- Vilaine). 

Laboulaye  (Edouard),  membre  de 
l'Institut,  à  Paris. 

*  Lacabane  (Léon) ,  professeur-di- 
recteur honoraire  de  TEcole  des 
chartes,  à  Paris. 

Lachelin,  libraire  à  Kiew. 

Lacour  (de)  de  la   Pijardière,  à 

Montpellier. 
Laferrière -  Pergy    (C^e   de),    au 

château  de  Ronfeugeray  (Orne). 

La  Gr.ange  (M'*  de),  membre  de 
l'Institut,  à  Paris. 

Laigneau,  à  Chartres. 

*Lair,  secrétaire  -  général  de  la 
Compagnie  des  entrepôts  ,  à 
Paris. 

*Lalanne  (Lud.),  membre  du  Co- 
mité des  travaux  historiques,  à 
Paris. 

Lascombe  (A.),  au  Puy. 
Lasteyrie  (Ferdinand  de),  membre 
de  l'Institut,  à  Paris. 

La  Villegille  (de),  secrétaire  du 
comité  des  travaux  historiques, 
à  Paris. 

*Lebeurier  (L'abbé),  archiviste,  à 
Evreux. 

Lebrument,  libraire,  à  Rouen. 

*Legaron,  à  Paris. 

*Lecoy  de  la  Marche,  archiviste 
aux  Archives  nationales  ,  à 
Paris. 

*Lefè\-re  (A.),  à  Paris. 

*Lefoulon,  avocat,  à  Paris. 

*Leglay  (E.),  directeur  de  l'Octroi, 
à  Paris. 

Legoyt,  ancien  chef  de  division 
au  ministère  des  Travaux  pu- 
blics, à  Paris. 

'Legrand  (Etienne),  archiviste  de 
l'Ariége. 

Lemaitre,  libraire,  à  Valenciennes. 

'Lemonnier  (H.),  avocat,  à  Paris. 


646 


Lhotaud,  sous-bibliothécaire  do  la 
ville  de  Montpellier. 

Lépinois  (E.  de),  à  Rouen. 

'L'kpinois  (H.  de),  à  Limeray  (In- 
dre-et-Loire). 

*Le  Proux,  avocat,  à  Saint-Quentin 
(Aisne). 

*  Lespinasse  (René  de),  à  Paris. 

LiÉNARD,  à  Yerdun-sur-Meuso. 

LiTTRK,  membre  de  l'Institut,  à 
Paris. 

Lorenz  ((3.),  lil)rairc,  à  Paris. 

*LoT,  archiviste  aux  Archives  na- 
tionales, à  Paris. 

"LucE  (Siméon) ,  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

Mabille  (Emile),  employé  à  la 
Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 

Mainadier  (C«'),  à  Versailles. 

*  Maître  (L.),  archiviste,  à  Nantes. 

*Mandrot,  à  Paris. 

*Marchegay  (P.),  aux  Roches-Ba- 
ritaud  (Vendée). 

*  Marin-Darbel   (E.),  à  Fontaine- 

bleau. 

*Marion  (J.),  à  Paris. 

*Marty-La veaux  (Gh.),  à  Paris. 

Mascré,  ancien  notaire,  à  Paris. 

*Mas  Latrie  (L.  de),  chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales,  à 
Paris. 

*Mas  Latrie  (René  de),  ancien 
auditeur  au  Conseil  d'Etat,  à 
Paris. 

Masson,  à  Amiens. 
*Maupré  (François),   archiviste,  à 
Orléans. 

Maury  (Alfred),  membre  de  l'Ins- 
titut ,  directeur  général  des 
Archives  nationales,  à  Paris. 

Meilheurat(V.),  à  Montcombroux 
(Allier). 

Meinadier,  à  Versailles. 
*Merlet  (L.),  archiviste,  à  Char- 
tres. 


Mesnil-Glaise  (M's  de  Godefroy 
de),  à  Paris. 

"Meunier  (Ern.),  à  Paris. 

Mévil  (M™e  S'e  Marie),  à  Paris. 

*  Mever  (Paul),  secrétaire  de  l'Ecole 

des  chartes,  à  Paris. 

Mignet  ,  secrétaire  perpétuel  de 
l'Académie  des  sciences  mora- 
les, à  Paris. 

Millescamps  (G-.),  à  Paris. 

MiREPoix  (M™e  la  duchesse  de),  à 
Paris. 

Moignon,  conseiller  à  la  Cour  de 
cassation,  à  Paris. 

'MoLARD  (Fr.),  au  château  de  La 
Croix  ,  près  Chanibéry  (Sa- 
voie). 

*MoNTAi{}LON  (A.  de),  profcs-scur  à 
l'Ecole  des  chartes,  à  Paris. 

*  MoNTROND      (FOURCHEUX       DE)  ,      à 

Paris. 
Morand,   juge,    à    Boulogne-sur- 

Mer). 
MoRÉ  (M^e)^  libraire,  à  Paris  (4 

ex.). 
*MoRELOT  (L'abbé),  à  Dijon. 
MuQUARDT,    libraire,   à  Bruxelles 

(2  ex.). 

Musset  (G.),  à  Saintes. 

*  Paillard,  ancien  préfet,  à   Va- 

lenciennes  (Nord). 

'Pannier  (L.),  employé  au  dépar- 
tement des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 

*  Paradis  (L'abbé  Aug.),  à  Paris. 

Paravey  (Edouard),  négociant,  à 

Paris. 
Parent  de  Rosan,  à  Paris. 
Paris  (Paulin),  membre  de  l'Ins- 
titut, à  Paris. 
"Paris  (Gaston),  professeur  au  Col- 
lège de  France,  à  Paris. 
'  Passy  (Louis),  député  à  l'Assem- 
blée nationale,  à  Paris. 
Patin,    membre    de    l'Académie 
française,  à  Paris. 


647 


*Pécotjl  (A.-L.),    ancien   attaché 

d'ambassade,  à  Paris. 
*Péligier  (J.),  professeur  d'histoire 

au  collège  de  Compiègne. 

Pelletan,  député  à  l'Assemblée 

nationale,  à  Paris. 
*  Pelletan  (Camille),  à  Paris. 
'  PÉRiN  (Jules),  avocat,  à  Paris . 
Pertz,  directeur  de  la  Bibliothèque 

impériale,  à  Berlin. 
Picot,  à  Paris. 
PoNTAUMONT  (de),  à  Chorbourg. 

PONTMARTIN      (de),       aUX       AuglCS 

(Gard). 
*PoRT    (Gélestin),     archiviste,     à 

Angers. 

*PouGiN  (P.),  négociant,  à  Paris. 

Prévost-Allo,  libraire,  à  Amiens. 

*Prost   (Bernard),    archiviste   du 
Jura,  à  Lons-le-Saunier. 

QuARRÉ,  libraire,  à  Lille. 

*QuicHERAT   (Jules),    directeur   de 
l'Ecole  des  chartes,  à  Paris. 

QuicHERAT   (Louis) ,    membre   de 
l'Institut,  à  Paris. 

Ratyé  (G.),  au  château  d'Escanin 
(Bouches-du-Rhône) . 

*  Raymond    (Paul)  ,    archiviste  ,    à 

Pau. 

"Redet  (X.-L.),  à  Poitiers. 

Reinwald  ,  '  libraire,    à  Paris   (6 
ex.). 

Reynaud  (Félix),  à  Marseille. 

Rendu  (Baron  Athan.),  à  Paris. 

*  Rendu  (Armand),  à  Paris. 

Renouard  (M™"),  libraire,  à  Paris 
(3  ex.). 

Richard    (Alfred)  ,    archiviste,    à 
Poitiers. 

Richemont  (de),  à  la  Rochelle. 

*  Ripert-Monglak  (Comte  François 

DE),  à  Lima. 

"Rimasson  (Jules),  à  Paris. 


Ristelhuber  (P.),  à  Strasbourg. 

"RoGQUAiN  (F.),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

Roquefeuille  (de),  à  Paris. 

*RosENzwEiG  (Louis),  archiviste,  à 
Vannes. 

Rouard,  bibliothécaire  de  la  ville 

d'Aix. 
*Roulland  (L.),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

Roy  (Jules),  à  Paris. 

"RoziÈRE  (Eugène  de),  membre  de 
l'Institut,  inspecteur  -  général 
des  Archives  départementales, 
à  Paris. 

*  Saige(G.), archiviste  aux  Archives 

nationales,  à  Paris. 

*  Saint-Mauris  (Baron  de),  à  Paris. 

Sassenay  (C^  de),  à  Paris. 

*Sghneider  (L.),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

*  ScHWEiGHiEUSER  (Alfred),  à  Stras- 

bourg. 

*Sgulfort,  avocat,  à  Maubeuge 
(Nord). 

Seigneur  (L'abbé),  à  Paris. 

Senemaud  ,  archiviste ,  à  Mé- 
zières. 

*Senneville  (de),  à  Paris. 

*  Sepet  (Marins),  employé  à  la  Bi- 

bliothèque nationale,  à  Paris. 

Servaux,  chef  de  bureau  au  mi- 
nistère de  l'Instruction  publique, 
à  Paris. 

*  Servois (G.),  secrétaire-général  de 

la  Préfecture,  à  Toulouse. 

Sidot,  libraire,  à  Metz. 

SouRY  (Jules),  employé  à  la  Bi- 
bUothèque  nationale,  à  Paris. 

*  Stadler  (E.  de),  ancien  inspecteur- 

général   des  Archives  départe- 
mentales, à  Paris. 

'Tardieu  (Amédée),  sous-bibliothé- 
caire de  l'Institut,  à  Paris. 


648 


*  Tardif  (Adolphe),  chef  de  divi- 

sion au  ministère  des  Cultes, 
professeur  à  l'Ecole  des  chartes, 
à  Paris. 

'  Tardif  (Jules),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

Tascherkau,  administrateur  géné- 
ral de  laBihliothèque  nationale, 
à  Paris. 

Terrehasse  (de) ,  au  Péage-de- 
lioussillon  (Isère),. 

Thiers,  président  de  la  Répu- 
hlique. 

*Tholin  (Georges)  ,     archiviste   à 
Agen. 

*  Tranchant    (Charles),    conseiller 

d'Etat  et  memhnî  du  Con- 
seil municipal  de  Paris ,  à 
Paris. 

*  Travers,  conseiller  de  préfecture, 

à  Gaen. 

Treuttel  et  Wurtz,  libraires,  à 
Strasbourg  (3  ex.). 

*TuETEY  (A.),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

Tumeuel-Bertram,  libraire,  à  St- 
Omer. 


Vallet   de    Viriville    (M"'e)  ,    à 
Paris. 

Valrooer   (de),    professeur  à    la 
Faculté  de  Droit,  à  Paris. 

"Vaulchier  du  Deschaux   (V"=  R. 
DE),  à  Besançon. 

*Vétault,   archiviste,  à  Chàlons- 
sur-Marne. 

*ViLLEFossE  (Héron  de),  à  Nevers. 

*'ViLLEFOssE  (Ant.  H.  de),  employé 
au  musée  du  Louvre,  à  Paris. 

"  VioLLET   (Paul) ,    archiviste   aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

Viollet- Leduc  ,     architecte,     à 
Paris. 

Vitet,    membre    de    l'Académie 
française,  à  Paris. 


Wailly  (Natalis  de),  membre  de 
l'Institut,  à  Paris. 

Wallon  (H.),  membre  de  l'Insti- 
tut, à  Paris. 

'Wey  (F.),  inspecteur-général  des 
Archives  départementales ,  à 
St-Germain-en-Laye. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


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